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27 mai 2016 5 27 /05 /mai /2016 18:56

 

Bataille de Verdun - Commémoration - Mai 2016 - Douaumont - Calendrier spatial 2016 - Hollande - Merkel - Première guerre mondiale - forêt de Verdun

Le calendrier spatial du mois de mai 2016 : cent ans après la bataille, la région de Verdun vue par le satellite Sentinel-2A. Crédit image : ESA / Copernicus / Commission Européenne. Illustration Gédéon

 

Cent ans après la bataille, retour à Verdun avec Sentinel-2

Quelle famille française n'a pas au moins un parent qui n'ait combattu ou ne soit mort à Verdun ?

Dimanche 29 mai : c’est la date qui a été choisie pour la principale cérémonie de commémoration du centenaire de la bataille de Verdun. Elle a fait plus de 300 000 morts et des centaines de milliers de blessés entre le 21 février 1916 et le 15 décembre 1916.

Pourquoi le 29 mai ? En 1966, c’est ce jour qu’avait choisi le Général de Gaulle pour le 50 ans de la bataille de Verdun.

Au moment où le projet de construction européenne est de plus en plus souvent décrié, quand des pays pionniers de l’Europe envisagent d’en sortir (Brexit) et quand les frontières se referment un peu partout, placer cette journée d’hommage sous le signe de l’Europe et de la jeunesse n’est pas anodin.

En septembre 1984, devant l’ossuaire de Douaumont, la poignée de main entre François Mitterrand et Helmut Kohl avait marqué les esprits. Le 29 mai, le Président François Hollande, la chancelière allemande Angela Merkel, le président du Parlement européen Martin Schulz et le président de la Commission Européenne Jean-Claude Juncker, avec la participation de 4000 jeunes allemands et français, multiplieront les étapes symboliques et les discours pour tenter de redonner du sens au projet européen : nécropole de Douaumont, Hôtel de ville et place de la Nation à Verdun (première visite d’un chancelier allemand, Mémorial de Verdun à Fleury-dvant-Douaumont, cimetière allemand de Consenvoye.

 

Là où la géographie porte la marque de l’histoire…

A l’occasion d’un précédent quiz, j’ai déjà écrit un article assez détaillé sur la bataille de Verdun où j’évoquais, avant les premiers satellites, les débuts de l’utilisation de la photographie aérienne sur le champ de bataille.

Je mentionnais aussi les « zones rouges », où les activités humaines ont été provisoirement ou définitivement interdites à causes des destructions majeures et des risques liés aux munitions non explosées ou à la pollution.

Avec le cas très particulier de la forêt de Verdun, une forêt crée ex-nihilo après la guerre, sur la zone du champ de bataille soumis pendant des mois à des bombardements intensifs. A partir de 1923, 36 millions d’arbres, dont pratiquement deux tiers de feuillus (surtout des hêtres), sont plantés sur les anciennes terres agricoles, désormais inexploitables, et deviennent la forêt domaniale de Verdun. Déjà classée Natura 2000, la forêt de Verdun obtient le label national "Forêt d’exception" en 2014.

 

Bataille de Verdun - Commémoration - Mai 2016 - Champ de bataille - Zone rouge - Forêt d'exception - Trous d'obus - Douaumont-

Un champ de bataille de Verdun pendant la guerre 1914-1918 qui conserve les impacts d'obus.
Photographie prise en 2005 près de l'ossuaire de Douaumont

 

Une forêt née de la guerre

On parle d’une toute petite surface, environ 10000 hectares, soit un carré de 10 km sur 10 km. Il tient largement sur une seule image du satellite Pléiades (20 km x 20 km). Au total, le champ de bataille de Verdun représente environ 150 km2 soit 15 000 hectares.

 

Voyage obus de l'enfer...

Il n’y a que des estimations mais elles sont effrayantes… Trente millions d’obus allemands (calibre 120 mm principalement), vingt-trois millions d’obus français (75mm). Un million d’obus tirés par les allemands, le 21 février 1916, le premier jour de la bataille ! Le calibre de ceux de la grosse Bertha : 420 mm… On trouve quelques chiffres fantaisistes sur le web mais en moyenne, cela fait 1 obus tous les 3 m2.

A Mort-Homme, un des neuf villages français détruits durant la Première Guerre mondiale, ou à la fameuse côte 304, le relief a perdu plusieurs mètres d'altitude à la suite des tirs d'artillerie massifs.

C’est incroyable de penser qu’une des batailles les plus meurtrières de la première guerre mondiale s’est déroulée sur un si petit territoire et, au final, en décembre 2016, sans changement significatif, au moins à Verdun, de la ligne de front, avec, au final, des positions quasi-identiques à celles du mois de février.

 

1916-2016 - 100 ans - Bataille de Verdun - Forêt - Verdun - ONF - Trous d'obus - forêt d'exception -  hêtres - Anne-Marie Granet

Butte de Vauquois - Meuse - Bataille de Verdun - Argonne - Artillerie - Obus - Marques de la première guerre mondiale - commémoration - mai 2016

La mémoire dans le sol... En haut, dans la forêt de Verdun, le relief du sol n'est pas si naturel.
Crédit image : ONF / Anne-Marie Granet. En bas, à une vingtaine de kilomètres de Verdun, la Butte de Vauquois, entre la Meuse, la Marne et les Ardennes. Crédit image : www.tourisme-meuse.com

 

De la Terre à la Lune

L’image satellite qui illustre le calendrier du mois de mai a été acquise par le satellite le 8 mai 2016. L’image complète couvre tout le nord-est de la France, une partie de la Belgique et elle est pratiquement sans nuage.

J’en ai extrait cette petite zone centrée sur la ville de Verdun. Elle n’a évidemment pas le niveau de détails d’une image Pléiades mais on identifie facilement l’ossuaire de Douaumont au nord de la ville.

Au sud-est, un site aux formes géométriques étonnantes. On a visiblement pris l’habitude de garder des munitions dans la région... Il s’agit de l’établissement principal des munitions « Alsace-Lorraine » au Rozelier à Sommedieue. Il fait partie du SIMu, le Service interarmées de munitions qui gère l’approvisionnement des munitions de l’armée de l’Air, de la Marine et de l’Armée de Terre. En zoomant dans l’image, on distingue les « igloos » de stockage. Il est implanté à proximité de l’ancien fort du Rozelier, construit en 1877 et renforcé jusqu’à 1914.

 

Verdun - Forêt de Verdun - Bataille de Verdun - Zone rouge - Centenaire - Douaumont - satellite Sentinel-2 - ESA - Mai 2016

Les environs de Verdun vus par satellite en mai 2016. Extrait d’une image acquise par le satellite
Sentinel-2A le 8 mai 2016 à 10h40 UTC. Crédit image : ESA / Copernicus / Commission Européenne

 

Mais le plus spectaculaire sur ce type d’image à large champ est l’occupation des sols. Un extrait un peu plus large de l’image Sentrinel-2 montre le contraste entre le parcellaire agricole et la forêt de Verdun. C’est en utilisant le canal proche infrarouge qu’on met le mieux en évidence les différences de couvert végétal. L'emprise de la forêt qui jouxte la ville, entre les deux blocs de surfaces agricole est très nette.

Je ferai prochainement un article avec d’autres extraits de cette image très intéressante.

 

Verdun - Mai 2016 - Forêt de Verdun - Champ de bataillle - Obus - Douaumont - Munitions - Satellite Sentinel-2A - Meuse - ESA

Verdun - Commémoration - 29 mai 2016 - Bataille - Occupation des sols - forêt domaniale - satellite - zone rouge - première guerre mondiale - Sentinel-2 - ESA - satellite

La région de Verdun vue par satellite. Un autre extrait de l’image Sentinel-2A acquise le 8 mai 2016.
En bas, composition colorée utilisant le canal proche infrarouge et mettant en évidence

le couvert végétal et les différences d’occupation des sols.
Crédit image : ESA / Copernicus / Commission Européenne

 

Les lancements orbitaux du mois d’avril 2016

Il y a eu 5 lancements orbitaux et un total de 11 satellites lancés en avril 2016, avec 5 satellites sur une seule fusée Soyouz lancée depuis le Centre Spatial Guyanais. En avril 2016 a également été effectué le vol inaugural du nouveau site de Vostochny (Russie), toujours avec une fusée Soyouz.

 

Calendrier spatial - 2016 - Avril 2016 - lancements orbitaux - fusées - satellites - Launch log - masse satellisée

Calendrier spatial : le tableau de bord des lancements orbitaux du mois d’avril 2016.
Illustration : Gédéon

 

Après les 52 tonnes du mois de mars 2016, la charge utile satellisée en avril n’est que d’environ 19 tonnes mais permet de passer, en masse totale lancée depuis le début de l’année, la barre symbolique des 100 tonnes.

Une seule mission, en orbite basse, le dragon CRS-8 à destination de l’ISS, représente à elle seule la moitié de la masse satellisée en avril et devient le nouveau record de masse de l’année 2016. Même si je ne les compte pas dans la catégorie des « lancements orbitaux », il y a eu également un petit satellite d’observation « lâché » depuis le module Kibo de la Station Spatiale Internationale (401 x 404 km, inclinée à 51,6°).

 

Fusées et satellites lancées en 2016 - Bilan mensuel - Mois par mois - masse satellisée - record

Les lancements orbitaux de l’année 2016. Bilan des masses satellisées avec succès
en avril 2016 et cumul depuis le début de l’année. Illustration : Gédéo
n

 

CRS : success

Voici quelques détails sur les lancements réalisés en avril 2016 :

  • 5 avril 2016, 17:38 UTC, Jiuquan : une fusée Chang Zheng 2D met en orbite le satellite scientifique Shi Jian 10. L’orbite est basse (250 km d’altitude moyenne) et inclinée à 42,9°.
  • 8 avril 2016, 20:43 UTC, Cap Canaveral (SLC 40) : une fusée Falcon 9 FT met en orbite le vaisseau cargo Dragon CRS-8 à destination de l’ISS. C’est également la première que le premier étage du lanceur parvient à atterrir sur une barge en mer, à environ 300 km au nord-est du site de lancement. Le Dragon a rejoint l’ISS le 10 avril. Avec 10,4 tonnes au total, donc 3136 kg de fret, c’est à ce jour le record de charge utile pour une fusée Falcon 9.

 

Space X - Falcon 9 FT - Dragon CRS-8 - ISS - Avril 2016 - Launch - lancement - première atterrisage réussi sur barge - first stage landing

Space X - Falcon 9 FT - Dragon CRS-8 - ISS - Avril 2016 - Launch - lancement - première atterrisage réussi sur barge - first stage landing

8 avril 2016 : décollage de la fusée Falcon 9 emportant la mission CRS-8 depuis
Cap Canaveral et premier atterrissage réussi du premier étage sur une barge en mer.
Crédit image : Space
X

 

  • 25 avril 2016, 21:02 UTC, Centre Spatial Guyanais (ELS) à Sinnamary : une fusée Soyouz ST-A mission VS14), met en orbite 5 satellites : Sentinel-1B, le satellite radar du programme européen Copernicus (2164 kg), Microscope, le satellite scientifique du CNES (303 kg) et 3 cubesats OUFTI-1, AAUSAT-4 et Est@r-II (1 kg chacun) construits par des universités. Les orbites initiales de Sentinel-1B et Microscope sont héliosynchrones (passage au nœud descendant à 18:00 heure locale), inclinées à 98,2°, respectivement à 697 km et 712 km d’altitude moyenne. L’orbite des trois cubesats est elliptique avec un périgée bas (442 x 686 km). C’est la capacité de l’étage supérieur Fregat à se ré-allumer et s’orienter plusieurs fois qui permet ce type d’injection complexe. Le lancement a été reporté 3 fois, 2 fois à cause de la météo et 1 fois pour remplacer la centrale inertielle de la fusée Soyouz.
  • 28 avril 2016, 02:01 UTC, Vostochny (PU1S) : pour le vol inaugural depuis ce tout nouveau site de lancement russe, une fusée Soyouz 2-1A avec un étage Volga met en orbite trois satellites sur une orbite héliosynchrone (passage au nœud descendant à 23:14 en heure locale). L’orbite initiale est légèrement elliptique (471 x 485 km), inclinée à 97,3°. La charge utile principale est le satellite scientifique d’astronomie Lomonosov (étude des rayons cosmiques et des rayons gamma). Les deux autres charges utiles sont AIST-2D (observation de la Terre) et Kontakt-NS ou Samsat 218 (technologie). Vladimir Poutine assistait au lancement.

 

A l’est du nouveau… Vostochny, un nouveau cosmodrome en Russie

 

Vostochny - Nouveau cosmodrome russe - Vol inaugural - Soyouz - 28 avril 2016 - Vladimir Poutine

28 avril 2016 : vol inaugural sur le cosmodrome de Vostochny avec le lancement d’une fusée
Soyouz 2-1A. Crédit image : Roscosmos

 

A 51°N de latitude, Le nouveau cosmodrome de Vostochny est construit sur le site de Svobodny, qui était à l’origine un site mobile de lancement de missiles intercontinentaux (ICBM). A côté du dispositif de transport et d’érection classique sur rails, le site a aussi un tour de service mobile similaire à celle utilisée au CSG en Guyane. A terme, Vostochny devrait remplacer le cosmodrome de Baikonour (aujourd’hui situé au Kazakhstan) et servir pour le lancement des nouvelles fusées Angara.

 

Vostochny - Russie - Chantier du nouveau cosmodrome - Travaux

Un chantier impressionnant : les travaux sur le nouveau cosmodrome de Vostochny.
Crédit image : Roscomo
s

 

  • 28 avril 2016, 07:20 UTC, Sriharikota, Satish Dhawan (FLP) : pour son 35ème vol et le 31ème succès consécutif, une fusée PSLV-XL met en orbite le satellite de navigation IRNSS-1G, le septième satellite de navigation indien. La masse du satellite au lancement est de 1425 kg. L’orbite initiale est très elliptique (274 x 20648 km), inclinée à 17,9°). L’orbite définitive, à environ 36000 km d’altitude est géosynchrone, inclinée à 5° : vu de la Terre, IRNSS-1G décrira une trajectoire en forme de 8 centré sur la longitude 129,5°E. La première génération du système indien de navigation est désormais complète, avec 4 satellites sur une orbite géosynchrone inclinée et trois satellites géostationnaires.

 

Lancement - PSLv-XL C31 - IRNSS-1G - Inde - ISRO

28 avril : deux lancements le même jour… Décollage de la fusée indien PSLV-XL C31
emportant le satellite de navigation IRNSS-1G. Crédit image : ISRO

 

SOHO : sauvetage à 1,5 million de kilomètre de la Terre

Après Hipparcos et Apollo XIII, SOHO est un nouvel exemple d’opération de sauvetage de mission spatiale qui illustre à nouveau l’ingéniosité et la ténacité des équipes projet, notamment celles de la NASA, de l’ESA et de Matra Marconi Space (aujourd’hui Airbus Defence and Space) à Stevenage et Toulouse.

SOHO ? C’est l’acronyme anglais de Solar and Heliospheric Observatory ou Observatoire solaire et héliosphérique.

SOHO est une mission scientifique de l’Agence Spatiale Européenne destinée à l’observation et à l’étude de la structure interne du soleil et à la mesure in situ du vent solaire. La mission a été réalisée en coopération avec la NSA qui a financé un tiers du budget et fourni plusieurs des 12 instruments.

Décidée en 1984, la sonde de 1850 kg est lancée le 2 décembre 1995 depuis Cap canaveral par une fusée américaine Atlas II. Elle est placée au point de Lagrange L1, à 1,5 million de la Terre, au début de l’année 1996.

 

Une longévité exceptionnelle

Prévu initialement pour une mission opérationnelle de 2 ans, SOHO a fêté ses vingt ans dans l’espace en 2015 et la mission a été prolongée à plusieurs reprises au moins jusqu’en décembre 201. Actuellement, après avoir suivi presque complètement deux cycles solaires (11 ans), SOHO continue de fournir des données d’une valeur scientifique inestimable, qui permettent de mieux comprendre la mécanique interne du soleil. Depuis son lancement, SOHO a suivi plus de 20000 éjections de masse coronale (Coronal Mass Ejection ou CME).

SOHO est aussi un formidable chasseur de comètes : il en a suivi plus de 3000, lorsque leur trajectoires les rapprochent du soleil. La sonde était aussi aux premières loges pour le transit de Mercure le 9 mai 2016.

 

SOHO - perte et sauvetage - observation soleil - CME - ESA - NASA - L1 Lagrange - comètes

20 années d’étude du soleil. Illustration publiée par l’ESA pour le vingtième anniversaire
de la mission SOHO en 2015. Crédit image : ESA

 

Miraculée conception…

Un incident survenu en juin 1998 a néanmoins failli entrainer la fin prématurée de la mission SOHO.

Le contact avec SOHO est perdu le 24 juin 1998 à 23:16 UTC, après plusieurs erreurs humaines commises lors de l’envoi des commandes à partir du sol à l’occasion d’opérations de routine.

Les premières investigations semblent malheureusement indiquer que la sonde SOHO est définitivement perdue.

Après 5 mois d’efforts, la mission SOHO sera finalement sauvée. Récit d’un sauvetage incroyable…

 

En savoir plus :

 

 

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23 avril 2016 6 23 /04 /avril /2016 08:24

 

Tchernobyl - Chernobyl - 30 ans - 26 avril 1986 - Catastrophe nucléaire - Explosion réacteur n°4 - Pléiades - Arche de confinement - Chantier - Ukraine

Accident de la centrale nucléaire de Tchernobyl : le chantier de l'arche de confinement du réacteur n°4
vu par le satellite Pléiades 1B. Extrait d’une image acquise le 27 mars 2016 à 9h26 UTC,
pivoté de 90° par rapport à l'orientation d'origine (direction nord à gauche de l'image).
Copyright CNES 2016 – Distribution Airbus DS

 

Tchernobyl : à ce jour, la pire catastophe du nucléaire civil

Une image très spectaculaire... Elle est extraite d'une image prise par le satellite Pléiades en mars 2016. Elle montre que cet accident est toujours d'actualité en 2016, 30 ans après l'évènement. Dans le nucléaire, la demi-vie, ça peut durer longtemps ...

26 avril 1986 (ou 25 avril en temps universel) : le réacteur n°4 de la centrale de Tchernobyl explose… La fusion du cœur déclenche une importante pollution radioactive de l’environnement.

La catastrophe touche l’ensemble du continent européen à des degrés divers. Avant l’accident de Fukushima en 2011, c’est le seul accident nucléaire classé au niveau 7 sur l’échelle de l’INES (échelle internationale des événements nucléaires).

En 1957, l’explosion à l’usine de retraitement de Kychtym en URSS correspondait au niveau 6 actuel. Le 28 mars 1979, La fusion partielle du cœur du réacteur no 2 (TMI-2) à Three Mile Island, en Pennsylvanie aux Etats-Unis relevait de la classe 5.  Destinée à l'information du public et des médias, l'échelle INES est plus un outil de communication qu'une véritable échelle de mesure scientifique.

Ironie de l'histoire, c'est un essai destiné à vérifier l'alimentation de secours du système de refroidissement du réacteur qui est à l'origine de plusieurs erreurs humaines ayant entraîné la catastrophe...

A 16 km de la frontière sud du Bélarus, à 670 km au sud-est de Moscou, quatre réacteurs de type RBMK-1000 étaient en service et deux autres étaient en construction.

 

Derrière le rideau de fer…

A 110 km au nord-ouest de Kiev, aujourd’hui en Ukraine, la centrale est à l’époque en URSS. Aucune information officielle n’est publiée immédiatement. Même Gorbatchev, à Moscou, semble ne pas avoir un vision complète de la situation.

Bon... Question frontières et rideau de fer, les plus âgés savent que l’information des populations a « connu des ratés » : en France, on se souvient de la controverse concernant le nuage radioactif qui serait resté à l'écart du territoire français et la validité des informations communiquées par le SCPRI (Service central de protection contre les rayonnements ionisants) et le professeur Pellerin.

C'est la Suède qui donne l’alerte le 28 avril au matin, après avoir détecté un niveau de radioactivité anormal sur son territoire.

Lancé 2 mois plus tôt, le 22 février 1986, SPOT 1, qui termine sa recette en vol, est programmé pour fournir en urgence des images de la centrale accidentée. La première image panchromatique est acquise le 1er mai, reçue et traitée à Kiruna en Suède.

 

« Quelque part au nord de l’Ukraine » : Vous n'avez rien de plus précis ?

Gérard Brachet, alors PDG de Spot Image, se souvient du moment où il est décidé de faire appel à SPOT 1 : « Au moment où l’alerte est donnée, j’étais en déplacement à Washington chez Spot Image Corporation. J’ai immédiatement appelé les bureaux de Toulouse pour demander une programmation prioritaire du satellite SPOT 1. Nous ne savions pas exactement où était la centrale. On ne parlait pas encore du village de Tchernobyl. Pour cette raison, il a été choisi de réaliser une acquisition double avec les deux instruments HRV pour couvrir une largeur de 117 km sur une longueur de 500 km au nord de Kiev ».

Apparemment, les grands esprits se rencontrent : Satimage, le partenaire suédois de Spot Image, demande également une programmation de SPOT pour en savoir plus sur l’origine de la pollution radioactive.

La première opportunité d’acquisition est le 1er mai 1986, deux jours plus tard. Il fait un temps magnifique au-dessus de l'Ukraine. Une image panchromatique sans nuages à 10 mètres de résolution est acquise à 9:07 UTC et reçue à Toulouse et à Kiruna le jour même.

 

Tchernobyl - Chernobyl - 30 ans - 26 avril 1986 - Catastrophe nucléaire - Explosion réacteur n°4 - Première image du satellite SPOT - 1er mai 1986 - Catalogue Geostore Tchernobyl - Chernobyl - 30 ans - 26 avril 1986 - Catastrophe nucléaire - Explosion réacteur n°4 - Première image du satellite SPOT - 1er mai 1986 - CatalogueGeostore - Métadonnées

La première image SPOT 1, acquise en mode panchromatique le 1er mai 1986 à 9h07 UTC.
La résolution est de 10 mètres. La visée est assez verticale: l'angle d'incidence est de -8,32°.
Le signe - indique que le satellite est alors à l'est du point visé.
Informations extraites du catalogue Geostore d’Airbus DS

 

Fête du travail : muguet et champignons...

1er mai ? A l’époque, les mécanismes d’astreinte mis en place aujourd’hui pour l’imagerie d’urgence n’existent pas encore. Les services satellitaires de support à la gestion de crise, comme la Charte internationale « Espace et catastrophes majeures » ou le service Copernicus de cartographie d’urgence (Emergency Mapping Service) ne verront le jour que près de quinze ans plus tard.

Rien de tel n’est prévu le 1er mai 1986. Gérard Brachet raconte : « Svante Astermo, le directeur général de Satimage, m’appelle chez  moi pour me dire que, même si c’est également férié en Suède, ils sont capables d‘effectuer le traitement avec les moyens de Kiruna. Il me demande l’autorisation de communiquer l’image à la presse. Je donne mon accord. J’aurais préféré que l’image soit produite à Toulouse mais ce n’était tout simplement pas possible… »

 

 

Tchernobyl - Chernobyl - 30 ans - 26 avril 1986 - Catastrophe nucléaire - Explosion réacteur n°4 - Première image du satellite SPOT - 29 avril 1986 - Demande programmation Suède - Satimage

La demande de programmation transmise le 29 avril 1986 par les responsables de Satimage en Suède.
Source : Johan Gärdebo (KTH Royal Institute of Technology)

 

Cet « exploit du 1er mai » a certainement contribué à construire la réputation et la notoriété du satellite SPOT : il y avait bien des images acquises par le satellite américain Landsat, mais d’une résolution très inférieure. Et, pour les satellites militaires, également américains, pas question d’une publication dans la presse. Ce jour-là, l’image panchromatique à 10 mètres de résolution de SPOT 1 a fait la différence.

 

Tchernobyl - Chernobyl - Premières images du satellite SPOT 1 - Visée oblique - multisectrale - Geostore - 07-05-1986

Les caractéristiques de l’image multi-spectrale acquise le 7 mai 1986 à 8h51 UTC.
Le contour noir matérialise l'emprise de la scène du 1er mai. La forme rectangulaire de l'image du 7 mai
montre que la visée est beaucoup plus oblique : l'angle d'incidence est ici de -26,85°
Copie d’écran d’une consultation du catalogue Geostore d’Airbus DS

 

Un satellite pour viser dans les coins

La possibilité de visée oblique, grâce au miroir orientable de l’instrument HRV (on ne parle pas encore d’agilité du satellite en 1986), a permis d’obtenir plusieurs autres images dans les jours suivants. Celle présentée ici a été acquise le 7 mai. C'est une des premières images multi-spectrales. L’illustration montrant son emprise, comparée à celle du premier montre que la visée a effectivement été beaucoup plus oblique. Cette fonctionnalité permet d'augmenter la revisite effective, avant que l'orbite du satellite ne l'éloigne trop de la zone d'intérêt. Sur les satellites Pléiades (ou SPOT 6 et SPOT 7), c'est l'agilité (le basculement de l'ensemble du satellite) qui joue le même rôle

 

Tchernobyl - Chernobyl - Premières images satellites - explosion centrale - 26 avril 1986 - 7 mai 1986 - SPOT 1 - CNES - Spot Image - Airbus DS Tchernobyl - Premières images satellites - explosion centrale - 26 avril 1986 - 7 mai 1986 - SPOT 1 - CNES - Spot Image - Airbus DS

La centrale nucléaire de Tchernobyl vue par le satellite SPOT 1.
Image multi-spectrale d’une résolution de 20 mètres acquise le 7 mai 1986 à 8h51 UTC.

En bas, extrait centrée sur la centrale et le réacteur n°4. En haut, vue générale.
La scène complète est "plus carrée". Copyright CNES 2016 – Distribution Airbus
DS

 

Le vrai début des opérations pour le satellite SPOT 1

Reprises par la presse et la télévision, les images de SPOT 1, premier satellite civil offrant une résolution de 10 mètres, ont un impact considérable.

Ces images sont considérées comme la première utilisation opérationnelle du satellite SPOT, montrant sa capacité de fournir des informations partout dans le monde, indépendamment des frontières ou des contraintes politiques, ou très rapidement après une catastrophe.

Il est probable que cet épisode ait facilité la décision de lancement effectif du programme de satellite de reconnaissance Hélios, prise par le gouvernement français en juin 1986, en pleine péridoe de cohabitation (François Mitterand Président, Jacques Chirac, Premier ministre).

 

Après l’imagerie d’urgence, le suivi dans la durée…

Depuis 1986, les satellites SPOT puis Pléiades ont régulièrement suivi l’évolution du site de la centrale.

En 2011, Airbus Defence and Space (anciennement Spot image) avait publié sur son site Internet un livret (flip-book) contenant des images et des textes retraçant comment les satellites d’observation de la Terre ont scruté l’évolution de la région de Tchernobyl depuis 25 ans.

Ce document, préparé par Pascal Michel, très intéressant, est toujours accessible en ligne ici. L’illustration suivante en montre quelques extraits. Les liens à la fin de cet article donnent accès à quelques images des satellites SPOT de la galerie d’images d’Airbus DS utilisées pour ce suivi.

 

Extraits d’images acquises par les satellites SPOT entre 1986 et 2006 et montrant les évolutions
majeures dans les environs de la centrale de Tchernobyl. Du haut vers le bas, disparition du parcellaire
agricole, limites e la zone de contamination et mise en place du chantier, création de nouveaux
ponts et routes, endiguement de la rivière Pripryat, sites de stockae des déchets.
Illustrations extraites du livret publié par Pascal Michel (Spot Image) en 2011.

 

30 ans à Tchernobyl, de SPOT à Pléiades : la situation en avril 2016

Depuis 2011, les satellites Pléiades ont pris le relais de SPOT. L'image acquise par Pléiades-1B le 27 mars 2016 montre l'évolution spectaculaire des performances des satellites d'observation. Je vous renvoies à d'autres articles...

 

Tchernobyl - Chernobyl - 30 ans - 26 avril 1986 - 26 avril 2016 - satellite Pleiades - Chantier de l'arche de confinement - sarcophage - 27-03-2016 - CNES - Airbus DS - Ukraine

Les environs de la centrale nucléaire de Tchernobyl vue par le satellite Pléiades 1B le 27 mars 2016
à 9h26 UTC. Vue générale en résolution réduite. Le nord est en haut de l'image.
L'angle d'incidence
est de 22,6°
.
Copyright CNES 2016 – Distribution Airbus DS.

 

Concernant Tchernobyl, je termine avec quelques observations qu’on peut faire sur cette image à très haute résolution sur deux sujets précis :

  • La ville de Pripryat.
  • Le chantier de l’arche de confinement de la centrale.

Vous avez certainement vu comme moi des reportages ou des photographies étonnantes ou émouvantes de la ville de Pripryat : juste à côté de la centrale, dans le périmètre de la zone contaminée, c’est une ville fantôme.

Si vous ne l’avez pas encore regardé, je vous conseille en particulier le film «  La Terre outragée » de Michale Boganim, avec Olga Kurylenko, Andrzj Chryra et Ilya Iosifov, sorti en 2011. Je crois qu'il existe en DVD.

Les illustrations suivantes, extraites de l’image Pléiades prise le 27 mars 2016, montrent par exemple le développement de la végétation dans la ville abandonnée.

 

Ne pas perdre le nord

Les ombres portées accentuent l’impression de relief. Notez que, sur ces extraits comme pour l’arche de confinement, le nord n’est pas en haut : l’image a été pivotée de 90° dans le sens inverse des aiguilles d’une montre (le nord à gauche de l’image) afin que le point de vue de l’observateur soir cohérent avec l’orientation du satellite Pléiades au moment de la prise de vue.

 

Tchernobyl - Chernobyl - 30 ans - 26 avril 1986 - 26 avril 2016 - satellite Pleiades - Prypriat - Ville fantôme - Manège enfants - Bâtiments abandonnées - Végétation - 27-03-2016 - CNES - Airbus DS - Ukraine Tchernobyl - Chernobyl - 30 ans - 26 avril 1986 - 26 avril 2016 - satellite Pleiades - Pripryat - Pripriat - Ville fantôme - eux d'enfants - 27-03-2016 - CNES - Airbus DS - Ukraine

Un autre extrait de l'image acquise par le satellite Pléiades-1B le 27 mars 2016,
centrée sur la ville de Pripryat, à proximité immédiate de la centrale de Tchernobyl.
En bas, un détail émouvant : le manège d'enfants vu sur des nombreuses photographies.
Note : j'ai appliqué un réglagle différent des couleurs et du contraste entre les deux images.

Copyright CNES 2016 – Distribution Airbus DS.

 

Manège pas enchanté

L’extrait où on peut voir le manège d’enfant m’a beaucoup ému. Installé juste avant la catastrophe, il n’a apparemment jamais servi… Le webmaster du site Regard sur le monde m'a gentiment permis de reprendre une photo du haut de ce manège. Elle est extraite d'une vidéo prise à partir d'un drone réalisée par Danny Cooke (à voir !) à l'occasion d'une reportage pour CBS en 2014.

A la hauteur de la nacelle supérieure, la caméra du drone nous montre la centrale et l'arche de confinement toutes proches. Au moment où il prend l'image qui illustre cet article, le satellite Pléiades est à près de 700 km au-dessus...

 

Tchernobyl - Pripyat - Manège - Arche de confinement - Drone - Danny Cooke - Regardsurlemonde

La centrale de Tchernobyl et l'arche de confinement en cours de construction
vus par un drone volant à la hauteur du sommet du manège de Pripyat.

Crédit image : Danny Cooke. Merci à Karl au blog Regardsurlemonde.fr

 

Le chantier géant de  l'arche de confinement de Tchernobyl

30 ans après, le chantier de décontamination et de protection du bâtiment du réacteur se poursuit. L’image acquise par le satellite Pléiades le 27 mars 2016 montre également l’impressionnante arche de confinement en cours d’assemblage à côté du réacteur 4.

 

Un projet ambitieux : enfermer sarco

Une fois mis en place, l'arche visible sur l'image Pléiades doit servir à confiner les matières radioactives, abriter le premier sarcophage partiellement dégradé (pluie et gel) et protéger les équipes participant aux travaux de décontamination et de démantèlement.

L’arche, réalisée en deux tronçons, a des dimensions impressionnantes : 108 mètres de hauteur, 162 mètres de largeur et près de 260 mètres de longueur. Assez grande pour contenir le stade de France et le Sacré Cœur (façon de parler pour un réacteur nucléaire…)  et un poids estimé à 32000 tonnes !

 

Alliance pour l'arche

Les travaux sont réalisés sous la responsabilité de Chernobyl Nuclear Power Plant (ChNPP), avec un consortium international auquel participent les entreprises françaises Vinci et Bouygues.

Après un appel d’offre lancé en 2004, le chantier démarre en 2009. Il est très en retard : il aurait dû être normalement achevé en 2012. Un premier report avait fixé la nouvelle échéance à 2015.

Un exemple d'alea ? sous le poids de la neige, l'effondrement d'un bâtiment d'appui de l'ancien sarcophage en février 2013 qui entraîne l'arrêt du chantier le temps de vérifer le niveau de radioactivité.

 

Centrale de Tchernobyl - Chernobyl - Arche de confinement - Juin 2013 - Chantier -  réacteur n°4 - Sarcophage - Ingmar Runge - Wikipedia Commons- Ukraine

Vue panoramique du chantier autour du réacteur n°4 de la centrale de Tchernobyl prise en juin 2013.
Crédit image : Ingmar Runge (travail personnel) [CC BY-SA 3.0], via Wikimedia Commons

 

Arche 2 nouée ?

Non assemblée à partir de deux tronçons boulonnés…

Avec le retard du chantier, la première opération de levage sur l'arche n’a eu lieu qu’en novembre 2012. Le raccordement des deux tronçons a été effectué en juillet 2015, avec le support de la société néerlandaise Mammoet, spécialisée dans la manutention lourde.

Bien qu'elle soit plus récente que l'opération de raccordement, l’image du satellite Pléiades donne une idée du gigantisme du chantier et des moyens de levage utilisés pour une opération de grande précision.

On parle désormais de 2017 pour la fin du chantier.

 

Centrale de Tchernobyl - Arche de confinement - Chantier -  réacteur n°4 - Solidarisation - Mammoet - Ukraine

Photographie de l’assemblage des deux parties de l’arche de confinement du réacteur 4 de la
centrale de Tchernobyl. Crédit image : Mammoet

 

Avenir radieux

J’ai écrit d’autres articles sur Tchernobyl et les satellites d’observation, déjà pour les 25 ans de SPOT, un anniversaire qui coïncidait presque à la date de la catastrophe de Fukushima, après le séisme et le tsunami du 11 mars, ou à l’occasion des incendies violents qui ont touché le sud-ouest de la Russie : on craignait alors que les fumées emportent des cendres provenant de la combustion des sols et de végétaux irradiés dans la région de Briansk et déclenchent une nouvelle pollution.

Avec un peu de recul, on se rend compte de l’impact à long terme des accidents nucléaires. Fin avril 1986, pour la télévision publique nippone NHK, il était quasi certain que Tchernobyl resterait "le plus grave accident nucléaire de l'histoire".  Le 12 avril 2011, l'agence japonaise de sûreté nucléaire a finalement classé au niveau 7, le niveau maximum, sur l'échelle internationale des événements nucléaires (INES) l'accident survenu à la centrale de Fukushima-Daiichi.

J'espère que cet article vous donnera envie de consulter davantage de littérature sur le sujet. Tchernobyl, le nucléaire et la question des choix stratégiques concernant les sources d'énergie restent un sujet majeur et complexe pour tout ceux qui s'intéressent à la culture scientifique, technique et industrielle (CSTI), particulièrement d'actualité en France, dont la production électricité est très majoritairement d'origine nucléaire, au moment où EDF rencontre des difficultés avec le développement des réacteurs EPR et où des décisions doivent être prise concernant l'avenir du parc de centrales et le traitement des déchets.

 

En savoir plus :

 

 

 

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14 avril 2016 4 14 /04 /avril /2016 14:42

Millionnaire à six ans…

Rassurez-vous ! Ce n’est pas la récompense pour le gagnant du dernier quiz image… Celle-ci reste très symbolique.

Le blog Un autre regard sur la Terre vient simplement de dépasser le seuil du million de pages vues.

 

Millionnaire à six ans - Un autre regardsur la Terre - Anniversaire - Plus d'un million de pages vues

12 avril 2016 : bientôt six ans et plus d’un million de pages vues pour le blog
Un autre regardsur la Terre. Statistiques provenant de la plateforme Over-blog

 

C’est une belle coïncidence : le millionième visiteur a consulté le blog Un autre regard sur la Terre dans la journée du 12 avril 2016, le jour de l’anniversaire du vol historique de Youri Gagarine.

 

Des cendres qui font monter…

C’est aussi pratiquement la date anniversaire du blog qui va fêter ces six ans. Même si le blog a formellement été créé en janvier 2010, le premier vrai article, qui entraîne un pic de fréquentation et me décide définitivement à consacrer un peu d’énergie à cette nouvelle expérience de diffusion de la culture scientifique, technique et industrielle, est celui sur l’éruption du volcan islandais Eyjafjöll illustré par une image du panache de fumée acquise par le satellite européen Envisat. L’éruption volcanique a débuté le 20 mars 2010 mais c’est à partir du 15 avril que le nuage de cendres volcaniques va perturber le trafic aérien en Europe.

 

Assez d’essais…

Je suis alors assez bluffé par le nombre de visites en une seule journée : 1062 pages vues le 17 avril 2010. Au point de relativiser la déception de l’annulation d’un voyage familial en Sicile causée par les problèmes de trafic aérien au moment de l’éruption.

 

Un autre regard sur la Terre - Décollage - Avril 2010 - Eruption du volcan islandais - Eyjafjöll - Envisat - ESA - satellite

Il y a six ans, en avril 2010 : le blog Un autre regard sur la Terre.
Un évènement fondateur : le succès de l’article sur l’éruption du volcan Eyjafjöll
Statistiques provenant de la plateforme Over-blog

 

L’idée d’utiliser des images satellites spectaculaires ou insolites pour évoquer des questions scientifiques et techniques fait son chemin. Plus récemment, j’ai également régulièrement abordé l’actualité spatiale ou les grandes dates anniversaires de la conquête spatiale.

 

Décoller en atterrissant…

Depuis 2010, plusieurs articles ont fait des très gros scores journaliers, les deux plus importants étant liés à l’atterrissage de deux engins spatiaux : la mission MSL Curiosity sur la planète Mars en août 2012 (2001 pages vues le 7 août et 1145 le 8 août) et les aventures du petit atterrisseur Philae sur la comète 67P / Churyumov-Gerasimenko en novembre 2014 (1714 pages vues le 12 novembre et 2358 le 13 novembre).

On peut aussi citer la page sur le vol historique de Gagarine qui est vue 1598 fois le 28 décembre 2015 (j’ignore pourquoi) ou celle sur le cyclone Yasi (1555 pages vues le 2 février 2011).

Dernièrement, l’article du premier avril a fait un assez joli score. La fait qu’il ait été relayé avec quelques jours de retard sur certains réseaux sociaux comme Linkedin ont amené plusieurs internautes à le prendre un peu trop au sérieux malgré les discrets indices (il est vrai en langue française) qui pouvaient mettre la puce à l’oreille.

 

Ain't No Fun (Waiting 'Round to be a Millionaire)

A propos de langue, j’ai fait le choix délibéré d’un blog francophone même si je cite régulièrement des extraits de textes rédigés en anglais et des termes techniques anglo-saxons.

Le blog Un autre regard sur la Terre reçoit donc tout surtout des visiteurs francophones. La France arrive bien évidemment en tête avec 77% des pages vues, suivie du Canada et de la Belgique mais les Etats-Unis occupent la quatrième place, devant la Suisse, l’Algérie, le Maroc, la Tunisie, L’allemagne et l’Espagne.

 

Un autre regard sur la Terre - Provenance des visiteurs - Blog francophone - sixième anniversaire

Origine géographique et répartition des visiteurs du blog Un autre regard sur la Terre.
En bleu, les pays où résident les visiteurs du blog. Source : Google analytics

 

Même si le nombre de visites est beaucoup plus réduit, je suis satisfait de voir qu’il y a au moins quelques fidèles du blog Un autre regard sur la Terre dans de nombreux pays du monde. Petite déception : aucune visite depuis la Corée du Nord, le Malawi, la Sierre Leone, la Papouasie Nouvelle-Guinée ou le Bhoutan.

 

It's a Long Way to the Top

Sur la durée, les cinq articles les plus lus sont les suivants (par ordre décroissant de nombre cumulé de pages vues depuis la création du blog) :

 

Union européenne - European Union - 28 Mmeber states - 28 capitales - vues de l'espace - seen from space - UE - Bruxelles - Brexit - UK - France - Europe - At night

Une image illustrant un des articles les plus vus du blog Un autre regard sur la Terre :
un quiz image avec les 28 capitales européennes vues, de nuit,depuis l’espace

 

Touch too Much

Ce classement est basé sur les statistiques obtenues avec Google Analytics mais je n’ai installé cet outil qu’à partir de juin 2010. Les premiers mois ne sont pas couverts mais cela ne doit pas changer le podium.

Il faut également savoir que les images et les documents annexes du blog un autre regard sur la Terre sont désormais hébergées en dehors de la plateforme Overblog sur un site dédié (www.un-autre-regard-sur-la-terre.org hébergé par Online et où il y a aussi quelques outils expérimentaux. En toute rigueur, il faudrait comptabiliser ces accès et je crois que, dans ce cas, le million de pages vues est largement dépassé.

 

Have a drink on me

C’est Google et en particulier le moteur de recherche d’images qui reste la source la plus importante de visite.

Il y a également une bonne proportion d’accès directs (9,4%) ce qui prouve que des visiteurs fidèles ont enregistré l’adresse du blog dans leurs liens favoris. Quelques sites référencent certains articles du blog Un autre regard sur la Terre.

L’accès via les réseaux sociaux reste beaucoup plus marginal (1,3%), surtout par Linkedin et Twitter, un peu moins avec Facebook. Les « amis » ou les  « followers » cliquent encore peu sur les liens.

Il est très satisfaisant de voir que de nombreux internautes sont capables de lire plus de 140 caractères sans faire une pause. Les articles du blog Un autre regard sur la Terre, en général plutôt longs, sont néanmoins appréciés.

Il est plus difficile de connaître le profil des visiteurs. Je sais qu’il y a beaucoup d’enseignants, ce qui correspond au public ciblé initialement, mais aussi des professionnels et le grand public.

 

Boogie man

Je remercie tous ceux qui prennent le temps de poster un commentaire, souvent pour signaler qu’ils apprécient un article ou parfois pour rectifier ou compléter un texte ou une faute d’orthographe (il en reste).  Certains commentent aussi les quelques jeux de mots (il n’y a pas de « best of » ou de «worst of ») ou les sous-titres parfois décalés.

Si vous appréciez le blog Un autre regard sur la Terre, continuez à me faire part de vos avis et faites le connaître à vos amis sur les réseaux sociaux.

Pour terminer, je n’ai pas six petites bougies sous la main pour célébrer l’évènement. En voici une seule grosse…

 

Volcan islandais - Mars et avril 2010 - 15 mars 2010 - nuage de cendres - Envisat - MERIS - ESA

La « première image » du blog Un autre regard sur la Terre : le panache de cendres du volcan vu
le 15 avril 2010 par l’instrument MERIS du satellite européen Envisat. Crédit image : ESA.

 

En savoir plus :

 

 

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27 mars 2016 7 27 /03 /mars /2016 21:02

 

Calendrier Spatial - Mars 2016 - Colorado - Lac Powell - Grand Canyon - Sentinel-2 - satellite - ESA - Copernicus

Le calendrier spatial de mars 2016. En fond, extrait d’une image prise par le satellite
Sentinel-2A le 4 mars 2016 à 18h13 UTC : le Colorado, le barrage de Glen Canyon et le lac Powell.
Crédit image : ESA / Commission européenne / Copernicus

 

Colorado dans l’Utah

Voici le nouveau calendrier spatial du mois. J’ai choisi pour l’illustrer une image acquise début mars par le européen Sentinel-2A au moment où il survolait les Etats-Unis, pratiquement au-dessus de la frontière entre l’Utah, le Nevada et l’Arizona.

Centrée approximativement sur 37°N et 111,5°W, l’image du satellite Sentinel-2 qui sert de fond au calendrier de mars 2016 montre le lac Powell et les méandres du fleuve Colorado au niveau du barrage de Glen Canyon.

C’est la construction du barrage, amorcée en 1957 et achevée en 1963, qui a donné naissance au lac artificiel. Situé à cheval sur l’Arizona et l’Utah, le lac s’étend sur près de 300 km de longueur. Ses eaux limpides atteignent 170 mètres de profondeur. En capacité, c’est le deuxième lac artificiel des Etats-Unis, derrière le lac Meade (barrage Hoover) près de Las Vegas. Sa capacité est d'environ 35700 km3.

Ses rivages sont très découpés, avec près de 100 canyons.

 

Lac Powell - Barrage de Glen Canyon - Colorado - Gédéon - Un autre regard sur la Terre - Marque de la baignoire Barrage de Glen Canyon - Lac Powell - Colorado - Gédéon - Panorama - Un autre regard sur la Terre

Le lac Powell photographié en août 2011 depuis le barrage de Glen Canyon.
La « marque de la baignoire » correspondant au niveau maximum du lac en 1983 et 1984
est bien visible. Crédit image : Gédéon.

 

Prendre son pied sans perdre la main

La ville la plus proche du barrage est Page. Le célèbre Antelope Canyon n’est pas très loin : on reconnaît sa cicatrice ocre-orange dans la partie inférieure de l’image, entre Page et la centrale thermique de Navajo (2250 MW) et il est bien visible sur l’extrait en pleine résolution. La cicatrice d’Aron Ralston, joué par James Franco dans le film « 127 hours » réalisé par Danny Boyle, est certainement encore plus visible…

Page et le barrage de Glen Canyon sont situés dans l’Arizona mais la plus grande partie du lac Powell est dans l’Utah.

Pour fixer les idées, l’image du calendrier correspond approximativement à un rectangle de 120 km sur 60 km. Le barrage mesure 475 mètres de longueur. Le toit de la centrale électrique est végétalisé pour diminuer la température à l’intérieur du bâtiment.

 

Sentinel 2 - Colorado - Lac Powell - Barrage de Glen Canyon - Page - Navajo mountain - ESA - Copernicus - Mars 2016

Sentinel 2 - Colorado - Lac Powell - Barrage de Glen Canyon - Page - Centrale Navajo - Antelope Canyon - ESA - Copernicus - Mars 2016

L'image qui sert e fond au calendrier de mars 2016, prise par le satellite Sentinel-2A
le 4 mars 2016 à 18h13 UTC et un
extrait en pleine résolution centré sur le barrage de Glen Canyon
et la ville de Page. Crédit image : ESA / Commission européenne / Copernicus

 

L’image permet de voir également la Navajo Mountain, culminant à 3150 mètres d’altitude, une des quatre montagnes sacrées de la culture Navajo.

L’image Sentinel-2 complète dont j’ai extrait cette illustration couvre une zone plus large : la fauchée de l’instrument MSI (Multi Spectral Imager) du satellite Sentinel-2 est de 290 km. On peut donc y voir d’autres sites emblématiques de l’ouest des Etas-Unis comme Bryce Canyon or le Grand Canyon.

 

Bryce Canyon - Sentinel-2A - Satellite - Instrument MSI - ESA - Copernicus - 4 mars 2016

Le Parc National de Bryce Canyon vu par le Satellite Sentinel-2. Un autre extrait de l’image
acquise le 4 mars 2016. Il reste un peu de neige mais on repère également les couleurs caractéristiques
de Bryce Canyon. Crédit image : ESA / Commission Européenne / Copernicus

 

Bryce, very nice… Hoodoos you do?

A 350 km au nord-est de Las Vegas et 400 km au sud de Salt Lake City, le parc national de Bryce canyon est situé dans le sud de l’Utah, sur le plateau du Colorado. Il est connu par ses formations géologiques coniques colorées étonnantes. Le point culminant est à 2778 mètres d’altitude.

 

Bryce Canyon - Août 2011 - Hoodoos - Gédéon - Un autre regard sur la Terre Bryce Canyon photographié sur place depuis Bristlecone Point.
Evidemment, ll y a un moins de neige au mois d’août.
Crédit image : Bryce Denis (alias Gédéon)

 

Grand Canyon : le Colorado en Arizona.

Inscrit au patrimoine mondial de l’Humanité en 1979, le Grand Canyon est situé en Arizona. Les gorges spectaculaires ont été creusées par le fleuve Colorado. Une centaines de rapides occupent le fond du canyon.

Voici un extrait de l’image Sentinel-2A en résolution réduite et un autre en pleine résolution. Sur place, le panorama est vraiment saisissant.

 

Sentinel 2 - MSI - Grand Canyon - Colorado - 4 mars 2016

Sentinel 2 - MSI - Grand Canyon - Colorado - 4 mars 2016

Le Grand Canyon. Deux extraits de l’image prise par le satellite Sentinel-2A le 4 mars 2016.
Crédit image : ESA / Commission Européenne / Copernicus

 

Les lancements de février 2016 : ça navigue…

J’ai essayé de créer un nouveau tableau de bord pour suivre les lancements au fil de l’année et faciliter la consolidation des résultats en fin d’année. Voici mon prototype, déjà testé pour les lancements de janvier 2016. Il ne recense que les lancements orbitaux effectués depuis le sol : j’exclue les vols suborbitaux et les « lâchers » de satellites depuis la Station Spatiale Internationale.

 

Calendrier spatial - Launch log - Record - Lancements orbitaux - orbital launches - Février 2016 - February 2016

Le tableau de bord des lancements orbitaux pour le mois de février 2016 :
nombre de lancements, pays de lancement et type de fusée, nombre de satellites,
types d’orbites et principales missions. Crédit image : Gédéon

 

La partie supérieure du tableau de bord porte sur les lancements. Elle donne les principaux chiffres (nombre de lancements et nombre de satellites mis en orbite, masse totale et masse moyenne satellisée, taux de succès).

Les deux graphiques à droite donnent la répartition par pays de lancement et par type de lanceur, pour le mois écoulé et pour l’ensemble de l’année 2016 (cumul).

La partie inférieure est consacrée aux missions spatiales et aux satellites mis en orbite à l’occasion de ces lancements. Les trois « camemberts de l’espace » donnent ici des informations cumulées sur l’ensemble des missions de l’année, en l’occurrence les mois de janvier et février.

Le mois de février 2016 a été un bon cru avec 7 lancements orbitaux, tous réussis, avec 7 types de fusées et 10 satellites mis en orbite.

Même si le plus gros satellite (environ 8 tonnes pour le satellite espion TOPAZ-4 alias NROL-45) a été lancé en février, la masse moyenne par satellite est divisée par plus de 2 : 1611 kg au lieu de 3786 kg en janvier. Aucun satellite à destination de l’orbite géostationnaire ce mois-ci : 7 ont rejoint l’orbite basse et 3 satellites de navigation ont été mise en orbite MEO (entre 19000 et 22000 km d’altitude).

5 pays ont effectué des lancements, dont la Corée du Nord :

  • 1er février 2016, 7:29 UTC, Xichang (XSLC) : une fusée chinoise Chang Zheng 3C/YZ-1 met en orbite le satellite de navigation Beidou 21 (Beidou M3-S). L’altitude moyenne de l’orbite inclinée à 55°est de 21750 km. La masse du satellite fabriqué par le CAS est de 1014 kg au décollage.
  • 5 février 2016, 13:38 UTC, Cap Canaveral (SLC 41) : une fusée Atlas 5-401 met en orbite le satellite de navigation GPS 2F-12, le dernier exemplaire de la série 2F. L’altitude de l’orbite circulaire inclinée à 55° est de 20459 km.
  • 7 février 2016, 0:21 UTC, Plesetsk (Zone 43 Pas de tir 4) : Une fusée Soyouz 2-1b / Fregat met en orbite le satellite de navigation Glonass-M (Uragan-M). L’altitude moyenne est de 19140 km et l’orbite est inclinée à 64,8°.
  • 7 février 2016, 00:30 UTC, Sohae (Corée du Nord) : une fusée Unha 3 met en orbite le satellite Kwangmyongsong. L’orbite est pratiquement héliosynchrone, inclinée à 97,06° à une altitude moyenne de 482 km. C’est le deuxième succès, en cinq lancements de la fusée Unha. Aucun signal en provenance du satellite n’a été détecté.
  • 10 février 2016, 11 :40 UTC, Vandenberg AFB (SLC 6) : une fusée Delta 4M met en orbite NROL-45, un satellite militaire de reconnaissance du NRO (National Reconnaissance Office), apparemment de la série de satellites radar Topaz. L’orbite serait inclinée à 123° à une altitude moyenne de 1100 km. La masse serait proche de 8 tonnes (capacité du lanceur : 7,85 tonnes).

 

Lancement  - Satellite radar Topaz - NROL-45 - National Reconnaissance Office - NRO - Delta 4M - United Launch Alliance - ULA

Lancement du satellite radar Topaz (NROL-45) du National Reconnaissance Office
par une fusée Delta 4M. Crédit image : United Launch Alliance (ULA)

 

16 février 2016, 17:57 UTC, Plesetsk (LC 133) : une fusée Rokot met en orbite le satellite européen Sentinel-3A. Avec Sentinel-1A et Sentinel-2A, Sentinel-3A fait partie du programme Copernicus. Il emporte un instrument de mesure de la couleur de l’eau ainsi qu’un altimètre. L’orbite est héliosynchrone avec un passage au nœud descendant à 10:00. L’altitude moyennne est de 804 km et l’inclinaison de 98,6°.

17 février 2016, 08:45 UTC, Tanegashima (complexe de lancement de Yoshinobu, pas de tir n°1) : une fusée H-2A met en orbite la mission d’astronomie ASTRO-H, alias Hitomi, sur une orbite à 575 km d’altitude inclinée à 31°. 3 autres petits satellites, Kinshachi-2, Kinshachi-3 et Horyu-4 font du covoiturage. C’est le 29ème lancement réussi du lanceur H2-A sur un total de 30 lacements. D’une masse de 2700 kg, ASTRO-H emporte 4 télescopes à rayons X. Le projet de la JAXA est mené en coopération avec la NASA, l’ESA et l’agence spatiale canadienne. Malheureusement, on a appris fin Mars qu’ASTRO-H ne répondait plus. Des radars au sol ont détecté des débris autour du satellite. Selon les déclarations de Takashi Kubota un responsable de la JAXA, "le logiciel de vol d'ASTRO-H a mal analysé sa propre situation et a tenté par erreur de rectifier son attitude, mais il s'est mis à tourner anormalement et a perdu des panneaux solaires et vraisemblablement d'autres morceaux". Il est donc possible qu'ASTRO-H ait subi une mésaventure similaire à celle de SPOT-3 en novembre 1996. Le budget d'Astro-H est évalué à 250 M€.

J’allais oublier : en février, j’ai été assez occupé avec les 30 ans de SPOT. SPOG... Un Satellite Pour Occuper Gédéon ? Je dépile le retard, avec par exemple le calendrier de février 2016.…

 

Mission d'astronomie ASTRO-H - Fusée H-2A - Tanegashima 17 février 2016 - JAXA

Lancement de la mission d'astronomie ASTRO-H par une fusée H-2A depuis le site de
Tanegashima le 17 février 2016. Crédit image : JAXA

 

 

L’aventure d’Hipparcos ou comment une mission spatiale frôle la catastrophe avant de devenir une réussite scientifique…

Je continue aussi la série d’articles consacrée aux pannes et accidents dans l’espace.

Après les accidents des navettes Columbia et Challenger et la panne du satellite SPOT 3, voici l’aventure d’Hipparcos.

Hipparcos est une des premières missions d’astrométrie de l’Agence Spatiale Européenne (ESA). Son joli nom est l’acronyme de HIgh Precision PARallax COllecting Satellite. Le satellite a surtout été baptisé en l’honneur de l'astronome grec Hipparque qui réalisa un des premiers catalogues d'étoiles.

Il a été lancé le 8 août 1989 et a achevé sa mission en août 1993 avec une exceptionnelle moisson de résultats scientifiques, dont les catalogues Hipparcos, Tycho et Tycho-2, améliorant la connaissance des étoiles, de leur formation et de leur évolution, de la structure des galaxies, de l'âge de l'univers, des exo-planètes, etc. Plusieurs années ont été nécessaires pour exploiter les mesures acquises par Hipparcos.

 

Retard à l’allumage : Hipparpas...

Seul petit détail : la mission Hipparcos a failli être un échec retentissant, dès le 8 août, le jour du lancement. La fusée Ariane 4 a parfaitement rempli sa mission mais le moteur d’apogée du satellite Hipparcos ne s’est pas allumé : au lieu d’atteindre une orbite circulaire géostationnaire, le satellite est resté sur une orbite fortement elliptique (507 km d’altitude au périgée, 35888 km à l’apogée).

Comment les objectifs scientifiques de la mission ont pu être atteints dans de telles conditions ? C’est l’histoire d’une opération de sauvetage extraordinaire : comment Hipparcos, proche de l’échec, est devenu un succès ? Vous voulez en savoir plus sur cette belle d’aventure ? Lisez cet article…

 

Carte du ciel - Catalogue d'étoiles - Astrométrie - Hipparcos - ESA - Agence Spatiale Européenne

Une carte du ciel construite à partir des résultats de
la mission Hipparcos. Crédit image : ESA (Agence Spatiale Européenne)

 

En savoir plus :

 

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10 mars 2016 4 10 /03 /mars /2016 17:20

 

30 ans de SPOT - Toulouse - Ville rose - Capitale européenne du spatial - évolution - Spot 5 - Juin 2002 - Après AZF - CNES - Airbus DS

La ville de Toulouse. Extrait d’une image acquise par le satellite SPOT 5 en juin 2002, moins d'un an
après l'explosion de l'usine AZF. Copyright CNES 2002 - Distribution Airbus DS

 

30 ans de SPOT ! Je joue un peu les prolongations pour l’anniversaire d’un évènement qui a vraiment été structurant pour le spatial en France et à Toulouse. J’avais écrit un premier article sur le développement de la ville rose à travers le regard des satellites SPOT et Pléiades à l’occasion des 25 ans du lancement de SPOT 1. Voici une mise à jour avec quelques nouvelles images et des chiffres plus récents sur l’évolution de la ville et sa population...

 

Toulouse, capitale européenne de l'espace et berceau des satellites d’observation de la Terre

On ne passe pas sa vie entière dans un berceau, comme disait Konstantin Tsiolkovski… Par contre, il est intéressant de voir comment évolue le lieu où on est né…

Tous les satellites SPOT et Pléiades ont vu le jour à Toulouse. Depuis 30 ans, ils scrutent l’évolution de la capitale européenne du spatial. Les images qu’ils fournissent apportent des informations très utiles sur l’évolution de la ville et de ses environs.

 

SPOT ou encore ? Suivre les évolutions dans la durée, un atout des satellites d’observation

Un des avantages des satellites d’observation est de repasser régulièrement au-dessus de chaque région du monde, indépendamment des frontières ou des contraintes politiques. Seuls les nuages leur compliquent un peu la vie…

En 2016, l’archive d’images satellites soigneusement conservée dans la ville rose retrace 30 ans d’histoire du développement de notre planète : développement urbain, occupation des sols, déforestation, évolution du littoral ou des calottes glaciaires, réchauffement climatique

Changement local ou global : les satellites sont irremplaçables pour surveiller notre environnement.

Dans le cas de Toulouse, entre l’image SPOT de 1986 et celle acquise par Pléiades en 2014, d’autres images prises par les satellites SPOT témoignent du dynamisme de Toulouse et de ses environs.

L’image SPOT 5 présentée au début de cet article a été prise neuf mois après l’explosion de l’usine AZF : la cicatrice est visible depuis l’espace. Ailleurs, c’est le développement des surfaces construites qui est le plus spectaculaire, comme dans l’ancien bois de Limayrac, autour de la zone verte de la Ramée ou dans les communes autour de Toulouse. En comparant les images de 1986 à 2014, on est frappé par la diminution des surfaces agricoles au fil du temps.

Un observateur attentif notera également les grands travaux qui ont accompagné le développement de la ville :

  • La boucle complète du périphérique achevée en 1995, l’extension de la zone de l’aéroport, la rocade arc-en-ciel mise en service en 1997, la Cité de l'espace qui ouvre ses portes en 1997 ou le zénith de Toulouse inauguré en 1999.
  • La ligne A du métro est mise en service en 1993 après cinq ans de travaux. Son extension vers Balma-Gramont ouvre en 2003 et la seconde ligne est inaugurée en 2007.
  • Au cœur de la ville, le centre de congrès Pierre-Baudis, le Théâtre National de Toulouse, les Abattoirs et la médiathèque José-Cabanis.
  • Et, plus de 50 ans après, le retour du tramway à Toulouse : après des travaux démarrés pendant l'été 2007, la ligne reliant Beauzelle et Blagnac à Toulouse a été mise en service en décembre 2010.

 

30 ans de SPOT - Toulouse - Ville rose - Capitale européenne du spatial - évolution - Spot 1 - Mai 1986 - CNES - Airbus DS

Extrait d’une image de la ville de Toulouse vue par le satellite Spot 1 le 22 mai 1986.
La rocade est n'est pas encore en service. L’image présentée ici est de taille réduite.
La résolution de l’image d’origine est de 20 mètres.
Copyright CNES – Distribution Airbus DS

 

De 1986 à 2012 : les satellites témoins de plus de 25 ans d’évolution de la ville de Toulouse

 

  Toulouse._Tramways_sur_le_Capitole._16_juin_1899_-1899-_-_5.jpg Avant les satellites... Le tramway place du Capitole à Toulouse. Phographie du fonds
Eugène Trutat. Source : Wikimedia commons, mis à disposition
par les archives municipales de Toulouse.

 

De 1986 à 2016 : les satellites témoins de plus de 30 ans d’évolution de la ville de Toulouse

Sur un période de 30 ans, la ville de Toulouse s’est profondément transformée, avec le développement de la ville et de sa périphérie, en particulier depuis le début des années 90, pendant la période dont ont été témoins les satellites d’observation de la Terre.

Pour illustrer une toute petite partie de ces changements, les images suivantes mettent l’accent sur 3 lieux emblématiques des évolutions de la ville :

  • Le Zénith de Toulouse, le quartier des Ponts-Jumeaux, au confluent du canal du Midi, du canal de Brienne et du canal Latéral.
  • L’aménagement de l’ancien bois de Limayrac, la Cité de l’espace et la zone d’activités de la Plaine.
  • La zone de l’aéroport de Blagnac, Aéroconstellation, les usines Airbus et le réseau routier des environs.

Dans les trois cas, l’article écrit pour les 25 ans de SPOT illustraient ces évolutions avec des vignettes extraites d’une image Pléiades de janvier 2012 et d’images acquises par Spot 5 le 17 juin 2002, le 1er mars 2005 et avril 2011. Deux autres images étaient utilisées : une acquise par Spot 3 le 28 juillet 1995 et une par le satellite Spot 4 le 21 novembre 1998. Je complète avec des images publiées par le CNES et Airbus Defence and Space à l’occasion de l’exposition sur les 30 ans de SPOT.

Pour ce travail sur l'évolution d'un site particulier, c’est le fait de disposer d’une longue série temporelle qui est le principal atout de l’image satellite. L’image de Spot 1 de mai 1986 sert de référence, même si sa résolution est très inférieure à celles de Spot 5 et Pléiades : elle ne permet pas de bien identifier les détails au cœur de la ville mais reste très utile, par exemple pour le réseau routier, la disparition des zones vertes ou cultivées progressivement remplacées par les habitations ou la zone de l’aéroport de Blagnac. 

D’autres articles du blog Un autre regard sur la Terre ont déjà traité de deux autres exemples, avec l’évolution de la zone verte de la Ramée, la construction de la rocade Arc-en-Ciel et le développement de la zone de Basso-Cambo et la reconstruction du site de l’usine AZF et la construction du Cancéropole à l’occasion du dixième anniversaire de l’explosion de l’usine AZF.

 

Un satellite au zénith, au-dessus du Zénith de Toulouse, du canal du Midi et du quartier des Ponts-Jumeaux

 

Spot 5 - Toulouse - 2002 - Extrait Garonne Ponts Jumeaux Ze Spot 5 - Toulouse - 2005 - Extrait Garonne Ponts Jumeaux Ze
Spot 5 - Toulouse - 2011 - Extrait Garonne Ponts Jumeaux Ze Pleiades - Toulouse - 2012 - Extrait Garonne Ponts Jumeaux

Du Zénith à la basilique Saint-Sernin et passant par les Ponts-Jumeaux. 3 extraits d’images
acquises par le satellite Spot 5 en 2002, 2005 et 2011 et un extrait de l’image Pléiades
de janvier 2012. Copyright CNES - Distribution Airbus DS

 

Construit de 1997 à 1998, le Zénith de Toulouse a été inauguré en avril 1999. Ses plus grandes dimensions sont de 135 mètres sur 110, pour une hauteur de 26 mètres. Il avait été gravement endommagé par l’explosion de l’usine AZF en septembre 2001.

On peut également voir le musée des abattoirs : les travaux pour la création de l’ « espace d’art moderne et contemporain de Toulouse Midi-Pyrénées » ont débuté en 1997 et Les Abattoirs ouvrent officiellement en 2000.

Parmi les évolutions d’envergure les plus récentes, les toulousains reconnaîtront facilement la ZAC des Ponts-Jumeaux, où 1500 logements ont récemment remplacé 8 hectares de frîches industrielles entre le Boulevard de l'Embouchure, les rues Kruger et Daydé et le Boulevard de Suisse.

 

Toulouse - Pont-Jumeaux - Jean Gueguiner - Juillet 1976 Le quartier des Ponts-Jumeaux en juillet 1976. Photographie prise d'hélicoptère par
Jean Guéguiner (fonds photographiques du Conseil général de Haute-Garonne).
Un oeil exercé peut identifier les subtiles différences avec le même quartier en 2012...

 

Nous n’irons (presque) plus au bois : le quartier de Limayrac, la zone d’activités de la pleine et la Cité de l’espace

 

Spot 5 - Toulouse - 2002 - Extrait Limayrac - Terre Cabade Spot 5 - Toulouse - 2005 - Extrait Limayrac - Terre Cabade
Spot 5 - Toulouse - 2011 - Extrait Limayrac - Terre Cabade Pleiades - Toulouse - 2012 - Extrait Limayrac - Terre Cabad

Le cimetière de Terre Cabade, le quartier de Limayrac, la Cité de l’espace et l’aérodrome de Lasbordes. Extraits d'images acquises par le satellite Spot 5 en 2002, 2005 et 2001 et par
le satellite Pléiades en janvier 2012. Copyright CNES - Distribution Airbus DS

 

Vue de l'espace, la structure du cimetière, à proximité de l’observation de Jolimont contraste avec le reste de la ville.

Les premières habitations du quartier de Limayrac datent de l'an 2000. Sur l’image de 2002, la zone est encore en travaux. Le contraste est impressionnant avec l’ancien bois de Limayrac, visible sur les images satellites acquises jusqu’en 1998. Le contraste est saisissant quand on observe la surface occupée par le bois de Limayrac prise par SPOT 1 en 1986.

Egalement invisible sur l’image de 1986, la Cité de l’espace a ouvert en juillet 1997. Un an plus tard, la station MIR est installée dans le parc. Le nouveau bâtiment Astralia, avec le planétarium et la salle Imax, est inauguré en avril 2005. Pour la petite histoire, deux autres articles du blog Un autre regard sur la Terre vous permettront de découvrir la Cité de l'espace vue par le satellite radar TerraSAR-X et la Cité de l'espace photographiée par un ballon dirigeable dans le cadre d'un atelier proposé par le CNES et Planète Sciences Midi-Pyrénées.

A proximité de la zone verte de l’Hers et dans le prolongement des hangars de Lasbordes, c’est le magasin Leroy-Merlin qui a finalement ouvert en 2004, après une saga juridique de plus de dix ans : terrain acheté en 1991, travaux démarrés en 1993 et stoppés en juin 1994.

 

L’aéroport de Toulouse-Blagnac, Aéroconstellation et l’usine Jean-Luc Lagardère

La série d'images suivante montre l'évolution de la zone de l'aéroport de Toulouse-Blagnac et des environs immédiats.

Les satellites n’ont pas été témoins de toute l’histoire de l’aéroport de Toulouse Blagnac et des usines Airbus. En 1947, la longueur de la piste sud est portée à 1700 m. Entre 1964 et 1968, les pistes sont portées à 3000 puis 3500 mètres pour accueillir tous les types d’avions commerciaux. C’est de là que le Concorde, en mars 1969, et l’Airbus A380, en avril 2005, décolleront pour leurs premiers vols. Les aérogares Blagnac 1 et Blagnac 2 sont respectivement inaugurés en 1953 et 1978.

Jean-Pierre Defoy, qui anime le site japy-collection, m'a aimablement communiqué cette carte postale qui montre l'aérogare de Toulouse-Blagnac. Ici aussi, un oeil exercé pourra jouer au jeu des 7 erreurs entre cette photographie aérienne et la situation actuelle de l'aéroport de Blagnac en 2016.

 

Toulouse---Aeroport-Blagnac---Japy---Editions-Cely---Marce.jpg

Toulouse-Blagnac. Carte postale montrant une vue aérienne de l'aérogare.
Ne cherchez pas les parkings. Photo-reportage YAN.
Editions Cely - Marcel Pendaries - Toulouse. Crédit image : Japy collection

 

Sans remonter aussi loin, les travaux suivants sont visibles sur la série d’images SPOT : une nouvelle extension de l’aérogare et une nouvelle tour de contrôle sont mis en service en 1993. Le parking couvert P3 est inauguré en 2002 et la construction du nouveau hall D a commencé en 2005. Le développement du trafic nécessite l’extension des parkings voyageurs autour de l’aérogare. Cette évolution est très visible sur les images satellite.

Spot 5 - Toulouse - 1986 - Extrait aéroport blagnac Spot 5 - Toulouse - 1995 - Extrait aéroport blagnac - RR2
Spot 5 - Toulouse - 1998 - Extrait aéroport blagnac Spot 5 - Toulouse - 2002 - Extrait aéroport blagnac - RR2
Spot 5 - Toulouse - 2005 - Extrait aéroport blagnac - RR2 Spot 5 - Toulouse - 2011 - Extrait aéroport blagnac - RR2

  Les environs de l’aéroport Toulouse Blagnac. Extraits d’images SPOT acquises en 1986, 1995, 1998,
2002, 2005 et 2011. Copyright CNES – Distribution Airbus DS

 

Le développement des usines Airbus au sud et au nord des pistes est également très spectaculaire.

Conçue pour la construction des avions A380, l’usine Jean-Luc Lagardère, un bâtiment de 500 mètres de longueur sur 250 mètres de largeur et 45 mètres de hauteur pouvant accueillir jusqu’à huit modules d’assemblage de l’A380, est inaugurée en mai 2004 et la zone industrielle Aéroconstellation en octobre 2004. C’est ici qu’ont été transférés les ateliers du site historique de Montaudran, où Air France effectuait des opérations d’entretiens de moyens-porteurs. Avec le développement de la ville, la piste historique s’est retrouvée enclavée au coeur de l’agglomération.

Le quartier de Montaudran fait lui-même désormais l’objet d’un projet d’aménagement important : la ZAC Montaudran et l'Aerospace Campus, avec l’ambition d’installer la plus grande concentration européenne en recherche aéronautique et spatiale.

 

Spot 5 - Toulouse - 1995 - Travaux rocade Arc-en-cielLes travaux de la rocade Arc-en-Ciel sont très visibles sur cet extrait de l'image du satellite
SPOT 3 acquise en 1995. Copyright CNES - Distribution Airbus DS

 

La croissance démographique, moteur du développement de la ville…

Selon l’INSEE, Toulouse Métropole, la communauté urbaine du Grand Toulouse, a vu sa population augmenter de près de 50% entre 1982 et 2013. Les 37 communes comptent aujourd’hui près de 735000 habitants.

 

Aire-Urbaine-Toulouse---Evolution-1990-1999.jpgAire-Urbaine-Toulouse---Evolution-1999-2007.jpgEvolution de la population de l'Aire Urbaine de Tououse. En haut, entre 1990 et 1999.
En bas, entre 1999 et 2007. Notez l'évolution entre la progression centrale et la progression
périphérique. Source : INSEE.

 

En janvier 2009, dans une note intitulée « Toulouse, moteur de la forte poussée démographique en Midi-Pyrénées », l’INSEE indiquait que « Toulouse se place au premier rang des grandes villes françaises en matière d’accroissement démographique, tant pour la ville-centre que pour l’agglomération ».

Pour l’ensemble de la région Midi-Pyrénées, ce sont surtout les nouveaux arrivants qui contribuent au dynamisme de la démographie: en Midi-Pyrénées, les naissances n’ont compté que pour moins de 10% du total des 32000 personnes supplémentaires par an entre 1999 et 2006. Par contraste, pour la commune de Toulouse, le fort excédent naturel explique 42 % de la croissance de la ville.

 

Des écoles à construire ?

Pour ses statistiques, l’INSEE s’intéresse d’abord à la continuité du bâti et utilise plusieurs définitions normalisées : Ville-Centre, l’Unité Urbaine et l’Aire Urbaine). En langage courant, cela correspond respectivement à la ville intra-muros, à la ville et sa banlieue immédiate (agglomération) et à la ville avec sa couronne périurbaine.

De manière générale, je vous recommande de consulter le site de l’INSEE pour comprendre la terminologie et les nouvelles règles liées au changement de méthode de recensement appliquée depuis 2008 (en particulier la notion de population légale millésimée) L’aire urbaine de Toulouse, c’est 342 communes : Toulouse, 71 communes de la banlieue, et 270 dans la couronne périurbaine.

Au 1er janvier 2007, elle compte 1 118 472 habitants, en cinquième position derrière Paris, Lyon, Marseille et Lille mais avec la plus forte croissance annuelle (1,9 %). Sans être un expert des statistiques, la circulation sur la rocade ou les prix de l’immobilier permettent de se faire une bonne idée de cette évolution. La croissance démographique de la couronne périurbaine accélère depuis 1999 (+ 3,1 % par an).

Contrairement à celui de la ville-centre, le dynamisme périurbain est surtout lié à l’afflux de nouvelles populations : l’excédent migratoire y représente 85 % de la croissance. D’après l’INSEE, la commune Toulouse compte 447 000 habitants (population légale en vigueur au 1er janvier 2012).

Quatrième ville de France, elle a vu sa population progresser à un taux annuel moyen supérieur de 1,7 % depuis 1999, soit 56 000 habitants supplémentaires. La banlieue représente un peu moins de la moitié de la population de l’agglomération dans ses limites définies en 1999. Bien qu’encore très soutenue, la croissance de la banlieue ralentit depuis les années 60-70 où elle atteignait des niveaux exceptionnels (+ 8 % par an). La moyenne depuis 1999 est de 1,6 % par an.

Par exemple, la population de L’Union, en croissance de plus de 20 % par an au début des années 60, celles de Ramonville et de Saint-Orens, en hausse de plus de 20 % par an au début des années 70, se stabilisent… Après avoir augmenté à un rythme constant depuis 1975, la croissance démographique de la couronne périurbaine accélère depuis 1999 (+ 3,1 % par an).

Assez naturellement, les communes périurbaines les plus dynamiques se situent souvent près des axes autoroutiers (+ 7,2 % pour Castelnau-d’Estretefonds, + 6,3 % pour Saint-Sulpice, + 4,7 % pour Baziège). Contrairement à celui de la ville-centre, le dynamisme périurbain est surtout lié à l’afflux de nouvelles populations : l’excédent migratoire y représente 85 % de la croissance.

 

Travail à l'école sur les images satellites

Les images publiées par le CNES et Airbus Defence and Space sont d'abord destinées à illustrer des panneaux de l'exposition réalisée pour les 30 ans de SPOT : elles ne sont pas superposables.

Pour permettre un travail pédagogique en calsse sur les séries temporelles et l'évolution des quartiers de Toulouse, je me suis amusé à tenter de les rendre parfaitement superposables.

Ce n'est pas évident à partir de fichiers au format jpeg sans référence cartographique mais, avec un peu de sueur, on y arrive... Il n'est pas non plus conseillé d'enregistrer en jpeg des images jpeg après traitement : ce n'est pas très bon car les effets du codage se cumulent et cela dégrade rapidement les images. Si vous faites des traitements successifs sur des images, sauvegardez toujours votre travail intermédiaire dans un format "sans perte" (TIFF, Raw, etc.)

Mais bon, sans avoir accès aux images au format d'origine, ce bricolage donne une assez bonne idée des changements... Cela permet de comparer plus facilement les différentes images et de localiser ces changements au fil du temps.

Si vous êtes intéressé, contactez-moi, je pourrai vous passer ce "sandwich d'images" au format Gimp-2 ou Paintshop Pro.

 

En savoir plus :

 

Vue générale de Toulouse - Taylor - NeurdeinVue générale de Toulouse. Dessin de Taylor, d'après une photographie de M. Neurdein

 

 

 

 

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24 février 2016 3 24 /02 /février /2016 16:58

 

30 ans de SPOT - Un Satellite Pour Occuper Toulouse - Pléiades - Ville rose - Capitale spatiale européenne - Très haute résolution - CNES - Airbus DS

Le coeur de la ville de Toulouse vu par le satellite Pléiades en 2014.
Copyright CNES 2014, distribution Airbus DS

 

SPOT : 4 lettres… Savez-vous ce qu’elles signifient ?

Le timide « Système Probatoire d’Observation de la Terre » a progressivement pris de l’assurance et est devenu « Satellite Pour l’Observation de la Terre ». Développé essentiellement dans la ville rose, SPOT s’est aussi transformé en boutade : un « Satellite Pour Occuper Toulouse ».

C’est ainsi que les mauvaises langues traduisaient le sigle SPOT. Il est vrai que le programme SPOT a été proposé en 1976, l’année de la grève au Centre Spatial Toulousain, à un moment où les salariés du CNES s’inquiétaient de l’avenir de « l’usine à satellites » : les budgets affectés au programme spatial français diminuaient au profit des engagements européens.

 

« Un Satellite pour Occuper Toulouse » : des boutades comme celles-ci, on en veut tous les jours !

En 2016, la boutade est devenue une très belle réussite économique : Le satellite SPOT 1 a fait des petits, avec une longue descendance. Les deux satellites Pléiades livrent des images à très haute résolution. SPOT 6 et SPOT 7 confirment que SPOT est une marque renommée. Toulouse, capitale européenne du spatial : en bonne partie grâce à SPOT.

Les retombées sont impressionnantes, avec une industrie spatiale, des sociétés de service en observation de la Terre et des équipes de recherche de classe mondiale. Elles créent des emplois avec de beaux succès sur le marché export dans un environnement très concurrentiel.

 

30 ans de SPOT - Industrie spatiale française - Compétitivité - Leader mondial de l'observation de la Terre - Export - Retombées économique

Les retombées de SPOT 1 avant la désorbitation : en 2016, la France et son industrie spatiale
leaders de l’observation de la Terre sur le marché mondial. Crédit image : Gédéon.

 

Le programme SPOT a ainsi largement contribué à faire de Toulouse la capitale européenne du spatial. Un impact économique difficile à voir directement sur l’image satellite de Toulouse prise par Pléiades, encore moins sur celle prise par le satellite SPOT 1 en mai 1986, quelques semaines après son lancement et les premières images acquises juste après la mise en orbite.

 

SPOT 1 - Toulouse - 1986 - 30 ans de SPOT - Ville rose - Un Satellite pour occuper Toulouse

La ville de Toulouse vue par le satellite SPOT 1 en mai 1986. Extrait d’une image multispectrale
à 20 mètres de résolution. Notez la représentation en couleurs naturelles, pas si évident
sans bande spectrale dans le bleu. Copyright CNES 1986, distribution Airbus DS

 

La ville évolue, les satellites aussi…

On note bien sûr l’évolution technologique entre SPOT 1 (l’image présentée ici a une résolution de 20 mètres) et Pléiades (les images sont échantillonnées à 50 cm). Cela ne facilite pas toujours la comparaison et on aimerait avoir des images prises en 1986 avec 50 cm de résolution.

Néanmoins, l’évolution de la ville rose est évidente : l’urbanisation est spectaculaire. Autour de la ville, les terres agricoles à proximité immédiate de la ville ont cédé la place à de nouvelles zones habitées. En 2011, à l’occasion des 25 ans de SPOT, j’avais déjà écrit sut le blog Un autre regard sur la Terre un article sur l’évolution de Toulouse. Je le remettrai bientôt à jour avec les dernières images : il y a eu quelques changements…

 

Mission accomplie !

SPOT, c’est maintenant un « Succès pour l’Observation de la Terre à Toulouse ». Bien sûr, la compétition mondiale rappelle chaque jour que Toulouse ne doit pas s’endormir sur ses lauriers… SPOT ou encore : préparer l’avenir… Rassurez-vous… Le CNES et les industriels préparent déjà la relève avec THR NG (Très Haute Résolution de Nouvelle Génération) pour les besoins institutionnels français et d’autres satellites d’observation pour les marchés commerciaux et l’export…

 

A Toulouse, la place du Capitole vue par le futur satellite THR NG. Simulation réalisée
à partir de photographies aériennes. Crédit image : CNES

 

Les métiers et les emplois du spatial à Toulouse et en région Midi-Pyrénées

Bien sûr, on pense d’abord au développement de la société Spot Image, désormais Airbus DS GEO. Plus largement, la filière d’observation de la Terre a permis la création de centaines d’emplois dans la distribution des images satellites et dans les services associés. Toulouse et la région Midi-Pyrénées sont devenus le centre d’excellence européen en observation de la Terre avec un tissu dense et dynamique de laboratoires de recherche et de sociétés de services spécialisées.

Dans le domaine des satellites, le programme SPOT a été une étape clé pour le développement des deux grandes sociétés Françaises, Airbus Defence and Space et Thalès Alenia Space et leur tissu de partenaires et sous-traitants : Envisat, Hélios, Pléiades, Metop et les satellites d’observation vendus à l’export. Il y a aussi le pôle de météorologie qui utilise abondamment les données spatiales pour ses prévisions et les études du climat.

Au total, selon des chiffres publiés par le GIFAS et Eurospace, le nombre d’emplois liés au spatial en région Midi-Pyrénées est estimé à 13000, environ la moitié des effectifs français et le quart du total européen.

 

Rue des cosmonautes : peu de cosmonautes, beaucoup de satellites…

Sur l’image suivante, acquise par le satellite Pléiades en 2012, j’ai indiqué l’implantation de quelques industriels, organismes de recherche, PME et sociétés de services. On ne se refait pas : j’ai mis aussi la Cité de l’espace et l’association Planète Sciences Midi-Pyrénées. Ils travaillent dans le domaine de la culture scientifique, technique et industrielle (CSTI) mais l’espace en fait partie. 

 

Travailler dans l’espace…

 

30 ans de SPOT - Un Satellite Pour Occuper Toulouse - Pléiades - Ville rose - Capitale spatiale européenne - Les métiers du spatial - Emploi spatial - sites industriels - Airbus Defence and Space - Thales Alenia Space - Parc technologique du canal - Spot Image - Terranis - CLS - Magellium

Un peu de géographie de l’espace à Toulouse. Infographie : Gédéon. Image de fond acquise
par le satellite Pléiades. Copyright CNES 2012 – Distribution Airbus DS

 

La liste est loin d’être exhaustive et ne mentionne pas les entreprises ou laboratoires à l’extérieur de Toulouse, comme M3Systems (à Lavernose-Lacasse) ou Mersen Boostec (à Bazet dans les Hautes-Pyrénées). Il y a des dizaines de PME spécialisées qui travaillent dans le spatial Toutes mes excuses à ceux que je n’ai pas pu mentionner sur cette carte. Envoyez-moi un petit message si vous voulez que j’ajoute quelque chose pour la prochaine mise à jour.

 

Des métiers à tisser…

Concernant les métiers du spatial, qui ont quelques caractéristiques originales, liées à la spécificité des satellites, je vous renvoie aux articles écrits sur le blog Un autre regard sur la Terre à l’occasion de la Novela et de « l’espace des métiers » organisé par Planète Sciences Midi-Pyrénées à la Cité de l’espace.

 

Eté 1976, une année de canicule qui jette un froid

Souvenirs, souvenirs… A cette époque, le CNES est installé depuis moins de dix ans à Toulouse. Les images de l’époque montrent que le site s’est considérablement développé mais, après Symphonie et le premier satellite Meteosat, la fin des années 70 est une période difficile.

 

 

Le site du CNES au début de l’aventure spatiale à Toulouse. Ce n’est pas une image SPOT
mais une photographie prise d’avion en 1965. Si, si, c’est bien là où est installé le CST en 2016.
Pas de sol martien mais la circulation est plus fluide…

 

Philippe Delclaux a bien connu la période du Satellite Pour Occuper Toulouse : « il y a un fond de vrai quand on se rapporte aux évènements de 1976 : le CNES traverse alors une grande crise budgétaire, la majorité de ses financements partant vers l'ESA pour alimenter le programme Ariane qui était dans sa phase la plus coûteuse. La direction du CNES décide alors une campagne de licenciements, en frappant tout azimut, au hasard : des directeurs, des chefs de département, des ingénieurs, etc.

Résultat (manifestement téléguidé) : une grève générale qui dura plus d'un mois, avec des manifestations spectaculaires comme le blocage du départ des avions à Blagnac (à l'époque, il était plus simple de pénétrer sur les pistes). Ce mois de grève aura donné naissance à une effervescence d'initiatives, avec un côté soixante-huitard (Lip n'était pas très loin), des membres de la hiérarchie organisant la réflexion pour proposer des solutions alternatives. Est-ce que SPOT est sorti de là ? Je ne saurais le dire avec certitude, mais il est certain que beaucoup de ceux qui ont organisé et participé à ces réflexions se sont retrouvés dans les équipes projet SPOT deux ans plus tard ».

Aline Chabreuil se rappelle aussi très bien de la grève au CNES, vue de Paris : « C’était un mouvement dur : pendant que nos collègues de Toulouse envahissaient les pistes de Blagnac, une équipe du siège du CNES, alors rue de l'université, est allée rencontrer les députés à l'assemblée nationale pour leur transmettre un document résumant les positions du personnel sur les projets parfaitement faisables ».

Résultats : le plan de licenciement est abandonné. Démission du Directeur Général (Michel Bignier), démission du Président (Maurice Lévy qui avait été en première ligne pour le plan de licenciement).

 

L'émergence d'un programme national d'Observation de la Terre

« Mission est donnée à Yves Sillard, le nouveau directeur, et à Hubert Curien, le nouveau président, de faire immédiatement un dossier de programmes ambitieux mais.... réalistes.  Celui de SPOT était « presque prêt ». Jugé trop cher, nous avons dû revoir notre copie et débarquer l’instrument MRVIR jugé trop compliqué. En échange, deux instruments HRV au lieu d'un... »

 

Jean-Claude Cazaux, qui a participé à l’aventure SPOT depuis le début se souvient : «  Chaude cette période… J’avais passé ma thèse à la fac en 1974. Pas de poste de prof à Toulouse. Pourquoi pas une année au CNES. Fin 1975, la fac me demande de revenir ou alors je perds mon parachute : je choisis de rester au CNES… Mauvais plan : 6 mois après, annonce d’un plan de licenciement ! Les derniers entrés, premiers sortis ? Il faisait chaud au propre comme au figuré ». Jean-Claude continue : « nous étions peu nombreux à travailler sur le dossier : Morel, Jean-Claude Husson, Michel Cazenave, Yves Trempat. Hiver 1978, il fait froid : tous les samedis matin, séance de remontage de bretelle dans le bureau d’Husson, sans chauffage ! Et la tournée de Michel Cazenave en Europe pour chercher des partenaires, l’ESA ne croyant pas beaucoup à notre projet. »

 

En savoir plus :

 

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23 février 2016 2 23 /02 /février /2016 10:39

 

30 ans SPOT - Anniversaire - Première image - Multispectrale - Djebel Amour au nord du Sahara algérien. Une des premières images du satellite SPOT 1. Image multispectrale - Sahara algérience - Acquise le 23 février 1986 à 10h39 UTC. Copyright CNES 1986. Distribution Airbus DS

Le Djebel Amour au nord du Sahara algérien. Une des premières images du satellite SPOT 1.
Image multispectrale acquise le 23 février 1986 à 10h39 UTC.
Copyright CNES 1986. Distribution Airbus DS

 

Un bon point avec la première image...

La « première image » d'un satellite d'observation est un évènement important. Très vite après le lancement, il faut vérifier que le satellite fonctionne bien et montrer au monde entier ce qu’il sait faire. SPOT 1 transmet ses premières images en un temps record.

Le 23 février 1986, le lendemain du lancement de SPOT 1, en fin de matinée, les équipes du CNES et de Spot Image (aujourd’hui Airbus Defence and Space) voient s'afficher à l'écran les premières données transmises en temps réel. Le satellite défile du nord au sud, sur une orbite en visibilité de la station de réception d’Issus-Aussaguel. Le nord de l’Europe et la Scandinavie sont sous les nuages mais, au-dessus de Hambourg, le ciel est dégagé. Une première impression très positive...

Emotion et émerveillement : la résolution de 10 mètres met en évidence des détails remarquables. Impression confirmée au survol de la ville de Nice et de la plaine du Pô en Italie : les routes et les villes se distinguent parfaitement dans la campagne enneigée.

 

30 ans du satellite SPOT - Anniversaire SPOT 1 - Première image - En Italie, la plaine du Pô sous la neige - Mode panchromatique - Copyright CNES 1986. Distribution Airbus DS

En Italie, la plaine du Pô sous la neige. Une des premières images acquises en mode panchromatique
par le satellite SPOT 1 quelques heures après son lancement.
Copyright CNES 1986. Distribution Airbus DS

 

Une image multispectrale, avec une résolution de 20 mètres, est acquise au nord du Sahara algérien, à la verticale du Djebel Amour : la composition colorée des bandes verte, rouge et proche infra-rouge donne une image très esthétique. Elle reste dans les mémoires comme « la première image » de SPOT 1.

 

Extrait de l'image multispectrale du Djebel Amour acquises le 23 février 1986
par le satellite SPOT 1 quelques heures après son lancement.
Copyright CNES 1986. Distribution Airbus DS

 

Les tirages en grand format sont présentés au cours d’une conférence de presse à Paris. Par précaution, deux exemplaires sont partis de Toulouse à bord de deux avions différents (l'un des deux avions était peut-être un train...)

 

Révolution de la résolution

Les partenaires du programme SPOT et tous les spécialistes du spatial comprennent que le marché de l’imagerie satellite, dominé jusqu'à présent par les Etats-Unis avec Landsat, vit une révolution : SPOT 1 est le premier satellite civil à pouvoir livrer des images aussi détaillées. 2 mois plus tard, les images de l'accident de la centrale nucléaire de Tchernobyl confirmeront ce grand changement.

 

Trace au sol du satellite SPOT 1 - 23 février 1986 - Premières images - Hambourg - Plaine du Po -  Nice - Djebel Amour

Illustration montrant la trace au sol du satellite SPOT 1 le 23 février 1986 au moment de
l'acquisition des premières images. Les nostalgiques des années SPOT 1 se souviennent certainement des fameuses grilles de référence SPOT (GRS) et des paramètres KJ utilisés pour localiser une région.
Pour le Djebel Amour, c'est 50-282 qu'on retrouve en en-tête de la première image. Toutes les première
images correspondent à K =50. Crédit image : CNES

 

La "vraie" première image de SPOT 1...

Elle a été prise avant le lancement ! Une blague ? Pas du tout : les lecteurs du blog Un autre regard sur la Terre savent que c'est vrai. Il y a eu des images SPOT prises au sol pendant des essais. J'en avais fait un quiz en septembre 2011 avec une image prise par l'instrument de SPOT 4.

Il y a eu aussi une image de SPOT 1, faite à Toulouse pendant un essai réalisé chez Matra Espace (aujourd'hui Airbus Defence and Space). Si vous habitez à proximité, vous reconnaitrez peut-être les lieux. Ils ont un peu changé et les couleurs sont un peu spéciales...

 

30 ans de Spot - Première image de Spot 1 - Coteaux Saint-Orens - Matra Espace - Airbus - Instrument HRV - Essai au sol - Courtoi - Toulouse.

La "vraie" première image de Spot 1, réalisée à l’occasion d’un essai au sol d’un modèle d’ingénierie
de l’instrument HRV. Extrait d’une photographie scannée aimablement fournie par Philippe Delclaux

 

Michel Courtois, à l’époque chef de projet du programme SPOT 1, se souvient parfaitement des détails de ce test. L'essai a été mené avec le modèle d'ingénierie de l'instrument de SPOT 1 pour ne pas avoir le problème de pollution à l'air qui aurait rendu impossible une telle expérience avec un modèle de vol.

L' instrument a été placé dans le radome de mesure de diagramme d' antenne d' Astrium, le radome avec une face ouverte, le HRV vertical pouvant pivoter en rotation horizontale avec le système prévu normalement pour le déplacement d' antennes. Les barrettes CCD étaient donc verticales et le balayage rotatif horizontal. Un enregistreur du CRIS (centre de rectification des images SPOT) a été couplé au dispositif pour enregistrer les images et les visualiser en "quick look" puis en format impression.

Le résultat est l'’image de la colline de Balma avec le château sur la colline (il s’agit ici d’une photographie papier scannée). Il s’agissait d’un essai « end-to-end » destiné à vérifier la totalité de la chaîne image : acquisition, traitement à bord, enregistrement, télémesure, décommutation et visualisation au sol… Des images ont été enregistrées en position fixe et visualisées chez SEP Image (aujourd’hui Airbus Defence and Space). Deux phénomènes bizarres ont été mis en évidence : le passage d'un train qui en "quick look" montrait des fluctuations de signal, et des réflexions dues à l'absence de masques internes au HRV qui ont été renforcés sur les modèles de vol.

On peut dire que c'est la VRAIE première image de SPOT 1 (ou au moins une copie), un exercice qui aurait réjoui les adeptes de la photographie argentique : reproduction couleur faite par superposition de clichés noir et blanc à travers des filtres colorés et autres petites prouesses informatiques… Le JPEG n'avait pas encore été inventé !

 

La famille SPOT s'agrandit : d'autres photos de famille...

Au moment où SPOT 1 est lancé, on fabrique déjà à Toulouse SPOT 2. SPOT 3, SPOT 4 et SPOT 5 suivront entre 1990 et 2002. Avant les deux satellites à très haute résolution Pléiades-1A et Pléiades-1B puis la nouvelle génération de satellites SPOT avec SPOT 6 et SPOT 7.

A chaque fois, les premières images seront l’occasion d’illustrer les nouvelles caractéristiques techniques et les performances de chaque satellite. Vous pouvez voir ces premières images sur la page « Quand les satellites ouvrent l’œil pour la première fois » mais la famille SPOT mérite à article à part entière. A suivre…

 

La dernière image de SPOT 1 : retour à ses premières amours

Ou plutôt son premier Djebel Amour...

SPOT 1 a eu une durée de vie exceptionnelle. Conçu par une durée de vie nominale de 3 ans, il a fonctionné jusqu’à la fin de l’année 2003 et fourni plus de 2,7 millions d’images. Il est possible que la défaillance rapide des enregistreurs de bord, en limitant la décharge des batteries, ait contribué à cette longévité record mais je n’ai pas pu me faire confirmer cette hypothèse.

La première défaillance importante survient en 2001 : une dégradation brutale du panneau solaire avec une perte de capacité supérieure à 10%, probablement une rupture d’une des connexions entre les différents sous-ensembles de cellules photovoltaïques. L'état du panneau solaire pouvant évoluer de façon imprévisible, il y a un risque de perdre définitivement le contrôle du satellite.

Comme pour les adieux de SPOT 5 à la fin de l’année 2015, le CNES décide alors de procéder à la désorbitation de SPOT 1, en le plaçant sur une orbite plus basse. Les opérations ont lieu du 18 au 28 novembre 2003.

A priori, les recommandations de l’IADC (Inter Agency Space Debris Coordination Committee), qui demandent de prévoir pour tout satellite en orbite basse un retour dans l’atmosphère en moins de 25 ans, ne s’applique pas à SPOT 1 : sa conception est bien antérieure. La plateforme de SPOT ayant été conçue pour servir aussi au futur satellite militaire Hélios, il restait suffisamment d’ergols (hydrazine) dans les réservoirs du satellite pour effectuer cette série de manœuvres : des freinages successifs abaisseront le périgée de l’orbite à 574 km d’altitude.

 

Souvenirs, souvenirs…

Avant de procéder à cette ultime opération dans la vie de SPOT 1, les équipes de Spot Image (aujourd'hui Airbus DS GEO) ont eu l’idée d’acquérir une dernière image « souvenir ». Devinez-où ? Au-dessus du Djebel Amour bien sûr…

La dernière image date du 18 septembre 2003 à 10h37 UTC. Voici une copie du quick-look de la première et de la dernière images prises par SPOT 1 qui m’ont aimablement été communiquées par Philippe Delclaux.

 

30 ans du satellite SPOT - Anniversaire - Première et dernière images - Djebel amour - Février 1986 - Septembre 2003 - CNES - Spot Image

De 1986 à 2003 : une longévité exceptionnelle pour SPOT 1 et 17 années entre la première
et la dernère image du Djebel Amour acquises par le satellite SPOT 1. Version scannée
de deux quicklooks. Crédit image : CNES - Distribution Airbus DS.

 

En savoir plus :

 

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22 février 2016 1 22 /02 /février /2016 10:53

 

30 ans de Spot - anniversaire SPOT 1 - Lancement - Ariane 1 - V16 - Kourou - CSG - Arianespace - 22 février 1986

Février 1986 : à Kourou, décollage de la fusée Ariane V16. A bord, SPOT 1 et Viking.
Au Centre Spatial Guyanais, il est 22h44. A Paris, Stockholm et Toulouse, c'est déjà le 22 février.
Crédit image : Arianespace 1986

 

Happy Birthday !

22 février 1986. Il faut veiller tard pour suivre le lancement : à 2h44 du matin (heure de Paris), la fusée Ariane V16 s’envole de Kourou.

Après l’échec du vol V15 en septembre 1985, tout le monde retient son souffle…

C’est le dernier vol de la fusée Ariane 1, la première mission vers une orbite polaire avec un passager de marque : sous la coiffe, SPOT 1, le premier satellite français d’observation de la Terre, réalisé en coopération avec la Belgique et la Suède.

SPOT 1 est accompagné du satellite suédois Viking.

A Toulouse, plus de mille personnes assistent à ce lancement. 14 minutes et 39 secondes plus tard, soulagement... C’est un succès : le satellite SPOT 1 se sépare du troisième étage de la fusée Ariane. Le système de contrôle d'attitude du satellite commence à le stabiliser et à l'orienter dans la bonne direction (instruments vers la Terre).

Il faut attendre encore 25 minutes pour le déploiement du panneau solaire, une opération délicate : il faut le sortir de sa boite... Là aussi, tout se passe bien. La charge utile est mise sous tension juste après. La station de contrôle de Katshura au Japon reçoit les signaux successifs confirmant les bonnes nouvelles. Champagne ! 

La France et ses partenaires rejoignent le club très fermé des nations disposant de leur propre capacité d’observation spatiale.

 

30 ans SPOT 1 - Anniversaire Toulouse - Retransmission lancement - Université Paul Sabatier - Succès - Pot - Cité de l'espace - CNES - Matra - Spot Image

SPOT 1, le premier satellite d'observation de la Terre construit par la France en partenariat avec
la Suède et la Belgique, est en orbite. Cela se fête. Ici, à l'Université Paul Sabatier, à Toulouse,
où de nombreux acteurs du projet étaient réunis pour suivre le lancement.
Où est Charlie ? Savez-vous les reconnaître ? Crédit image : CNES

 

Astérix chez les Vikings

En Suède aussi, le succès du lancement est fêté. Une double fête. La mise en orbite du satellite Spot mais aussi celle du satellite suédois Viking.

 

30 ans SPOT 1 - Satellit Bild - Lancement Spot - Viking - Premier satellite suédois - Ariane V16

Double fête chez Satellit Bild en Suède : le succès du lancement de Spot 1 et celui
du satellite Viking. Crédit image : Satellit Bild

 

Viking est le premier satellite artificiel suédois. Sa mission est scientifique : étudier les interactions entre le vent solaire et la magnétosphère terrestre. Pas très surprenant au pays des aurores boréales… Viking est placé sur une orbite très elliptique (814 km d’altitude au périgée, 13530 à l’apogée). Viking pèse 530 kg. Ses panneaux solaires délivrent une puissance de 85 W.

Le satellite SPOT 1 est plus gros que Viking. Sa masse au lancement est de 1830 kg. Son panneau solaire de près de 16 mètres d’envergure fournit une puissance maximale de 1300 W en début de vie. SPOT 1 est "très approximativement" un parallélépipède de 2 mètres x 2 mètres x 3,5 mètres.

 

SPOT 1 - 30 ans - anniversaire - 1986-2016 - 22 février - SPOT 1 en orbite - Vue d'artiste - CNES - Matra - Spot Image

Vue d'artiste du satellite SPOT 1 en obrite. Crédit image : CNES

 

La charge utile de SPOT 1 est constituée de deux instruments identiques HRV (Haute Résolution Visible) travaillant à la fois en mode panchromatique et en mode multispectral (vert, rouge et proche infra-rouge). Un miroir pivotant peut orienter la direction de visée de chaque instrument de ±27° par rapport au nadir (direction du centre de la Terre). Chaque instrument pèse 250 kg. Les images acquises peuvent être transmises en direct (2 x 25 Mbits/s) ou mises en mémoire sur un enregistreur à bande (22 minutes d'enregistrement dans chaque mode).

L’orbite de SPOT 1 est circulaire, héliosynchrone, à une altitude de 830 km à l’équateur, avec une inclinaison de 98,7°. SPOT 1 la parcourt en 101,4 minutes.

 

Premières orbites avant une vraie révolution

La réussite du lancement de SPOT 1 est le début d’une belle aventure et l’aboutissement d’un travail amorcé au début des années 70 : dès 1973, le CNES crée le GDTA, Groupement pour le Développement de la Télédétection Aérospatiale. Un avant-projet de satellite d’observation est étudié au Centre Spatial de Toulouse en 1974.

Proposé à l’Agence Spatiale Européenne, le projet n’est pas retenu. La Belgique et la Suède s’associent à la France.

L’engagement effectif du programme Spot est décidé en février 1978. Le 19 juillet 1982, la société Spot Image est créée pour commercialiser les images SPOT, suivie, six mois après, de sa filiale américaine. En septembre 1985 démarre l’installation du CRIS (Centre de Rectification des Images Spatiales), un maillon important du système SPOT. Tout est prêt pour recevoir et commercialiser les premières images.

 

Lancement du satellite SPOT 1 : revue de presse toulousaine

La presse a tout de suite compris l’importance de l’évènement, non seulement le retour en vol de la fusée Ariane mais surtout la mise en orbite du premier satellite d’observation de la Terre fabriqué en Europe.

L’annonce du lancement et celle de la mise en orbite réussie du satellite SPOT 1 occupent par exemple la une du journal La Dépêche du Midi avec, dans les jours qui suivent des pages entières consacrées à SPOT. Le journal toulousain consacre plusieurs articles au « Satellite Pour Occuper Toulouse ».

Il y a même des grands encarts publicitaires du CNES et de l’IGN. Dans les semaines suivantes, des articles et des photos seront publiés dans plusieurs magazines.

Voici une petite revue de presse des articles parus dans la Dépêche du Midi en février 1986. Si vous avez d’autres articles, n’hésitez pas à me contacter : je cherche à compléter ma collection.

 

spot satellite toulousain vainqueurs de Spot images à vendre Spot le triomphe Spot sur orbite Hip Hip Ariane Photographier la Terre Objectif Terre Magnifique Ariane Les réactions Hip Hip Ariane 2 Le CNES voit loin Pub IGN

La revue de presse du lancement du satellite SPOT 1. Série d’articles parus dans la Dépêche du Midi
en février 1986. Cliquer sur les articles pour les agrandir.

 

Une information à noter : les journalistes citent le bon état de santé du satellite SPOT 1 mais indiquent qu’on ne verra pas ses images avant plusieurs jours. Ils se trompent… Les premières images acquises par SPOT 1 seront publiées en un  temps record !

 

Anniversaire à la Cité de l'espace

Pour célébrer l'anniversaire d'un évènement qui a particulièrement marqué la communauté spatiale toulousaine, le CNES et ses partenaires industriels organisent à la Cité de l'espace une soirée spéciale avec une conférence "30 ans d'observation de la Terre par satellite" et une exposition de 30 images qui ont marqué l'histoire des satellites Spot.

 

En savoir plus :

 

 

La vidéo du lancement du satellite SPOT 1. Crédit images : CNES

 

 

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31 janvier 2016 7 31 /01 /janvier /2016 09:01

 

Calendrier spatial - Janvier 2016 - Mer rouge - Sentinel-2 - Drames et accidents dans l'espace - Columbia - Challenger - Apollo 1 - NASA - ESA - Soyouz

Le calendrier spatial du mois de janvier 2016 : la mer rouge vue par le satellite Sentinel-2.
Extrait d’une image acquise le 7 janvier 2016 à 8h34 UTC. Composition  colorée en couleurs naturelles
des canaux 2, 3 et 4. Crédit image : ESA / Commission Européenne / Copernicus

 

L’image qui illustre le calendrier du mois de janvier 2016 a été prise par le satellite Sentinel-2A le 7 janvier 2016. Si c’était un quiz du blog un autre regard sur la Terre, la réponse serait facile à trouver : il s’agit de la Mer Rouge, entre l’Afrique et la péninsule Arabique. L’extrait d’image montre la base de ce que j’appelle « les oreilles du lapin » à environ 28° de latitude nord et 34° de longitude est.

 

La Mer Rouge toute bleue

J’ignore pourquoi la Mer Rouge s’appelle ainsi. Sur cette image, on voit surtout des nuances de bleu le long de la côte et autour des îles. Cela donne envie d’aller se baigner ou de faire de la plongée sous-marine et d’autres y ont déjà pensé avant moi :  l’observation de l’image en pleine résolution permet de voir les nombreux aménagements touristiques.

Le premier extrait montre le port et la station balnéaire de Charm el-Cheikh et la baie de Naama, à la pointe sud du désert du Sinaï. Les pistes de l’aéroport international, partiellement visibles,  témoignent de l’importance de l’activité touristique. Elles rappellent également les deux accidents d’avion survenus en janvier 2004 (vol FSH 604) et, plus récemment, le 31 octobre 2015 : un Airbus A321 de la compagnie russe Metrojet (vol 9268), avec 224 passagers et membres d’équipage à bord, s’écrase peu après le décollage. l'État islamique revendique l’attentat. D’autres attaques visant des hôtels avaient eu lieu en juillet 2005

 

Golf sans golfe

Sur le second extrait, on peut voir El Gouna, une autre station balnéaire de la Mer Rouge, avec un vingtaine d’hôtels et deux parcours de golf.

 

Egypte - Mer rouge - Sinaï - Charm el-Cheikh - Baie de Naama - satellite Sentinel-2 - MSI - ESA - Tourisme - Plongée sous-marine

Mer rouge - Egypte - Tourisme - Golf - El Gouna - Satellite sentinel 2 - MSI - ESA - observation de la Terre

La mer rouge en bleu : deux extraits en pleine résolution de l’image acquise par Sentinel-2
le 7 janvier 2016. Crédit image : ESA / Commission Européenne / Copernicus

 

Série noire

J’inaugure la série consacrée aux accidents dans l’espace avec les épisodes les plus dramatiques : les accidents mortels en mission. Cela permettra d’évoquer dans les mois à venir des incidents moins graves ou des sauvetages inespérés ou acrobatiques.

 

Les accidents spatiaux mortels

Cela peut vous paraître étonnant mais, à ce jour, aucun astronaute ou cosmonaute n’est mort dans l’espace.

Les seuls accidents mortels ont eu lieu à relativement basse altitude, soit au moment du décollage soit à l’atterrissage, donc formellement en dessous de la frontière de Karman et jamais à bord d’un vaisseau en orbite. Tous les drames se sont produits au sol, juste après le départ ou juste avant le retour sur Terre de l’équipage.

 

Accident Challenger - Navette - Space Shuttle - 28 janvier 1986 - NASA - STS-51L - Désintégration

Janvier 1986, fin du rêve américain dans l'espace : la désintégration de la navette Challenger
75 secondes après son décollage. Crédit image : NASA

 

Il y a trente ans, le 28 janvier 1986, la navette américaine Challenger se désintègre 75 secondes après son décollage. Le Space Shuttle est alors à environ 15 km d’altitude. Parmi les 7 membres d’équipage, Christa McAulife, institutrice devait réaliser des cours et des expériences en orbite pour les élèves. Le drame a profondément marqué les passionnés d'espace.

 

Accident Columbia - STS-51L - équipage - crew - Christa McAuliffe - Gregory B. Jarvis - Judith A. Resnik - Francis R. Scobee  - Ronald E. McNair - Michael J. Smith  - Ellison S. Onizuka

L’équipage de de la mission STS-51L de la navette Challenger.
Al'arrière :
Ellison S. Onizuka, Christa McAuliffe, Gregory B. Jarvis, Judith A. Resnik.
Devant :
Michael J. Smith (pilote), Francis R. Scobee (commandant), Ronald E. McNair.
Crédit image: NASA

 

17 ans plus tard mais à quelques jours d'intervalles sur un calendrier annuel, le 1er février 2003, c’est 15 minutes avant son atterrissage que le space shuttle Columbia (mission STS-107) est détruit au cours de sa rentrée dans l’atmosphère.

Dans le cas du dramatique retour sur Terre de Columbia, la cause primaire de l’accident est apparue au moment du décollage : une protection en mousse a violemment percuté le bord d’attaque de l’aile de la navette et endommagé la protection. Les 7 membres d'équipage Rick Husband, William Mc Cool, David Brown, Laurel Clark, Kalpana Chawla, Michael Anderson et l'israélien Ilan Ramon trouvent la mort.

 

L'équipage de la mission STS-107 de la navette Columbia - Accident - Février 2003 - NASA - David Brown - Laurel Clark - Michael Anderson - Ilan Ramon - Rick Husband - Kalpana Chawla - William McCool

L'équipage de la mission STS-107 de la navette Columbia.
A l'arrière : David Brown, Laurel Clark, Michael Anderson et Ilan Ramon.
Devant : Rick Husband (commandant), Kalpana Chawla et William McCool (pilote).
Crédit image : NASA

 

3 autres américains ont péri au sol pendant un essai : c’était le 27 janvier 1967 à Cap Canavera au cours d’une répétition de la première mission habitée du programme Apollo, prévue un mois plus tard. Virgil Gus Grisson (Gemini 3), Edward White (le premier « space walker » américain sur Gemini 4) et Roger Chaffee meurent asphyxiés dans le module de commande, après qu’un incendie se soit déclaré dans la cabine.

Quelques mois plus tard, le 24 avril 1967, le russe Vladimir Komarov périt pendant le retour du nouveau vaisseau Soyouz, qu’il teste pour la première fois. La rentrée dans l’atmosphère se passe mal : la capsule tourne sur elle-même et, à 7000 mètres, le parachute se met en torche entraînant une chute vertigineuse à environ 150 m/s.

Le 29 juin 1971, c’est également au retour d’une mission réussie avec une durée record (22 jours) à bord la station orbitale Saliout que le vaisseau Soyouz 11 connaît des difficultés : une dépressurisation de la cabine se produit à la rentrée dans les couches denses de l’atmosphère. La capsule se pose en douceur mais les 3 membres d’équipages, Gueorgui Dobrovolski, Viktor Patsaïev et Vladislav Volkov, sont morts asphyxiés quelques minutes plus tôt. Ironie du soort : ils constituaient l’équipage de réserve et avaient remplacé l’équipage nominal en raison d’une suspicion de tuberculose.

Au total, 18 personnes (4 russes, 13 américains et un israélien) ont trouvé la mort au cours d'une mission spatiale, 21 si on en prend en compte l’incendie survenu pendant l’essai au sol d’Apollo.

 

Astronautes et spationautes décédés

La conquête spatiale habitée a commencé au début des années 60 et il est donc logique qu’un certain nombre de ces acteurs soient aujourd’hui décédés, souvent de mort naturelle. Une page du site capcomespace en dresse la liste.

Au moment où j’écris ces lignes, on compte 75 décès parmi les astronautes ou cosmonautes ayant participé à une mission spatiale : 43 américains, 30 russes, 1 allemand et 1 israélien. En dehors des accidents en mission, les causes sont principalement la mort naturelle et la maladie ou les accidents (surtout en avion à l’entraînement mais aussi à moto ou à ski). L’avion d’entraînement T38 a un lourd bilan…

Le 4 février 2016, on a appris le décès à 85 ans de l’astronaute américain Edgar Dean Mitchell, qui avait marché sur la Lune pendant la mission Apollo 14. Apollo 14 a aluni le 5 février 1971. Sept des douze hommes qui ont posé le pied sur la Lune sont encore en vie.

 

Fallen astronaut

Plusieurs mémoriaux ont été édifiés sur Terre. Il y en a également un à la surface de la Lune : il s’agit d’une petite sculpture de l’artiste belge Paul Van Hoeydonck. La mort des cosmonautes  russes de Soyouz 11 a beaucoup touché l’équipage américain d’Apollo 15 qui a souhaité rendre homme à tous les astronautes et cosmonautes décédés dans la course à l’espace.

La petite figurine a été déposée le 1er août 1971 sur le Mons Hadley. Une plaque porte les noms de huit astronautes américains et de six cosmonautes soviétiques décédés, quelle que soit la cause au moment de la mission Apollo 15.

Evidemment, les noms des 14 victimes des deux accidents du Space Shuttle ne font pas partie de la liste, tout comme ceux de deux soviétiques, Valentin Bondarenko (incendie d'un caisson pressurisé pendant un entraînement) et Grigori Nelioubov (suicide ou accident) dont le décès n’avait pas été dévoilé par l’URSS.

 

Fallen Astronaut - Drames et accidents dans l'espace - Lune - Moon - Apollo 15 - NASA

La statue « Fallen astronaut » et la plaque commémorative déposée à la surface de la Lune.
Photographie prise pendant la mission Apollo 15 an août 1971. Crédit image : NASA

 

Retour sur les rapports d’enquêtes des deux accidents du Space Shuttle

La lecture des rapports d’enquête après l’échec d’un lancement est toujours très instructive. Elle permet de comprendre la structure et le fonctionnement des véhicules spatiaux, l’organisation des développements industriels, les procédures opérationnelles et la culture des organisations.

Pour les deux accidents de la navette, les rapports d’enquête contiennent une impressionnante quantité d’information, en relation avec le choc causé par la mort des quatorze membres d’équipage.

A condition de lire l’anglais, c’est une source d’information exceptionnelle pour les passionnés d’espace.

 

Décollage de la navette Challenger - Kennedy Space Center - 28 janvier 1986 - NASA - STS-51L

Oiseaux de mauvais augure : décollage de la navette Challenger le  28 janvier 1986.
Crédit image : NASA

 

Dixième vol de challenger

Dans la matinée du 28 janvier 1986, la température était exceptionnellement basse au Centre Spatial Kennedy. Le lancement de la navette Challenger est maintenu malgré des réticences de plusieurs personnes à la NASA et chez les constructeurs. Dans le cas de Challenger, c’est bien le froid qui a entraîné la perte d’étanchéité d'un joint d’un deux propulseurs d'appoint à poudre. Un départ de flammes se propagea au réservoir principal du Space Shuttle. Le comportement des joints au froid était connu mais les conséquences possibles sous-estimées.

 

" Plein gaz "

Les images d’une caméra de surveillance, exploitées après l’accident, montre l’apparition de fumée juste après le décollage puis de flammes à proximité du joint arrière moins d’une minute plus tard. 5 secondes après, de l’hydrogène liquide s’échappe du réservoir principal dont la structure a été endommagée. A ce moment, pour l’équipage et pour le contrôle au sol, tout paraît encore nominal.

 

Challenger - Accident - Fumées - Booster à poudre - SRB - réservoir principal - tank - Commission Rogers - NASA - Space shuttle

L’accident de Challenger : en haut, les premières fumées provenant d'un des deux boosters visibles
juste après le décollage. En bas, les premières flammes apparaissent à H+58,788 secondes puis
endommagent le réservoir externe. Crédit image : NASA

 

Dans les secondes qui suivent, après la perte d’un des deux boosters, la navette se désintègre… Ce sont les forces aérodynamiques excessives sur la structure de l’engin et non une explosion qui en sont la cause. Du fait de la robustesse de l’habitacle, qui s’est détaché d’un seul bloc, il est possible que les astronautes sont restés en vie pendant un partie de la chute libre et peut-être jusqu’à l’impact à la surface de l’océan. 

Des sièges éjectables avaient été utilisés sur les quatre premiers vols d’essais de la navette en orbite puis supprimé pour les missions suivantes.

A la suite de l’accident, les vols de la navette ont été interrompus pendant près de trois ans.

 

Richard Feynman : le physique de l’emploi

La commission Rogers, du nom de son président, a été chargée de d’enquêter sur l’accident. En faisaient également partieles astronautes Neil Armstrong (le premier pas sur la Lune) et Sally Ride, l'avocat David Acheson, les spécialistes de l'aviation Eugene Covert et Robert Hotz, les physiciens Richard Feynman (je vous conseille la lecture de son cours de physique), Albert Wheelon et Arthur B. C. Walker, Jr., l'ancien général de l'Air Force Donald J. Kutyna, Robert Rummel, Joe Sutter et le pilote d'essai Chuck Yeager (celui qui a fait le mur... du son).

La défaillance des joints toriques a été attribuée à un défaut de conception. Le rapport final a également mis en cause le processus de décision de la NASA qui a conduit au lancement de Challenger, malgré le froid.

Dans son rapport, la commission indique que les problèmes n’étaient pas tous remontés au niveau de l’équipe en charge de la décision des lancements et que les ressources humaines étaient insuffisantes par rapport à la fréquence des vols des navettes.

Parmi les conséquences de l’accident, l’arrêt des lancements de satellites. Cette mission est confiée à nouveau aux lanceurs traditionnels.

 

Columbia : la tuile…

En février 2003, la perte de la navette Columbia et de ses sept membres d’équipages se produit pendant la rentrée atmosphérique, au-dessus du Texas et de la Louisiane.

L’origine de l’accident se produit pourtant 82 secondes après le décollage, à environ 20000 mètres d’altitude et à une vitetesse proche de Mach 2,5 : un morceau de mousse d’isolation thermique du réservoir principal cryotechnique (hydrogène et oxygène liquide) se détache…

Peu dense, le fragment de pousse ne pèse que 800 grammes et est rapidement freiné pour le frottement atmosphérique. Il percute pourtant  le bord d’attaque de l’aide gauche de Columbia à une vitesse relative de 877 km/h : le choc violent endommage le système de protection thermique.

La fin de la mise en orbite et la mission en orbite se déroule normalement.

Au cours de la rentrée atmosphérique, la protection thermique endommagée ne résistera pas à l’échauffement : des gaz très chauds pénètrent à l’intérieur de l’aile. La structure interne en alliage  d’aluminium ne résiste pas, entraînant sa destruction progressive puis la désintégration totale de Columbia.

 

Chronologie de la trajectoire de rentrée de la navette Columbia le 1er février 2003 et des anomalies relevées par la commission d’enquête - CAIB - NASA Accident Columbia - Chronologie de la trajectoire de rentrée de la navette Columbia le 1er février 2003 et des anomalies relevées par la commission d’enquête - Débris - CAIB - NASA

Chronologie de la trajectoire de rentrée de la navette Columbia le 1er février 2003 et des anomalies
relevées par la commission d’enquête. Ces deux figures combinent des informations transmises
au sol en temps réel et d’autres enregistrées à bord (Modular Auxiliary Data System recorder ou MADS récupéré après l’accident). En bleu, position, altitude et vitesse (je vous laisse le soin de convertir
dans le système métrique). En vert, évènements aérodynamiques notables. En orange, débris détectés.
En gris, données enregistrées dans le MADS. En jaune, le mesures transmises par télémétrie.
Crédit image : CAIB / NASA

 

EI signifie interface d’entrée (Entry Interface), le point théorique où l’orbiteur pénètre dans l’atmosphère à 400 000 pieds, au-dessus de l’Océan Pacifique. Les dates sont repérées par rapport à cette référence : EI+300 correspond à 300 secondes après le début de la rentrée. Sur les figures, les heures sont données en heures EST (heure UTC – 5 heures).

 

Suivi de la rentrée de Columbia depuis le Centre de contrôle de mission - NASA

Le suivi de la rentrée de Columbia depuis le Centre de contrôle de mission. Crédit image : NASA

 

Tout près du but

Le drame se joue en moins de 15 minutes entre 13h48 et 14h00 UTC, à une altitude comprise entre 74 km et 64 km à une vitesse entre Mach 24,5 et Mach 19,5.

Le premier symptôme est une déformation au-dessus des valeurs habituelles mesurée par un jauge de contrainte au niveau du bord d’attaque. Les anomalies s’enchaînent, avec des capteurs de température qui relèvent des valeurs en dehors des fourchettes normales. Un partie de ces paramètres est enregistrée à bord, comme dans une boîte noire d’avion, mais ils ne sont ni communiqués à l’équipage ni transmis au sol.

Au sol, des témoins observent des flashs lumineux le long de la trajectoire de la navette.

 

Columbia - Accident - Débris - Rentrée atmosphérique - Vidéos amateurs - désintégration - Apache AH64 - CAIB - NASA

Extrait de vidéos montrant des débris dans le sillage de Columbia au-dessus du Texas. L’image en bas à
droite a été prise depuis un hélicoptère d’attaque Apache AH-64 près de Fort Hood.
Photographies extraites du rapport d’enquête sur l’accident de Columbia (CAIB)

 

Roger, Rogers

Des mesures transmises au sol donnent l’alerte au centre de contrôle : pression hydraulique trop basse, chute de la pression des pneus du train d’atterrissage, … puis perte de communication. L'enquête montre que l'intégralité des cablâges a été détruite en une minute. La désintégration de la navette est enregistrée sur des vidéos amateurs juste après 9h.

 

Accident de Columbia - Space Shuttle - Collecte des débris et reconstitution - NASA - CAIB

Reconstitution à partir des débris collectés après l'accident de Columbia.
Crédit image : NASA

 

Comme pour Challenger, la commission d’enquête (Columbia Accident Investigation Board ou CAIB) a réalisé un travail de fourmi qui a démarré avec un gigantesque chantier de ramassage des débris. Accident dans l'accident : deux personnes, Jules "Buzz" Mier et Charles Krenek, ont trouvé la mort dans le crash d'un hélicoptère Bell 407 participant à ces opérations.

Les travaux de la commission ont relevé que de nombreux incidents avec la mousse de protection du réservoir avaient déjà eu lieu mais avaient été considérés comme inévitables et sans risques pour la sécurité des vols, contrairement aux spécifications initiales.

 

Columbia - Accident - liste des incidents concernant la mousse isolante et le système de protection thermique recensés avant la mission STS-107 - bipode - normalisation de la déviance - CAIB - NASA

Au moins 14 vols du Space Shuttle ont connu des pertes de mousses isolantes et des dommages du
système de protection thermique (TPS ou Thermal Protection System). Deux incidents concernant
la mousse fixée au niveau du bipode n’avaient pas été détectés par la NASA avant
le travail de la commission d’enquête. Crédit image : NASA

 

L'excès de confiance, héritage des succès passés

Dans son rapport, le CAIB parle de normalisation de la déviance ("The acceptance of events that are not supposed to happen" selon la sociologue Diane Vaughan) : la perte de mouse est considérée à l’origine comme un incident important pouvant avoir des conséquences graves. Se reproduisant à plusieurs reprises sans conséquences, ce type d’incident est progressivement considéré comme secondaire ou tolérable...

On finit par considérer que ce n’est plus un incident. La même erreur de management avait déjà été pointée par Richard Feynman à l'époque de l'accident de Challenger :

 

"In these situations, subtly, and often with apparently logical arguments,
the criteria are altered so that flights may still be certified in time. They therefore fly
in a relatively unsafe condition, with a chance of failure
of the order of a percent
"

Richard Feynmann
Minority Report on Challenger
The Pleasure of Finding Things Out

 

Des équipes au sol, analysant les images du décollage, avaient pourtant perçu la gravité de l’incident survenu au lancement puis procédé à des simulations des conséquences possibles. Des ingénieurs ont demandé que des satellites militaires du NRO prennent des images de la navette en orbite mais ces vérifications n'ont pas été jugées prioritaires par la NASA. La commission d'enquête a étudié quels scénarios de secours auraient pu être déclenchés si la gravité des dommages avait été connue avant le retour sur Terre : une réparation de fortune ou un transfert de l'équipage sur une seconde navette envoyée pour les récupérer. 

Ici aussi, le programme de vol a été interrompu pendant plus de deux ans et retardé l’assemblage de la Station Spatiale Internationale.

A son retour en vol, le Space Shuttle a servi exclusivement aux missions vers l’ISS, à l’exception de la réparation du télescope Hubble (HST).

 

Passion et éducation

Malgré le sujet traité, j'espère que cet article vous donnera envie de parcourir les rapport et les documents que j'ai sélectionnés. Ils sont pratiquement tous en anglais mais vous trouverez aussi sur le web des pages en français bien documentées, par exemple sur Wikipédia.

On en apprend beaucoup sur l'architecture du space shuttle et sa mise en oeuvre mais aussi sur le fonctionnement des organisations et des relations entre les hommes et les femmes qui en font partie, la culture de projet et de la gestion des risques dans les grands programmes, le management et la prise (ou la non-prise) de décision.

Je termine avec un hommage particulier à Christa McAulife, une enseignante qui est allée jusqu'au bout de sa passion, et à tous les astronautes ou cosmonautes qui ont consacré du temps à donner envie aux jeunes et au grand public de s'intéresser aux sciences et techniques.

Christa McAuliffe avait été sélectionnée dans le cadre du programme « Teacher in space » (TISP). Elle aurait dû donner des leçons en orbite à des classes américaines (15 minutes par jour) et réaliser films et expériences sur les conditions de vie en impesanteur.

Après l’accident de Challenger, un enseignant américain, également une femme, finira par aller dans l’espace : Barbara Morgan, qui était la doublure de Christa McAuliffe pour le vol de 1986. Elle reprit sa carrière d'enseignante dans l'Idaho après l'accident de Challenger, tout en continuant son travail à la division éducation de la NASA. Elle fut sélectionnée à nouveau en janvier 1998 et participa en tant que spécialiste mission à la mission STS-118 en août 2007. Tout s’est bien passé mais la navette Endeavour a dû rentrer un jour plus tôt que prévu à cause de l'ouragan Dean.

 

Christa McAuliffe - Barbara Morgan - Entraînement KC-135 - expériences  en impesanteur - Vol parabolique - 16 octobre 1985 - NASA

Christa McAuliffe et sa « doublure » Barbara Morgan préparant des expériences à réaliser
en impesanteur. Entraînement en vol parabolique le 16 octobre 1985 à bord
d’un avion KC-135. Crédit image : NASA

 

En savoir plus :

 

28 janvier - 30ème anniversaire accident Challenger - Remembrance day - Charles Bolden - Memorial - Arlington - NASA - Aubrey Gemignani

28 janvier 2016 : Charles Bolden,  l’administrateur de la NASA, se recueille devant le Space
Shuttle Challenger Memorial au cimetière national d’Arlington à l’occasion du 30ème anniversaire
de l’accident de Challenger. Crédit image : NASA / Aubrey Gemignani

 

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30 décembre 2015 3 30 /12 /décembre /2015 14:00

Calendrier spatial - Décembre - 2015 - bilan des lancements - Ariane - Apollo 8 - Pléiades - Patagonie - ISS

Le calendrier spatial et astronomique en décembre 2015. En arrière-plan, la Patagonie
photographiée depuis l’ISS en février 2014 (image ISS038-E-47324).
Infographie : Gédéon.  Crédit  image : NASA

 

Solstice d’hiver

Même si les températures anormalement douces du mois de décembre peuvent en faire douter, l’hiver est vraiment là…

L’Institut de Mécanique Céleste et de Calcul des éphémérides (IMCCE) nous indique que le solstice d’hiver 2015 s’est produit le 22 décembre à  4h47m57s UTC très exactement. Le lundi 22 décembre a été la journée la plus courte de l’année, avec seulement huit heures d’ensoleillement en moyenne en France.

Hiver dans l’hémisphère nord, avec un soleil dont la trajectoire passe au plus bas sous l’horizon : on parle de minimum de déclinaison, avec -23°26’ au moment du solstice.

Dans l’hémisphère sud, c’est le contraire : le 22 décembre est le jour le plus long.

J’ai donc choisi d’illustrer Le calendrier de décembre, avec une photographie de l’été en Patagonie : Elle a été prise le 13 février 2014 avec un Nikon D3S équipé d’un objectif de 65 mm de focale par un des membres de l’expédition 38 à bord de la Station Spatiale Internationale.

A l’arrière-plan, l’océan pacifique. Au centre de l’image, le champ de glace sud de Patagonie (Campo de Hielo Sur en espagnol), dans la cordillère des Andes à la frontière entre l’Argentine et le Chili. Avec près de 13000 km2, c’est la troisième calotte glaciaire du monde après l’Antarctique et le Groenland. La glace alimente des dizaines de glaciers : Upsala, Viedma, Perito Moreno, Pie XI, Bruggen… Les glaciers qui coulent vers l’est se déversent dans les lacs Argentino, Viedma et O’Higgins, les trois plus grands, de gauche à droite sur la photographie. Les symptômes du réchauffement climatique y sont particulièrement visibles, avec un recul marqué des glaciers et des inondations catastrophiques.

 

Pleine Lune le jour de Noël

Une curiosité à signaler en décembre : il y  a eu une pleine Lune le jour de noël ! Sans être exceptionnel, c’est assez rare : il n’y en a pas eu depuis 38 ans et il faudra attendre 2034 pour en voir une autre.

 

Pleine Lune - Noël - 25 décembre 2015 - Val d'Azun - Entre Aucun et Arrens-Marsous - Hautes-Pyrénées

La pleine Lune de Noël photographiée dans le val d’Azun près d’Arrens-Marsous (Hautes-Pyrénées).
Au premier plan, le Père Noël, peut-être lié à un effet secondaire de la consommation (modérée)
de Sauternes 1. Crédit image : Gédéon.

 

Le calendrier spatial du mois de décembre…

Les trois dates en décembre qui me semblent les plus marquantes pour la conquête spatiale sont :

  • 21 décembre 1968 : lancement de la mission Apollo 8 depuis le centre Spatial Kennedy. Les premiers hommes se mettent en orbite autour de la Lune le jour du réveillon de Noël.
  • 24 décembre 1979 : premier lancement d’Ariane à Kourou. C’est un succès et un beau cadeau de Noël pour l’Europe spatiale.
  • 17 décembre 2011 : lancement du satellite à très haute résolution Pleiades-1A.

 

A bord d’Apollo 8, Frank Borman, Jim Lovell et William Anders passent donc Noël en orbite autour de la Lune. Ce n’est pourtant que la seconde mission habitée du programme Apollo et le premier vol d’une fusée Saturn V. Même si c’était la première fois que des hommes voyaient directement la face cachée de la Lune, ce sont des photographies de la Terre qui ont marqué les mémoires.

En particulier, le célèbre « lever de Terre » (Earth Rise) immortalisé depuis l’orbite lunaire. Un autre article du blog Un autre regard sur la Terre y est intégralement consacré et vous donnera plus de détails sur la mission Apollo 8. L’équipage a amerri le 27 décembre 1968.

 

L’espion qui venait au chaud

L’autre noël aurait dû avoir lieu le 15 décembre 1979 à 14h30 UTC, soit 11h30 en heure locale : Le premier lancement d'une fusée Ariane... Tout semblait bien parti, avec tous les voyants au vert.

La première grosse difficulté est peu connue : « l’anecdote » est rapportée par Jean-Pierre Morin, chef adjoint de la division opération du Centre spatial guyanais dès 1973, puis chef de la division méthodes et développement, dans son livre-témoignage « La naissance d’Ariane ». A l’exception d’un billet de Laurent Lagneau sur le site « opex360.com zone militaire » (au sujet du roman « Opération Dédale » de Claude Thévenet), je n’ai pas trouvé d’autre source mentionnant cette histoire incroyable. La qualité de l’ensemble de l’ouvrage et les signatures en préface (André Lebeau et Yves Sillard) incitent à considérer ce témoignage des coulisses du lancement d’Ariane comme très crédible.     

 

Ariane : le fil pour sortir du dédale

Le problème intervient un peu plus de deux heures avant l’heure  H : ce n’est pas un rouge mais des rouges qui apparaissent… C’est Jean Gruau, inspecteur général du CNES, alias «Monsieur anti-sabotage » en Guyane, qui déclenche l’alerte en salle de crise. J’ai eu le plaisir de le rencontrer à la fin de mes études, à l’époque où, stagiaire de Marcel Lebaron, je m’occupais des campagnes de lancement de fusées expérimentales de l’ANSTJ.

Le matin du lancement, un Breguet Atlantic de la Marine nationale, en mission de reconnaissance de la zone que doit survoler la fusée Ariane, repère deux « chalutiers » bardés d’antennes et de paraboles. Le premier navire est exactement à l'aplomb de la séparation des premier et deuxième étages, le second, exactement à la verticale du point d'allumage théorique du troisième étage. A la jumelle, l’équipage du Bréguet peut lire les noms peints sur la coque : le Petrov et l’Ivanov !

Que font deux navires espions russes juste sous la trajectoire prévisionnelle d’Ariane ? Ils sont a priori satisfaits que l’Europe concurrence les américains en matière d’accès à l’espace. Ils ont même fourni le carburant UDMH qui était en « rupture de stock » aux Etats-Unis.

 

Des chalutiers russes avec la bannière étoilée

Des photographies prises par le Breguet Atlantic sont transmises par fax à l’état-major de la Marine, rue Royale à Paris. Surprise ! Les experts de la Marine sont formels : les deux chalutiers sont en fait des bâtiments de guerre électronique américains, l'USS San Diego et l'USS Fresno… Par curiosité, j'aimerais bien voir la photo d'un navire de guerre électronique transmis par fax dans un bar PMU de la place de la Concorde.

Toujours par l’intermédiaire du Breguet Atlantic, la menace d’un grave incident diplomatique avec les Etats-Unis de Jimmy Carter finit par convaincre les deux navires-espions de quitter la zone interdite.

 

IFF : Friend or foe. Amis ou ennemis…

Que venaient faire nos amis Américains au large de Kourou avec un faux nez soviétique ? Une simple mission de surveillance ? En bon responsable sécurité (il faut être un peu parano…), Jean Gruau imagine le pire cas, une possibilité de sabotage.

C’est la position du deuxième bateau, à la verticale de la séparation entre le deuxième et le troisième étage qui justifie cette hypothèse qu’il formule le 15 décembre 1979 : « Lors de l'allumage du troisième étage, il se produit, dans le vide qui règne à cette altitude, un éclatement du jet de gaz au sortir de la tuyère. Nos spécialistes en propagation radio ont calculé que, pendant ce phénomène, sur un laps de temps entre deux et trois secondes, nos émissions depuis le toit de Jupiter bloquant le récepteur de télécommande de destruction seraient inopérantes : le récepteur pourrait alors recevoir un ordre de destruction pirate en provenance d'une entité hostile. Ce bateau peut certainement émettre sur la fréquence de télé destruction, qui a pu être captée et analysée au cours de nos trop nombreux essais. Or, le bateau est, lui, idéalement placé, car étant par le travers de la trajectoire, il n'est pas masqué par l'éclatement du jet ! »

 

Compte-à-rebours ou palindrome ?

Le risque « américain » étant écarté, la chronologie de lancement reprend jusqu’à la fin de la séquence automatique…

C’est là que survient la deuxième difficulté, toujours rapportée de manière très détaillée par Jean-Pierre Morin :

 «  Attention pour le décompte final: dix, neuf, huit, sept... » Les bras cryotechniques se détachent…

 « Six, cinq, quatre, trois, deux, un, feu ! » Des flammes jaune orangé jaillissent des quatre moteurs Viking…

 « Un, deux, trois, quatre... » Il est normal qu’Ariane ne décolle pas immédiatement : des crochets la retiennent au sol, tant que la poussée des quatre moteurs est inférieure à son poids (plus de 200 tonnes).

 « Cinq, six, sept, huit... » Les flammes faiblissent et les quatre viking s’éteignent ! C'est moins normal...

 « Lancement avorté ! » Malgré l’absence presque totale d’incidents au cours des essais, un des moteurs Viking n’est pas suffisamment monté en pression. En réalité, une erreur de mesure de pression provenant de deux capteurs redondés mais endommagés au moment de la mise à feu.

Il faudra huit jours de travail pour vidanger totalement la fusée Ariane et préparer un nouveau lancement…

 

Quand le rouge se met au vert

La chronologie des opérations de lancement recommence en pleine nuit par les pleins des deux premiers étages puis du H8. Malgré quelques arrêts chronologie pour mettre un peu la pression,  la seconde tentative est la bonne :

 « Dix, neuf, huit, sept, largage des bras cryo, six, cinq, quatre, trois, deux, un, feu, un, deux, trois, quatre ... Décollage ! »

 

Ariane - Premier lancement - L01 - 24 décembre 1979 - Premières secondes de vol - Centre Spatial Guyanais - Kourou - CNES

Les premières secondes après le lancement d’Ariane L01, le 24 décembre 1979.
Crédit image : CNES

 

Il est 14h14 à Kourou, le 24 décembre 1979. Cette fois-ci, la première fusée Ariane n'est restée que trois secondes trente-six centièmes sur sa table, moteurs allumés, avant que les crochets ne la libèrent, indiquant que tout était nominal. Comme l’ensemble du vol…

Ariane rejoint comme prévu l’orbite de transfert géostationnaire. A H + 20 minutes 20 secondes, après l’extinction du troisième étage, la capsule technologique se sépare et peut désormais rejoindre seule son apogée, à près de 36000 km d’altitude. Comme pour le satellite Astérix, ce sont les américains et le réseau NORAD qui calculent les paramètres de l’orbite : ils sont remarquablement proches des valeurs visées. Ariane comme à bâtir sa légende avec un très beau succès !

 

Ariane - Premier Lancement - Hubert Curien - Neige en Guyane - Boules de neige - cryotechnique - décembre 1979 - CNES

Bataille de boule de neige au Centre Spatial Guyanais. Il est assez rare de voir un président du CNES
et un futur ministre de la Recherche (Hubert Curien) lancer des boules de neige. C’est encore plus
rare à Kourou où la température descend rarement en dessous de 15°C. Ce sont les ergols
cryotechniques d’Ariane qui ont condensé et gelé la vapeur d’eau de l’atmosphère humide.
Crédit image : CNES

 

Le dernier évènement marquant de décembre a également eu lieu en Guyane Française, au Centre Spatial Guyanais mais pas à Kourou : le maire de Sinnamary rappelle toujours que la zone de lancement Soyouz (ZLS) se situe sur le territoire de sa commune.

Le 17 décembre 2011, ce sont des vrais russes qui sont au cœur du CSG et ils sont les bienvenus pour assurer les opérations de lancement de Soyouz en Guyane.

Après le vol inaugural réussi qui emportait deux satellites de la constellation Galileo, la deuxième fusée Soyouz (VS 02) a mis sur orbite le satellite à très haute résolution Pleiades-1A. 12 ans après la mise en orbite du satellite américain Ikonos (en fait le deuxième Ikonos après l’échec du premier lancement en avril 1999), la France rejoignait ainsi le club très fermé des pays opérant un satellite commercial à résolution sub-métrique. Ce lancement a bien sûr fait l’objet d’un article ainsi que la publication des premières images.

Vous trouverez sur Le blog Un autre Regard sur la Terre de nombreux articles illustrés avec des images des satellites Pléiades. Il y a aussi quelques explications sur les premières opérations en orbite et sur le fonctionnement du système de contrôle d’attitude.

Le second satellite Pléiades a rejoint son jumeau en orbite un an plus tard et transmis ses premières images dans les jours qui ont suivi.

 

Les autres dates anniversaires de la conquête spatiale en décembre

Voici les autres dates anniversaires que j’ai retenues pour décembre :

  • 6 décembre 1957 : deux mois après le lancement de Spoutnik, le satellite américain Vanguard-1A est détruit à Cape Canaveral dans l'explosion de la fusée Vanguard TV-3.
  • 14 décembre 1962 : la sonde américaine Mariner-2 survole Vénus. C’est le premier survol d'une autre planète par un vaisseau spatial. Mariner-2 a été lancée le 27 août 1962 par une fusée Atlas-Agena B. Le lancement de Mariner-1, un mois plus tôt, avait échoué.
  • 15 décembre 1964 : l'Italie lance son premier satellite, San Marco 1, à l'aide d'un lanceur Scout américain depuis Wallops Island. L’Italie devient le premier pays d'Europe occidentale, à avoir mis sur orbite un satellite, mais pas par ses moyens propres. La France y parvient le 26 novembre 1965 avec Diamant-A et Astérix. L’orbite de San Marco 1 est elliptique avec un périgée très bas (198 x 946 km) : il brûle en rentrant dans l’atmosphère le 13 septembre 1965.
  • 6 décembre 1965 : une fusée américaine Scout lance le satellite français FR-1 depuis le centre de Vandenberg. 10 jours après le lancement d’Astérix, FR-1, développé conjointement par le CNES et le CNET, est le premier satellite scientifique français et le premier satellite développé par le CNES. Sa mission était l’étude de la propagation des ondes de très basse fréquence (TBF) dans l’ionosphère et la magnétosphère.
  • 18 décembre 1966 : à Hammaguir, succès du deuxième essai de la fusée Cora, développée dans le cadre du programme Europa de l’ELDO (European Launcher Development Organization). Le premier étage, Coralie, est développé par le LRBA et Nord Aviation.
  • 12 décembre 1970 : Lancement du satellite PEOLE par la première fusée Diamant B depuis Kourou en Guyane française. PEOLE est un satellite précurseur d’EOLE, le programme de collecte de données météorologiques relevées par des ballons-sondes dans la bande 400-466 MHz). Avec une masse de 58 kg, PEOLE embarque également une expérience de géodésie spatiale utilisant 44 réflecteurs laser. PEOLE est stabilisé par gradient de gravité grâce à un mât télescopique de 10 mètres.
  • 7 décembre 1972 : Lancement d’Apollo 17, dernière mission lunaire dans le cadre du programme Apollo. Le module lunaire alunit le 11 décembre et la capsule Apollo amerrit le 19 décembre 1972. L’équipage est constitué d’Eugène Cernan, Ronald Evans et Harrison Schmitt. Ce dernier, géologue, a paradoxalement bénéficié de l’annulation des missions postérieures à Apollo 17 : prévu initialement pour la mission Apollo 18, Harrison Schmitt est « le premier scientifique à poser le pas sur la Lune ». Au cours du voyage vers la Lune, à 45000 km de la Terre, environ 5 heures après le décollage, l’équipage prend une photo qui deviendra une des plus diffusées dans le monde : La bille bleue (The Blue Marble). Elle montre une terre complètement éclairée. Le terme « Blue Marble » désigne désormais des représentations similaires du globe terrestre, très souvent obtenue par mosaïque d’images prises par les satellites d’observation de la Terre.

 

Blue Marble - la bille bleue - Apollo 17 - NASA - Décembre 1972

« The Blue Marble » en version originale : la Terre photographiée par les astronautes d’Apollo 17
en route vers la Lune. La référence NASA est
AS17-148-22727. On voit toute l’Afrique,
Madagascar et une partie de l’Antarctique. Crédit image : NASA

 

  • 20 décembre 1972 : au cours de la 5ème conférence spatiale Européenne, les 12 ministres européens en charge de l’espace adoptent une résolution en 4 points : 1) création d'une agence spatiale Européenne avant le 1er janvier 1974 par fusion de l' ELDO et de l’ESRO (demande anglaise). 2) Intégration des programmes spatiaux européen, 3) accord de principe sur le module de sortie post-Apollo (demande allemande), 4) Proposition Française sur le lanceur L3S, la future Ariane. Le programme Europa 3B est abandonné.

 

«Es ist schwer» (c'est dur à avaler)

  • 19 décembre 1974 : lancement du satellite Symphonie-A par une fusée américaine Thor-Delta depuis le centre spatial Kennedy (KSC). Symphonie est le premier satellite européen de télécommunication, réalisé dans le cadre d’une coopération franco-allemande. Il utilise pour la première fois une plate-forme stabilisée trois-axes. Les efforts nécessaires à la mise au point de toutes les innovations technologiques seront structurantes pour l’industrie européenne. L’abandon du lanceur Europa en décembre 1972 compromet le programme. Les États-Unis acceptent de lancer les satellites Symphonie à condition les deux satellites ne sont pas exploités commercialement. Cette contrainte sera déterminante dans la décision des européens de lancer le programme Ariane en juillet 1973.
  • 8 décembre 1983 : Atterrissage de la mission STS-9 (ou STS-41A) de la navette Spatiale Columbia. C’était le premier vol du laboratoire européen Spacelab de l'ESA. La mission a duré dix jours. Parmi les membres de l’équipage, l’allemand Ulf Merbold. Le commandant de bord est John W Young qui effectue son sixième vol après Gemini 3, Gemini 10, Apollo 10, Apollo 16 et Columbia (STS-1). C’était la première fois qu’un vaisseau spatial emportait 6 personnes en orbite.
  • 2 décembre 1995 : Lancement de la sonde SoHO (Solar and Heliospheric Observatory ou Observatoire solaire et héliosphérique) depuis Cap Canaveral par une fusée Atlas 2. Mission de l’Agence Spatiale Européenne en coopération avec la NASA. La sonde est placée sur une orbite de halo autour du point de Lagrange L1. Elle a très largement dépassé sa durée de vie espérée (2 ans) : la mission a été prolongée à plusieurs reprises, compte tenu de l’état du satellite et de la qualité des résultats obtenus. La fin de la mission est prévue en décembre 2016. Ce n’était pas gagné d’avance : en juin 1998, le contact avec SoHO est perdu et l’orientation du satellite n’est plus assurée. Cette panne donne lieu à une incroyable tentative de sauvetage. Un mois après la panne, le 23 juillet, le radiotélescope d'Arecibo à Puerto Rico (James Bond connaît bien…) et une antenne de 70 mètres de diamètre du réseau Deep Space Network de la NASA utilises en radar bi-statique fournissent une première localisation de la sonde. Le contact est rétabli mais les premières télémesures transmises indiquent que l’hydrazine du système de propulsion est gelée. Les “équipes de sauvetage” parviennent un mois plus tard à stabiliser SoHO. Le 16 octobre 1998, la mission nominale reprend… Cet épisode a visiblement endurci le système : SOHO vient de fêter ses vingt ans dans l'espace.

 

SOHO - éruption solaire - Coronal Mass Ejection - CME - ESA - NASA - observatoire solaire - Winner of SOHO's Birthday Image Contest

Eruption solaire (Coronal Mass Ejection) vue par la sonde SOHO le 8 janvier 2002. Composition
de deux images : le fond est une image du coronographe de SOHO. Une image du soleil
provenant du télescope ultraviolet de SOHO, colorée en rouge, est superposée et montre le
disque solaire à une longueur d’onde de 0,304 µm.
Crédit image : ESA / NASA / SOHO

 

  • 21 décembre 1998 : Fin de la mission Aragatz à bord de la station Mir. Jean-Loup Chrétien rentre sur Terre à bord du vaisseau Soyouz TM-6 après son deuxième vol spatial. Il avait quitté la terre le 26 novembre précédent à bord du Soyouz TM-7 avec Sergueï Krikalev et Alexander Volkov. C’est à l’occasion de ce lancement qu’à eu lieu le seul vol d’un Concorde à destination de Baïkonour : à bord, le Président François Mitterrand qui venait assister au lancement.
  • 20 décembre 1999 : décollage de la mission STS-103 du space shuttle Discovery depuis le pas de tir 39B du Centre Spatial Kennedy. A bord, quatre américains, Curtis L. Brown Scott J. Kelly (le jumeau…), Steven L. Smith, C. Michael Foale, John M. Grunsfeld, et deux astronautes de l’ESA, le suisse Claude Nicollier et le français Jean-François Clervoy dont c’est le troisième vol. L'objectif principal de la mission était la maintenance du télescope spatial Hubble. La navette Discovery atterrira le 28 décembre 1999.
  • 27 décembre 2006 : lancement du télescope spatial CoRoT (Convection, Rotations et Transits planétaires). Sous la maîtrise d’œuvre du CNES et la responsabilité scientifique de l’Observatoire de Paris, la mission Corot a été décidée alors que les premières exo-planètes n’avaient pas encore été découvertes. Au cours de ses 7,5 années de mission, le télescope de 27 cm d’ouverture a observé des champs d’étoiles de la voie lactée sur de très longues durées (jusqu’à 6 mois) : cette méthode  a permis de détecter 34 planètes extrasolaires et d’étudier le fonctionnement de milliers d’étoiles. Placé initialement sur une orbite à environ 900 km d’altitude, Corot a été désorbité le 17 juin 2014.
  • 2 décembre 2012 : la quatrième fusée Soyouz lancée du Centre Spatial Guyanais (VS04)  met en orbite le satellite Pléiades 1B. Il rejoint son jumeau Pléiades-1A lancé un an plus tôt.
  • 21 décembre 2015 : après plusieurs tentatives infructueuses, le premier étage d’une fusée Falcon 9 a réussi à atterrir, à la verticale et en douceur. Les moteurs-fusées ont ralenti la descente, 11 minutes après le décollage et après avoir atteint une altitude de 200 km. L’objectif principal de la mission Orbcomm-2 a également été atteint : mettre en orbite 11 satellites pour la société Orbcomm.

 

Les lancements de novembre et décembre

Comme c’est le dernier mois de l’année, je fais la liste des lancements orbitaux pour novembre et décembre.

En novembre, il y a eu 8 lancements (dont 1 échec). La Chine a été le pays le plus actif avec la moitié des lancements. Europe, Russie, Etats-Unis et Japon ont effectué chacun un lancement :

  • 3 novembre 2015, 16:25 UTC, Xichang : une fusée Chang Zheng 3B met en orbite le satellite de télécommunication Zhongxing 2C sur une orbite de transfert géostationnaire.

 

Hiaka Falcon: pas toujours aussi simple…

  • 4 novembre 2015, 03:45 UTC, Kauai (Hawaï) : échec de la mission ORS-4 de l’US Air Force). La fusée SPARK (Super Strypi), construite par l’Université d’Hawaï, les laboratoires Sandia et Aerojet, a été détruite après une perte de contrôle de sa trajectoire. Le satellite d’observation Hiakasat (55 kg), le mal nommé, et 12 autres nano-satellites sont détruits.
  • 8 novembre 2015, 07:06 UTC, Taiyuan : une fusée Chang Zheng 4B met en orbite le satelliteYaogan 28 sur une orbite héliosynchrone. Altitude moyenne : 470. Inclinaison : 94,2°. Heure de passage au nœud descendant : 14:14.
  • 10 novembre 2015, 21:34 UTC, Kourou (ELA 3) : une fusée Ariane 5 ECA met en orbite de transfert géostationnaire  les satellites Badr 7 et GSAT-15.
  • 17 novembre 2015, 06:34 UTC, Plesetsk (LC43/4) : une fusée Soyouz 2-1B/Fregat met en orbite le satellite Kosmos-2510. Il s’agit d’une mission militaire d’alerte avancée (Early Warning). Orbite elliptique inclinée à 63,8° entre 1625 et 38551 km d’altitude.
  • 20 novembre 2015, 16:07 UTC, Xichang (LC2) : une fusée Chang Zheng 3B met en orbite le satellite de communication LaoSat 1 (Laos) sur une orbite de transfert géostationnaire.
  • 24 novembre 2015, 06:50 UTC, Tanegashima : une fusée H-IIA 204 met en orbite le satellite de communication Telstar 12V pour le compte de l’opérateur canadien Telesat. Le satellite fournira des services en bande Ku pour le continent américain.
  • 26 novembre 2015, 21:24 UTC, Taiyuan : une fusée Chang Zhen 4C met en orbite le satellite d’observation radar Yaogan 29 sur une orbite héliosynchrone. Altitude moyenne : 617 km. Inclinaison : 97,8°. Heure locale de passage au nœud descendant : 04:30.

 

En décembre, on monte beaucoup

En décembre, au moment où je publie cet article, il y a eu un nombre record de fusées lancées : quatorze lancements orbitaux, tous réussis, dont six en six jours et un atterrissage en douceur d'un premier étage. Les russes n’ont pas chômé : 6 lancements en Russie (dont 5 à Baikonour). Il y a eu également deux lancements en Guyane Française (dont un Soyouz russe), deux à Cap Canaveral aux Etats-Unis, deux en Chine et un lancement en Inde.

  • 3 décembre 2015, 04:04 UTC, Kourou (ZLV) : une fusée Vega (VV 06) met en orbite la mission scientifique LISA Pathfinder. L’orbite intermédiaire est très elliptique (748 / 124805 km). Las onde LISA Pathfinder doit rejoindre le point de Lagrange L1.
  • 5 décembre 2015, 14:09 UTC, Plesetsk (LC43/4) : une fusée Soyouz-2-1V met en orbite les satellites militaires Kosmos-2511 (Kanopus-ST) et Kosmos-2512 (KYuA-1) sur une orbite héliosynthrone. Altitude moyenne : 689 km. Inclinaison : 98,2°. Heure locale de passage au nœud descendant : 06 :00. Kosmos-2511 est un satellite militaire expérimental observant dans le visible, l’infrarouge et les micro-ondes pour détecter les sous-marins. KYuA-1 est une sphère de 16 kg destinée à calibrer des systèmes anti-missiles. Il semble que la charge utile principale, Kosmos-2511, ne se soit pas séparée correctement de l’étage supérieur. L’ensemble est rentré dans l’atmosphère après une manœuvre de désorbitation.
  • 6 décembre 2015, 21:44 UTC, Cap Canaveral (SLC41) : une fusée Atlas V 401 met en orbite le cargo Cygnus OA-4, baptisé « Deke Slayton II ». C’est la première mission d’une fusée Atlas à destination de l’ISS : après l’échec de la fusée Antarès en 2014, les véhicules Cygnus sont temporairement lancés sur Atlas. Ce cargo embarquait 18 petits satellites (dont 12 de la constellation Flock 2e de Planet Labs). Le cargo Cygnus testait aussi pour la première fois le module pressurisé EPCM et les panneaux solaires UltraFlex conçus pour le vaisseau Orion.
  • 9 décembre 2015, 16:46 UTC, Xichang : une fusée Chang Zheng 3B met en orbite le satellite de télécommunication Zhongxing 1C sur une orbite de transfert géostationnaire.
  • 11 décembre 2015, 13:45 UTC, Baikonour (LC45/1) : lancement du satellite météorologique Elektro-L n°2 par une fusée Zenit 3SLBF.
  • 13 décembre 2015, 00:19 UTC, Baikonour (LC81/24) : une fusée Proton-M / Briz-M met en orbite de transfert géostationnaire le satellite de télécommunication Kosmos-2513.
  • 15 décembre 2015, 11:03 UTC, Baikonour (LC1) : Un lanceur Soyouz-FG met en orbite le vaisseau Soyouz TMA-19M qui s’amarre un peu plus tard à l’ISS.
  • 16 décembre 2015, 12:30 UTC, Sriharikota (LP1) : une fusée indienne PSLV-CA met en orbite le satellite d’observation TelEOS-1 et le satellite météorologique VELOX-CA, ainsi que 4 satellites plus petits (Kent Ridge 1, VELOX-II, Galassia et Athenoxat-1.
  • 17 décembre 2015, 00:12 UTC, Jiuquan : une fusée Chang Zheng 2D met en orbite le sonde astronomique Wukong. 
  • 17 décembre 2015, 11:51 UTC, Centre Spatial Guyanais, Sinnamary : une fusée Vega (mission VV 06) met en orbite le 11ème et le 12ème satellite de la constellation Galileo sur une orbite MEO (altitude moyenne : 23584 km, inclinaison : 55°)
  • 21 décembre 2015, 08:44 UTC, Baikonour (LC31), une fusée Soyuz-2-1A met en orbite le cargo Progress MS-01 à destination de la Station Spatiale Internationale. Le Progress MS est une nouvelle version du vénérable véhicule Progress  mis en service en 1978 et qui a déjà  connu plusieurs évolutions. La nouvelle génération embarque une nouvelle avionique, une antenne de navigation fixe, une antenne de communication avec les satellites relais russes (système Luch) une protection contre les débris et un « dispenseur » de cubesats.

 

Ya ka Falcon : Elon Musk et Space X inventent la fusée boomerang

  • 22 décembre 2015, 01:29 UTC, Cap Canaveral (SLC40), une fusée Falcon 9 met en orbite 11 satellites de la constellation Orbcomm. Ces satellites fournissent un service de communication M2M (Machine-to-Machine). L’orbite est inclinée à 47°, avec une altitude comprise entre 613 et 658 km. C’est surtout la réussite de l’atterrissage autonome à la verticale et la récupération du premier étage de la fusée Falcon 9, une grande première, qui a marqué les esprits et fait le buzz juste avant noël.

 

SpaceX - Falcon 9 - Atterrissage réussi du premier étage - 22 décembre 2015 - Orbcomm-2

Retour à l'envoyeur : l'atterissage réussi du premier étage du lanceur Falcon 9 de Space X
le 22 décembre 2015. Une première ! Au même moment, l'étage supérieur du lanceur continue
la mission Orbcomm-2 (mise en orbite de 11 satellites). Crédit image : SpaceX

 

  • 24 décembre 2015, 21:31 UTC, Baikonour (LC200/39), une fusée Proton-M / Briz-M met en orbite de transfert géostationnaire le satellite de télécommunication Ekspress AMU-1. Construit par Airbus Defence and Space à Toulouse et opéré par RSCC (Russian Satellite Communications Co), Ekspress AMU-1 fournira différents service de télévision directe et de télécommunication au-dessus de la Russie et de l’Afrique subsaharienne. pour une durée de 15 ans. Il sera opéré par depuis son centre de contrôle de Moscou. Eutelsat loue des canaux pour la zone africaine sous le nom d’Eutelsat 36C.
  • 28 décembre 2015, 16:04 UTC, Xichang : une fusée Chang Zheng 3B met en orbite le satellite Gaofen 4 sur une orbite de transfert géostationnaire. Gaofen 4 est le premier satellite géostationnaire chinois dédié à l’observation de la Terre dans l’optique et l’infrarouge. Il aurait une résolution meilleure que 50 mètres. Il pesait 4,6 tonnes au décollage.

 

Un premier bilan de l’année 2015 : 84 lancements orbitaux réussis

Au total, j’ai recensé un total de 87 lancements orbitaux depuis le début de l’année 2015.

Je retiens uniquement les lancements à destination d’une orbite quelconque effectués depuis le sol. Si je compte bien, il y a eu également 8 « lâchers » de séries de petits satellites effectués depuis la Station Spatiale Internationale. Je ne les inclue pas dans le total : les satellites concernés étaient déjà en orbite, amenés à la station par un autre lanceur.

3 lancements ont échoué, deux américains et un russe : un Proton, un Falcon américain et un super-strypi. Je ne comptabilise que les échecs dus à la fusée : les russes ont eu aussi deux problèmes de mise en orbite après la séparation du lanceur.

Sur les 84 lancements réussis, 25 ont été effectués en Russie (14 Soyouz, 7 Proton, 2 Rokot, 1 Zenit et 1 Dnepr).

Sur le podium 2015, la Chine arrive en deuxième place avec 19 lancements réussis (16 Chang Zheng 2, 3 ou 4, 1 Chang Zheng 6 et un premier lancement de la nouvelle fusée Chang Zheng 11 en septembre), juste devant les Etats-Unis avec 18 lancements (9 Atlas 5, 6 Falcon 9, 2 Delta 4, 1 Delta 2).

L’année 2015 est aussi une année record pour le Centre Spatial Guyanais et Arianespace avec 12 lancements réussis (6 Ariane 5, 3 Vega et 3 Soyouz).

Si on comptabilise les types de fusées et non les pays de lancements, les 3 Soyouz guyanais augmentent encore l’avance des russes avec 28 lancements réussis en 2015.

Les indiens ont réussi 5 lancements orbitaux, les japonais en ont quatre à leur actif. L’Iran a également mis en orbite en 2015 son quatrième satellite.

Vous retrouverez l’historique des lancements 2015 dans les pages « calendrier spatial » du blog Un autre regard sur la Terre. Décembre a été le mois le plus actif avec 14 lancements, suivi de septembre (12 lancements réussis) et mars (11 lancements réussis).

Il n’y a eu que trois lancements, tous réussis, en janvier. En mai, trois lancements réussis et un échec. Presque la moitié dans lancements réussis (42) a été effectuée de septembre à décembre.

Je ferai prochainement un bilan plus détaillé des lancements de l’année 2015.

 

Watt, ça n’est pas coton !

Je termine la galerie de portraits de l’année 2015 avec un ingénieur : James Watt.

Il aurait été injuste de ne pas rendre hommage à celui qui a donné son nom en 1882 à l’unité de puissance du Système International.

Electricité, mécanique, propulsion, optique, thermique, rayonnement électromagnétique : il est difficile d’aborder un thème du spatial sans parler de puissance ou de flux énergétique.

Né en 1736 en Ecosse, James Watt, passionné de mécanique, est un des acteurs de la révolution industrielle avec ses travaux d’amélioration de la machine à vapeur. Il a aussi défini le cheval-vapeur pour comparer les puissances des machines à vapeur. Sa version : 550 livres-pied par seconde…

Vous préférez le watt ? Moi aussi ! Le horsepower britannique (hp) correspond à 746 W. Cela aurait été trop simple, pour une fois, d'avoir la même unité de chaque côté de la Manche : le cheval-vapeur français correspond à la puissance nécessaire pour soulever (verticalement) une masse de 75 kg sur une hauteur de 1 mètre en 1 seconde, soit 735,5 W.

 

Watt else?

Watt a également fait de la chimie, convaincu par exemple que l’eau est un composé et non un élément. Il a contribué à la commercialisation du procédé de blanchiment des textiles par le chlore découvert par Claude Berthollet.

James Watt est mort en août 1819.

 

Watt is it? l’unité fait la puissance…

Le watt (W) est l’unité de mesure de puissance ou de flux énergétique. Une puissance d’un watt correspond à un transfert d’énergie de 1 joule pendant un seconde.

Selon le domaine technique, une puissance d’un watt équivaut par exemple à :

  • En électricité : la puissance d’un système traversé par un courant de 1 ampère sous une tension de 1 volt.
  • En mécanique : la puissance développée par une force de 1 newton se déplaçant sur un mètre pendant une durée d’une seconde.

 

Watt : des ordres de grandeurs dans le spatial et ailleurs…

  • La puissance radio émise par un téléphone mobile GSM est de l’ordre de 1 à 2 W.
  • Les anciennes ampoules à incandescence avaient une puissance de l’ordre de 30 à 100 W. 5 fois moins pour une ampoule fluorescente basse consommation et encore 5 fois moins pour une ampoule à LED.
  • Un minisatellite de la famille myriade a une puissance d’environ 100 à 130 W.
  • La constante solaire exprime la quantité d’énergie solaire reçue par une surface de 1 m2 située à une distance de 1 ua (distance moyenne Terre-Soleil), en l'absence d’atmosphère. C'est donc la densité de flux énergétique au sommet de l'atmosphère. Elle s’exprime en watt par mètre carré (W/m²) et vaut environ 1361 W/m2. Ramenée en valeur moyenne sur l’ensemble de la surface terrestre (4 fois la surface du disque équatorial), le rayonnement solaire incident moyen est de 340 W/m2.
  • En plein effort, au cours d’une étape de montagne ou d’un contre-la-montre, un champion cycliste peut délivrer une puissance d’environ 400 à 450 W.
  • Un satellite d’observation du type Pleiades a une puissance totale de l’ordre de 1200 à 1400 W, à peu près l'équivalent d'un radiateur électrique dans un appartement.
  • La puissance d’un gros satellite géostationnaire de télécommunications atteint 15 à 25 kW.
  • Une voiture de 100 cv DIN délivre une puissance maximale de 73,6 KW. les chevaux-fiscaux (notés CV) n'ont rien à voir.
  • La turbopompe à hydrogène du moteur Vulcain de la fusée Ariane 5 tourne à 33000 tours par minutes et développant une puissance de 15 MW. La turbopompe à oxygène se contente de 3,7 MW.
  • Les 58 réacteurs nucléaires exploités en France ont une puissance comprise entre 900 et 1450 MW. Le réacteur nucléaire EPR en construction à Flamanville aura une puissance d’environ 1600 MW.

 

En savoir plus :

 

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  • Ingénieur dans le domaine de l'observation de la Terre.
Bénévole de l'association Planète Sciences Midi-Pyrénées
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