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21 juillet 2014 1 21 /07 /juillet /2014 22:50

  Apollo-11---Eagle-landing---Juillet-1969-GPN-2000-001210.jpg21 juillet 1969, Apollo 11 : le module lunaire Eagle se prépare à alunir. A bord,Neil A. Armstrong
et Buzz Aldrin, pilote du module lunaire. Sous les pieds du LM, les sondes destinées à détecter
le contact avec la surface de la Lune. Photographie prise par Michael Collins depuis le module
de commande. Crédit image NASA

 

45 ans, est-ce que cela se fête ?

Cela vous est déjà arrivé d'oublier un anniversaire ? J'ai failli oublier le 21 juillet ...

On fête les anniversaires tous les ans mais certains jalons sont plus emblématiques : les dizaines rondes, 20, 40, 50 ou 80 ans, par exemple…

Pour les passionnés d’espace, quelques dates importantes sont fêtées chaque année :

Le 4 octobre (anniversaire du lancement de Spoutnik), le 12 avril (anniversaire du vol de Gagarine), le 26 novembre (anniversaire du lancement d’Astérix), le 24 décembre (premier lancement d’une fusée Ariane) et bien sûr… le 21 juillet : l’anniversaire des premiers pas sur la Lune.

Pour être précis, à cause du décalage horaire, les américains le fêtent le 20 juillet : c’est à 20h56'20'' CDT (le fuseau horaire de Houston) que Neil Armstrong pose le pied sur la Lune. Il est 2h56'20'' UTC ou 3h56'20'' en France : l’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt ou se couchent très tard pour regarder la TV...

A titre personnel, pour une raison familiale, il est très important que je me souvienne également du 24 juillet. J’ai un truc mnémotechnique infaillible pour cela : Le 24 juillet, c’est la date anniversaire de l’amerrissage de la capsule de la mission Apollo 11.

 

Les fils d’Apollo et les filles d’Ariane

Pour des nombreux jeunes de ma génération, les exploits de la conquête spatiale ont été un déclencheur. Certains sont restés des passionnés, souvent très avertis, d'autres ont eu la chance de travailler dans le spatial, directement ou à travers des actions de vulgarisation et de culture scientifique et technique, par exemple avec l'association ANSTJ (Association Nationale Sciences Techniques Jeunesse, devenue Planète Sciences en 2002. De près ou de loin, tous ont finalement participé à cette grande aventure humaine.

 

Apollo-11---Les-filles-d-Ariane---ANSTJ.jpg

Une des couvertures de la revue "Les filles d'Ariane", le bulletin de liaison des clubs minifusée de l'ANSTJ.
Le n°7 est paru au moment des 15 ans de la mission Apollo 11. Dans le même numéro, un article
sur la loi de Murphy ou LEM pour loi de l'emmerdement maximum. Pour lire la collection complète,
contacter Planète Sciences

 

Voici par exemple quelques adresses de sites, de blogs ou de forums tenus par des amis passionnés d'espace qui préfèreraient certainement remplacer les jours fériés du 1er mai ou du 14 juillet par le 12 avril et le 21 juillet. Lisez les pages d'intro ou les "à propos" : tous les auteurs évoquent une passion dès l'enfance...

 

Walking on the Moon

NASA, histoire de la conquête spatiale, medias : vous allez trouver sur le web de nombreux articles très bien documentés sur les missions Apollo. J’ai de mon côté écrit un petit texte au moment de la disparition de Neil Armstrong.

Pour ce quarante-cinquième anniversaire, j’ai choisi pour ma part de rendre hommage à tous les astronautes américains qui ont précédé Neil Armstrong, en participant à la conquête de l’orbite de la Terre puis à celle de la Lune.

Une histoire dont la partie visible, les lancements et les vols, s’étale sur une durée assez courte entre mai 1961 et juillet 1969 et qui donne l’impression, dans un premier temps, que les américains ne parviendront pas à rattraper les russes dans la course à la Lune. Au final, les quatre tentatives de lancement de la fusée lunaire russe N1, sans cosmonautes à bord, entre février 1969 et novembre 1972 sont des échecs.

 

Rocket to the Moon

Jetons donc un petit coup d’œil dans le rétroviseur avec les équipages des programmes Mercury, Gemini et Apollo. La partie visible de l'iceberg d'une grande aventure humaine avec, dans les coulisses, des milliers de personnes, ouvriers, techniciens, ingénieurs, journalistes, qui ont consacré tous leurs efforts à faire aboutir ces projets et à les faire connaître au grand public.

 

Les premiers pas avec Mercury : du saut de puce (sans puces) à la première orbite

Lancé en 1958 dès la création de la NASA et après le lancement du satellite Spoutnik, c’est le premier programme américain de vols habités. Les premiers pas, en quelque sorte, sans marcher...

En 1959, sept astronautes sont recrutés. Seulement six voleront : Donald K. « Deke » Slayton est interdit de vol après la découverte d’un problème de rythme cardiaque. Responsable de l'affectation des astronautes entre 1963 et 1972 pour les missions Gemini et Apollo, Il volera finalement une fois en pour la mission ASTP (Apollo-Soyouz Test Project) en juillet 1975.

Quelques-uns des noms des missions Mercury rappellent que c’est bien la période de la guerre froide : Freedom 7, Liberty Bell 7, Friendship 7, Aurora 7, Sigma 7, Faith 7.

 

Mission Equipage Date de
lancement
Durée totale
du vol
Commentaires et résultats
Mercury-MR Alan Shepard 5 mai 1961 15'22'' Vol suborbital
Mercury-MR Virgil Grissom 21juillet 1961 15'37' Vol suborbital
Mercury-MA-6 John Glenn 20 février 1962 4h55'23'' 3 révolutions en orbite
Mercury-MA-7 Scott Carpenter 24 mai 1962 4h56'05' 3 révolutions en orbite
Mercury-MA-8 Walter Schirra 3 octobre 1962 9h13'11'' 6 révolutions en orbite
Mercury-MA-9 Gordon Cooper 15 mai 1963 34h19'49'' 23 révolutions en orbite

 

Happy birthday, John !

John Glenn, le premier américain à boucler un tour d'orbite, a fêté son 93ème anniversaire le 18 juillet 2014.

Evidemment, à voir ou à lire absolument : "The right stuff" (l'étoffe des héros), le film de Philip Kaufman tiré du livre de Tom Wolfe, avec Ed Harris dans le rôle de John Glenn.

 

NASA---Mercury---Liberty-Bell-7---Grissom-Recovery---GPN-20.jpgEchec de la tentative de récupération de la capsule Mercury Liberty Bell 7. L'ouverture prématurée de l'écoutille a fait rentrer beaucoup d'eau de mer dans le vaisseau spatial ramenant Gus Grissom.
L'hélicoptère des Marines doit lâcher la capsule trop lourde, qui tombera au fond de l'eau.
On distingue la tête de Grissom qui a du mal à nager : sa combinaison de vol est également
remplie d'eau. La capsule Mercury sera finalement récupérée en le 20 juillet 1999 à
environ 5000 mètres de profondeur. Crédit image : NASA

 

Gemini : les grandes manœuvres sur l’orbite

Avec un vaisseau bi-place manoeuvrable, les missions Gemini préparèrent les vols Apollo : elles ont permis de mettre au point les techniques de rendez-vous spatial et d'amarrage, de réaliser des vols de longue durée. Les missions Gemini-1 et Gemini-2 sont des vols inhabités.

 

Mission

Equipage

Date de
lancement

Durée totale
du vol

Faits marquants

Gemini-3

Virgil Grissom
John Young

23 mars 1965

4h52'31''
3 révolutions

Test de la cabine et premiers changements d'orbite

Gemini-4

James Mc Divitt
Edward White

3 juin 1965

97h56'12''
66 révolutions

Sortie extravéhiculaire de White

Gemini-5

Gordon Cooper
Charles Conrad

21 août 1965

190h55'14''
127 révolutions

Vol orbital de 8 jours

Gemini-7

Frank Borman
James Lovell

4 décembre 1965

330h35'01''
219 révolutions 

Vol orbital de 14 jours. Préparation du rendez-vous avec Gemini-6

Gemini-6

Walter Schirra
Thomas Stafford

15 décembre 1965

25h51'24''
17 révolutions

Premier rendez-vous américain (avec Gemini-7)

Gemini-8

Neil Armstrong
David Scott

16 mars 1966

10h41'26''
7 révolutions

Première jonction dans l'espace avec une fusée cible Agena

Gemini-9

Thomas Stafford
Eugene Cernan

3 juin 1966

72h20'50''
48 révolutions

Sortie extravéhiculaire d'Eugene Cernan pendant plus de deux heures

Gemini-10

John Young
Michael Collins

18 juillet 1966

70h46'39'
46 révolutions

Deux sorties EVA de Michael Collins. Rendez-vous réussi avec une cible Agena.

Gemini-11

Charles Conrad
Richard Gordon

12 septembre 1966

71h17'08''
47 révolutions

Deux sorties EVA de Richard Gordon. Rendez-vous réussi avec une fusée Agena.

Gemini-12

James Lovell
Edwin Aldrin

11 novembre 1966

94h34'31''
62 révolutions

Trois sorties EVA d'Edwin Aldrin pour une durée total de 5h37.

 

Vous noterez qu'il n'y a pas de mission en octobre : même s'ils veulent rattraper les soviétiques, les américains ne font pas de révolution en octobre...

La maîtrise des rendez-vous et des manoeuvres en orbite, au coeur du programme Gemini, est indispensable à la réussite des mission Apollo : le "train lunaire" (module de commande, module lunaire) est assemblé en orbite terrestre.

 

NASA---Ed-White---Sortie-dans-l-espace---GPN-2000--copie-1.jpg3 juin 1965 : Edward H. White est le premier américain à effectuer une sortie dans l'espace.
Il restera 23 minutes en apesanteur à l'extérieur de Gemini-4. La visière dorée de son casque
le protège des rayons ultraviolets du soleil. Crédit image : NASA

 

Le programme Apollo : la route est longue

Un mythe qui tombe : Paulo n’y est pour rien… En réalité, c’était plutôt le programme à John F. Kennedy, à Werner Von Braun et à plusieurs centaines de milliers de personnes qui ont permis à Neil Armstrong et 11 autres astronautes américains à marcher à la surface de la Lune entre juillet 1969 et décembre 1972

Six missions Apollo ont donc déposé au total douze hommes à la surface de la Lune : Apollo 11, Apollo 12, Apollo 14, Apollo 15, Apollo 16 et Apollo 17.

 

Apollo-11---New-York---GPN-2002-000034.jpgL'équipage d'Apollo 11 accueilli à New York au retour de la mission. Crédit image : NASA

 

Apollo 13, comme son nom l’indique, a dû faire demi-tour et la mission est restée plus célèbre que d’autres missions Apollo en tant que première opération de sauvetage dans l’espace. Si vous n’avez pas encore vu le film « Apollo 13 » de Ron Howard, avec notamment Tom Hanks (dans le rôle de l’astronaute James Lovell), Kevin Bacon (l’astronaute Jack Swigert), Bill Paxton (l’astronaute Fred Haise) et, visiblement passionné d'espace, Ed Harris (Eugene Kranz , le directeur de vol), vous avez raté quelque chose...

La dernière mission est Apollo 17 : Eugène Cerdan et Harrison Schmitt, un géologue civil, sont à ce jour les deux derniers êtres humains à avoir foulé le sol lunaire.

Dans le tableau suivant, les noms en italique sont ceux des astronautes qui ont marché sur la Lune.

 

Mission

Equipage

Date de
lancement

Durée totale
du vol

Faits marquants

Apollo 7

Walter M. Schirra
Donn Eisele
Walter Cunningham

11 octobre 1968

260h09'

1ère mission Apollo habitée. Mise en orbite terrestre basse

Apollo 8

Frank Borman
Jim Lovell
William A. Anders

21 décembre 1968

147h01'

Noël en orbite autour de
la Lune (10 révolutions)
et lever de Terre

Apollo 9

James McDivitt
David Scott
Russell Schweickart

3 mars 1969

214h01'

Mise sur orbite terrestre basse. Premier essai en vol du module lunaire. Sortie dans l’espace de 67 minutes de Schweickart.

Apollo 10

ThomasStafford
Eugene Cernan
John Young 

18 mai 1969

192h03'

Répétition alunissage : le module lunaire s’est approché à 15 km de la surface de la Lune. Frustrant !

Apollo 11

Neil Armstrong
Michael Collins
Edwin Aldrin 

16 juillet 1969

195h19'

Premiers pas sur la lune. 22 kg d'échantillons collectés.

Apollo 12

Charles Conrad
Richard Gordon
Alan Bean

14 novembre 1969

244h36'

Deux sorties de près de 4 heures chacune et 34 kilos d'échantillons prélevés.

Apollo 13

James Lovell
John Swigert
Fred Haise 

11 avril 1970

142h55'

Mission avortée : explosion d'un réservoir d'oxygène du module de service à 33000 km de la Terre.

Apollo 14

Alan Shepard
Stuart Roosa
Edgar Mitchell

31 janvier 1971

216h02'

Deux sorties de près de 5 heures chacune et 43 kilos d'échantillons prélevés.

Apollo 15

David Scott
Alfred Worden
James Irwin

26 juillet 1961

295h12'

Trois sorties pour une durée totale de 18h30 et collecte de 77 kg de roches lunaires

Apollo 16

John Young
Thomas Mattingly
Charles Duke

16 avril 1972

265h51m

Trois sorties pour une durée totale de plus de 20 et collecte de 96 kg de roches lunaires

Apollo 17

Eugene Cernan
Ronald Evans
Harrison Schmitt

7 décembre 1972

301h52'

1ère participation d'un scientifique. Trois sorties pour une durée totale de plus de 22 et collecte de 110 kg de roches lunaires

 

Mr Bean sur la Lune

Si mes calculs sont bons, avant les premiers pas sur la Lune de Neil Armstrong, 22 autres américains avaient pris le chemin de l'espace. Plusieurs ont volé deux fois avant Apollo et quelques veinards ont eu droit à trois décollages : Lovell (puis un quatrième avec Apollo 13 malgré les petis ennuis de voyage...), Stafford et Young.

Au total, à la fin du programme Apollo, 34 américains avaient été dans l'espace.

 

Le drame d’Apollo 1 et les vols de qualification

L'accident du vol Apollo 13 est une histoire qui se termine bien. On ne peut pas en dire autant d'Apollo 1. Le 27 janvier 1967, l'incendie d'un vaisseau spatial Apollo (initialement nommé AS-204) pendant des essais au sol entraîne la mort des 3 membres de l'équipage : Virgil Grissom, Edward White et Roger Chaffee ne parviennent pas à ouvrir l'écoutille dont le mécanisme est trop complexe et trouvent la mort. Ce drame entraîne un retard de près de deux ans dans le calendrier du programme Apollo.

Dramatique ironie du sort : Virgil « Gus » Grissom avait failli se noyer au moment de l'amerrissage de la capsule Mercury-4, également à cause d'une écoutille défectueuse.

 

Saturn : ça tourne rond...

La mise au point de la gigantesque fusée Saturn V mériterait plusieurs articles : les vols de la fusée Saturn IB sont destinées à mettre au point le troisième étage cryogénique de Saturn. Entre février et août 1966, trois vols AS-201, AS-202 et AS-203 (rebaptisés officieusement a posteriori Apollo 1a, Apollo 2 et Apollo 3) sont effectués pour qualifier cet étage.

En novembre 1967 et avril 1968, la fusée Saturn 5 complète effectue 2 vols d'essais : ce sont les missions Apollo 4 et Apollo 6. Et Apollo 5 ? Elle décolle, sans équipage, le 22 janvier 1968 : un étage Saturn IB embarquant le module lunaire.

 

En savoir plus :

 

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4 juin 2014 3 04 /06 /juin /2014 23:20
         Jour J - Day D - Allied Invasion Force
Envisat - MERIS - Normandie - Plages débarquement - 26-06-    L’Angleterre et la Normandie. En haut, carte du débarquement du 6 juin 1944,
En bas, extrait d’une image prise par le satellite Envisat le 26 juin 2010. Crédit image : ESA
 
 
Il n’y avait pas encore de satellites d’observation en juin 1944. Le premier satellite artificiel, Spoutnik 1, ne sera lancé qu’en octobre 1957, quatre ans avec le premier cosmonaute, Youri Gagarine. Les débuts de la conquête spatiale et de la course à la Lune sont néanmoins étroitement liés à l’épilogue de la seconde guerre mondiale.
En 2014, on commémore deux anniversaires liés aux conflits mondiaux du XXème siècle : le déclenchement de la première guerre mondiale et le 70ème anniversaire du débarquement des alliés le 6 juin 1944, début de la bataille de Normandie : elle conduira à la Libération de la France et à la capitulation sans conditions de l’Allemagne nazie.
Les cérémonies de 2014 auront une dimension tout particulière avec beaucoup d’émotion au rendez-vous : ce sera certainement le dernier anniversaire décennal en présence des acteurs et témoins du débarquement.
 
Obama à Omaha
Le programme des cérémonies, commémorations et manifestations pour le 70ème anniversaire du débarquement est très dense et des évènements sont organisés jusqu’à la fin du mois d’août.
Evidemment, c’est le 6 juin que se tiendront les principales cérémonies. A 9h, François Hollande rendra hommage aux victimes non militaires au Mémorial de Caen. A 10h40, avec Barack Obama, il participera à une cérémonie franco-américaine au cimetière américain de Colleville-sur-Mer. La principale cérémonie se tiendra à 14h30 à Ouistreham : dix-sept chefs d’Etat et de gouvernement, dont la Reine d’Angleterre et Angela Merkel y assisteront.
En marge des cérémonies, le premier ministre britannique David Cameron rencontrera vendredi 6 juin le président russe Vladimir Poutine en tête-à-tête pour évoquer la crise ukrainienne. Vladimir Poutine sera reçu le jeudi 5 à Paris par le président français François Hollande.

D Day - Carte débarquement - 6 juin 44 - Airborne and 4th
Exemples de cartes du jour du débarquement pour les troupes aéroportées et pour
les soldats arrivant par la mer
 
La plus grande opération militaire de tous les temps
La bataille de Normandie a duré près de trois mois. Plus de 3 millions de tonnes de matériel ! 450000 véhicules. Plus de deux millions de soldats engagés.
Pour la seule journée du 6 juin, les chiffres donnent une idée de l’ampleur de l’opération Neptune, la première phase d’Overlord : 287000 soldats embarqués sur les navires partis d’Angleterre, 200000 véhicules alliés de toutes sortes, plus de 10000 tonnes de bombes larguées sur la Normandie (après celles larguées dans la nuit du 5 au 6 juin), près de 7000 navires dont 200 bâtiments de guerre.
 
Jour J - D Day - Normandie - plages débarquement - CarteUtah beach, Omaha beach, Gold beach, Juno Beach, Sword beach : les plages du débarquement
de l’est du Cotentin à l’ouest du Calvados et les différentes forces de débarquement
 
Les moyens aériens sont également très impressionnants : près de 12000 avions alliés de tous types (chasseurs, bombardiers, transport, parachutage, avions de reconnaissance et planeurs)
A côté des bombardements intenses et des largages de parachutiste, un grand nombre de photographies aériennes ont été prises avant, pendant et après le jour J.
Voici quelques exemples de photographies aériennes prises le Jour J. Un point de vue inhabituel pour ceux qui ont vu ou revu « le jour le plus long », « band of brothers » ou « Il faut sauver le soldat Ryan »…
Ce ne sont que quelques exemples. Je les ai classés par ordre chronologique. Je vous invite à consulter les sites spécialisés pour en voir d’autres.

Jour J - D Day - Débarquement - Juno beach - 1944Jour J - D Day - Débarquement - Juno beach - 1944 - ExtraiPhotographies aériennes prise le jour J : le débarquement
à Juno Beach. En haut, vue d'ensemble.
En bas, zoom sur une partie de l'image
 
 
Prendre l’avion avec une carte de débarquement : Pegasus Bridge et l’opération Deadstick
A proximité de Caen, c’est le pont de Bénouville. Un bon basculant. Ce n’est qu’après le jour J qu’il prend le nom de Pegasus Bridge, en l’honneur des commandos britanniques de la 6th Airborne Division qui avait choisi comme emblème le cheval ailé Pégase.
Du point de vu chronologique, il s’agit d’une des premières opérations du 6 juin 1944 : à 0h20, trois planeurs Horsa, initialement remorqués par des bombardiers Halifax, avec 30 soldats à bord de chaque avion, parviennent à se poser à proximité du pont et prennent le pont tenu par l’armée allemande. Le film « Le jour le plus long » immortalise la scène de la cornemuse.

Débarquement - Pegasus Bridge - 5-07-44 - Extrait 1
Débarquement - Pegasus Bridge - 5-07-44 - Extrait 2
Débarquement - Pegasus Bridge - 5-07-44 - Extrait 3















Pegasus Bridge, le pont de Bénouville : trois extraits d’une photographie aérienne
prise un mois après le débarquement, le 5 juillet 1944. Combien comptez-vous
de planeurs au sol ? Et combien de trous d’obus ?
 
Caen - Mémorial - Débarquement -ISS019-E-9629 - 21-04-200Les environs de la ville de Caen photographiées en avril 2009 depuis la Station Spatiale
Internationale par les astronautes de l'expedition 19. Référence image : ISS019-E-9629.
Crédit image : NASA
 
Le débarquement par la mer
Les photographies aériennes suivantes illustrent quelques moments du débarquement par la mer. Même sans commentaires, elles illustrent à la fois l’incroyable armada déployée par les alliées et la vulnérabilité de soldats qui prennent pied sur la terre ferme en sortant des péniches de débarquement. A quoi pouvaient penser les pilotes des avions de reconnaissance qui photographient les centaines de soldats Ryan sur les plages de Normandie.

D Day - Jour J - Débarquement Utah beach - 1944
Débarquement Normandie - Utah Beach - Vue aérienneJour J - D Day - Débarquement - Sword beach - 6 juin 1944Quelques exemples de photographies aériennes prises le Jour J au moment où les troupes
alliées débarquent sur les plages de Normandie.
 
Gooseberry et Mulberry : les ports artificiels.
Dès le 7 juin, en attendant de reprendre et de remettre en état le port de Cherbourg, le lendemain du jour J, les américains construisent des ports artificiels au niveau de la plage de Utah Beach, d’Omaha Beach et à Arromanches. Ces ports serviront à débarquer des troupes supplémentaires, du matériel, des munitions et du ravitaillement. Juste avant le solstice d’été, une tempête sévère provoqua des dégâts considérables sur Mulberry A, le port situé au niveau d’Omaha Beach, et le rendra inutilisable.

Débarquement - Omaha Beach - Mulberry -15-06-1944
Photographies aériennes des ports artificiels mis en place par les alliés juste après
le débarquement en Normandie
 
De la guerre à l’espace, de Peenemünde à Cap Canaveral et Vernon : les débuts des programmes spatiaux aux Etats-Unis et en Europe.
Moins connue que le débarquement et seulement rendue publique en 1973, l'opération Paperclip est menée à la fin de la Seconde Guerre mondiale par les Etats-Unis afin de récupérer des scientifiques du complexe militaro-industriel du 3ème Reich et bénéficier des recherches menées dans le domaines des armes chimiques, des missiles balistiques (V1 et V2) et de prémices de la conquête spatiale.
Ancien membre avec Hermann Oberth de la Verein für Raumschiffahrt (VfR, pour Société pour la navigation dans l'espace), Werner Von Braun fait partie des ingénieurs et scientifiques exfiltrés à cette époque. Il se rend aux alliés en mai 1945. Anticipant la guerre froide contre l’URSS, le gouvernement américain leur confie la direction de programmes amibiteux à White Sands (Nouveau-Mexique) et à Fort Bliss (Texas). La fusée Saturn V et le programme Apollo bénéficient de l’avance technologique allemande.
     
70 ans débarquement - VFR - Von Braun - V2
1930 : une photographie du VFR, Verein für Raumschiffahrt en allemand ou « Association pour
les voyages dans l'espace », un club d’amateurs passionnés de fusées. Hermann Oberth est à droite
de la fusée. Wernher Von Braun est le deuxième à partir de la droite.
 
Des opérations d’exfiltration similaires ont lieu en URSS, avec le Département 7, et en Europe.
Après la capitulation de l’Allemagne en mai 1945, le professeur Henri Moureu et le Commandant Barré dirigent une mission en Allemagne chargée de visiter la station de contrôle et de réception des missiles V2 de Ober-Raderach près de Friedrischshafen.
Au total, Les français récupèrent 250 ingénieurs, dont une partie participera plus tard au programme de fusées sonde Véronique. Parmi eux, Heinz Bringer, qui travaillera sur le moteur Viking des premières fusées Ariane, Helmert Haberman, spécialiste des paliers magnétiques ou encore Otto Muller, expert du guidage.
Ils font partie des « TAP » (« Techniciens Anciens de Peenemünde »). Rassemblés à Vernon, ils travaillent dans un nouvel établissement de recherche créé en mai 1946 : le Laboratoire de recherches balistiques et aérodynamiques (LRBA). Commence alors le développement d’une série de missiles à moyenne portée inspirés des V2 allemands.
Le projet évolue vers un programme de fusées-sondes, baptisé « Véronique » (la contraction de VERnon-électrONIQUE). En 1952, les premiers essais en vol commencent à à Hammaguir et à Reggane dans le Sahara algérien.
 
Fusée Véronique - AGI-V18 - Hammaguir - 7-03-1959 - LRBAPréparatifs avant le lancement de la fusée-sonde Véronique AGI-V18, conçue au LRBA à Vernon,
sur le polygone de tir d'Hammaguir (Algérie) le 7 mars 1959. Crédit image: ECPAD
 
La fusée Véronique est également la première fusée à décoller du centre spatial guyanais en avril 1968. Europa et Ariane arrivent juste après...

Photo aérienne - Peenemunde - bombardements 02-09-1944
Vue aérienne du site de Peenemünde au nord de l’Allemagne en septembre 1944.
Il a été massivement bombardé par la Royal Air Force en août 1943.
 
Malgré les dégâts des bombardements alliés, 1560 V2 furent lancés entre début septembre et décembre 1944, surtout vers Londres et Anvers. Les V2 firent également aussi beaucoup de victimes parmi les travailleurs déportés de l'usine souterraine de Dora.
 
En savoir plus :

 

 

 

 
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29 décembre 2013 7 29 /12 /décembre /2013 16:20

 

Earth Rise - LRO - Remake Apollo 8 - NASA - Lever de terre - Image de synthèse« Earth Rise », le lever de Terre, un point de vue depuis un vaisseau spatial en orbite
autour de la Lune. Crédit image : NASA

 

Classée par le magazine Life dans sa liste des « 100 photographies qui ont changé le monde » ou en couverture de Time comme une des « great Images of the 20th Century », c’est très certainement la photographie la plus célèbre de la Terre : « la photographie environnementale la plus influente jamais prise » a également été reprise par Al Gore dans son film sur le changement climatique : « Une vérité qui dérange ».

Elle a également déjà illustré un article du blog Un autre regard sur la Terre.

La première photo de la Terre prise par l’homme depuis l’orbite d’un autre astre.
La seule ?

 

Réveillon de noël en orbite

Apollo 8 est la première mission lancée par la fusée Saturn 5. Elle a décollé le 21 décembre 1968 à 12h51 UTC depuis le complexe de lancement 39A du Centre Spatial Kennedy (KSC) en Floride.

Retour au bercail, sans problème, avec un amerrissage le 27 décembre 1968 à 15h51 UTC, au sud d’Hawaï (latidue 8°6′N et longitude 165°1′W), à portée d’hélicoptère du porte-avions USS Yorktown.

Entretemps, Apollo 8, seconde mission habitée du programme Apollo et première mission habitée vers la lune, s’est mise en orbite autour de la Lune le 24 décembre 1968, le jour du réveillon de Noël, à 9h59 UTC.

A bord, les premiers humains à voir la face cachée de la Lune...

Apollo 8 - Lancement - Saturn 5Décollage de la fusée Saturn V AS-503 depuis
le complexe de lancement 39 (Pad A) du KSC.
Crédit image : NASA

Après deux premières orbites elliptiques (311 km x 112 km), l’équipage déclenche la procédure LOI-2 (Lunar Orbit Insertion) : un “burn” (propulsion) d’une durée de 11 secondes qui rend l’orbite pratiquement circulaire (113 km x 115 km).

 Dans la soirée, les astronautes Frank Borman, Jim Lovell et William Anders survolent ainsi la Lune à une altitude d’environ 113 kilomètres et réalisent des prises de vue. Parmi celles-ci, une photographie en couleurs deviendra Earth Rise.

C’est probablement à l'occasion du vol d'Apollo 8 que les soviétiques, qui connaissent beaucoup de déboires avec leur fusée lunaire N1, comprennent que les américains vont gagner leur pari et être les premiers à poser un homme sur la Lune. Ce sera 7 mois plus tard avec « one small step for a man, one giant leap for mankind » et le premier pas de Neil Armstrong sur la Lune.

 

La fusée à Paulo

Pour les passionnés, Neil Armstrong était le suppléant de Frank Borman sur la mission Apollo 8. Les deux autres suppléants étaient Buzz Aldrin (qui participera aussi à la mission Apollo 11 et deviendra le deuxième homme à marcher sur la Lune) et Fred Haise (qui participera à deux missions qui portent de mauvais numéros, Apollo 13 et Apollo 19).

Pour la petite histoire, Michael Collins, le troisième homme d’Apollo 11, était initialement le titulaire du poste de pilote du module d’Apollo 8. Victime d’une hernie discale, il est remplacé par Jim Lovell en juillet 1968. Il sera le premier Capcom d’Apollo 8.

Pour être complet, Ken Mattingly, un autre Capcom d’Apollo 8, devait participer au vol d'Apollo 13 en compagnie de Jim Lovell et de Fred Haise. Il dû céder sa place à Jack Swigert parce qu’on craignait qu’il ait attrapé la rougeole…. En avril 1972, il sera le pilote du module de service d'Apollo 16.

 

De l’orbite terrestre à l’orbite lunaire : course contre la montre et course contre les soviétiques

A l’origine, le survol de la Lune aurait dû être précédé d’essais en orbite terrestre du module lunaire. Inquiets par des renseignements indiquant que l'URSS s'apprêtait à envoyer un équipage en orbite lunaire avant la fin de l’année 1968, alors que la fabrication du module lunaire (LM) prenait du retatd, le gouvernement américain et la NASA décidèrent d’inverser l’ordre des missions à venir : la mission circumlunaire devint l'objectif principal d’Apollo 8. Le test complet avec le LM en orbite terrestre attendrait et peu, tout comme les trois astronautes Jim McDivitt, Dave Scott et Rusty Schweickart, l'équipage d'Apollo 9.

A côté des essais des modules de commande et de service et du comportement de l’équipage d’Apollo autour de la Lune, les tests de communication à grande distance, la mission Apollo 8 avait également pour objectif de réaliser des images à haute résolution des aires d'alunissage Apollo prévues pour les missions suivantes ainsi que d'autres endroits à intérêt scientifique.

Il n’y avait donc pas de véritable module lunaire (LM) sur Apollo 8. La fusée Saturn était lestée pour compenser. Le vaisseau complet, module de service et module de commande, avait néanmoins une masse de près de 29 tonnes.

 

Un peu dans la Lune, un photographe amateur devient célèbre. Et tout cas, sa photo…

Si vous êtes photographe amateur depuis un bon moment, vous avez certainement été confronté au même problème que moi avec un appareil argentique : partir en ballade en montagne avec l’intention de faire une série de beaux paysages en noir et blanc et se trouver face à un somptueux lever de soleil avec des nuances de couleurs magnifiques. Problème : l’appareil est chargé avec du noir et blanc…

C’est exactement ce qui est arrivé à William Anders au début de la quatrième orbite du vaisseau Apollo 8 autour de la Lune.

A ce stade de la mission, il était chargé de réaliser une longue série de photographies stéréoscopiques de la surface de la Lune. L’appareil Hasselblad monté sur un des hublots avant était déclenché automatiquement toutes les vingt secondes. William Anders avait un autre appareil qu’il utilisait manuellement pour prendre des photographies de cibles d’opportunité (« targets of opportunity »).

 

Effectuer un demi-tour en orbite : normal avec la fusée Saturn…

Au même moment, Frank Borman doit faire effectuer au vaisseau Apollo 8 un demi-tour autour de son axe longitudinal, l’avant étant pointé vers la surface de la Lune. Cette manœuvre est bien visible sur la série de photographies suivante (images référence AS08-12-2136 à 2149) avec une orientation qui évolue de 122° à droite jusqu’à 105° à gauche.

 

Apollo 8 - Cratères lune - Mosaique 2136-2149Composition des images AS08-12-2136 à AS08-12-2149, prises au moment de la manœuvre de
rotation d’Apollo 8 autour de son axe de roulis. Au centre, légèrement à gauche, le cratère
Meitner avec le fond sombre et la périphérie éclairée. Crédit image : NASA

 

Pour la petite histoire, le lever de terre était probablement déjà visible au cours des trois orbites précédentes. Aucun des trois astronautes ne l’avait vu car les hublots n’étaient pas correctement orientés. C’est la manœuvre de rotation qui a permis à William Anders de le remarquer :

075:47:30 Borman or Anders (onboard): Oh, my God! Look at that picture over there! Here's the Earth coming up. Wow, is that pretty!

075:47:37 Anders or Borman (onboard): Hey, don't take that, it's not scheduled. (Chuckle.)

 

Un disque de couleurs dans un environnement en noir et blanc, cela donne effectivement envie de prendre une belle photo.

Le premier lever de terre photographié par William Anders avec l’Hasselblad 70 mm et la pellicule du chargeur E est donc… en noir et blanc :

 

NASA - Earth Rise - Apollo 8 - as08-13-2329Earth Rise en noir et blanc. La terre et l’horizon lunaire photographiés le 24 décembre 1968 par
l’équipage d’Apollo 8. Appareil Hasselblad 70 mm, vitesse 1/250 s, film Kodak SO-3400, ISO 40,
chargeur E. Référence image : as08-13-2329. Crédit image : NASA

 

Ce serait dommage d’en rester là : vite une pellicule couleur pour immortaliser la planète bleue depuis l’orbite lunaire. Voici la retranscription du journal de bord d’Apollo 8 retraçant comment 3 astronautes autour de la Lune cherchent frénétiquement une pellicule couleurs. C’est en anglais mais facile à comprendre, je vous laisse traduire…

075:47:39 Borman: [Laughter] You got a color film, Jim?

075:47:46 Anders: Hand me that roll of color quick, will you...

075:47:48 Lovell: Oh man, that's great!

075:47:50 Anders: ...Hurry. Quick.

075:47:54 Borman: Gee.

075:47:55 Lovell: It's down here?

075:47:56 Anders: Just grab me a color. That color exterior.

075:48:00 Lovell: [Garbled.]

075:48:01 Anders: Hurry up!

075:48:06 Borman: Got one?

075:48:08 Anders: Yeah, I'm looking for one.

075:48:10 Lovell: C 368.

075:48:11 Anders: Anything, quick.

075:48:13 Lovell: Here.

075:48:17 Anders: Well, I think we missed it.

075:48:31 Lovell: Hey, I got it right here!

075:48:33 Anders: Let - let me get it out this window. It's a lot clearer.

075:48:37 Lovell: Bill, I got it framed; it's very clear right here. You got it?

075:48:41 Anders: Yep.

075:48:42 Borman: Well, take several of them.

075:48:43 Lovell: Take several of them! Here, give it to me.

075:48:44 Anders: Wait a minute, let's get the right setting, here now; just calm down.

075:48:47 Borman: Calm down, Lovell.

075:48:49 Lovell: Well, I got it ri - Oh, that's a beautiful shot.

075:48:54 Lovell: 250 at f/11.

075:49:07 Anders: Okay.

 

Pour bien comprendre cet extrait du journal de bord : la série de chiffres est un time code qui indique le temps écoulé depuis le décollage de la fusée Saturn 5. Ici tout se passe à la fin de la 75ème heure. Au total, la mission Apollo 8 a duré 147 heures, entre le décollage de la fusée Saturn 5 et le « Splashdown », à moins de 4500 mètres (5000 yards) du porte-avion Yorktown. Bravo pour les prévisions de trajectoire !

Lovell parle de C368 : il s’agit d’une pellicule couleur inversible Kodak SO-368 de type Ektachrome. C’est le chargeur B qui sera utilisé pour la photographie en couleurs du lever de Terre.

Enfin, si vous continuez à lire le journal de bord, vous allez beaucoup entendre parler d'un certain Roger : aucun astronaute à bord ne se prénomme ainsi. "Roger" signifie "R" pour "bien reçu"...

Et voici donc la fameuse photo AS08-14-2383, alias Earth Rise, le lever de Terre, la première photo prise par William Anders. La seconde photo, AS08-14-2384, est moins bonne :

 

NASA - Earth Rise - Apollo 8 - as08-14-2383NASA - Earth Rise - Apollo 8 - as08-14-2384Earth Rise en couleurs et en deux versions. La terre et l’horizon lunaire photographiés le 24 décembre
1968 à 15h40 UTC par l’équipage d’Apollo 8. Appareil Hasselblad 70 mm, objectif de 250 mm
de focale, vitesse 1/250 s, ouverture F/5 .6, film Kodak SO-368, ISO 64, chargeur B.
Référence images : as08-14-2383 et as08-14-2384. Crédit image : NASA

 

Un détail vous étonne ? Vous avez trouvé l’erreur ?

La première photographie de cet article n’est pas le lever de Terre original photographié par les astronautes de la mission Apollo 8 : il s’agit d’un "remake" produit par la NASA à l’occasion du quarante-cinquième anniversaire de la photo Earth Rise.

 

Remake 45 ans après : LRO célèbre les héros

Cela peut paraître anecdotique mais c’est un travail remarquable, similaire à une enquête de police scientifique, qui a été fait par les experts de la NASA : en utilisant des images récentes de la sonde LRO (Lunar Reconnaissance Orbiter), lancée en juin 2009, et en analysant tous les enregistrements de la mission Apollo 8, ils ont reconstitué exactement les conditions de prises de vue de la photographie Earth Rise.

Le résultat est très instructif et fait l’objet d’une vidéo que la NASA a publié au moment de noël.

 

   La vidéo réalisée par le studio de visualisation scientifique du Goddard Space Flight Center :

elle permet de comprendre comment la photographie Earth Rise a été prise in extremis
par les astronautes d’Apollo 8. Crédit image : NASA

 

Ernie Wright, le chef de projet de l’équipe du studio de visualisation scientifique du Goddard Space Flight Center, explique qu’ils sont parvenus pour la première fois non seulement à reconstituer la position et l’orientation précise du module de commande d’Apollo 8 (permettant ainsi de savoir par quel hublot on pouvait voir la Terre) mais aussi à synchroniser les images avec les enregistrements audio de bord de l’époque d’Apollo 8.

Une preuve de cette enquête de détective très méticuleux : en écoutant avec attention les bandes son enregistrées à bord d’Apollo 8, Ernie Wright et son équipe ont repéré précisément le bruit du déclencheur des appareils photos.

Cette reconstitution permet également de confirmer que seul William Anders était en position de voir en premier le lever de Terre.

 

L’étoffe de LRO

La surface de la Lune est reconstruite à partir d’un modèle numérique de terrain sur lequel ont été « drapées » des images de la sonde LRO (l’étoffe d’LRO) :

  • Le modèle numérique de terrain provient de l’instrument LOLA (Lunar Orbiter Laser Altimeter) de LRO.
  • Les images de la surface ont été acquises par la camera WAC (wide-angle camera) de l’instrument LROC (Lunar Reconnaissance Orbiter Camera). La résolution est d’environ 100 mètres.
  • Pour la Terre, la couverture nuageuse correspond bien à celle du 24 décembre 1968 : les données sont celles du satellite météorologique ESSA-7 (Environmental Science Services Administration), lancé le 16 août 1968 sur une orbite héliosynchrone à 1450 km d’altitude. La surface terrestre provient des données de l'instrument MODIS du satellite Terra (Blue Marble). On peut distinguer la côte ouest de l’Afrique, l’Antarctique et l’Amérique du sud.

Ont également été utilisés les caractéristiques de l’appareil Hasselblad et de son objectif, la plan du module de commande Apollo 8 et les dimensions des hublots.

 

Simulation LRO - Earth Rise - Vue hublot Apollo 8Image de synthèse montrant le lever de terre tel qu’il a pu être vu à travers le hublot du module de commande d’Apollo 8. Crédit image: Ernie Wright / NASA Goddard Scientific Visualization Studio

 

Le père noël existe, les astronautes d’Apollo 8 l’ont rencontré...

Evidemment, quand les américains vont sur la Lune à noël, une référence à Dieu est incontournable.

Le 24 décembre 1968, pendant une des émissions télévisées retransmises vers la Terre, chacun des 3 astronautes a lu un passage de la Bible (livre de la Genèse). C’est également fidèlement retranscrit dans le journal de bord d’Apollo 8 :

086:06:40 Anders: We are now approaching lunar sunrise, and for all the people back on Earth, the crew of Apollo 8 has a message that we would like to send to you.

086:06:56 Anders: In the beginning, God created the Heaven and the Earth. And the Earth was without form and void, and darkness was upon the face of the deep. And the spirit of God moved upon the face of the waters, and God said, "Let there be light." And there was light. And God saw the light, that it was good, and God divided the light from the darkness. [Pause.]

086:07:24 Lovell: You got it, Frank.

086:07:25 Borman: No, it's your...

086:07:29 Lovell: And God called the light Day, and the darkness he called Night. And the evening and the morning were the first day. And God said, "Let there be a firmament in the midst of the waters. And let it divide the waters from the waters." And God made the firmament and divided the waters which were under the firmament from the waters which were above the firmament. And it was so. And God called the firmament Heaven. And the evening and the morning were the second day. [Pause.]

086:07:59 Borman: Can you hold this camera?

086:08:00 Anders: You want to pass it over here, Jim?

086:08:02 Borman: No, it's perfect right where it is.

086:08:03 Anders: Okay.

086:08:07 Borman: And God said, "Let the waters under the Heavens be gathered together into one place. And let the dry land appear." And it was so. And God called the dry land Earth. And the gathering together of the waters called he seas. And God saw that it was good. And from the crew of Apollo 8, we close with good night, good luck, a Merry Christmas and God bless all of you - all of you on the good Earth.

 

On sait que les premiers cosmonautes et astronautes qui ont participé à la conquête spatiale devaient avoir un bon moral pour s’asseoir au somment d’une fusée qui souvent volait presque pour la première fois ou au mieux avait réussi ses tests de qualifications.

Pourtant, quand on pense aux étapes critiques qui ont été franchies par l’équipage d’Apollo 8, le jour de noël, on se dit que le père noël doit exister.

 

Avec Apollo, le père noël ne passe pas par la cheminée : Il passe par la tuyère…

Au moins deux étapes du vol à proximité de la Lune ont définitivement convaincu l’équipage d’Apollo de l’existence du Père Noël… et de la qualité du travail des ingénieurs de la NASA.

  • D’abord, 69 heures, 8 minutes et 16 secondes après le lancement, le SPS (Service Propulsion System), le moteur principal du module de service, devait être allumé pour une impulsion d’une durée précise assurant l'injection en orbite lunaire: trop courte, Apollo 8 ratait la Lune et partait sur une orbite très elliptique. Trop longue, collision possible avec la Lune… Comme le dit Lovell : « Longest 4 minutes I ever spent ». J'espère que les astronautes portaient un first layer...
  • Ensuite, un peu plus de deux heures après la fin de la transmission télévisée de la lecture de la Genèse en orbite autour de la Lune, Apollo 8 devait faire une manœuvre d’injection vers une trajectoire de retour vers la Terre. C’était une des étapes les plus risquées du vol : l’allumage du système de propulsion se faisait derrière la Lune, sans communication avec la Terre. En cas de problème, l’équipage d’Apollo 8 serait resté définitivement bloqué en orbite lunaire avec quelques jours de réserve d’oxygène.


Apollo 8 - Profil de mission - HouboltJohn Houbolt - Apollo - LOR - Lune - GPN-2000-001274Le profil de mission d'Apollo 8 et une photographie de John Houbolt qui a été l'avocat de la méthode
de rendez-vous en orbite lunaire (LOR pour Lunar Orbit Rendez-vous), Initialement jugée risquée
par les responsables de la NASA, le principal avantage de cette méthode est de réduire énormément
la masse à satelliser : 45 tonnes au lieu 70 tonnes pour la trajectoire en vol direct. Finalement
retenu par la NASA, ce choix est certainement une des raisons de la réussite du programme Apollo.
Crédit image : NASA

 

Heureusement, là aussi, tout s’est bien passé… Voici un nouvel extrait du journal de bord. Les échanges entre les membres de l’équipage étaient enregistrés en permanence.

Public Affairs Officer - "At 88 hours, 51 minutes, we show Loss Of Signal with the spacecraft. Our next communications with Apollo 8 should come in about 37 minutes. We are now about 28 minutes prior to our Trans-Earth Injection maneuver."

Public Affairs Officer - "This is Apollo Control Houston at 89 hours, 19 minutes into the flight. We are now less than 30 seconds to the scheduled time of ignition for the maneuver to start Apollo 8 on its course back to Earth… That will be a 3-minute and 18-second burn nominally. It will increase the spacecraft velocity by about 3,522 feet per second or some 2,395 miles per hour. Following the maneuver, The spacecraft should have a velocity of about 8,800 feet per second - some 6,000 miles per hour. And here in Mission Control, it is relatively quiet, as it has been since we lost communications with the spacecraft as they went over the Moon's horizon. At this point, flight controllers here in Mission Control, as with the rest of the world, now they are waiting."

089:19:02 Lovell: MARK.

089:19:03 Anders: Ullage!

089:19:06 Anders: Proceed when you need to.

089:19:12 Lovell: Proceed.

089:19:13 Borman: I'm proceeding.

089:19:16 Anders: Two valves. Good shape - -

089:19:21 Borman: Two valves.

089:19:22 Anders: Four valves.

089:19:32 Lovell: Pressure's holding.

089:29:43 Anders: It's looking real good.

089:19:45 Borman: Pressure...

Public Affairs Officer - "This is Apollo Control Houston. We now show less than 30 seconds until reacquistion. We will stand by for the first words from the Apollo 8 crew as they come over the lunar horizon, and into acquisition."

Public Affairs Officer - "Our station at Honeysuckle reports that we do have a radio signal from the spacecraft. Having a bit of trouble locking up at this point, to the point where we can get voice communications from the crew."

089:31:30 Mattingly: Apollo 8, Houston. [No answer.]

089:31:58 Mattingly: Apollo 8, Houston. [No answer.]

089:32:50 Mattingly: Apollo 8, Houston. [No answer.]

089:33:38 Mattingly: Apollo 8, Houston.

089:34:16 Lovell: Houston, Apollo 8, over.

089:34:19 Mattingly: Hello, Apollo 8. Loud and clear.

089:34:25 Lovell: Roger. Please be informed there is a Santa Claus.

089:34:31 Mattingly: That's affirmative. You're the best ones to know.

 

Santa Claus, c’est le Père Noël !

Au final, la réussite de la mission Apollo 8 est une très bonne nouvelle à la fin d’une année 1968 très "chahutée" avec la fin du Printemps de Prague, l’assassinat de Martin Luther King et celui de Robert Kennedy (5 ans après celui de son frère JFK qui avait lancé le programme Apollo en 1961), l’offensive du Têt au Vietnam…

 

Apollo 8 - Image Catalog - Hasselblad - Magazine BUn extrait de la série de photographies couleurs prise avec la pellicule qui a immortalisé le lever de
terre en couleurs. Copie d’écran du catalogue des images Apollo sur le site du Lunar and
Planetary Institute. Crédit image : NASA.

 

Quelques chiffres pour finir : en orbite autour de la Lune avec Kepler.

Quelle était la vitesse d’Apollo 8 quand il était en orbite circulaire autour de la Lune ? En combien de temps le vaisseau parcourait-il une orbite complète ?

Une bonne occasion d’appliquer les lois de Kepler, en particulier la troisième…

Elle dit que pour un astre donné, le rapport entre la puissance cube de l’altitude et le carré de la période orbitale est une constante. Ici, ce rapport est égal au produit de la constante de gravitation universelle multipliée par la masse de la Lune divisée par 4π2.

Je vous laisse faire les calculs… Et le dessin suivant devrait rendre les choses plus claires, même avec la face cachée...

A 113 kilomètres d’altitude au-dessus de la surface de la Lune, le vaisseau Apollo 8 tourne ainsi à une vitesse d’environ 1630 mètres par seconde. Pour les anglo-saxons, cela fait 5340 pieds par seconde. Ce chiffre est cohérent avec les vitesses données par le Public Affairs Officer dans le commentaire concernant la manœuvre de retour vers la Terre (voir plus haut).

Apollo 8 boucle ainsi une orbite lunaire en 119 minutes soit pratiquement deux heures.

Sur Terre, cette période orbitale est celle d’un satellite en orbite à 1650 kilomètres d’altitude.

 

En orbite autour de la Lune - Loi de KeplerVitesse et période orbitale du vaisseau Apollo 8 en orbite autour de la Lune. Rendez-vous avec le
père noël et la troisième loi de Kepler. Crédit image : Gédéon

 

En savoir plus :

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26 novembre 2013 2 26 /11 /novembre /2013 23:53

      ISS - Zarya - STS-88 - 1998

Les débuts de l’ISS : le module russe Zarya photographiée depuis la navette spatiale
STS-88 en décembre 1998. Crédit image : NASA

« Nowhere is this more important than our next frontier: space. Nowhere do we so effectively demonstrate our technological leadership and ability to make life better on Earth…

And we can be proud to say: We are first; we are the best; and we are so because we're free… America has always been greatest when we dared to be great.

We can reach for greatness again… Tonight, I am directing NASA to develop a permanently manned space station and to do it within a decade.

A space station will permit quantum leaps in our research in science, communications, and in metals and lifesaving medicines which could be manufactured only in space. We want our friends to help us meet these challenges and share in their benefits. NASA will invite other countries to participate so we can strengthen peace, build prosperity, and expand freedom for all who share our goals. »

Vision ou rêve ? Comme au début des années 60, l’échéance de 10 ans reste à la mode.
Extraits du discours du président Reagan sur l’état de l’Union (25 janvier 1984)

 

Happy Birthday !

Le mois de novembre est riche en anniversaire pour les passionnés d’espace : le 26 novembre 1965, c’était le lancement du premier satellite français A1, alias Astérix.

Le 26 novembre 1998, est un moment-clé pour la station spatiale internationale : on est à mi-chemin entre le lancement du premier module russe, Zarya et le lancement du premier module américain, Unity.


De Krystall à Cristal City : à l’aube d’une coopération internationale ambitieuse

Zarya (Заря), lever de soleil en russe, 77KSM n°17501 ou encore Fonctionalno Grousovoi Blok pour Functional Cargo Block (FGB) : c’est le nom du premier module de la Station Spatiale Internationale construit par l’agence spatiale russe, Roscosmos. Il a été mis en orbite par une fusée Proton le 20 novembre 1998 depuis le site de lancement de Baïkonour. Un cylindre de 4,1 mètres de diamètre et de 12,6 mètres de longueur : le premier élément d’un meccano géant…

 

Unity fait la force

La station a véritablement pris sa dimension internationale deux semaines plus tard : le 4 décembre 1998, à l’occasion de la mission STS-88, la navette spatiale Endeavour de la NASA a lancé le premier module américain, baptisé Unity ou Node 1. Trois sorties extravéhiculaires ont permis d’assembler les deux modules spatiaux. Au fil du temps, 15 pays ont progressivement construit le vaisseau spatial le plus complexe jamais réalisé.


ISS - Shuttle - Assemblage Zarya Unity - s99 03770 - 12-199

ISS - Zarya and Unity - STS-88 - 1998

Deux photographies de l’assemblage de Zarya et Unity prises par une caméra IMAX en décembre 1998
pendant la mission STS-88. En haut, les astronautes Jerry L. Ross (à gauche) et James H. Newman
(à droite) vérifient la bonne liaison entre les deux modules. En bas, première configuration
véritablement internationale de l’ISS. Photographie prise en juin 1999 depuis la navette Discovery.
Crédit image : NASA

Expedition 1 : bievenue à bord

Le 31 octobre 2000, Un vaisseau Soyouz emmène les premiers trois hommes, l’Expédition 1, à habiter la station spatiale internationale : l’astronaute américain Bill Shepherd et deux cosmonautes russes Sergei Krikalev, un spécialiste des vols de longue durée, et Yuri Guidzenko. Leur arrivée à bord de la station le 2 novembre 2000 marque le début d'une présence humaine continue dans l'espace en orbite basse : depuis le 11 novembre 2013, c’est l’expédition 38 qui assure la permanence. Elle est composée de Koichi Wakata, Oleg Kotov, Mikhail Tyurin, Rick Mastracchio, Sergey Ryazanskiy et Michael Hopkins.

 

Un beau bébé

Ce quinzième anniversaire est l’occasion de revenir sur la petite histoire de l’ISS et de ressortir des archives quelques photos souvenirs qui montrent l’évolution de la configuration de la station en orbite : on ne voit pas passer le temps, comme quand on se rend compte qu’un beau bébé est désormais un adolescent de 15 ans.

 

Pas un long fleuve tranquille

En 1998, quatorze années s’étaient déjà écoulées depuis la décision de la NASA et du président Reagan (le discours de 1984) de lancer ce programme ambitieux : une station spatiale dans un cadre de coopération internationale.

En 1985, l'ESA (European Space Agency), le Canada et le Japon s'associent au projet. La complexité de la coopération et plusieurs évènements, comme l’accident de la navette Challenger en janvier 1986, retardent considérablement le programme. L’élection de Bill Clinton relance le programme : C’est en 1993 que les USA proposent à la Russie de participer au projet : avec les stations spatiales Saliout et Mir, ils ont accumulé une expérience considérable des vols habités de longue durée dans l’espace. La Russie devient un acteur majeur du projet grâce à un accord conclu avec les Etats-Unis.

Elle a changé plusieurs fois de nom : Freedom, Alpha (un nom qui ne plaît pas aux russes : pour eux, la véritable première station orbitale est russe) puis enfin International Space Station (ISS ou MKS en russe).

Si vous lisez les historiques détaillées (voir liens à la fin de ce texte), vous verrez que la négociation entre les américains et les russes n’a pas été une simple formalité. C’est incroyable de voir la somme de rebondissements et de changements qui jalonnent l’histoire de l’ISS : même l’inclinaison de l’orbite, à 51 est un compromis un entre les 28° proposes par les américains et les 65° demandés par les russes. Effet immédiat : une perte de capacité importante pour les vols de la navette qui achemine les charges les plus lourdes.


STS-88 - Assemblage Zaria Unity - Shuttle - Newman - 12-12-

Liaison dangereuse : partie de jambes en l’air pour l’astronaute américain James H. Newman au
moment où Zarya et Unity se lient définitivement. Photographie prise le 12 décembre 1998 pendant
la mission STS-88. Crédit image : NASA.

 

En pratique, même si la station est internationale, il n’y a que deux « segments » composés de plusieurs modules habitables:

  • Le segment américain, qui comprend aussi les contributions européennes, japonaises et canadiennes, avec le module Destiny, les trois modules « node » Unity, Harmony et Tranquility, le sas Quest, le laboratoire européen Columbus, le module japonais Kibo, le module de stockage PMM et les trois adaptateurs PMA.
  • Le segment russe avec cinq modules pressurisés : Zarya, le module de service Zvezda (là ou s’amarre l’ATV européen), le compartiment d'Amarrage Pirs et les deux modules de recherche Rassviett et Poïsk. Pour la petite histoire, le module Zarya, est formellement la propriété de la NASA qui l’a financé.

Parmi les éléments non habitables, on peut citer le système robotique mobile MSS (Mobile Servicing System) avec en particulier le bras robotique Canadarm2, fourni par l’Agence Spatiale Canadienne.


La poutre aux cieux

La colonne vertébrale de l’ISS est l’ITS (Integrated Truss Structure), une poutre métallique de plus de 100 mètres de longueur et d’une masse de 100 tonnes, assemblée en orbite par les astronautes à partir de plusieurs éléments amenés par la navette. L’ITS supporte les panneaux solaires et leurs radiateurs servant à dissiper la chaleur (système de refroidissement) ainsi que ceux des modules pressurisés. Elle supporte également les autres modules d’expérience et est rattachée au module Unity. Elle est perpendiculaire à la direction de déplacement de la station.

Le bras Canadarm 2 se déplace sur un chariot (Mobile Remote Servicer Base system) circulant le long de la poutre ITS.


ISS - Configuration station - Mai 2011

La configuration actuelle de la station spatiale internationale.

Navette sans navette

Se rajoutent les véhicules, automatiques ou pilotés, assurant la desserte de l’ISS ou l’évacuation de l’équipage en cas de problème grave (par exemple dépressurisation, incendie ou débris si une manœuvre d’évitement n’est pas possible) :

  • Les vaisseaux de transport d'équipages Soyouz et les vaisseaux de transport de fret Progress. Si j’ai bien compté, fin novembre 2013, il y avait eu un total de 93 lancements russes en incluant le dernier, Soyouz TMA-11M.
  • Les navettes spatiales : seuls Discovery, Atlantis et Endeavour, spécialement adaptées, ont desservi la station jusqu’en mai 2011, avec un total de 37 missions Space Shuttle. La navette ne repartira plus...
  • Les vaisseaux européens de transport de fret ATV (4 missions à ce jour et un cinquième prévue en 2014).
  • Les vaisseaux japonais de transport de fret HTV (4 missions).
  • Le vaisseau Dragon de SpaceX (un vol de qualification et deux missions opérationnelles).
  • Le petit dernier, le vaisseau Cygnus (une mission en septembre 2013).

L’évolution des estimations de budget est un bon indicateur des alea du programme ISS : de 8 milliards de dollars en 1984, le coût total passe bientôt à 10 milliards puis 25 milliards en 1987. En juin 1995, le coût total (construction et exploitation) de la station est alors estimé à 94 milliards de dollars, dont près de la moitié pour les vols navette du Space Shuttle.

Actuellement, le coût total (développement, construction, exploitation) est évalué à près 150 milliards de dollars.


L’Europe passe à l’ATV pour son rendez-vous avec l’ISS

La Station s’est agrandie en 2007 avec l’intégration du module de fabrication italienne Harmony, puis du laboratoire de l’ESA Columbus et du laboratoire japonais Kibo en 2008.


ISS - Columbus - EVA - panneaux solaires

ISS - Cupola - Leonardo -12-07-2011 - iss028e016200

Deux éléments importants de la contribution européenne à l’ISS. En haut, l’Amérique découvre
Columbus. En bas, photographiée le 12 juillet 2011 pendant une sortie extra-véhiculaire, la cupola
(ou la coupole) sur le module Tranquility, un observatoire extraordinaire pour admirer la Terre.
Plusieurs photographies publiées sur le blog Un autre regard sur la Terre ont été prises depuis
la Cupola. On distingue également le module Leonardo (Permanent Multipurpose Module).
Crédit image : NASA.

 

Mais la contribution européenne la plus emblématique est sans aucun doute le cargo automatique ATV : à ce jour, quatre véhicules de transfert automatique ATV (Johannes Kepler, Jules Verne, Edoardo Amaldi et Albert Einstein) ont rejoint la Station spatiale afin de la ravitailler en provisions et en équipement pour les projets scientifiques. Le cinquième et dernier ATV, baptisé Georges Lemaître, sera normalement lancé en 2014.

La construction de l’ISS est officiellement achevée en février 2011 avec l'installation du module Leonardo. Elle est actuellement composée de 13 modules pressurisés.


ISS - Expédition 27 - Vue par Soyouz - Paolo Nespoli - ss0

Une extraordinaire photographie de la station spatiale internationale prise le 23 mai 2011 par
l’astronaute européen de l’ESA Paolo Nespoli à partir du vaisseau Soyouz TMA-20, après un séjour de
6 mois à bord de l’ISS. Référence de la photo : ISS027-E-036710. Du monde au portillon avec un space shuttle, un cargo ATV et des vaisseaux Soyouz. C’est également Paolo Nespoli qui a pris les superbes photographies de l’amarrage de l’ATV-3 Edoardo Amaldi qui ont fait l’objet d’un quiz sur le blog Un autre regard sur la Terre. Crédit image ESA / NASA.

 

1 milliard le m2 : l’ISS en quelques chiffres…

  • Dimensions : 109 mètres sur 73 mètres (en gros la taille d’un terrain de football : faites attention aux panneaux solaires si vous jouez au ballon).
  • Masse : 420 tonnes.
  • Volume pressurisé : 916 m3 (en gros, un cube de 10 mètres de côté).
  • Volume habitable : 388 m3, soit la surface d’un appartement de 140 m2 (à 1 milliard le m2, on se dit que l’immobilier n’est finalement pas si cher à Paris !).
  • Energie électrique : 8 panneaux solaires délivrent une puissance de 84 KW (là, cela fait beaucoup pour un appartement de 140 m2 : environ 70 radiateurs électriques). Chaque panneau compte 16400 cellules photovoltaïques élémentaires.
  • Fin novembre 2013, L’ISS avait reçu 211 passagers de 15 nationalités différentes : 139 américains, 42 russes, 3 français. On est encore loin de la parité : il n’y a eu que 31 femmes qui ont séjourné à bord. Et, à côté des occupants majoritairement professionnels, 7 touristes ont eu la chance de voir la terre depuis l’espace.
  • Pour assembler et entretenir l’ISS, il a fallu effectuer 174 sorties extravéhiculaires pour un durée totale de près de 1100 heures.
  • A une altitude d’environ 400 kilomètres (l’année dernière, cette altitude a varié entre 408 et 420 km), l’ISS effectue son orbite en environ 90 minutes : au moment où je publie cet article, l’ISS a effectué 86000 tours de la Terre en 5480 jours.

Sur son site, la NASA donne également d’autres chiffres étonnants :

  • 52 ordinateurs qui contrôlent l’ISS. Le logiciel de bord compte 1,8 millions de lignes de code. Au sol, le logiciel est encore plus complexe : 3, 3 millions de lignes de code.
  • Près de 13 km de câbles sont utilisés pour l’alimentation électrique.
  • Avec une centaine de réseau de communication, l’ISS gère 20 fois plus de signaux que la navette spatiale. Simplement sur la partie américaine, 400000 signaux (pression, température, état des valves) sont transmis (j’avoue ne pas savoir ce que cela signifie exactement : nombre de capteurs, fréquence, etc.)
  • Le bras robot de 17 mètres peut manipuler une masse de 100 tonnes (l’équivalent d’un space shuttle).

Note : tous les chiffres indiqués correspondent au mois de novembre 2013.

 

Gravity le film - ISS - Sandra Bullock - EVA - Parachute -2

Une image qu’on souhaite ne pas voir pour de vrai : un parachute déployé sur l’ISS.
Extrait du film Gravity. Dans le scaphandre, Sandra Bullock, à qui il arrive quelques mésaventures,
sans gravité heureusement... 
Longue vie à l'ISS ! Georges Clooney continue à vendre d’autres capsules…

Amis du Delta V, pensez à garder un extincteur à portée de main...


En savoir plus :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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19 octobre 2013 6 19 /10 /octobre /2013 15:05

Il y a actuellement six astronautes à bord de la station spatiale internationale : 3 russes (Fyodor Yurchikhin, Oleg Kotov et Sergey Ryazanskiy), 2 américains (Karen Nyberg et Mike Hopkins) et un européen né en Italie (Luca Parmitano) composent l’équipage de l’expédition 37, à environ 400 kilomètres d’altitude au-dessus de nos têtes, en compagnie d’Albert Einstein, le quatrième vaisseau ATV.

 

7 spationautes à la Cité de l’espace pour les vingt ans du CADMOS

Mardi 15 octobre 2013, juste après la Novela et la semaine mondiale de l’espace, on pouvait en voir sept de beaucoup plus près : à la Cité de l’espace à Toulouse. Même en passant tous les jours par la rue des cosmonautes, c’est rare d’en voir autant au même endroit…

 

CNES - Cité de l'espace - Spationautes français- Anniversaire CADMOS - 20 ansCela aurait pu être un nouveau quiz du blog Un autre regard sur la Terre : reconnaître la
silhouette de 7 spationautes pendant la soirée du 15 octobre 2013 à la cité de l’espace.
Attention, il y a un piège : quatre intrus se sont glissés sur la photo.
Crédit image : Gédéon / Planète Sciences Midi-Pyrénées

 

Sans gravité

A l’occasion de la journée célébrant le vingtième anniversaire du CADMOS, le CNES (Centre National d’Etudes Spatiales) proposait au grand public une conférence sur les expériences en micropesanteur et sur les vols habités. Evidemment, on a surtout parlé vols habités… Il fallait assister à la journée de travail au CNES pour en savoir plus sur les résultats scientifiques des missions.

Le public connaît au moins quelques-uns des noms des sept astronautes / cosmonautes / spationautes présents ce soir-là dans la salle Imax de la cité de l’espace. Les fans de conquête spatiale parviendront sans doute à tous les reconnaître simplement à partir de leurs silhouettes sur cette photographie prise volontairement à contre-jour. J’ai hésité à en faire un nouveau quiz mais j’attends encore quelques bonnes réponses pour l’image mystère du dernier quiz.

Vous avez trouvé ? Parmi les onze personnes présentes sur la photographie, six ont effectué au moins un séjour dans l’espace et un septième s’y prépare très activement.

Par ordre d’apparition en orbite : Michel Tognini, Jean-Pierre Haigneré, Jean-Jacques Favier, Claudie Haigneré, Léopold Eyharts, Philippe Perrin et, le petit dernier Thomas Pesquet.

Mais qui connaît le CADMOS et son équipe ?

 

CNES - CADMOS - 7 spationautes à la Cité de l'espaceLe Le même groupe de spationautes avec les quatre « intrus », cette fois-ci bien éclairé.
De gauche à droite, Philippe Droneau (directeur des publics de la cité de l’espace), Thomas Pesquet,
Michel Tognini, Taïa Tabakova (chef de projet vols habités à RKK Energia), Lionel Suchet (directeur
adjoint du Centre Spatial de Toulouse), Philippe Perrin, Claudie Haigneré, Sébastien Barde
(responsable du CADMOS), Jean-Pierre Haigneré, Léopold Eyharts et Jean-Jacques Favier.
Crédit image : Gédéon / Planète Sciences Midi-Pyrénées

 

Le CADMOS, quèsaco ?

Rien à voir avec les MACDOS…

Le CADMOS, c’est le Centre d’Aide au Développement des activités en Micropesanteur et des Opérations Spatiales (CADMOS). Créée à Toulouse en 1993, il a donc fêté mi-octobre ses 20 ans au Centre Spatial de Toulouse.

 

CNES - Anniversaire CADMOS - Affiche et badge - 20 ans - 15-10-2013L’affiche anniversaire et le badge « Since 1993 » du CADMOS.
Crédit image : Gédéon / Planète Sciences Midi-Pyrénées

 

Le CADMOS aide les scientifiques à préparer et à conduire une large gamme d’expériences en micropesanteur, que ce soit à bord de la Station spatiale internationale, de l’Airbus A300 ZERO-G, de fusées-sondes ou de capsules automatiques. Le CADMOS assure un rôle de centre de mission, d’opérations et d’exploitation. En fonction des projets, il travaille pour le compte de scientifiques sélectionnés par le CNES ou, au travers de l’Agence spatiale européenne (ESA), pour des scientifiques européens.

Depuis sa création, le CADMOS a ainsi assuré la préparation, la réalisation et le suivi opérationnel de 13 missions habitées. La France reste à ce jour la première nation européenne en matière de présence humaine dans l’espace.

L’expérience accumulée par le CADMOS, en particulier avec l’excellente coopération franco-soviétique puis franco-russe, est mondialement reconnue. Une importante délégation russe est d’ailleurs venue à Toulouse témoigner de la qualité de cette coopération.

 

CNES - 20 ans du CADMOS - Coopération Franco-RusseTémoignage de Taïa Tabakova (chef de projet vols habités à RKK Energia) sur la qualité de la
coopération franco-russe sur les expériences en micropesanteur et les vols habités.
Crédit image : Gédéon / Planète Sciences Midi-Pyrénées

 

En résumé, le sigle CADMOS ne fait certainement pas rêver. Par contre, c’est un endroit où une extra-ordinaire aventure humaine internationale a été vécue. Comme l’a relevé Jean-Yves Le Gall, Président du CNES, « la cérémonie d’anniversaire était empreinte de beaucoup d’émotion », tout comme la conférence qui a suivi avec les sept spationautes.

 

Des européens nés en France…

A l’occasion d’une boutade concernant la nationale de Lucas Parmitano (« il est européen ! »), c’est ainsi que ce sont présentés nos sept spationautes. Reconnaissant indirectement le rôle de la coopération internationale et la valeur d’exemple des vols habités.

Leurs interventions pendant la conférence permettaient de sa faire une idée des différences de personnalités et de génération. Au-delà des spécialités techniques (physique des matériaux, médecine, spécialiste du bras manipulateur), les prises de positions sur l’avenir des vols habités et de l’exploration étaient intéressantes et mettaient en évidence de subtiles différences…

Un trait commun : leur enthousiasme pour encourager les jeunes à se lancer dans l’aventure spatiale, peut-être pas comme astronaute (les places sont rares) mais aussi comme ingénieur ou scientifique.

Voilà un petit compte rendu, écrit en collaboration avec mon ami Roger Zhé, spécialiste de la micropesanteur, sous la forme d’un florilège des déclarations et points de vue exprimés par nos sept spationautes et pas leurs collègues de travail… Les illustrations proviennent de photographies prises pendant la conférence ou des archives du CNES et de la NASA.

 

Florilège…

Sur le rôle des spationautes et l’intérêt des vols habités :

Jean-Pierre Haigneré : « un vol, c’est toujours habité, sinon ce n’est pas un vol » ou encore « pour son premier vol, le cosmonaute expérimentateur, c’est un sac de sable ». Le pilote dans toute sa splendeur. Cela donne envie de revoir l’étoffe des héros…

Claudie Haigneré : « l’homme c’est l’intelligence embarquée, la capacité de faire face à l’incertitude et aux situations imprévues ».

 

Sur le mal de l’espace :

Claudie Haigneré : « Même avec l’entraînement, l’environnement spatial déroute. Il faut reprogrammer son cerveau et son corps. J’ai eu la chance de ne pas être soumis au mal de l’espace ».

Jean-Pierre Haigneré : « Le mal de l’espace, ça dure au maximum 2 ou 3 jours. Après, ça n’est plus un problème. L’oreille interne est court-circuitée. Moins de 30% des gens sont malades. »

Léopold Eyharts : « Dans la navette, tout doit être reconfiguré après le lancement au moment de la mise en orbite. A ce moment, j’ai tourné la tête trop vite. Je n’aurais pas dû… »

Michel Tognini : « l’entraînement au tabouret est beaucoup plus sévère que le vol réel. Moi j’ai eu le mal du chagrin, au moment où moi et Alexandre Viktorenko quittions la station MIR pour rentrer dans le Soyouz. J’ai pleuré. »

 

CNES - Patrick Baudry - STS 51-G - Repas en impesanteur -17 juin 1985Top chef : Patrick Baudry en train de préparer un bon repas à bord de la navette Discovery (vol 51-G)
le 17 juin 1985. Crédit image : NASA

 

Sur la coopération avec les russes et les américains :

Lionel Suchet : « Avec le Space Shuttle, les américains n’avaient pas l’expérience des vols de longue durée. Au démarrage du programme ISS, ils ont cherché à l’acquérir et étaient assez jaloux du savoir-faire français au CADMOS ».

Philippe Perrin : « La coopération internationale, c’est d’abord rapprocher les cœurs. La coopération avec les russes a été très enrichissante. Ça a abouti à des réussites comme l’ATV. Les programmes menés avec les américains n’ont pas tenu leurs promesses ».

 

Sur les messages à passer aux jeunes qui s’intéressent à l’espace :

Claudie Haigneré : « il faut encourager les jeunes hommes et les jeunes femmes à s’intéresser à ces métiers. Des métiers de passion : la recherche, l’ingénierie, le management des projets. Faire découvrir cette aventure humaine qu’est l’espace. C’est ce que font des associations comme Planète Sciences, très proche du CNES ».

 

Cité des étoiles - Jean-Pierre et Claudie Haigneré - 19
En mai 1993, Claudie Haigneré et Jean-Pierre Haigneré à la rencontre de jeunes lycéens en 2013
et d’animateurs de Planète Sciences (à l’époque ANSTj) organisée par le CNES pendant
l’entraînement pour la mission Altaïr. Regardez les tee-shirt : ici, Gagarine est bien présent.
Crédit image : Gil Denis

 

Lionel Suchet : « 100% des gagnants ont tenté leur chance ».

C’est Thomas Pesquet qui a donné la réponse la plus motivante : « même si très peu d’entre vous deviendront des astronautes, c’est le premier pas qui compte. N’ayez pas peur de prendre la route, même si l’ensemble de l’itinéraire n’est pas visible dès le départ. Avancer et découvrir au fur à mesure la trajectoire à emprunter. On peut parvenir à une destination différente mais les métiers de l’espace sont tous passionnants. Il y a plusieurs voies possibles… Pas forcément celle qu’on avait en tête au départ. »

 

Sur les perspectives et les enjeux des vols habités et de l’exploration :

C’est sur ce sujet qu’un dernier tour de table a été effectué. En ce qui concerne la destination prioritaire, les opinions divergent…

Pour Thomas Pesquet, après une première phase principalement consacrée à sa construction, l’ISS atteint seulement sa maturité et son plein potentiel de recherche. « Explorer, c’est s’approprier le milieu et préparer la voie pour d’autres ». L’orbite basse est seulement « un premier pas sur la route de l’exploration ».

Après avoir mentionné « la Lune et les points de Lagrange », Michel Tognini exprime sa préférence pour « un astéroïde », comme Philippe Perrin. Une « mission complexe » mais dont il rappelle les enjeux après la chute du météore de Tchebarkoul en Russie.

Jean-Jacques Favier insiste sur « l’importance de la science et des applications ». « Côté propulsion, c’est encore la préhistoire… Il faudra des ruptures technologiques pour aller plus loin ». Plus loin, pour lui, c’est « Mars ». Pas tout de suite, dans 40 ou 50 ans.

Pour la Lune, tout le monde semble s’accorder pour dire que le dynamisme des chinois va relancer les initiatives ailleurs dans le monde et notamment aux Etats-Unis. C’est la destination prioritaire pour Jean-Pierre Haigneré : « Les chinois ont la motivation, l’argent et l’intelligence. C’est un acte éminemment politique ».

Jean-Pierre Haigneré compare l’aventure spatiale aux progrès de l’informatique : « impossible de savoir à l’avance ce que la recherche spatiale nous apportera dans 50 ans. En tout cas, les USA considèrent que l’espace est stratégique. Ils attachent beaucoup d’importance à la protection de leurs moyens spatiaux ». En mentionnant les initiatives de société privées pour les vols suborbitaux, Jean-Pierre Haigneré affirme également que l’orbite basse relève désormais des opérations normales : « Il faut prouver notre capacité à aller au-delà : l’exploration est le propre de l’homme ».

Lionel Suchet rappelle les atouts français : « le cargo ATV et l’expérience des rendez-vous avec l’ISS, la complémentarité des savoir-faire des vols habités et des missions automatiques (par exemple Chmcam sur Curiosity) et le CADMOS ».

Léopold Eyharts insiste sur les deux ingrédients de la réussite des coopérations internationales : « de l’argent et de la volonté politique. Sans eux, le programme ISS n’aurait pas survécu… » Pour lui, la question essentielle est de savoir « quel rôle l’Europe peut et veut jouer ».

C’est Claudie Haigneré qui conclut : « peu de projets portent la coopération internationale à une tel niveau. Dans un environnement extrême, il n’y a pas d’autre choix que le succès. C’est un outil diplomatique extraordinaire. »

 

De la Cité des étoiles à la Cité de l’espace : neuf « anciens » et un djeun.

 

Cité de l'espace - CNES - Anniversaire 20 ans du CADMOS - Jean-Pierre Haigneré - Lionel SuchetCNES - Cité de l'espace - 20 ans CADMOS - anniversaire vols habités - Emotion et plaisirJean-Pierre Haigneré, photographié ici en compagnie de Lionel Suchet. 2013, c’est aussi le vingtième anniversaire de son premier vol, la mission Altaïr. Emotion et plaisir à la Cité de l’espace
pendant un discours émouvant avant de partager le gâteau d’anniversaire du CADMOS.
Crédit image : Gédéon / Planète Sciences Midi-Pyrénées

 

Combien y a-t-il eu d’astronautes français ?

Neuf et bientôt dix… Les neuf qui ont volé à l’occasion de 17 missions à bord de la station MIR, de la navette spatiale américaine ou de la station spatiale internationale (ISS).

Il y a quatre missions avant la création officielle du CADMOS en 1993. 11 ans avant la création du CADMOS a lieu le premier vol, celui de Jean-Loup Chrétien, nommé PVH pour « Premier vol Habité ». Ce qui prouve que les ingénieurs manquent parfois d’imagination pour baptiser les « premières ». Souvenez-vous du premier satellite français lancé le 26 novembre 1965. D’abord baptisé A1 (facile à retenir !), on l’a rapidement renommé Astérix.

 

CNES - Claudie Haigneré - Léopold Eyharts - Philippe Perr
De gauche à droite, Claudie Haigneré au retour de la mission Andromède (31 octobre 2001),
Léopold Eyharts pendant la préparation de la mission Pégase (du 29 janvier au 19 février 1998) et
Philippe Perrin au cours de la deuxième sortie extra-véhiculaire (EVA) de la mission STS 111
(11 juin 2002). Crédit image : CNES et NASA.

 

CNES - Michel Tognini - Jean-Jacques Favier - Jean-François Clervoy
De gauche à droite, Michel Tognini (23 juillet 99, mission Columbia STS-93), Jean-Jacques Favier
(20 juin 1996, mission Columbia STS-78) et Jean-François Clervoy (29 avril 1997, mission
Atlantis STS-84) juste avant le lancement de leur navette spatiale au Centre Spatial Kennedy (KSC).
Crédit image NASA.

 

Voilà les noms des spationautes, dans l’ordre d’apparition en orbite, et la liste des missions. A chaque fois, la date correspond à la date du lancement. Les missions étaient plus ou moins longues, de quelques jours à quelques mois…

  • Jean-Loup Chrétien : mission PVH en juin 1982, mission Aragatz en novembre 1988, mission Atlantis STS-86 en septembre 1997.
  • Patrick Baudry : mission Discovery STS-51-G en juin 1985.
  • Michel Tognini : mission Antares en juillet 1992, mission Columbia STS-93 en juillet 1999.
  • Jean-Pierre Haigneré : mission Altaïr en juillet 93, mission Perseus en mai 1998.
  • Jean-François Clervoy : mission Atlantis STS-66 en novembre 1994, mission Atlantis STS-84 en mai 1997, mission Discovery STS-103 en décembre 1999.
  • Jean-Jacques Favier : mission Columbia STS-78 en juin 1996.
  • Claudie Haigneré : mission Cassiopée en août 1996, mission Andromède à bord de l’ISS en octobre 2001.
  • Léopold Eyharts : mission Pégase en janvier 1998, mission Atlantis en février 2008.
  • Philippe Perrin : mission Endeavour STS-111 en juin 2002 .
  • Thomas Pesquet : ingénieur de l’ISAE à Toulouse, c’est le plus jeune membre du corps des astronautes européens (EAC). Et certainement le plus branché (@Thom_astro sur twitter). Sélectionné en mai 2009 par l’Agence Spatiale Européenne, il s’entraîne à l’EAC à Cologne en attendant son billet pour la banlieue terrestre.

Cité de l'espace - De Chrétien à Pesquet - 1982 - PVHLe pionnier et la nouvelle génération : Jean-Louis Chrétien et Thomas Pesquet ensemble à la Cité
de l’espace, au pied de la station MIR. Photo prise en juin 2012 pendant le Toulouse Space Show.
Crédit image : Gédéon. A gauche, Jean-Louis Chrétien après son retour sur Terre dans le
vaisseau Soyouz T-6.

 

Astres, Cosmos, Espace et Univers : terminologie et géostratégie des vols habités

Vous avez certainement noté que j’utilisais plusieurs noms pour désigner les navigateurs de l’espace. En France, on a longtemps utilisé le terme spationaute, littéralement « navigateurs de l’espace ». Même dans la francophonie, il est déjà question de coopération internationale : le nom « spationaute » vient du latin « spatium » pour espace et du grec « ναύτης » pour navigateur…

Il faut reconnaître que le terme spationaute est de moins en moins usité. A l’Agence spatiale européenne, on a repris le mot américain astronaute : le centre d’entraînement des navigateurs de l’espace européens, près d Cologne à Allemagne, s’appelle European Astronauts Centre (ESA).

En 1961, Le premier homme à voyager dans l’espace et à boucler une orbite, Youri Gagarine, est devenu le premier cosmonaute (« kosmonavt » ou « космонавт »), navigateur de l’espace, soviétique à l’époque, russe aujourd’hui.

Dans le contexte de la guerre froide et de la compétition américano-soviétique pour la conquête spatiale, Alan Shepard, Virgil Grissom ou John Glenn ne pouvaient pas décemment devenir respectivement le deuxième, troisième ou cinquième cosmonaute. Au moment de la création de la NASA et du lancement du programme Mercury, à la fin de l’année 1958, c’est donc le terme « astronaut » (du grec ἄστρον qui signifie astre ou étoile) qui est popularisé aux Etats-Unis. Le 9 avril 59, c’est sous ce nom que sont présentés au public les sept pilotes recrutés pour le programme Mercury : Alan Shepard, Virgil Grissom, John Glenn, Scott Carpenter (décédé le 10 octobre 2013, quelques jours avant la conférence à la Cité de l’espace), Walter Schirra, Gordon Cooper, et Donald Slayton.

La troisième nation à avoir envoyé par ses propres moyens un homme dans l’espace est la Chine, un pays dont le programme spatial est à la fois ambitieux et crédible et dont on a beaucoup parlé pendant la conférence. Le nom chinois utilisé pour ses hommes (et ses femmes) de l’espace, du grand vide (太空人 tàikōngrén) ou encore navigateurs de l’univers est francisé en « taïkonaute ».

J’ai lu d’autres explications qui mentionnent le pays d’origine du lanceur qui emmène ses passagers dans l’espace. De ce point de vue, en ce moment, tous les membres de l’équipage de l’ISS seraient des cosmonautes : après le retrait du space shuttle et en attendant la relève américaine, seule la fusée Soyouz et le vaisseau soyouz sont actuellement capables d’assurer la desserte de la Station Spatiale Internationale.

Alors espace, cosmos, astres ou univers, cela n’a pas beaucoup d’importance... Il faut retenir que ces sont d’abord des navigateurs, avec une forte dimension d’exploration, comme les premiers marins qui ont fait le tour de la Terre, en restant au niveau de la mer.

Une dernière question : renoncera-t-on un jour au préfixe « spatio » ou « cosmos » et au suffixe « naute » qui fait d’abord allusion au voyage et à l’environnement du trajet ? Si on envisage des séjours de longue durée pour explorer la Lune ou même Mars, faudra-t-il inventer un nouveau nom ? Faites part de vos suggestions en postant un commentaire à la fin de cet article…

 

CNES - Paris - Groupe de spationautes - 09-09-1985Souvenirs, souvenirs : les mêmes et d’autres un peu plus tôt. Le 9 septembre 1985, le CNES présente
un deuxième groupe de sept candidats spationautes français. De gauche à droite : Jean-François
Clervoy, Claudie Haigneré, Jean-Jacques Favier, Jean-Pierre Haigneré, F. Patat, Michel Tognini
et Michel Viso. Crédit image : CNES/TRAPHOT, 1985

 

En savoir plus :

  • Aller voir le film Gravity, un film de Alfonso Cuarón avec Sandra Bullock, George Clooney. Voir la bande annonce... Après Apollo XIII en 1995, Ed Harris (et surtout sa voix) reprend le rôle de capcom.

 

 

 

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13 mars 2013 3 13 /03 /mars /2013 08:50

Pleiades-1A - Vatican - Place Saint-Pierre - Rome - 04-08-2A Rome, l’état du Vatican et la Chapelle Sixtine vus par le satellite Pléiades 1A. Image acquise
le 4 août 2012. Copyright 2012 CNES. Distribution Astrium Services / Spot Image

 

« Extra Omnes » : un tout petit état dans tous ses états

Avec une surface de 0,44 km2, c’est le plus petit état du monde. Il ne représente qu’un millième de la surface d’une image du satellite Pléiades (400 km2) mais il est actuellement sous les projecteurs du monde entier : croyant ou non, quelle que soit sa religion, il va être difficile d’échapper à cette actualité dans les jours qui viennent.

 

L'élection de Rome

« Tous dehors ! » pour les non-latinistes : c’est mardi 12 mars à 17h33 que les portes de la chapelle Sixtine, au Vatican, se sont refermées, marquant ainsi le début du conclave. 115 cardinaux, venant de 51 pays (il y a 4 français) de chargés d’élire le nouveau pape, le 266ème, après la démission surprise de Benoît XVI annoncée le 11 février.

 

Pleiades-1A - Rome - Vue générale - 04-08-2012Rome vue par le satellite Pléiades 1A le 4 août 2012. L'image générale permet de voir la taille
relative du Vatican et de localiser de nombreux monuments et sites archéologique de la capitale
italienne. Copyright 2012 CNES. Distribution Astrium Services / Spot Image

 

 

Fumée noire ou fumée blanche : « pro eligendo pontifice »

Mardi, à 18h40, c'était une fumée sombre… Pas de pape aujourd’hui.

A partir de mercredi, quatre votes sont prévus chaque jour, deux en matinée et deux l'après-midi. Le conclave se poursuivra sous les fresques de Michel-Ange jusqu’à ce qu’un nom obtienne une majorité de deux tiers.

Une dizaine de cardinaux sont considérés comme des « papabili », des papes potentiels : Angelo Scola (Italie), Marc Ouellet (Canada), Odilo Scherer (Brésil), Joseph Schönborn (Autriche), Peter Erdö (Hongrie) ou Timothy Dolan et Sean O'Malley (USA), etc.

 

Catholiques devants les écrans cathodiques

En fait ce sont des écrans plats géants… Sur la place Saint-Pierre, la cérémonie d’ouverture du conclave a été retransmise sur des écrans géants devant une foule clairsemée. La météo, en Italie aussi, semble avoir découragé une partie du public.

L’image Pléiades acquise dans la matinée du 4 août 2012 montre une place Saint-Pierre assez déserte. Ce n’est pas toujours le cas, comme en témoigne cette image acquise le dimanche 24 avril 2011 par le satellite américain GeoEye-1.

 

GeoEye-1 - Vatican - Place Saint-Pierre - Pâques - 24-04-2Image du Vatican et de la place Saint-Pierre acquise le 24 avril 2011 par le satellite GeoEye-1.
A l’est, la boucle du Tibre. Crédit image : GeoEye.

 

Vous voyez la différence ?

Une semaine avant la béatification de Jean-Paul II, c’était le jour de la messe de Pâques et de la bénédiction « urbi et orbi » : des dizaines de milliers de fidèles étaient rassemblés Place Saint-Pierre à Rome.

Peut-on analyser en détail une foule avec des images satellites à très haute résolution comme celles prise par le satellite Pléiades ou GeoEye-1. Est-il possible de déterminer combien de personnes participent à une manifestation depuis l’espace ? Je vous propose de tenter l’exercice avec cet exemple. Merci de proposer votre réponse en postant un commentaire à la fin de cet article. Il y a certainement beaucoup de romains sur la place Saint-Pierre le jour de Pâques. Mais, sauf si vous êtes très à l’aise, je déconseille l’utilisation des chiffres romains pour votre réponse...

Pour les passionnés du comptage, vous avez un autre exemple avec la première élection de Barack Obama aux Etats-Unis.

 

Habemus Papam : dans l'espace aussi !

A propos de tubes cathodiques chez les catholiques, la forte culture des traditions n’empêche visiblement pas de s’intéresser au progrès technique. Peut-être pour mieux rester en contact avec les catholiques dans le monde, estimés à 1200 millions ? Benoît XVI, alias @Pontifex, a envoyé son premier tweet le 12 décembre 2012.

Près de 30 ans plus tôt, son prédécesseur Jean-Paul II avait déjà montré son intérêt pour le progrès technique, en particulier les possibilités offertes par le spatial en matière de télécommunications et d’observation de la Terre.

Voici deux images étonnantes que j’ai découvertes en juin 2012 à l’occasion du Toulouse Space Show. Elles font partie d’une exposition de Telespazio sur les 50 ans d’espace en Italie.

Il s’agit d’une visite de Jean-Paul II au centre spatial de Fucino le 24 mars 1985. Sur la seconde image, Jean-Paul II examine des images satellite de sa ville natale Wadowice en Pologne.

 

Telespazio - Fucino - Jean-Paul II - 24 mars 1985Telespazio - Fucino - Jean-Paul II - Observation Terre - 24« Habemus Papam » dans l’espace : deux images de la visite du pape Jean-Paul II au centre de Fucino
le 24 mars 1985. Crédit image : Telespazio.

 

Points cardinaux : le pape ne perd pas le nord

Autre proximité résultant du hasard : depuis le 28 février, Joseph Ratzinger, le premier « pape honoraire » prend quelques jours de repos dans la résidence d'été des papes, à Castel Gandolfo, près de Rome. Située sur la rive ouest du lac d’Abano, c’est à moins de 10 kilomètres de l’ESRIN à Frascati, un des centres de l’Agence Spatiale Européenne (ESA), celui où on s’occupe en particulier des missions d’observation de la Terre.

 

 


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30 août 2012 4 30 /08 /août /2012 10:20
Pleurez Pierrots, poètes et chats noirs,
La Lune est morte, la Lune est morte.
Pleurez Pierrots, poètes et chats noirs,
La Lune est morte ce soir...
 
Un homme marche sur le sol
De ce vieux miroir de vos rêves
Et c'est votre cœur que l'on crève.
La corde qu'on vous passe au col !
Il va falloir aller plus loin,
Par delà des millions d'étoiles
À la recherche de l'étoile
Qui vous fera rêver demain...
 
Extrait d’une chanson interprétée par les Frères Jacques.
Paroles: Jacques Mareuil. Musique: Georges Liferman (1968)
 
  Apollo 11 - Neil armstrong - Pas pour l'humanité - Drapeau
Une des rares photos de Neil Armstrong sur la Lune, prise par Buzz Aldrin, pendant leur marche
sur la Lune. Crédit image : NASA
 
Dernier quartier : l’aigle s’est posé définitivement
L’actualité suscite parfois des raccourcis et des rapprochements étonnants : en quelques jours deux Armstrong ont fait la une des journaux. Un seul à fait la Lune…
On oubliera certainement assez vite Lance Armstrong après la décision de l'agence américaine antidopage de lui retirer ses sept titres de vainqueur du Tour de France et de le radier du cyclisme professionnel.
Au contraire, le nom de Neil Armstrong restera sans aucun doute longtemps dans les livres d’histoire comme celui d’un héros de tous les temps, symbolisant à la fois l’odyssée de l’espace et la capacité de l’homme à explorer et dépasser ses limites.
Neil Armstrong, le premier homme à avoir marché sur la Lune, est mort le 25 août 2012 quelques semaines après son 82ème anniversaire, à la suite de complications après un quadruple pontage coronarien. C’était le lendemain d’un premier quartier et quelques jours après le périgée.
 
Aussi longtemps qu’il y aura des livres d’histoires…
Commandant de la mission Apollo 11, il est entré dans l’histoire dans la nuit du 20 au 21 juillet 1969 en prononçant la phrase désormais célèbre « C’est un petit pas pour un homme mais un bond de géant de l’humanité » ou, en anglais, « That is one small step for (a) man, one giant leap for mankind ».
La différence entre la version anglaise et la traduction française (« a man » ou « l’homme ») témoigne du débat suscité par l’enregistrement audio de qualité médiocre. Neil Armstrong a toujours affirmé avoir prononcé la phrase complète.
  
Transformer ses rêves en réalité…
L’évènement le plus attendu du siècle… Des centaines de millions de téléspectateurs ont suivi l’alunissage à la télévision. A leur retour sur Terre, en constatant l’accueil triomphal qui était réservé aux trois membres de l’équipage d’Apollo 11, Buzz Aldrin aurait dit : « Neil, regarde ! On a raté tout le spectacle… »
C’est un évènement planétaire qui a marqué toute une génération et qui a certainement fait rêver les suivantes. Plusieurs personnes avec qui j’en ai parlé ces jours-ci se souviennent parfaitement de l’endroit où ils étaient et de l’ambiance, avec par exemple, la chanson des Frères Jacques dont les paroles sont reprises au début de cet article. Pour ma part, alors que j’avais 7 ans, je n’ai pas de souvenir précis de la nuit de l’alunissage. Après avoir vu et revu à plusieurs reprises les images, il est difficile de savoir quel est la part du souvenir réel et du souvenir du souvenir…
Décevant ? Pas vraiment si je compare avec ce que disait justement Neil Armstrong quand on lui demandait s’il se rappelait de la déclaration de John F. Kennedy annonçant le projet d’envoyer (et de ramener !) un homme sur la Lune :
« Well, yes, I certainly remember it, but it's a big hazy because I've heard recordings of it so many times since, that you're not certain whether you're remembering or you're remembering what you're remembering. So I'm not certain what it was. And, of course, it's been colored by the fact that I read so many stories of how that process actually occurred and what led to his conclusion to do that. » (extrait du témoignage oral de Neil Armstrong enregistré en septembre 2001)
Quoiqu’il en soit, les premiers pas sur la Lune, avec la mise en orbite de Spoutnik, le vol de Gagarine et, au moins pour les français, la satellisation d’Astérix (A1) sont des évènements qui ont fait rêver beaucoup de jeunes et suscité quelques vocations d’astronautes ou d’ingénieurs. Souhaitons que les projets spatiaux présents ou futurs, comme par exemple il y a quelques semaines l’extraordinaire arrivée de MSL sur Mars, continuent à jouer ce rôle… Comme les activités proposées aux jeunes pour les faire découvrir l’intérêt des activités scientifiques et techniques : très jeune, Neil Armstrong a fabriqué de nombreuses maquettes d’avion.
Très récemment, en mai 2012, avec Gene Cernan (le commandant de la mission Apollo 17, le dernier homme à marcher sur la Lune), Neil Armstrong a participé à l’inauguration à Pensacola en Floride de la National Flight Academy, un centre destiné à faire découvrir aux jeunes les mathématiques et les sciences par l’intermédiaire d’activités aéronautiques.
 
NASA - sélection des astronautes - Groupes 1 et 2
Les deux premiers groupes d’astronautes sélectionnés par la NASA. Assis au premier rang, les sept
du programme Mercury retenus en avril 1959 : de gauche à droite, L. Gordon Cooper Jr., Virgil I.
Grissom, M. Scott Carpenter, Walter M. Schirra Jr., John H. Glenn Jr., Alan B. Shepard Jr., et
Donald K. Slayton. Debout à l’arrière plan, de gauche à droite, les « new nine », ceux nommés en septembre 1962 : Edward H. White II, James A. McDivitt, John W. Young, Elliot M. See Jr., Charles
Conrad Jr., Frank Borman, Neil A. Armstrong, Thomas P. Stafford et James A. Lovell Jr.
Visiblement, être troisième à droite était un bon choix… Crédit image : NASA
 
21 juillet : 21 heures à la surface de la Lune et 21 kilos d’excès de bagages au retour, avant 16 jours en quarantaine
C’est fin 1968 avec Apollo 8 que les américains passent une étape décisive en faisant le tour de la Lune alors que le module lunaire n’est pas encore prêt.
Apollo 11 décolle le 19 juillet 1969, avec un équipage composé de Neil Armstrong, Buzz Aldrin et Mike Collins. Le 21 juillet (en heure française), c’est la descente du LM, alors que Collins reste dans le module de commande autour de la Lune.
20 minutes après la descente de l’échelle la plus filmée de tous les temps, Aldrin rejoint Armstrong sur le sol lunaire.
Ils explorent les environs du LM pendant 2 heures et demie et ramassent 21 kilogrammes d’échantillons de roches, prennent des photos, installent quelques équipements scientifiques et plantent un drapeau américain. Après environ 22 heures sur place, le moteur d’Eagle leur permet de rejoindre Collins et de préparer le voyage de retour. Ils amerrissent dans le Pacifique à proximité du porte-avion USS Hornet où les attend le président Nixon.
C’est seulement après 16 jours de quarantaine qu’ils connaissent leurs premiers bains de foule.

Armstrong - Douane - déclaration roches lunaires 

Une procédure habituelle pour un héros normal : la déclaration
en douane des souvenirs de voyage. Crédit image : NASA

Au total, jusqu’à Apollo 17, 12 hommes ont marché sur la Lune. Apollo 13 a raté une bonne occasion mais la mission est également restée très célèbre ! 
 
 
 
Héros discret, héros malgré lui
Neil Armstrong, ce n’était pas exactement le genre de personne à courir autour d’un stade en criant « je suis une légende vivante »…
Même les circonstances de sa mort confirment qu’il cherchait d’abord à vivre comme Monsieur tout le monde !
Etonnant de la part de quelqu’un qui a vécu un certains nombre de situations « inattendues » :

Astronautes - entraînement - pilotage module lunaire
Une éjection d’un avion Panther pendant la guerre de Corée en Septembre 51 (alors qu’il n’avait jamais sauté en parachute !), une perte de contrôle d’un avion X15 à plus de 60 km d’altitude, la rotation folle de la capsule Gemini VIII au moment du rendez-vous avec un étage Agena et, pour Apollo 11, une réserve de carburant pour 30 secondes de vol, au moment où le module lunaire se pose… Bref un certain flegme et une bonne dose de sang froid.
Avions prototypes ou machines plus exotiques …
Si, si, ça se pilote ! Crédit image : NASA
La discrétion, la modestie et l’humilité de Neil Armstrong sont également unanimement mentionnées dans les déclarations multiples qui ont suivi l’annonce de son décès. Dans un communiqué publié samedi, la famille de Neil Armstrong indique ainsi: « Neil Armstrong was also a reluctant American hero who always believed he was just doing his job. » Charles Bowen, l’administrateur de la NASA parle de la « grace and humility » d’un des plus grands explorateurs américains.
Cela va même jusqu’à rendre difficile l’exercice de trouver des photos de Neil Armstrong sur la Lune… C’est vrai qu’en général le photographe familial n’est pas souvent sur la photo. Neil Armstrong était officiellement chargé des photos sur la Lune, mais quand même…

Apollo 11 - Armstrong - Aldrin - Lune - 1969 - NASA
Neil Armstrong sur la Lune ? Non, c’est Buzz Aldrin photographié par Neil Armstrong.
Pour voir Armstrong, il faut examiner le reflet au centre de la visière du casque.
Crédit image : NASA.
  
Travailler sous pression dans le vide… Comment devient-on premier homme sur la Lune ?
Je ne connais pas les raisons précises qui ont amené au choix de Neil Armstrong comme commandant de la mission Apollo 11. Dans le témoignage cité plus haut (voir pages 63 à 66), il aborde assez peu ce sujet et les discussions avec Dake Slayton, un des sept premiers astronautes du programme Mercury, responsable à l’époque de la sélection des équipages.
Il y a beaucoup de bons livres sur l’histoire des missions Apollo et sur les hommes qui y ont participé (en particulier la biographie autorisée « Neil A. Armstrong, First man » de James R. Hansen). Si vous lisez l’anglais, je recommande d’abord de lire ce fameux témoignage, une interview de Neil Armstrong par Stephen E. Ambrose et Douglas Brinkley. Quelques pages peuvent être jugées anecdotiques mais d’autres peuvent servir de base motivante pour un cours d’anglais en classe.
J’en reprends ici quelques cours extraits sans les traduire (l'opportunité d'un cours d'anglais inhabituel avec vos élèves ?). J’ai été frappé en le lisant par quelques messages récurrents qui aident à cerner la personnalité de Neil Armstrong.
Quatre points particuliers ont retenu mon attention :
  • D’abord la concentration sur l’objectif de la mission : Neil Armstrong a mis le pied sur la Lune mais, le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il n’avait pas la tête dans la Lune. ll utilise souvent le mot « focus », pour décrire l’état d’esprit des astronautes préparant leurs vols : « There were some similarities in the sense that we were planning and we were trying to solve problems and devise approaches, but since we were trying to do an operational job, we were extremely focused. A research project tends to be more broad, generic, cover a range so that you have indications as to which might be the best path. »
  • Ensuite, les rôles respectifs de l’expérience et de l’entraînement et les réactions face à l’imprévu : « I think it predominantly is experience over training. Training certainly helps, but having been in flying machines for many years and faced a lot of difficulty, pilots become accustomed to being required to solve problems as they arise …, and particularly test pilots who get a higher percentage of things going wrong than normal pilots… The experience that we'd had in flying a variety of different kind of machines in difficult circumstances certainly enhances your ability to look at a situation, … analyze it and determine what your probable best course is and how much latitude you have to deviate from that best course. »

    « You know, normally… a lot of unexpected things happen, and usually they're not the ones you practice, but the fact that you practiced a lot of different things puts you in the proper mindset to handle whatever it is that comes along, even if it isn't the one that you've experienced before. And I think that happened on a lot of the flights. »
  • La perception du niveau de risque par les pilotes d’essais et les astronautes : « The risks that we had in the space side of the program were probably less than we had back in flying at Edwards or the general flight-test community. The reason is that when we were out exploring the frontiers, we were out at the edges of the flight envelope all the time, testing limits. Our knowledge base was probably not as good as it was in the space program. We had less technical insurance, less minds looking, less backup programs, less other analysis going on. That isn't to say that we didn't expect risks in the space program; we certainly expected they would be there, were guaranteed that they would be there. But we felt pretty comfortable because we had so much technical backup and we didn't go nearly close to the limits as much as we did back in the old flight-test days. »
  • Le travail d’équipe et l’exigence du travail très bien fait : « Each of the components of our hardware was designed to certain reliability specifications, and far the majority, to my recollection, had a reliability requirement of 0.99996, which means that you have four failures in 100,000 operations. I've been told that if every component met its reliability specifications precisely, that a typical Apollo flight would have about 1000 separate identifiable failures. In fact, we had more like 150 failures per flight, substantially better than statistical methods would tell you that you might have.

    I can only attribute that to the fact that every guy in the project, every guy at the bench building something, every assembler, every inspector, every guy that's setting up the tests, cranking the torque wrench, and so on, is saying, man or woman, "If anything goes wrong here, it's not going to be my fault, because my part is going to be better than I have to make it." And when you have hundreds of thousands of people all doing their job a little better than they have to, you get an improvement in performance. And that's the only reason we could have pulled this whole thing off ».
Finalement, comme l’explique le biographe de Neil Armstrong, c’est peut être parce qu’il a été jugé plus apte à assumer dans la durée le fardeau de super-héros que Neil Armstrong a été désigné par la NASA comme commandant d’Apollo 11.
 
Apollo 11 - Pied sur la lune - Homme sur la Lune - Armstron
L’empreinte du premier pas sur la Lune ? Non, c’est une empreinte de la botte d’Aldrin qui a foulé
le sol lunaire vingt minutes après Armstrong. Où est l’empreinte du premier pas sur la Lune ?
Crédit image : NASA.
  
Bras musclé et pied célèbre : quelques mots sur la carrière de Neil Armstrong
Vous trouverez d’excellents livres, articles ou pages web qui retracent la carrière de Neil Armstrong. Je me limite ici à quelques points de repères.
Né en 1930, Armstrong s’intéresse très tôt à l’aviation. Il obtient son brevet de pilote à 16 ans. Après de, il devient pilote de l’aéronavale entre 1949 et 1952 et effectue 78 missions pendant la guerre de Corée puis complète sa formation d’ingénieur en aéronautique. Il devient pilote d’essai en 1955 à Cleveland puis à la base Edwards au National Advisory Committee for Aeronautics (l’ancêtre de la NASA) où il pilote à peu près tout ce qui peut voler. En 1962, il se porte candidat pour devenir astronaute. En mars 66, à bord de Gemini 8, avec David R. Scott, il réussit le premier amarrage de deux véhicules spatiaux même si la mission faillit tourner au drame. Ensuite, c’est préparation du programme Apollo et la consécration avec la mission Apollo 11.
Au total, deux missions dans l’espace (Gemini 8 et Apollo 11). Neil Armstrong quitte la NASA en 1971 pour devenir professeur d’ingénierie aérospatiale à l’Université de Cincinnati dans l’Ohio jusqu’en 1979. Il a participé en 1986 à la commission d’enquête sur l’explosion de la navette Challenger.
Dernière précision : l'anecdote sur Mr et Mme Gorski est un "hoax" : cette histoire de pipe est fumeuse...
 
Space dominance… au cœur de la politique spatiale américaine
"We came in peace for all mankind". Cette phrase figure sur une plaque fixée sur un des pieds de module lunaire. Avec la phrase prononcée par Armstrong, elle renforce l’idée que cet exploit est réalisé au nom de l’humanité, au-delà des frontières et des divisions entre pays.
Néanmoins, c’est bien un drapeau américain qui a été planté sur la Lune : il marque la victoire des Etats-Unis dans la course à l’espace qui les opposait aux soviétiques depuis Spoutnik et Gagarine.
 
Lune - Conquête spatiale - Drapeau américain We came in peace for all mankind 
Deux façons de voir la conquête de la Lune. Crédit image : NASA
 
Même si l’époque de la guerre froide est révolue, il est frappant de voir à quel point les choix politiques du début des années 60 ont durablement structuré la politique spatiale américaine : les outils spatiaux au cœur de la politique de défense, l’observation de la Terre et l’environnement, l’exploration de l’Univers. Le succès récent de MSL démontre à nouveau que l’ambition américaine, malgré les contraintes budgétaires, reste très grande.
Quelques mois avant une conférence ministérielle de l’ESA pendant laquelle des choix importants doivent être faits en Europe, il est important de se rappeler comment une vision politique très nette a permis, dans un contexte très particulier, de construire le programme spatial américain. Le scepticisme initial du président Eisenhower après Spoutnik (« What's the worry? It's just one small ball ») n’a pas duré longtemps…
En Europe, la question principale est certainement de trouver le bon équilibre entre les initiatives des états membres et les actions collectives. C’est donc peut-être moins une question de budget que de couleur du drapeau. Celui avec les étoiles en cercle n’est pas mal non plus. Ce serait bien qu’il soit plus visible…
 
Les photos du héros par LRO
Difficile de conclure un article du blog Un autre regard sur la Terre sans une photographie prise par satellite… de la Lune !
L’image suivante a été prise par la sonde LRO en orbite à 24 kilomètres d’altitude au-dessus de la surface de la Lune. Sans atmosphère, un satellite peut voler bas…
Acquise en novembre 2011, après les premiers pas de Neil Armstrong, elle montre le site d’alunissage de la mission Apollo 11 avec les vestiges laissés sur place : la base du module lunaire, l’expérience de mesure sismique PSEP (Passive Seismic Experiment Package), le réflecteur laser LRRR (Laser Ranging RetroReflector) avec son couvercle et les traces plus sombres laissées par le passage des astronautes, en particulier celle vers le cratère Little West, 30 mètre de diamètre, à environ 50 mètres du LM.
 
Lune - Appolo 11 - armstrong - LRO - M109080308R - annoté
Image acquise le 5 novembre 2011 par la caméra de la sonde LRO à 24 kilomètres au-dessus du
site d’alunissage d’Apollo 11. Référence de l’image : M175124932R. Crédit image : NASA
 
En savoir plus :
 
Suggestions d'utilisations pédagogiques en classe :
  • Un peu d'anglais avec un support original : le témoignage de Neil Armstrong (dont sont tirés les extraits publiés plus haut). Plusieurs angles d'approche : valeurs, histoire, politique, le statut de héros...
  
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12 février 2012 7 12 /02 /février /2012 16:10

Images en mémoire, mémoires en images... 

Le 19 décembre dernier, quelques jours après le lancement du satellite Pléiades, le CNES (Centre National d’Etudes Spatiales) fêtait officiellement ses 50 ans : le 19 décembre 1961, le général de Gaulle signe la loi créant le CNES.

En fait, c’est le 10 février 1962, avec la signature du décret d’application rédigé par Michel Bignier, que la naissance du CNES est effective. Nommé à partir du 1er mars, le général Robert Aubinière devient le premier directeur général du CNES. La même année, l’association nationale des clubs scientifiques, qui deviendra l’ANSTJ puis Planète Sciences, est créée. Depuis les premières fusées expérimentales et les clubs de jeunes, son histoire est étroitement liée à celle des activités éducation et jeunesse CNES.

 

CNES - Toulouse - Vue aérienne du CST - 1975Vue aérienne du Centre spatial de Toulouse en juin 1975. Inauguré le 29 octobre 1973, le Centre
Spatial de Toulouse (CST) est chargé de la préparation et du développement des projets spatiaux de
satellites et de l'exploitation des moyens opérationnels. Copyright CNES 1975

 

Après le premier article sur la création du CNES, voici un nouvel épisode de la petite histoire du CNES dans les années soixante-dix à Toulouse, illustrée par des photographies  (parfois peu connues ou étonnantes comme ce logo du CNES, version années 70) et des témoignages de quelques acteurs. CNES - Logo - Années 1970

Ma sélection de dates (il y avait un grand choix) est subjective. J’ai retenu des événements liés aux applications de l’espace en général et à l’observation de la Terre en particulier : la période de 1970 à 1979 a été celle des fondations du programme Spot.

En recherchant des informations pour ce texte, j'ai été frappé de voir comment certaines décisions ont des conséquences à long terme et combien les questions traitées à l'époque restaient d'actualité : importance de l'accès indépendant à l'espace, politique de distribution de données spatiales (gratuit ou payant), difficultés à lancer des programmes européens ambitieux, ... et surtout, importance d'une vision politique !

 

Août 1971 : Avec Eole, un projet dans le vent, les applications s’envolent…

C’est le 14 avril 1970 qu’un conseil restreint sur l’espace donne la priorité aux applications et à une politique visant à disposer de lanceurs européens.

Le 16 août 1971, une fusée américaine Scout met en orbite Eole dont la mission est de localiser plusieurs centaines de ballons dans l’hémisphère sud et collecter les données météo mesures par les nacelles.

« Si vous voulez toucher le grand public, il faut passer dans les journaux sportifs » avait affirmé Maurice Claverie, le directeur du CST à l’époque. C’est ainsi qu’une balise Eole fut placée à bord du PenDuick IV d’Alain Colas. Il gagna la transatlantique en solitaire Plymouth – Newport. Sur le trajet retour, l’ancêtre de la balise Argos montra son utilité en permettant de localiser le trimaran dans un temps très brumeux.

La même année, en février, le GRGS, Groupe de Recherche en Géodésie Spatiale, est créé.

 

Juillet 1973 : le CNES crée sa première filiale, le GDTA, Groupe pour le Développement de la Télédétection Aérospatiale.

La première expérience de télédétection aéroportée est menée par le CNES et l’IGN (Institut Géographique National) en 1970.

Louis Laidet, qui fut administrateur du GDTA, explique : « Au début des années 1970, les applications de la télédétection n’en étaient encore qu’à leurs balbutiements et il n’existait pas de structure regroupant l’ensemble des utilisateurs de l’observation de la Terre par satellites. Ce n’était pas dans la mission du CNES de créer une activité de services pouvant répondre aux besoins de ces utilisateurs. Par contre, en s’associant avec d’autres partenaires ayant des compétences complémentaires, le CNES pouvait développer et commercialiser ce service nouveau, la télédétection spatiale, plus facilement que s’il avait agi seul. »

Les deux premiers membres du GDTA sont le CNES et l’IGN bientôt rejoints par le BRGM etl’IFREMER. Le GDTA participe aux travaux de l’OPIT (Opération pilote interministérielle de télédétection), destinée à promouvoir la télédétection à l’échelle nationale. A côté de la diffusion des données Landsat et des campagnes aéroportées, le GDTA forme de nombreux stagiaires, en France et dans le cadre de la coopération internationale. En1979, « Gates » (ce n’est ni Bill ni Water… mais Groupe Aval de Travail pour l’Exploitation de Spot), recommande la création d’une société pour commercialiser les images.

 

CNES - Inauguration CST - 29-10-1973Inauguration du Centre Spatial de Toulouse (CST) le 29 octobre 1973 en présence de Jacques
Charbonnel, ministre du développement industriel et scientifique. Sur la photo, Michel Bignier et
André Lebeau. Copyright CNES 1973

 

1973 est également l’année de grandes décisions au niveau européen avec la création de l’Agence Spatiale Européenne et le lancement du programme L-IIIS qui deviendra ensuite Ariane.

 

1974 : Symphonie, première mise à poste au Centre Spatial de Toulouse

Le début des télécommunications spatiales en Europe : le premier modèle de vol est lancé le 19 décembre 1974 par une fusée Thor-Delta.

Le transfert en orbite géostationnaire est assuré par le centre de contrôle du DLR à Oberpfaffenhofen. Les équipes du CST assurent la mise à poste définitive et la stabilisation trois axes.

C’était la première mise à poste d’un satellite géostationnaire effectuée au CST, quelques mois après le transfert des équipes des moyens sol de Brétigny à Toulouse.

Couverture CNES LIIIS

« Si les Etats-Unis avaient vendu sans condition particulière les deux lancements Symphonie, la décision d’engager le programme Ariane n’aurait pu être obtenue. Une intransigeance maladroite, fondée sans doute sur l’idée que l’Europe serait de toute façon incapable de ressusciter son programme de lanceurs, vint à point pour fournir un appui décisif aux promoteurs de L-IIIS (NDLR : le premier nom d’Ariane). »

André Lebeau,
ancien directeur général adjoint des programmes
et de la politique industrielle au CNES

Dans la marge du document portant les conditions américaines, le négociateur allemand avait écrit : « Es ist schwer ! ».

 

1975 : Starlette, en robe à paillettes

Laser et boule à facettes en pleine mode du disco... 6 février, pour son premier lancement depuis Kourou, la fusée Diamant BP4 met en orbite le satellite géodésique Starlette. 37 ans après, pratiquement jour pour jour, pour son vol de qualification le 13 février 2012, la première fusée Vega, lancée également depuis Kourou, doit mettre en orbite le satellite italien Lares qui ressemble étrangement à Starlette.

 

starlette Lares

A gauche, le satellite géodésique français Starlette, lancé en 1975. A droite, le satellite italien
Lares, qui doit être mis en orbite en février 2012, à l’occasion du premier lancement de la fusée
Vega. Crédit image : CNES et Agence Spatiale Européenne

 

La télémétrie laser pour satellite a été mise en œuvre pour la première fois par la NASA en 1964 avec le satellite Beacon B (Explorer 22). Même si Starlette et Lares se ressemblent, leurs caractéristiques et leurs missions sont différentes :

  • Starlette mesure les variations du champ gravitationnel terrestre et a permis de mettre au point un modèle de marées océaniques global. Starlette mesure 24 centimètres de diamètre pour une masse de 47 kilogrammes.
  • Lares, en déterminant très précisément l'orbite du satellite par télémétrie Laser, doit mesurer l'effet Lense–Thirring prévu par la théorie de la Relativité générale. Lares est très dense : 387 kg dans une sphère de 36,4 cm de diamètre. 387 kg, es ist schwer !

 

1976 : la grève au Centre Spatial de Toulouse

Au début des années 70, le programme spatial français diminue au profit d’engagements européens. En mai 76, l’inquiétude des agents du CNES à Toulouse se confirme : le président du CNES, Maurice Lévy, annonce une baisse durable des activités du CNES et le licenciement de cent agents. 30 personnes sont nommément désignées. A Toulouse, 800 personnes se mettent immédiatement en grève… La grève a duré plus d’un mois, avec des relations tendues entre les représentants du personnel et la direction. Michel Bignier, directeur du CNES, démissionne. Le 21 juin, Maurice Lévy annonce aux grévistes que le gouvernement renonce aux licenciements.

Le conseil des ministres nomme une nouvelle équipe le 30 juin : Hubert Curien devient président du CNES et Yves Sillard, ancien directeur des lanceurs, prend le poste de directeur général. L’idée d’un programme national d’observation de la Terre revient sur la table :

« J’ai voulu rassembler l’ensemble du CNES autour d’un même objectif : un satellite (Spot), développé par le CNES, tiré par un lanceur développé par le CNES (Ariane), à partir d’un champ de tir dirigé par le CNES (Kourou). »

Yves Sillard

En juillet, Jacques Blamont est chargé d’un rapport sur la mise en place d’une direction technique au CST. Une direction technique unique est créée. Cette structuration se retrouve encore dans l’organisation actuelle avec les principales sous-directions.

 

1977 : lancement du satellite Meteosat et une première équipe européenne à Toulouse

Meteosat, qui inaugure le programme de satellites météorologiques géostationnaires européens, est le premier satellite d’application opérationnel. C’est également la première fois qu’un groupe projet européen est créé : le Bureau des programmes météorologiques.

 

meteosat1 - Première image - décembre 1977
Meteosat

Le 9 décembre 1977, Meteosat-1 transmet sa première image de la Terre. A droite, l'instrument
principal de Meteosat 1, la radiomètre qui prend les images en "scannant" la Terre grâce à la rotation
rapide du satellite sur son axe. Crédit image : Agence Spatiale Européenne.

 

Daniel Breton, ancien responsable du système Meteosat, se souvient :

« Il y avait 40 à 50 personnes, dont une quinzaine du CNES. Beaucoup de nationalités étaient représentées : des anglais, des suédois, des italiens, des allemands, des hollandais, des belges… Entre tous ces transplantés, il y avait naturellement un sentiment de rapprochement ».

En 2012, Eumetsat, l’organisation en charge de la météorologie spatiale opérationnelle, est une des plus belles réussites du spatial européen.

L’européanisation des grands projets spatiaux va devenir la règle plus que l’exception. Ainsi, la même année, en février, la France propose à l’ESA l’européanisation du projet SPOT (à l’époque : Système Probatoire pour l’Observation de la Terre), avec un lancement prévu en 1983. Plusieurs pays ne souhaitent pas s’engager. Finalement, la Belgique et la Suède mettent en place une coopération bilatérale avec la France.

 

1978 : lancement d’Argos et début de la commercialisation de produits issus de l’espace

Grâce aux bons résultats du programme Eole, le CNES signe avec la NASA et la NOAA (National Oceanic and Atmospheric Administration) un accord de coopération pour mettre au point un système opérationnel de localisation et de collecte de données par satellites. Le CNES crée un « Service Argos » qui aboutira en 1986 à la création de la société CLS.

En octobre 1978, le système Argos, embarqué sur le satellite américain Tiros-N, est mis en service. Michel Cazenave, son ancien PDG, raconte les débats sur la politique de commercialisation :
« Il y a eu de grandes discussions pour savoir si la distribution des données serait payante ou non. La directeur général, Yves Sillard, souhaitait que les utilisateurs paient le service. Pierre Morel, directeur des programmes, qui avait participé au système des échanges météorologiques mondiaux,le 23 défendait la gratuité au nom de l’intérêt scientifique. A la fin, le directeur général a tranché en faveur d’un service payant. Le plus amusant de l’histoire, c’est que lorsqu’on a demandé combien nous allions vendre ces données, c’est Pierre Morel, le pus farouche opposant au service payant qui a répondu : 20 dollars par jour ! »

La même année, le 9 février, le programme Spot est confirmé.

 

1979 : premier lancement d’Ariane, le 24 décembre, un beau cadeau de noël…

Un beau lancement, mais après deux reports. Le 15 décembre, compte à rebours et mise a feu mais le lanceur ne décolle pas : un des calculateurs a détecté une anomalie. Nouvel tentative le 23 décembre et nouveau report.

La troisième fois est la bonne, à 17h14 UTC le 24 décembre. Dans les hangars où sont réunis le personnel du CNES et les familles, c’est la fête !

Lancement de la fusée Ariane L01 depuis
le Centre Spatial Guyanais à Kourou le 24
décembre 1979. Crédit image : CNES.

ariane L01 1979

 

Un premier lancement d’Ariane réussi, un programme Spot décidé, une politique de développement des applications : tous les ingrédients sont là pour démarrer l’aventure de l’observation de la Terre… C’est une autre histoire, celle des années 80.

 

Guyane - Kourou - Lancement Ariane 1 - 1979

Hubert Curien, le président du CNES, adresse son discours de félicitations à l'ensemble du personnel rassemblé dans le hall d'assemblage Diamant au centre spatial guyanais à la suite du lancement
de Ariane L01. © Sygma/Alain Nogues, 1979

 

Les sources utilisées :

  • Les trente première années du CNES, de Claude Carlier et Marcel Gilli, éditions La documentation française.
  • 1968 – 1998, le Centre Spatial de Toulouse a 30 ans : témoignages, édité par le CNES
  • Anciens numéros de la revue "Espace Information", éditée par le CNES.


En savoir plus :


Kourou---lanceur-Vega---13-fevrier-2012.jpgLa fusée Vega sur son aire de lancement au Centre Spatial Guyanais (Kourou, Guyane française).
Crédit image : ESA - S. Corvaja

 

Vega---Vol-de-qualification---Profil-de-vol.jpgVol de qualification de la fusée Vega - Profil de vol. Crédit image : ESA - J. Huart

 

 

 

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7 juillet 2011 4 07 /07 /juillet /2011 22:40

"Weather remains at a 30 percent chance of favorable weather for liftoff at 11:26 a.m. Teams are not working any issues that would delay the launch". Le dernier point fait par la NASA ce matin...

Vendredi 8 juillet, à 17h26 (heure française, soit 11h26 en Floride), si la météo le permet, le lancement d’Atlantis pour la mission STS-135, le 135ème vol d’une navette spatiale américaine, marquera la fin d’une aventure de 30 ans amorcée le 12 avril 1981 avec la première mise en orbite de Columbia, exactement 20 ans après le premier vol de Youri Gagarine. Les premières études ont démarré à la fin des années soixante.

    

562899main_tribute-m_1600-1200.jpg"Tribute to Atlantis" publié par la NASA sur son site. Pour ceux qui préfère les belles images de la navette au décollage ou dans l'espace, voir à la fin de cet article une toute petite sélection d'images de la NASA. Crédit image : NASA

 

Les spectaculaires images des décollages du space shuttle ou de ses manœuvres en orbite autour de l’ISS ou du télescope Hubble ont certainement incité les jeunes de ma génération à travailler dans le spatial ou même à rêver de devenir astronaute. C’est avec un pincement au cœur qu’ils assisteront demain à ce dernier lancement.

L’image suivante est une image de l’aire de lancement 39A du Centre Spatial Kennedy en Floride. Elle a été prise par le satellite GeoEye-1 le 1er mai 2011, quelques jours avant que la navette Endeavour ne s’envole pour sa dernière mission (STS-134) vers la Station Spatiale Internationale.

 

KSC---01-05-2011.jpgExtrait---KSC---01-05-2011.jpg

Image du pas de tir 39A au Kennedy Space Center acquise le 1er mai 2011 par le satellite GeoEye-1.
La résolution de l’image d’origine est de 50 centimètres. Celle de la version publiée ici est réduite
d’un rapport 2 environ. L'extrait centré sur la navette est en pleine réoslution. Crédit image GeoEye.

 

La navette, un fil d’Ariane pour la coopération spatiale entre les Etats-Unis et l’Europe.

C’est insuffisamment connu du public et la société Astrium le rappelle dans un récent communiqué de presse : l’aventure de la navette spatiale est étroitement liée à l’activité spatiale en Europe, à travers des coopérations entre la NASA et les agences nationales ou l’ESA.

Saviez-vous par exemple que les moteurs principaux de la navette (SSME pour Space Shuttle Main Engine) ont été mis au point à partir d’un brevet d’invention déposé au milieu des années 60 et issu d’une collaboration entre les sociétés MBB (aujourd’hui Astrium à Ottobrunn en Allemagne) et Rocketdyne / North American Aviation ? En 1966, une proposition commune est remise à l’US Air Force pour concevoir des chambres de combustion à très haute pression (composées de cuivre à canaux de refroidissement fraisés). La combinaison de propergols retenue est un mélange d’hydrogène et d’oxygène liquides. MBB conçoit et fabrique le moteur de démonstration selon l’un de ses brevets internes (USP 3 595 025). A l’époque, seul Rocketdyne dispose des bancs d’essais nécessaires : les tests sont donc menés dans son centre d’essais de Santa Susanna, en Californie. Le programme de recherche germano-américain sur les hautes pressions porte alors le nom de BORD 1 (BOelkow/Rocketdyne Division). Les résultats sont très positifs, avec une pression de combustion de 283 bar, un record mondial toujours inégalé pour la combinaison d’ergols hydrogène / oxygène. Ce succès amène la NASA à confier à Rocketdyne le contrat de développement du moteur cryogénique principal de la navette spatiale, avec des droits d’exploitation pour le brevet. La solution retenue est constituée d’un orbiteur, un réservoir extérieur et deux propulseurs d’appoint. Elle est officiellement validée par la NASA le 15 mars 1972. Les travaux de construction débutent cinq mois plus tard.

 

GPN-2000-000055.jpg

Essai d'un moteur SSME (space Shuttle Main Engine) de la navette spatiale au Stennis Space Center
en mai 1981. Crédit image : NASA.

 

Beaucoup d’autres collaborations suivront et se concrétiseront par des charges utiles embarquées dans la soute de la navette spatiale :

  • En juin 1983, le vol STS-7 de Challenger, emporte la palette d’expérimentation scientifique SPAS (Shuttle PAllet Satellite), développée et fabriquée par Astrium. Suivie en 1993 et 1997 (vols STS-51, STS-66, STS-80, STS-85) des les instruments Orfeus (spectromètre à ultraviolets) et Crista (télescope infrarouge cryogénique pour l’étude de l’atmosphère).
  • En novembre 1983, Columbia emporte pour la première fois le laboratoire spatial Spacelab. Ce laboratoire effectuera au total 21 vols jusqu’en avril 1998, également à bord de Columbia (STS-90).
  • De nombreux équipements européens (centrifugeuses, fours, serres, congélateurs et manipulateurs) ont ainsi contribué à la recherche en conditions d’apesanteur.
  • Dans le domaine de l’étude de l’univers, le télescope spatial Hubble (avril 1990) embarque la caméra pour objets faiblement lumineux FOC (Faint Object Camera), également conçue par Astrium. Etonnant : elle est ramenée sur Terre à la fin du vol STS-109 de mars 2002 et est aujourd’hui exposée au musée Dornier, près de Friedrichshafen (Allemagne).
  • Au cours de l’été 1992, Atlantis met en orbite la plate-forme automatique européenne EURECA, avec des expériences en apesanteur.

Observation de la Terre et SRTM : un signal radar qui fait l’aller-retour sur la navette qui fait l’aller-retour.


La navette Endeavour a effectué trois missions d’observation de la Terre en 1994 et 2000. Embarqué dans sa soute ou sur le bras manipulateur, un radar en bande X, « ancêtre » de TerraSAR-X, a participé à la mission SRTM (Shuttle Radar Topography Mission). STRM est une cooperation entre la NASA, la NGA (National Geospatial Intelligence Agency) et les agences spatiales allemandes (DLR) et italiennes (ASI).

 

SRTM---Floride---RR6.jpgSRTM---Floride---FR---Extrait-KSC.jpgExemple de produit dérivé des données SRTM. Le relief du sud de la Floride avec le centre spatial
Kennedy visible sur l'extrait en pleine résolution. Crédit image : NASA/JPL/NGA

 

Sur cet exemple de produit SRTM, la faible altitude du sud de la Floride est bien visible. A gauche, une représentation en couleurs de l’altitude (vert pour les zones les plus basses et blanc pour les hauteurs maximales soit environ 60 mètres sur cet exemple). A droite l’échelle de couleur met l’accent sur les altitudes inférieures à 5 mètres (en bleu) et montre la vulnérabilité de la région aux inondations côtières (surcote). Les données ont été acquises en février 2000 par la navette Endeavour. Le centre spatial Kennedy, avec la piste d’atterrissage de la navette, et Cap Canaveral sont visible en haut à droite de l’image. En dessous de la vue d’ensemble, l’extrait en pleine résolution est centré sur le KSC (Kennedy Space Centre). Voici également un lien permettant de se repérer sur Google Maps.

En Europe, l'héritage de STRM, en 2011, ce sont les satellites TerraSAR-X et TanDEM-X.

 

TanDEM-X---DEM---Bolivie.jpg En Bolivie, à partir de données TanDEM-X, un modèle numérique d'élévation de la région du volcan
Tunupa et du plus grand lac salé du monde, le Salar de Uyuni. Les altitudes les plus basses sont
représentées ici en bleu foncé.
Crédit image : DLR

 

Christophe Colomb, Johannes Kepler et Jules Verne : des personnages célèbres pour passer à l'ATV
Le 11 février 2008, Atlantis (vol STS-122) arrime le laboratoire spatial européen « Columbus », successeur de Spacelab, à la Station spatiale internationale (ISS). La même année, l’ATV, le premier cargo automatique, ravitaille l’ISS. Il peut emporter jusqu’à 7,5 tonnes de charge utile en orbite basse, afin d’acheminer de l’eau, de l’oxygène, des vivres, des vêtements, du carburant et autres objets personnels à bord de la station spatiale. Il réajuste également l’orbite de l’ISS au moyen de ses propulseurs.

 

Shut off the shuttle : so use soyouz…

4 jours après l’independance day, les Etats-Unis vont, au moins temporairement, dépendre des fusées russes pour acheminer astronautes, vivres et fret vers la station spatiale internationale dont la durée de vie va été prolongée jusqu’en 2020.

Deux dramatiques accidents ont marqué la carrière de la navette, en 1986 avec l’explosion de Challenger un peu plus d’une minute après le décollage et en 2003 lors du retour sur terre de Columbia. Mais le véritable échec du concept de navette spatiale réutilisable est de ne pas être parvenu à réduire les coûts du transport spatial et à en faciliter la commercialisation, ce qui était l’objectif affiché au démarrage du programme : un moyen de transport orbital réutilisable moins cher que les fusées classiques à usage unique. Le coût global est estimé à 209 milliards de dollars.

Au total, 848 passagers ont eu la change de voyager à bord du space shuttle, soit 355 astronautes de 16 nationalités. 14 ont perdu la vie au cours des deux accidents.

Le dernier équipage n'est composé que de 4 astronautes (au lieu de 7 habituellement) : en cas de problème sur la navette, pour le voyage de retour, il devront utiliser les véhicules Soyouz. La priorité a été donnée au fret et à l'approvisionnement de la station spatiale internationale.

 

Quelques belles images de la navette au décollage, dans l'espace ou au retour sur Terre

 

GPN-2000-000650---Lancement-STS-1.jpgLancement de STS-1 le 12 avril 1981 depuis l'aire
de lancement 39A du centre spatial Kennedy.
Crédit image : NASA

GPN-2000-000183---Atlantis---SCA---01-09-1998-.jpgEn route vers le KSC : la navette Atlantis sur le shuttle carrier aircraft (SCA) en septembre 1998 après une période de maintenance. Crédit image : NASA - Carla Thomas

GPN-2000-000763---Lancement-STS-66.jpgDes oiseaux, des cactus et, j'allais oublier, STS-66 qui décolle le 3 novembre 1994, avec CRISTA et
SPAS dans sa soute. Crédit image : NASA

GPN-2000-000800---STS-86.jpgLe 25 septembre 1997, décollage d'Atlantis
(STS-86) avec le spationaute français Jean-Loup Chrétien pour un séjour à bord de la station MIR.
Crédit image : NASA

GPN-2000-001085 - EVA HubbleLe 9 décembre 1993, sortie extravéhiculaire des astronautes d'Endeavour pour la réparation du télescope Hubble. Crédit image NASA

GPN-2000-001071---Atlantis-quitte-MIR.jpg
Le 4 juillet 1995, Atlantis (STS-71) qui la station spatiale MIR. Crédit image : inconnu (étonnant !)

GPN-2000-000971 - STS-72Le 20 janvier 1996, assez rare, atterrissage de
nuit d'Endeavour (STS-72) au KSC.
Crédit image : NASA


ISS - EndeavourLe 23 mai 2011, Endeavour amarrée à l'ISS. Photographie prise par l'talien Paolo Nespoli depuis le vaisseau soyuz TMA-20.

Et la photo du jour...

 

567230main_image_1995_1600-1200.jpgImage du jour sur le site de la NASA : le 7 juillet,la navette Atlantis sur l'aire de lancement 39 A.
La tour de service est retirée. Les reflets dans les flaques d'eau de pluie rappellent que la météo
sur le site peut retarder le départ de la dernière navette. Crédit image : NASA / Bill Ingalls

 

En savoir plus :

 

 

 

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13 avril 2011 3 13 /04 /avril /2011 14:20

Encore deux vols : le 29 avril 2011 pour Endeavour et le 28 juin pour Atlantis.

Ensuite, les quatre navettes termineront leur carrière dans les musées américains, comme l’a annoncé le 12 avril l’administrateur de la NASA, Charles Bolden : Discovery, qui n’est jamais allée dans l’espace, rejoindra le musée national de l'Air et de l'Espace à Washington, Enterprise ira à l'Intrepid Sea, Air and Space Museum de New York. Endeavour sera exposée au California Science Center, à Los Angeles. Et, enfin, Atlantis, restera proche du centre spatial Kennedy, en Floride, dans la partie ouverte aux visiteurs.

Avec l’arrêt programmé du space shuttle américain et en attendant que d’autres avions spatiaux prennent le relais, c’est le parachute qui redevient le seul moyen de ramener sur terre les équipages des vols habités. C’est la méthode qu’avait inauguré Gagarine le 12 avril 1961, avec quelques différences.

 

On ne traîne pas pour redescendre malgré la traînée…

La photographie suivante montre le retour sur Terre du vaisseau Soyouz TMA-01 M le 16 mars 2011 et les conditions météorologiques difficiles que Scott Kelly, Alexander Kaleri et Oleg Skripochka ont rencontrées. Après une rentrée dans l’atmosphère amorcée à 7h31, l’atterrissage a eu lieu à 7h54 UTC dans les steppes du Kazakhstan, au nord de la ville d’Arkalik, entre Baïkonour et Astana.

 

Atterrissage-TMA---Retour-expedition-26---Mars-2011.jpg

Photographie de l’atterrissage du Soyouz TMA-01 M et de l’équipage de l’expédition 26 le 16 mars
2011. La photo est prise d’hélicoptère. On distingue la fumée des rétrofusées qui s’allument au
dernier moment. Cliquer sur l'image pour voir le parachute au sol. Crédit image : NASA /
Bill Ingalls

 

La vie qui tient à un fil : quelques m2 de toiles, des suspentes et une séquence d’opérations très précise

Au moment de la rentrée dans l’atmosphère, si tout est nominal, la décélération subie par l’équipage est limitée à 4 G, avec un angle de rentrée contrôlé par le système de guidage commandant les petits moteurs d’orientations du module de descente. En cas de défaillance, on a une rentrée dite « balistique » avec une accélération (négative) plus importante, de l’ordre de 8 G. C’est vers 120 km d’altitude que l’atmosphère résiduelle commence à échauffer le bouclier thermique. La décélération est la plus forte vers 30 km d’altitude. A dix kilomètres d’altitude, la vitesse est descendue à 900 kilomètres par heure.

Un premier parachute stabilisateur de petite taille (24 m2) sert à réduite encore la vitesse à environ 300 km/h et ensuite le parachute principal (plus de 1000 m2) s’ouvre. Un parachute de secours plus petit en prévu en cas d’ouverture en torche ou de déchirement du premier parachute. L’objectif est une vitesse de descente à 8 m/s. Une valve automatique équilibre la pression interne de la capsule avec celle de l'atmosphère extérieure (c’est l’ouverture accidentelle d’une de ces valves qui causa la mort de l’équipage dépourvu de scaphandre de Soyouz 11 en 1971). Le bouclier thermique est largué et un altimètre sert à déclencher à 1m50 du sol des rétrofusées qui limitent la vitesse de l’impact à 2 ou 3 m/s. Cette vitesse était encore près de 8000 m/s quelques dizaines de minutes plus tôt. Au sol, si le vent est trop violent, l’équipage a la possibilité de libérer les sangles du parachute pour éviter que la capsule ne soit entraînée.

Pour Gagarine, la procédure était encore un peu plus complexe et sportive, comme le montre cette belle illustration que m’a aimablement passé Tezio.

A la fin du premier vol d’un humain dans l’espace, le parachute du Vostok-1 ne permet pas de le ralentir suffisamment pour que le passager atterrisse dans de bonnes conditions. La séquence d’atterrissage prévoit que Gagarine s’éjecte à 7000 mètres du sol (c’est le même siège éjectable qui aurait été utilisé en cas de défaillance de la fusée au moment du lancement). Cette méthode est restée longtemps un secret d’état. Après éjection, le vaisseau Vostok et le cosmonaute entament chacun de leur côté une descente sous parachute, avec comme précaution importante, le fait que le vaisseau vide touche le sol avant Gagarine.

« J'ai vu ma capsule atterrir : un parachute blanc couché par terre avec, à côté une boule noire carbonisée. » (traduction d’un extrait du rapport de Gagarine)

Le dessin montre également les parachutes extracteurs et le parachute de secours de Gagarine. J’ignore pourquoi Gagarine a également ouvert le parachute de secours (merci de poster un commentaire si vous connaissez la réponse). On distingue également le pack de sauvetage de couleur orange avec le canot qui se gonfle automatiquement et l’émetteur-balise.


 

Big bon 1700

Profil d'atterrissage de Gagarine.
Copyright et remerciements : Tezio

«  J'étais très bien assis sur mon siège, comme dans un fauteuil. Je me suis senti poussé sur ma droite. J'ai vu un grand fleuve. Tout de suite, j'ai pensé que c'était la Volga. Il n'y avait pas d'autre fleuve dans le secteur... Je me suis dit: bon, le vent va me pousser, je vais devoir me poser sur l'eau. Le parachute stabilisateur s'est détaché au profit du parachute principal. Tout s'est fait doucement, je n'ai presque rien remarqué. Quant à son tour mon siège est parti au-dessous de moi, je ne m'en suis pas aperçu. Je me suis laissé porter par le parachute principal. J’étais poussé vers la Volga. En stage de parachutisme, nous avions beaucoup sauté par là-bas. Et beaucoup volé. J'ai reconnu le pont de la voie ferrée ainsi qu'une langue de terre qui s'avançait très loin dans la Volga. J'ai pensé que c'était Saratov. J'allais atterrir à Saratov. » (traduction d’un extrait du rapport de Gagarine)

 

Pour les voyageurs de l’espace qui reviennent sur terre après un séjour en impesanteur, malgré leur entraînement, la rentrée dans l’atmosphère (décélération, échauffement de la capsule, perte des liaisons radio) est une étape particulièrement éprouvante…

Dans un autre domaine, le parachute, lorsqu'il est doré, peut être accompagné d'un matelas pour amortir la chute.

 

En savoir plus :


Suggestions d’utilisations pédagogiques en classe :

  • Un petit jeu sur la résistance de l’air et la descente sous parachute : avec Excel ou un tableur équivalent, essayer de reconstituer les dernières minutes de la descente de Gagarine et du Vostok-1 ou d’un vaisseau Soyouz TMA moderne. Faire le bilan des forces et appliquer la loi de la dynamique F= M avec une méthode « pas à pas ». Utiliser la formule suivante pour la résistance de l’air : R = 1/2CxV2. Avec le tableur, on peut tenir compte de la variation de la densité de l’air en fonction de l’altitude. Pour l’application numérique, trouver les valeurs importantes sur les sites mentionnés ici. Explication et calcul de la vitesse limite. Vérifier si on retrouve des valeurs cohérentes avec les chiffres cités dans cet article.
  • Plus costaud, résoudre l’équation des forces et trouver la formule donnant la vitesse et l’altitude en fonction du temps. Idem pour un vol complet de fusée expérimentale dans l’atmosphère avec la phase propulsée, la phase balistique et la descente sous parachute. Voir en particulier une note technique de l’association Planète Sciences sur la stabilité et la trajectoire des fusées.
  • Pour les plus jeunes, toutes les activités pédagogiques de Planète Sciences avec les fusées à eau et les microfusées, la minifusée, avec en particulier la descente sous parachute. Voir également l’opération « Une fusée à l’école ». Les activités espace de Planète Sciences sont faites sous l'égide du CNES. Voir les pages du CNES pour les enseignants et les projets pour la classe.


 


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  • : Les satellites d'observation de la Terre au service de l'environnement : images et exemples dans les domaines de l'environnement, la gestion des risques, l'agriculture et la changement climatique. Et aussi, un peu d'espace et d'astronomie, chaque fois que cela suscite questions et curiosité...
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  • Ingénieur dans le domaine de l'observation de la Terre.
Bénévole de l'association Planète Sciences Midi-Pyrénées
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