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24 juin 2015 3 24 /06 /juin /2015 08:34

Sentinel-2 Lancement - Vega - VV05 - CSG - Décollage fusée - Kourou - Arianespace - ESA - Sentinel - Copernicus - Commission Européenne

23 juin 2015 : décollage de la mission Vega VV05.
Dans la coiffe, le satellite Sentinel-2A, un élément clé du programme
Européen Copernicus. Crédit image : ESA

 

22 juin, 22:51:58 heure de Guyane soit 3:51:58 le 23 juin à Paris et Toulouse

Il fallait veiller tard ou se lever tôt pour assister à la relève de la garde.

Ce n’est pas la garde de nuit qui partait vers le nord mais le deuxième satellite de la famille Sentinel : Sentinel-2A est le deuxième satellite à être lancé par Arianespace au titre du programme Copernicus de la Commission Européenne, dans le cadre d’un contrat signé avec l’Agence Spatiale Européenne (ESA).

Et ce n’est pas une relève de la garde mais plutôt un renforcement : le nouveau satellite optique (1140 kg au lancement dont 123 kg de carburant) rejoint son aîné Sentinel-1A, le satellite radar lancé le 3 avril 2014. Sentinel-2A va compléter la panoplie des moyens d’observation de la Terre que l’Europe met en place.

 

Vega - VV05 - CSG - Portique mobile - Mobile gantry - Kourou - Arianespace - ESA - Sentinel - Copernicus - Commission Européenne

Avant le lancement, la fusée Vega VV05 protégée par son portique mobile.
Crédit image : ESA / Arianespace

 

La fusée s’est élevée dans la ZLV

Comme pour la plupart des satellites d’observation, l’heure de lancement doit être très précise : il n’y a pas de marge pour mettre en orbite un satellite héliosynchrone…

Encore une nouvelle démonstration de fiabilité et de ponctualité des équipes d’Arianespace avec une mission Vega VV05 parfaitement réussie, suivant exactement le profil de mission prévu, après avoir décollé de la zone de lancement Vega (ZLV).

 

Vega VV05 - Lancement Sentinel - Sentinel-2A - Arianespace - Copernicus - ESA - CSG - Kourou

Profil de la mission Vega VV05 pour la mise en orbite du satellite Sentinel-2A.
Extrait du kit d’information lancement publié par Arianespace

 

Après le satellite KazEOsat en avril 2014 et l’avion spatial IXV en février 2015, le lancement de la cinquième fusée Vega est aussi son cinquième succès.

Il s’agit d’une mission de beaucoup plus courte durée que celle du mois de février : cela permet d’aller se recoucher avant l’heure des croissants mais après une coupe de Champagne (ou plutôt de Prosecco dans le cas de Vega…)

 

Le succès d’une famille de trois lanceurs à Kourou : Rhum, Vodka ou Grappa ?

Le premier étage se sépare après seulement 1 minute et 52 secondes de poussée. La coiffe est éjectée après 3 minutes et 54 secondes, 17 secondes après la fin de propulsion du second étage. Le troisième étage prend le relais pendant les 3 minutes suivantes puis c’est au tour de l’étage supérieur AVUM de terminer la mise en orbite de Sentinel-2A. Le satellite s’est séparé du quatrième étage au bout de 54 minutes et 43 secondes. Il est alors à une altitude de 794 km.

Les panneaux solaires ont été immédiatement déployés. La réception des premières télémesures (AOS, Acquisition of Signal) par la station sol de l’ESA de Perth (Australie) a permis de vérifier que le satellite répondait aux commandes envoyées du sol : les équipes du centre des opérations de l’ESA ont ensuite commencé la mise sous tension des différents équipements de Sentinel-2A.

Cette étape marque le démarrage des opérations LEOP (Launch en Early Orbit Phase) qui va durer environ 3 jours. Une première manœuvre orbitale, utilisant le système de propulsion de Sentinel-2A, prévue 51 heures après le lancement, contribuera à placer le satellite sur son orbite définitive, à 786 km d’altitude.

La phase de LEOP sera suivie des opérations de calibration et de vérification approfondie du satellite et de ses instruments. Ce travail, préalable à l’exploitation opérationnelle de Sentinel-2A, mobilise une équipe importante pendant environ 3 mois.

Si tout va bien on devrait très vite avoir les premières images

 

ESA - ESO - Sentinel-2A - Copernicus - LEOP - Opération - Darmstadt - Agence spatiale européenne - équipe - métiers du spatial

A l’ESOC, la veille du lancement, photo souvenir des équipes de l’Agence Spatiale Eurupéenne chargées des opérations Sentinel-2. Crédit image : ESA.

 

Sentinel : vers le nord

A noter, un lancement vers le nord pour un satellite en orbite polaire. Ce n’est pas le plus fréquent au Centre spatial Guyanais : la proximité de l’équateur et la rotation de la Terre apportent un gain de vitesse appréciable pour les gros satellites de télécommunication qui lancés vers l’est pour être mis en orbite équatoriale. Néanmoins, la configuration du CSG offre une grandes possibilité d'azimuths de lancements avec environ 105° d’ouverture, plus d'un quart d'horizon entre l'équateur et les latitudes nord.

 

GMES OF THRNES : garde de jour, garde de nuit…

Les satellites du type Sentinel-2 apportent la couleur en résolution relativement élevée (20 mètres) avec un nombre important de bandes spectrales. Le radar de Sentinel-1 offre la vision tout temps, à travers les nuages et jour et nuit.

 

Sentinelle ou ange gardien ?

Je reviendrai dans un prochain article sur les caractéristiques et les utilisations du satellite Sentinel-2A. Développé et construit sous maîtrise d’oeuvre d’Airbus Defence and Space, ce satellite optique d’observation de la Terre est destiné à la surveillance des terres émergées et zones côtières à l’échelle planétaire.

Il emporte un instrument optique multi-spectral à haute résolution et à large fauchée. Quand on parle d’observation de la Terre, on met souvent en avant la très haute résolution (comme pour le satellite Pléiades).

L’instrument de Sentinel-2A a été conçu pour assurer une grande revisite (10 jours à l’équateur, 5 jours quand les deux satellites fonctionnement en tandem). Son frère jumeau, Sentinel-2B, devrait être lancé mi 2016.

 

Sentinel-2 - Satellite d'observation - Copernicus - Sentinel - Sentinelle - Airbus Defence and Space - ESA - Europe - European Union

Vue d'artiste du satellite Sentinel-2 en orbite. Crédit image: Airbus Defence and Space

 

Copernicus

Avec Copernicus, comme avec Galileo, la Commission Européenne confirme son rôle d’acteur majeur de la politique spatiale. Le programme Copernicus (anciennement GMES pour Global Monitoring for Environment and Security) vise à doter l’Europe d’un accès continu, indépendant et fiable aux données et informations résultant de l’observation de la Terre, afin de mieux contrôler et protéger notre environnement, de mieux comprendre les phénomènes liés au changement climatique et d’améliorer la sécurité des citoyens européens.

Au total, la constellation Copernicus représentera à terme un ensemble de 20 satellites : 14 exemplaires de satellites Sentinel autonomes et deux charges utiles hébergées (hosted payloads) sur six satellites météorologiques

 

GMES, Copernicus, Sentinel : pourquoi ces noms ?

Copernicus s’est longtemps appelé GMES, pour Global Monitoring for Environment and Security ou Système de surveillance globale pour l’environnement et la sécurité en français.

Pourquoi changer de nom ? Les sigles ne plaisent pas aux communicants. Pourtant GMES, dont les premiers concepts remontent au Manifeste de Baveno publié le 19 mai 1998, annonçait clairement la couleur (avant Sentinel-2…)

Au moins deux défauts : d’abord, l’ambiguïté du terme sécurité… De quoi parlait-on ? Quel périmètre ? Est-ce que l’Europe remettait en cause les prérogatives des états membres ?

Ensuite, le manque de notoriété... Un exemple ? Quand on recherche « GMES » sur Google ou Bing, les deux moteurs de recherche persistent à considérer qu’il y a une faute de frappe : ils proposent « GAMES » voir « Games of Thrones ».

 

Le go pour le logo

Bref, à la mode de Galileo, on a imaginé donner à GMES un nom de grand scientifique européen… Le choix a été officialisé en septembre 2008 à Lille à l’occasion du forum GMES organisé pendant la présidence française de l’Union Européenne.

 

K ou C : c'est le cas

Une petite kuriosité : avant de s’appeler Copernicus, GMES est devenu pendant quelques mois Kopernikus avec deux « k ». Cela n’a pas duré et Copernicus a repris les deux "C". Copernic a développé la théorie de l’héliocentrisme. Son nom peut donc surprendre pour une constellation de satellites qui tournent autour de la Terre ! En tout cas, cela rassure sur le fait que ça tourne rond (plutôt que tourner en rond).

 

Sentinelles, anges gardiens ou veilleurs ?

Et le nom des satellites ? Souvent orthographiée « Sentinelle » en français, la famille de satellite européens a été baptisée « Sentinel ».

Je pense que c’est José Achache, ancien secrétaire général du GEO (Group for Earth observation) et à l’époque directeur de l’observation de la Terre à l’Agence Spatiale Européenne, qui a inspiré ce nom : en 2003, il publie « Les sentinelles de la Terre ».

Les noms « veilleur » ou « ange gardien » auraient pu faire l’affaire. L’avantage du mot « Sentinel », à l’orthographe près, est son caractère international.

L’anglicisme « monitoring », présent dans le nom initial GMES, est également intéressant : en médecine, le monitoring désigne la surveillance de patients à l’aide d’appareils (« moniteurs ») fonctionnant de manière automatique. A l’approche de la conférence COP 21 en novembre à Paris, on ne doute plus que la Terre et son climat sont malades. Alors, des veilleurs au chevet de la Terre ?

Le nom complet « Sentinelles de la Terre » correspond donc bien à la mission de Copernicus. Le terme « Sentinel » seul peut avoir une connotation de surveillance, qui a parfois été exploitée par les opposants aux initiatives européennes.

 

EU - Copernicus - GMES - Sentinel - ESA - Satellites espions - Spy satellites - Agence Spatiale Européenne - Daily Telegraph

“EU to build network of spy satellites” :
un article sur GMES / Copernicus paru en novembre 2005 dans le Daily Telegraph.

 

Gouvernance et politique de données

Transparaît ici la question complexe de l’organisation et de la gouvernance de Copernicus : faut-il développer des satellites dédiés ou s’appuyer sur les capacités nationales existantes. En pratique, la Commission européenne fait les deux : à côté des missions Sentinel, les « Copernicus Contributing Missions » (comme Pleiades, TerraSAR-X, Cosmo-Skymed, Spot 6/7, Deimos) continueront à jouer un rôle important, par exemple pour la gestion de crises, demandant surtout des images à très haute résolution.

Néanmoins, le choix d’une politique de données « libre et gratuite » (free and open access) peut présenter un risque pour les opérateurs de satellites commerciaux avec une résolution intermédiaire (quelques mètres) et pour les opérateurs de service à valeur ajoutée européens qui pourraient être concurrencés par des acteurs non européens profitant de la politique de données Copernicus et de l’investissement public européen.

En fait, la question cruciale reste le développement quantitatif des usages des satellites d’observation. La tarification et la politique de données sont deux facteurs mais ce ne sont certainement pas les seuls.

L’effort de diffusion de la culture spatiale, en dehors du cercle des spécialistes, reste un enjeu majeur. Pour les missions Sentinel, cela concerne d’abord les grands acteurs institutionnels en charge des politiques publiques (environnement, agriculture, urbanisme, forêts, surveillance maritime, etc.)

 

En savoir plus :

 

 

 

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  • Gédéon
  • Ingénieur dans le domaine de l'observation de la Terre.
Bénévole de l'association Planète Sciences Midi-Pyrénées
  • Ingénieur dans le domaine de l'observation de la Terre. Bénévole de l'association Planète Sciences Midi-Pyrénées

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