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23 août 2016 2 23 /08 /août /2016 07:56

 

Syrie - Alep - Aleppo - Siège Bombardements - Raid aérien - rebelle - Omran - Sentinel-2 - ESA - 14 août 2016 - satellite - Copernicus - Union européenne

Fumée noire dans le ciel d’Alep. Extrait d’une image acquise par le satellite européen
Sentinel-2 le 14 août 2016.
Crédit image : ESA / Union Européenne / Copernicus

 

Fin août, on s’attend plutôt à voir des enfants souriants au retour des vacances. Avec parfois un peu d’appréhension pour les plus petits à la veille de la rentrée scolaire, même s’ils sont fiers d’arborer un cartable tout neuf.

Ce n’est pas l’appréhension de la rentrée qui marquait le visage du petit Omran Daqneesh à Alep en Syrie. Reprises par les médias du monde entier, la vidéo et la photo publiées ont fait le tout du monde, suscitant indignation et émotion : le contraste est saisissant entre l’enfant de cinq ans, hébété, couvert de poussière, au visage ensanglanté et la propreté de l’ambulance dans laquelle il vient d’être mis à l’abri par un secouriste syrien.

 

Le vrai visage de la guerre

L’immeuble où il habitait avec sa famille a été détruit par une frappe aérienne. Selon l'Observatoire Syrien des Droits de l'Homme, le bombardement du quartier d'Al-Qaterji, un des fiefs des rebelles syriens, a été mené par des avions du régime de Bachar al-Assad ou de l'armée russe.

 

Cinq printemps et pas de printemps...

Omran a cinq ans, l’âge de la guerre en Syrie : à l’âge de jouer dans la cour de l’école maternelle, il n’a jamais connu autre chose que la guerre. C’est l’un des survivants du raid aérien du 16 août. Son frère aîné, Ali, a eu moins de chance : il a succombé à ses blessures.

Depuis mars 2011 et le début de la guerre en Syrie, au moins 14000 enfants ont été tués. Au total, le conflit a fait près de 300 000 morts. Environ la moitié des habitants d’Alep, ceux qui n’ont pas pris le chemin de l’exil, vivrait encore sur place.

Alep est la deuxième plus grande ville de Syrie, avec près de 1,7 million d’habitants avant la guerre. Située à un emplacement stratégique entre entre la mer Méditerranée et la Mésopotamie, elle est habitée depuis l’antiquité et a été classée au patrimoine mondial de l'humanité par l'Unesco en 1986.

 

L’enfer vu du ciel

Après réflexion, j’ai choisi de ne pas publier sur ce blog la photographie d’Omran. J’illustre cet article avec des images de la ville d’Alep prises entre le 14 et 19 août 2016 par des satellites d'observation de la Terre. Elles n’ont évidemment pas la même charge émotionnelle mais elles témoignent aussi à leur manière du drame vécu par la population.

 

Syrie - Alep - Aleppo - Siège Bombardements - Raid aérien - rebelle - Omran - MODIS - Terra - NASA - 14 août 2016 - satellite - Worldview - EOSDIS

Image de la ville d’Alep prise par l’instrument MODIS du satellite américain Terra le 19 août 2016.
Crédit image : NASA / Lance / MODIS Rapid Response

 

Le 19 août, j’ai d’abord trouvé par hasard le panache de fumée noire sur en faisant ma revue régulière des images MODIS sur le site EOSDIS Worldview de la NASA. La résolution n’est pas très élevée : les pixels de l’image sont échantillonnés ici à 250 mètres mais le panache de fumée noire, au sud d’Alep saute aux yeux.

Google maps ou Google Earth peuvent vous aider à vous repérer avec la géographie de la Syrie. Un des quiz récents du blog Un autre regard sur la Terre vous y aidera aussi. En contrôlant les images acquises avant et après, j’ai noté rapidement que le panache de fumée était visible entre le 15 et le 19 août. En réalité, je crois que le panache est visible dès le 13 et jusqu’au 20 ou 21 août.

 

Syrie - Alep - Aleppo - Siège Bombardements - Raid aérien - rebelle - Omran - MODIS - Terra - NASA - 14 août 2016 - satellite - Worldview - EOSDIS

Série d’images de la ville d’Alep prises par l’instrument MODIS du satellite américain Terra
entre le 15 et le 19 août 2016. Crédit image : NASA / Lance / MODIS Rapid Response

 

Avec ce niveau de détail, il n’est pas évident de relever une position géographie précise du foyer de l’incendie. Sur Worldview, à la data du 19 août, j’estime que la latitude est 36,1502°N et la longitude 37,1430°E.

J’ai ensuite tenté de trouver une image à plus haute résolution. Je n’ai pas trouvé d’images publiées par Airbus Defence and Space ou Digital Globe. Leurs satellites à très haute résolution peuvent voir n'importe quel point du globe pratiquement chaque jour mais doivent être programmés pour s'orienter vers la région visée et acquérir une image.

Rien pour la période recherchée sur le site Earth Explorer de l’USGS. Par contre, le site Copernicus Data Hub de l’ESA m’a permis de charger une image prise le 14 août par le satellite européen Sentinel-2A. J’ai d’abord cru que l’incendie démarrait le 15 et n’était visible sur l’image. En fin de compte le panache de fumée est bien là.

Les satellites comme Landsat 8 ou Sentinel-2A ne sont pas programmés comme Pléiades ou Spot 6 et 7 : ils prennent "tout ce qu'ils voient". Par contre, ils ne survolent pas chaque point de la Terre chaque jour : on parle de la période de revisite, soit 16 jours pour Landsat-8 et 10 jours pour Sentinel-2A. Ce délai entre deux images d'une même région tombera à cinq jours quand Sentinel-2B sera mis en orbite. Bref, c'est un peu un "coup de chance" d'avoir une image du panache de fumée le 14 août 2016.

« Drôle de loisir ! » dites-vous ? Personnellement, je trouve cela plus captivant que Pokemon Go…

L’image qui illustre le début de cet article est un extrait à haute résolution de cette image du satellite Sentinel-2. Voici une version plus large montrant l’ensemble de la ville en résolution réduite. Même si la résolution est beaucoup plus limitée que celle des satellites SPOT ou Pléiades, je crois qu’un photo-interprète entraîné pourrait confirmer à partir de cette image que la ville d’Alep a subi des destructions majeures.

 

Syrie - Alep - Aleppo - Siège Bombardements - Raid aérien - rebelle - Omran - Sentinel-2 - ESA - 14 août 2016 - satellite - Copernicus - Union européenne 

En Syrie, la ville d’Alep vue par le satellite Sentinel-2A. Image acquise le 14 août 2016 à 8h20 UTC.
Crédit image : ESA / Copernicus / Union Européenne

 

La fumée noire, visible plusieurs jours, semble donc provenir de l’incendie d’un ou de deux gros réservoirs d’hydrocarbures au sud d’Alep, le long de la route Ashek Saeed.

Il faut savoir que les habitants d’Alep tentent également de contrer les bombardements en brûlant parfois des piles de pneus qui dégagent une épaisse fumée noire et compliquent la tâche des pilotes de bombardiers. Je ne crois pas que ce soit le cas ici : le panache de fumée aurait été de plus courte durée.

 

Information et désinformation : guerre des mots, guerre des photos

La guerre de l’information continue…

Quelques médias, dont la télévision d’état chinoise, mettent en doute l’authenticité de l’image et soupçonnent une manipulation : Mahmoud Rslan, l’auteur de la photographie, serait proche des rebelles.

L'Agence France Presse (AFP), AP et Reuters ont expliqué comment ils avaient contrôlé l’authenticité de la photo et les informations communiquées par l'Aleppo Media Center.

Le site Arretssurimage.net détaille également les vérifications effectuées par l’AFP à Alep et indique que la vidéo a été tournée par un autre journaliste d’Alep, Mustafa Al-Sarout.

 

Derrière les pixels…

La publication de la photographie du jeune Omran pose une nouvelle fois la question de la fiabilité des informations et du contrôle des sources, en particulier lorsqu’elles sont peu nombreuses, dans une société qui fonctionne de plus en plus en temps réel, avec l’énorme caisse de résonnance des réseaux sociaux.

Comme pour les images satellites, il est toujours bon de s’interroger sur ce que nous montre une image ou ce qu’elle ne nous montre pas.

J’espère que les articles du blog Un autre regard sur la Terre continueront à vous inciter à exercer un œil critique.

 

Quand la photo devient une icône…

Se pose aussi la question de la finalité ou de l'impact de ces images : en 2015, la photo du petit Aylan, mort sur une plage de Bodrum en Turquie, avait certainement changé la vision du grand public à l’égard des réfugiés syriens.

Je vous laisse libre de juger s’il faut ou non publier la photographie d’un jeune enfant, blessé ou ensanglanté. Dans quel cas est-ce légitime ? Quand cela devient-il indécent ? Où est la frontière avec le voyeurisme ? La réponse n'est pas triviale mais le droit à l'image ne pèse pas toujours très lourd dans notre société de l'information en continu...

Si ces questions vous intéressent, vous connaissez certainement la manifestation « Visa pour l’image », consacrée au photojournalisme. Elle a lieu chaque année à Perpignan à la fin de l’été. Si vous n’avez jamais eu l’occasion d’y aller, je vous encourage à le faire.

L’édition 2016 démarre le 27 août 2016 et se termine le 11 septembre. Un congrès pour les professionnels se tient la première semaine. Les expositions sont en accès libre. Pas toujours drôle… mais un bon moyen de porter un autre regard sur le monde avec des thèmes très variés.

L’Irak, la Syrie et les migrants figuraient déjà dans les sujets des éditions précédentes. Nul doute qu’on verra de nouvelles photos du conflit syrien en 2016.

 

Visa pour l'image - Perpignan - Photojournalisme - Fleuve congo

A Perpignan, pendant l’édition 2015 de visa pour l’image, « Fleuve Congo, reportage au cœur d’une légende » de Pascal Maître (Cosmos / National Geographic Magazine). Crédit image : Gédéon

 

En savoir plus :

 
 

 

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27 mai 2016 5 27 /05 /mai /2016 18:56

 

Bataille de Verdun - Commémoration - Mai 2016 - Douaumont - Calendrier spatial 2016 - Hollande - Merkel - Première guerre mondiale - forêt de Verdun

Le calendrier spatial du mois de mai 2016 : cent ans après la bataille, la région de Verdun vue par le satellite Sentinel-2A. Crédit image : ESA / Copernicus / Commission Européenne. Illustration Gédéon

 

Cent ans après la bataille, retour à Verdun avec Sentinel-2

Quelle famille française n'a pas au moins un parent qui n'ait combattu ou ne soit mort à Verdun ?

Dimanche 29 mai : c’est la date qui a été choisie pour la principale cérémonie de commémoration du centenaire de la bataille de Verdun. Elle a fait plus de 300 000 morts et des centaines de milliers de blessés entre le 21 février 1916 et le 15 décembre 1916.

Pourquoi le 29 mai ? En 1966, c’est ce jour qu’avait choisi le Général de Gaulle pour le 50 ans de la bataille de Verdun.

Au moment où le projet de construction européenne est de plus en plus souvent décrié, quand des pays pionniers de l’Europe envisagent d’en sortir (Brexit) et quand les frontières se referment un peu partout, placer cette journée d’hommage sous le signe de l’Europe et de la jeunesse n’est pas anodin.

En septembre 1984, devant l’ossuaire de Douaumont, la poignée de main entre François Mitterrand et Helmut Kohl avait marqué les esprits. Le 29 mai, le Président François Hollande, la chancelière allemande Angela Merkel, le président du Parlement européen Martin Schulz et le président de la Commission Européenne Jean-Claude Juncker, avec la participation de 4000 jeunes allemands et français, multiplieront les étapes symboliques et les discours pour tenter de redonner du sens au projet européen : nécropole de Douaumont, Hôtel de ville et place de la Nation à Verdun (première visite d’un chancelier allemand, Mémorial de Verdun à Fleury-dvant-Douaumont, cimetière allemand de Consenvoye.

 

Là où la géographie porte la marque de l’histoire…

A l’occasion d’un précédent quiz, j’ai déjà écrit un article assez détaillé sur la bataille de Verdun où j’évoquais, avant les premiers satellites, les débuts de l’utilisation de la photographie aérienne sur le champ de bataille.

Je mentionnais aussi les « zones rouges », où les activités humaines ont été provisoirement ou définitivement interdites à causes des destructions majeures et des risques liés aux munitions non explosées ou à la pollution.

Avec le cas très particulier de la forêt de Verdun, une forêt crée ex-nihilo après la guerre, sur la zone du champ de bataille soumis pendant des mois à des bombardements intensifs. A partir de 1923, 36 millions d’arbres, dont pratiquement deux tiers de feuillus (surtout des hêtres), sont plantés sur les anciennes terres agricoles, désormais inexploitables, et deviennent la forêt domaniale de Verdun. Déjà classée Natura 2000, la forêt de Verdun obtient le label national "Forêt d’exception" en 2014.

 

Bataille de Verdun - Commémoration - Mai 2016 - Champ de bataille - Zone rouge - Forêt d'exception - Trous d'obus - Douaumont-

Un champ de bataille de Verdun pendant la guerre 1914-1918 qui conserve les impacts d'obus.
Photographie prise en 2005 près de l'ossuaire de Douaumont

 

Une forêt née de la guerre

On parle d’une toute petite surface, environ 10000 hectares, soit un carré de 10 km sur 10 km. Il tient largement sur une seule image du satellite Pléiades (20 km x 20 km). Au total, le champ de bataille de Verdun représente environ 150 km2 soit 15 000 hectares.

 

Voyage obus de l'enfer...

Il n’y a que des estimations mais elles sont effrayantes… Trente millions d’obus allemands (calibre 120 mm principalement), vingt-trois millions d’obus français (75mm). Un million d’obus tirés par les allemands, le 21 février 1916, le premier jour de la bataille ! Le calibre de ceux de la grosse Bertha : 420 mm… On trouve quelques chiffres fantaisistes sur le web mais en moyenne, cela fait 1 obus tous les 3 m2.

A Mort-Homme, un des neuf villages français détruits durant la Première Guerre mondiale, ou à la fameuse côte 304, le relief a perdu plusieurs mètres d'altitude à la suite des tirs d'artillerie massifs.

C’est incroyable de penser qu’une des batailles les plus meurtrières de la première guerre mondiale s’est déroulée sur un si petit territoire et, au final, en décembre 2016, sans changement significatif, au moins à Verdun, de la ligne de front, avec, au final, des positions quasi-identiques à celles du mois de février.

 

1916-2016 - 100 ans - Bataille de Verdun - Forêt - Verdun - ONF - Trous d'obus - forêt d'exception -  hêtres - Anne-Marie Granet

Butte de Vauquois - Meuse - Bataille de Verdun - Argonne - Artillerie - Obus - Marques de la première guerre mondiale - commémoration - mai 2016

La mémoire dans le sol... En haut, dans la forêt de Verdun, le relief du sol n'est pas si naturel.
Crédit image : ONF / Anne-Marie Granet. En bas, à une vingtaine de kilomètres de Verdun, la Butte de Vauquois, entre la Meuse, la Marne et les Ardennes. Crédit image : www.tourisme-meuse.com

 

De la Terre à la Lune

L’image satellite qui illustre le calendrier du mois de mai a été acquise par le satellite le 8 mai 2016. L’image complète couvre tout le nord-est de la France, une partie de la Belgique et elle est pratiquement sans nuage.

J’en ai extrait cette petite zone centrée sur la ville de Verdun. Elle n’a évidemment pas le niveau de détails d’une image Pléiades mais on identifie facilement l’ossuaire de Douaumont au nord de la ville.

Au sud-est, un site aux formes géométriques étonnantes. On a visiblement pris l’habitude de garder des munitions dans la région... Il s’agit de l’établissement principal des munitions « Alsace-Lorraine » au Rozelier à Sommedieue. Il fait partie du SIMu, le Service interarmées de munitions qui gère l’approvisionnement des munitions de l’armée de l’Air, de la Marine et de l’Armée de Terre. En zoomant dans l’image, on distingue les « igloos » de stockage. Il est implanté à proximité de l’ancien fort du Rozelier, construit en 1877 et renforcé jusqu’à 1914.

 

Verdun - Forêt de Verdun - Bataille de Verdun - Zone rouge - Centenaire - Douaumont - satellite Sentinel-2 - ESA - Mai 2016

Les environs de Verdun vus par satellite en mai 2016. Extrait d’une image acquise par le satellite
Sentinel-2A le 8 mai 2016 à 10h40 UTC. Crédit image : ESA / Copernicus / Commission Européenne

 

Mais le plus spectaculaire sur ce type d’image à large champ est l’occupation des sols. Un extrait un peu plus large de l’image Sentrinel-2 montre le contraste entre le parcellaire agricole et la forêt de Verdun. C’est en utilisant le canal proche infrarouge qu’on met le mieux en évidence les différences de couvert végétal. L'emprise de la forêt qui jouxte la ville, entre les deux blocs de surfaces agricole est très nette.

Je ferai prochainement un article avec d’autres extraits de cette image très intéressante.

 

Verdun - Mai 2016 - Forêt de Verdun - Champ de bataillle - Obus - Douaumont - Munitions - Satellite Sentinel-2A - Meuse - ESA

Verdun - Commémoration - 29 mai 2016 - Bataille - Occupation des sols - forêt domaniale - satellite - zone rouge - première guerre mondiale - Sentinel-2 - ESA - satellite

La région de Verdun vue par satellite. Un autre extrait de l’image Sentinel-2A acquise le 8 mai 2016.
En bas, composition colorée utilisant le canal proche infrarouge et mettant en évidence

le couvert végétal et les différences d’occupation des sols.
Crédit image : ESA / Copernicus / Commission Européenne

 

Les lancements orbitaux du mois d’avril 2016

Il y a eu 5 lancements orbitaux et un total de 11 satellites lancés en avril 2016, avec 5 satellites sur une seule fusée Soyouz lancée depuis le Centre Spatial Guyanais. En avril 2016 a également été effectué le vol inaugural du nouveau site de Vostochny (Russie), toujours avec une fusée Soyouz.

 

Calendrier spatial - 2016 - Avril 2016 - lancements orbitaux - fusées - satellites - Launch log - masse satellisée

Calendrier spatial : le tableau de bord des lancements orbitaux du mois d’avril 2016.
Illustration : Gédéon

 

Après les 52 tonnes du mois de mars 2016, la charge utile satellisée en avril n’est que d’environ 19 tonnes mais permet de passer, en masse totale lancée depuis le début de l’année, la barre symbolique des 100 tonnes.

Une seule mission, en orbite basse, le dragon CRS-8 à destination de l’ISS, représente à elle seule la moitié de la masse satellisée en avril et devient le nouveau record de masse de l’année 2016. Même si je ne les compte pas dans la catégorie des « lancements orbitaux », il y a eu également un petit satellite d’observation « lâché » depuis le module Kibo de la Station Spatiale Internationale (401 x 404 km, inclinée à 51,6°).

 

Fusées et satellites lancées en 2016 - Bilan mensuel - Mois par mois - masse satellisée - record

Les lancements orbitaux de l’année 2016. Bilan des masses satellisées avec succès
en avril 2016 et cumul depuis le début de l’année. Illustration : Gédéo
n

 

CRS : success

Voici quelques détails sur les lancements réalisés en avril 2016 :

  • 5 avril 2016, 17:38 UTC, Jiuquan : une fusée Chang Zheng 2D met en orbite le satellite scientifique Shi Jian 10. L’orbite est basse (250 km d’altitude moyenne) et inclinée à 42,9°.
  • 8 avril 2016, 20:43 UTC, Cap Canaveral (SLC 40) : une fusée Falcon 9 FT met en orbite le vaisseau cargo Dragon CRS-8 à destination de l’ISS. C’est également la première que le premier étage du lanceur parvient à atterrir sur une barge en mer, à environ 300 km au nord-est du site de lancement. Le Dragon a rejoint l’ISS le 10 avril. Avec 10,4 tonnes au total, donc 3136 kg de fret, c’est à ce jour le record de charge utile pour une fusée Falcon 9.

 

Space X - Falcon 9 FT - Dragon CRS-8 - ISS - Avril 2016 - Launch - lancement - première atterrisage réussi sur barge - first stage landing

Space X - Falcon 9 FT - Dragon CRS-8 - ISS - Avril 2016 - Launch - lancement - première atterrisage réussi sur barge - first stage landing

8 avril 2016 : décollage de la fusée Falcon 9 emportant la mission CRS-8 depuis
Cap Canaveral et premier atterrissage réussi du premier étage sur une barge en mer.
Crédit image : Space
X

 

  • 25 avril 2016, 21:02 UTC, Centre Spatial Guyanais (ELS) à Sinnamary : une fusée Soyouz ST-A mission VS14), met en orbite 5 satellites : Sentinel-1B, le satellite radar du programme européen Copernicus (2164 kg), Microscope, le satellite scientifique du CNES (303 kg) et 3 cubesats OUFTI-1, AAUSAT-4 et Est@r-II (1 kg chacun) construits par des universités. Les orbites initiales de Sentinel-1B et Microscope sont héliosynchrones (passage au nœud descendant à 18:00 heure locale), inclinées à 98,2°, respectivement à 697 km et 712 km d’altitude moyenne. L’orbite des trois cubesats est elliptique avec un périgée bas (442 x 686 km). C’est la capacité de l’étage supérieur Fregat à se ré-allumer et s’orienter plusieurs fois qui permet ce type d’injection complexe. Le lancement a été reporté 3 fois, 2 fois à cause de la météo et 1 fois pour remplacer la centrale inertielle de la fusée Soyouz.
  • 28 avril 2016, 02:01 UTC, Vostochny (PU1S) : pour le vol inaugural depuis ce tout nouveau site de lancement russe, une fusée Soyouz 2-1A avec un étage Volga met en orbite trois satellites sur une orbite héliosynchrone (passage au nœud descendant à 23:14 en heure locale). L’orbite initiale est légèrement elliptique (471 x 485 km), inclinée à 97,3°. La charge utile principale est le satellite scientifique d’astronomie Lomonosov (étude des rayons cosmiques et des rayons gamma). Les deux autres charges utiles sont AIST-2D (observation de la Terre) et Kontakt-NS ou Samsat 218 (technologie). Vladimir Poutine assistait au lancement.

 

A l’est du nouveau… Vostochny, un nouveau cosmodrome en Russie

 

Vostochny - Nouveau cosmodrome russe - Vol inaugural - Soyouz - 28 avril 2016 - Vladimir Poutine

28 avril 2016 : vol inaugural sur le cosmodrome de Vostochny avec le lancement d’une fusée
Soyouz 2-1A. Crédit image : Roscosmos

 

A 51°N de latitude, Le nouveau cosmodrome de Vostochny est construit sur le site de Svobodny, qui était à l’origine un site mobile de lancement de missiles intercontinentaux (ICBM). A côté du dispositif de transport et d’érection classique sur rails, le site a aussi un tour de service mobile similaire à celle utilisée au CSG en Guyane. A terme, Vostochny devrait remplacer le cosmodrome de Baikonour (aujourd’hui situé au Kazakhstan) et servir pour le lancement des nouvelles fusées Angara.

 

Vostochny - Russie - Chantier du nouveau cosmodrome - Travaux

Un chantier impressionnant : les travaux sur le nouveau cosmodrome de Vostochny.
Crédit image : Roscomo
s

 

  • 28 avril 2016, 07:20 UTC, Sriharikota, Satish Dhawan (FLP) : pour son 35ème vol et le 31ème succès consécutif, une fusée PSLV-XL met en orbite le satellite de navigation IRNSS-1G, le septième satellite de navigation indien. La masse du satellite au lancement est de 1425 kg. L’orbite initiale est très elliptique (274 x 20648 km), inclinée à 17,9°). L’orbite définitive, à environ 36000 km d’altitude est géosynchrone, inclinée à 5° : vu de la Terre, IRNSS-1G décrira une trajectoire en forme de 8 centré sur la longitude 129,5°E. La première génération du système indien de navigation est désormais complète, avec 4 satellites sur une orbite géosynchrone inclinée et trois satellites géostationnaires.

 

Lancement - PSLv-XL C31 - IRNSS-1G - Inde - ISRO

28 avril : deux lancements le même jour… Décollage de la fusée indien PSLV-XL C31
emportant le satellite de navigation IRNSS-1G. Crédit image : ISRO

 

SOHO : sauvetage à 1,5 million de kilomètre de la Terre

Après Hipparcos et Apollo XIII, SOHO est un nouvel exemple d’opération de sauvetage de mission spatiale qui illustre à nouveau l’ingéniosité et la ténacité des équipes projet, notamment celles de la NASA, de l’ESA et de Matra Marconi Space (aujourd’hui Airbus Defence and Space) à Stevenage et Toulouse.

SOHO ? C’est l’acronyme anglais de Solar and Heliospheric Observatory ou Observatoire solaire et héliosphérique.

SOHO est une mission scientifique de l’Agence Spatiale Européenne destinée à l’observation et à l’étude de la structure interne du soleil et à la mesure in situ du vent solaire. La mission a été réalisée en coopération avec la NSA qui a financé un tiers du budget et fourni plusieurs des 12 instruments.

Décidée en 1984, la sonde de 1850 kg est lancée le 2 décembre 1995 depuis Cap canaveral par une fusée américaine Atlas II. Elle est placée au point de Lagrange L1, à 1,5 million de la Terre, au début de l’année 1996.

 

Une longévité exceptionnelle

Prévu initialement pour une mission opérationnelle de 2 ans, SOHO a fêté ses vingt ans dans l’espace en 2015 et la mission a été prolongée à plusieurs reprises au moins jusqu’en décembre 201. Actuellement, après avoir suivi presque complètement deux cycles solaires (11 ans), SOHO continue de fournir des données d’une valeur scientifique inestimable, qui permettent de mieux comprendre la mécanique interne du soleil. Depuis son lancement, SOHO a suivi plus de 20000 éjections de masse coronale (Coronal Mass Ejection ou CME).

SOHO est aussi un formidable chasseur de comètes : il en a suivi plus de 3000, lorsque leur trajectoires les rapprochent du soleil. La sonde était aussi aux premières loges pour le transit de Mercure le 9 mai 2016.

 

SOHO - perte et sauvetage - observation soleil - CME - ESA - NASA - L1 Lagrange - comètes

20 années d’étude du soleil. Illustration publiée par l’ESA pour le vingtième anniversaire
de la mission SOHO en 2015. Crédit image : ESA

 

Miraculée conception…

Un incident survenu en juin 1998 a néanmoins failli entrainer la fin prématurée de la mission SOHO.

Le contact avec SOHO est perdu le 24 juin 1998 à 23:16 UTC, après plusieurs erreurs humaines commises lors de l’envoi des commandes à partir du sol à l’occasion d’opérations de routine.

Les premières investigations semblent malheureusement indiquer que la sonde SOHO est définitivement perdue.

Après 5 mois d’efforts, la mission SOHO sera finalement sauvée. Récit d’un sauvetage incroyable…

 

En savoir plus :

 

 

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12 janvier 2016 2 12 /01 /janvier /2016 20:31

 

Sentinel-2 - MSI - Libye - Libya - Incendies réservoirs pétrole - état islamique - ESA - Copernicus - European Commission - EUU

Les incendies des sites pétroliers en Libye. Extrait d’une image acquise par l'instrument MSI
du satellite européen Sentinel-2 le 5 janvier 2016 à 9h40 UTC.
Crédit image : Copernicus / Commission Européenne / ESA

 

J’ai publié il y a quelques jours un article sur les incendies des sites pétroliers causés par une attaque de l’état islamique. Les images provenaient de l’instrument MODIS des satellites américains Aqua et Terra.

Le tout nouveau satellite européen Sentinel-2, qui vient de démarrer sa carrière opérationnelle, a également été témoin de ces incendies. Voici quelques extraits d’une image acquise le 5 janvier 2016. On note immédiatement l’apport des données à plus haute résolution : regardez par exemple la restitution des infrastructures portuaires ou des cuves de stockage d'hydrocarbures.

 

Haut en couleurs

Le satellite Sentinel-2 a terminé sa recette en vol en ovcembre 2015. Il a été lancé par une fusée Vega le 23 juin 2015 et les premières images ont été acquises dans les jours suivants. Sentinel-2 est un satellite d'observation optique : son instrument MSI (Multispectral Imager) fournit des images dans 13 bandes spectracles, avec un pas d'échantillonnage au sol de 10 à 60 mètres selon les bandes. Les produits Sentinel-2 sont disponibles sur le portail "Sentinel Data Hub" depuis la fin du mois de novembre 2015.

 

satellite Sentinel-2 - Libye - Libya - Incendies réservoirs pétrole - ESA - Copernicus - European Commissionsatellite Sentinel-2 - MSI - Libya - Oil tanks - ISIS - ESA - Copernicus - European Commission - EU - large

Les incendies des sites pétroliers en Libye. Deux extraits, un en champ large et un plus serré, de l’image acquise par le satellite européen Sentinel-2 le 5 janvier 2016. Crédit image : Copernicus / Commission Européenne / ESA

 

Bizarrement, l’image a été publiée sur les pages Earth Observatory du site de la NASA. La distribution des images des satellites Sentinel se fait selon une politique « accès libre, illimité et gratuit » définie par la Commission Européenne pour les satellites du programme Copernicus.

Donc, rien n’empêche la NASA ou n’importe quelle autre organisation d’exploiter les images des satellites Sentinel.

Ce qui est plus étonnant, c’est que ni l’Agence Spatiale Européenne (ESA) ni la Commission européenne n’aient publié cette image sur leur site Internet ou auprès des médias.

En Europe, certaines personnes ont émis quelques réserves sur la politique de distribution des données Sentinel de Copernicus : y a-t-il un risque que les grands acteurs du web comme Google, Microsoft ou Facebook, avec leur force de frappe, mettent en place des services utilisant les données Sentinel qui "empêchent" les fournisseurs de services européens d’exploiter cette nouvelle source de données. La forme ultime du modèle économique du passager clandestin ("free-rider"), qui exploite un infrastructure sans participer à son financement ? 

 

Big brother ou big data

L’exemple présenté ici est anecdotique mais il pose une vraie question, également soulevée à Bruxelles pendant la conférence EU Space Strategy 2016 : il y a un réel enjeu de développer rapidement les usages européens des données Sentinel, sur les marchés institutionnels ou commerciaux, et cela passe par des mécanismes performants d’accès à ces données.

Cela montre aussi tout l’intérêt des actions destinées à promouvoir l’usage des images satellites pour les applications opérationnelles.

Les initiatives éducatives et grand public en font partie. De ce point de vue, un outil similaire à MIRAVI, développé à l'époque par l'ESA pour faire connaître les images MERIS du satellite Envisat, serait très utile.

 

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10 janvier 2016 7 10 /01 /janvier /2016 13:18

 

Libye - état islamique - EI - incendie - feux - terminaux pétroliers - Cuves stockage pétrole - Janvier 2016 - Satellite MODIS - Aqua

L’inquiétant panache de fumée noire après l’attaque et l’incendie des sites pétroliers libyens.
Image de l’instrument MODIS prise par le satellite Aqua le 6 janvier 2016.
Crédit image : NASA / GSFC / ESDIS

 

Ces images proviennent de l’instrument MODIS des satellites Terra et Aqua. MODIS est un instrument à basse résolution (entre 250 et 1000 mètres selon les canaux) : les images présentées ici ont une résolution au sol de 500 mètres.

Des panaches de fumée noire sont pourtant bien visibles sur ces images du 6 et 7 janvier 2016. S’étendant sur plusieurs centaines de kilomètres, ils témoignent de la violence des incendies à Es Sider (Al-Sidra) et Ras Lanouf, les deux principaux sites principaux libyens, situés sur la côté entre Benghazi et Syrte, à l’est du pays.

 

Libye - état islamique - EI - incendie - feux - terminaux pétroliers - Cuves stockage pétrole - Janvier 2016 - Satellite MODIS - Terra Libye - état islamique - EI - incendie - feux - terminaux pétroliers - Cuves stockage pétrole - Janvier 2016 - Satellite MODIS - Terra

Panaches de fumée noire après l’attaque et l’incendie des sites pétroliers à Al-Sidra et Ras Lanouf.
Le 7 janvier, le vent a tourné : les deux panaches de fumées sont alignés dans la direction sud-ouest. 
Images de l’instrument MODIS prise par le satellite Terra le 7 janvier 2016. En bas, la vue d’ensemble
donne une idée de la taille des panaches de fumée. Crédit image : NASA / GSFC / ESDIS

 

C’est la conséquence d’une attaque lancée par l’état islamique. Des cuves de stockage ont été touchées par des roquettes. De violents combats ont opposé les djihadismes à l’armée libyenne.

Les deux terminaux sont fermés depuis plus d'un an : des attaques similaires avaient déjà eu lieu en décembre 2014, le jour de noël. Il avait fallu neuf jours pour venir à bout des incendies, causés également par des tirs de roquettes des miliciens islamistes de Fajr Libya.

 

Incendie - Libye - sites pétroliers - Fajr Libya - décembre 2014 - satellite - Terra - MODIS

Mêmes causes, mêmes effets : les incendies de décembre 2014. Image MODIS du satellite Terra
prise le 30 décembre 2014. Je me demande si les tâches blanches à proximité du point de départ
de la fumée ne sont pas des amorces de pyrocumulus. Crédit image : NASA / GSFC / ESDIS

 

Attentat-suicide

Jeudi 7 janvier, un attentat suicide avec un camion piégé, avait causé la mort d’au moins 55 personnes et fait plus de 110 victimes dans un centre de formation de la police à Zlitent, à l’ouest de la Libye. C’est un des pires attentats depuis la chute de Kadhafi et sa mort en octobre 2011. L’attentat a été revendiqué vendredi soir par le groupe Etat islamique.

 

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7 octobre 2015 3 07 /10 /octobre /2015 07:10

 

Chasseurs russes - Syrie - Sukhoi SU-30SM - SU-25SM - Frappes aériennes - Image satellite - Pléiades - Pleiades - Poutine -Turquie - Aviation russe - Obama - Hollande

Les chasseurs russes sur la piste de l’aéroport de Lattaquié en Syrie. Extrait d’une image prise par le
satellite Pléiades le 20 septembre 2015. Copyright CNES – Distribution Airbus Defence and Space.

 

Impressionnant alignement d’avions de combat !

Nous sommes en Syrie, à 230 kilomètre au nord de Damas, sur la côte méditerranéenne, dans les montagnes du nord-ouest du pays, à la même latitude que la pointe orientale de Chypre.

Lattaquié, la grande ville de la région est un fief de Bachar al-Assad. La population a quadruplé depuis quatre ans avec l'arrivée de milliers de réfugiés

A 20 km au sud-ouest de la ville, c’est l’aéroport international de Lattaquié. International ? Plutôt russe depuis quelques semaines : tous ces avions stationnés au nord de l’aéroport à l’extrémité de la piste 17 sont des chasseurs russes.

 

L’attaque à partir de Lattaquié

La présence militaire russe s’est renforcée depuis juin 2015 à Lattaquié et sur la base navale  russe de Tartous, unique port de la marine russe en Méditerranée.

Depuis septembre, des mouvements de navires russes ont été signalés en Méditerranée.

Mi-septembre, sans parler des satellites-espions, les images des satellites commerciaux à très haute résolution comme Pléiades ont confirmé l’intensification du déploiement de l’aviation russe. De nouvelles images prise par le satellite Pléiades montrent une partie de l’impressionnant dispositif aérien déployé en Syrie par l’armée russe : plus de 50 appareils, avions et hélicoptères participent aux frappes sur la Syrie qui ont commencé il y a une semaine. Des troupes d’infanterie de marine, des parachutistes et des unités de forces spéciales complètent le dispositif militaire russe en Syrie.

 

Syrie - Lattaquié - Avions et hélicoptère russes - Aéroport - Pléiades - Pleiades - Satellite - frappes aériennes- Bachar al-Assad

Les moyens aériens russes sur l’aéroport de Lattaquié. Un extrait plus large de l’image Pleiades
du 20 septembre 2015. Copyright CNES – Distribution Airbus Defence and Space.

 

L’image Pléiades montre en particulier quatre Sukhoi Su-30SM, un des avions de chasse les plus moderne de l’aviation russe, qui avaient été identifiés à tort dans un premier temps comme des SU-27 « Flanker ». Le SU-30 est une variante moderne multi-rôles,  reconnaissable à ses empennages canard à l’avant du fuselage.

Si vous aviez l’attention de vous initier à la photo-interprétation et de découvrir les avions russes, voici une bonne occasion : en passant en revue les différentes images satellites qui ont été rendues publiques, vous pourrez voir également :

  • Douze bi-réacteurs Su-25SM « Frogfoot ».
  • Douze Su-24 « Fencer ».
  • Des hélicoptères d’attaque Mi-24 “Hind”.
  • Des hélicoptères de transport Mi-17 « Hip ».
  • Des hélicoptèreS Mi-8.
  • Des hélicoptères Kamov Ka-27/28 « Helix ».
  • Des avions de transport (Il-76, Il-78 et An-124).
  • Et aussi des chars T-90 et des véhicules de transport de troupes BTR-80...

D’autres images publiées par Digital Globe ou confirment ce déploiement et les travaux d’aménagement et d’agrandissement autour de l’aéroport, en particulier l’extension de zones bitumées pour le stationnement d’avions et d’hélicoptères. L’évolution des travaux est bien visible en comparant les différentes images publiées dans les médias ou visibles sur Google Earth.

 

Syrie - Lattaquié - aéroport avant arrivée avions russes - avant travaux - Google EarthSyrie - Aéroport Lattaquié - Aménagements et travaux avant arrivée des avions russes - Pléiades - Pleiades - satellites

D'autres images de l'aéroport de Lattaquié en Syrie : en haut, ce qu'ont peut voir début octobre sur
Google Earth. En bas, une autre image du satellite Pléiades prise plus tôt en septembre.
Copyright CNES - Distribution Airbus Defence and Space.

 

Octobre rouge : dès le 30 septembre

Les frappes russes en Syrie ont commencé le 30 septembre 2015.

Moscou affirme ne viser que des cibles de l’Etat islamique mais les occidentaux pensent que les cibles sont choisies dans le camp de l’opposition au régime syrien. Pour  eux, l'objectif principal des russes serait d’installer à Lattaquié un bastion fidèle à Assad, au cas où Damas vienne à tomber : les forces gouvernementales syriennes ont subi ces derniers mois des échecs répétés face aux rebelles, dont ceux de l'Etat islamique (EI).

De fait, un article du journal Le Monde qui analyse la cartographie des raids aériens russes permet de comprendre les objectifs réels de Vladimir Poutine :

  • Soutenir l’armée Syrienne dans les zones où elle perd du terrain.
  • Affaiblir l’opposition armée.

L’Etat islamique n’est pas la première cible visée : par exemple des avions russes et syriens ont mené plusieurs raids contre des positions terroristes à Hama et à Homs, dans le nord-ouest du pays, des régions tenues par le Front Al-Nosra, la branche syrienne d’Al-Qaida, par le groupe islamiste Ahrar Al-Sham et par d’autres rebelles, dont certains sont financés par les Etats-Unis, qui ne sont pas affiliés à l’Etat Islamique.

L'armée russe a elle-même indiqué lundi soir, au 6ème jour de son intervention militaire en Syrie, avoir effectué 15 nouveaux raids aériens et bombardé durant la journée dix cibles de l'État islamique, notamment dans la province de Damas, à Rastane et Talbissé dans la province de Homs, à Beit Mneineh et Jabal al-Qobbé dans la province de Lattaquié et à Jisr al-Choughour dans la province d'Idleb au nord-ouest du pays, une ville clé sur la route menant à Lattaquié. Jisr al-Choughour est actuellement sous le contrôle de « l'Armée de la conquête », qui regroupe le Front Al-Nosra et des groupes islamistes opposés à Bachar El Assad et à l'EI.

L’Observatoire Syrien des Droits de l’Homme a annoncé la mort de plusieurs dizaines de civils dont plusieurs enfants.

Du côté de la guerre des communiqués, l'EI a riposté en s’attaquant à nouveau au site de Palmyre et en détruisant l'Arc de triomphe de l'empereur Septime Sévère. Après  les temples de Baal et Baalshamin, c’est le troisième monument emblématique détruit sur le site de la cité historique de Palmyre, classée au patrimoine mondial de l’Unesco.

 

Un chasseur chassant chassé…

Samedi 3 octobre, des F-16 turcs ont intercepté un chasseur russe Su-30 et l’ont forcé à faire demi-tour. Dimanche, un nouvel incident avait lieu avec un Mig-29.

Selon le porte-parole du ministère russe de la Défense Igor Konachenkov, ce sont les mauvaises conditions météo dans la région qui sont à l’origine de cette erreur. Une image satellite du satellite Terra montre que la météo n’était pourtant pas mauvaise.

L'Otan a jugé « extrêmement dangereuses » les incursions de l'aviation russe en Turquie. L’OTAN dénonce également les frappes aériennes de la Russie en Syrie, à Hama, Homs et Idlib, « qui ont fait des victimes civiles et ne visaient pas Daech.

 

MODIS - Terra - Syrie - Frappes russes - Survol Turquie - Couverture nuageuse - F16 - Mig

Beau temps sur la Syrie : extrait du image acquise par l’instrument MODIS du satellite Terra
le 3/10/2015. Crédit image : NASA / GSFC / Modis Rapid Response

 

Un tweet géant pour Obama

L’activité sur les réseaux sociaux confirme le niveau de tension entre Les russes et les américains.

Un extrait de l’image Pléiades présentée ici a même été retouché : l’inscription russe « ОБАМА чмо », c’est-à-dire « Obama crétin », a été ajoutée à l’extrémité de la piste d’atterrissage n°17, là où stationnent les Su-30. La photo a été postée fin septembre  n’sur les comptes Facebook et VK (le principal réseau social russe) d’Igor Korotchenko, rédacteur en chef de la revue La Défense de la Nation, ancien militaire, connu pour ses positions favorables à Vladimir Poutine.

 

Lattaquié - Avions russes - Image satellite - Pleiades - Pléiades - Trucage - Image retouchée - Igor Korotchenko - VK

L'image des avions russes sur la piste de l'aéroport de Lattaquié,
avec et sans l'inscription ajoutée à l'image

 

Il n’y a pas que les russes qui se paient la tête du président Obama, dont la stratégie en Syrie est violemment critiquée au congrès et dans les médias : tous les efforts déployés depuis quatre ans pour endiguer la progression de Daech ont échoué.

Washington, Paris et Londres sont opposés à une collaboration avec le régime du président syrien, Bachar Al-Assad.

 

Ruse russe ?

Le moins qu’on puisse dire, c’est que les russes ne cherchaient pas absolument à passer inaperçus en Syrie avant le début des frappes aériennes : les avions et les hélicoptères stationnaient, à l’air libre, sur la piste 17L ou sur des zones de parking au nord de l’aéroport international al-Assad. Sans hangars de protection, avec au plus un filet de camouflage que qu’on peut discerner sur certaines images : est-ce que Vladimir Poutine voulait envoyer un message aux pays occidentaux, en rendant ses moyens aériens en Syrie visibles par tous les satellites-espions ou les satellites commerciaux à très haute résolution ?

On dirait presque un exercice NIIRS pour photo-interprète en formation…

 

Détecter, identifier, reconnaître ou décrire : l’échelle NIIRS

NIIRS signifie National Imagery Interpretability Rating Scale. Il s’agit d’une échelle subjective destinée à noter la « qualité perçue » d’une image. Définie à l’origine  pour les photo-interprètes militaires et la communauté du renseignement pendant la guerre froide, l’échelle NIIRS a été étendue aux usages civils de la photographie aérienne et de l’imagerie satellitaire.

L’échelle NIIRS comporte 10 niveaux de 0 à 9, correspondant à des tâches d’analyse d’image de complexité croissante et caractérisant ainsi le niveau d’interprétabilité d’une image et donc d’un capteur d’image donnés. Elle permet également de noter les effets des traitements appliqués à une image.

La figure suivante montre que les différents niveaux d’analyse d’image sont caractérisés avec des exemples de tâches de photo-interprétation à effectuer, avec des verbes comme « détecter » (detect), « identifier » (identify), « décrire » ou « reconnaître » (determine), «  distinguer » (distinguish or differentiate).

 

NIIRS - National Imagery Interpretability Rating scale - NIIRS 1 - NIIRS 2 - NIIRS 3 - NIIRS 4 - NIIRS 5 - NIIIRS 6 - NIIRS 7 - NIIRS 8 - NIIRS 9 - IMINT - satellites espions - photo-interpètes- photographie aérienne - NGA - NRO

Grille NIIRS pour les images optiques visibles. Extrait de "National Imagery Interpretability
Rating Scales (NIIRS): Overview and Methodology" (John M. Irvine, ERIM International)

 

Par exemple, dans le cas d’une image NIIRS 2, un analyste doit être capable de détecter des bâtiments de grandes dimensions, alors que sur une image NIIRS 6, il pourra identifier des véhicules et reconnaître leur type.

Dans le cas d’images numériques, il y a un lien assez direct avec la résolution ou plutôt le pas d’échantillonnage au sol (GDS pour Ground Sampling Distance) mais d’autres paramètres interviennent pour caractériser l’interprétabilité d’une image : contraste et fonction de transfert de modulation ou FTM (les anglo-saxons parlent aussi de RER (Relative Edge Response), présence ou non de l’information de couleur, rapport signal sur bruit, etc. Globalement, on parle de GIQE (General Image Quality Equation).

La très haute résolution des meilleurs satellites commerciaux modernes correspond globalement à un NIIRS de 5 à 6.

Néanmoins, dans le tableau suivant, j’ai tenté de résumer ce qu’on peut faire et ce qu’on ne peut pas faire selon la résolution d’une l’image optique.

 

Avec une résolution de…

On peut

On ne peut pas

10 mètres

détecter les grands bâtiments

détecter des véhicules

5 mètres

reconnaître les bâtiments

identifier les bâtiments ou détecter les véhicules

2,5 mètres

identifier en partie les bâtiments

détecter des véhicules

identifier les véhicules

1 mètre

identifier les bâtiments, reconnaître les véhicules

identifier les véhicules

50 centimètres

identifier en partie les véhicules

décrire les véhicules

25 centimètres

identifier les véhicules

décrire les véhicules

10 centimètres

décrire les véhicules

 

Quelques exemples de tâches de photo-interprétation possible sur des images satellite
selon leur résolution.

 

Pour illustrer cela plus concrètement, j’ai représenté sur l’image suivante la manière dont un avion Sukhoi Su-25 apparaîtrait sur des images satellite de différentes résolutions (de 15 cm à 1,5 m). C'est un petit bricolage réalisé rapidement avec un logiciel de retouche photo mais cela donne une bonne idée. Bien sûr, vous ne verrez pas le quadrillage noir sur une véritable image satellite...

Je suis partie d'une photographie d'un avion en vol mais sa silhouette correspond à celle d'un avion au sol. Notez l'effet de condensation à partir du bord d'attaque (un bel exemple de singularité de Prandtl-Glauert à vitesse subsonique : la baisse de pression entrâine une détente et un refroidissement brutal).

Au centre, la très belle photographie d’origine prise par Francois Moriau (AP) pendant une démonstration en vol au salon du Bourget en juin 2013. Lorsqu'on assiste à ce spectacle impressionnant, il est bon de garder à l'esprit les missions que remplissement ces avions sur le terrain.

 

Avions russes vus par satellite - Sukhoi - Su-35 - résolution - 25 cm - 50 cm - NIIRS - IMINT - satellites espions - Pairs Air Show - Bourget - frappes russes en Syrie

Impact de la résolution des satellites sur l’interprétabilité des images. Exemple avec un chasseur
Sukhoi Su-35 (22 mètres de longueur, 15 mètres d’envergure). Représentation à 25 cm, 50 cm,
1 m et 1,5 m de résolution. L'image d'origine a été prise en 2013 pendant une démonstration
en vol au salon du bourget. Photographie d'origine : François Mori / AP Photo. Infographie : Gédéon.

 

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31 août 2015 1 31 /08 /août /2015 00:26

 

Satellite Pleiades - Palmyre - Syrie - temple de Baalshamin - avant destruction par EI - 22 mai 2015 - CNES – Airbus Defence and Space - UNITAR

A Palmyre, le temple romain de Baalshamin avant sa destruction. Extrait d’une image prise
par le satellite Pléiades le 22 mai 2015. Copyright CNES – Distribution Airbus Defence and Space

 

La destruction du temple romain de Baalshamin, le petit parallélépipède en bas de l’image au centre, a été confirmée par des images satellites analysées par l’Institut des Nations Unies pour la formation et la recherche (UNITAR) et publiées le 29 août.

C’est le satellite Pléiades qui a acquis les images à très haute résolution utilisées par les photo-interprètes de l’UNITAR, particulièrement sensibles au sort de la ville antique classée au Patrimoine Mondial de l’Humanité de l’UNESCO (inscrite en 1980 et ajoutée en 2013 à la liste du patrimoine en danger).

 

Palmyre - Syrie - Temple Baalshamin - Avant destruction par DAECH - EI - Bergnard Gagnon

A Palmyre, le temple de Baalshamin avant sa destruction.
Crédit image : Bernard Gagnon

 

Oasis de paix ? Oasis de guerre ?

Latitude : 34°33′15″N, longitude : 38°16′00″E. Un peu au sud du centre de la Syrie, à 210 km au nord-est de Damas, Palmyre est un des sites archéologiques les plus importants du Proche-Orient. Au premier siècle après Jésus Christ, sous le règne de Tibère, l’oasis de Palmyre était au cœur des échanges entre la Chine, l’Inde, la Perse et Rome. Son dynamisme et sa réussite commerciale ont permis la construction de la cité antique qui attirait de nombreux visiteurs avant le début de la guerre en Syrie.

Le temple de Baalshamin, un des plus beaux de Palmyre, est situé au nord d’un grand temple dédié au dieu du soleil, le temple de Baal (ou temple de Bel), également la cible de l'EI depuis la fin du mois d'août.

C'est en mai 2015 que l’Etat Islamique (EI), également désigné par le signe anglais ISIS ou Daech, a pris possession du site de Palmyre. L'annonce de l'entrée de Daech dans la ville a inquiété tous les archéologues et passionnés d'antiquité. L'annonce des premières destructions a montré que ses craintes étaient bien fondées.

Comparée à une image datant du mois de mai, juste avant la prise de Palmyre par les hommes de l’Etat Islamique, une image prise le 25 août prouve malheureusement la destruction du temple romain de Baalshamin. L’image a été prise quelques jours après la destruction du temple, le 23 août.

 

Satellite Pleiades - Palmyre - Syrie - temple de Baalshamin - après destruction par EI - 25 août 2015 - CNES – Airbus Defence and Space - UNITAR

Une autre image du site de Palmyre, prise le 25 août 2015, confirme la destruction du temple
romain de Baalshamin. Extrait d’une image prise par le satellite Pléiades en mai 2015.
Copyright CNES – Distribution Airbus Defence and Space

 

Les deux images, prises sous des angles de vue différents et depuis deux positions différentes du satellite Pléiades sur son orbite ne sont pas directement superposables : les spécialistes de l’UNITAR les ont traitées pour faciliter la comparaison.

 

 

Comparaison des deux images du satellite Pléiades prise avant et après la destruction du temple
de Baalshamin. Déplacez le curseur pour afficher la première ou la deuxième image.
Crédit image : UNITAR

 

Ces images confirment que la partie interne du temple, la cella, a bien été détruite. Une partie des colonnes se sont effondrées.

Cela ne faisait aucun doute depuis les témoignages d’archéologues syriens, les revendications de l’Etat Islamique (EI) et les photos montrant la mise en place des explsifis. La « preuve vue du ciel » marque toujours les esprits :les images du satellite Pléiades ont été reprises immédiatement par des nombreux journaux. L’UNESCO a qualifié cet acte de « crime de guerre » : peu de temps auparavant, l’EI avait décapité Khaled Al-Assaad l’ancien chef des antiquités du site,

Les images complètes en pleine résolution sont visibles sur le site d’Airbus Defence and Space. En voici deux versions en résolution réduite qui donnent une petite idée de l’importance du site archéologique de Palmyre. L'image du mois d'août est nuageuse mais permet néanmoins de voir les dommages infligés au temple.

 

Satellite Pleiades - Palmyre - Syrie - temple de Baalshamin - avant destruction par EI - 22 mai 2015 - CNES – Airbus Defence and Space - UNITAR Satellite Pleiades - Palmyre - Syrie - temple de Baalshamin - après destruction par DAECH - 25 août 2015 - CNES – Airbus Defence and Space - UNITAR

Le deux images de Palmyre prises par le satellite Pleiades avant et après la destruction du temple de Baalshamin, le 22 mai et le 25 août 2015. La résolution est très réduite par rapport aux images originales. Copyright CNES – Distribution Airbus Defence and Space

 

L’utilisation de l’imagerie satellite à Palmyre est une mise en pratique d’un accord signé en juillet 2015 entre L’UNESCO et L’UNITAR. L’objectif de cet accord est de  protéger les sites du patrimoine culturel et naturel grâce à la géo-information. Il est mis en œuvre par le Programme opérationnel pour les applications satellites (UNOSAT) d’UNITAR, qui participe également très fréquemment aux opérations de cartographie rapide en cas de crise humanitaire ou de catastrophe naturelle majeure.

L’imagerie par satellite est parfois la seule source d’information objective accessible dans les régions touchées par les conflits ou les désastres naturels (voir les autres articles du blog Un autre regard sur la Terre sur l'utilisation des satellites en période de crise ou de catastrophe naturelle). Elle permet à la communauté internationale de comprendre la situation sur le terrain et de planifier des mesures d’urgence.

 

Table rase

Après le musée de Mossoul (en février), les villes d’Hatra (mars) puis de Nimrod (avril), l’EI semble vouloir détruire  systématiquement le patrimoine historique sur les régions qu’il contrôle.

Dimanche 30 août, l’Observatoire Syrien des Droits de l’Homme (OSDH) annonçait qu’une partie du temple de Bel (temple de Baal) avait également été détruit à l’explosif. Cette nouvelle destruction a également été confirmée par l'UNITAR avec une nouvelle image satellite acquise le 31 août par Urthecast.

 

Palmyre - Syrie - Palmyra - Temple de Bel - Temple de Baal - Destruction - Etat islmaique - ISIS - Satellite - Pléiades - CNES - Airbus DS - UNITAR - UNOSATPalmyre - Syrie - Palmyra - Temple de Bel - Temple de Baal - Destruction - Etat islmaique - ISIS - Satellite - Pléiades - CNES - Airbus DS - UNITAR - UNOSAT

A Palmyre en Syrie, le temple de Bel détruit par Daech. En haut, extrait de l'image prise par le satellite
Pleiades le 27 août 2015. Copyright CNES - Distribution Airbus Defence and Space.
En bas, une image acquise le 31 août par Urthecast.

 

ISS voit ISIS

La résolution de la caméra d'Urthecast (1 mètre pour la caméra HRC, 5 mètres pour THEIA), installée sur la Station Spatiale Internationale (ISS) est moins bonne que celle de Pleiades mais la destruction du temple ne fait aucun doute.

Le pillage des sites comme Palmyre ou Dura Europos (qui a fait l'objet d'un quiz du blog Un autre regard sur la Terre en novembre 2014), avec le trafic des antiquités, constitue aussi une source de financement non négligeable de l’EI.

La destruction de ces monuments ne doit pas faire oublier les milliers de victimes civiles tuées depuis le début de la guerre en Syrie : dans un bilan publié le 6 août 2015, l'Observatoire Syrien des Droits de l'Homme estime que plus de 330000 syriens (dont près de 112000 civils et 12000 enfants) ont été tués depuis mars 2011, date du début du conflit syrien.

 

En savoir plus :

 

 

 

 

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5 février 2015 4 05 /02 /février /2015 23:52

Digital Globe - Attaque Boko Haram - Baga - avant et après

Au Nigéria, images de Baga prises le 2 et le 7 janvier 2015 par les satellites GeoEye-1
et Worlview-2 avant et après l’attaque de Boko Haram. L’image dans le canal proche infra-rouge
met en évidence les dégâts des incendies. La haute résolution permet d’identifier
les habitations détruites. Crédit image : Digital Globe

 

Entre le 7 et le 10 janvier 2015, les français assistaient presqu’en direct à l’attentat contre la rédaction de Charlie Hebdo et aux deux prises d’otages. La couverture de ces évènements montrait une fois de plus l’efficacité des chaînes d’information en continu mais aussi leurs excès.

Au nord du Nigeria, au bord du lac Tchad, pratiquement la même semaine, un autre massacre s’est déroulé loin des caméras et des journalistes : l’attaque de Baga par le groupe islamiste Boko Haram. Dans cette région isolée, à 160 kilomètres de Maiduguri, la capitale de l‘état de Borno, aucun journaliste de BFMTV n’était présent pour téléphoner aux terroristes…

Avant l’arrivée des envoyés spéciaux sur place, ce sont des images provenant de satellites d’observation qui ont d’abord donné une idée de l’ampleur du massacre, un des plus meurtriers à ce jour. La tuerie a commencé le 3 janvier. Une nouvelle série d’attaques, à partir de pick-up, de petits camions et de motos, était lancée entre le 7 et le 8 janvier. Certains véhicules sont visibles sur les images.

Digital Globe - Amnesty International - Doro Baga - 2 et 7

Au Nigéria, images de Doro Baga (Doro Gowon) prises le 2 et le 7 janvier 2015 par les satellites
GeoEye-1 et Worlview-2 avant et après l’attaque de Boko Haram. Crédit image : Digital Globe

 

« L’acte le plus meurtrier d’une série d’attaques de plus en plus atroces menées par le groupe Boko Haram » (Amnesty International)

L’ONG Amnesty International a rapidement publié sur son site des images fournies par la société Digital Globe. C’est à partir de ces images qu’Amnesty International a évalué les conséquences de l’attaque.

Difficile de savoir précisément combien de personnes ont été tuées à Baga, à Doron Baga et dans les villages de pêcheurs des environs. L'ONG évoque le chiffre de 2 000 morts.

Plus de 3 700 habitations ont été partiellement ou complètement détruites (620 à Baga et 3 100 à Doron Baga), 16 villages incendiés. Des milliers de personnes ont tenté de prendre la fuite sur la lac Tchad à bord de bateaux et de pirogues.

A Baga, la base de la MNJTF (Multinational Joint Task Force, force multinationale conjointe), occupée uniquement par des soldats nigérians, n’a pas pu résister aux assaillants, qui défient ainsi les pays voisins du Nigéria.

J’ai déjà publié à plusieurs reprises des images utilisant le canal proche infra-rouge qui est un très bon indicateur de l’activité chlorophyllienne. Elles sont souvent utilisées pour estimer le stress hydrique de la végétation ou cartographies les zones parcourues par les feux de forêts. Dans ce type de présentation des images, la couleur rouge représente la végétation en bonne santé. L’image du 7 janvier montre que pratiquement tout a été brûlé…

Digital Globe - Doro Baga - Boko Haram - 02-01-2015

Digital Globe - Doro Baga - Boko Haram - 07-01-2015

Les deux images de Doro Baga (Doro Gowon) prises le 2 et le 7 janvier 2015.
Crédit image : Digital Globe

 

C’est la première fois sur le blog Un autre regard sur la Terre que l’état de la végétation témoigne de la violence volontaire exercée contre des populations civiles. Dans l’image photo-interprétée suivante, les points jaunes représentent les habitations détruites ou endommagées.

 

Digital Globe - Boko Haram - destruction Baga - 07-01-2015

Digital Globe - Attaque Boko Haram - analyse dégâts - 07-

Au Nigéria, cartographie des habitations et bâtiments détruits ou endommagés à Baga, après
l’attaque de Boko Haram. Analyse réalisée sur l’image prise le 7 janvier 2015.
En bas vue d’ensemble des destructions à Baga et Doro Baga. Crédit image : Digital Globe

 

Les images qui illustrent cet article ont été prises le 2 et le 7 janvier 2015, avant et après l’attaque de Boko Haram. Les images du 2 janvier proviennent du satellite GeoEye-1. Celles du 7 janvier ont été prises par WorldView-2.

Des nombreuses petites embarcations, visibles sur la rive du lac Tchad sur l’image du 2 janvier, n’apparaissent plus sur l’image du 7 janvier : cela confirme la tentative de fuite des habitants.


Digital Globe - Amnesty International - Baga - embarcations

La rive du lac Tchad vu le 2 et le 7 janvier 2015. Les embarcations visibles le 2 janvier
ont disparu le 7 janvier. Crédit image : Digital Globe

 

Depuis la publication de ces images, des témoignages effrayants, recueillis sur place, confirment malheureusement ce que les images satellites laissaient entrevoir.

 

Le rôle des satellites d’observation

Comme dans le cas de catastrophes naturelles majeures, de conflits internes à un pays ou de crises humanitaires, cet exemple confirme une fois de plus le rôle que peuvent jouer les satellites d’observation pour évaluer rapidement la réalité d’une situation, quand il n’est pas possible ou trop dangereux de se rendre sur place. Les satellites contribuent aussi à remettre parfois en cause les bilans officiels : au Nigéria, les autorités ont affirmé que les attaques de Boko Haram n’avaient pas fait plus de 150 victimes (sic)…

 

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19 juillet 2014 6 19 /07 /juillet /2014 00:04

 MH 17 - Missile - SAM - Buk - 9K37M1-2 - Missile sol-air - TELAR

Exemple de tracteur-érecteur-lanceur radar (en anglais, TELAR - transporter erector launcher
and radar) : lance-missile 9K37M1-2 "Buk-M1-2" (code OTAN SA-17 Grizzly) photographié à Kapustin Yar
en 2011. Selon le site Jane's, la version utilisée contre le vol MH 17 de Malaysia Airlines serait
un SA-11 "Gadfly" 9K37. Crédit image : CC-BY-SA Leonidl

 

298 pasagers à bord, aucun survivant.

Le Boeing 777-200ER du vol MH 17 de la compagnie Malaysia Airlines entre Amsterdam-Schiphol et Kuala Lumpur a très certainement été abattu par un missile sol-air jeudi 17 juillet alors qu'il survolait l'est de l'Ukraine à 10000 mètres d'altitude.

Avant la perte de contact avec le vol MH 17 à 13h15 (heure de Paris), l'équipage n'a signalé aucun problème.

L'enquête pour déterminer les causes précises du drame et les responsabilités sera difficile : les premiers reportages sur place laissent penser que le site du crash était davantage un moulin à vent qu'une scène de crime...

 

Buk banni : propagande et désinformation

Alors qu'on commence à se demander si la décision de l'Agence européenne de sécurité aérienne (AESA) ade contourner l'espace aérien de l'est de l'Ukraine n'est pas trop tardive,

Barack Obama a déclaré que « le missile qui a abattu le Boeing a été tiré depuis une zone contrôlée par les séparatistes prorusses » dans l'est de l'Ukraine. Les différentes déclarations doivent être prises avec beaucoup de prudence : Ukrainiens, séparastistes et Russes réfutent toute responsabilité. Les Etats-Unis précisent néanmoins qu'il pourrait s'agir d'un système de missiles sol-air de moyenne portée « Buk », de type SA-11 (Gadfly) ou SA-20.

 

Ukraine - MH-17 - Flightradar24 -18 juillet - Traffic aérien - AESA - Compagnies aériennes - Lignes aériennesLa circulation aérienne en Europe au lendemain de la destruction du vol MH 17.
Les consignes de l'AESA ont un impact immédiat. Source : Flightradar24.com

 

Détection par satellite ?

Les satellites d'observation à très haute résolution civils ou militaires peuvent identifier des installations de lancement de missiles fixes ou mobiles. Par contre, il est peu probable qu'un satellite d'observation en orbite basse ait pu détecter le départ ou la trajectoire du missile. Les satellites en orbites basses sont sur des orbites à défilement et, par définition, ils « défilent » : à environ 28000 km/h sur leur orbite circulaire, ils survolent un région du globe à une heure précise pendant une durée relativement courte. On peut augmenter un peu cette durée en jouant sur l'agilité du satellite pour le faire pivoter pour viser le plus longtemps possible la même zone mais cela ne dépasse pas quelques minutes.

En modifiant l'orbite d'un satellite (c'est très coûteux en ergols) ou en coordonnant les opérations de plusieurs satellites (comme on fait en cas de catastrophe naturelle), il est possible de tenter d'acquérir une image d'une région donnée à un moment précis ou le plus rapidement possible (toujours dans le cas d'une crise). Par contre, cela suppose d'avoir une idée de l'heure de l'évènement qu'on cherche à observer. Cela peut arriver, de manière fortuite (voir l'article sur la météorite de Tchebarkoul) ou quand cette information est connue par d'autres sources de renseignement, par exemple à l'occasion d'un essai de missile balistique programmé en Corée du Nord.

Dans le cas du MH 17, ce n'est certainement pas le cas.

 

SAM et l'oncle Sam

Si des satellites ont capté quelque chose, il s'agit plus vraisemblablement de satellites américains d'alerte avancée, en orbite plus haute ou en orbite très elliptique, dont la mission est de détecter, comme pour les départs de feux de forêts, la signature infrarouge de missiles balisitiques à longue portée et pas forcément de missiles sol-air du type ou encore de satellites d'écoute électronique (SIGINT pour Signal Intelligence) qui auraient pu localiser par triangulation le signal émis par loe radar au sol du système de missile ou par l'autodirecteur du missile. Une telle détection a pu également être effectuée à partir de moyens sol.

La France et l'Europe ne disposent pas actuellement de capacité opérationnelle de ce type. Il y a eu les démonstrateurs Spirale et Elisa (quatre satellites lancés avec le satellite Pleaides-1A). La loi de programmation militaire a confirmé le lancement du programme d'écoute CERES avec une mise en service vers 2020 : la DGA (Direction Générale de l'Armement) a notifié en 2013 le contrat de réalisation aux deux industriels français Airbus Defence and Space et Thales Alenia Space. Par contre, l'alerte avancée n'est pas très avancée...

 

écoute - ELINT - Constellation ELISA - CERES - DGA - CNESVue d'artiste de la constellation de quatre satellites Elisa en orbite. Crédit image : CNES - DGA

 

SAM sur Google Earth

Rien à voir avec l'oncle Sam. SAM est l'abbréviation de "Surface to Air Missile", ou missile Sol-Air.

S'il s'agit bien d'un missile Buk de type M1 ou M2 (SA-11 ou SA-17) qui a détruit le vol MH 17, il a été tiré d'une plateforme mobile : ce système conçu par les russes à partir des années 80 est monté sur un véhicule tracteur à chenilles et comprend un radar d'acquisition capable d'engager plusieurs cibles simultanément, un poste de commandement, une plate-forme de tir avec 4 rampes de lancement et un système de chargement.

J'ai quand même eu la curiosité de regarder sur Google Earth si on pouvait localiser des sites de lancement de missiles. Ce n'est pas exactement le type de recherche d'images que je fais habituellement mais je n'ai pas été déçu du voyage....

 

MH 17 - Europe - Russie - Sites lancement de missiles SAMSur Google Earth, un fichier KML qui liste les sites de lancement de missiles sol-air dans le monde.
Même si beaucoup de sites sont hors service,il n'y a pas que l'espace aérien ukrainien à contourner...
Crédit image : geimint.blogspot.fr

 

MH 17 - Ukraine - Donetsk - Sites lancement de missiles SAM - Google Eart - geimint.blogspot Les sites de de lancement de missiles sol-air, actifs ou désafffectés, recensés sous Google Earth.
Zoom sur l'Ukraine et la Crimée. Crédit image : geimint.blogspot.fr

 

La forme et la couleur des symboles varient sur le type d'instation et son état : en blanc, heureusement, les emplacements inoccupés ou désaffectés. Les carrés sont des garnisons ou de centres d'essai, les cercles sont des radars de contrôle de tir, les losanges des radars de surveillance et d'alerte. Les triangles correspondent au installations de tir de missiles. La couleur verte avec les nuances matérialise les SA-4, SA-6, SA-11, SA-15 ou SA-16. Des explications plus complètes sont données sur le site geimint.blogspot.fr.

 

Crowd-sourcing : la foule se foule

Cette collecte d'informations sur les sites de missiles SAM a été faite à partir des images disponibles sur Google Eartn par la communauté d'utilisateurs de Google Earth et du forum IMINT & Analysis(dont Sean O'Connor, Lex2, ChristianNL, Hpasp, RoAF, p_shadow, Stochelo, Planeman Tim Brewer, Pierre Troyes, Capablack, etc.)

C'est un exemple typique de travail communautaire, similaire à ce qui est fait dans un tout autre domaine par OpenStreetMap. On parle de "crowdsourcing" ou "externalisation ouverte" en français, à savoir l'utilisation des compétences et des ressources d'un grand nombre de personnes pour réaliser un travail de manière collective, en le divisant en tâches élémentaires réalisables par une seule personne.

 

MH 17 - Ukraine - Nord Donetsk - Site lancement missiles SAM - Google EarthMH 17 - Ukraine - Nord Donetsk - EW - Early Warning - Alerte - Station radar - lancement missile - Google EarthDeux exemples de sites de lancement de missiles au nord de Donesk. En bas, site dit "EW" pour
Early Warning (détection des avions). Source : Google Earth.

 

Le site IHS Janes's 360 fournit des informations plus détaillées sur le missile Buk-M1 "Gadfly" : il peut atteindre un avion volant à 72200 pieds. Le vol MH 17 avait une altitude de croisière de 33000 pieds (10000 mètres). Le 14 juillet, un avion de transport Antonov An-26 de l'armée ukrainienne avait été abattu alors qu'il volait à une altitude de 21600 pieds (6500 mètres) dans la région de Luhansk, près de la frontière avec la Russie.

 

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21 février 2013 4 21 /02 /février /2013 12:57

 Otages---Cameroun---Nigeria---Google-Earth---21-02-2013.jpg

Carte de la région du lac Tchad montrant la localité de Dikwa et le parc naturel de Wasa.
Images satellites acquises par le capteur MODIS du satellite Terra le 20 février 2013 affichées
sur Google Earth. Crédit : NASA /GSFC / Modi Rapid Response

 

Rumeurs et démentis...

Jeudi 21 février : la plus grande confusion a régné autour de la possible libération des sept otages français enlevés au Cameroun. La nouvelle de leur libération a été annoncée en début de matinée par l'AFP : « selon une source militaire camerounaise, les sept otages sont sains et saufs et ont été remis aux autorités nigérianes ».

Ni la présidence de la République ni le ministère des Affaires étrangères ne confirmèrent malheureusement la possible bonne nouvelle. Après avoir dans un premier temps annoncé cette libération, le ministre délégué aux Anciens combattants, Kader Arif, indiquait qu'il n'y avait « pas de confirmation officielle ».

Selon les informations initialement relayées par les medias, les otages auraient été retrouvés sains et saufs par les autorités nigérianes. Enlevée mardi à proximité du parc naturel de Waza au nord du Cameroun, la famille de sept Français expatriés, dont quatre enfants de 5 à 12 ans, aurait été abandonnée par leurs ravisseurs dans une maison dans la localité de Dikwa, dans l’état nigérian de Borno, à une centaine de kilomètres de la frontière avec le Niger.

L'information a ensuite été démentie sur RFI par le ministre camerounais de la communication. En France, le ministère des Affaires étrangères a ensuite publié un démenti officiel : « Après vérification de nos ambassades, cette information apparaît sans fondement », a expliqué Didier Le Bret, le directeur du centre de crise du ministère français des Affaires étrangères. Un peu plus tard, une autre source, reprise par Reuters parlait de "d'otages localisés entre Dikwa et Ngala".

La localité de Dikwa se situe à moins de 80 kilomètres du lac Tchad, dans une région où les frontières de quatre pays se rejoignent, pratiquement au niveau du lac : Cameroun, Nigéria, Niger et Tchad. 

 

Repères géographiques

Pour donner quelques repères, au moins géographiques, la carte présentée ici a été produite sur Google Earth à partir d’images acquises par le satellite Terra le 20 février 2013. Au milieu d'un région assez désertique, on voit bien les zones irriguées autour du lac Tchad qui, comme la mer d'Aral, a  vu sa surface fortement réduite au fil du temps. Le lac Maga en forme d'accent circonflexe renversé est plus au sud. L'image met également les parcelles agricoles irriguées le long du fleuve Komadugu Yob à l'ouest du lac Tchad, créant un ruban vers au milieu du désert, un peu comme le Nil en Egypte.


Terra---MODIS---Tchad---Nigeria---Cameroun---Dikwa---Waza-.jpg

Le lac Tchad vu sur une image MODIS du satellite Aqua acquise le 20 février 2013.
Crédit image : NASA / GSFC / Modis Rapid Response

 

La carte, présentée au début de cet article, avec les frontières en jaune vif et les routes en couleur plus claire, permet de bien se rendre compte de la proximité de la route avec la frontière entre le nord du Cameroun et le nord du Nigéria. C’est ici que les français, expatriés au Cameroun et en vacances dans le nord du pays, ont été enlevés mardi par un groupe d’hommes à moto. 

 

Une autre carte de la région, une autre crise quelques mois plus tôt…

Je n’ai pas eu la chance de visiter le parc national de Waza au Cameroun mais le nom et la carte de la région me disaient quelque chose…

En fait, cela remonte au mois d’octobre 2012, avec de graves inondations causées par des pluies intenses depuis le mois d’août 2012.

Le 10 octobre, la charte internationale « Espace et catastrophes majeures » avait été activée par l’UNICEF : les régions au nord du Cameroun ont été touchées par les inondations depuis août, avec, dans le département du Logone et Chari, les débordements du fleuve Logone, qui sépare le Tchad du Cameroun, et du lac Maga.

Avec le service de réponse aux situations d’urgence du programme européen GMES, la charte est un des mécanismes mis en place pour exploiter le plus rapidement possibles les images des satellites d’observation de la Terre afin d’aider les opérations de secours et d’assistance. C’est ce qu’on appelle la cartographie rapide, qui consiste à identifier les dégâts et de délimiter les contours de la catastrophe en comparant une image prise juste après l’évènement avec une image d’archive récente, si possible dans des conditions de développement de la végétation similaires (même saison).

La carte suivante, beaucoup plus détaillée que celle que j’ai faite avec Google Earth, a donc été produite par UNOSAT le 2 novembre 2012 à l’occasion de cette activation de la charte internationale. 


Charte-Internationale---Inondations---Tchad---Nigeria---Ca.jpg

Carte des inondations à la frontière entre le Tchad, le Nigéria et le Cameroun produite
par UNOSAT pour la charte internationale « Espace et catastrophes majeures ».
Crédit image : UNOSAT /NASA.

 

Pour ce travail de cartographie rapide, ce sont également des images MODIS du satellite Terra, comme celle présentée plus haut, qui ont été utilisées : l’image de référence date du 28 décembre 2011. L’image où apparaissent les zones inondées a été acquise le 30 octobre 2012. Ce type d'image à résolution moyenne ne permet qu'une première analyse de la situation. Par ailleurs, l'utilisation des capteurs optiques, dans le cas d'inondations, peut être compromise par la présence de nuages. Dans ce cas, c'est les images radar, fournis par les satellites SAR (Synthetic Aperture Radar) comme TerraSAR-X qui sont le plus utiles.

 

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23 janvier 2013 3 23 /01 /janvier /2013 00:56

Spot 6 - Algérie - In Amenas - 08-01-2013 - SE4

    In Amenas vu par le satellite Spot 6. Image prise le 8 janvier 2013. La résolution est réduite
par rapport à l’image d’origine.
Crédit image : Astrium GEO-Information Services

 

Situé dans le sud de l’Algérie, à environ 1 500 km au sud-est d'Alger, à proximité de la frontière avec la Lybie, voici In Amenas et son aéroport. Le site gazier BP Sonatrach n'est pas visible directement sur l'image : il se situe un peu plus à l'ouest. Les deux pistes d'atterrissage, mesurant 2 et 3 km, donnent une idée de l'échelle et des dimensions.   

L’image présentée ici a été prise environ une semaine avant la prise d’otages : le site de Tiguentourine a été attaqué mercredi 16 janvier 2013 par un commando de 32 djihadistes. Environ 790 personnes dont 134 étrangers de 26 nationalités différentes travaillaient dans cette exploitation de gaz qui a une superficie totale d’environ 14 hectares : la zone de résidence des employés d’In Amenas s‘étend sur quatre hectares auxquels s’ajoutent les dix hectares du complexe gazier proprement dit.

La complexité du site explique la difficulté d’une intervention pour libérer les otages et neutraliser les terroristes : au cours d’une conférence de presse tenue lundi 21 janvier, le premier ministre algérien, M. Abdelamalek Sellal, a annoncé que trente-huit personnes (un algérien et trente-sept étrangers de huit nationalités différentes) ont été tuées au cours de la prise d'otages et de l’intervention qui y a mis fin. Vingt-neuf preneurs d’otages ont été tués et trois autres capturés. Ce type de prise d'otages massive, comme celle du théâtre de la Doubrovka à Moscou en 2002, de l'école de Beslan en Ossétie du Nord en 2004 ou encore les attaques à Bombay en 2008, est ce que craignent le plus les forces de sécurité.

Sur un plan plus technique, l’image d’In Amenas met enfin en évidence les principales caractéristiques de Spot 6 : c’est un satellite optique d'observation de la Terre qui fournit des images combinant la haute résolution et une large couverture au sol : les images qu’il délivre couvrent une largeur (fauchée) de 60 kilomètres. Traitées après réception, les pixels des images représentent des carrés au sol de 1,5 mètre de côté. L’extrait présenté ci-dessous donne une idée du niveau de détail visible sur ce type d’image. Spot 6 sera bientôt rejoint en orbite par son frère jumeau Spot 7.

 

Spot 6 - Algérie - In Amenas - 08-01-2013 - Extrait

Extrait de l’image d'In Amenas. Image prise par le satellite Spot 6 le 8 janvier 2013.   
Crédit image : Astrium GEO-Information Services

 

Un détour de 2000 kilomètres sans se faire repérer...

Au cours de la même conférence de presse, le premier ministre algérien a également l’itinéraire emprunté par le groupe de terroristes : ils seraient partis d’Aguelhoc, au nord du Mali (à 170 kilomètres de Kidal) puis suivi la frontière malienne avant d’entrer au Niger. De là, ils seraient remontés en Lybie avant de pénétrer en Algérie.

Les trente-deux agresseurs étaient de nationalités algérienne, canadienne, égyptienne, tunisienne, malienne, et mauritanienne. Leur chef, l'Algérien Mohamed Lamine Bencheneb a été tué pendant l’assaut donné par les forces spéciales. Bien connu des services du renseignement, il a été tué durant l'assaut lancé par les forces de l'ordre. Le commanditaire de l’attaque serait Mokhtar Belmokhtar, un des fondateurs d'Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI).

 

En savoir plus :

 

 

 

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  • : Les satellites d'observation de la Terre au service de l'environnement : images et exemples dans les domaines de l'environnement, la gestion des risques, l'agriculture et la changement climatique. Et aussi, un peu d'espace et d'astronomie, chaque fois que cela suscite questions et curiosité...
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  • Ingénieur dans le domaine de l'observation de la Terre.
Bénévole de l'association Planète Sciences Midi-Pyrénées
  • Ingénieur dans le domaine de l'observation de la Terre. Bénévole de l'association Planète Sciences Midi-Pyrénées

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