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23 décembre 2016 5 23 /12 /décembre /2016 18:26

 

Calendrier spatial et astronomique - Décembre 2016 - Agriculture - Irrigation - Arabie Saoudite - Sentinel-2A - ESA - Copernicus - Commission européenne

Le calendrier du mois de décembre 2016 illustrée par une image de parcelles irriguées
en Arabie Saoudite vues par le satellite Sentinel-2A.
Crédit image : ESA / Copernicus / Commission européenne. Illustration Gédéon

 

Voici la dernière page du calendrier 2016 Du blog Un autre regard sur la Terre. Le satellite Sentinel-2A a pris cette image le 4 décembre 2016 à 7h22 UTC, alors qu’il survolait l’Arabie Saoudite. Il s’agit ici d’une combinaison colorée utilisant un canal proche infra-rouge, mettant bien en évidence la végétation active dans les parcelles circulaires irriguées.

Les coordonnées du centre de l’image sont approximativement 24° Latitude Nord et 48.5° de longitude Est. Nous sommes dans la province orientale d'ach-Charqiya, environ à 230 km à l’est de Ryad et 308 km au sud-ouest de Doha au Qatar. A proximité, la ville d’Harad et ses installations pétrolières.

L’extrait suivant couvre un champ un peu plus large, en couleurs naturelles cette fois-ci.

 

Arabie Saoudite - Agriculture - irrigation - désert - Sentinel-2A - Décembre 2016 - ESA - Copernicus - Commission européenne

Parcelles irriguées en Arabie Saoudite vues par le satellite Sentinel-2A.
Représentation en couleurs naturelles d’un extrait d’une image acquise le 4 décembre 2016
à 7h22 UTC. Crédit image : ESA / Copernicus / Commission européenne

 

Et pour vous donner une idée des différentes entre les deux types de composition colorée, un autre extrait avec un beau champ de dunes à l’ouest de l’image illustrant le calendrier de décembre :

 

Arabie Saoudite - Désert - Dunes - Agriculture - Irrigation - Sentinel-2A - satellite d'observation - ESA - Copernicus - Couleurs naturellesArabie Saoudite - Désert - Dunes - Agriculture - Irrigation - Sentinel-2A - satellite d'observation - ESA - Copernicus - proche infrarouge

Champ de dunes et parcelles irriguées en Arabie Saoudite vues par le satellite Sentinel-2A.
Image acquise le 4 décembre 2016 à 7h22 UTC. En haut, représentation en couleurs naturelles
(canaux 4,3 et 2).  En bas, représentation en fausses couleurs utilisant le canal proche
infrarouge (canaux 8, 4 et 3). Crédit image : ESA / Copernicus / Commission européenne

 

Les lancements orbitaux du mois de novembre 2016

Les habitués du blog Un autre regard sur la Terre savent que j’ai pris beaucoup de retard dans mon  historique des lancements de l’année 2016. Dans deux semaines se sera le moment de faire un bilan complet de l’année. J’espère avoir terminé ma mise à jour…

En attendant, voici le bilan des lancements du mois de novembre.

 

Lancements 2016 - Mois de novembre - Fusées - satellites - pays - historique - launch log - vols habités

Bilan des lancements orbitaux du mois de novembre 2016 : fusées lancées,
sites et pays de lancements, mission des satellites et masse satellisée.
Illustration : Gédéon

 

Il y a eu neuf lancements en novembre, tous réussis. Ce n’est pas le record annuel (dix lancements réussis en mars et juin) mais c’est bien au-dessus du rythme des quatre derniers mois.

La chine occupe la première place du podium avec 4 lancements dont le premier vol du nouveau lanceur lourd Chang Zheng5. Les images sont impressionnantes !

Les Etats-Unis ont effectué deux lancements de la fusée Atlas opérée par United Launch Alliance. La Russie, le Japon et l’Europe occupent à égalité la troisième place avec un lancement chacun. Mention spéciale pour la Russie avec un cinquième vol habité cette année, moins d’un mois après le vol du 19 octobre. Dans l’équipage du Soyouz MS-03 notre Thomas Pesquet national et européen. Mes amis blogueurs qui ont eu la chance d’assister au lancement à Baïkonour continuent à dépiler leurs superbes photos…

 

Lancements orbitaux - bilan de l'année 2016 - satellites - fusées - masse satellisée - Launch log

Le bilan annuel  à la fin du mois de novembre 2016 : nombre de lancements cumulé,
taux de réussite satellites lancés et masse satellisée. Illustration : Gédéon

 

Globalement, le mois de novembre se termine avec total de 73 lancements depuis le début de l’année. Un mois avant la nouvelle année, la Chine et les USA sont presque ex-aequo à  la première place avec  19 lancements chacun. Presque ex-aequo ? Avantage aux Etats-Unis car la Chine a connu un échec fin août au moment du lancement du satellite Gaofen-4 par une fusée Chang Zheng 4C.

Notez que je ne compte pas l’explosion de Falcon 9 en septembre : l’accident a eu lieu avant le lancement proprement dit, pendant un essai statique du lanceur. Je suis d’accord : ça peut se discuter.

Voici quelques détails sur les lancements orbitaux du mois de novembre 2016 :

  • 2 novembre 2016, 6:20 UTC, Tanegashima (complexe de lancement Yoshinobu n°1) : le satellite météorologique Himawari 9 est mis sur une orbite de transfert géostationnaire par une fusée H-2A, dans sa version avec deux boosters à poudre SRB-A. C’était le 2ème lancement d’une fusée H2-A en 2016 et le 30ème succès en 31 vols. Le satellite Himawari 9 a une masse de 3500 kg.

 

H2-A - Tanegashima - Lancement - Satellite Himawari-9 - Jaxa - 2 novembre 2016

2 novembre 2016, Tanegashima : décollage de la fusée japonaise H-2A emportant le
satellite météorologique Himawari 9. Crédit image : JAXA

 

Chang Zheng 5 : succès du premier lancement du lanceur lourd chinois

  • 3 novembre 2016, 12:43 UTC, Wenchang (île d’Hainan, pas de tir 101) : pour son vol inaugural, le lanceur lourd Chang Zheng 5 met en orbite une charge utile composée du satellite Shijian 17 et d’une étage supérieur réallumable Yuanszheng 2 (YZ-2). Shijian 17 est un satellite expérimental à propulsion ionique pour le maintien à poste. L’étage supérieur sert à circulariser son orbite (GEO). Le poids total de la charge utile est estimé à 12 tonnes, dont 4 tonnes pour le satellite Shijian 17. Au décollage, la nouvelle fusée Chang Zheng 5 pèse plus de 870 tonnes, un record. Le premièr étage cryotechnique, avec un diamètre de 5 mètres, emporte 176 tonnes d’ergols. Il est renforcé par 4 boosters équipés chacun de deux moteurs (kérosène/LOX). Au total, les 10 moteurs du premier étage délivrent 1070 tonnes de poussée. La fusée à une hauteur de 57 mètres.

 

Chang Zheng 5 - Vol inaugural - Lanceur lourd chinois - Wenchang - 3 novembre 2016

Décollage de la première fusée Chang Zheng 5 depuis la base de Wenchang le 3 novembre 2016

 

  • 9 novembre 2016, 23:42 UTC, Jiuquan (rampe mobile) : pour son deuxième vol connu, une fusée Chang Zheng 11 met en orbite basse le satellite expérimental XPNAV 1(X-Ray Pulsar Navigation), construit par le CAST ainsi que plusieurs micro-satellites. Avec une masse de 240 kg, XPNAV 1 va tester l’utilisation des rayons X émis périodiquement par les pulsars pour la navigation. L’orbite est circulaire à 500 km d’altitude (certains satellites sont sur une orbite elliptique dont l’altitude est comprise entre 500 et 1000 km.
  • 11 novembre 2016, 18:30 UTC, Vandenberg AFB (SLC 3) : une fusée Atlas 5 AV-602, dans sa version 401, met en orbite le satellite d’observation WorldView-4 de la société Digital Globe (2087 kg). L’orbite initiale est héliosynchrone, inclinée à 97,96° et à une altitude moyenne de 617 km. Sept petits cubesats ont également été mis en orbite à cette occasion. Le lancement était initialement prévu en septembre mais un incendie à proximité du site de lancement a entraîné un retard important.
  • 11 novembre 2016, 23:14 UTC, Jiuquan (LC 43/603) : une fusée Chang Zheng 2D met en orbite le satellite météorologique, un satellite de nouvelle génération, travaillant en orbite basse héliosynchrone (LEO).
  • 17 novembre 2016, 20:00 UTC, Baikonour (Zone 1 Pas de tir n°5) : une fusée Soyouz FG lance le vaisseau Soyouz MS-03, le troisème exemplaire de la nouvelle version avec une avionique améliorée, à destination de l’ISS. A bord, le français Thomas Pesquet, membre du corps des astronautes de l’ESA, est accompagné du russe Oleg Viktorovicth Novitskiy et de l’américaine Peggy Whitson. Au total, 7220 kg de charge utile. Deux vols habités en moins d’un mois, le cinquième depuis le début de l’année 2016 !

 

Galileo sur Ariane 5

  • 17 novembre 2016, 13:06 UTC, Kourou (ELA 3) : du nouveau pour Ariane 5, un premier lancement pour la constellation européenne Galileo. La mission VA233, une version Ariane 5 ES, celle utilisé pour les 5 missions ATV, spécialement adaptée, met en orbite quatre satellites Galileo, les 15ème, 16ème, 17ème et 18ème exemplaires. La masse totale satellisée est de 2865 kg, à laquelle il faut ajouter les 430 kg du « dispenser » conçu par Airbus Safran Launchers. Il s’agissait du 6ème vol d’un lanceur Ariane ES.

 

Ariane 5 ES - VA 233 - Galileo - Arianespace - Kourou  - CSG - 17 novembre 2016

Une première pour Ariane 5 : le lancement de satellites Galileo.
Décollage de la fusée Ariane 5 VA 233 depuis le Centre Spatial Guyanais le 17 novembre 2016.
Crédit image : ESA / CNES / Optique vidéo du CSG

 

  • 19 novembre 2016, 23:42 UTC, Cape Canaveral (SLC 41) : une fusée Atlas-5, dans sa version 5-541, met en orbite le satellite météorologique GOES-R. Construit par Lookheed Martin sur une plateforme A2100, le satellite a une masse de 5192 kg. Il a utilisé son moteur d’apogée LEEROS-1C (Hydrazine/MON) pour rejoindre l’orbite géostationnaire.
  • 22 novembre 2016, 15:24 UTC, Xichang (complexe de lancement n°2) : une fusée Chang Zheng 3CE met en orbite de transfert géostationnaire le satellite relais Tianlain 1-4 (Sky Link). Développé par le CAST (China Academy of Space Technology), sa masse est de 2460 kg.

Pour être complet, même si je ne les comptabilise pas dans la catégorie des lancements orbitaux, quatre petits satellites Lemur-2 (Sokolsky, Xiaoqing, Anubhavthakur et Wingo) ont été mis en orbite à partir du cargo Cygnus OA-5. « Lâchés » le 25 et le 26 novembre 2016, ils embarquent des instruments météorologiques et AIS.

Du côté du nombre de satellites, novembre arrive en deuxième place avec 23 satellites lancés et mis en orbite, loin derrière le record du mois de juin 2016 (36 satellites mis en orbite). La masse totale satellisée dépasse 29 tonnes mais la masse moyenne des satellites lancés en novembre n’est que de 1266 kg, bien en dessous de la moyenne annuelle actuelle (2106 kg). Un nombre important de cubesats a compensé les masses importantes du vaisseau Soyouz MS-03 (le record du mois avec 7220 kg) ou du satellite météorologique GOES R (5192 kg).

Fin novembre, la masse totale satellisée avec succès atteint presque 295 tonnes et on devrait donc allégrement dépasser les 300 tonnes à la fin de l’année 2016 : il reste quelques gros bébés prévus en décembre.

A bientôt pour le bilan complet de l’année 2016…

 

En savoir plus :

 

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12 juillet 2016 2 12 /07 /juillet /2016 23:52

 

Calendrier spatial - Juillet 2016 - Lac Mead - Las Vegas - Sentinel-2 - Copernicus - ESA - Commission européenne

Le calendrier spatial du mois de juillet 2016, illustré par une image du lac Mead dans le Nevada, tout près de Las Vegas. L’image a été acquise le 5 juillet 2016 à 18:33 UTC par le satellite européen Sentinel-2. Crédit image : ESA / Copernicus / Commission européenne. Illustration : Gédéon

 

J’ai hésité à en faire le quiz du mois de juillet mais j’ai finalement gardé cette image pour le calendrier spatial du mois.

Vous voyez ce que c’est ? Non ? C’est une partie du lac Mead, à la frontière entre le Nevada au nord et l’Arizona au sud, aux Etats-Unis, tout près de Las Vegas.

D’accord, j’ai déjà utilisé des images de l’ouest des Etats-Unis à 2 reprises, le Colorado en mars et le sud de la Californie en avril. Mais je ne m’en lasse pas…

 

Welcome to the Fabulous Las Vegas

La fauchée de Sentinel-2 permet de couvrir un champ beaucoup plus large que la partie du lac Mead qui illustre le calendrier de juillet.

Voici une version en résolution réduite de l’image complète, représentée ici dans une composition colorée utilisant le canal proche infra-rouge pour mettre en évidence la végétation active et les surfaces irriguées de cette région aride.

 

Las Vegas et le lac Mead - Nevada - Arizona - Sentinel - Sentinel-2 - ESA - Copernicus - Proche infrarouge

Dans le Nevada, la région de Las Vegas et le lac Mead. Image acquise le 5 juillet 2016 à 18:33 UTC par le satellite européen Sentinel-2. Version en résolution réduite. Représentation colorée utilisant le canal proche infrarouge. Cliquez sur l’image pour la voir en grand format. Version en couleurs naturelles disponible ici. Crédit image : ESA / Copernicus / Commission européenne

 

Si vous avez un accès réseau rapide et un PC musclé, je vous invite à charger l’image d’origine complète sur le site Sentinel Data Hub de l’ESA et d’y faire une petite balade avec le logiciel SNAP téléchargeable sur le site de l’ESA.

En zoomant plus au moins, on comprend tout l’intérêt des images Sentinel-2 qui associent à la fois un grand champ et une assez bonne résolution. Evidemment, on ne voit pas le même niveau de détail qu’avec une image Pléiades mais, même au cœur de Las Vegas, on distingue les grandes artères et les principaux quartiers.

 

Las Vegas - Strip - satelllite - Sentinel - Sentinel-2A - ESA - Copernicus - Welcome to the fabulous Las Vegas - Bellagio - Wynn - Louxor

Welcome to the fabulous Las Vegas : la ville vue par le satellite européen Sentinel-2.
Extrait d’une image acquise le 5 juillet 2016 à 18:33 UTC.
Crédit image : ESA / Copernicus / Commission européenne

 

L’image en « fausses couleurs », avec le canal proche infrarouge est disponible ici. J’ai déjà publié un quiz avec une image ASTER de Las Vegas qui permettait de voir les pelouses bien arrosées et les terrains de golf. L’image de Sentinel-2 prise en juin 2016 permet de voir que tout le gazon n’est pas artificiel.

 

Casino royal

Si vous avez déjà eu l’occasion de visiter cette ville, vous pourrez peut-être reconnaître les principaux hôtels et les attractions le long du strip, avec du nord au sud, à partir de l’hôtel Stratosphere : le Sahara, Circus Circus, Le Wynn, The Venetian, Treasure Island, The Mirage, Ceasars Palace, Paris Las Vegas en face du Bellagio (forme incurvée bien visible sur l’image et de ses fontaines, Excalibur, Le luxor avec sa pyramide noire et son sphinx blanc également reconnaissable sur l’image, le Mandalay Bay, etc. Les pistes de l'aéroport international McCarran sont évidemment bien visibles.

Cet exemple laisse entrevoir toutes les applications possibles des images de Sentinel-2, y compris la vérification sommaire de la mise à jour de carte. Ces images sont gratuites, accessibles à tout le monde sans restriction ! Etonnant, non ?

 

Las Vegas - Stratosphere - Manèges - Casino - Welcome to the fabulous Las Vegas - By night

Même si c’est pris du haut du Stratosphere, ce n’est pas une image satellite : une vue de Las Vegas
prise depuis le sommet de l’hôtel Stratosphere. Avec quelques attractions pour les amateurs
de sensations fortes. Crédit image : Gédéon

 

Si on s’éloigne de la ville, l’image Sentinel-2 permet d’apprécier les contours du Lac Mead.

 

Lac Mead - Nevada - Arizona - Sentinel - Copernicus - ESA - Sentinel-2 - Juillet 2016

Le lac Mead. Un autre extrait d’une image acquise le 5 juillet 2016 à 18:33 UTC.
Représentation en couleurs naturelles. Crédit image : ESA / Copernicus / Commission européenne

 

En zoomant dans l’image complète, vous découvrirez également quelques détails intéressants et des installations étonnantes… Notez par exemple l’occupation des sols au nord du lac Mead dans la Moapa Valley le long de la Muddy River.

 

Sentinel-2 - Copernicus - ESA - satellite - Moapa Valley - Muddy river - Juillet 2016

Au nord du lac Mead, la Muddy River et la Moapa Valley. Extrait de l’image acquise par
Sentinel-2 le 5 juillet 2016 à 18:33 UTC. Représentation utilisant le canal proche infrarouge.
L’image en couleurs naturelles est disponible ici.
Crédit image : ESA / Copernicus / Commission européenne.

 

KFC : Kalifornia Fried Chicken

Ou encore l’impressionnante installation de l’Ivanpah Solar Electric Generating System, à 64 km au sud-ouest de Las Vegas dans le désert de Mojave, juste au sud de la frontière avec la Californie. Sur 14 km2, plus de 170 000 miroirs concentrent l’énergie solaire sur des générateurs de vapeur installés au sommet de trois tours (240 mètres de hauteur). C’est le plus grand site d’énergie solaire aux Etats-Unis.

 

Quand le solaire fait un four...

Opérationnelle depuis février 2014, la centrale de 400 MW rencontre pourtant quelques problèmes (de jeunesse ?) : elle ne livre pas toute la puissance prévue contractuellement (comme son nom l'indique). En mai 2016, un incendie, causé par un mauvais asservissement d’une partie des miroirs, a détruit une partie des installations, sans parler des pilotes qui se plaignent d’éblouissements ou des oiseaux transformés accidentellement en poulets grillés (et livrés directement au golfeurs jouant à proximité)…

 

Californie - Centrale solaire Ivanpah - l’Ivanpah Solar Electric Generating System - Sentinel-2A - Sentinel - ESA - Copernicus - Commission européenne - Juillet 2016

La centrale solaire d’Ivanpah au sud de Las Vegas. Extrait de l’image acquise par Sentinel-2
le 5 juillet 2016 à 18:33 UTC. Représentation utilisant le canal proche infrarouge.
Les miroirs et les trois tours sont bien visibles comme le green (rouge) du golf tout proche.
L’image en couleurs naturelles est disponible ici.
Crédit image : ESA / Copernicus / Commission européenne

 

Dix lancements orbitaux, tous réussis, au mois de juin 2016

Le mois de juin 2016 a été un bon cru : dix lancement orbitaux, tous réussis, et un nombre record de satellite mis en orbite. Il est vrai que la 36ème fusée de la famille PSLV a mis à elle seule 20 satellites en orbite (dont 12 petits satellites de moins de 5 kg de la constellation Flock de la société Planet).

La Chine et les USA arrivent en tête avec 3 lancements chacun. La Chine a procédé au vol inaugural d’un nouveau lanceur, la fusée Chang Zheng 7, sur un tout nouveau site de lancement, à Wenchang.

La Russie occupe la deuxième place du podium avec deux lancements. L’Inde et l’Europe ont procédé chacune à un lancement.

 

Lancements orbitaux - 2016 - mois de juin - satellites - pays - lanceurs - masse - charge utile - mission - records

Bilan des lancements orbitaux du mois de juin 2016. Illustration : Gédéon

 

La masse totale satellisée est d’environ 45 tonnes, un peu moins que le record du mois de mars, avec quelques beaux bébés comme Intelsat IS-31 (6320 kg), MUOS 5 (6740 kg) ou Echostar 18 (6300 kg). Ariane 5 a battu son record de charge utile en orbite GTO avec 9840 kg pour les deux satellites (10730 kg avec les structures porteuses). Le précédent record pour l’orbite GTO datait de février 2013 avec le vol VA 212 (9503 kg pour Amazonas 3 et Azerspace/Africasat 1A).

Le nombre élevé de petits satellites (dont les Flock qui pèsent chacun moins de 5 kg) fait néanmoins tomber la masse moyenne satellisée à 1237 kg.

Au total, depuis le début de l’année, il y a eu 43 lancements et 82 satellites mis en orbite. La masse totale satellisée est d’environ 166 tonnes. Je n’ai pas trouvé de détail sur le satellite lancé par le Chine le 30 juin. J’ai pris par défaut 2500 kg, un peu moins que la capacité de lancement en orbite LEO de la fusée Chang Zheng 4B. C’est peut-être un peu moins.

 
Lancements - bilan 2016 - launch record - fusée - satellite - charge utile - masse satellisée - mise en orbite - succès et échecs
Lancements et satellites mis en orbite au cours de l'année 2016. Bilan des masses satellisées. Illustration : Gédéon
 

Voici quelques détails sur ces dix lancements :

  • 4 juin 2016, 13:45 UTC, Plestesk (LC 133/3) : une fusée Rokot / Briz KM met en orbite héliosynchrone le satellite militaire de géodésie spatiale Geo-IK-2 n°12L. D’une masse de 900 kg, Geo-IK-2 n°12L remplace son prédécesseur n°11 placé sur une mauvaise orbite en février 2011. SA mission est de cartographier le champ gravitationnel de la Terre.
  • 9 juin 2016, 07:10 UTC, Baikonour (Area 81 Pad 24) : un lanceur Proton M / Briz M, dans sa version « Phase 4 » met en orbite de transfert géostationnaire le satellite de télécommunication Intelsat 31. Intelsat 31, d’une masse de 6310 kg, a été construit par Space Systems Loral. Il semble y avoir eu une extinction prématurée (9 secondes) d’un des quatre moteurs du second étage, anomalie compensée par une combustion plus longue (33 secondes environ) de l’étage Briz M. C’est le troisième lancement Proton de l’année 2016 et le 412ème au total.
  • 11 juin 2016, 17:51, Cap Canaveral (SLC 37B) : Delta 374, le neuvième lanceur Delta 4 Heavy,  met en orbite le satellite militaire NROL 37 pour le compte du National Reconnaissance Office. NROL 37 est probablement un satellite d’écoute électronique (ELINT) de la famille Mentor (Advanced Orion). Il s’agit de satellites de grande taille dotés d’une antenne géante et pesant environ 6 tonnes.

 

11 juin 2016 - Delta 4 Heavy - Cap Canaveral - satellite militaire - NROL 37 - National Reconnaissance Office - ULA

11 juin 2016 : lancement de la fusée Delta 4 Heavy depuis Cap Canaveral.
Sous la coiffe, le satellite militaire NROL 37 du National Reconnaissance Office.
Toujours à votre écoute… Crédit image : ULA

 

  • 12 juin 2016, 15:30 UTC, Xichang (LC 3) : une fusée Chang Zheng 3C met en orbite le satellite de navigation Beidou 2 G7 sur une orbite de transfert géostationnaire.
  • 15 juin 2016, 14:49 UTC, Cap Canaveral (SLC 40) : la 26ème fusée Falcon 9 de Space X, une version 1.2 FT, met en orbite les satellites de télécommunications Eutelset 111 West B et ABS 2A. La tentative de récupération du premier étage a échoué (baisse de poussée sur un des trois moteurs). Les masses respectives des deux satellites, construits par Boeing, sont de 1963 kg et 2200 kg.
  • 18 juin 2016, 21:38 UTC, Centre Space Guyanais (ELA 3) : pour la mission VA230, la 3ème fusée Ariane 5 de l’année 2016 met en orbite les satellites de télécommunications Echostar et BRIsat. Au total, c’est une charge utile record pour Ariane 5 : 9840 kg en orbite GTO. Echostar, lancé pour le compte de DISH Network, a une masse de 6300 kg. BRIsat, appartenant à la banque P.T. Bank Rakyat Indonesia, pèse 3540 kg. Les deux satellites ont été construits par Space Systems Loral.

 

Ariane 5 - VA230 - Echostar 18 - BRISat - CNES - Arianespace - CSG - ESA - 18 juin 2016

18 juin 2016 : lancement de la fusée Ariane VA230 depuis le Centre Spatial Guyanais. 
Ariane 5 emporte les deux satellites Echostar er BRIsat.
Crédit image : CNES / ESA / Arianespace / Optique vidéo du CSG / S. Martin

 

  • 22 juin 2016, 3:55 UTC, Satish Dhawan space Center, Sriharikota : une fusée PSLV-XL, la 36ème de cette famille de lanceurs met en orbite le satellite d’observation Cartosat 2. A 505 km d’altitude, l’orbite héliosynchrone est inclinée à 97,48°. A l’intérieur de la coiffe, le satellite d’observation de la Terre Cartosat 2 n’est pas seul : au total, 20 satellites, un nombre record, prennent la direction de l’espace. Parmi eux, 15 autres satellites d’observation de la Terre : SkySat 2G-1, LAPAN A3, BIROS et 12 satellites de la constellation Flock 2P.
  • 24 juin 2016, 14:30, Cap Canaveral (SLC 41) : une fusée Atlas 5-551 met en orbite de transfert géostationnaire le satellite MUOS 5. Destiné à l’US Navy, MUOS 5 (pour Mobile User Objective System) assure un service de communication avec les mobiles. Le premier MUOS a été lancé en 2012. Construit par Lockheed Martin, le satellite MUOS 5 a une masse de 6740 kg. C’était le premier vol d’une fusée Atlas 5 depuis l’anomalie de la mission Cygnus de mars 2016 (extinction prématurée du premier étage compensée par une poussée plus longue de l’étage supérieur).

 

4 juin 2016 - lancement du satellite militaire MUOS 5 - fusée Atlas 5 - US Navy - ULA

4 juin 2016 : lancement du satellite militaire MUOS 5 par une fusée Atlas 5.
Crédit image : ULA

 

Un nouveau lanceur sur un nouveau site de lancement

  • 25 juin 2016, 12:00 UTC, Wenchang (aire de lancement 201) : premier lancement d’une fusée Chang Zheng 7 depuis le nouveau site chinois de Wenchang (île d’Hainan). Pour ce vol inaugural, la fusée CZ-7 emportait plusieurs charges utiles dont une maquette du futur vaisseau habité NGCV (Next Generation Crew Vehicle) d’une masse d’environ 2,6 tonnes.

 

25 juin 2016 - lancement - fusée Chang Zheng 7 nouveau site de lancement chinois - Wenchang - Vol inaugural - NGCVNGCV - New Generation Crew Vehicle - Chang Zheng 7 - Wenchang - 25 juin 2016

25 juin 2016 : lancement de la fusée Chang Zheng 7 depuis le nouveau site de lancement chinois de Wenchang. En bas : récupération de la maquette de la capsule NGCV. Crédit image : www.news.cn

 

  • 30 juin 2016, 3:21 UTC, Jiuquan (LC 43/603) : pour le neuvième lancement chinois de l’année 2016, une fusée Chang Zheng CZ-4B lance le deuxième satellite Shijian-16. L’orbite est inclinée à 75°, à une altitude moyenne de 606 km. L’agence de presse chinoise indique une mission de mesure de l’environnement spatial et de validation de technologies. Compte tenu de l’orbite inhabituelle, certains analystes occidentaux pensent qu’il s’agit plutôt d’une mission d’écoute électronique (ELINT). Le premier satellite Shijian 16 avait été lancé en octobre 2013.

Il y a eu également 8 satellites mis en orbite à partir de l’ISS (Station Spatiale Internationale) : du 1er au 2 juin, 4 satellites d’observation de la Terre de la constellation Flock-2e de Planet et, le 21 juin, 4 satellites de la constellation Lemur-2 (Cubecheese, Bridgeman, Nate et DrMuzz) pour une mission AIS et radio-occultation météo.

 

Les débris spatiaux : des collisions en orbite ?

Dans la série des petits ennuis que les satellites peuvent rencontrer en orbite, c’est le thème que j’ai choisi pour le mois de juillet.

 

En savoir plus :

 

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28 juin 2016 2 28 /06 /juin /2016 23:53

 

Calendrier spatial - Juin 2016 - Sentinel-2 - ESA - Copernicus - Australie - Kimberley - Derby - Prince Regent Reserve - UNESCO

Le calendrier spatial de juin 2016, illustré par une image de la région de Kimberley en Australie vue par
le satellite européen Sentinel-2. Crédit image : ESA / Copernicus / Commission européenne

 

Sentinel-2 sur les traces d’Envisat

L’image Sentinel-2 qui illustre le calendrier spatial du mois de juin nous emmène dans la région de Kimberley, au nord-ouest de l’Australie. Elle couvre en particulier les 6400 km2 de la réserve naturelle du Prince Regent, classée par l’UNESCO comme réserve mondiale de Biosphère depuis 1978. L’image rappelle aussi le premier quiz du blog Un autre regard sur la Terre publié en mai 2010. A l'époque, l'image provenait de l'instrument MERIS du satellite Envisat.

On voit très bien le tracé de la Prince Regent River au sud de la réserve. Au nord, elle se prolonge par le Mitchell River National Park. L’image permet d’imaginer la diversité des paysages : gorges, falaises, chutes d’eau, montagnes, etc. Avec peu de routes, surtout accessible  par la mer, la réserve reste une des régions les plus sauvages d’Australie.

Augustus Island, ou Wurroolgu, est à l’extrémité de l’Archipel Bonaparte, à 15,36°S de latitude et 124,5°E de longitude. Pour fixer les idées, son plus grande longueur est de 22 km.
 

Calendrier spatial - Juin 2016 - Sentinel-2 - ESA - Copernicus - Australie - Kimberley - Derby - Prince Regent Reserve - UNESCO - Archipel Bonaparte - Augustus Island - Wurroolgu

La région de Kimberley vue par le satellite Sentinel-2. Extrait d’une l’image acquise le 5 juin 2016
à 1h56 UTC. Crédit image : ESA / Copernicus / Commission européenne

 

J’ai mis ici plusieurs extraits de l’image Sentinel-2 qui permettent de découvrir plus en détail cette côte très découpée. En voici deux exemples.

 

Sentinel - Sentinel -2A - Australie - Kimberley - Juin 2016 - ESA - Copernicus - Commission européenne - satellite - la Terre vue de l'espace Sentinel - Sentinel -2A - Australie - Kimberley - Juin 2016 - ESA - Copernicus - Commission européenne - satellite - la Terre vue de l'espace

La région de Kimberley vue par le satellite Sentinel-2. Deux autres extraits de l’image acquise
le 5 juin 2016 à 1h56 UTC. Crédit image : ESA / Copernicus / Commission européenne

 

Plus au sud, à quelques secondes de « vol » pour le satellite Sentinel-2, le paysage change complètement. Voici un extrait d’une autre image, approximativement au niveau de la petite ville de Camballin, pratiquement à 18°S de latitude, à 110 km au sud de Derby. D’autres extraits sont visibles ici.

 

Calendrier spatial - Juin 2016 - Sentinel-2 - ESA - Copernicus - Australie - Western Australia - Kimberley - Camballin

Toujours à l’ouest de l’australie, un peu plus au sud, le paysage au niveau de Camballin
vu par le satellite Sentinel-2. Extrait d’une l’image acquise le 5 juin 2016 à 1h56 UTC.
Crédit image : ESA / Copernicus / Commission européenne

 

Les lancements orbitaux du mois de mai 2016

Il y a eu 6 lancements orbitaux en mai 2016, tous réussis, avec 9 satellites mis en orbite. La masse totale satellisée est d’un peu plus de 15 tonnes, la plus faible depuis le début de l’année. La Russie, la Chine et les USA occupent le podium des pays lanceurs.

Depuis le début de l’année, les satellites institutionnels civils représentent 61% des charges utiles mises en orbite. Le marché commercial (essentiellement pour les télécommunications) ne représente que 15% du nombre de satellites lancés. Notez que je classe tous les satellites de navigation dans la catégorie « mission duale ».

 

Bilan des lancements - lancements orbitaux - Launch log - Launch record - 2016 - Mai 2016 - Missions - orbites - type de lanceur - pays de lancement Lancements - Année 2016 - Launch - Mai 2016 - Masse satellisée - Nombre de satellites - Nombre de fusées - taux de succès

Tableau de bord des lancements orbitaux du mois de mai 2016 et
statistiques des lancements de l’année 2016.
Crédit image : Gédéon

 

Voici une petite synthèse de chaque lancement :

  • 6 mai 2016, 5:21 UTC, Cap Canaveral (SLC40) : une fusée Falcon 9 FT met en orbite le satellite de télécommunications JCSAT 14. L’orbite initiale est une orbite de transfert géostationnaire (188 x 35956 km) inclinée à 23,7°. Construit par Space Systems Loral pour le compte de l’opérateur Sky Perfect JSAT, le satellite avait une masse au décollage de 4696 kg. Après le premier atterrissage/amerrissage réussi sur la barge « Of Course I Still Love You » en mai 2016, Space X a de nouveau récupéré son premier étage en douceur, à environ 660 km du site de lancement. C’était le 24ème vol d’une fusée Falcon 9 et le quatrième dans la version dite FT pour Full Thrust (Falcon 9 v1.2), le troisième vers une orbite GTO.
  • 15 mai 2016, 2:43 UTC, Jiuquan (LC43) : une fusée Chang Zheng 2D met en orbite le satellite d’observation Yaogan 30. C’est le cinquième lancement chinois de  l’année 2016. L’orbite héliosynchrone, inclinée à 98,07°, a une altitude comprise entre 626 et 655 km. Les autorités chinoises affirment qu’il s’agit d’une mission civile mais certains spécialistes pensent qu’il est à usage militaire.
  • 24 mai 2016, 8:49 UTC, Centre Spatial Guyanais (ELS) : 15ème mission Soyouz (VS15) depuis la Guyane et nouveau succès pour Arianespace. Après 4 heures de mission, deux satellites du système de navigation Galileo (FM10 et FM11, alias Daniele et Alizee), construits par OHB et SSTL, sont mis en orbite MEO (altitude de 23522 km, inclinaison de 57,4°). Leur masse unitaire est de 715 kg. Au total, en incluant les deux satellites « mal garés » en 2014, les 4 satellites IOC (Initial Operating Capability), et les quatre couples de la FOC (Full Operational Capability), il y a désormais 14 satellites Galileo en orbite.

 

Soyouz - VS15 - Galileo - 24 mai 2016 - Centre Spatial Guyanais - CSG - CNES - ESA - Arianespace

24 mai 2016, Centre Spatial Guyanais : la fusée Soyouz VS15 emporte deux satellites du système
de navigation européen Galileo. Crédit image : ESA / CNES / Arianespace / Optique vidéo du CSG - P. Piron

 

  • 27 mai 2016, 21:39 UTC, Cap Canaveral (SLC40) : une fusée Falcon 9 FT met en orbite le satellite de télécommunication Thaicom 8 sur une orbite de transfert géostationnaire (250 x 90000 km). Orbital ATK a construit le satellite de 3025 kg. Equipé de 24 transpondeurs en bande Ku, il sera positionné à terme sur la longitude 78,5°E. Le premier étage a à nouveau atterri en douceur sur la barge de récupération (3ème succès consécutif).

 

Falcon 9 - Space X - Lancement - satellite Thaicom 8 - 27 mai 2016 - Cap Canaveral

27 mai 2016 : à Cap Canaveral en Floride, décollage de la Falcon 9. La fusée de SpaceX
emporte le satellite Thaicom 8. Crédit image : SpaceX

 

  • 29 mai 2016, 8:44 UTC, Plesetsk (site 43/4) : une fusée Soyouz 2-1B, la neuvième Soyouz depuis le début de l’année, avec un étage Fregat met en orbite le satellite de navigation Glonass-M n°53 (Kosmos 2516). Le satellite de 1415 kg a rejoint  une orbite à 19140 km d’altitude inclinée à 64,8°.
  • 30 mai 2016, Taiyuan (LC-9) : lancement du satellite d’observation Ziyuan-3 (ZY-3) par une fusée Chang-Zheng 4B. D’une masse au lancement de 2636 kg, il acquiert des images à 2 mètres de résolution pour le centre d’applications de cartographie (Satellite Surveying and Mapping Applications Center). Il est accompagné de deux petits satellites de 37 kg (Satellogic Argentine), également pour l’observation de la Terre : NUSAT-1 et NUSAT-2 alias Fresco et Batata.

Le 16 et le 17 mai, il y a eu également une série de cubesats « lâchés » sur une orbite à 400 km d’altitude inclinée à 51,6° depuis le module Kibo de l’ISS : MinXSS, CADRE, STMSat-A, Nodes 1 et 2, 8 satellites d’observation de la constellation Flock et 4 satellites de la série Lemur-2. 8 autres satellites Flock ont également été mis en orbite le 30 et le 31 mai.

 

Lancements de fusées : les succès et, parfois, les échecs...

Dans la nuit du 18 au 19 juin 2016, pour sa troisième mission de l’année, la fusée Ariane 5 a mis en orbite de transfert géostationnaire une masse record : 10730 kg au total dont 9840 kg pour les deux satellites de télécommunication EchoStar XVIII et BRIsat. Un nouveau succès pour le lanceur lourd européen.

VA230 ? 230ème vol Ariane depuis le lancement historique 24 décembre 1979. Avec une fiabilité extraordinaire : le lancement de juin 2016 représente le 72ème succès consécutif du lanceur Ariane 5.

Cela n’a pas été un long fleuve tranquille. On se souvient du 4 juin 1996 et de l’échec du vol 501, le vol inaugural : une mauvaise configuration du logiciel de contrôle de la trajectoire entraîna une déviation ce celle-ci, le déclenchement du système d’autodestruction de la fusée 37 secondes après le décollage et la perte des quatre satellites de la mission Cluster. Au total, le lanceur Ariane 5 a connu deux échecs (4 juin 1996 et 11 décembre 2002) et deux échecs partiels (12 juillet 2001 et 30 octobre 1997).

Dans la série « parfois ça rate », je continue à passer en revue les pannes et les accidents dans le spatial.

 

321… Parfois ça rate

L’échec du lancement, souvent médiatisé,  est l’accident le plus spectaculaire parmi les difficultés rencontrées par les systèmes spatiaux, qu’il s’agisse de vols habités ou de la mise en orbite de satellites. L’assurance d’un lancement représente également un coût important. 

Presque toutes les fusées ont connu des échecs au lancement. Les plus fiables ont surmonté ces difficultés et une part de leur compétitivité provient de primes d’assurance plus faibles.

Après un échec partiel en octobre 2012 (extinction prématurée d’un moteur et perte d’un des satellites),  la fusée Falcon-9 de SpaceX, a explosé le 28 juin 2015 après 139 secondes de vol, entraînant la perte de la mission CRS-7 (ravitaillement de l’ISS).

C’est également un problème d’étage supérieur Fregat de la fusée Soyouz qui a entraîné un mauvais déploiement de deux satellites Galileo lancés depuis le Centre Spatial Guyanais en août 2014.

Le premier lancement d’une fusée Zenit a lieu le 13 avril 1985, un échec. Au total, elle a connu, si je compte bien, 15 échecs en 83 lancements. Une originalité : les lancements depuis une plate-forme en mer, commercialisés à partir de mars 1999 par la société Sea Launch.

Lancée dans sa première version depuis 1965, la fusée Proton a rencontré également un certain nombre de problèmes : commercialisée par ILS, elle reste le lanceur lourd le plus utilisé au monde mais a connu huit échecs entre 2007 et 2015, principalement à cause de défaillance de l’étage supérieur BRIZ-M,  entament la confiance des clients.

 

2 juillet 2003 : échec du lancement de la fusée Proton-M. Elle devait mettre en orbite trois satellites
du système de navigation GLONASS. Source : youtube / Spaceflight101

 

Le lanceur américain Atlas V a aussi une longue histoire : les premières fusées Atlas, dérivées du missile balistique SM-65, ont été développées pour le programme de vols habités Mercury. Le premier vol de la version Atlas V a eu lieu le 21 août 2002. Au moment où j’écris cet article, elle n’a connu qu’un échec partiel au cours de sa dixième mission (le 15 juin 2007 avec un satellite de reconnaissance du NRO) en 63 lancements.

Toujours aux Etats-Unis, la fusée Delta est aussi dérivée d’un missile balistique, le PGM-17 Thor. Le lanceur Thor Delta vole pour la première fois en 1960 et met en orbite TIROS-1, premier satellite météorologique, le 1er avril 1960. Delta IV, la dernière version a été lancée pour la première fois le 20 novembre 2002. En 32 lancements, elle n’a connu qu’un échec partiel à l’occasion du premier vol de la version Delta IV Heavy le 21 décembre 2004.

Du côté de l’Asie, le Japon a travaillé sur un lanceur national, H-I, à partir du début des années 80. Le premier vol a lieu le 13 août 1986. La nouvelle version est la fusée HII-A, lancée pour la première fois le 29 août 2001. Sur un total de 30 lancements à ce jour, le seul échec est intervenu au sixième lancement le 29 novembre 2003.

En Inde, le lanceur lourd est le GSLV (Geosynchronous Satellite Launch Vehicle) développé par l’ISRO. Depuis le premier lancement le 18 avril 2001, la fusée GSLV a été lancée 9 fois dans deux versions (Mk 1 et Mk 2), avec 3 échecs et 2 échecs partiels. La nouvelle génération (Mk 3) utilise des solutions différentes. Elle a volé pour la première fois, avec succès, le 18 décembre 2014.

La première version du PSLV (Polar Satellite Launch Vehicle) a réalisé son vol inaugural le 20 septembre 1993. Ce fut un échec. Un autre échec partiel est survenu le 29 septembre 1997. Utilisée depuis octobre 2008, la version PSLV-XL (320 tonnes au décollage), la plus récente, n’a encore connu aucun échec en 15 lancements. Elle a notamment lancé les satellites d’observation français SPOT-6 et SPOT-7 d’Airbus Defence and Space.

 

Small is beautiful mais ça rate aussi…

Les plus petits lanceurs connaissent également quelques déboires : lancée pour la première fois le 21 avril 2013, la fusée américaine Antares, développée par Orbital ATK (anciennement Orbital Sciences Corporation), explose le 28 octobre 2014 après quelques secondes de vol au cours de sa cinquième mission emportant le cargo de ravitaillement de l’ISS Cygnus.

 

28 octobre 2014 - échec du lancement de la fusée Antares - Orbital ATK - Cygnus CRS-7 - NASA

28 octobre 2014 : échec du lancement de la fusée Antares d’Orbital ATK.
Crédit image : NASA

 

Côté tout petit lanceur innovant, on peut mentionner Super Strypi alias SPARK (Space-borne Payload Assist Rocket - Kauai), développé dans le cadre d’un programme de la défense américaine. Dérivé d’une fusée sonde à propergol solide, il pèse environ 30 tonnes au décollage, pour 12,2 mètres de hauteur et 1,32 mètre de diamètre. Le 4 novembre 2015, le vol inaugural, depuis Kauai (Pacific Missile Range Facility), a été un  échec : la fusée a explosé après une minute de vol.

On peut noter que le « petit » (juste 137 tonnes au décollage) lanceur européen Vega, commercialisé par Arianespace, avec 6 vols à son actifs, n’a connu aucun échec.

Je ferai un panorama plus complet des échecs de lancements et de leurs conséquences dans un prochain article.

 

En savoir plus :

 

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27 mai 2016 5 27 /05 /mai /2016 18:56

 

Bataille de Verdun - Commémoration - Mai 2016 - Douaumont - Calendrier spatial 2016 - Hollande - Merkel - Première guerre mondiale - forêt de Verdun

Le calendrier spatial du mois de mai 2016 : cent ans après la bataille, la région de Verdun vue par le satellite Sentinel-2A. Crédit image : ESA / Copernicus / Commission Européenne. Illustration Gédéon

 

Cent ans après la bataille, retour à Verdun avec Sentinel-2

Quelle famille française n'a pas au moins un parent qui n'ait combattu ou ne soit mort à Verdun ?

Dimanche 29 mai : c’est la date qui a été choisie pour la principale cérémonie de commémoration du centenaire de la bataille de Verdun. Elle a fait plus de 300 000 morts et des centaines de milliers de blessés entre le 21 février 1916 et le 15 décembre 1916.

Pourquoi le 29 mai ? En 1966, c’est ce jour qu’avait choisi le Général de Gaulle pour le 50 ans de la bataille de Verdun.

Au moment où le projet de construction européenne est de plus en plus souvent décrié, quand des pays pionniers de l’Europe envisagent d’en sortir (Brexit) et quand les frontières se referment un peu partout, placer cette journée d’hommage sous le signe de l’Europe et de la jeunesse n’est pas anodin.

En septembre 1984, devant l’ossuaire de Douaumont, la poignée de main entre François Mitterrand et Helmut Kohl avait marqué les esprits. Le 29 mai, le Président François Hollande, la chancelière allemande Angela Merkel, le président du Parlement européen Martin Schulz et le président de la Commission Européenne Jean-Claude Juncker, avec la participation de 4000 jeunes allemands et français, multiplieront les étapes symboliques et les discours pour tenter de redonner du sens au projet européen : nécropole de Douaumont, Hôtel de ville et place de la Nation à Verdun (première visite d’un chancelier allemand, Mémorial de Verdun à Fleury-dvant-Douaumont, cimetière allemand de Consenvoye.

 

Là où la géographie porte la marque de l’histoire…

A l’occasion d’un précédent quiz, j’ai déjà écrit un article assez détaillé sur la bataille de Verdun où j’évoquais, avant les premiers satellites, les débuts de l’utilisation de la photographie aérienne sur le champ de bataille.

Je mentionnais aussi les « zones rouges », où les activités humaines ont été provisoirement ou définitivement interdites à causes des destructions majeures et des risques liés aux munitions non explosées ou à la pollution.

Avec le cas très particulier de la forêt de Verdun, une forêt crée ex-nihilo après la guerre, sur la zone du champ de bataille soumis pendant des mois à des bombardements intensifs. A partir de 1923, 36 millions d’arbres, dont pratiquement deux tiers de feuillus (surtout des hêtres), sont plantés sur les anciennes terres agricoles, désormais inexploitables, et deviennent la forêt domaniale de Verdun. Déjà classée Natura 2000, la forêt de Verdun obtient le label national "Forêt d’exception" en 2014.

 

Bataille de Verdun - Commémoration - Mai 2016 - Champ de bataille - Zone rouge - Forêt d'exception - Trous d'obus - Douaumont-

Un champ de bataille de Verdun pendant la guerre 1914-1918 qui conserve les impacts d'obus.
Photographie prise en 2005 près de l'ossuaire de Douaumont

 

Une forêt née de la guerre

On parle d’une toute petite surface, environ 10000 hectares, soit un carré de 10 km sur 10 km. Il tient largement sur une seule image du satellite Pléiades (20 km x 20 km). Au total, le champ de bataille de Verdun représente environ 150 km2 soit 15 000 hectares.

 

Voyage obus de l'enfer...

Il n’y a que des estimations mais elles sont effrayantes… Trente millions d’obus allemands (calibre 120 mm principalement), vingt-trois millions d’obus français (75mm). Un million d’obus tirés par les allemands, le 21 février 1916, le premier jour de la bataille ! Le calibre de ceux de la grosse Bertha : 420 mm… On trouve quelques chiffres fantaisistes sur le web mais en moyenne, cela fait 1 obus tous les 3 m2.

A Mort-Homme, un des neuf villages français détruits durant la Première Guerre mondiale, ou à la fameuse côte 304, le relief a perdu plusieurs mètres d'altitude à la suite des tirs d'artillerie massifs.

C’est incroyable de penser qu’une des batailles les plus meurtrières de la première guerre mondiale s’est déroulée sur un si petit territoire et, au final, en décembre 2016, sans changement significatif, au moins à Verdun, de la ligne de front, avec, au final, des positions quasi-identiques à celles du mois de février.

 

1916-2016 - 100 ans - Bataille de Verdun - Forêt - Verdun - ONF - Trous d'obus - forêt d'exception -  hêtres - Anne-Marie Granet

Butte de Vauquois - Meuse - Bataille de Verdun - Argonne - Artillerie - Obus - Marques de la première guerre mondiale - commémoration - mai 2016

La mémoire dans le sol... En haut, dans la forêt de Verdun, le relief du sol n'est pas si naturel.
Crédit image : ONF / Anne-Marie Granet. En bas, à une vingtaine de kilomètres de Verdun, la Butte de Vauquois, entre la Meuse, la Marne et les Ardennes. Crédit image : www.tourisme-meuse.com

 

De la Terre à la Lune

L’image satellite qui illustre le calendrier du mois de mai a été acquise par le satellite le 8 mai 2016. L’image complète couvre tout le nord-est de la France, une partie de la Belgique et elle est pratiquement sans nuage.

J’en ai extrait cette petite zone centrée sur la ville de Verdun. Elle n’a évidemment pas le niveau de détails d’une image Pléiades mais on identifie facilement l’ossuaire de Douaumont au nord de la ville.

Au sud-est, un site aux formes géométriques étonnantes. On a visiblement pris l’habitude de garder des munitions dans la région... Il s’agit de l’établissement principal des munitions « Alsace-Lorraine » au Rozelier à Sommedieue. Il fait partie du SIMu, le Service interarmées de munitions qui gère l’approvisionnement des munitions de l’armée de l’Air, de la Marine et de l’Armée de Terre. En zoomant dans l’image, on distingue les « igloos » de stockage. Il est implanté à proximité de l’ancien fort du Rozelier, construit en 1877 et renforcé jusqu’à 1914.

 

Verdun - Forêt de Verdun - Bataille de Verdun - Zone rouge - Centenaire - Douaumont - satellite Sentinel-2 - ESA - Mai 2016

Les environs de Verdun vus par satellite en mai 2016. Extrait d’une image acquise par le satellite
Sentinel-2A le 8 mai 2016 à 10h40 UTC. Crédit image : ESA / Copernicus / Commission Européenne

 

Mais le plus spectaculaire sur ce type d’image à large champ est l’occupation des sols. Un extrait un peu plus large de l’image Sentrinel-2 montre le contraste entre le parcellaire agricole et la forêt de Verdun. C’est en utilisant le canal proche infrarouge qu’on met le mieux en évidence les différences de couvert végétal. L'emprise de la forêt qui jouxte la ville, entre les deux blocs de surfaces agricole est très nette.

Je ferai prochainement un article avec d’autres extraits de cette image très intéressante.

 

Verdun - Mai 2016 - Forêt de Verdun - Champ de bataillle - Obus - Douaumont - Munitions - Satellite Sentinel-2A - Meuse - ESA

Verdun - Commémoration - 29 mai 2016 - Bataille - Occupation des sols - forêt domaniale - satellite - zone rouge - première guerre mondiale - Sentinel-2 - ESA - satellite

La région de Verdun vue par satellite. Un autre extrait de l’image Sentinel-2A acquise le 8 mai 2016.
En bas, composition colorée utilisant le canal proche infrarouge et mettant en évidence

le couvert végétal et les différences d’occupation des sols.
Crédit image : ESA / Copernicus / Commission Européenne

 

Les lancements orbitaux du mois d’avril 2016

Il y a eu 5 lancements orbitaux et un total de 11 satellites lancés en avril 2016, avec 5 satellites sur une seule fusée Soyouz lancée depuis le Centre Spatial Guyanais. En avril 2016 a également été effectué le vol inaugural du nouveau site de Vostochny (Russie), toujours avec une fusée Soyouz.

 

Calendrier spatial - 2016 - Avril 2016 - lancements orbitaux - fusées - satellites - Launch log - masse satellisée

Calendrier spatial : le tableau de bord des lancements orbitaux du mois d’avril 2016.
Illustration : Gédéon

 

Après les 52 tonnes du mois de mars 2016, la charge utile satellisée en avril n’est que d’environ 19 tonnes mais permet de passer, en masse totale lancée depuis le début de l’année, la barre symbolique des 100 tonnes.

Une seule mission, en orbite basse, le dragon CRS-8 à destination de l’ISS, représente à elle seule la moitié de la masse satellisée en avril et devient le nouveau record de masse de l’année 2016. Même si je ne les compte pas dans la catégorie des « lancements orbitaux », il y a eu également un petit satellite d’observation « lâché » depuis le module Kibo de la Station Spatiale Internationale (401 x 404 km, inclinée à 51,6°).

 

Fusées et satellites lancées en 2016 - Bilan mensuel - Mois par mois - masse satellisée - record

Les lancements orbitaux de l’année 2016. Bilan des masses satellisées avec succès
en avril 2016 et cumul depuis le début de l’année. Illustration : Gédéo
n

 

CRS : success

Voici quelques détails sur les lancements réalisés en avril 2016 :

  • 5 avril 2016, 17:38 UTC, Jiuquan : une fusée Chang Zheng 2D met en orbite le satellite scientifique Shi Jian 10. L’orbite est basse (250 km d’altitude moyenne) et inclinée à 42,9°.
  • 8 avril 2016, 20:43 UTC, Cap Canaveral (SLC 40) : une fusée Falcon 9 FT met en orbite le vaisseau cargo Dragon CRS-8 à destination de l’ISS. C’est également la première que le premier étage du lanceur parvient à atterrir sur une barge en mer, à environ 300 km au nord-est du site de lancement. Le Dragon a rejoint l’ISS le 10 avril. Avec 10,4 tonnes au total, donc 3136 kg de fret, c’est à ce jour le record de charge utile pour une fusée Falcon 9.

 

Space X - Falcon 9 FT - Dragon CRS-8 - ISS - Avril 2016 - Launch - lancement - première atterrisage réussi sur barge - first stage landing

Space X - Falcon 9 FT - Dragon CRS-8 - ISS - Avril 2016 - Launch - lancement - première atterrisage réussi sur barge - first stage landing

8 avril 2016 : décollage de la fusée Falcon 9 emportant la mission CRS-8 depuis
Cap Canaveral et premier atterrissage réussi du premier étage sur une barge en mer.
Crédit image : Space
X

 

  • 25 avril 2016, 21:02 UTC, Centre Spatial Guyanais (ELS) à Sinnamary : une fusée Soyouz ST-A mission VS14), met en orbite 5 satellites : Sentinel-1B, le satellite radar du programme européen Copernicus (2164 kg), Microscope, le satellite scientifique du CNES (303 kg) et 3 cubesats OUFTI-1, AAUSAT-4 et Est@r-II (1 kg chacun) construits par des universités. Les orbites initiales de Sentinel-1B et Microscope sont héliosynchrones (passage au nœud descendant à 18:00 heure locale), inclinées à 98,2°, respectivement à 697 km et 712 km d’altitude moyenne. L’orbite des trois cubesats est elliptique avec un périgée bas (442 x 686 km). C’est la capacité de l’étage supérieur Fregat à se ré-allumer et s’orienter plusieurs fois qui permet ce type d’injection complexe. Le lancement a été reporté 3 fois, 2 fois à cause de la météo et 1 fois pour remplacer la centrale inertielle de la fusée Soyouz.
  • 28 avril 2016, 02:01 UTC, Vostochny (PU1S) : pour le vol inaugural depuis ce tout nouveau site de lancement russe, une fusée Soyouz 2-1A avec un étage Volga met en orbite trois satellites sur une orbite héliosynchrone (passage au nœud descendant à 23:14 en heure locale). L’orbite initiale est légèrement elliptique (471 x 485 km), inclinée à 97,3°. La charge utile principale est le satellite scientifique d’astronomie Lomonosov (étude des rayons cosmiques et des rayons gamma). Les deux autres charges utiles sont AIST-2D (observation de la Terre) et Kontakt-NS ou Samsat 218 (technologie). Vladimir Poutine assistait au lancement.

 

A l’est du nouveau… Vostochny, un nouveau cosmodrome en Russie

 

Vostochny - Nouveau cosmodrome russe - Vol inaugural - Soyouz - 28 avril 2016 - Vladimir Poutine

28 avril 2016 : vol inaugural sur le cosmodrome de Vostochny avec le lancement d’une fusée
Soyouz 2-1A. Crédit image : Roscosmos

 

A 51°N de latitude, Le nouveau cosmodrome de Vostochny est construit sur le site de Svobodny, qui était à l’origine un site mobile de lancement de missiles intercontinentaux (ICBM). A côté du dispositif de transport et d’érection classique sur rails, le site a aussi un tour de service mobile similaire à celle utilisée au CSG en Guyane. A terme, Vostochny devrait remplacer le cosmodrome de Baikonour (aujourd’hui situé au Kazakhstan) et servir pour le lancement des nouvelles fusées Angara.

 

Vostochny - Russie - Chantier du nouveau cosmodrome - Travaux

Un chantier impressionnant : les travaux sur le nouveau cosmodrome de Vostochny.
Crédit image : Roscomo
s

 

  • 28 avril 2016, 07:20 UTC, Sriharikota, Satish Dhawan (FLP) : pour son 35ème vol et le 31ème succès consécutif, une fusée PSLV-XL met en orbite le satellite de navigation IRNSS-1G, le septième satellite de navigation indien. La masse du satellite au lancement est de 1425 kg. L’orbite initiale est très elliptique (274 x 20648 km), inclinée à 17,9°). L’orbite définitive, à environ 36000 km d’altitude est géosynchrone, inclinée à 5° : vu de la Terre, IRNSS-1G décrira une trajectoire en forme de 8 centré sur la longitude 129,5°E. La première génération du système indien de navigation est désormais complète, avec 4 satellites sur une orbite géosynchrone inclinée et trois satellites géostationnaires.

 

Lancement - PSLv-XL C31 - IRNSS-1G - Inde - ISRO

28 avril : deux lancements le même jour… Décollage de la fusée indien PSLV-XL C31
emportant le satellite de navigation IRNSS-1G. Crédit image : ISRO

 

SOHO : sauvetage à 1,5 million de kilomètre de la Terre

Après Hipparcos et Apollo XIII, SOHO est un nouvel exemple d’opération de sauvetage de mission spatiale qui illustre à nouveau l’ingéniosité et la ténacité des équipes projet, notamment celles de la NASA, de l’ESA et de Matra Marconi Space (aujourd’hui Airbus Defence and Space) à Stevenage et Toulouse.

SOHO ? C’est l’acronyme anglais de Solar and Heliospheric Observatory ou Observatoire solaire et héliosphérique.

SOHO est une mission scientifique de l’Agence Spatiale Européenne destinée à l’observation et à l’étude de la structure interne du soleil et à la mesure in situ du vent solaire. La mission a été réalisée en coopération avec la NSA qui a financé un tiers du budget et fourni plusieurs des 12 instruments.

Décidée en 1984, la sonde de 1850 kg est lancée le 2 décembre 1995 depuis Cap canaveral par une fusée américaine Atlas II. Elle est placée au point de Lagrange L1, à 1,5 million de la Terre, au début de l’année 1996.

 

Une longévité exceptionnelle

Prévu initialement pour une mission opérationnelle de 2 ans, SOHO a fêté ses vingt ans dans l’espace en 2015 et la mission a été prolongée à plusieurs reprises au moins jusqu’en décembre 201. Actuellement, après avoir suivi presque complètement deux cycles solaires (11 ans), SOHO continue de fournir des données d’une valeur scientifique inestimable, qui permettent de mieux comprendre la mécanique interne du soleil. Depuis son lancement, SOHO a suivi plus de 20000 éjections de masse coronale (Coronal Mass Ejection ou CME).

SOHO est aussi un formidable chasseur de comètes : il en a suivi plus de 3000, lorsque leur trajectoires les rapprochent du soleil. La sonde était aussi aux premières loges pour le transit de Mercure le 9 mai 2016.

 

SOHO - perte et sauvetage - observation soleil - CME - ESA - NASA - L1 Lagrange - comètes

20 années d’étude du soleil. Illustration publiée par l’ESA pour le vingtième anniversaire
de la mission SOHO en 2015. Crédit image : ESA

 

Miraculée conception…

Un incident survenu en juin 1998 a néanmoins failli entrainer la fin prématurée de la mission SOHO.

Le contact avec SOHO est perdu le 24 juin 1998 à 23:16 UTC, après plusieurs erreurs humaines commises lors de l’envoi des commandes à partir du sol à l’occasion d’opérations de routine.

Les premières investigations semblent malheureusement indiquer que la sonde SOHO est définitivement perdue.

Après 5 mois d’efforts, la mission SOHO sera finalement sauvée. Récit d’un sauvetage incroyable…

 

En savoir plus :

 

 

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27 mars 2016 7 27 /03 /mars /2016 21:02

 

Calendrier Spatial - Mars 2016 - Colorado - Lac Powell - Grand Canyon - Sentinel-2 - satellite - ESA - Copernicus

Le calendrier spatial de mars 2016. En fond, extrait d’une image prise par le satellite
Sentinel-2A le 4 mars 2016 à 18h13 UTC : le Colorado, le barrage de Glen Canyon et le lac Powell.
Crédit image : ESA / Commission européenne / Copernicus

 

Colorado dans l’Utah

Voici le nouveau calendrier spatial du mois. J’ai choisi pour l’illustrer une image acquise début mars par le européen Sentinel-2A au moment où il survolait les Etats-Unis, pratiquement au-dessus de la frontière entre l’Utah, le Nevada et l’Arizona.

Centrée approximativement sur 37°N et 111,5°W, l’image du satellite Sentinel-2 qui sert de fond au calendrier de mars 2016 montre le lac Powell et les méandres du fleuve Colorado au niveau du barrage de Glen Canyon.

C’est la construction du barrage, amorcée en 1957 et achevée en 1963, qui a donné naissance au lac artificiel. Situé à cheval sur l’Arizona et l’Utah, le lac s’étend sur près de 300 km de longueur. Ses eaux limpides atteignent 170 mètres de profondeur. En capacité, c’est le deuxième lac artificiel des Etats-Unis, derrière le lac Meade (barrage Hoover) près de Las Vegas. Sa capacité est d'environ 35700 km3.

Ses rivages sont très découpés, avec près de 100 canyons.

 

Lac Powell - Barrage de Glen Canyon - Colorado - Gédéon - Un autre regard sur la Terre - Marque de la baignoire Barrage de Glen Canyon - Lac Powell - Colorado - Gédéon - Panorama - Un autre regard sur la Terre

Le lac Powell photographié en août 2011 depuis le barrage de Glen Canyon.
La « marque de la baignoire » correspondant au niveau maximum du lac en 1983 et 1984
est bien visible. Crédit image : Gédéon.

 

Prendre son pied sans perdre la main

La ville la plus proche du barrage est Page. Le célèbre Antelope Canyon n’est pas très loin : on reconnaît sa cicatrice ocre-orange dans la partie inférieure de l’image, entre Page et la centrale thermique de Navajo (2250 MW) et il est bien visible sur l’extrait en pleine résolution. La cicatrice d’Aron Ralston, joué par James Franco dans le film « 127 hours » réalisé par Danny Boyle, est certainement encore plus visible…

Page et le barrage de Glen Canyon sont situés dans l’Arizona mais la plus grande partie du lac Powell est dans l’Utah.

Pour fixer les idées, l’image du calendrier correspond approximativement à un rectangle de 120 km sur 60 km. Le barrage mesure 475 mètres de longueur. Le toit de la centrale électrique est végétalisé pour diminuer la température à l’intérieur du bâtiment.

 

Sentinel 2 - Colorado - Lac Powell - Barrage de Glen Canyon - Page - Navajo mountain - ESA - Copernicus - Mars 2016

Sentinel 2 - Colorado - Lac Powell - Barrage de Glen Canyon - Page - Centrale Navajo - Antelope Canyon - ESA - Copernicus - Mars 2016

L'image qui sert e fond au calendrier de mars 2016, prise par le satellite Sentinel-2A
le 4 mars 2016 à 18h13 UTC et un
extrait en pleine résolution centré sur le barrage de Glen Canyon
et la ville de Page. Crédit image : ESA / Commission européenne / Copernicus

 

L’image permet de voir également la Navajo Mountain, culminant à 3150 mètres d’altitude, une des quatre montagnes sacrées de la culture Navajo.

L’image Sentinel-2 complète dont j’ai extrait cette illustration couvre une zone plus large : la fauchée de l’instrument MSI (Multi Spectral Imager) du satellite Sentinel-2 est de 290 km. On peut donc y voir d’autres sites emblématiques de l’ouest des Etas-Unis comme Bryce Canyon or le Grand Canyon.

 

Bryce Canyon - Sentinel-2A - Satellite - Instrument MSI - ESA - Copernicus - 4 mars 2016

Le Parc National de Bryce Canyon vu par le Satellite Sentinel-2. Un autre extrait de l’image
acquise le 4 mars 2016. Il reste un peu de neige mais on repère également les couleurs caractéristiques
de Bryce Canyon. Crédit image : ESA / Commission Européenne / Copernicus

 

Bryce, very nice… Hoodoos you do?

A 350 km au nord-est de Las Vegas et 400 km au sud de Salt Lake City, le parc national de Bryce canyon est situé dans le sud de l’Utah, sur le plateau du Colorado. Il est connu par ses formations géologiques coniques colorées étonnantes. Le point culminant est à 2778 mètres d’altitude.

 

Bryce Canyon - Août 2011 - Hoodoos - Gédéon - Un autre regard sur la Terre Bryce Canyon photographié sur place depuis Bristlecone Point.
Evidemment, ll y a un moins de neige au mois d’août.
Crédit image : Bryce Denis (alias Gédéon)

 

Grand Canyon : le Colorado en Arizona.

Inscrit au patrimoine mondial de l’Humanité en 1979, le Grand Canyon est situé en Arizona. Les gorges spectaculaires ont été creusées par le fleuve Colorado. Une centaines de rapides occupent le fond du canyon.

Voici un extrait de l’image Sentinel-2A en résolution réduite et un autre en pleine résolution. Sur place, le panorama est vraiment saisissant.

 

Sentinel 2 - MSI - Grand Canyon - Colorado - 4 mars 2016

Sentinel 2 - MSI - Grand Canyon - Colorado - 4 mars 2016

Le Grand Canyon. Deux extraits de l’image prise par le satellite Sentinel-2A le 4 mars 2016.
Crédit image : ESA / Commission Européenne / Copernicus

 

Les lancements de février 2016 : ça navigue…

J’ai essayé de créer un nouveau tableau de bord pour suivre les lancements au fil de l’année et faciliter la consolidation des résultats en fin d’année. Voici mon prototype, déjà testé pour les lancements de janvier 2016. Il ne recense que les lancements orbitaux effectués depuis le sol : j’exclue les vols suborbitaux et les « lâchers » de satellites depuis la Station Spatiale Internationale.

 

Calendrier spatial - Launch log - Record - Lancements orbitaux - orbital launches - Février 2016 - February 2016

Le tableau de bord des lancements orbitaux pour le mois de février 2016 :
nombre de lancements, pays de lancement et type de fusée, nombre de satellites,
types d’orbites et principales missions. Crédit image : Gédéon

 

La partie supérieure du tableau de bord porte sur les lancements. Elle donne les principaux chiffres (nombre de lancements et nombre de satellites mis en orbite, masse totale et masse moyenne satellisée, taux de succès).

Les deux graphiques à droite donnent la répartition par pays de lancement et par type de lanceur, pour le mois écoulé et pour l’ensemble de l’année 2016 (cumul).

La partie inférieure est consacrée aux missions spatiales et aux satellites mis en orbite à l’occasion de ces lancements. Les trois « camemberts de l’espace » donnent ici des informations cumulées sur l’ensemble des missions de l’année, en l’occurrence les mois de janvier et février.

Le mois de février 2016 a été un bon cru avec 7 lancements orbitaux, tous réussis, avec 7 types de fusées et 10 satellites mis en orbite.

Même si le plus gros satellite (environ 8 tonnes pour le satellite espion TOPAZ-4 alias NROL-45) a été lancé en février, la masse moyenne par satellite est divisée par plus de 2 : 1611 kg au lieu de 3786 kg en janvier. Aucun satellite à destination de l’orbite géostationnaire ce mois-ci : 7 ont rejoint l’orbite basse et 3 satellites de navigation ont été mise en orbite MEO (entre 19000 et 22000 km d’altitude).

5 pays ont effectué des lancements, dont la Corée du Nord :

  • 1er février 2016, 7:29 UTC, Xichang (XSLC) : une fusée chinoise Chang Zheng 3C/YZ-1 met en orbite le satellite de navigation Beidou 21 (Beidou M3-S). L’altitude moyenne de l’orbite inclinée à 55°est de 21750 km. La masse du satellite fabriqué par le CAS est de 1014 kg au décollage.
  • 5 février 2016, 13:38 UTC, Cap Canaveral (SLC 41) : une fusée Atlas 5-401 met en orbite le satellite de navigation GPS 2F-12, le dernier exemplaire de la série 2F. L’altitude de l’orbite circulaire inclinée à 55° est de 20459 km.
  • 7 février 2016, 0:21 UTC, Plesetsk (Zone 43 Pas de tir 4) : Une fusée Soyouz 2-1b / Fregat met en orbite le satellite de navigation Glonass-M (Uragan-M). L’altitude moyenne est de 19140 km et l’orbite est inclinée à 64,8°.
  • 7 février 2016, 00:30 UTC, Sohae (Corée du Nord) : une fusée Unha 3 met en orbite le satellite Kwangmyongsong. L’orbite est pratiquement héliosynchrone, inclinée à 97,06° à une altitude moyenne de 482 km. C’est le deuxième succès, en cinq lancements de la fusée Unha. Aucun signal en provenance du satellite n’a été détecté.
  • 10 février 2016, 11 :40 UTC, Vandenberg AFB (SLC 6) : une fusée Delta 4M met en orbite NROL-45, un satellite militaire de reconnaissance du NRO (National Reconnaissance Office), apparemment de la série de satellites radar Topaz. L’orbite serait inclinée à 123° à une altitude moyenne de 1100 km. La masse serait proche de 8 tonnes (capacité du lanceur : 7,85 tonnes).

 

Lancement  - Satellite radar Topaz - NROL-45 - National Reconnaissance Office - NRO - Delta 4M - United Launch Alliance - ULA

Lancement du satellite radar Topaz (NROL-45) du National Reconnaissance Office
par une fusée Delta 4M. Crédit image : United Launch Alliance (ULA)

 

16 février 2016, 17:57 UTC, Plesetsk (LC 133) : une fusée Rokot met en orbite le satellite européen Sentinel-3A. Avec Sentinel-1A et Sentinel-2A, Sentinel-3A fait partie du programme Copernicus. Il emporte un instrument de mesure de la couleur de l’eau ainsi qu’un altimètre. L’orbite est héliosynchrone avec un passage au nœud descendant à 10:00. L’altitude moyennne est de 804 km et l’inclinaison de 98,6°.

17 février 2016, 08:45 UTC, Tanegashima (complexe de lancement de Yoshinobu, pas de tir n°1) : une fusée H-2A met en orbite la mission d’astronomie ASTRO-H, alias Hitomi, sur une orbite à 575 km d’altitude inclinée à 31°. 3 autres petits satellites, Kinshachi-2, Kinshachi-3 et Horyu-4 font du covoiturage. C’est le 29ème lancement réussi du lanceur H2-A sur un total de 30 lacements. D’une masse de 2700 kg, ASTRO-H emporte 4 télescopes à rayons X. Le projet de la JAXA est mené en coopération avec la NASA, l’ESA et l’agence spatiale canadienne. Malheureusement, on a appris fin Mars qu’ASTRO-H ne répondait plus. Des radars au sol ont détecté des débris autour du satellite. Selon les déclarations de Takashi Kubota un responsable de la JAXA, "le logiciel de vol d'ASTRO-H a mal analysé sa propre situation et a tenté par erreur de rectifier son attitude, mais il s'est mis à tourner anormalement et a perdu des panneaux solaires et vraisemblablement d'autres morceaux". Il est donc possible qu'ASTRO-H ait subi une mésaventure similaire à celle de SPOT-3 en novembre 1996. Le budget d'Astro-H est évalué à 250 M€.

J’allais oublier : en février, j’ai été assez occupé avec les 30 ans de SPOT. SPOG... Un Satellite Pour Occuper Gédéon ? Je dépile le retard, avec par exemple le calendrier de février 2016.…

 

Mission d'astronomie ASTRO-H - Fusée H-2A - Tanegashima 17 février 2016 - JAXA

Lancement de la mission d'astronomie ASTRO-H par une fusée H-2A depuis le site de
Tanegashima le 17 février 2016. Crédit image : JAXA

 

 

L’aventure d’Hipparcos ou comment une mission spatiale frôle la catastrophe avant de devenir une réussite scientifique…

Je continue aussi la série d’articles consacrée aux pannes et accidents dans l’espace.

Après les accidents des navettes Columbia et Challenger et la panne du satellite SPOT 3, voici l’aventure d’Hipparcos.

Hipparcos est une des premières missions d’astrométrie de l’Agence Spatiale Européenne (ESA). Son joli nom est l’acronyme de HIgh Precision PARallax COllecting Satellite. Le satellite a surtout été baptisé en l’honneur de l'astronome grec Hipparque qui réalisa un des premiers catalogues d'étoiles.

Il a été lancé le 8 août 1989 et a achevé sa mission en août 1993 avec une exceptionnelle moisson de résultats scientifiques, dont les catalogues Hipparcos, Tycho et Tycho-2, améliorant la connaissance des étoiles, de leur formation et de leur évolution, de la structure des galaxies, de l'âge de l'univers, des exo-planètes, etc. Plusieurs années ont été nécessaires pour exploiter les mesures acquises par Hipparcos.

 

Retard à l’allumage : Hipparpas...

Seul petit détail : la mission Hipparcos a failli être un échec retentissant, dès le 8 août, le jour du lancement. La fusée Ariane 4 a parfaitement rempli sa mission mais le moteur d’apogée du satellite Hipparcos ne s’est pas allumé : au lieu d’atteindre une orbite circulaire géostationnaire, le satellite est resté sur une orbite fortement elliptique (507 km d’altitude au périgée, 35888 km à l’apogée).

Comment les objectifs scientifiques de la mission ont pu être atteints dans de telles conditions ? C’est l’histoire d’une opération de sauvetage extraordinaire : comment Hipparcos, proche de l’échec, est devenu un succès ? Vous voulez en savoir plus sur cette belle d’aventure ? Lisez cet article…

 

Carte du ciel - Catalogue d'étoiles - Astrométrie - Hipparcos - ESA - Agence Spatiale Européenne

Une carte du ciel construite à partir des résultats de
la mission Hipparcos. Crédit image : ESA (Agence Spatiale Européenne)

 

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29 février 2016 1 29 /02 /février /2016 21:24


Calendrier spatial - Février 2016 - Sentinel-2 - Gole de Kutch - Rann de Kutch - Inde - Pakistan

Le calendrier spatial de février 2016 : le golfe de Kutch et le grand Rann de Kutch vus par
le satellite européen Sentinel-2A. Image acquise le 1er février 2016 à 5h51 UTC.
Crédit image : ESA / Commission Européenne / Copernicus


En Inde, le golfe de Kutch et le grand Rann de Kutch vus par le satellite européen Sentinel-2A

L’image que j’ai choisie pour le calendrier de février a été acquise par Sentinel-2 le 1er février 2016, à 5h51 UTC. Vous avez deviné : ce n’est pas une image en couleurs naturelles. J’ai choisi de présenter ici une composition colorée des canaux 8, 4 et 3 représentés respectivement en rouge, vert et bleu.

Le rouge sur l’image correspond donc au canal proche-infrarouge qui met particulièrement bien en évidence la végétation active mais aussi les sédiments et les matières en suspension dans l’eau.
 

Sentinel-2A - MSI - Golfe de Kuch - Rann de Kutch - Inde - Pakistan - ESA - Copernicus
L’image en résolution réduite dont est tiré l’extrait illustrant le calendrier spatial de février 2016. Composition colorée des canaux 8,4 et 3. Image acquise par le satellite Sentinel-2A
le 1er février 2016 à 5h51 UTC. Crédit image : ESA / Commission Européenne / Copernicus


23°N, 70.30°E : nous sommes pratiquement au niveau du tropique du Cancer, à l’ouest de l’inde, dans l’État du Gujarat, à la frontière avec le Pakistan. Cet extrait d’image Sentinel-2 couvre le golfe de Kutch, un bras de la mer d’Arabie, correspondant aussi à l’embouchure du fleuve Rukmavati.

Les eaux sont peu profondes, environ 120 mètres au maximum. L’aquaculture côtière occupe une place importante et on identifie facilement les motifs géométriques des fermes d’élevage de crevettes.

Immédiatement au nord se trouve le Grand Rann de Kutch, une région constituée d’un marais salé saisonnier et de dunes de sables, au sud du désert du Thar (200 000 km2). A l’origine, c’était une zone de hauts fonds de la mer d’Arabie, que les mouvements géologiques ont transformée en lac intermittent.

Lors de la mousson d’été (en gros de juin à septembre), l'eau de pluie envahit le marais, entourant entièrement le reste du district de Kutch qui forme alors une île temporairement séparée du reste de l'Inde. Une fois les eaux évaporées, le Rann de Kutch, redevient un désert blanc, couvert de de sel, dont la blancheur est bien visible sur l’image satellite.

Hébergeant de nombreuses espèces protégées, le Rann de Kutch est classé comme site RAMSAR (convention internationale pour la préservation des zones humides) depuis novembre 2002. C’est un paradis pour les observateurs d’oiseaux migrateurs (flamands, hérons, aigrettes, etc.)

La cinquième conférence Global Bird Watchers y a été organisée (à Porbandar) du 31 janvier 2015 au 2 février 2015.
 

Sentinel-2 - Golfe de Kutch - Inde - ESA - Copernicus Sentinel-2 - Golfe de Kutch - Inde - ESA - Copernicus
Sentinel-2 - Rann de Kutch - Inde - Pakistan - ESA - Copernicus Sentinel-2 - Rann de Kutch - Inde - Pakistan - ESA - Copernicus

Deux extraits en pleine résolution de l’image Sentinel-2. En haut, installations d’aquaculture
dans le golfe de Kutch. En bas, le Rann de Kutch. A gauche, représentation en couleurs naturelles (bandes 4,3 et 2). A droite, représentation avec le canal proche-infra-rouge (bandes 8,4 et 3).
Crédit image : ESA / Commission Européenne / Copernicus


Avec du gaz naturel en abondance dans le sous-sol, cette richesse écologique est menacée par le développement d’activités industrielles dans le cadre des ZES (Zones Economiques Spéciales ou Export Processing Zones) : installations pétrolières et chimiques, cimenteries, exploitation du sel, centrales thermiques à charbon, …

Au sud, les pêcheurs du golfe de Kutch se sentent également menacés par cette industrialisation qui se traduit également par une politique d’acquisition des terres. La lutte des populations locales porte sur le maintien de zones d’intérêt public.

La limite nord du Rann de Kutch matérialise la frontière entre l’Inde et le Pakistan. Depuis 1965 et la deuxième guerre du Cachemire, la frontière, en particulier la zone appelée Sir Creek, fait l’objet d’un litige avec des incidents frontaliers entre l’Inde et le Pakistan. Karachi est à seulement 160 km au nord-est. Encore très récemment (mars 2016), l’Inde a relevé son niveau d’alerte dans l’état de Gujarat, après des informations faisant état de passage de groupes de rebelles.

Un œil exercé repérera également sur l’image le port et la plage de Mandvi avec ses éoliennes,  la ville fortifiée de Bhuj, malheureusement frappée par un tremblement de Terre meurtrier en janvier 2001 (20000 morts) ou Gandhidham, une ville beaucoup plus récente, créée en 1950.

Les lancements de janvier 2016

Voici le tableau de bord des lancements pour le mois de janvier 2016, un nouvel outil que je réactualiserai chaque mois :
 

Calendrier spatial - Calendrier des lancements - Launch log - Janvier 2016 - Tableau de bord - fusées - lancements orbitaux
Le tableau de bord des lancements orbitaux pour le mois de janvier 2016 :
nombre de lancements, pays de lancement et type de fusée, nombre de satellites,
types d’orbites et principales missions. Crédit image : Gédéon


La Chine avait procédé au dernier lancement de l’année 2015 avec le satellite Gaofen-4. C’est également un lanceur chinois qui ouvre l’année des lancements en 2016.

Il y a eu 5 lancements orbitaux en janvier, tous dans la deuxième quinzaine : un chinois, un américain, un indien, un européen et un russe. Un seul, Jason-3, un satellite d’altimétrie, à destination de l’orbite LEO et 4 vers l’orbite de transfert géostationnaire (3 satellites de communication et un de navigation), et un total de près de 19 tonnes mis en orbite.

Voici quelques détails sur ces cinq lancements :

  • 15 janvier 2016, 16:57 UTC, Xichang (Chine) : une fusée chinoise Chang Zheng 3B/E met en orbite le satellite de télécommunications bélarusse Belintersat 1 (5223 kg au lancement). Le satellite utilise la plate-forme chinoise DFH-4. La charge utile est fabriquée par Thales Alenia Space.
  • 17 janvier 2016, 18:42 UTC, Vandenberg AFB : une fusée Falcon 9 v1.1 de Falcon X met en orbite le satellite d’altimétrie Jason 3. C’est la 14ème mise en orbite réussie par cette version de la fusée Falcon 9 sur un total de 15 vols. La tentative de récupération du premier étage sur une barge en mer échoue de peu. L’orbite de Jason-3 est circulaire à une altitude moyenne de 1312 km et inclinée à 66°.  Fabriqué par Thales Alenia Space, le satellite Jason-3 a une masse de 553 kg au décollage. Jason-3 est une coopération internationale entre le CNES, la NOAA, la NASA et Eumetsat.

 

SpaceX - Falcon 9 - Atterrissage premier étage - First stage landing - Jason 3 - Presque réussi - Janvier 2016
Tentative de récupération du premier étage du lanceur Falcon 9 utilisé pour le lancement
du satellite Jason-3. Presque réussi… Des échecs comme celui-ci annoncent des succès.
Crédit image : SpaceX.

 

  • 20 janvier 2016, 04:01 UTC, Sriharikota (Inde) : la fusée PSLV C-31 décolle et met en orbite le satellite de navigation IRNSS 1E (1425 kg). L’orbite finale est une orbite géosynchrone inclinée à 28°. C’était le 33ème lancement d’un lanceur PSLV, avec 31 vols réussis. Une belle fiabilité.
  • 27 janvier 2016, 23:20 UTC, Kourou : la mission VA 228 de la fusée Ariane 5 lance le satellite de communication Intelsat 29e. L’orbite visée est une orbite de transfert géostationnaire (250 x 35546 km). Intelsat 29e est un gros satellite : 6552 kg au décollage, avec 20 transpondeurs en bande C. 249 en bande Ku et 1 en bande KA. Le satellite sera positionné à 310°E.


Ariane 5 - décollage - VA 228 - Intelsat 29e - Janvier 2016 - Kourou - CSG - Arianespace

Décollage de la mission VA 228 de la fusée Ariane 5.
A bord, un beau bébé de 6,5 tonnes : le satellite Intelsat 29e.
Crédit image : ESA / CNES / Arianespace / Optique vidéo du CSG – JM Guillon

 

  • 29 janvier 2016, 22:20 UTC, Baïkonour (site 200, aire de lancement 39) : une fusée Proton M / Briz M (version phase 3) met en orbite le satellite de communication Eutelsat 9B (5175 kg au décollage) construit par Airbus Defence and Space. L’orbite initiale est une orbite GTO (4444 x 35696 km), inclinée à 12,18°. Eutelsat 9B emporte 66 transpondeurs en bande Ku ainsi que la charge utile EDRS (European Data Relay System), un système de transmission laser à haut débit, destiné notamment à récupérer les données transmises par les satellites Sentinel du programme européen Copernicus.


30 ans de SPOT : SPOT 3, le mauvais élève de la famille ?

Je continue le cycle d’articles sur les accidents et les pannes dans l’espace. A l’occasion des 30 ans du lancement du premier satellite SPOT (c’était le 22 février 1986), j’ai choisi d’aborder la panne de SPOT 3.

Tous les satellites SPOT ont eu une durée de vie largement supérieur à la durée de vie nominale : 17 ans pour SPOT 1, 19 ans pour SPOT 2, 15 ans pour SPOT 4 et 13 ans pour SPOT 5...

Tous ? Sauf un : SPOT-3, prévu normalement pour fonctionner au moins trois ans, n’a fonctionné que trois ans et 2 mois… Le service minimum. Lancé le 26 septembre 1993 depuis le Centre Spatial Guyanais (mission Ariane),  il a cessé de fonctionné le 14 novembre 1996.


SPOT 3 - panne contrôle d'attitude - dernières images - 14 novembre 1996 - SCAO - AOCS - CNES - Spot Image

Les dernières images acquises le 14 novembre 1996 par SPOT 3 au-dessus de la Chine.
Copie d’écran d’une consultation du catalogue Geostore d’Airbus DS.


3 mois plus tard, la commission d’enquête publiait son rapport : l’analyse des causes de la panne du satellite SPOT 3. C’est très instructif sur le fonctionnement d’un système de contrôle d’attitude et cela mérite un article à part entière. A partir de maintenant, je vais d’ailleurs séparer le calendrier du mois, qui continuera à répertorier la liste des lancements du mois précédents.
 

En savoir plus :

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31 janvier 2016 7 31 /01 /janvier /2016 09:24

 

Calendrier spatial - 2016 - Sentinel-2 - ESA - Copernicus - Tour du monde - 12 étapes - 5000 orbites - Un autre regard sur la Terre - Gédéon

Le calendrier 2016 du blog Un autre regard sur la Terre : un tour du monde en douze étapes
avec des images du satellite Sentinel-2. Infographie Gédéon.
Crédit image : Copernicus / ESA / Commission Européenne

 

J’ai mis un peu de temps à trouver le fil conducteur pour le calendrier 2016 du blog Un autre regard sur la Terre. Il était de temps de décider : février arrive...

C’est fait : après les belles photographies prises par les astronautes de l’ISS en 2015, voici en 2016 les images du satellite Sentinel-2.

Je vous propose un tour du monde en 12 étapes (et plus de 5000 orbites autour de la Terre) pour découvrir ou redécouvrir des  lieux étonnants ou magnifiques.

Les premiers articles du blog Un autre regard sur la Terre étaient illustrés par des images de l’instrument MERIS du satellite Envisat. Il est tout naturel que Sentinel-2A, le tout nouveau satellite développé par l’Agence Spatiale Européenne (ESA) pour le programme européen Copernicus, soit mis à l’honneur en 2016. Lancé le 23 juin 2015, Sentinel-2A a fourni ses premières images quelques jours plus tard. La recette en vol est désormais achevée et les images acquises chaque jour sont disponibles sur le site Sentinel Data Hub de Copernicus. C’est là que j’irai chaque mois trouver une nouvelle illustration pour le calendrier mensuel.

J’espère que cette modeste contribution permettra de faire connaître les performances et les possibilités d’utilisation de ce satellite optique. J’espère aussi qu’il vous donnera envie d’utiliser ses images en classe comme outil pédagogique pour des activités ou des projets en support à l’enseignement des sciences.  Les images multispectrales à 10 et 20 mètres de résolution et à large fauchée sont accessibles librement et la revisite actuelle de 10 jours (qui passera à 5 jours lorsque Sentinel-2B rejoindra son aîné en orbite).

 

Lait UHT, beau UHD

Un détail : les images du calendrier seront publiées en format 1920 x 1080. C'est le format de la TVHD : n'hésitez pas à les regarder sur votre téléviseur grand format, l'effet est assez spectaculaire... Je mettrai parfois aussi une version UHD (format 4K) : c'est un format qui commence à se démocratiser et, en attendant la diffusion TV en 4K, admirer des photographies sur un tel écran est vraiment bluffant !

 

Désert Namib : pas très numide

L’image qui illustre la couverture du calendrier 2016 est toute fraîche. Elle a été prise par l’instrument MSI du satellite Sentinel-2A le 26 janvier 2016.

Nous sommes dans l’hémisphère sud, presque exactement au niveau du tropique du Capricorne, à 23,5° de latitude sud. L’image du satellite Sentinel-2 montre une partie du désert Namib, au sud-ouest de la Namibie.

Le désert occupe presque 81000 km2, sur 1500 km le long de la côte atlantique. Les rares cours d’eau sont souvent à sec. Les parties les plus arides ne reçoivent que 2 mm de précipitations par an. Les couleurs rouges de certains sols témoignent de la présence d’oxyde de fer.

Sur l’image choisie pour la couverture du calendrier 2016, la rivière Kuiseb, également intermittente malgré une longueur de plus de 500 km, matérialise une frontière très nette entre l’immense zone de dunes, au sud, et la zone rocheuse au nord.

 

Sentinel-2A - Namibie - satellite - désert - dunes - 26 janvier 2016 - ESA - Copernicus Sentinel-2A - Namibie - satellite - désert - dunes - 26 janvier 2016 - ESA - Copernicus

La Namibie vue depuis l’espace : deux extraits en pleine résolution de l’image Sentinel-2A prise
le 26 janvier 2016 à 8h52 UTC. Composition colorée en couleurs naturelles combinant les canaux 2, 3 et 4 ré-échantillonnés à 10 mètres. Crédit : ESA / Copernicus / Commission Européenne.
Traitement de rehaussement de contraste : Gédéon

 

Toujours pas une dune

Certaines des dunes sont parmi les plus hautes dunes du monde (après celles du désert Badain Jaran en Chine) : elles peuvent atteindre 300 mètres de hauteur. Un peu plus au sud, la région de Sossusvlei a déjà fait l’objet d’un quiz sur le blog Un autre regard sur la Terre. Il s’agissait alors d’une image prise par le satellite Landsat 8.

 

Chaud dedans

Fin janvier, au moment où sentinel-2A survole le désert de Namibie, c’est le cœur de l’été : la température diurne peut atteindre 45°C. Au niveau de la côte atlantique, le courant de Benguela avec ses eaux froides venant du sud de l’Afrique maintient un climat relativement frais toute l’année, avec des températures de 9°C à 20°C, et des conditions désertiques à l’intérieur du pays. Ce contraste entre le courant froid et l’air chaud des cellules de Hadley entraîne aussi des brouillards fréquents apportant un peu d’humidité sur la bordure côtière.

 

Sentinel-2 - Namibie - Désert - ESA - Copernicus

La Namibie vue depuis l’espace : une vue d’ensemble fortement sous-échantillonnée.
Composition colorée en couleurs naturelles combinant les canaux 2, 3 et 4 ré-échantillonnés à 10 mètres. Crédit : ESA / Copernicus / Commission Européenne.
Traitement de rehaussement de contraste : Gédéon.

 

Le coup de la panne

Calendrier spatial oblige, chaque mois, je ferai comme en 2015 un rapide bilan des lancements du mois précédent. Je ne reviendrai pas en 2016 sur les dates anniversaires de la conquête spatiale : je vous renvoie au calendrier 2015

Par contre, j’ai décidé de passer en revue en 2016 quelques incidents, pannes ou accidents qui ont jalonné l’histoire spatiale : accidents du Space Shuttle, panne d’un moteur d’apogée de satellite géostationnaire ou gel du système de propulsion d’une sonde d’exploration, etc.

 

L'espace, le grand défi...

Qu’ils aient une issue heureuse avec parfois une opération de sauvetage incroyable ou des conséquences dramatiques avec des pertes humaines, ces épisodes sont une occasion d’en savoir un peu plus sur le caractère très particulier du spatial et sur les métiers de ceux qui ont la chance de travailler sur des projets spatiaux.

J'espère que les articles à venir vous convaincront que revenir sur ces épisodes malheureux est une bonne idée...

 

En savoir plus :

 

 

 

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31 janvier 2016 7 31 /01 /janvier /2016 09:01

 

Calendrier spatial - Janvier 2016 - Mer rouge - Sentinel-2 - Drames et accidents dans l'espace - Columbia - Challenger - Apollo 1 - NASA - ESA - Soyouz

Le calendrier spatial du mois de janvier 2016 : la mer rouge vue par le satellite Sentinel-2.
Extrait d’une image acquise le 7 janvier 2016 à 8h34 UTC. Composition  colorée en couleurs naturelles
des canaux 2, 3 et 4. Crédit image : ESA / Commission Européenne / Copernicus

 

L’image qui illustre le calendrier du mois de janvier 2016 a été prise par le satellite Sentinel-2A le 7 janvier 2016. Si c’était un quiz du blog un autre regard sur la Terre, la réponse serait facile à trouver : il s’agit de la Mer Rouge, entre l’Afrique et la péninsule Arabique. L’extrait d’image montre la base de ce que j’appelle « les oreilles du lapin » à environ 28° de latitude nord et 34° de longitude est.

 

La Mer Rouge toute bleue

J’ignore pourquoi la Mer Rouge s’appelle ainsi. Sur cette image, on voit surtout des nuances de bleu le long de la côte et autour des îles. Cela donne envie d’aller se baigner ou de faire de la plongée sous-marine et d’autres y ont déjà pensé avant moi :  l’observation de l’image en pleine résolution permet de voir les nombreux aménagements touristiques.

Le premier extrait montre le port et la station balnéaire de Charm el-Cheikh et la baie de Naama, à la pointe sud du désert du Sinaï. Les pistes de l’aéroport international, partiellement visibles,  témoignent de l’importance de l’activité touristique. Elles rappellent également les deux accidents d’avion survenus en janvier 2004 (vol FSH 604) et, plus récemment, le 31 octobre 2015 : un Airbus A321 de la compagnie russe Metrojet (vol 9268), avec 224 passagers et membres d’équipage à bord, s’écrase peu après le décollage. l'État islamique revendique l’attentat. D’autres attaques visant des hôtels avaient eu lieu en juillet 2005

 

Golf sans golfe

Sur le second extrait, on peut voir El Gouna, une autre station balnéaire de la Mer Rouge, avec un vingtaine d’hôtels et deux parcours de golf.

 

Egypte - Mer rouge - Sinaï - Charm el-Cheikh - Baie de Naama - satellite Sentinel-2 - MSI - ESA - Tourisme - Plongée sous-marine

Mer rouge - Egypte - Tourisme - Golf - El Gouna - Satellite sentinel 2 - MSI - ESA - observation de la Terre

La mer rouge en bleu : deux extraits en pleine résolution de l’image acquise par Sentinel-2
le 7 janvier 2016. Crédit image : ESA / Commission Européenne / Copernicus

 

Série noire

J’inaugure la série consacrée aux accidents dans l’espace avec les épisodes les plus dramatiques : les accidents mortels en mission. Cela permettra d’évoquer dans les mois à venir des incidents moins graves ou des sauvetages inespérés ou acrobatiques.

 

Les accidents spatiaux mortels

Cela peut vous paraître étonnant mais, à ce jour, aucun astronaute ou cosmonaute n’est mort dans l’espace.

Les seuls accidents mortels ont eu lieu à relativement basse altitude, soit au moment du décollage soit à l’atterrissage, donc formellement en dessous de la frontière de Karman et jamais à bord d’un vaisseau en orbite. Tous les drames se sont produits au sol, juste après le départ ou juste avant le retour sur Terre de l’équipage.

 

Accident Challenger - Navette - Space Shuttle - 28 janvier 1986 - NASA - STS-51L - Désintégration

Janvier 1986, fin du rêve américain dans l'espace : la désintégration de la navette Challenger
75 secondes après son décollage. Crédit image : NASA

 

Il y a trente ans, le 28 janvier 1986, la navette américaine Challenger se désintègre 75 secondes après son décollage. Le Space Shuttle est alors à environ 15 km d’altitude. Parmi les 7 membres d’équipage, Christa McAulife, institutrice devait réaliser des cours et des expériences en orbite pour les élèves. Le drame a profondément marqué les passionnés d'espace.

 

Accident Columbia - STS-51L - équipage - crew - Christa McAuliffe - Gregory B. Jarvis - Judith A. Resnik - Francis R. Scobee  - Ronald E. McNair - Michael J. Smith  - Ellison S. Onizuka

L’équipage de de la mission STS-51L de la navette Challenger.
Al'arrière :
Ellison S. Onizuka, Christa McAuliffe, Gregory B. Jarvis, Judith A. Resnik.
Devant :
Michael J. Smith (pilote), Francis R. Scobee (commandant), Ronald E. McNair.
Crédit image: NASA

 

17 ans plus tard mais à quelques jours d'intervalles sur un calendrier annuel, le 1er février 2003, c’est 15 minutes avant son atterrissage que le space shuttle Columbia (mission STS-107) est détruit au cours de sa rentrée dans l’atmosphère.

Dans le cas du dramatique retour sur Terre de Columbia, la cause primaire de l’accident est apparue au moment du décollage : une protection en mousse a violemment percuté le bord d’attaque de l’aile de la navette et endommagé la protection. Les 7 membres d'équipage Rick Husband, William Mc Cool, David Brown, Laurel Clark, Kalpana Chawla, Michael Anderson et l'israélien Ilan Ramon trouvent la mort.

 

L'équipage de la mission STS-107 de la navette Columbia - Accident - Février 2003 - NASA - David Brown - Laurel Clark - Michael Anderson - Ilan Ramon - Rick Husband - Kalpana Chawla - William McCool

L'équipage de la mission STS-107 de la navette Columbia.
A l'arrière : David Brown, Laurel Clark, Michael Anderson et Ilan Ramon.
Devant : Rick Husband (commandant), Kalpana Chawla et William McCool (pilote).
Crédit image : NASA

 

3 autres américains ont péri au sol pendant un essai : c’était le 27 janvier 1967 à Cap Canavera au cours d’une répétition de la première mission habitée du programme Apollo, prévue un mois plus tard. Virgil Gus Grisson (Gemini 3), Edward White (le premier « space walker » américain sur Gemini 4) et Roger Chaffee meurent asphyxiés dans le module de commande, après qu’un incendie se soit déclaré dans la cabine.

Quelques mois plus tard, le 24 avril 1967, le russe Vladimir Komarov périt pendant le retour du nouveau vaisseau Soyouz, qu’il teste pour la première fois. La rentrée dans l’atmosphère se passe mal : la capsule tourne sur elle-même et, à 7000 mètres, le parachute se met en torche entraînant une chute vertigineuse à environ 150 m/s.

Le 29 juin 1971, c’est également au retour d’une mission réussie avec une durée record (22 jours) à bord la station orbitale Saliout que le vaisseau Soyouz 11 connaît des difficultés : une dépressurisation de la cabine se produit à la rentrée dans les couches denses de l’atmosphère. La capsule se pose en douceur mais les 3 membres d’équipages, Gueorgui Dobrovolski, Viktor Patsaïev et Vladislav Volkov, sont morts asphyxiés quelques minutes plus tôt. Ironie du soort : ils constituaient l’équipage de réserve et avaient remplacé l’équipage nominal en raison d’une suspicion de tuberculose.

Au total, 18 personnes (4 russes, 13 américains et un israélien) ont trouvé la mort au cours d'une mission spatiale, 21 si on en prend en compte l’incendie survenu pendant l’essai au sol d’Apollo.

 

Astronautes et spationautes décédés

La conquête spatiale habitée a commencé au début des années 60 et il est donc logique qu’un certain nombre de ces acteurs soient aujourd’hui décédés, souvent de mort naturelle. Une page du site capcomespace en dresse la liste.

Au moment où j’écris ces lignes, on compte 75 décès parmi les astronautes ou cosmonautes ayant participé à une mission spatiale : 43 américains, 30 russes, 1 allemand et 1 israélien. En dehors des accidents en mission, les causes sont principalement la mort naturelle et la maladie ou les accidents (surtout en avion à l’entraînement mais aussi à moto ou à ski). L’avion d’entraînement T38 a un lourd bilan…

Le 4 février 2016, on a appris le décès à 85 ans de l’astronaute américain Edgar Dean Mitchell, qui avait marché sur la Lune pendant la mission Apollo 14. Apollo 14 a aluni le 5 février 1971. Sept des douze hommes qui ont posé le pied sur la Lune sont encore en vie.

 

Fallen astronaut

Plusieurs mémoriaux ont été édifiés sur Terre. Il y en a également un à la surface de la Lune : il s’agit d’une petite sculpture de l’artiste belge Paul Van Hoeydonck. La mort des cosmonautes  russes de Soyouz 11 a beaucoup touché l’équipage américain d’Apollo 15 qui a souhaité rendre homme à tous les astronautes et cosmonautes décédés dans la course à l’espace.

La petite figurine a été déposée le 1er août 1971 sur le Mons Hadley. Une plaque porte les noms de huit astronautes américains et de six cosmonautes soviétiques décédés, quelle que soit la cause au moment de la mission Apollo 15.

Evidemment, les noms des 14 victimes des deux accidents du Space Shuttle ne font pas partie de la liste, tout comme ceux de deux soviétiques, Valentin Bondarenko (incendie d'un caisson pressurisé pendant un entraînement) et Grigori Nelioubov (suicide ou accident) dont le décès n’avait pas été dévoilé par l’URSS.

 

Fallen Astronaut - Drames et accidents dans l'espace - Lune - Moon - Apollo 15 - NASA

La statue « Fallen astronaut » et la plaque commémorative déposée à la surface de la Lune.
Photographie prise pendant la mission Apollo 15 an août 1971. Crédit image : NASA

 

Retour sur les rapports d’enquêtes des deux accidents du Space Shuttle

La lecture des rapports d’enquête après l’échec d’un lancement est toujours très instructive. Elle permet de comprendre la structure et le fonctionnement des véhicules spatiaux, l’organisation des développements industriels, les procédures opérationnelles et la culture des organisations.

Pour les deux accidents de la navette, les rapports d’enquête contiennent une impressionnante quantité d’information, en relation avec le choc causé par la mort des quatorze membres d’équipage.

A condition de lire l’anglais, c’est une source d’information exceptionnelle pour les passionnés d’espace.

 

Décollage de la navette Challenger - Kennedy Space Center - 28 janvier 1986 - NASA - STS-51L

Oiseaux de mauvais augure : décollage de la navette Challenger le  28 janvier 1986.
Crédit image : NASA

 

Dixième vol de challenger

Dans la matinée du 28 janvier 1986, la température était exceptionnellement basse au Centre Spatial Kennedy. Le lancement de la navette Challenger est maintenu malgré des réticences de plusieurs personnes à la NASA et chez les constructeurs. Dans le cas de Challenger, c’est bien le froid qui a entraîné la perte d’étanchéité d'un joint d’un deux propulseurs d'appoint à poudre. Un départ de flammes se propagea au réservoir principal du Space Shuttle. Le comportement des joints au froid était connu mais les conséquences possibles sous-estimées.

 

" Plein gaz "

Les images d’une caméra de surveillance, exploitées après l’accident, montre l’apparition de fumée juste après le décollage puis de flammes à proximité du joint arrière moins d’une minute plus tard. 5 secondes après, de l’hydrogène liquide s’échappe du réservoir principal dont la structure a été endommagée. A ce moment, pour l’équipage et pour le contrôle au sol, tout paraît encore nominal.

 

Challenger - Accident - Fumées - Booster à poudre - SRB - réservoir principal - tank - Commission Rogers - NASA - Space shuttle

L’accident de Challenger : en haut, les premières fumées provenant d'un des deux boosters visibles
juste après le décollage. En bas, les premières flammes apparaissent à H+58,788 secondes puis
endommagent le réservoir externe. Crédit image : NASA

 

Dans les secondes qui suivent, après la perte d’un des deux boosters, la navette se désintègre… Ce sont les forces aérodynamiques excessives sur la structure de l’engin et non une explosion qui en sont la cause. Du fait de la robustesse de l’habitacle, qui s’est détaché d’un seul bloc, il est possible que les astronautes sont restés en vie pendant un partie de la chute libre et peut-être jusqu’à l’impact à la surface de l’océan. 

Des sièges éjectables avaient été utilisés sur les quatre premiers vols d’essais de la navette en orbite puis supprimé pour les missions suivantes.

A la suite de l’accident, les vols de la navette ont été interrompus pendant près de trois ans.

 

Richard Feynman : le physique de l’emploi

La commission Rogers, du nom de son président, a été chargée de d’enquêter sur l’accident. En faisaient également partieles astronautes Neil Armstrong (le premier pas sur la Lune) et Sally Ride, l'avocat David Acheson, les spécialistes de l'aviation Eugene Covert et Robert Hotz, les physiciens Richard Feynman (je vous conseille la lecture de son cours de physique), Albert Wheelon et Arthur B. C. Walker, Jr., l'ancien général de l'Air Force Donald J. Kutyna, Robert Rummel, Joe Sutter et le pilote d'essai Chuck Yeager (celui qui a fait le mur... du son).

La défaillance des joints toriques a été attribuée à un défaut de conception. Le rapport final a également mis en cause le processus de décision de la NASA qui a conduit au lancement de Challenger, malgré le froid.

Dans son rapport, la commission indique que les problèmes n’étaient pas tous remontés au niveau de l’équipe en charge de la décision des lancements et que les ressources humaines étaient insuffisantes par rapport à la fréquence des vols des navettes.

Parmi les conséquences de l’accident, l’arrêt des lancements de satellites. Cette mission est confiée à nouveau aux lanceurs traditionnels.

 

Columbia : la tuile…

En février 2003, la perte de la navette Columbia et de ses sept membres d’équipages se produit pendant la rentrée atmosphérique, au-dessus du Texas et de la Louisiane.

L’origine de l’accident se produit pourtant 82 secondes après le décollage, à environ 20000 mètres d’altitude et à une vitetesse proche de Mach 2,5 : un morceau de mousse d’isolation thermique du réservoir principal cryotechnique (hydrogène et oxygène liquide) se détache…

Peu dense, le fragment de pousse ne pèse que 800 grammes et est rapidement freiné pour le frottement atmosphérique. Il percute pourtant  le bord d’attaque de l’aide gauche de Columbia à une vitesse relative de 877 km/h : le choc violent endommage le système de protection thermique.

La fin de la mise en orbite et la mission en orbite se déroule normalement.

Au cours de la rentrée atmosphérique, la protection thermique endommagée ne résistera pas à l’échauffement : des gaz très chauds pénètrent à l’intérieur de l’aile. La structure interne en alliage  d’aluminium ne résiste pas, entraînant sa destruction progressive puis la désintégration totale de Columbia.

 

Chronologie de la trajectoire de rentrée de la navette Columbia le 1er février 2003 et des anomalies relevées par la commission d’enquête - CAIB - NASA Accident Columbia - Chronologie de la trajectoire de rentrée de la navette Columbia le 1er février 2003 et des anomalies relevées par la commission d’enquête - Débris - CAIB - NASA

Chronologie de la trajectoire de rentrée de la navette Columbia le 1er février 2003 et des anomalies
relevées par la commission d’enquête. Ces deux figures combinent des informations transmises
au sol en temps réel et d’autres enregistrées à bord (Modular Auxiliary Data System recorder ou MADS récupéré après l’accident). En bleu, position, altitude et vitesse (je vous laisse le soin de convertir
dans le système métrique). En vert, évènements aérodynamiques notables. En orange, débris détectés.
En gris, données enregistrées dans le MADS. En jaune, le mesures transmises par télémétrie.
Crédit image : CAIB / NASA

 

EI signifie interface d’entrée (Entry Interface), le point théorique où l’orbiteur pénètre dans l’atmosphère à 400 000 pieds, au-dessus de l’Océan Pacifique. Les dates sont repérées par rapport à cette référence : EI+300 correspond à 300 secondes après le début de la rentrée. Sur les figures, les heures sont données en heures EST (heure UTC – 5 heures).

 

Suivi de la rentrée de Columbia depuis le Centre de contrôle de mission - NASA

Le suivi de la rentrée de Columbia depuis le Centre de contrôle de mission. Crédit image : NASA

 

Tout près du but

Le drame se joue en moins de 15 minutes entre 13h48 et 14h00 UTC, à une altitude comprise entre 74 km et 64 km à une vitesse entre Mach 24,5 et Mach 19,5.

Le premier symptôme est une déformation au-dessus des valeurs habituelles mesurée par un jauge de contrainte au niveau du bord d’attaque. Les anomalies s’enchaînent, avec des capteurs de température qui relèvent des valeurs en dehors des fourchettes normales. Un partie de ces paramètres est enregistrée à bord, comme dans une boîte noire d’avion, mais ils ne sont ni communiqués à l’équipage ni transmis au sol.

Au sol, des témoins observent des flashs lumineux le long de la trajectoire de la navette.

 

Columbia - Accident - Débris - Rentrée atmosphérique - Vidéos amateurs - désintégration - Apache AH64 - CAIB - NASA

Extrait de vidéos montrant des débris dans le sillage de Columbia au-dessus du Texas. L’image en bas à
droite a été prise depuis un hélicoptère d’attaque Apache AH-64 près de Fort Hood.
Photographies extraites du rapport d’enquête sur l’accident de Columbia (CAIB)

 

Roger, Rogers

Des mesures transmises au sol donnent l’alerte au centre de contrôle : pression hydraulique trop basse, chute de la pression des pneus du train d’atterrissage, … puis perte de communication. L'enquête montre que l'intégralité des cablâges a été détruite en une minute. La désintégration de la navette est enregistrée sur des vidéos amateurs juste après 9h.

 

Accident de Columbia - Space Shuttle - Collecte des débris et reconstitution - NASA - CAIB

Reconstitution à partir des débris collectés après l'accident de Columbia.
Crédit image : NASA

 

Comme pour Challenger, la commission d’enquête (Columbia Accident Investigation Board ou CAIB) a réalisé un travail de fourmi qui a démarré avec un gigantesque chantier de ramassage des débris. Accident dans l'accident : deux personnes, Jules "Buzz" Mier et Charles Krenek, ont trouvé la mort dans le crash d'un hélicoptère Bell 407 participant à ces opérations.

Les travaux de la commission ont relevé que de nombreux incidents avec la mousse de protection du réservoir avaient déjà eu lieu mais avaient été considérés comme inévitables et sans risques pour la sécurité des vols, contrairement aux spécifications initiales.

 

Columbia - Accident - liste des incidents concernant la mousse isolante et le système de protection thermique recensés avant la mission STS-107 - bipode - normalisation de la déviance - CAIB - NASA

Au moins 14 vols du Space Shuttle ont connu des pertes de mousses isolantes et des dommages du
système de protection thermique (TPS ou Thermal Protection System). Deux incidents concernant
la mousse fixée au niveau du bipode n’avaient pas été détectés par la NASA avant
le travail de la commission d’enquête. Crédit image : NASA

 

L'excès de confiance, héritage des succès passés

Dans son rapport, le CAIB parle de normalisation de la déviance ("The acceptance of events that are not supposed to happen" selon la sociologue Diane Vaughan) : la perte de mouse est considérée à l’origine comme un incident important pouvant avoir des conséquences graves. Se reproduisant à plusieurs reprises sans conséquences, ce type d’incident est progressivement considéré comme secondaire ou tolérable...

On finit par considérer que ce n’est plus un incident. La même erreur de management avait déjà été pointée par Richard Feynman à l'époque de l'accident de Challenger :

 

"In these situations, subtly, and often with apparently logical arguments,
the criteria are altered so that flights may still be certified in time. They therefore fly
in a relatively unsafe condition, with a chance of failure
of the order of a percent
"

Richard Feynmann
Minority Report on Challenger
The Pleasure of Finding Things Out

 

Des équipes au sol, analysant les images du décollage, avaient pourtant perçu la gravité de l’incident survenu au lancement puis procédé à des simulations des conséquences possibles. Des ingénieurs ont demandé que des satellites militaires du NRO prennent des images de la navette en orbite mais ces vérifications n'ont pas été jugées prioritaires par la NASA. La commission d'enquête a étudié quels scénarios de secours auraient pu être déclenchés si la gravité des dommages avait été connue avant le retour sur Terre : une réparation de fortune ou un transfert de l'équipage sur une seconde navette envoyée pour les récupérer. 

Ici aussi, le programme de vol a été interrompu pendant plus de deux ans et retardé l’assemblage de la Station Spatiale Internationale.

A son retour en vol, le Space Shuttle a servi exclusivement aux missions vers l’ISS, à l’exception de la réparation du télescope Hubble (HST).

 

Passion et éducation

Malgré le sujet traité, j'espère que cet article vous donnera envie de parcourir les rapport et les documents que j'ai sélectionnés. Ils sont pratiquement tous en anglais mais vous trouverez aussi sur le web des pages en français bien documentées, par exemple sur Wikipédia.

On en apprend beaucoup sur l'architecture du space shuttle et sa mise en oeuvre mais aussi sur le fonctionnement des organisations et des relations entre les hommes et les femmes qui en font partie, la culture de projet et de la gestion des risques dans les grands programmes, le management et la prise (ou la non-prise) de décision.

Je termine avec un hommage particulier à Christa McAulife, une enseignante qui est allée jusqu'au bout de sa passion, et à tous les astronautes ou cosmonautes qui ont consacré du temps à donner envie aux jeunes et au grand public de s'intéresser aux sciences et techniques.

Christa McAuliffe avait été sélectionnée dans le cadre du programme « Teacher in space » (TISP). Elle aurait dû donner des leçons en orbite à des classes américaines (15 minutes par jour) et réaliser films et expériences sur les conditions de vie en impesanteur.

Après l’accident de Challenger, un enseignant américain, également une femme, finira par aller dans l’espace : Barbara Morgan, qui était la doublure de Christa McAuliffe pour le vol de 1986. Elle reprit sa carrière d'enseignante dans l'Idaho après l'accident de Challenger, tout en continuant son travail à la division éducation de la NASA. Elle fut sélectionnée à nouveau en janvier 1998 et participa en tant que spécialiste mission à la mission STS-118 en août 2007. Tout s’est bien passé mais la navette Endeavour a dû rentrer un jour plus tôt que prévu à cause de l'ouragan Dean.

 

Christa McAuliffe - Barbara Morgan - Entraînement KC-135 - expériences  en impesanteur - Vol parabolique - 16 octobre 1985 - NASA

Christa McAuliffe et sa « doublure » Barbara Morgan préparant des expériences à réaliser
en impesanteur. Entraînement en vol parabolique le 16 octobre 1985 à bord
d’un avion KC-135. Crédit image : NASA

 

En savoir plus :

 

28 janvier - 30ème anniversaire accident Challenger - Remembrance day - Charles Bolden - Memorial - Arlington - NASA - Aubrey Gemignani

28 janvier 2016 : Charles Bolden,  l’administrateur de la NASA, se recueille devant le Space
Shuttle Challenger Memorial au cimetière national d’Arlington à l’occasion du 30ème anniversaire
de l’accident de Challenger. Crédit image : NASA / Aubrey Gemignani

 

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30 décembre 2015 3 30 /12 /décembre /2015 14:00

Calendrier spatial - Décembre - 2015 - bilan des lancements - Ariane - Apollo 8 - Pléiades - Patagonie - ISS

Le calendrier spatial et astronomique en décembre 2015. En arrière-plan, la Patagonie
photographiée depuis l’ISS en février 2014 (image ISS038-E-47324).
Infographie : Gédéon.  Crédit  image : NASA

 

Solstice d’hiver

Même si les températures anormalement douces du mois de décembre peuvent en faire douter, l’hiver est vraiment là…

L’Institut de Mécanique Céleste et de Calcul des éphémérides (IMCCE) nous indique que le solstice d’hiver 2015 s’est produit le 22 décembre à  4h47m57s UTC très exactement. Le lundi 22 décembre a été la journée la plus courte de l’année, avec seulement huit heures d’ensoleillement en moyenne en France.

Hiver dans l’hémisphère nord, avec un soleil dont la trajectoire passe au plus bas sous l’horizon : on parle de minimum de déclinaison, avec -23°26’ au moment du solstice.

Dans l’hémisphère sud, c’est le contraire : le 22 décembre est le jour le plus long.

J’ai donc choisi d’illustrer Le calendrier de décembre, avec une photographie de l’été en Patagonie : Elle a été prise le 13 février 2014 avec un Nikon D3S équipé d’un objectif de 65 mm de focale par un des membres de l’expédition 38 à bord de la Station Spatiale Internationale.

A l’arrière-plan, l’océan pacifique. Au centre de l’image, le champ de glace sud de Patagonie (Campo de Hielo Sur en espagnol), dans la cordillère des Andes à la frontière entre l’Argentine et le Chili. Avec près de 13000 km2, c’est la troisième calotte glaciaire du monde après l’Antarctique et le Groenland. La glace alimente des dizaines de glaciers : Upsala, Viedma, Perito Moreno, Pie XI, Bruggen… Les glaciers qui coulent vers l’est se déversent dans les lacs Argentino, Viedma et O’Higgins, les trois plus grands, de gauche à droite sur la photographie. Les symptômes du réchauffement climatique y sont particulièrement visibles, avec un recul marqué des glaciers et des inondations catastrophiques.

 

Pleine Lune le jour de Noël

Une curiosité à signaler en décembre : il y  a eu une pleine Lune le jour de noël ! Sans être exceptionnel, c’est assez rare : il n’y en a pas eu depuis 38 ans et il faudra attendre 2034 pour en voir une autre.

 

Pleine Lune - Noël - 25 décembre 2015 - Val d'Azun - Entre Aucun et Arrens-Marsous - Hautes-Pyrénées

La pleine Lune de Noël photographiée dans le val d’Azun près d’Arrens-Marsous (Hautes-Pyrénées).
Au premier plan, le Père Noël, peut-être lié à un effet secondaire de la consommation (modérée)
de Sauternes 1. Crédit image : Gédéon.

 

Le calendrier spatial du mois de décembre…

Les trois dates en décembre qui me semblent les plus marquantes pour la conquête spatiale sont :

  • 21 décembre 1968 : lancement de la mission Apollo 8 depuis le centre Spatial Kennedy. Les premiers hommes se mettent en orbite autour de la Lune le jour du réveillon de Noël.
  • 24 décembre 1979 : premier lancement d’Ariane à Kourou. C’est un succès et un beau cadeau de Noël pour l’Europe spatiale.
  • 17 décembre 2011 : lancement du satellite à très haute résolution Pleiades-1A.

 

A bord d’Apollo 8, Frank Borman, Jim Lovell et William Anders passent donc Noël en orbite autour de la Lune. Ce n’est pourtant que la seconde mission habitée du programme Apollo et le premier vol d’une fusée Saturn V. Même si c’était la première fois que des hommes voyaient directement la face cachée de la Lune, ce sont des photographies de la Terre qui ont marqué les mémoires.

En particulier, le célèbre « lever de Terre » (Earth Rise) immortalisé depuis l’orbite lunaire. Un autre article du blog Un autre regard sur la Terre y est intégralement consacré et vous donnera plus de détails sur la mission Apollo 8. L’équipage a amerri le 27 décembre 1968.

 

L’espion qui venait au chaud

L’autre noël aurait dû avoir lieu le 15 décembre 1979 à 14h30 UTC, soit 11h30 en heure locale : Le premier lancement d'une fusée Ariane... Tout semblait bien parti, avec tous les voyants au vert.

La première grosse difficulté est peu connue : « l’anecdote » est rapportée par Jean-Pierre Morin, chef adjoint de la division opération du Centre spatial guyanais dès 1973, puis chef de la division méthodes et développement, dans son livre-témoignage « La naissance d’Ariane ». A l’exception d’un billet de Laurent Lagneau sur le site « opex360.com zone militaire » (au sujet du roman « Opération Dédale » de Claude Thévenet), je n’ai pas trouvé d’autre source mentionnant cette histoire incroyable. La qualité de l’ensemble de l’ouvrage et les signatures en préface (André Lebeau et Yves Sillard) incitent à considérer ce témoignage des coulisses du lancement d’Ariane comme très crédible.     

 

Ariane : le fil pour sortir du dédale

Le problème intervient un peu plus de deux heures avant l’heure  H : ce n’est pas un rouge mais des rouges qui apparaissent… C’est Jean Gruau, inspecteur général du CNES, alias «Monsieur anti-sabotage » en Guyane, qui déclenche l’alerte en salle de crise. J’ai eu le plaisir de le rencontrer à la fin de mes études, à l’époque où, stagiaire de Marcel Lebaron, je m’occupais des campagnes de lancement de fusées expérimentales de l’ANSTJ.

Le matin du lancement, un Breguet Atlantic de la Marine nationale, en mission de reconnaissance de la zone que doit survoler la fusée Ariane, repère deux « chalutiers » bardés d’antennes et de paraboles. Le premier navire est exactement à l'aplomb de la séparation des premier et deuxième étages, le second, exactement à la verticale du point d'allumage théorique du troisième étage. A la jumelle, l’équipage du Bréguet peut lire les noms peints sur la coque : le Petrov et l’Ivanov !

Que font deux navires espions russes juste sous la trajectoire prévisionnelle d’Ariane ? Ils sont a priori satisfaits que l’Europe concurrence les américains en matière d’accès à l’espace. Ils ont même fourni le carburant UDMH qui était en « rupture de stock » aux Etats-Unis.

 

Des chalutiers russes avec la bannière étoilée

Des photographies prises par le Breguet Atlantic sont transmises par fax à l’état-major de la Marine, rue Royale à Paris. Surprise ! Les experts de la Marine sont formels : les deux chalutiers sont en fait des bâtiments de guerre électronique américains, l'USS San Diego et l'USS Fresno… Par curiosité, j'aimerais bien voir la photo d'un navire de guerre électronique transmis par fax dans un bar PMU de la place de la Concorde.

Toujours par l’intermédiaire du Breguet Atlantic, la menace d’un grave incident diplomatique avec les Etats-Unis de Jimmy Carter finit par convaincre les deux navires-espions de quitter la zone interdite.

 

IFF : Friend or foe. Amis ou ennemis…

Que venaient faire nos amis Américains au large de Kourou avec un faux nez soviétique ? Une simple mission de surveillance ? En bon responsable sécurité (il faut être un peu parano…), Jean Gruau imagine le pire cas, une possibilité de sabotage.

C’est la position du deuxième bateau, à la verticale de la séparation entre le deuxième et le troisième étage qui justifie cette hypothèse qu’il formule le 15 décembre 1979 : « Lors de l'allumage du troisième étage, il se produit, dans le vide qui règne à cette altitude, un éclatement du jet de gaz au sortir de la tuyère. Nos spécialistes en propagation radio ont calculé que, pendant ce phénomène, sur un laps de temps entre deux et trois secondes, nos émissions depuis le toit de Jupiter bloquant le récepteur de télécommande de destruction seraient inopérantes : le récepteur pourrait alors recevoir un ordre de destruction pirate en provenance d'une entité hostile. Ce bateau peut certainement émettre sur la fréquence de télé destruction, qui a pu être captée et analysée au cours de nos trop nombreux essais. Or, le bateau est, lui, idéalement placé, car étant par le travers de la trajectoire, il n'est pas masqué par l'éclatement du jet ! »

 

Compte-à-rebours ou palindrome ?

Le risque « américain » étant écarté, la chronologie de lancement reprend jusqu’à la fin de la séquence automatique…

C’est là que survient la deuxième difficulté, toujours rapportée de manière très détaillée par Jean-Pierre Morin :

 «  Attention pour le décompte final: dix, neuf, huit, sept... » Les bras cryotechniques se détachent…

 « Six, cinq, quatre, trois, deux, un, feu ! » Des flammes jaune orangé jaillissent des quatre moteurs Viking…

 « Un, deux, trois, quatre... » Il est normal qu’Ariane ne décolle pas immédiatement : des crochets la retiennent au sol, tant que la poussée des quatre moteurs est inférieure à son poids (plus de 200 tonnes).

 « Cinq, six, sept, huit... » Les flammes faiblissent et les quatre viking s’éteignent ! C'est moins normal...

 « Lancement avorté ! » Malgré l’absence presque totale d’incidents au cours des essais, un des moteurs Viking n’est pas suffisamment monté en pression. En réalité, une erreur de mesure de pression provenant de deux capteurs redondés mais endommagés au moment de la mise à feu.

Il faudra huit jours de travail pour vidanger totalement la fusée Ariane et préparer un nouveau lancement…

 

Quand le rouge se met au vert

La chronologie des opérations de lancement recommence en pleine nuit par les pleins des deux premiers étages puis du H8. Malgré quelques arrêts chronologie pour mettre un peu la pression,  la seconde tentative est la bonne :

 « Dix, neuf, huit, sept, largage des bras cryo, six, cinq, quatre, trois, deux, un, feu, un, deux, trois, quatre ... Décollage ! »

 

Ariane - Premier lancement - L01 - 24 décembre 1979 - Premières secondes de vol - Centre Spatial Guyanais - Kourou - CNES

Les premières secondes après le lancement d’Ariane L01, le 24 décembre 1979.
Crédit image : CNES

 

Il est 14h14 à Kourou, le 24 décembre 1979. Cette fois-ci, la première fusée Ariane n'est restée que trois secondes trente-six centièmes sur sa table, moteurs allumés, avant que les crochets ne la libèrent, indiquant que tout était nominal. Comme l’ensemble du vol…

Ariane rejoint comme prévu l’orbite de transfert géostationnaire. A H + 20 minutes 20 secondes, après l’extinction du troisième étage, la capsule technologique se sépare et peut désormais rejoindre seule son apogée, à près de 36000 km d’altitude. Comme pour le satellite Astérix, ce sont les américains et le réseau NORAD qui calculent les paramètres de l’orbite : ils sont remarquablement proches des valeurs visées. Ariane comme à bâtir sa légende avec un très beau succès !

 

Ariane - Premier Lancement - Hubert Curien - Neige en Guyane - Boules de neige - cryotechnique - décembre 1979 - CNES

Bataille de boule de neige au Centre Spatial Guyanais. Il est assez rare de voir un président du CNES
et un futur ministre de la Recherche (Hubert Curien) lancer des boules de neige. C’est encore plus
rare à Kourou où la température descend rarement en dessous de 15°C. Ce sont les ergols
cryotechniques d’Ariane qui ont condensé et gelé la vapeur d’eau de l’atmosphère humide.
Crédit image : CNES

 

Le dernier évènement marquant de décembre a également eu lieu en Guyane Française, au Centre Spatial Guyanais mais pas à Kourou : le maire de Sinnamary rappelle toujours que la zone de lancement Soyouz (ZLS) se situe sur le territoire de sa commune.

Le 17 décembre 2011, ce sont des vrais russes qui sont au cœur du CSG et ils sont les bienvenus pour assurer les opérations de lancement de Soyouz en Guyane.

Après le vol inaugural réussi qui emportait deux satellites de la constellation Galileo, la deuxième fusée Soyouz (VS 02) a mis sur orbite le satellite à très haute résolution Pleiades-1A. 12 ans après la mise en orbite du satellite américain Ikonos (en fait le deuxième Ikonos après l’échec du premier lancement en avril 1999), la France rejoignait ainsi le club très fermé des pays opérant un satellite commercial à résolution sub-métrique. Ce lancement a bien sûr fait l’objet d’un article ainsi que la publication des premières images.

Vous trouverez sur Le blog Un autre Regard sur la Terre de nombreux articles illustrés avec des images des satellites Pléiades. Il y a aussi quelques explications sur les premières opérations en orbite et sur le fonctionnement du système de contrôle d’attitude.

Le second satellite Pléiades a rejoint son jumeau en orbite un an plus tard et transmis ses premières images dans les jours qui ont suivi.

 

Les autres dates anniversaires de la conquête spatiale en décembre

Voici les autres dates anniversaires que j’ai retenues pour décembre :

  • 6 décembre 1957 : deux mois après le lancement de Spoutnik, le satellite américain Vanguard-1A est détruit à Cape Canaveral dans l'explosion de la fusée Vanguard TV-3.
  • 14 décembre 1962 : la sonde américaine Mariner-2 survole Vénus. C’est le premier survol d'une autre planète par un vaisseau spatial. Mariner-2 a été lancée le 27 août 1962 par une fusée Atlas-Agena B. Le lancement de Mariner-1, un mois plus tôt, avait échoué.
  • 15 décembre 1964 : l'Italie lance son premier satellite, San Marco 1, à l'aide d'un lanceur Scout américain depuis Wallops Island. L’Italie devient le premier pays d'Europe occidentale, à avoir mis sur orbite un satellite, mais pas par ses moyens propres. La France y parvient le 26 novembre 1965 avec Diamant-A et Astérix. L’orbite de San Marco 1 est elliptique avec un périgée très bas (198 x 946 km) : il brûle en rentrant dans l’atmosphère le 13 septembre 1965.
  • 6 décembre 1965 : une fusée américaine Scout lance le satellite français FR-1 depuis le centre de Vandenberg. 10 jours après le lancement d’Astérix, FR-1, développé conjointement par le CNES et le CNET, est le premier satellite scientifique français et le premier satellite développé par le CNES. Sa mission était l’étude de la propagation des ondes de très basse fréquence (TBF) dans l’ionosphère et la magnétosphère.
  • 18 décembre 1966 : à Hammaguir, succès du deuxième essai de la fusée Cora, développée dans le cadre du programme Europa de l’ELDO (European Launcher Development Organization). Le premier étage, Coralie, est développé par le LRBA et Nord Aviation.
  • 12 décembre 1970 : Lancement du satellite PEOLE par la première fusée Diamant B depuis Kourou en Guyane française. PEOLE est un satellite précurseur d’EOLE, le programme de collecte de données météorologiques relevées par des ballons-sondes dans la bande 400-466 MHz). Avec une masse de 58 kg, PEOLE embarque également une expérience de géodésie spatiale utilisant 44 réflecteurs laser. PEOLE est stabilisé par gradient de gravité grâce à un mât télescopique de 10 mètres.
  • 7 décembre 1972 : Lancement d’Apollo 17, dernière mission lunaire dans le cadre du programme Apollo. Le module lunaire alunit le 11 décembre et la capsule Apollo amerrit le 19 décembre 1972. L’équipage est constitué d’Eugène Cernan, Ronald Evans et Harrison Schmitt. Ce dernier, géologue, a paradoxalement bénéficié de l’annulation des missions postérieures à Apollo 17 : prévu initialement pour la mission Apollo 18, Harrison Schmitt est « le premier scientifique à poser le pas sur la Lune ». Au cours du voyage vers la Lune, à 45000 km de la Terre, environ 5 heures après le décollage, l’équipage prend une photo qui deviendra une des plus diffusées dans le monde : La bille bleue (The Blue Marble). Elle montre une terre complètement éclairée. Le terme « Blue Marble » désigne désormais des représentations similaires du globe terrestre, très souvent obtenue par mosaïque d’images prises par les satellites d’observation de la Terre.

 

Blue Marble - la bille bleue - Apollo 17 - NASA - Décembre 1972

« The Blue Marble » en version originale : la Terre photographiée par les astronautes d’Apollo 17
en route vers la Lune. La référence NASA est
AS17-148-22727. On voit toute l’Afrique,
Madagascar et une partie de l’Antarctique. Crédit image : NASA

 

  • 20 décembre 1972 : au cours de la 5ème conférence spatiale Européenne, les 12 ministres européens en charge de l’espace adoptent une résolution en 4 points : 1) création d'une agence spatiale Européenne avant le 1er janvier 1974 par fusion de l' ELDO et de l’ESRO (demande anglaise). 2) Intégration des programmes spatiaux européen, 3) accord de principe sur le module de sortie post-Apollo (demande allemande), 4) Proposition Française sur le lanceur L3S, la future Ariane. Le programme Europa 3B est abandonné.

 

«Es ist schwer» (c'est dur à avaler)

  • 19 décembre 1974 : lancement du satellite Symphonie-A par une fusée américaine Thor-Delta depuis le centre spatial Kennedy (KSC). Symphonie est le premier satellite européen de télécommunication, réalisé dans le cadre d’une coopération franco-allemande. Il utilise pour la première fois une plate-forme stabilisée trois-axes. Les efforts nécessaires à la mise au point de toutes les innovations technologiques seront structurantes pour l’industrie européenne. L’abandon du lanceur Europa en décembre 1972 compromet le programme. Les États-Unis acceptent de lancer les satellites Symphonie à condition les deux satellites ne sont pas exploités commercialement. Cette contrainte sera déterminante dans la décision des européens de lancer le programme Ariane en juillet 1973.
  • 8 décembre 1983 : Atterrissage de la mission STS-9 (ou STS-41A) de la navette Spatiale Columbia. C’était le premier vol du laboratoire européen Spacelab de l'ESA. La mission a duré dix jours. Parmi les membres de l’équipage, l’allemand Ulf Merbold. Le commandant de bord est John W Young qui effectue son sixième vol après Gemini 3, Gemini 10, Apollo 10, Apollo 16 et Columbia (STS-1). C’était la première fois qu’un vaisseau spatial emportait 6 personnes en orbite.
  • 2 décembre 1995 : Lancement de la sonde SoHO (Solar and Heliospheric Observatory ou Observatoire solaire et héliosphérique) depuis Cap Canaveral par une fusée Atlas 2. Mission de l’Agence Spatiale Européenne en coopération avec la NASA. La sonde est placée sur une orbite de halo autour du point de Lagrange L1. Elle a très largement dépassé sa durée de vie espérée (2 ans) : la mission a été prolongée à plusieurs reprises, compte tenu de l’état du satellite et de la qualité des résultats obtenus. La fin de la mission est prévue en décembre 2016. Ce n’était pas gagné d’avance : en juin 1998, le contact avec SoHO est perdu et l’orientation du satellite n’est plus assurée. Cette panne donne lieu à une incroyable tentative de sauvetage. Un mois après la panne, le 23 juillet, le radiotélescope d'Arecibo à Puerto Rico (James Bond connaît bien…) et une antenne de 70 mètres de diamètre du réseau Deep Space Network de la NASA utilises en radar bi-statique fournissent une première localisation de la sonde. Le contact est rétabli mais les premières télémesures transmises indiquent que l’hydrazine du système de propulsion est gelée. Les “équipes de sauvetage” parviennent un mois plus tard à stabiliser SoHO. Le 16 octobre 1998, la mission nominale reprend… Cet épisode a visiblement endurci le système : SOHO vient de fêter ses vingt ans dans l'espace.

 

SOHO - éruption solaire - Coronal Mass Ejection - CME - ESA - NASA - observatoire solaire - Winner of SOHO's Birthday Image Contest

Eruption solaire (Coronal Mass Ejection) vue par la sonde SOHO le 8 janvier 2002. Composition
de deux images : le fond est une image du coronographe de SOHO. Une image du soleil
provenant du télescope ultraviolet de SOHO, colorée en rouge, est superposée et montre le
disque solaire à une longueur d’onde de 0,304 µm.
Crédit image : ESA / NASA / SOHO

 

  • 21 décembre 1998 : Fin de la mission Aragatz à bord de la station Mir. Jean-Loup Chrétien rentre sur Terre à bord du vaisseau Soyouz TM-6 après son deuxième vol spatial. Il avait quitté la terre le 26 novembre précédent à bord du Soyouz TM-7 avec Sergueï Krikalev et Alexander Volkov. C’est à l’occasion de ce lancement qu’à eu lieu le seul vol d’un Concorde à destination de Baïkonour : à bord, le Président François Mitterrand qui venait assister au lancement.
  • 20 décembre 1999 : décollage de la mission STS-103 du space shuttle Discovery depuis le pas de tir 39B du Centre Spatial Kennedy. A bord, quatre américains, Curtis L. Brown Scott J. Kelly (le jumeau…), Steven L. Smith, C. Michael Foale, John M. Grunsfeld, et deux astronautes de l’ESA, le suisse Claude Nicollier et le français Jean-François Clervoy dont c’est le troisième vol. L'objectif principal de la mission était la maintenance du télescope spatial Hubble. La navette Discovery atterrira le 28 décembre 1999.
  • 27 décembre 2006 : lancement du télescope spatial CoRoT (Convection, Rotations et Transits planétaires). Sous la maîtrise d’œuvre du CNES et la responsabilité scientifique de l’Observatoire de Paris, la mission Corot a été décidée alors que les premières exo-planètes n’avaient pas encore été découvertes. Au cours de ses 7,5 années de mission, le télescope de 27 cm d’ouverture a observé des champs d’étoiles de la voie lactée sur de très longues durées (jusqu’à 6 mois) : cette méthode  a permis de détecter 34 planètes extrasolaires et d’étudier le fonctionnement de milliers d’étoiles. Placé initialement sur une orbite à environ 900 km d’altitude, Corot a été désorbité le 17 juin 2014.
  • 2 décembre 2012 : la quatrième fusée Soyouz lancée du Centre Spatial Guyanais (VS04)  met en orbite le satellite Pléiades 1B. Il rejoint son jumeau Pléiades-1A lancé un an plus tôt.
  • 21 décembre 2015 : après plusieurs tentatives infructueuses, le premier étage d’une fusée Falcon 9 a réussi à atterrir, à la verticale et en douceur. Les moteurs-fusées ont ralenti la descente, 11 minutes après le décollage et après avoir atteint une altitude de 200 km. L’objectif principal de la mission Orbcomm-2 a également été atteint : mettre en orbite 11 satellites pour la société Orbcomm.

 

Les lancements de novembre et décembre

Comme c’est le dernier mois de l’année, je fais la liste des lancements orbitaux pour novembre et décembre.

En novembre, il y a eu 8 lancements (dont 1 échec). La Chine a été le pays le plus actif avec la moitié des lancements. Europe, Russie, Etats-Unis et Japon ont effectué chacun un lancement :

  • 3 novembre 2015, 16:25 UTC, Xichang : une fusée Chang Zheng 3B met en orbite le satellite de télécommunication Zhongxing 2C sur une orbite de transfert géostationnaire.

 

Hiaka Falcon: pas toujours aussi simple…

  • 4 novembre 2015, 03:45 UTC, Kauai (Hawaï) : échec de la mission ORS-4 de l’US Air Force). La fusée SPARK (Super Strypi), construite par l’Université d’Hawaï, les laboratoires Sandia et Aerojet, a été détruite après une perte de contrôle de sa trajectoire. Le satellite d’observation Hiakasat (55 kg), le mal nommé, et 12 autres nano-satellites sont détruits.
  • 8 novembre 2015, 07:06 UTC, Taiyuan : une fusée Chang Zheng 4B met en orbite le satelliteYaogan 28 sur une orbite héliosynchrone. Altitude moyenne : 470. Inclinaison : 94,2°. Heure de passage au nœud descendant : 14:14.
  • 10 novembre 2015, 21:34 UTC, Kourou (ELA 3) : une fusée Ariane 5 ECA met en orbite de transfert géostationnaire  les satellites Badr 7 et GSAT-15.
  • 17 novembre 2015, 06:34 UTC, Plesetsk (LC43/4) : une fusée Soyouz 2-1B/Fregat met en orbite le satellite Kosmos-2510. Il s’agit d’une mission militaire d’alerte avancée (Early Warning). Orbite elliptique inclinée à 63,8° entre 1625 et 38551 km d’altitude.
  • 20 novembre 2015, 16:07 UTC, Xichang (LC2) : une fusée Chang Zheng 3B met en orbite le satellite de communication LaoSat 1 (Laos) sur une orbite de transfert géostationnaire.
  • 24 novembre 2015, 06:50 UTC, Tanegashima : une fusée H-IIA 204 met en orbite le satellite de communication Telstar 12V pour le compte de l’opérateur canadien Telesat. Le satellite fournira des services en bande Ku pour le continent américain.
  • 26 novembre 2015, 21:24 UTC, Taiyuan : une fusée Chang Zhen 4C met en orbite le satellite d’observation radar Yaogan 29 sur une orbite héliosynchrone. Altitude moyenne : 617 km. Inclinaison : 97,8°. Heure locale de passage au nœud descendant : 04:30.

 

En décembre, on monte beaucoup

En décembre, au moment où je publie cet article, il y a eu un nombre record de fusées lancées : quatorze lancements orbitaux, tous réussis, dont six en six jours et un atterrissage en douceur d'un premier étage. Les russes n’ont pas chômé : 6 lancements en Russie (dont 5 à Baikonour). Il y a eu également deux lancements en Guyane Française (dont un Soyouz russe), deux à Cap Canaveral aux Etats-Unis, deux en Chine et un lancement en Inde.

  • 3 décembre 2015, 04:04 UTC, Kourou (ZLV) : une fusée Vega (VV 06) met en orbite la mission scientifique LISA Pathfinder. L’orbite intermédiaire est très elliptique (748 / 124805 km). Las onde LISA Pathfinder doit rejoindre le point de Lagrange L1.
  • 5 décembre 2015, 14:09 UTC, Plesetsk (LC43/4) : une fusée Soyouz-2-1V met en orbite les satellites militaires Kosmos-2511 (Kanopus-ST) et Kosmos-2512 (KYuA-1) sur une orbite héliosynthrone. Altitude moyenne : 689 km. Inclinaison : 98,2°. Heure locale de passage au nœud descendant : 06 :00. Kosmos-2511 est un satellite militaire expérimental observant dans le visible, l’infrarouge et les micro-ondes pour détecter les sous-marins. KYuA-1 est une sphère de 16 kg destinée à calibrer des systèmes anti-missiles. Il semble que la charge utile principale, Kosmos-2511, ne se soit pas séparée correctement de l’étage supérieur. L’ensemble est rentré dans l’atmosphère après une manœuvre de désorbitation.
  • 6 décembre 2015, 21:44 UTC, Cap Canaveral (SLC41) : une fusée Atlas V 401 met en orbite le cargo Cygnus OA-4, baptisé « Deke Slayton II ». C’est la première mission d’une fusée Atlas à destination de l’ISS : après l’échec de la fusée Antarès en 2014, les véhicules Cygnus sont temporairement lancés sur Atlas. Ce cargo embarquait 18 petits satellites (dont 12 de la constellation Flock 2e de Planet Labs). Le cargo Cygnus testait aussi pour la première fois le module pressurisé EPCM et les panneaux solaires UltraFlex conçus pour le vaisseau Orion.
  • 9 décembre 2015, 16:46 UTC, Xichang : une fusée Chang Zheng 3B met en orbite le satellite de télécommunication Zhongxing 1C sur une orbite de transfert géostationnaire.
  • 11 décembre 2015, 13:45 UTC, Baikonour (LC45/1) : lancement du satellite météorologique Elektro-L n°2 par une fusée Zenit 3SLBF.
  • 13 décembre 2015, 00:19 UTC, Baikonour (LC81/24) : une fusée Proton-M / Briz-M met en orbite de transfert géostationnaire le satellite de télécommunication Kosmos-2513.
  • 15 décembre 2015, 11:03 UTC, Baikonour (LC1) : Un lanceur Soyouz-FG met en orbite le vaisseau Soyouz TMA-19M qui s’amarre un peu plus tard à l’ISS.
  • 16 décembre 2015, 12:30 UTC, Sriharikota (LP1) : une fusée indienne PSLV-CA met en orbite le satellite d’observation TelEOS-1 et le satellite météorologique VELOX-CA, ainsi que 4 satellites plus petits (Kent Ridge 1, VELOX-II, Galassia et Athenoxat-1.
  • 17 décembre 2015, 00:12 UTC, Jiuquan : une fusée Chang Zheng 2D met en orbite le sonde astronomique Wukong. 
  • 17 décembre 2015, 11:51 UTC, Centre Spatial Guyanais, Sinnamary : une fusée Vega (mission VV 06) met en orbite le 11ème et le 12ème satellite de la constellation Galileo sur une orbite MEO (altitude moyenne : 23584 km, inclinaison : 55°)
  • 21 décembre 2015, 08:44 UTC, Baikonour (LC31), une fusée Soyuz-2-1A met en orbite le cargo Progress MS-01 à destination de la Station Spatiale Internationale. Le Progress MS est une nouvelle version du vénérable véhicule Progress  mis en service en 1978 et qui a déjà  connu plusieurs évolutions. La nouvelle génération embarque une nouvelle avionique, une antenne de navigation fixe, une antenne de communication avec les satellites relais russes (système Luch) une protection contre les débris et un « dispenseur » de cubesats.

 

Ya ka Falcon : Elon Musk et Space X inventent la fusée boomerang

  • 22 décembre 2015, 01:29 UTC, Cap Canaveral (SLC40), une fusée Falcon 9 met en orbite 11 satellites de la constellation Orbcomm. Ces satellites fournissent un service de communication M2M (Machine-to-Machine). L’orbite est inclinée à 47°, avec une altitude comprise entre 613 et 658 km. C’est surtout la réussite de l’atterrissage autonome à la verticale et la récupération du premier étage de la fusée Falcon 9, une grande première, qui a marqué les esprits et fait le buzz juste avant noël.

 

SpaceX - Falcon 9 - Atterrissage réussi du premier étage - 22 décembre 2015 - Orbcomm-2

Retour à l'envoyeur : l'atterissage réussi du premier étage du lanceur Falcon 9 de Space X
le 22 décembre 2015. Une première ! Au même moment, l'étage supérieur du lanceur continue
la mission Orbcomm-2 (mise en orbite de 11 satellites). Crédit image : SpaceX

 

  • 24 décembre 2015, 21:31 UTC, Baikonour (LC200/39), une fusée Proton-M / Briz-M met en orbite de transfert géostationnaire le satellite de télécommunication Ekspress AMU-1. Construit par Airbus Defence and Space à Toulouse et opéré par RSCC (Russian Satellite Communications Co), Ekspress AMU-1 fournira différents service de télévision directe et de télécommunication au-dessus de la Russie et de l’Afrique subsaharienne. pour une durée de 15 ans. Il sera opéré par depuis son centre de contrôle de Moscou. Eutelsat loue des canaux pour la zone africaine sous le nom d’Eutelsat 36C.
  • 28 décembre 2015, 16:04 UTC, Xichang : une fusée Chang Zheng 3B met en orbite le satellite Gaofen 4 sur une orbite de transfert géostationnaire. Gaofen 4 est le premier satellite géostationnaire chinois dédié à l’observation de la Terre dans l’optique et l’infrarouge. Il aurait une résolution meilleure que 50 mètres. Il pesait 4,6 tonnes au décollage.

 

Un premier bilan de l’année 2015 : 84 lancements orbitaux réussis

Au total, j’ai recensé un total de 87 lancements orbitaux depuis le début de l’année 2015.

Je retiens uniquement les lancements à destination d’une orbite quelconque effectués depuis le sol. Si je compte bien, il y a eu également 8 « lâchers » de séries de petits satellites effectués depuis la Station Spatiale Internationale. Je ne les inclue pas dans le total : les satellites concernés étaient déjà en orbite, amenés à la station par un autre lanceur.

3 lancements ont échoué, deux américains et un russe : un Proton, un Falcon américain et un super-strypi. Je ne comptabilise que les échecs dus à la fusée : les russes ont eu aussi deux problèmes de mise en orbite après la séparation du lanceur.

Sur les 84 lancements réussis, 25 ont été effectués en Russie (14 Soyouz, 7 Proton, 2 Rokot, 1 Zenit et 1 Dnepr).

Sur le podium 2015, la Chine arrive en deuxième place avec 19 lancements réussis (16 Chang Zheng 2, 3 ou 4, 1 Chang Zheng 6 et un premier lancement de la nouvelle fusée Chang Zheng 11 en septembre), juste devant les Etats-Unis avec 18 lancements (9 Atlas 5, 6 Falcon 9, 2 Delta 4, 1 Delta 2).

L’année 2015 est aussi une année record pour le Centre Spatial Guyanais et Arianespace avec 12 lancements réussis (6 Ariane 5, 3 Vega et 3 Soyouz).

Si on comptabilise les types de fusées et non les pays de lancements, les 3 Soyouz guyanais augmentent encore l’avance des russes avec 28 lancements réussis en 2015.

Les indiens ont réussi 5 lancements orbitaux, les japonais en ont quatre à leur actif. L’Iran a également mis en orbite en 2015 son quatrième satellite.

Vous retrouverez l’historique des lancements 2015 dans les pages « calendrier spatial » du blog Un autre regard sur la Terre. Décembre a été le mois le plus actif avec 14 lancements, suivi de septembre (12 lancements réussis) et mars (11 lancements réussis).

Il n’y a eu que trois lancements, tous réussis, en janvier. En mai, trois lancements réussis et un échec. Presque la moitié dans lancements réussis (42) a été effectuée de septembre à décembre.

Je ferai prochainement un bilan plus détaillé des lancements de l’année 2015.

 

Watt, ça n’est pas coton !

Je termine la galerie de portraits de l’année 2015 avec un ingénieur : James Watt.

Il aurait été injuste de ne pas rendre hommage à celui qui a donné son nom en 1882 à l’unité de puissance du Système International.

Electricité, mécanique, propulsion, optique, thermique, rayonnement électromagnétique : il est difficile d’aborder un thème du spatial sans parler de puissance ou de flux énergétique.

Né en 1736 en Ecosse, James Watt, passionné de mécanique, est un des acteurs de la révolution industrielle avec ses travaux d’amélioration de la machine à vapeur. Il a aussi défini le cheval-vapeur pour comparer les puissances des machines à vapeur. Sa version : 550 livres-pied par seconde…

Vous préférez le watt ? Moi aussi ! Le horsepower britannique (hp) correspond à 746 W. Cela aurait été trop simple, pour une fois, d'avoir la même unité de chaque côté de la Manche : le cheval-vapeur français correspond à la puissance nécessaire pour soulever (verticalement) une masse de 75 kg sur une hauteur de 1 mètre en 1 seconde, soit 735,5 W.

 

Watt else?

Watt a également fait de la chimie, convaincu par exemple que l’eau est un composé et non un élément. Il a contribué à la commercialisation du procédé de blanchiment des textiles par le chlore découvert par Claude Berthollet.

James Watt est mort en août 1819.

 

Watt is it? l’unité fait la puissance…

Le watt (W) est l’unité de mesure de puissance ou de flux énergétique. Une puissance d’un watt correspond à un transfert d’énergie de 1 joule pendant un seconde.

Selon le domaine technique, une puissance d’un watt équivaut par exemple à :

  • En électricité : la puissance d’un système traversé par un courant de 1 ampère sous une tension de 1 volt.
  • En mécanique : la puissance développée par une force de 1 newton se déplaçant sur un mètre pendant une durée d’une seconde.

 

Watt : des ordres de grandeurs dans le spatial et ailleurs…

  • La puissance radio émise par un téléphone mobile GSM est de l’ordre de 1 à 2 W.
  • Les anciennes ampoules à incandescence avaient une puissance de l’ordre de 30 à 100 W. 5 fois moins pour une ampoule fluorescente basse consommation et encore 5 fois moins pour une ampoule à LED.
  • Un minisatellite de la famille myriade a une puissance d’environ 100 à 130 W.
  • La constante solaire exprime la quantité d’énergie solaire reçue par une surface de 1 m2 située à une distance de 1 ua (distance moyenne Terre-Soleil), en l'absence d’atmosphère. C'est donc la densité de flux énergétique au sommet de l'atmosphère. Elle s’exprime en watt par mètre carré (W/m²) et vaut environ 1361 W/m2. Ramenée en valeur moyenne sur l’ensemble de la surface terrestre (4 fois la surface du disque équatorial), le rayonnement solaire incident moyen est de 340 W/m2.
  • En plein effort, au cours d’une étape de montagne ou d’un contre-la-montre, un champion cycliste peut délivrer une puissance d’environ 400 à 450 W.
  • Un satellite d’observation du type Pleiades a une puissance totale de l’ordre de 1200 à 1400 W, à peu près l'équivalent d'un radiateur électrique dans un appartement.
  • La puissance d’un gros satellite géostationnaire de télécommunications atteint 15 à 25 kW.
  • Une voiture de 100 cv DIN délivre une puissance maximale de 73,6 KW. les chevaux-fiscaux (notés CV) n'ont rien à voir.
  • La turbopompe à hydrogène du moteur Vulcain de la fusée Ariane 5 tourne à 33000 tours par minutes et développant une puissance de 15 MW. La turbopompe à oxygène se contente de 3,7 MW.
  • Les 58 réacteurs nucléaires exploités en France ont une puissance comprise entre 900 et 1450 MW. Le réacteur nucléaire EPR en construction à Flamanville aura une puissance d’environ 1600 MW.

 

En savoir plus :

 

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6 novembre 2015 5 06 /11 /novembre /2015 17:43

 

Astérix - A1 - Diamant - Premier satellite français - 26 novembre 1965 - 50 ans - calendrier spatial et astronomique - Laika - Meteosat-1

Le calendrier spatial et astronomique du mois de novembre 2015 : le 50ème anniversaire du
lancement du premier satellite français, Laika, un mois après Spoutnik et Meteosat.
Infographie : Gédéon. Dessin Astérix : Uderzo. Crédit image de fond : NASA

 

L’hiver approche… L’image de fond du calendrier a été prise en février 2003 par un membre de l’expédition 6 à bord de la station spatiale internationale (référence ISS-006-E-26312). Une très belle photographie du sud de la France : la chaîne des Pyrénées sous la neige. Cela donne envie d’aller faire du ski…  

Difficile de passer à côté du dessin d’Astérix. L’illustration d’Uderzo montrant Astérix le gaulois chevauchant le satellite A1 a été publiée dans le journal Pilote datée du 23 décembre 1965 (pour la petite histoire, la couverture titrait « Allez France »). Le lancement du satellite A1 par une fusée Diamant est évidemment une des dates anniversaires que j’ai retenue pour le calendrier du mois de novembre : la France devient la troisième puissance spatiale, capable de mettre un satellite en orbite par ses propres moyens.

J’ai également retenu la chienne Laïka, l’animal le plus rapide du monde et Meteosat 1 qui marque une étape pour la prévision météorologique en Europe…

Après les autres dates anniversaires et les lancements d’octobre 2015, on terminera avec un petit portrait d’un certain Maxwell…

 

3 novembre 1957 : Laïka et la révolution d’octobre en novembre…

Idéfix n'était pas encore né... Seulement un mois après Spoutnik, Spoutnik 2 emporte la chienne Laika, le premier passager mis en orbite autour de la terre. Laila meurt au bout de 6 à 7 heures, à cause d’une défaillance du système de régulation de la température. Laika est donc aussi le premier hot dog de l’espace… C'est durant le vol de Spoutnik 2 que les États-Unis lancèrent leur premier satellite : Explorer 1.

Après le succès de Spoutnik, Nikita Khrouchtchev souhaita qu’une seconde fusée soit rapidement lancée et il demanda à Korolev que ce lancement ait lieu avant le 7 novembre, la date de commémoration du 40ème anniversaire de la révolution bolchevique. C’est effectivement dans la nuit du 6 au 7 novembre (calendrier grégorien, soit la nuit du 24 au 25 octobre dans le calendrier Julien utilisé en URSS) que les bolchéviques s’emparent des centres de décision de la capitale russe, Petrograd (Saint-Petersbourg).

 

Laïka - Spoutnik 2 - 3 novembre 1957 - URSS - Conquête spatiale - Dates et premières

La chienne Laïka dans sa capsule avant le lancement de Spoutnik 2 le 3 novembre 1957

 

26 novembre 1965 : la fusée "Diamant" lancée depuis Hammaguir (Algérie) met en orbite le premier satellite français, A1 alias Astérix.

100% français (ou gaulois)… La France devient la troisième puissance spatiale, derrière l’URSS et les Etats-Unis.

 

Astérix - A1 - Diamant - Hammaguir - 26 novembre 1965 - lancement - France - Troisième puissance spatiale - Pierre Quétard - Aubinière - Matra - CNES

A Hammaguir, le 26 novembre 1965, lancement du satellite A1 (Astérix) par une fusée Diamant A.
Crédit image : CIEES

 

C’est en 1947 qu’est créé le Centre interarmées d'essais d'engins spéciaux (CIEES) à Colomb-Béchar en Algérie française, pour les essais de missiles balistiques pour la dissuasion nucléaires française. C’est également là que seront lancées les premières fusées sondes françaises Véronique suivies de la série des pierres précieuses. Le Général Robert Aubinière, avant de devenir le premier directeur du CNES, dirigea le CIEES de 1957 à 1962. Les accords d’Evian sont signés en mars 1962 entre le gouvernement français et le Front de libération nationale (FLN) : l’indépendance de l’Algérie est reconnue.  Une clause indiquait que la base d’Hammaguir, à 120 km au sud-ouest de Colomb-Béchar, pouvait être exploitée jusqu’en 1967.

Je vous renvoie à un autre article du blog Un autre regard sur la Terre sur l’histoire de ce premier lancement de satellite français, le rôle de l’armée et du CNES, la difficulté à effectuer le diagnostic de satellisation et le choix du nom de baptême qui a failli être Zébulon. 

 

A1 - Diamant - Astérix - 26 novembre 1965 - Premiers satellite français - paramètres orbitaux - registre ONU

L'enregistrement des lancements des premiers satellites français.
En tête, le satellite expérimental A1 ne s'appelle pas officiellement Astérix.
A l'époque, les débris ne sont pas encore une préoccupation...

 

De A1 (Astérix) à 1W (Oneweb) : potion magique pour l’industrie spatiale française

Il y a eu, encore récemment, de longs débats sur la question de savoir si Astérix / A1était un satellite ou un simple capsule technologique (une « pierre » selon certains anciens à … 50 ans après ce lancement, cela paraît désormais assez anecdotique mais je vous invite à parcourir les liens proposés à la fin de cette page pour vous faire une idée de l’ampleur de la polémique… En tout cas, selon les lois de Kepler, Astérix était bien un satellite.

En 2015, on peut se féliciter, qu’avec cette impulsion initiale, l’industrie spatiale française puisse jouer aujourd‘hui dans la cour des grands, qu’il s’agisse de lanceurs ou de satellites : les succès récents, comme la participation au programme Oneweb avec une constellation de 640 satellites, le prouvent…

 

Astérix - Diamant - Répétition montage satellite lanceur - 1965 - ECPAD

A Saint-Médard en Jalles, au Centre d'Achèvement des Propulseurs et des Engins (CAPE), en octobre 1965, répétition des opérations de montage de la fusée Diamant et des préparatifs de lancement du
satellite A1 "Astérix". Crédit image : ECPAD / René-Paul Bonnet

 

23 novembre 1977 : lancement du satellite européen Meteosat-1

Le lancement est effectué par une fusée Delta 2914 à partir de Cap Kennedy. La première image publiée est daté du 9 décembre 1977.

Initialement, à la fin des années soixante, il y avait deux projets de satellites de météorologie en Europe : un projet français du CNES et un européen proposé par l’ESRO. Tous les deux visaient l’orbite géostationnaire, même si le concept initial de l’ESRO portait sur un satellite en orbite polaire. Dans les deux cas, il s’agissait d’une contribution au programme GARP (Global Atmospheric Research Programme) de l’OMM (Organisation Météorologique Mondiale ou WMO en anglais). A l’issue de négociations difficiles, un projet unique européen fut officialisé en septembre 1972, avec la participation de huit pays membres de l’ESA.

 

Satellite Meteosat - Meteosat-1 - Première image - First image - ESA - 9 décembre 1977 - Eumetsat

9 décembre 1977 : la première image du satellite Meteosat-1 est publiée. Crédit image : ESA

 

Il n’a pas non plus été facile d’obtenir l’engagement des différents services de météorologie  à financer la phase d’exploitation opérationnelle. L’Europe spatiale  a du déployer tous ses efforts pour convaincre les utilisateurs météo de s’intéresser aux données fournies par les satellites. Meteosat-2 est mis en orbite par Ariane en juin 1981. Ce sont peut-être les initiatives de l’administration Reagan qui envisageait de commercialiser les données météo qui ont incité les états européens à créer une organisation chargée de l’exploitation opérationnelle des satellites météo : le principe est décidé en mars 1983 et  convention créant Eumetsat entre en vigueur en juin 1986.

 

Conquête spatiale : les autres dates anniversaires en novembre

J’ai également retenu les dates suivantes qui me paraissent être de bons marqueurs des étapes de la conquête spatiale.

  • 1er novembre 1923 : Goddard fait fonctionner la 1ère chambre de combustion à ergols liquides à Worcester (Etats-Unis).
  • 1er novembre 1932 : après avoir construit de petites fusée au sein de Verein für Raumschifffahrt , une sorte de club créé par Hermann Oberth, Werner Von Braun (1912-1977) devient employé civil de l'armée allemande, à Kummersdorf, sous la direction du général Dornberger, chargé du développement des fusées à ergols liquides.  Il sera naturalisé américain en 1955. L’Amérique oublia très vite son passé nazi…
  • 11 novembre 1935 : le ballon "Explorer II", de la National Geographic Society et de l'US Air Force, s'élève jusqu'à environ 22km. A l’époque, c’est un record pour un vol habité.
  • 26 novembre 1962 : naissance de Gédéon…
  • 28 novembre 1964 : lancement par une fusée Atlas-Agena de la sonde Mariner-4. Elle effectue le premier survol de la planète Mars et transmet des photographies de sa surface les 14 et 15 juillet 1965.

 

Mariner-4 - Survol Mars - Photographie surface Mars - Novembre 1964 - NASA - JPL

Photographie de la surface martienne prise par la sonde Mariner-4
en novembre 1964. Crédit image : NASA / JPL

 

  • 29 novembre 1967 : l'Australie lance son premier satellite WRESAT-1 (Weapons Research Establishment Satellite) à partir de Woomera Rocket Range. Le lanceur est une fusée américaine Sparta (dérivée de Redstone).
  • 19 novembre 1969 : dans l’Océan des tempêtes, à bord du module lunaire Intrepid, Pete Conrad et Alan Bean sont le troisième et quatrième marcheurs lunaires. Lancée le 14 novembre, la fusée Saturn 5 de la mission Apollo 12 est frappée par le foudre peu après le décollage… Apollo 12 est la deuxième mission humaine à se poser sur la Lune en moins de quatre mois…. Richard Gordon restera à bord du module de commande en orbite autour de la Lune.

 

Apollo 12 - Lunar module - Moon landing - Pete Conrad - Alan Bean - NASA - Novembre 1969

Mission Apollo 12 : Alan Bean photographié par Pete Conrad au moment où il descend l'échelle
du module lunaire pour poser le pied sur la Lune. Crédit image : NASA

 

  • 10 novembre 1970 : Luna 17 emporte le premier véhicule automatique lunaire, Lunakhod 1. Il se pose sur la Lune le 17 novembre. Lunokhod a parcouru une distance de 10 540 mètres et a transmis plus de 20 000 images et plus de 200 panoramas. Il a aussi effectué des mesures sur le sol lunaire.
  • 13 novembre 1971 : lancée le 30 mai 1971, la sonde Mariner-9 rejoint Mars. C’est la première mise en orbite autour d'une autre planète.
  • 3 novembre 1973 : lancement de la sonde Mariner-10, la dernière sonde spatiale du programme Mariner de la NASA. Mariner 10 est la première sonde à avoir effectué un survol de la planète Mercure. C’est également fois qu’un vaisseau spatial utilise le principe du vent solaire. Mariner 10 survole Vénus le 5 février 1974 à 5 794 km d'altitude. Elle effectue ensuite trois survols de Mercure : le 29 mars 1974 à 703 km d’altitude, le 21 septembre 1974 à 48069 km d’altitude et le 16 mars 1975 à 327 km d’altitude.
  • 27 novembre 1980 : Décollage du soyouz T-3 à destination de la station Saliout-6. A bord, les cosmonautes Kizim, Makarov et Strekalov. C’est le retour à des équipages de 3 cosmonautes, neuf ans après l’accident de Soyouz-11 en juin 1971 qui avait entraîné la mort de Gueorgui Dobrovolski, Viktor Patsaïev et Vladislav Volkov
  • 15 novembre 1988 : la navette spatiale soviétique Bourane effectue son premier et seul vol d'essai en pilotage automatique. Lancé dans les années 70 après Albatros et Spiral, le programme de vaisseau spatial réutilisable soviétique est officiellement abandonné par Boris Eltsine en juin 1993, à cause des retards, du manque d’argent et de la situation politique en URSS.

 

Bouran - Buran - Baikonour - Transport site de lancement - Premier vol d'essai

Le "Train-train" à Baikonour : préparatifs du premier et seul vol orbital en mode automatique
de la navette soviétique Bourane.

 

  • 26 novembre 1988 : Mission Aragatz. Jean-Loup Chrétien s’envole à destination de la station orbitale MIR. Il y restera jusqu’au 21 décembre 1988.
  • Novembre 1993 : la mission Rosetta est approuvée par le comité des programmes scientifiques de l'ESA.
  • 3 novembre 1994 : Jean-François Clervoy fait partie de l’équipage de la mission STS-66.
  • 7 novembre 1996 : Lancement de la sonde Mars Global Surveyor depuis Cap Canaveral par une fusée Delta-7925. Le 11 septembre 1997, la sonde de 1030 kg et 980 W est insérée en orbite martienne. Destinée à cartographier la surface martienne, c’était la première mission réussie depuis les sondes viking, lancées 20 ans plus tôt… En avril 2005, Mars Global Surveyor est le premier orbiteur à photographier d'autres vaisseaux en orbite autour de Mars (Mars Odyssey et Mars Express). Mars Global Surveyor n’a plus donné signe de vie depuis le 9 novembre 2006
  • 20 novembre 1998 : Zarya, le premier module de la station spatiale internationale (ISS) est mis en orbite par une fusée Proton. On a célébré le 2 novembre 2015 les quinze ans d'occupation permanente de la Station Spatiale Internationale. Un équipage de 6 personnes y séjourne actuellement pour l'expédition 45.
  • 19 novembre 1999 : la Chine lance le vaisseau spatial Shenzhou I « vaisseau divin », développée pour le programme chinois de vols habités. Après 14 orbites autour de la Terre, la rentrée atmosphérique le fait atterrir en Mongolie intérieure. Pour ce premier essai, le vaisseau ne possède ni support vie ni système d’évacuation d’urgence Le premier vol habité a lieu le 15 octobre 2003. Ressemblant au vaisseau Soyouz russe, Shenzhou est plus grand.
  • 20 novembre 2004 : Une fusée Delta 2 lance la sonde américaine Swift. Mission : l’étude des sursauts gamma.
  • 9 novembre 2005 : depuis Baikonour, une fusée Soyouz-Fregat lance la sonde européenne Venus Express. Elle se met sur une orbite très elliptique le 11 avril 2006 et commence sa mission d’étude de la structure, la chimie et la dynamique de l’atmosphère de Vénus .Venus Express est la première mission d'exploration de l'ESA portant sur cette planète et la première à la visiter depuis le programme Magellan en 1994. La mission d'une durée initiale de 500 jours a été prolongée à quatre reprises et s'est achevée le 16 décembre 2014.
  • 19 novembre 2005 : lancée en 2003, la sonde japonaise Hayabusa atteint l’astéroïde Itokawa. La sonde de la Jaxa envoie un petit atterrisseur destiné à prélever des échantillons. Cette opération se fait dans des conditions difficiles avec plusieurs pannes. L’objectif est de les ramener sur Terre. Celui-ci a lieu en juin 2010. Du point de vue technologique, Hayabusa démontre l’intérêt de la propulsion électrique pour les missions d’exploration du système solaire.
  • 26 novembre 2011 : une fusée Atlas 5 lance la mission MSL Curiosity. Destination : Mars… La sonde y atterrit en douceur en août 2012.
  • 12 novembre 2014 : L’atterrisseur Philae sur pose sur la comète CG/67P. En réalité, le mauvais fonctionnement de son propulseur et de ses harpons lui font faire deux rebonds… C’est le début d’une belle séquence médiatique… De son côté, la sonde Rosetta continue sa moisson de données scientifiques…

 

Les lancements du mois d’octobre 2015

En octobre 2015, il y a eu 8 lancements orbitaux (3 américains, 3 chinois et 2 russes) et un « lâcher » de 12 petits satellites depuis l’ISS.

  • 1er octobre 2015, 16:49 UTC, Baikonour (LC1) : lancement par une fusée Soyouz-U du vaisseau cargo  Progress M-29M, emportant 2,8 tonnes de fret  à destination de l’ISS. Une mission express : le Progress s’est séparé du lanceur 9 minutes après la mise à feu. La manœuvre « Fast-track » n’a duré que 6 heures avant le rendez-vous avec la station spatiale internationale. Progress M-29M est le 61ème Progress à rejoindre l’ISS.

 

Lancement - Soyouz - Progress M-29M - 1er octobre 2015 - Baikonour - manoeuvre fast-track

A Baikonour, lancement du cargo Progress M-29M par une fusée Soyouz.
Crédit image : Roscosmos

 

  • 2 octobre 2015, 10:28 UTC, Cap Canaveral (SLC41) : une fusée Atlas V 421 met en orbite le satellite de communication gouvernemental mexicain Morelos-3. Le satellite de 5300 kg, utilisant une plateforme 702 HP de Boeing, est équipé d’une antenne déployable de 22 mètres de diamètre. Ce lancement est le 56ème succès de la fusée Atlas 5 en 57 lancements et le sixième vol de l’année 2015.
  • 5 au 7 octobre 2015 : mise en orbite à partir de l’ISS de 12 petits satellites : GOMX-3, AAUSAT-5 et 10 satellites de la constellation Flock de Planet Labs (Flock 2b-1 à Flock 2b-10).
  • 7 octobre 2015, 4:13 UTC, Jiuquan : une fusée Chang Zheng 2D met en orbite le satellite d’observation Jilin-1 (420 kg) et deux satellites Lingqiao (équipés de caméras vidéo) et LQSat (démonstrateur technologique également équipé d’une caméra), sur une orbite basse à 650 km d’altitude inclinée à 97,8°. C’est le dixième lancement orbital effectué par la Chine en 2015.
  • 8 octobre 2015, 12:49 UTC, Vandenberg (SLC 3E) : seulement 6 jours après le précédent lancement, un record, une fusée Atlas 5 401 met en orbite la mission secrète NROL-55 (peut-être 2 satellites de surveillance électronique ELINT pour le National Ocean Surveillance System) du National Reconnaissance office et 13 cubesats (masse total de 28,5 kg).
  • 16 octobre 2015,16:16 UTC, Xichang : une fusée Chang Zheng CZ-3B/E met en orbite le satellite de communication Apstar 9 (Asia Pacific 9, 4 tonnes) sur une orbite de transfert géostationnaire. Ce onzième lancement chinois de l’année 2015 était effectué pour le compte de l’opérateur APT Satellite Company Limited (Hong Kong).
  • 16 octobre 2015, 20:40 UTC, Baikonour : une fusée Proton-M / Briz-M met en orbite géostationnaire le satellite de communication Turksat 4B. Le satellite de 4924 kg est construit par Mitsubishi. Ce lancement est le 407ème d’une fusée Proton.
  • 26 octobre 2015, 7:10 UTC, Jiuquan (LC 43/603) : une fusée chinoise Chang Zheng CZ-2D met en orbite SSO à 495 km d’altitude le satellite d’observation Tianhui-1C. Heure de passage au nœud descendant : 13:30 (heure locale). Ce lancement était le 60ème lancement réussi de l’année 2015.

 

Lancement - fusée chinoise - CZ-2D - Satellite Tianhui-1C - Chang-Zheng - 26-10-2015

A Jiuquan, lancement du satellite d'observation Tianhui-1C par une fusée Chang Zheng CZ-2D.

 

  • 31 octobre 2015, 16:13 UTC, Cap Canaveral : une fusée Atlas 5-401 met en orbite le satellite GPS 2F-11 pour le compte de l’US Air Force. Le satellite de 1630 kg a été placé sur une orbite à 20459 km d’altitude inclinée à 55°. C’est le 11ème satellite de la série de 12 satellites 2F construits par Lockheed  Martin. La 3ème génération devrait commencer à voler en 2017. C’est le 15ème lancement orbital effectué depuis Cap Canaveral en 2015.

 

Le portrait du mois : James Clerk Maxwell

Maxwell (1831-1879) est un physicien et mathématicien écossais. Il a eu une énorme influence sur la science du vingtième siècle. Sa contribution est jugée aussi importante que celles de Newton ou d’Einstein.

 

Pourquoi est-il aussi connu ? Café Maxwell ?

Ce sont surtout ses travaux en électromagnétisme qui l’ont rendu célèbre. Maxwell est parvenu à unifier en un seul ensemble de quatre équations l’électricité, le magnétisme et l’induction. A partir des travaux de Faraday, il interprète également, en 1864, la lumière comme un phénomène électromagnétique. 

 

Maxwell et les équations de Maxwell

Les équations de Maxwell décrivent quantitativement les relations entre charges électriques, courants électriques, champs électriques et champs magnétiques.

Il est intéressant de noter que les quatre équations portent toutes le nom de Maxwell et celui d’un autre physicien : Gauss, Thomson, Ampère et Faraday. Cela illustre les recherches préalables sur lesquelles s’est appuyé Maxwell et cela montre l’importance du travail d’unification qu’il est parvenu à faire pour constituer ce qui est devenu la base de l’électromagnétisme. Elles ont servi de point de départ à Einstein pour établir sa théorie de la relativité.

Je ne vais pas les détailler ici mais simplement indiquer sommairement leur signification. Je mentionne les formules pour montrer leur caractère « esthétique et symétrique » et vous donner envie d’en savoir plus …

J’utilise la notation dite « moderne » avec l’opérateur Ñ qui simplifie l’écriture des opérateurs « rotationnel » et « divergence ». Le physicien Richard Feynman l’utilise dans son cours d’électromagnétisme dont je recommande la lecture en version française.

 

Maxwell - équations de Maxwell - électromagnétisme - électricité - ondes radio - Thomson - Faraday - Ampère - Gauss

Au tableau noir aujourd’hui, les quatre équations de  Maxwell : Maxwell-Gauss, Maxwell-Thomson,
Maxwell-Faraday et Maxwell-Ampère. Crédit image : Gédéon

 

J’ampère mon latin…

Divergence ? Rotationnel ? La signification physique n’est pas intuitive. Je me lance…

  • Équation de Maxwell-Gauss : « la divergence du champ électrique est proportionnelle à la quantité de charges électriques ». Un ensemble de particules chargées de même signe crée un champ électrique tout autour de ces charges. Plus il y a de charges, plus le champ électrique est intense. C’est comparable au champ gravitationnel créé par une planète ou une étoile.
  • Équation de Maxwell-Thomson : « la divergence du champ magnétique est nulle ». Elle signifie qu’il n’existe pas de monopôle magnétique : un aimant, c’est toujours un pôle nord et un pôle sud. Idem si on le coupe en deux… La deuxième équation dit que les lignes de champ magnétique sortant d’un des pôles d’un aimant rentre par l’autre pôle : les lignes de champ ne divergent pas
  • Équation de Maxwell-Faraday : « le rotationnel du champ électrique est inversement proportionnel à la variation du champ magnétique au cours du temps ». Avez-vous encore une dynamo sur votre vieux vélo ? Pas évident avec le développement de l’éclairage  à LED. L’ampoule de votre vélo ne s’allume que si vous pédalez. Pour créer un courant dans une bobine, il faut une variation du champ magnétique, par exemple avec un aimant qui tourne.  Si l’aimant est fixe, pas de courant…
  • Équation de Maxwell-Ampère : « le rotationnel du champ magnétique dépend de la variation du champ électrique au cours du temps et d’un courant électrique fixe ». En l’absence de courant, c’est exactement le symétrique de l’équation précédente. Le champ magnétique est causé par la variation du champ électrique au cours du temps.


Les équations de Maxwell-Ampère et de Maxwell-Faraday montrent que les champs électriques et magnétiques sont couplés et que la variation de l’un est proportionnelle à l’intensité de l’autre.
Lumière, ondes radio, électricité et magnétisme : les équations de Maxwell jouent un rôle essentiel dans de la spatial et les satellites : acquisition des images optiques et radar, télécommande et télémétrie, transmission radio, champ magnétique terrestre et ceintures de Van Allen ou même propulseurs électriques. Il était logique que Maxwell figure en bonne place dans le calendrier du blog Un autre regard sur la Terre...


En savoir plus :

 

 

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A Propos De L'auteur

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  • Ingénieur dans le domaine de l'observation de la Terre.
Bénévole de l'association Planète Sciences Midi-Pyrénées
  • Ingénieur dans le domaine de l'observation de la Terre. Bénévole de l'association Planète Sciences Midi-Pyrénées

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