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19 février 2017 7 19 /02 /février /2017 22:32

 

Oroville Lake - Dam - Barrage d'Oroville - Californie - SPOT 7 - 14 février 2017 - Déversoir - Inondation - Satellite - Airbus DSBarrage d'Oroville - Lac Oroville - évacuation - déversoirs endommagés - niveau du lac - urgence - satellite - SPOT 7 - 14 février 2017

En Californie : le lac et le barrage d’Oroville vus par le satellite SPOT 7.
Deux extraits d’une image acquise le 14 février 2017. Crédit image : Airbus DS

 

Trop de sécheresse puis trop de pluie

Les équipes de la branche géo-intelligence d’Airbus Defence and Space ont publié vendredi 17 février 2017 deux images de la région du lac d’Oroville, là où une évacuation massive de la population avait eu lieu plus tôt dans la semaine, à cause du risque d'inondations catastrophiques.

La première image, acquise le 14 février par le satellite SPOT 7, permet de se rendre compte du niveau exceptionnel de l’eau du réservoir après les pluies diluviennes et les tempêtes qui ont touché la Californie en février.

Pour fixer les idées, chaque pixel de l’image représente un carré de 1,5 mètre de côté.

 

Voir les berges…

Par comparaison, une image prise environ 8 mois plus tôt, le 27 juin 2016, par le satellite SPOT 6, montre un niveau d’eau beaucoup plus bas. La différence de couleur au niveau des berges est nettement visible.

 

Oroville lake - Dam - vu par le satellite SPOT 6 - Juin 2016 - Airbus DS - Earth observation - Barrage - Berges - Niveau de l'eau

le lac et le barrage d’Oroville vus 8 mois plus tôt par le satellite SPOT 6.
Extrait d'une image acquise le 27 juin 2016. Crédit image : Airbus DS

 

Le lac Oroville est un lac de barrage de Californie, dans le comté de Butte situé à environ 110 km de Sacramento. Le barrage, mis en service en 1968, est à 5 km au nord-ouest de la petite ville d’Oroville, sur le cours de la Feather river. C’est le deuxième plus grand réservoir de Californie : la longueur des berges atteint 269 km et la superficie dépasse 10 km2. C’est le plus haut barrage des Etats-Unis.

 

De la fuite dans les idées
Après des années de sécheresse, le barrage d’Oroville a presque atteint sa pleine capacité à la suite d'une succession de tempêtes cet hiver.

En moyenne, 3 millions de litres d’eau (3000 mètres cube) par seconde ont été relâchés au cours des derniers jours. C’est six fois plus quand la capacité maximale des turbines génératrices d’électricité.

 

Les dégâts causés par la tempête

Le barrage lui-même n’a pas subi de dégâts même si La presse locale évoquait un scénario catastrophe : l'érosion du déversoir d'urgence entraînerait des glissements de terrain qui pourraient déstabiliser la paroi du barrage.

C’est surtout le trou apparu à mi-hauteur dans le revêtement du déversoir principal et compromettant les lâchers d’eau régulant le niveau maximum du lac qui inquiétait les autorités.

L’eau pouvait alors s’échapper sous les déversoirs et affaiblir la structure soutenant le barrage. L’élargissement de la brèche du déversoir principal a conduit les autorités à réduire le débit (1600 m3/s) et remettre en service le déversoir secondaire d’urgence, pour la première fois en cinquante ans. Mais son revêtement en béton a commencé également à s’éroder, plus vite que les prévisions.

Les réparations sont rendues difficiles par le terrain détrempé : des hélicoptères ont déposé d'énormes sacs de pierres pour créer une digue d'urgence et boucher les trous.
 

Evacuation de la population

Dimanche 12 février, les autorités californiennes avaient pris la décision d’évacuer en urgence la population vivant en aval du barrage d'Oroville Lake, à cause du risque d’inondations massives. 188000 personnes avaient ainsi quitté leur domicile.

Les habitants ont reçu l'autorisation de rentrer chez eux mardi 14. La police, craignant que les conditions puissent se dégrader, leur a demandé de se tenir prêts à fuir de nouveau.

A l'heure où j'écris ce texte, le lac dispose à nouveau d’une marge de 15 mètres avant d’atteindre son niveau maximal.

 

SPOT 7 - Oroville lake - Oroville Dam - Satellite - Sea level - Emergency - Airbus DS - February 2017Oroville lake - June 2016 - Satellite SPOT 6 - Dam - Water level - Airbus DS - Floods

Vue d’ensemble de la région d’Oroville Lake. En haut, image acquise par SPOT 7 le 14 février 2017.
En bas, image acquise par SPOT 6 le 27 juin 2016. Crédit image : Airbus DS

 

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17 octobre 2016 1 17 /10 /octobre /2016 08:16

 

Haïti- Matthew - Emergency response - First responders - NGA - National Geospatial Intelligence Agency - Satellite - Digital Globe - rush mode

 

Les acquisitions d'images satellite à Haïti effectuées par la NGA après
le passage de l'ouragan Matthew. Crédit image : NGA

Connaissez-vous la NGA ?

La National Geospatial-Intelligence Agency est  une agence américaine dont la  mission de collecter, analyser et diffuser le renseignement géospatial en utilisant l'imagerie satellite. Le terme anglo-saxon consacré est « GEOINT », à savoir l’analyse et l’exploitation d’images et d’informations géographiques qui permettent de décrire et d’évaluer des activités dans une zone géographique donnée.

On connaît surtout le rôle de la NGA dans le renseignement militaire : en 2011, la NGA a fourni des informations essentielles obtenues à partir d’images satellites qui ont permis de localiser la résidence d'Oussama ben Laden à Abbottabad au Pakistan. Sur la base de ces renseignements, les forces spéciales américaines ont mené en mai 2011 l’opération Neptune Spear au cours de laquelle le chef d’Al Qaïda a été tué.

Mais la mission de la NGA inclut également le support aux opérations de sécurité de grands évènements comme les jeux olympiques et l’assistance aux équipes de secours (first responders) après une catastrophe naturelle ou une crise humanitaire.

Par exemple, la NGA avait déjà participé à la planification des secours après le passage de l’ouragan Katrina en 2005.

L'agence ne communique évidemment pas sur ses missions de renseignement militaire. Ses interventions après une catastrophe naturelle ou une crise humanitaire sont les seules occasions de faire connaître ses activité et de communiquer sur son savoir-faire.

 

Le travail de la NGA après le passage de l’ouragan Matthew

Les équipes de la NGA sont à nouveau intervenues après le passage de l’ouragan Matthew à Haïti et le long de la côte est des Etats-Unis.

Des pages spéciales ont été mises en ligne pour diffuser les cartes et les informations produites à cette occasion.

 

Ouragan Matthew - Haiti - NGA - Damage assessment

 

Les dégâts causés par l'ouragan Matthew à Haiti.
Estimation réalisée par le National Geo-Intelligence Agency

 

Ces informations, non classifiées, sont très intéressantes car elles permettent de se rendre compte de la nature du travail des photo-interprètes en préparation d’une intervention de grande ampleur après une catastrophe naturelle.

Les exemples suivants illustrent la variété des informations nécessaires pour planifier une telle opération et préparer le déploiement des secours sur le terrain.

 

Comment la Géo-intelligence aide les services de secours après une catastrophe naturelle

On retrouve les ingrédients habituels de la gestion de crises : il y a bien sûr les « cartes de crises » qui donnent une évaluation des dégâts et des zones les plus touchées, les « cartes de référence », avec les plans des villes les plus récents.

Il y a aussi des informations essentielles sur l’état des ponts et du réseau routier, des ports et des aéroports (pour permettre l’acheminement des moyens de secours et d’aide humanitaires) ainsi que des informations sur la population et son état de santé.

On commence avec les cartes de référence... Voici deux exemples avec Jérémie et Les Cayes, qui font partie des localités les plus touchées par l'ouragan.

 

Haïti - Ouragan Matthew - Jérémie - Carte de référence - carte topographique - topo map - NGA - National Geospatial Intelligence AgencyOuragan Matthew - Carte de référence - reference map - Les Cayes - Haiti - NGA

Deux exemples de cartes topographiques (Jérémie et Les Cayes) publiées par la NGA
sur ses pages consacrées à l'ouragan Matthew

 

 

Ces cartes permettent aux secours de se déplacer et de se render aux différents endroits où ils doivent intervener. Avec ces cartes, il est impossible de connaître les dégâts aux routes, aux ponts  voire aux ports et aux aéroports qui ne sont pas répertoriés.

Pour cette raison, les équipes de cartographie rapide, à partir d'images satellites ou d'autres sources de données, passent en revue les infrastructures de transports pour évaluer leur état reel et savoir si elles sont praticables.

Voici quelques exemples d'analyses réalisées après le passage de l'ouragan Matthew.

 

Ouragan Matthew - Haiti - Jacmel Highway - Gosseline river - Damaged bridge - NGAMatthew - Haiti - NGA - Rouge 208 - Jacmet - Bainet - Assessment - Road constraints - First respondersHaiti - Matthew - HLZ - Helicopter Landing Zone - Tiburon - National Geospatial intelligence Agency - NGA

Exemple de travail de photointerpretation d'images satellites destine à preparer l'intervention
des secours. En haut, pont routier rendu impracticable après le passage de l'ouragan Matthew.
Au centre, analyse de l'état d'une route. En bas, localisation d'une zone jugée adaptée à l'atterrrissage
d'un hélicoptère (HLZ). Crédit image : NGA

 

Même les images à très haute resolution ne permettent pas toujours de caractériser exactement l'état des infrastructures. La NGA s'appuie donc sur d'autres sources de données : par exemple, l'utilisation des informations remontant par l'intermédiaire des réseau sociaux (social media reporting) qui prend de l'importance. Ce travail complexe permet de fournir des bulletins de synthèse transmis aux équipes intervenant sur place.

 

Matthew - Haiti - Road access constraints - état du réseau routier - first responders - protection civile - NGA - GEOINTHaiti - Matthew - Damage assessment - social media reporting - Réseaux sociaux - Twitter - Facebook - Snapchat - NGA - Octobre 2016

Document de synthèse résumant l'état des infrastructures routières à Haïti après le passage
de l'ouragan Matthew. En bas, carte illustrant le travail de "social media reporting".
Crédit image : NGA

 

Le volet santé, qu'il s'agisse de la situation de la population ou de l'état des infrastructures est évidemment très important. La NGA a également passé en revue les différents hôpitaux et centres de soins pour vérifier s'ils étaient utilisables. Dans le cas spécifique d'Haïti, le risque lié à l'épidémie de Choléra est également pris en compte.

 

Haïti - Ouragan Matthew - Dame Marie - état des hôpitaux - NGA - GEOINT - geointelligenceHaiti - Matthew - Choléra - Carte de mortalité - Cholera Fatality rateHaïti - Matthew - inventaire et état des hôpitaux et centres de soins - NGA - GEOINT - Octobre 2016

Passage en revue de l'état des hôpitaux et carte indiquant les statistiques de mortalité
liées à l'épidémie de cholera.

 

Les cartes de densité de la population et l'inventaire des zones les plus touchées font également partie de la panoplie des informations utiles aux secours.

 

Haiti - Matthew - Damage assessment - Jeremie - Digital Globe - satellite - NGA Haiti - Matthew - Dégâts - Roche a bateau - Digital Globe - NGA - Population touchée

Evaluation de l'importance des dégâts après le passage de l'ouragan Matthew.
Ici, les images utilisées proviennent des satellites de la société Digital Globe.
Crédit image : NGA

 

La NGA en bref…

La NGA, anciennement National Imagery and Mapping Agency (NIMA), fait partie du département de la Défense des États-Unis. Placée sous l’autorité du directeur du renseignement national (DNI), c’est une des seize agences de la Communauté du renseignement des États-Unis. Au total, selon les informations publiées sur le site du Directeur du Renseignement national (DNI), le budget du renseignement américain est de l'ordre de 70 milliards de dollars.

Le siège de la NGA est installé sur la base militaire de Fort Belvoir à Springfield en Virginie. La NGA a deux autres implantations importantes à St Louis et à Arnold (Missouri) ainsi que des centaines d’employés dans le monde.

La NGA emploie approximativement 14500 personnes (civils ou militaires). Son budget est une information confidentielle mais on estime qu’il est d'environ 5 milliards de dollars, selon un document transmis au Washington Post par Edward Snowden (FY 2013 Congressional Budget Justification). Ce budget a plus que doublé depuis 2004.

Jusqu’en 2003, la NGA s’appelait National Imagery and Mapping Agency (NIMA), créée en octobre 1996 dans le but de centraliser le renseignement d’origine image. La NIMA combinait ainsi les ressources de la DMA (Defence Mapping Agency), du Central Imagery Office (CIO), du Defense Dissemination Program Office (DDPO) et du NPIC (National Photographic Interpretation Center). Le changement d’appellation est destiné à mieux refléter la mission principale (GEOINT).

Le directeur actuel de la NGA est Robert Cardillo.

 

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9 octobre 2016 7 09 /10 /octobre /2016 23:47

 

Matthew - Haiti - Haïti - Les Cayes - Dégats - Hurricane - Tropical storm - dégâts - victimes - Nations Unies - OCHA - Copernicus - Charte internationale - Logal Abasse

Au sud-ouest d’Haïti, la commune des Cayes, le 6 octobre 2016, après le passage de l’ouragan Matthew.
Crédit image : Logal Abassi (Nations Unies)

 

Dimanche 9 octobre 2016 : l’ouragan Matthew, rétrogradé en tempête tropicale, s’éloigne enfin des côtes américaines. Il a causé la mort d’au moins 18 personnes, en Floride, en Georgie, en Caroline du Sud et en Caroline du Nord.

Mais c’est à Haïti que les dégâts sont les plus importants avec un bilan humain, encore très provisoire, considérable, avec probablement plus de 1000 victimes et de nombreux disparus. Dont au moins 13 victimes du choléra, à cause des inondations et des dégâts sur le réseau d’assainissement empêchant l’approvisionnement en eau potable. Médecins sans frontières a dépêché des équipes dans le Sud pour tenter d'enrayer l'épidémie. Les médecins craignent aussi la propagation de la dengue, à cause de la prolifération des moustiques.

 

Matthew - Haiti - Haïti - Les Cayes - Dégats - Hurricane - Tropical storm - dégâts - victimes - Nations Unies - OCHA - Copernicus - Charte internationale - Logal Abasse

A Haïti, les Cayes après le passage de l'ouragan Matthew.
Les habitants constatent l'ampleur des dégâts. Crédit image : Logal Abassi (Nations Unies)

 

Il y a un besoin urgent d’aide humanitaire, pour aider une population très pauvre, qui peine à se remettre du tremblement de Terre de janvier 2010 qui avait fait 200 000 morts.

Matthew est le pire ouragan qui ait touché Haïti depuis 10 ans. Un deuil national de trois jours a démarré dimanche.

 

Matthew - Haïti - Haiti - Ouragan - Satellite - MODIS - Terra - Oeil du cyclone

L’ouragan Matthew vu par l’instrument MODIS du satellite Terra au moment où il passe à proximité d’Haïti.
Cliquer sur l'image pour voir une version plus large. Crédit image : NASA / MODIS Rapid Response

 

C’est le mardi 4 octobre 2016 que l’ouragan Matthew, alors classé en catégorie 5, a touché le sud-ouest de l’île d’Haïti, avec des vents soufflant à plus de 220 km/h. Dans les jours qui ont suivi, les difficultés de communication ont compliqué la remontée des informations et n’ont pas permis d’établir un bilan précis. Toute l’île a été touchée. Malgré le rétablissement partiel de la circulation avec le sud (route nationale 2 et route nationale 7), la situation reste difficile avec des régions encore très isolées.

La première urgence reste la distribution d’eau, de nourriture et de médicaments aux populations. L’aide internationale se mobilise et la France a envoyé une équipe de la protection civile avec du matériel de secours.

Selon un communiqué de l’UNICEF, au moins 500000 enfants vivent dans les zones les plus durement touchées par l’ouragan Matthew. L’UNICEF estime que par endroit 80% des habitations ont subi des dommages. 175 écoles seraient gravement touchées et 150 autres serviraient d’abris temporaires. 16000 personnes seraient hébergées dans de tels abris.

Au-delà de l’aide immédiate, on peut craindre une situation dramatique à moyen terme : Matthew a également détruit une bonne partie des cultures. L’impact de Matthew se fera sentir longtemps sur l’économie locale.

 

Le rôle des satellites

Les satellites jouent un rôle important dans le cas des ouragans et des tempêtes tropicales : les satellites météorologiques les détectent dès leur formation, suivent leur trajectoire et, avec les modèles météorologiques, prévoient l’évolution de leur trajectoire.

Différents instruments embarqués à bord des satellites d’observation mesurent la température, les précipitations, la vitesse des vents ou analysent la structure de la tempête tropicale ou de l’ouragan. Voici par exemple une vidéo publiée par la NASA créée à partir de mesures du satellite GPM (Global Precipitation Measurement) et mettant en évidence les yeux concentriques de Matthew. C’est un phénomène fréquent sur les ouragans les plus puissants.

 

L’évolution de l’ouragan Matthew vue par le satellite GPM (Global Precipitation Measurement).
Le phénomène des yeux concentriques est visible. Crédit image : NASA

 

Matthew, un glaçon dans le vent

L’ouragan Matthew a été particulièrement suivi par les satellites météo. Vous trouverez de nombreux articles, en anglais, sur le site de la NASA. Je vous recommande celui-ci très complet sur les différentes mesures des satellites d’observation.

Jetez-également un œil (le vôtre, pas celui du cyclone) sur le blog Rêves d’espace : Isabelle a compilé plusieurs illustrations intéressantes, dont des séquences vidéo prises par les caméras de la Station Spatiale Internationale.

 

Les satellites d’observation et la cartographie d’urgence

Par contre, je n’ai pas encore vu d’article sur le rôle joué par les satellites d’observation pour cartographier les dégâts après le passage de l’ouragan.

Les lecteurs du blog Un autre regard sur la Terre connaissent bien la Charte Internationale Espace et Catastrophes Majeures ou le service de cartographie d’urgence du programme européen Copernicus.

Dans les deux cas, il s’agit de programmer rapidement différents satellites d’observation afin qu’ils acquièrent en urgence des images de la zone touchée par une catastrophe. Des spécialistes de la cartographie rapide comparent ces images à des images d’archive pour déterminer les changements et faire une cartographie des dommages.

C’est particulièrement utile dans des situations comme la catastrophe qui vient de frapper Haïti quand les secours n’ont pas immédiatement accès aux zones touchées. Les images des satellites d'observation aident à planifier les interventions et à déployer les secours. C’était déjà le cas en janvier 2010 au moment du tremblement de Terre.

Evidemment la présence de nuages peut compliquer l’acquisition d’images exploitables. Cela a été le cas après le passage de Matthew et les premières images n’étaient pas utilisables. C’est pour cette raison qu’on programme plusieurs satellites pour maximiser les chances d’acquérir de bonnes images.

Il est assez rare, mais pas exceptionnel que le service de cartographie d’urgence de Copernicus et la charte internationale Espace et Catastrophes Majeures soient activés en même temps.

Il est plus rare que ces services soient activés plusieurs fois, sur plusieurs régions, pour un même évènement. Cela a été le cas pour l’ouragan Matthew avec :

  • Deux activations du service Copernicus : Haïti (EMSR185) et Côte est des Etats-Unis (EMSR186).
  • Cinq activations de la charte internationale : Cuba, République Dominicaine, Bahamas, Haïti et Etats-Unis.

 

Matthew - Ouragan - Hurricane - International charter Space and major disasters - Activation - Haiti - US - Cuba - Caraibles - Dominican Republic - Charte internationaleHaïti - Haiti - Matthew - Ouragan - Dégâts - destruction - victimes - Zones intérêt - Copernicus - Emergency mapping - cartographie rapide - commission européenne - First responders - Urgence - Union européenne

Les activations du service Emergency Mapping de Copernicus et de la charte Internationale
Espace et Catastrophes majeures après le passage de l’ouragan Matthew. En bas, la carte
précise les zones d'intérêt choisies par le service Copernicus. Illustrations extraites
des sites Internet des deux services

 

Voici quelques exemples de cartes produites par le service de cartographie d’urgence de Copernicus, activé le 3 ocotobre 2016 à 16 :46 UTC (EMSR185). A l’heure où j’écris cet article, les équipes qui travaillent en astreinte (24/7) ont produits 46 cartes de référence et 51 cartes de crises (24 « delineation maps » et 27 « grading maps »). D’autres cartes sont en cours de production.

 

Haiti - Matthew - Emergency Mapping Service - Copernicus - Cartographie rapide - Liste des produits - Cotes de fer - Port Salut - Les Cayes - Mole Saint-NicolasExtrait de la liste des cartes produits par le service de cartographie d'urgence de Copernicus
après le passage de l'ouragan Matthew à Haïti. Crédit image : Commission européenne

 

La charte n’a pas encore rendu publiques les cartes fournies aux services de secours. De même, je n'ai pas encore vu les images satellites utilisées pour produire ces cartes. Le satellite Pléiades a été mobilisé. Je reviendrai sur ces images dès qu'elles seront disponibles.

 

Matthew - Haiti - Cartographie rapide - Rapid mapping - Copernicus - Emergency mapping service - Les cayes - dégâts - grading map - Commission européenne - satellite d'observation Matthew - Haiti - Cartographie rapide - Rapid mapping - Copernicus - Emergency mapping service - Les cayes - dégâts - grading map - Commission européenne - satellite d'observation Matthew - Haiti - Cartographie rapide - Rapid mapping - Copernicus - Emergency mapping service - Jérémie - Jeremie - dégâts - grading map - Commission européenne - satellite d'observation

Les dégâts de l’ouragan Matthew à Haïti : trois exemples de cartes (communes des Cayes et
de Jérémie) produites par le service de cartographie d’urgence du programme européen
Copernicus. Crédit image : Commission européenne.

 

Pour être complet, il faut également mentionner la banalisation de l'utilisation des drones : plusieurs vidéos prises à partir de drones ont été récemment publiées, comme la séquence suivante prise le dimanche 9 octobre à Port-Salut, au sud d'Haïti (source : AFP).

 

 

Images aériennes des dégâts de l'ouragan Matthew acquises par un drone à Port-Salut, au sud d'Haïti,
le dimanche 9 octobre, cinq jours après le passage de l'ouragan Matthew.
Crédit image : AFP sur Youtube

 

 

En savoir plus :

 

 

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30 août 2016 2 30 /08 /août /2016 00:37

 

Italie - Tremblement de Terre - 24 août 2016 - Interférométrie - Sentinel-1 - Copernicus - ESA - IREA - Fault - plates - tectonique - Terromoto

En Italie, déformation de la surface terrestre causée par le tremblement de Terre du 24 août. Interférogramme construit à partir de données des satellites Sentinel-1A et Sentinel-1B. Programme Copernicus. Crédit image : ESA / CNR-IREA

 

Le dernier article du blog Un autre regard sur la Terre montrait comment les satellites à très haute résolution permettaient de faire l’inventaire des dégâts après un tremblement de Terre.

L’Agence Spatiale Européenne (ESA) a publié le 29 août des cartes montrant l’apport des satellites radar. Les données utilisées proviennent des deux satellite jumeaux Sentinel-1A et Sentinel-1B, développés dans le cadre du programme européen Copernicus, financé par l’Union européenne.

 

Interférométrie et analyse des mouvement du sol autour de l’épicentre

Alors que les images optiques des satellites Pléiades sont utilisées pour établir une cartographie des dégâts en urgence, les données transmises par les satellites radar permettent aux scientifiques d’analyser les mouvements de la croûte terrestre causés par le tremblement de Terre et d emieux comprendre ce qui s'est passé.

Il s’agit ici d’une technique appelée interférométrie. Les astronomes la connaissent bien, lorsqu’il s’agit de réseaux d’instruments remplaçant un grand télescope trop complexe à fabriquer. C'est le cas par exemple du grand réseau d'Antennes millimétriques de l'Atacama (ALMA). NDLR : cela faisait longtemps que je voulais faire un pont avec l'ALMA.

La technique de l’interférométrie en télédétection est un peu différente : elle consiste à combiner deux ou plusieurs images acquises successivement par un radar aéroporté ou embarqué à bord d’un satellite (SAR pour Synthetic Aperture Radar ou Radar à Synthèse d’ouverture). L’analyse des différences de « phase » entre des signaux dont les caractéristiques sont parfaitement connues (sources cohérentes) permet de déterminer finement les déplacements ou les changements.

Cette technique a de nombreuses applications : cartographie de la végétation, analyse des déformations de terrain (subsidence) au cours de grands chantiers (métro, voies ferrées, barrages, etc.), suivi de l’activité des volcans ou, dans le cas qui nous intéresse ici, analyse des déformations de terrain de part et d’autre d’une ligne de fracture après un tremblement de Terre.

 

Pourquoi si souvent en Italie et si rarement en France ?

La situation de l’Italie, à la frontière entre les plaques tectoniques africaines et eurasiennes, en fait une zone à fort risque sismique. Plus précisément, c’est entre la plaque tyrrhénienne et la plaque adriatique que s’est produit le dernier séisme. Cette faille passe entre la chaîne des Apennins et la mer adriatique. Après le tremblement de Terre de l’Aquila en 2009, le drame du mois d’août 2016 vient le rappeler douloureusement.

Selon un article récent du Journal du CNRS, « Il s’agit d’un tremblement de terre en "faille normale", des failles qui sont générées par un écartement, contrairement aux failles dites "inverses", qui elles sont crées par une collision entre deux plaques. Sur toute la chaine des Apennins où le séisme a eu lieu, nous avons énormément de failles normales qui produisent des tremblements de terre depuis des années. Le séisme de L’Aquila en 2009 et celui d’Assise en 1997 étaient sur des failles normales alors que celui de Ferrara en 2012 était plutôt lié à une faille inverse. Cette partie de la chaine des Apennins est en train de s’écarteler entre la plaque tyrrhénienne et la plaque adriatique. »

 

Italie - Tremblement de Terre - 24 août 2016 - Interférométrie - Sentinel-1 - Copernicus - ESA - IREA - Fault - plates - Terromoto - Subsidence - déplacement - faille - réplique - épicentre

Italie centrale : mouvements du sol causés par le séisme du 24 août 2016. A gauche, déplacement vertical. Rouge : valeurs negatives. Bleu : valeur positives. Carte établie à partir de données des satellites radar Setinel-1 acquises le 15, le 21 et le 27 août 2016. Crédit image: ESA / CNR-IREA

 

Héritage d'ERS et Envisat

En coordination avec la direction de la protection civile italienne (DPC), deux équipes de scientifiques, celles de l’INGV (Istituto Nazionale di Geofisica e Vulcanologia ou Institut National de Géophysique et de Vulcanologie) et de l’IREA (Istituto per il Rilevamento Elettromagnetico dell'Ambiente ou institut pour la mesure électromagnétique de l’environnement) ont analysé une série de données provenant des satellites Sentinel-1A et Sentinel-1B pour cartographier les déformations de la surface.

En comparant finement des images radar acquises avant (données Sentinel-1B du 15 et du 21 août) et après le séisme (données Sentinel-1B du 26 août et du 27 août), les scientifiques ont pu mesurer :

  • Une subsidence (déplacement vertical) atteignant environ 20 cm dans la zone d’Accumoli.
  • Des déplacements latéraux (horizontaux) de 16 cm d’est en ouest.

Des données provenant d’autres satellites radar, comme les satellites italiens Cosmo-SkyMed, ont également été utilisées.

Des analyses similaires avaient été réalisées au moment du tremblement de Terre de l'Aquila. A l'époque, les satellites Sentinel-1 n'étaient pas encore lancés mais Envisat était toujours opérationnel.

L'interférométrie radar est un domaine d'excellence européen, qui s'est construit sur l'expérience des satellites européens ERS-1, ERS-2 et ENVISAT lancés par l'ESA et plus récemment Cosmo-Skymed et TerraSAR-X. A côté des équipes scientifiques, plusieurs sociétés, comme Altamira, filiale de CLS, proposent leurs services dans ce domaine.

 

C ma bande, avec les franges

Au début de ce texte, l’image avec les motifs et les couleurs psychédéliques montre les franges d’interférence. On peut compter par endroit sept franges correspond à une déformation de la surface de 20 cm dans la direction de visée du satellite.

Chaque frange (cycle de couleur) correspond à un déplacement de 2,8 cm, soit une demi-longueur d'onde du signal radar émis par l’antenne de 12 mètres de Sentinel-1. La fréquence centrale correspondante est de 5,405 GHz. Comme pour les satellites ERS et Envisat, il s’agit d’une fréquence correspondant à la bande C.

 

Italie - Tremblement de Terre - 24 août 2016 - Interférométrie - Sentinel-1 - Accumoli - Copernicus - ESA - INGV - DPC - Norcia - Amatrice - Fault - plates - Terromoto - Subsidence - déplacement - faille - réplique - épicentre

Glissements du terrain le long de la ligne de fracture mesuré par les scientifiques de l’INGV à partir de données des satellite Sentinel-1 du programme Copernicus. Les répliques (points noirs) se produisent au voisinage de deux zones bleues. L’étoile rouge matérialise la position de la secousse principale. Les étoiles vertes correspondent aux répliques les plus fortes (magnitude supérieure à 4,3). Crédit image : ESA / INGV

 

Les jumeaux montent la garde

Sentinel-1A a été lancé en 2014 et fourni ses premières images quelques jours plus tard. Son frère jumeau, Sentinel-1B, l’a rejoint en orbite le 25 avril 2016. Le satellite termine actuellement sa recette en vol et devrait être rapidement déclaré bon pour le service. Les deux satellites identiques fournissent des données radar couvrant une large zone : leur fauchée (champ balayé à chaque orbite) est de 250 km.

Malgré cette fauchée, il a fallu deux passages (26 et 27 août) du satellite Sentinel-1B pour couvrir toute la zone touchée par le séisme du 24 août.

Copernicus a aussi une composante d'observation optique, avec les satellites Sentinel-2, bien connus des lecteurs du blog Un autre regard sur la Terre, et Sentinel-3. D'autres satellites sont dédiés à l'étude et au suivi de l'atmosphère.

 

En savoir plus :

 
 

 

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26 août 2016 5 26 /08 /août /2016 13:18

 

Italie - Animatrice - dégâts - tremblement de Terre - Earthquake - satellite Pleiades - 25 août 2016 - Airbus Defence and Space - CNES - Airbus DS - Emergency response - terremoto

En Italie, à Amatrice, les dégâts du tremblement de Terre vus par satellite. Image acquise par
le satellite Pléiades le 25 août 2016. Copyright CNES 2016 - Distribution Airbus DS

 

En Italie, deux jours après le puissant séisme, les secouristes continuent à rechercher des survivants dans les ruines des habitations détruites. Leur tâche difficile est encore compliquée par les nombreuses répliques.

 

Course contre la mort

C’est une course contre la montre mais l’espoir de sauver des vies anime toujours les sauveteurs, même s’il s’amenuise avec le temps qui passe.

Le dernier bilan provisoire, publié vendredi 26 au matin est terrible : 267 morts et près de 400 blessés. La fréquentation touristique en été rend difficile l’estimation du nombre de disparus. L’état d’urgence a été déclenché.

Les habitants qui ont perdu leur logement sont hébergés sous les tentes installées en urgence par la protection civile espagnole ou dans des gymnases des villages de la région.

La branche géo-intelligence de la société Airbus Defence and Space a publié le 25 août une image à très haute résolution du satellite acquise le jour même par le satellite à très haute résolution Pléiades.

L'image Pléiades couvre l'ensemble de la région touchée et permet de voir les différents villages touchés par le séisme, Les dégâts sont visibles. Les campements mis en place par la DPC (Dipartimento della protezione civile, la protection civile italienne) avec les tentes de couleur bleue se repèrent très facilement.

 

Italie - Animatrice - dégâts - tremblement de Terre - Earthquake - satellite WorldView-2 - 25 août 2016 - Pléiades - Emergency response - First responders - secouristes - tentes - relogement - DPC - victimes - terremoto

En Italie, vue d'ensemble de la région touchée par le tremblement de Terre du 24 août 2016.
Image acquise par le satellite Pléiades le 25 août 2016. L'image publiée par Airbus DS est orientée
nord-sud. Ici, il s'agit d'une version en définition très réduite que j'ai pivotée pour faciliter
l'affichage sur écran. Amatrice est à doite (au sud en réalité). Pescara del Tronto à gauche.
Copyright CNES - Distribution Airbus DS

 

Les images de la télévision ont déjà permis de percevoir les dégâts importants mais, comme souvent, les images spatiales ou aériennes donnent une vision plus globale de l’ampleur de la catastrophe.

C’est particulièrement impressionnant à Pescara del Tronto : le village semble preque totalement détruit, alors que les routes et le pont routier paraissent intacts.

 

Italie - Pescara del Tronto - dégâts - tremblement de Terre - Earthquake - satellite Pleiades - 25 août 2016 - Digital Globe - Emergency response - Damage assessment - Impact - Maisons détruites - terremoto

En Italie, Pescara Del Tronto, un autre village détruit par le tremblement de Terre du 24 août 2016. 
Les dégâts vus par le satellite Pleiades le 25 août 2016. Copyright CNES - Distribution Airbus DS.

 
Trois villages ont ainsi été partiellement détruits : Accumoli, Amatrice et Pescara del Tronto. Malgré les normes antisismiques, des bâtiments récents comme l’école d’Amatrice, par exemple. Des nombreux monuments historiques plus anciens ont été endommagés.
Certains évoquent déjà des malversations. Une enquête a été ouverte et le gouvernement italien évoque un plan ambition de prévention des risques géophysiques.
 
Mobilisation des moyens spatiaux
La société Digital Globe a également rendu publiques une image à très haute résolution acquises par le satellite WorldView-2. Vous pouvez en consulter quelques extraits ici.
Le service de cartographie d'urgence du programme européen Copernicus a été activé par la protection civile italienne pour assister les sauveteurs sur le terrain. Il s'agit de sa 177ème activation depuis la mise en place opérationnelle du service en 2012, qui suivait le programme pré-opérationnel SAFER. A l'heure où j'écris ces lignes, les cartes sont en production. J'ajouterai une illustration à ces article prochainement.
 
 
Répliques
Selon l’USGS (US Geological Survey) et le CSEM, la secousse la plus forte a eu lieu dans la nuit du 24 au 25 août 2016 vers 3h30. Le séisme a atteint une magnitude de 6.2, avec un épicentre proche de la surface, et à moins de 100 kilomètres de distance de celui du tremblement de Terre de l’Aquila. En avril 2009, ce séisme avait atteint une magnitude de 6,3 et causé la mort de plus de 300 personnes.
 
 
Préparation, prévention ou prévision ?
A la suite de ce séisme meurtrier, en 2012, plusieurs scientifiques italiens avaient été condamnés en première instance (six ans de prison pour "homicide par imprudence") par la justice italienne pour avoir sous-estimé les risques avant le tremblement de Terre.
L'enjeu de ce procès était déterminer la responsabilité de scientifiques dans la prévision d'une catastrophe naturelle. A l'époque, cette mise en cause de scientifiques devant la justice avait déclenché un vaste débat. Dans une lettre ouverte, la communauté scientifique avait apporté son soutien aux spécialistes italients en écrivant qu'il était impossible de prévoir un tremblement de Terre. Les scientifiques avaient finalement été acquittés ou dispensés de peine en appel.
Parmi eux, Bernardo de Bernardinis, qui avait joué un rôle important dans la conception et l'organisation du service européen de cartographie d'urgence (appelé à l'époque Emergency Response Core Service), notamment pour définir des mécanismes d'activation et de fonctionnement opérationnel qui conviennent à toutes les protections civiles des états membres.
En 2016, la polémique porte plutôt sur le non-respect des normes antisismiques, en particulier pour les édifices récents accueillant du public. Au delà de la culture de la prévention, il est très probable qu'on parle à nouveau de la question de la prévision.
 
 
En savoir plus :
 

 

 

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13 août 2016 6 13 /08 /août /2016 15:44

 

Incendies Marseille Vitrolles Etang de Berre - Les Pennes-Mirabeau - Août 2016 - Station Spatiale Internationale - ISS - Fire - Roscosmos - Oleg SkripochkaIncendies - Marseille Vitrolles Fos Les Pennes-Mirabeau - étang de Berre - International Space Station - ISS - Roscosmos - Oleg Skripochka-

L’incendie de Marseille photographié par le cosmonaute Oleg Skripochka depuis l’ISS.
Photographies prises le mercredi 10 août 2016 à 15:45 UTC.
Crédit image : Roscomos

 

Ces photographies spectaculaires ont été prises le 10 août 2016  depuis la Station Spatiale Internationale par le cosmonaute russe Oleg Skripochka avec un Nikon D800E équipé d’un téléobjectif de 400 mm. Elles montrent les gigantesques panaches de fumée tout près de la ville de Marseille. Les photos ont été publiées par l’agence russe Roscomos sur son compte flickr.

 

Pas de vacances pour les pompiers européens

Il a beaucoup plus en juin mais, en août, la végétation du sud-est de la France souffre malgré tout de sécheresse et le vent favorise accentue la gravité des feux.

Conséquence : plusieurs pays européens connaissent des incendies importants depuis le début du mois d’août.

 

Pluie de cendres autour de Marseille

Les incendies qui se sont déclenchés dans l’après-midi du mercredi 10 août 2016 au nord-ouest de Marseille ont été très violents : attisés par un fort mistral, ils ont détruit au total 3300 hectares de végétation sur les communes de Rognac, Vitrolles, Istres, Les Pennes-Mirabeau et Fos-sur-mer, aux abords de l’étang de Berre. 800 pompiers sont parvenus à le fixer dans la journée de jeudi, avec l’aide de cinq Canadair, de Trackers et d’un hélicoptère. Dans la nuit, on a craint que le feu incontrôlable n’atteigne les quartiers Nord de Marseille. Les opérations de « noyage » des braises se sont poursuivies jusqu’à vendredi.

L’importance du panache de fumée est également illustrée par cette image prise par le satellite Aqua le 10 août 2016. Malgré son nom, Aqua n’éteint pas les feux : c’est un satellite météorologique qui permet de voir des détails au sol de quelques centaines de mètres.

 

Incendies - Marseille - Vitrolles - Les Pennes Mirabeau - Août 2016 - Satellite - Aqua - MODIS - NASA - Worldview

L’impressionnant panache de fumée de l’incendie de Marseille et Vitrolles vu par l’instrument MODIS
du satellite Aqua le 10 août 2016 en début d’après-midi. Crédit image : NASA Worldview

 

3 personnes ont été blessées et plusieurs habitations, un restaurant, une école et un garage ont été détruits ou endommagés. Des milliers de personnes ont été évacuées.

La présence de plusieurs foyers autour de l’étang de Berre laisse penser que ces incendies sont d’origine criminelle.

 

Accalmie au Portugal

Le Portugal fait également face depuis une semaine à plusieurs grands incendies dans le nord du pays. Grâce à des conditions météorologiques plus favorables, le pays connaît depuis vendredi 12 août une relative accalmie, laissant un peu de répit aux 1500 pompiers engagés. Deux avions bombardiers d’eau prêtés par la Russie devaient arriver samedi en renfort. Ils complètent les avions mis à disposition par l’Espagne, le Maroc et l’Italie.

 

Incendies - Portugal - Août 2016 - EU Civil protection mechanism - Terra - MODIS - satellite d'observation - Fumée - Fire - Smoke - NASA - Worldview

L’évolution des feux au Portugal entre le 10 et le 12 août 2016. Série d’images acquise par
l’instrument MODIS du satellite Terra. Crédit image : NASA Worldview

 

Sur l’île de Madère, les incendies ont démarré le 6 août 2016, touchant les zones boisées et résidentielles de Camara de Lobos, Ribeira Brava, Ponto do Sol, Calheta. La capitale Funchal a également été touchée à partir du 8 août.

 

Incendie - Madeira - Madère - Funchal - Portugal - Août 2016 - MODIS - Terra - Satellite - NASA - Worldview - Earth observationIncendie - Madeira - Madère - Funchal - Portugal - Août 2016 - MODIS - Terra - Satellite - NASA - Worldview - Earth observation - 721 - Proche infrarouge - Chlorophylle - Zones brûlées

L’incendie de Madère vu par le satellite Terra le 10 août 2016. En haut, représentation en couleurs
naturelles. En bas, composition colorée combinant les canaux 7, 2 et 1 mettant en évidence
la végétation brûlée. Crédit image : NASA Worldview

 

Près de mille personnes ont été évacuées et il y a eu au moins trois personnes tuées.

 

Incendies - île de Madère - Août 2016 - Madeira - Funchal - satellite - Landsat 8 - OLI - USGS

Les dégâts de l’incendie qui a touché l’île de Madère et Funchal vus par l’instrument OLI du satellite
Landsat 8 le 11 août 2016. Composition colorée dite « natural colors » mettant en évidence
la végétation brûlée. Crédit image : USGS / Earth Explorer

 

Copernicus en action : le service de cartographie d'urgence

Le gouvernement a fait appel au mécanisme européen de protection civile. Le service de cartographie rapide (Emergency Mapping Service) du programme Copernicus a été activé par les autorités portugaises. La zone d’intérêt couvre les environs de la ville de Funchal et la côté sud-est de Calheta. Ce travail de cartographie rapide est destiné à aider les pompiers et les services de secours luttant contre les incendies et à fournir des premières estimations des dégâts.

L’illustration suivante est un exemple de carte des dégâts produite par le service Copernicus.

 

Copernicus - Emergency Mapping Service - EMS - Union Européenne - Grading map - cartographie rapide - Madeira - Madère - Funchal - Pléiades - SPOT 6 - GMES - Wild fires - activation - EU Civil protection

Exemple de carte de situation produite le 12 août 2016 par le service de cartographie d’urgence
(Emergency Mapping Service) du programme européen Copernicus.
Crédit image : Union Européenne

 

Le travail de cartographie rapide est effectuée en comparant une image de référence montrant la situation avant l’incendie (il s’agit ici d’une image acquise par le satellite Pléiades-1B le 17 juillet 2015, à peu près à la même époque pour faciliter l’analyse de la végétation) et une image acquise juste après le feu (c’est le satellite SPOT 6 qui a fourni cette image le 12 août 2016 à 11:23 UTC). Sont également superposées des données vectorielles OpenStretMap.

La carte a été réalisée par la société allemande GAF AG et publiée par la société italienne e-GEOS qui opère le service pour le compte de l’Union Européenne.

 

Inquiétude en Espagne

Contrairement au Portugal, la situation semble s’aggraver en Espagne. Une quinzaine d’incendies, dont l’origine semble également criminelle, se sont déclenchés en Galice, au nord-ouest du Pays, notamment près de la ville d’Arbo. Des engins incendiaires ont été découverts sur place. Certains feux menacent des habitations. Ils sont contrôlés mais pas encore éteints.

 

En savoir plus :

 

 

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27 juin 2016 1 27 /06 /juin /2016 08:13

 

Nemours - Inondations - Juin 2016 - Copernicus Emergency Mapping - Cosmo-Skymed - radar - carte de situation - Commission européenne

Les inondations à Nemours le 3 juin 2016. Carte de situation produite par le service Copernicus
Emergency Mappin
g à partir d’images acquise le 3 juin par le satellite Radar Cosmo-Skymed.
Crédit image : Union Européenne

 

Inondations, tremblements de terre ou encore incendies de forêt, nos biens peuvent être gravement endommagés par les catastrophes naturelles.

La France a mis en place depuis 1982 un régime particulier dit « état de catastrophe naturelle ».

Les récentes inondations et intempéries du début du mois de juin ont causé des dommages considérables : au total, près de 1300 communes dans 24 départements du centre et du nord de la France ont fait l’objet d'une constatation d'état de catastrophe naturelle à la suite des récentes intempéries. Deux arrêtés ont été publiés au Journal officiel du 9 et du16 juin 2016.

Un lecteur du blog Un autre regard sur la Terre, Antoine, travaillant dans le secteur des assurances, m’a suggéré d’expliquer que les victimes des catastrophes naturelles étaient indemnisées. Cet article est illustré avec des images satellites de catastrophes naturelles récentes qui ont touché la France.

 

Une catastrophe naturelle, selon la loi française
En France, une catastrophe naturelle est définie par le code des assurances issu de la loi 82-600 13 juillet 1982 :

« ... Sont considérés comme les effets des catastrophes naturelles, les dommages matériels directs « non assurables » ayant eu pour cause déterminante l’intensité anormale d’un agent naturel, lorsque les mesures habituelles à prendre pour prévenir ces dommages n’ont pu empêcher leur survenance ou n’ont pu être prises... ».

 

état de catastrophe naturelle - arrête - Hautes-Pyrénées - inondations - Juin 2013 - crue éclair

Les dégâts des inondations dans les Pyrénées en juin 2013. Ici, en amont de Luz Saint-Sauveur.
L’arrêté de catastrophe naturelle du 28 juin 2013 concerne les départements de Haute-Garonne, Landes, Pyrénées-Atlantiques et Hautes-Pyrénées pour les dommages causés par les inondations et coulée de boue,
les inondations par remontée de nappe naturelle et les mouvements de terrain. Crédit image : Gédéon

 

L’état de catastrophe naturelle : quand, pourquoi, comment ?

La reconnaissance par le ministère de l’Intérieur de l’état de catastrophe naturelles permet l’indemnisation systématique des victimes de tels dommages. Deux conditions doivent être remplies :

  • Chaque victime soit effectivement garantie contre ce type de sinistre.
  • L'état de catastrophe naturelle de la commune où l’événement s’est produit doit être reconnu.

L'état de catastrophe naturelle est constaté par un arrêté interministériel qui détermine les zones et les périodes où s'est située la catastrophe ainsi que la nature des dommages occasionnés par celle-ci.

 

Comment est instruit un arrêté de catastrophe naturelle ?

L’initiative revient au maire de la commune sinistrée : il doit recenser les dommages subis par les habitants et faire établir un procès-verbal par la gendarmerie ou le commissariat de police local.

C’est le préfet qui constate l’état de catastrophe naturelle de tout ou partie d’une commune. Après avis du Service Sécurité civile de la Direction Départementale de la Protection des Populations, la demande du maire est transmise au Ministère de l'Intérieur.

Celui-ci prend également l’avis d’une commission interministérielle (économie, Industrie,etc.) : s’il est positif, un arrêté d’état de catastrophe naturelle de la commune est publié au Journal officiel. L’arrêté du JO précise notamment les zones et dates de la catastrophe.

Cette procédure peut aller très vite : la crue a commencé le 31 mai 2016. A Paris, le pic de crue s’est produit le 3 juin. La décision décrétant l’état de catastrophe naturelle pour les premières communes est prise le 8 juin et publiée le lendemain au journal officiel.

 

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L'indemnisation des Catastrophes Naturelles en France. Principe et fonctionnement.
Processus de décision de l’état de catastrophe naturelle.
Crédit image : CCR
(Caisse centrale de réassurance)

 

Les victimes disposent de 10 jours après la parution au Journal officiel pour déclarer le sinistre à leur assureur.

Les victimes doivent en principe être indemnisées dans un délai de trois mois à compter de la date de publication de l’arrêté interministériel.

Les fonds débloqués sont transmis aux compagnies d’assurance qui sont chargées de rembourser les dégâts causés par la catastrophe à leurs assurés en fonction des garanties souscrites dans leur contrat. Les démarches sont simplifiées et les demandes de remboursement peuvent être traitées plus rapidement.

L’indemnisation est garantie par l'État à travers la Caisse centrale de réassurance (CCR).

 

Quelles pièces joindre à un dossier de demande d’indemnisation ?

Le dossier transmis à l’assureur doit contenir toutes les pièces justificatives des dégâts :

  • Les photos montrent l’état réel des différents objets à prendre en compte dans le calcul du montant à indemniser. Les assureurs peuvent les demander pour prouver les demandes de remboursement.
  • Les vidéos sont, comme les photos, l’occasion de faire un point sur les dégâts causés par la catastrophe naturelle.
  • Les témoignages d’un voisin sous la forme écrite ou audio peuvent également constituer une preuve.
  • Les preuves matérielles sont sans doute les plus importantes, car il ne peut y avoir de remise en cause de la part d’un assureur. Il est important de tout conserver après le passage d’une catastrophe naturelle. Si les dommages sont tels que vous devez procéder à des déblaiements ou des travaux immédiats, il faut conserver dans la mesure du possible des justificatifs des biens endommagés.

 

Tempête Xynthia - Anse de l'Aiguillon - La Tranche - Images satellite - SPOT 4 - Avant -Après- GMES - Copernicus - Février 2010Tempête Xynthia - Anse de l'Aiguillon - La Tranche - carte des inondations - SERTIT - SAFER - Février 2010

Les dégâts de la tempête Xynthia les 27 et 28 février 2010 vue par satellite.
En haut, deux extraits d'images acquises par le satellite SPOT 4 avant et après le passage dela tempête
En bas, carte produite par le SERTIT (Université de Strasboug) dans le cadre du programme européen SAFER.
L’arrêté de catastrophe naturelle du 1er mars 2010
porte sur les inondations et coulées de boue
et mouvements de terrain et les chocs mécaniques liés à l'action des vagues.
Quatre départements sont concernés : Charente-Maritime, Deux-Sèvres, Vendée, Vienne
.
Crédit image : SAFER / SERTIT / Commission européenne

 

Les dommages assurés et le montant des indemnisations

Important : l’indemnisation couvre les dommages à leurs biens assurés et à eux seuls, reconnus et évalués après expertise éventuelle.

Ainsi, en assurant ses biens contre l'incendie, les dégâts des eaux…, l'assuré est automatiquement couvert contre les dégâts dus aux catastrophes naturelles.

Les victimes ne sont indemnisées que sur la base de la garantie catastrophes naturelles figurant obligatoirement dans leurs contrats d’assurance de dommages aux biens :

  • Elles ne sont pas indemnisées en l’absence de tels contrats.
  • Le montant des indemnités ne peut pas dépasser celui de la garantie principale.

Ces deux dispositions sont difficilement acceptées par les victimes bien, mal ou pas assurées. Elles pensent que l’indemnité devrait couvrir la totalité de leur préjudice, non seulement matériel, mais aussi immatériel et d’atteinte physique aux personnes.

Des franchises à la charge de l’assuré sont applicables, par exemple 380 euros (1520 € pour les mouvements de sols liés à la sécheresse ou à la réhydratation) pour les biens à usage privé comme les habitations ou les véhicules.

En cas de sinistres répétitifs depuis cinq ans et en l’absence de PPR, la franchise est doublée au troisième arrêté d'état de catastrophe naturelle pour le même risque, triplée au quatrième et quadruplée pour les arrêtés suivants.

Des recours sont possibles : même si une « catastrophe naturelle » est, en principe, un cas de force majeure (dont on ne peut donc imputer la responsabilité à quiconque),l’état ou la commune peuvent être reconnus partiellement responsables et donc contribuer à l’indemnisation.

 

Quelles sont les principaux types de catastrophes naturelles en France ?

Les aléas naturels relevant de la loi, susceptibles d’avoir des effets catastrophiques, pris en compte dans les PPRNP sont précisés dans la circulaire ministérielle du 19/05/1998, par ordre de fréquence et de gravité.

Il y a cinq grandes catégories :

  • Inondations et coulées de boue : inondations de plaines, inondations par crues torrentielles, inondations par ruissellement en secteur urbain, coulées de boue, inondations consécutives aux remontées de nappe phréatique.
  • Phénomènes liés à l’action de la mer : submersions marines, recul du trait de côte par érosion marine.
  • Mouvements de terrain : effondrements et affaissements, chutes de pierres et de blocs, éboulements en masse, glissements et coulées boueuses associées, laves torrentielles, mouvements de terrain différentiels consécutifs à la sécheresse et à la “ré-hydratation” des sols.
  • Avalanches.
  • Séismes.

Il est important de noter que les phénomènes atmosphériques, tempête, neige, grêle… et l’activité humaine ne figurent pas dans ce catalogue : les « dommages matériels directs » dont ils seraient les « causes déterminantes » ne sont pas « non assurables ».

Idem pour les éruptions volcaniques propres aux Antilles et à la Réunion qui ont des réglementations particulières.

Sont également exclus du régime légal des catastrophes naturelles, les biens situés et les activités exercées dans les principautés d'Andorre et de Monaco et dans les régions et collectivités d'Outre-Mer : Polynésie française, Nouvelle-Calédonie, Terres Australes et Antarctique.

La loi exclut aussi les dommages causés aux récoltes non engrangées, aux cultures, aux sols et au cheptel vif hors bâtiments, dont l'indemnisation relève du régime des calamités agricoles.

L'exclusion s’applique aussi aux bateaux et aux marchandises transportées.

 

Catastrophe naturelle : indemnisation naturelle ?
Certains soulignent un paradoxe voire un effet pervers de l’indemnisation des victimes d’une « catastrophe naturelle » : l’indemnisation certaine fait négliger la prévention et même rend les assurés irresponsables.

 

Catastrophes naturelles : la prévention des risques
On estime que les deux-tiers des 36000 communes sont exposées à un ou plusieurs risques naturels, à des degrés très variables.
Le risque le plus fréquent est le risque d'inondation avec 15 700 communes exposées à des degrés divers. Viennent ensuite le risque de glissements de terrains (5932 communes), de tremblements de terre (5100 communes), le risque sismique (1400 communes) et le risque d'avalanches (400).
Il faut savoir que le risque est plus fort dans les départements d'outre-mer qu'en métropole, les risques d'origine climatique étant plus forts sous les climats tropicaux que sous les climats tempérés ou méditerranéens. Par ailleurs, aux Antilles, la proximité d'un chevauchement de plaques tectoniques crée un risque sismique et un risque volcanique importants.

Par exemple, depuis 1900, parmi les catastrophes les plus meurtrières en France, on peut noter les éruptions volcaniques de la Montagne Pelée en Martinique entre le 8 mai 1902 et le 30 août 1902 (30000 morts au total) et l’ouragan du 12 septembre 1928 en Guadeloupe (1200 morts).

Les tempêtes de décembre 1999 (92 morts) et la vague de chaleur de 2003 (environ 15000 morts en France et près de 30 000 en Europe) ont également marqué les esprits.

 

éruption volcanique - Montagne Pelée - 1902 - Martinique - Catastrophe - Antilles - Nuée ardente - Lacroix

Eruption de la Montagne Pelée (Martinique) en 1902.
La nuée ardente du 16 décembre 1902 arrivant à la mer. Photographie A. Lacroix

 

L'Institut français de l'environnement (IFEN) précise que « les trois quarts des communes françaises (27 647) ont fait l'objet d'au moins un arrêté de catastrophe naturelle depuis l'instauration de cette procédure en 1982 (hors tempête de décembre 1999). Certaines ont été touchées à plusieurs reprises, jusqu'à dix fois ou plus pour 420 communes.

Le caractère répétitif des événements est particulièrement prononcé en matière d'inondations et de mouvements de terrain liés à la sécheresse. Près de 2 700 communes ont été inondées au moins cinq fois entre 1982 et 2003 » (source : Ministère de l’Écologie, du Développement Durable et de l'Énergie « Données essentielles »).

 

Risques - état de catastrophe naturelle - répartition par commune - FranceRisques - état de catastrophe naturelle - répartition par commune - France

Etat de catastrophe naturelle. Répartition des types de catastrophes selon les communes
sur la période 1982-2014. Crédit image : CCR


Le plan de prévention des risques naturels (PPR) créé par la loi du 2 février 1995 est l’outil principal de prévention des risques naturels à l’échelle d’une commune. Il s'appuie notamment sur une carte qui définit trois types de zones :

  • Une zone rouge où toute construction est interdite.
  • Une zone bleue où les constructions sont autorisées sous réserve.
  • Une zone blanche non inondable.

 

En savoir plus :

 

Je remercie Antoine Boulanger (http://www.bonne-assurance.com/) pour l’aide qu’il m’a apportée pour la rédaction de cet article.
 

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3 juin 2016 5 03 /06 /juin /2016 01:02

 

Paris - Crue - Inondations - Mai et juin 2016 - Sentinel-1A - Copernicus - ESA - satellite radar

La ville de Paris vue par le radar du satellite Sentinel-1A le 31 mai à 17h40 UTC. Crédit image : ESA / Copernicus / Commission européenne.

 

Des images en noir et blanc ? Déçu. Moi aussi, je préfère les belles images en couleurs sans nuages des satellites optiques. Mais c’est le problème quand il pleut plusieurs jours : la couverture nuageuse ne permet pas d’acquérir des images optiques.

 

MODIS pluie… Aqua ça sert ? ça a le MERIS d’exister

L’image suivante a été acquise le 1er juin 2016 par l’instrument MODIS du satellite Aqua (c’est vraiment son nom !). Le 31 mai, c’était pire… Aucune chance de produire une bonne image optique.

 

France - Pluies exceptionnelles - épisode pluvieux - Mai 2016 - satellite - Aqua - MODIS - Nuages

La France vue par l’instrument MODIS du satellite Aqua le 1er juin 2016.
Les nuages tirent la couverture. Crédit image : NASA / GSFC / MODIS Rapid Respons
e

 

C’est dans ces conditions que les satellites radar (SAR pour Synthetic Aperture Radar ou Radar à Synthèse d’Ouverture) montrent toutes leur utilité et, en particulier, leur capacité à percer les nuages.

Toutes les extraits d‘images radar illustrant cet article proviennent d’une image acquise le 31 mai 2016 à 17h40 UTC par le satellite européen Sentinel-1A. Avec son frère jumeau Sentinel-1B, il fait partie du programme européen Copernicus. Je n’ai pas souvent montré des images satellites radar. Cette situation d’inondations est une bonne occasion… L’image complète couvre une large zone.

 

France - Inondations - Crues - Juin 2016 - Satellite - Sentinel-1A - floods - Copernicus - ESA

L'image SAR acquise par le satellite Sentinel-1A le 31 mai 2016, presque complète
et très fortement sous-échantillonnée. Elle donne un idée de la zone géographique couverte
pr le satellite : Crédit image : ESA / Copernicus / Commission européenne

 

Des crues exceptionnelles

L’épisode pluvieux du début de semaine a causé des cumuls de précipitations très importants sur la partie nord du pays, sur des sols déjà très humides. Les cours d'eau du bassin parisien et de la région Centre sont en crue, avec une crue d'ampleur exceptionnelle sur le Loing et une crue importante est en cours sur la Seine moyenne et sur la Seine à Paris.

La Sauldre connaît également une crue exceptionnelle, d'ampleur supérieure à celle de mars 2001. Des crues importantes touchent le Cher, l’Indre et leurs affluents.

Même si le Loiret est repassé en alerte orange, les inondations qui touchent l’Ile de France et le Centre n’ont pas encore atteint leur pic. Jeudi, à 16 heures, le département de Seine-et-Marne était toujours en alerte rouge et douze autres départements en vigilance orange.

 

Carte de vigilance - Crues - Inondations - France - Juin 2016 - Météo France -Vigicrues

Carte de vigilance - Crues - Inondations - France - Juin 2016 - Météo France -Vigicrues

Carte de vigilance météorologique du jeudi 2 juin 2016 à 16h00. En bas, illustration extraite du bulletin national d’information Vigicrues. Source : Météo France – Vigicrues

 

Le prochain conseil des ministres devrait reconnaître l’état de catastrophe naturelles pour les communes les plus touchées. Les dégâts sont importants et des quartiers entiers, comme à Nemours, Montargis ou Viry-Châtillon, ont été évacués en urgence.

 

Nemours - Montargis - Inondations - Juin 2016 - Sentinel-1A - Satellite - ESA - Copernicus

Seine - Orly - Viry-Chatillon - Ris-Orangis - Grigny - Corbeil-Essonne - Inondations - Juin 2016 - Sentinel-1A - Satellite - ESA - Copernicus

Paris - Crues - Inondations - Seine - Berges - Zouave - Alma - Satellite - Sentinel-1A - SAR - Copernicus - ESA

Quelques extraits de l’image acquise par le satellite SAR Sentinel-1A le mardi 31 mai 2016.
Crédit image : ESA / Copernicus / Commission européenne.

 

A Paris, le niveau de la Seine est loin des 8,40 mètres atteints au moment de la crue catastrophique de 1910. Mais il a dépassé jeudi après-midi les 5 mètres et pourrait encore monter dans la journée du vendredi 3 juin. Les voies sur berge sont partiellement fermées, la circulation du RER C est interrompue et le musée du Louvre sera fermé pour mettre à l’abris les collections stockées en sous-sol.

 

Inondations - France - Juin 2016 - Paris - Seine - Zouave - Statue de la liberté - Crue - Palais de Tokyo - Pont de Bir Hakeim

La crue de la Seine à Paris : quelques images inhabituelles... Le zouave ne fait pas le mariole
Crédit photo : Catherine Le Cochennec

 

Copernicus ? Pour faire quoi ?

Comment sont utilisées les images satellites produites par le programme Copernicus ? Pour produire des informations concernant notre environnement et notre sécurité. En temps normal ou en situation de crise. Dans ce deuxième cas, il y a par exemple le service Copernicus de cartographie d’urgence (Emergency Mapping Service ou EMS dans le jargon Copernicus). En Europe, son rôle est d’aider les équipes de la protection civile (les « first responders ») dans le cadre des opérations de secours après un évènement grave ou une catastrophe naturelle, comme les inondations en cours

Le service Copernicus EMS a été activé par le gouvernement français.

Voici quelques exemples de cartes produites en urgence sur la zone de Montargis. Les images utilisées par cartographier rapidement les zones inondées et suivre l’évolution des crues proviennent de plusieurs satellites Radar. Sentinel-1A a été utilisé, comme d’autres satellites à plus haute résolution (Radarsat, Cosmo Skymed ou TerraSAR-X).

 

Copernicus - EMS - Emergency - EMSR165 - France - floods - Inondations - Juin 2016

Copernicus - EMS - Emergency - EMSR165 - France - floods - Inondations - Juin 2016

Exemples de produits de cartographie rapide réalisés par
le service « Emergency Mapping » de Copernicus après les crues en France
.

 

La France n’est pas le seul pays européen touché par des inondations causées par un épisode remarquable de pluies diluviennes : il y a au moins 9 morts et plusieurs personnes portées disparues en Allemagne. Le village de Simbach am Inn, proche de l’Autriche est le plus gravement atteint.

 

En savoir plus :

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16 mai 2016 1 16 /05 /mai /2016 00:07

 

Fort McMurray - Alberta - Incendies - Wild fires - Feux - progression - 14-05-2016 - MODIS - Aqua - satellite - NASA Fort McMurray - Alberta - Incendies - Wild fires - Feux - progression - 14-05-2016 - MODIS - Aqua - satellite - NASA - Couleurs naturelles

Dans l’Alberta, les incendies de Fort McMurray vus par l’instrument MODIS du satellite Aqua
le 14/05/2015. En haut, composition colorée des canaux 7,2 et 1. En bas, image en couleurs
naturelles. Crédit image : NASA / GSFC / ESDIS / MODIS Rapid Response

 

Même s’il ne fait plus la une de l’actualité, l’incendie qui s’est déclenché début mai à proximité de Fort McMurray continue de s’étendre. L’image satellite précédente, acquise par le satellite américain Aqua montre la situation le 14 mai 2016.

650 pompiers, avec 39 hélicoptères et 18 avions bombardiers d’eau, combattent toujours les incendies qui se déplacent vers l’est. Il y aurait encore une quinzaine de foyers actifs dont un non maîtrisé.

 

Plus de 250 000 hectares parcourus par les flammes

La hausse des températures et la baisse de l’humidité favorisent la progression des flammes : selon les dernières informations communiquées par le gouvernement de l’Alberta, le feu aurait désormais parcouru 251 000 hectares.

Une image acquise par le satellite Landsat 8 le jeudi 12 mai 2016 permet de se faire une idée des surfaces brûlées autour de Fort McMurray. Au nord de la ville, les exploitations de sables bitumineux au confluent des rivières Clear Water et Athabasca.

 

Fort McMurray - Alberta - Incendies - Feux - Wild fires - Landsat 8 - satellite - 12 mai 2016 - Zones brûlées - Burnt scars

Les zones brûlées autour de Fort McMurray dans l’Alberta (Canada).
Extrait d’une image acquise le 12 mai 2016 à 18h27 UTC par l’instrument OLI du satellite Landsat 8.
Crédit image : USG
S

 

Des images des satellites Pléiades pour évaluer les dommages

Le gouvernement de l’Alberta a également mis à disposition de la population une application SIG (Système d’Information Géographique) utilisant des images Pléiades founies par Airbus Defence and Space pour permettre aux personnes évacuées de voir l’état des habitations.

Même si la a page d’accueil de cette application avertit que cette première version ne fournit qu’un aperçu, ne permet pas de dire avec certitude si un bâtiment est en état ou non et ne peut pas être utilisée pour un inventaire officiel des dégâts, il est précisé que de nouvelles images de satellites à haute résolution pourront être utilisées pour aider les propriétaires à faire les déclarations aux assurances et les demandes d’indemnisation.

 

Fort Mc Murray - Government Alberta - Wild fires - GIS application - satellite Pleiades - SIG - Burnt areas - Dommages - Zones brulées

Fort McMurray - WildFires - Feux - Incendies - satellites Pléiades - Dégâts, maisons détruites et végétation brûlée

Copie d'écran de l'outil SIG mis en ligne par le gouvernement d'Alberta et utilisant des images
du satellite Pléiades pour l'inventaire des dégâts et des zones brûlées. En bas, extrait d'une
image acquise par le satellite Pleiades-1A le 6 mai 2016. J'ai augmenté un peu le contraste et la
saturation pour mettre en évidence les zones brûlées. Notez également les maison détruites par le feu. Copyright CNES - Distribution Airbus DS. Traitement Gédéon.

 

En attendant, les dernières images à résolution moyenne, acquises par l'instrument MODIS embarqué sur le satellite Terra, en date du 15 mai 2016, indiquent que le brasier s’étend toujours.

 

Fort Mc Murray - Alberta - Canada - Feux - Incendies - Wild Fires - satellite - Terra - MODIS - 15 mai 2016 - couleurs naturelles Fort Mc Murray - Alberta - Canada - Feux - Incendies - Wild Fires - satellite - Terra - MODIS - 15 mai 2016 - composition colorée 721 - SWIR - NIR Fort Mc Murray - Alberta - Canada - Feux - Incendies - Wild Fires - satellite - Terra - MODIS - 15 mai 2016 - Composition colorée 367

Trois représentations colorées d’une image acquise par l’instrument MODIS du satellite Terra
le 15 mai 206. En haut, image en couleurs naturelles (bandes spectrales 1, 4 et 3). Au milieu,
composition colorée des canaux 7,2 et 1. En bas, composition colorée des canaux 3,6 et 7.
Crédit image : NASA / GSFC / ESDIS / MODIS Rapid Response

 

Des satellites qui nous en font voir de toutes les couleurs

Je publie ici trois compositions colorées différentes (couleurs naturelles, canaux 721 et canaux 367), soit au total 6 canaux différents : cela permettra aux enseignants et à leurs élèves de voir comment la végétation, les zones brûlées et l'eau apparaissent dans les différentes bandes spectrales.

Si vous avez un logiciel de retouche phot qui permet de séparer les composantes d'une images en couleurs, vous pouvez même vous amuser à tester quelques classifications simples...

Et le 16 mai, cela ne s'arrange pas, comme le montre cette image VIIRS du satellite Suomi NPP ou les derniers "quick-looks" consultables sur le catalogue Geostore d'Airbus Defence and Space.

Entre Fort McMurray et Fort MacKay au nord, la dégradation de la qualité de l’air a amené les compagnies pétrolières à évacuer leur personnel encore sur place, environ 8000 personnes. L’ordre d’évacuation des sites d’exploitation des sables bitumineux a été donné lundi 16 mai vers 22 heures. L’évacuation s’effectue par le nord : au sud, l’autoroute 63 est toujours coupée.

 

Fort McMurray - SUOMI NPP - VIIRS - 1- mai 2016 - Wild fires - Feux - Alberta - Satellite d'observation

Image des environs de Fort McMurray prise par l'instrument VIIRS du satellite Suomi NPP
le 16 mai 2016. Crédit image : NASA / GSFC / ESDIS / MODIS Rapid Response

 

Fort McMurray - Feux - Wildfires - Satellites Pléiades et SPOT - Consultation Geostore - Revisite - Plus d'une image par jour de chaque point du globe - Airbus DS

Copie d'écran obtenue à partir du catalogue Geostore d'airbus DS. Résultat d'une recherche
d'images récentes prises par les satellites Pléiades-1A/1B et SPOT-6/7. En incrustation,
deux quicklooks (aperçus) d'une image SPOT-7 acquise le 16 mai 2016 à 18:17 UTC et d'une
image Pleiades acquise le 16 mai à 18:45 UTC. Crédit image : Airbus DS.

 

 

Feu à volonté : images à volonté...

La consultation du catalogue Geostore d'Airbus DS illustre la performance de revisite de la constellation constituée des satellites Pleiades-1A, Pleiades-1B, SPOT-6 et SPOT-7 et la complémentarité des deux familles de satellites :

  • Dans la colonne de gauche, la liste des produits images montre la capacité d'acquérir plusieurs images par jour de la même région. Très utile pour la gestion de crise, en particulier pour contourner la couverture nuageuse et les épais nuages de fumée.
  • A droite, l'emprise des images sur la carte et les deux "quick-looks" (aperçus images) montre les différences de fauchée (largeur de champ au sol) entre Pléiades (20 km) et SPOT (60 km).

 

En savoir plus :

 

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10 mai 2016 2 10 /05 /mai /2016 07:44

Fort Mc Murray - Alberta - Canada - Wild fires - Incendies - Feux - 6 mai 2016 - Satellite - SPOT 7 - Earth Observation - Airbus Defence and Space Fort Mc Murray - Alberta - Canada - Wild fires - Incendies - Feux - 6 mai 2016 - Satellite - SPOT 7 - Earth Observation - Airbus Defence and Space

Les incendies de Fort McMurray au Canada vus par le satellite Spot 7.
En haut, extrait en couleurs naturelles sur une zone à l’est de la ville.
En bas, vue d’ensemble en résolution réduite d’une image acquise le 6 mai 2016.
Crédit image : Airbus D
S

 

« La bête »

C’est ainsi que les journalistes ont baptisé le gigantesque incendie contre lequel les pompiers canadiens se battent depuis le 1er mai à Fort McMurray. Plus de 100 000 hectares (1000 km2) ont été ravagés mais la progression des surfaces brulées a ralenti dimanche 8 mai.

 

Fort Mc Murray - Alberta - Canada - Incendie - Wild fires - Instrument MODIS - Aqua et Terra - Série d'images aquises entre le 2 et le 6 mai

Dans la province de l’Alberta, la progression des incendies autour de Fort McMurray
entre le 2 et le 6 mai 2016. Série d’images acquises par l’instrument MODIS
à bord des satellites Aqua Terra. Illustration Gédéon.
Crédit image : NASA / GSFC / MODIS Rapid Respo
nse

 

Malgré la baisse des températures, des vents moins violents, quelques averses et un air plus humide, les pompiers de l’Alberta continuent à lutter contre les terribles incendies autour et dans la ville de Fort McMurray, dans la province de l’Alberta à l’ouest du Canada, à proximité des sites pétroliers d’exploitation des sables bitumineux. Au niveau de ces installations, au nord de la ville, le risque semble avoir diminué.

Les responsables des services d’urgence pensent qu’il faudra encore plusieurs semaines d’efforts (voire plusieurs mois en l’absence de fortes pluies) pour venir totalement à bout de l’incendie.

 

Pas de fumée sans feu…

Plusieurs dizaines de foyers d’incendie étaient encore actifs lundi et quelques feux étaient toujours considérés comme « hors de contrôle ». Des moyens humains et matériels impressionnants étaient mobilisés pour tenter de les contenir : 1500 pompiers, 150 hélicoptères et 30 avions bombardiers d’eau, 30 camions-citernes et des centaines d’engins de chantier chargés d’aménager des pare-feux autour des zones habités et des installations industrielles.

 

Sentinel-2A - Fort Mc Murray - Alberta - Canada - Wil fires - ESA - Copernicus - Commission européenne Sentinel-2A - Fort Mc Murray - Alberta - Canada - Wil fires - ESA - Copernicus - Commission européenne

Deux extraits d’une image prise par le satellite européen Sentinel-2A
au début de la crise. En haut, version en couleurs naturelle montrant
les moyens mis en place par les pompiers pour tenter de retarder la progression
es flammes. En bas, composition colorée mettant en évidence les foyers
d’incendies. Image acquise le 2 mai 2016 à 18h39 UTC.
Crédit image : ESA / Commission européenne / Programme Coper
nicus

 

Les feux ont provoqué des dégâts énormes et entraîné l’évacuation de la ville entière et des villages voisins, soit environ 100000 personnes, désormais hébergées loin de la ville pétrolière de l’Alberta, jusqu’à Edmonton, la capitale de la province. A ce jour, les deux seuls décès à déplorer ont été causés par un accident de la route pendant cette évacuation.

 

Landsat 6 - OLI - Fort Mc Murray - Alberta - Canada - Wil fires - Incendies - USGS

Evolution de l’incendie au sud et à l’est de la ville
Extrait d’une image Landsat 8 acquise le 5 mai 2016 à 18h21 UTC.
Crédit image : US
GS

 

Alors que les pompiers continuent de protéger les habitations et les infrastructures pétrolières, l’évaluation détaillée des dégâts va commencer. Les images satellites confirment que ce sont surtout les secteurs résidentiels périphériques qui ont été touchés. Ceux dont les habitations n’ont pas été détruites devront s’armer de patience avant de pouvoir retourner chez eux.

Alimentation électrique, réseau d’eau potable, gaz, etc. : toutes les infrastructures de base ont été touchées, affectant ainsi toutes les activités de la ville, avec des risques pour la santé de la population. Les compagnies pétrolières (Suncor, Syncrude, Husky, Shell, etc.) ont fermé plusieurs sites de production et évacué 10000 employés. La baisse de production est estimée à 1 à 1,5 million de barils par jour.

 

Addition salée

Ce ne sont pas les premiers incendies importants dans la province d’Alberta au Canada mais l’immense brasier qui a dévasté la région de Fort McMurray pourrait bien être “la catastrophe la plus coûteuse de l’histoire du pays”, avec un impact financier supérieur à celui de l’épisode de verglas massif qui avait touché l’est du Canada en janvier 1998.

Les premières estimations évoquent une facture de 9 milliards de dollars canadiens, soit environ 6 milliards d’euros. 2400 immeubles et maisons ont été détruits, environ 10% de la ville selon le premier bilan des autorités. La baisse temporaire de l’exploitation des sables bitumineux ne va pas arranger l’économie d’une région déjà affectée par la chute durable des cours du pétrole.

 

Digital Globe - Fort Mc Murray - Alberta - Canada - Wild fires - Incendies - Feux - Burnt scars - Zones brûlées Digital Globe - Fort Mc Murray - Alberta - Canada - Wild fires - Incendies - Feux - Burnt scars - Zones brûlées

Images utilisées pour l’inventaire des dégâts causés
par l’incendie de Fort McMurray. Extraits d’images à haute
résolution publiées par la société Digital Glo
be

 

Digital Globe vient également de publier une première série d’images « avant / après » provenant du satellite WorldView-2. La première image date du 29 mai 2015. La seconde a été acquise le 5 mai. On ne peut pas vraiment parler d’image « après » car les feux sont encore en plein développement.

C’est d’ailleurs une des difficultés que rencontrent les équipes de cartographie rapide, travaillant pour la Charte Internationale « Espace et catastrophes majeures » ou le service Copernicus « Emergency Mapping » dans le cadre de crises qui durent plusieurs jours comme les incendies les plus importants.

 

Fort McMurray - Alberta - Incendies - Before - After - Avant - Après - Digital Globe - WorldView-2 - Satellite

« Avant – Après » (Before - After) : deux extraits d’images du satellite WorldView-2 acquises
respectivement le 29 mai 2015 et le 5 mai 2016. Représentation utilisant le canal proche infrarouge
faisant apparaître la végétation active en rouge. Les zones brûlées (plus de chlorophylle) sont sombres.
Crédit image : Digital Globe

 

Comparer une image de référence avec une image acquise juste après la catastrophe pour identifier les changements reste le principe de base en cartographie rapide. Si les dégâts sont visuellement très faciles à identifier (c’est le cas ici) ou si on dispose d’une autre carte de référence, l’image de référence n’est pas indispensable. L’image du 5 mai 2016 est utile pour l’inventaire des dégâts dans les zones déjà parcourues par le feu au moment où l’incendie faisait encore rage.

C’est donc plutôt une image d’actualité qu’un outil pour un inventaire exhaustif des habitations détruites. On ne va pas se plaindre et la mettre précieusement de côté : l’arrivée de nuages peut empêcher d’avoir des images exploitables. Il faudra attendre quelques jours ou quelques semaines pour une cartographie plus complète…

 

Satellite et instruments d’observation : quelques commentaires sur les images des incendies de Fort McMurray

Au-delà de leur caractère spectaculaire, les images illustrant cet article sont l’occasion de passer en revue quelques caractéristiques des satellites d’observation :

  • L’orbite des satellites.
  • Les performances de la plate-forme.
  • Les performances de l’instrument d’observation.

 

Manège enchanté

Toutes les images présentées ici proviennent de satellites opérant sur une orbite polaire héliosynchrone : l’altitude est relativement basse (entre 700 et 800 km d’altitude). A un instant donné, ils ne voient qu’une fraction de la surface de la Terre.

La plateforme des satellites comme Aqua, Terra, Landsat 8 ou Sentinel-2A oriente toujours l’axe de l’instrument d’observation dans la direction verticale. On dit parfois qu’ils fonctionnent comme une « machine à laver » : ils tournent indéfiniment et acquièrent les images des régions qui défilent en dessous…

Ces satellites ont ainsi accès à un « corridor de prise de vue » de largeur limitée (quelques centaines ou un peu plus de 2000 kilomètres au maximum), correspondant à la fauchée (swath en anglais) du satellite. Balayer entièrement la surface terrestre demande plusieurs jours. La durée exacte, la période de revisite, dépend de la fauchée du satellite, par exemple 10 jours pour Sentinel-2A ou 16 jours pour Landsat 8. Elle dépend de la latitude : le satellite survole plus fréquemment les régions polaires.

 

Lassé de tanguer : au bout du roulis

Un moyen de réduire ce délai (période de revisite) consiste à faire travailler plusieurs satellites de manière simultanée : les deux satellites Aqua et Terra, avec la large fauchée de l’instrument MODIS (2330 km), survolent chaque point de la Terre deux fois par jours, une fois le matin (à 9:30 en heure locale) et une fois l’après-midi (à 13:30 en heure locale). Quand Sentinel-2B rejoindra son frère jumeau, la période de revisite maximale descendra à 5 jours.

Comme les satellites Pléiades, les satellites SPOT 7 et Worldview-2 sont « agiles » : la plateforme peut s’orienter pour pointer leur instrument vers la région d’intérêt. C’est une caractéristique qu’on retrouve sur la plupart des satellites à très haute résolution : leur fauchée est beaucoup plus réduite (de 10 à 20 km par exemple) et l’agilité est un moyen de retrouver un corridor d’accès de largeur suffisante. Evidemment, la résolution des images diminue que la visée s’éloigne de la verticale.

Toutes les images présentées ici proviennent de satellites optiques. Même s’ils voient à travers les nuages, les satellites radar ne sont pas très utiles dans le cas des incendies : ils ne sont pas adaptés à la cartographie des zones brûlées.

 

L’œil du satellite

Les instruments des satellites optiques sont des gros télescopes. L’analogie avec un appareil photo n’est pas très bonne car la formation de l’image est rarement (jusqu’à présent) obtenue par une matrice de détecteurs comme sur votre réflex ou votre smartphone.

C’est en fait le défilement d’une ligne de détecteurs dans l’instrument causée par le déplacement du satellite sur son orbite qui crée la deuxième dimension de l’image, un peu comme sur un scanner à plat ou une photocopieuse.

Trois paramètres principaux définissent les caractéristiques de l’instrument :

  • L’angle de prise de vue : pour une altitude donnée, il définit la fauchée au sol.
  • La distance d’échantillonnage au sol (Ground Sampling Distance ou GSD), souvent appelée résolution.
  • Le nombre et les longueurs d’ondes des différentes bandes spectrales.

 

La fauchée, ça coute cher…

Les instruments qui ont produit les images présentées ici ont des résolutions et des fauchées très variables, en gros de la moyenne résolution / très large champ de MODIS (250 à 500 mètres de résolution, 2330 km de largeur de champ) à la très haute résolution / champ étroit de WorldView-2 (46 cm en panchromatique / fauchée de 16,4 km).

Sur SPOT 6 et SPOT 7, un choix original a été fait dans la continuité de la famille SPOT : une résolution assez élevée (images échantillonnées à 1,5 mètre) tout en conservant une largeur de champ de 60 km. C’est un très bon compromis pour ce type de crise affectant une surface large : une seule image (3600 km2) peut couvrir l’ensemble des surfaces brûlées autour de Fort McMurray.

 

Satellite d'observation - Fauchée - Swath - Résolution - GSD - Ground Sampling Distance - SPOT - Pléiades - Sentinel-2 - Landsat 8 - WorldView-2 - WorldView-3

Comparaison des fauchées (largeur de champ vu au sol)
des satellites d'observation cités dans cet article (hors Aqua et Terra).
Fond image : Google Earth. Illustration : Gédéon

 

Un rapport qui fait du bruit

D’autres articles vont présenteront plus en détail les questions de résolution et de fauchée, ainsi qu’un autre élément important de la performance, en gros le piqué des images. Les experts onttrouvé un joli nom : la fonction de transfert de modulation (MTF ou Modulation Transfer Function en anglais). 

Un dernier détail : la résolution dépend souvent des bandes spectrales. Elle est souvent plus élevée pour les images panchromatiques, en général deux fois moins bonnes pour les spectre visible et réduit encore quand la longueur d’onde augmente.

 

Le spectre : 0,07 j’aime cette bande

L’élément peut être le plus marquant des images illustrant cet article est la diversité des types de représentation des couleurs. Le nombre relativement de bandes spectrales des instruments de ces satellites permet des combinaisons mettant bien en évidence tel ou tel aspect des régions survolées : état couvert végétal, caractéristiques des sols nus, eau, turbidité, nuages, etc.

En complément des bandes du spectre visible, la présence d’une ou deux bandes dans le proche infrarouge et une ou deux bandes SWIR (Short Wavelengh InfraRed) est très utile dans le cas des feux de forêt.

 

Purple sans rain

Il y a quelques images en couleurs naturelles (celle de SPOT 7 et la première représentation 432 de l’image Sentinel-2A) mais j’ai surtout utilisé deux compositions colorées assez classiques :

  • La combinaison des bandes proche infrarouge, rouge et verte qui met bien en évidence la végétation active : elle apparaît en rouge. C’est par exemple la composition 543 sur Sentinel-2 ou les derniers extraits d’image WorldView-2.
  • La combinaison des bandes SWIR, proche infrarouge et rouge, qui permet d’identifier plus facilement les foyers actifs. J’ai utilisé dans la série d’images Aqua et Terre la célèbre combinaison 721 de l’instrument MODIS. Sur Landsat 8, elle correspond à ce qui est bizarrement appelé « natural colors » par l’USGS, une combinaison des canaux 6, 5 et 4. Sur Sentinel-2, on obtient quelque chose de similaire en combinant les canaux 12, 8A et 4. Dans le cas des images violet / jaune de Digital Globe, les surfaces jaunes correspondent aux zones brûlées, les surfaces violettes à la végétation en bon état et les points brillants aux feux encore actifs.

 

Satellites d'observation - Bandes spectrales - Spectral bands - Earth observation - Wavelenght - Optical - Visible - Near infrared - NIR - SWIR - Therma infrared - proche infrarouge - red edge

Pour les amateurs : un tour d'horizon des bandes spectrales des satellites d'observation
cités dans cet article. Cliquer sur l'image pour l'agrandir : Si! Si ! On arrive à lire...
Crédit image : Gédéon

 

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  • Ingénieur dans le domaine de l'observation de la Terre.
Bénévole de l'association Planète Sciences Midi-Pyrénées
  • Ingénieur dans le domaine de l'observation de la Terre. Bénévole de l'association Planète Sciences Midi-Pyrénées

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