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11 avril 2011 1 11 /04 /avril /2011 21:43

Gagarine, le premier homme en orbite autour de la Terre : Y’a pas photo…

C'était il y a 55 ans, le 12 avril 1961. Une date que tous les passionnés d'espace gardent en mémoire...

Trois ans et demi après bébé-lune (Spoutnik 1), Gagarine, dans sa cabine récupérable de 2,3 mètres de diamètre, est le premier homme à avoir vu la terre depuis l’espace et il n’avait pas d’appareil photo !

Une caméra vidéo était bien installée à bord du vaisseau Vostok C (« l’orient »), au-dessous du panneau des instruments, mais uniquement pour filmer Gagarine. Les images sont reçues pendant une partie du vol, quand le vaisseau Vostok est en visibilité de l’URSS.

 

Salle-des-illustres---Moscou---Extrait.jpgLa galerie des héros, avec Iouri Gagarine en tête, à l’entrée de la salle de contrôle du Tsoup (TsentrUpravleniya Poliotom) à Korolev (anciennement Kaliningrad) à 10 km au nord-est de Moscou.
Cliquer sur l'image pour voir le panneau complet. Crédit image : Gédéon

 

Les yeux tournés vers la terre et… les oreilles vers le ciel : difficile de brouiller l’écoute de la NSA !

Les images vidéo de Gagarine ont dû beaucoup surprendre les américains de la NSA qui les ont également décodées en temps réel, vraisemblablement à partir de leur station d’écoute (ELINT) en Alaska, comme en témoigne cette extrait d’une note déclassifiée de la CIA :

« More important to intelligence in early 1961, however, was the establishement of a capability to determine as soon after launch as possible whether the Soviets had successfully orbited the first man in space, a feat they were expected to attempt at any moment. The National Security Agency undertook to design and produce special field collection equipment that would present oscilloscope pictures while the transmission was being received. Several such sets were produced on a priority basis, and the first two were sent to Elint sites in Alaska and Hawaii.

Demodulation of video transmission from Sputnik 9 (9 March 1961) and Sputnik 10 (25 March 1961) substantiated the Soviet announcement that each of these single-orbit flights carried a dog passenger. Then on 12 April 1961 Sputnik 11 was launched, and 83-megacycle transmissions were detected twenty minutes later as the spacecraft passed over Alaska. Only 58 minutes after launch NSA reported that real-time readout of signals clearly showed a man and showed him moving. This before Gagarin had completed his historic 108-minute flight, intelligence components had technical confirmation that a Soviet cosmonaut was in orbit and that he was alive."

En clair, pour ceux qui ne lisent pas l'anglais, la NSA (National Security Agency) avait mis au point un système permettant de visualiser les signaux vidéo reçus par ses grandes oreilles et confirmer très vite si le passager était un chien ou un homme. Il fallait une séquence vidéo pour confirmer le mouvement et s'assurer qu'il ne s'agissait pas d'un mannequin assis dans le siège du pilote. Un petit Echelon avant l'heure... Dans le rapport complet référencé à la fin de cet article, on trouve aussi des copies d'écran de chiens dans l'espace.

Mais il n’y a pas d’images de la Terre prise depuis le vaisseau Vostok-1… Ce qu’a vu Gagarine n’a pas été immortalisé sur la pellicule. Il faut se contenter de l’enregistrement audio, comme cette phrase prononcée le 12 avril à 6h13 UTC : « Le vol se poursuit normalement. Je peux voir la Terre. La visibilité est bonne… Je vois à peu près tout. Il y a de l’espace en dehors de la couverture de cumulus. Je continue le vol. Tout se passe bien » ou encore à 6h17 UTC : « Je peux voir la Terre par le viseur du Vzor » (un système de visée centrale entouré de 8 miroirs périscopiques qui permettent au cosmonaute d'aligner son vaisseau avec l'horizon terrestre).

 

Video-Gagarine---Extrait-Space-pictures---1.jpg

Video-Gagarine---Extrait-Space-pictures---2.jpg

Video-Gagarine---Extrait-Space-pictures.jpg

Des explications sur le décodage en temps réel par les américains de la vidéo de Gagarine. Extraits
d'une note déclassifiée de la CIA (Henri G. Plaster, « Snooping on space pictures », septembre 1964).
Snooping : espionnage, intrusion. Voir "en savoir plus".

 

Ceux qui ont vu le film « l’étoffe des héros » se souviennent que dans les premiers plans des capsules Mercury, les ingénieurs de la NASA n’avaient pas prévu de hublots : risque de fragiliser la structure, poids inutile des caméras, etc. Finalement, les explorateurs de l’espace l’ont emporté et Alan Shepard et John Glenn ont pu admirer la Terre depuis l’espace.

Avant eux, entre 181 et 327 kilomètres d’altitude, Gagarine n’avait pas ce souci de hublot : il en avait trois. Un à ses pieds (le Vzor), un second sur la trappe d’éjection au-dessus de sa tête, et un troisième à droite qui lui permettait de voir l’état du parachute au moment du retour sur Terre. Avec le casque et la position dans la capsule, je pense que c’est surtout le hublot de visée à ses pieds qui était utile pour voir la Terre.

 

Retour en quelques images et quelques anecdotes sur ce vol historique…

 

Les-cosmonautes-russes-Gagarine-et-Titov.jpgA Baïkonour, Gagarine dans le bus en route vers l'aire de lancement. Quelques heures avant que le
russe ne fasse sa révolution autour de la Terre. A l'arrière plan, la doublure de Gagarine,
Gherman Titov. A quoi pensent-ils ? Crédit image : RIA Novosti.

 

108 minutes de vol et un seul vol dans l’espace pour devenir un héros mais il valait mieux avoir déjà l’étoffe des héros...

Les vols d’essais qui précédent le lancement de Gagarine permettent de dire « qu’il fallait en avoir » (de l’étoffe…) pour s’asseoir le 12 avril au matin dans la capsule sphérique Vostok-1 en haut de la fusée Vostok-K, avec ses 32 tuyères dont vingt moteurs principaux et 12 moteurs verniers... Dérivée du missile balistique R-7, la fusée Vostok venait à peine de terminer ses essais dans la course qui opposaient américains et soviétiques pour envoyer un homme dans l’espace.

 
Soyouz - Expedition 27 - TMA-21

A droite, en avril 2011, la fusée Soyouz, descendante de la Semiorka,
se prépare pour le lancement du deuxième Gagarine. Crédit image : NASA / Carla Cioffi

  • 15 mai 1960 : premier prototype de Vostok (vaisseau cosmique n°1) mis en orbite. Mission concluante sauf pour les rétrofusées qui fonctionnent… à l’envers.
  • 19 août 1960 : succès complet du second vol : 17 tours de la planète et les deux passagères, les chiennes Strelka et Bielka, sont récupérées saines et sauves. Ce sont les premiers êtres vivants à revenir de l’espace.
  • 29 juillet et 21 novembre 1960 : échec des premiers vols américains Mercury-Atlas et Mercury-Redstone
  • 1er décembre 1960 : le vaisseau cosmique n°3 brûle dans l’atmosphère au cours du retour sur Terre. Les chiens Pchelka et Mouchka sont réduits en cendres.
  • 21 décembre 1960 : échec du lancement de la fusée (arrêt prématuré d’un étage latéral) mais le système de sauvetage permet de récupérer les deux chiens.
  • 9 et 25 mars 1961 : Korolev réussit les deux répétitions d’un vol d’un homme dans l’espace.
  • 9 mars 1961 (vol Spoutnik 9) : Test réussi de la capsule Vostok-C avec une seule orbite. Le chien Tchemouska est content…
  • 25 Mars 1961 (vol Spoutnik-10) : Test final de vol orbital du vaisseau Vostok-C (une seule orbite). Récupération du chien Zvezdotchka et d'un cosmonaute factice.
  • 8 avril 1961 : la commission d’Etat décide que Iouri Gagarine sera le premier homme dans l’espace. Sa doublure est Guerman Titov. Globalement la fiabilité du lanceur est d’environ 50%...
  • 12 avril 1961 : décollage de Baïkonour et mise en orbite du premier homme dans l’espace. Dans les communications, Gagarine est appelé "Kedr" et le centre de contrôle ou les satations de poursuite "Zaria".

Et pourtant elle tourne... Le plus dur c'est de rentrer

Contrairement à ce que laissent entendre certaines transcriptions des échanges radio pendant le vol, celui si n'est pas de tout repos et pas totalement nominal (voir les chiffres ci-dessous)

En particulier, après les premières manoeuvre de freinage préparant le retour sur Terre, le vaisseau Vostok se met à tourner rapidement sur lui-même, à une vitesse de l'ordre de 5 tours par minute (30°par seconde). Dans son rapport de vol, Gagarine écrit : « ça valsait : la tête, les pieds, la tête, les pieds, à une vitesse de rotation considérable. Je voyais tantôt l'Afrique, tantôt la ligne d'horizon, tantôt le ciel. J'avais à peine le temps de me protéger du soleil pour éviter qu'il ne me tombe dans les yeux. J'ai tendu mes pieds vers le hublot, mais sans fermer les caches... La séparation ne se faisait pas... Au bout de deux minutes, rien : pas de séparation. »

Dans ce même rapport, Gagarine écrit encore :

« Au téléphone, j'ai indiqué que la spération n'avait pas eu lieu. J'ai décidé que la situation n'était pas une urgence et j'ai transmis le code VN4 », pour « Vse Normalno » (Tout va bien !).

Selon Gagarine, la séparation s'est finalement effectuée alors que le Vostok survolait la méditerranée. Le reste est preque de la routine : passer les couches hautes de l'atmosphère sans brûler, déclencher son siège éjectable à 7000 mètres puis ouvrir son parachute...

Vous avez dit sang froid ? De l'étoffe pas uniquement sur le parachute...

Gagarine est récupéré le 12 Avril 1961 à 8:05 UTC, au sud-ouest d'Engels Smelovka, à Saratov. C'est Anna Takhtarova, une habitante locale qui le voit en premier. On dit qu'elle croit voir un espion américain.

Ce fut le seul vol que Gagarine effectua dans l’espace...

En 1963, il fut nommé sous-directeur du Centre d'entraînement des cosmonautes. Poursuivant son entraînement, il devint membre de l'équipe soviétique d'alunissage. En avril 1967, la mort du cosmonaute Vladimir Komarov pendant le premier vol de Soyouz changea son destin : Devenu héros soviétique vénéré, Gagarine était devenu un symbole trop précieux pour que l’URSS risque de le perdre dans un accident de vol. Ayant finalement obtenu sa réintégration dans le programme de vol, le 27 mars 1968, Gagarine et son instructeur de vol, Vladimir Seryogin, décollèrent pour une mission d'entraînement habituelle dans un jet biplace. Gagarine s'écrasa non loin de l'aérodrome et fut tué sur le coup. Son décès bouleversa l'Union Soviétique. Gagarine est enterré au Kremlin, sanctuaire des héros soviétiques.

 

Korolev_Gagarine.jpgAprès le vol, Gagarine avec Sergueï Korolev, maître d'oeuvre du programme spatial soviétique.
A l'époque, son nom n'apparaît jamais... Il est le créateur de la fusée R7 Semiorka.

 

Un vol nominal ? en chiffres, les prévisions et la réalité...

  •  106 ou 108 minutes : Un débat sur la durée totale du vol de Gagarine. Un peu théorique. A part Gagarine, personne n'a été sur place en permance pour chronométrer les différentes étapes. Il est clair que le Vostok a effectué plus d'une orbite.
  • 136 m/s : c'est le freinage que devaient provoquer les rétrofusées pour provoquer la rentrée dans l'atmosphère. Une fuite d'ergols sur un des moteurs a limité ce freinage à 132 m/s. Suffisant pour provoquer la rentrée mais, bizarrement, pas assez pour le système de contrôle de vol qui devait couper la propulsion. Ce sont les gaz résiduels qui ont entraîné la rotation rapide du Vostok. C'est également ce défaut de freinage qui a causé la séparation tardive entre la capsule de rentrée et le module de service, vraisemblablement déclenché par une séquence d'urgence à partir de la mesure de l'échauffement créé par le freinage atmosphérique. En orbite, le Vostok-1 atteint la vitesse de 28238 km/h (soit 7844 m/s).
  • 327 km au lieu de 230 km : c’est l’altitude de l’apogée de l’orbite du Vostok, presque 100 km au-dessus de ce qui était prévu. Pas du tout une bonne nouvelle : Le vaisseau Vostok n’avait pas de système de freinage de secours. Une orbite assez basse avait été calculée afin que le freinage atmosphérique, à cette altitude relativement basse, freine suffisamment le vaisseau pour le ramener naturellement sur terre, environ une semaine après le lancement. Gagarine emmenait ainsi de m’oxygène, de l’eau et de la nourriture pour un vol maximum de 10 jours. Selon les sources que j’ai consultées, il aurait fallu, à partir de son orbite réelle, 15 à 30 jours pour redescendre sur Terre. Autant dire que si le système de freinage n’avait pas fonctionné, Gagarine serait mort en orbite… C’est également cette différence d’altitude qui explique le décalage du site d’atterrissage. Le périgée, à 180 kilomètres d’altitude, était conforme à ce qui était prévu.
  • 300 kilomètres au nord-est, c'était l'endroit prévu pour l'atterrissage, à proximité de la ville de Pestravka, près de Samara. Des hélicoptères étaient prépositionnés sur place. Ne voyant rien venir, l'un deux remonta le long de la trajectoire prévisionnelle du Vostok et trouva finalement Gagarine, agitant les bras, avec son comité d'accueil improvisé, dans un champ près du village de Smelovka. Gagarine, dans sa capsule, a parcouru 40868 kilomètres depuis le lancement.
  • Tapis rouge sur la place rouge : une dernière petite anomalie. En regardant attentivement les vidéos de la cérémonie du 14 avril devant le Kremlin, on constate que lorsque Gagarine marche sur le tapis rouge, son lacet est défait. Les petits tracas des héros...

 

Une pilule dure à avaler : pas de capsule pour Titov. Pourquoi Gagarine a t'il été choisi ?

En 108 minutes, Gagarine devient un héros national. A 27 ans, ll passe du grade de lieutenant-chef à celui de major et son nom, qui figurait jusqu'à lors sur une liste secrète, est sur toutes les lèvres.

Comment a t'il été choisi ?

En 1959, Gagarine, âgé de 25 ans et alors jeune pilote de chasse, pose sa candidature pour entrer dans l'équipe de cosmonautes. Il fait ainsi partie du premier groupe de vingt cosmonautes sélectionné en 1960 (le groupe TsPK-1). Contrairement aux américains, les soviétiques recherchent des pilotes jeunes pour des vaisseaux entièrement automatisés.

Après des cours intensifs, des entraînements sur des maquettes, en centrifugeuse, en chambre d’isolement ou au cours de vols paraboliques en avions, Gagarine et cinq autres cosmonautes sont retenus en juillet 1960 pour la préparation du premier vol habité. Gagarine, Gherman Titov et Grigori Nelioubov ont les meilleurs résultats. Le choix final se fera entre Gagarine et Gherman Titov.

Après une première visite le 17 mars, les six « nominés » retournent à Baïkonour le 5 avril 1961. Le 8 avril, Le responsable de l’entraînement des cosmonautes, Nikolaï Kamanine, propose à la commission de désigner Gagarine comme pilote et Titov comme doublure. Sa proposition est approuvée.

Finalement, pourquoi Gagarine est –il devenu le premier homme à aller dans l’espace ?

  • Son sourire...
  • Sa taille : il est suffisamment petit (1,58 m) pour entrer dans le cockpit du Vostok.
  • Après un problème en vol, Il a ramené un avion à la base au lieu de s’éjecter. C’était un des critères de sélection.
  • Il est le préféré de ses pairs, les autres candidats cosmonautes.
  • Titov est fils d’instituteur. Le père de Gagarine est menuisier et charpentier. Selon les sources, Nikita Khrouchtchev l’aurait ainsi choisi pour cette raison. D’autres documents indiquent que Khrouchtchev, aurait mis Gagarine et Titov sur un pied d'égalité et que le choix serait finalement revenu à la commission de Kamanine.
  • Enfin, un test effectué par les médecins quelques jours avant le vol a peut-être été déterminant : les deux candidats doivent avaler un médicament qui provoque un mal de tête. Seul, Gagarine avoue avoir souffert d’une migraine. Sa franchise a peut-être convaincu le comité de sélection de sa parfaite honnêteté pendant le vol.

Ironie de l’histoire, Titov souffrira du mal de l’espace à bord du Vostok-2 en août 1961. Ce sera également son unique vol.

 

Baïkonour, la porte des étoiles

Baïkonour, anciennement Leninsk, est une ville du Kazakhstan qui s'est développée autour du cosmodrome de Baïkonour et a été officiellement rebaptisée Baïkonour le 20 décembre 1995.

La véritable ville de Baïkonour est en fait une ville minière située à quelques centaines de kilomètres au nord-est de la nouvelle Baïkonour. La nouvelle ville a été appelée ainsi pour créer la confusion et permettre de garder secret l'endroit réel du cosmodrome.

Implanté au cœur de l'Asie centrale, le cosmodrome de Baïkonour a été créé en 1955, il a servi aux essais du premier missile intercontinental - la fameuse fusée Semyorka qui sert de base au lanceur Soyouz - et aux lancements des premiers Spoutnik. Il occupe une superficie de 7500 km2, la quart de la Belgique… Tous les vols spatiaux habités, les envols des sondes lunaires et interplanétaires, les lancements de satellites géostationnaires de l'Union soviétique, puis de la Russie, ont lieu depuis ce qu'on appelle «la route des étoiles»

 

L’urine de Gagarine et autres superstitions chez les cosmonautes

Le rituel a commencé avec Iouri Gagarine. C’est devenu une coutume chez les cosmonautes d’uriner sur la roue du bus qui les amène à l’aire de lancement à Baïkonour. Après cela, leur scaphandre est fermé et ils ne pourront à nouveau se soulager que quelques heures plus tard dans l’espace.

Le bus stoppe à l'endroit où le cosmonaute n° 1 Youri Gagarine s'est soulagé le 12 avril 1961 à l'invitation de Serguey Korolev : ceux qui partent pour le Cosmos urinent sur la roue arrière droite du bus.

Les femmes sont dispensées de ce cérémonial, mais sont invitées à renverser une bouteille contenant de l'eau ou leur urine.

L'arrêt pipi le plus célèbre du monde
et une roue de bus soumise à rude épreuve

Cosmonautes---Urine---Bus.jpg

Moins drôle : aucun lancement n'est plus effectué le 24 octobre à Baïkonour. En 1960, le nouveau missile R-9 a explosé lors des préparatifs et une centaine de militaires, ingénieurs et techniciens ont perdu la vie. Trois ans plus tard, jour pour jour, l'explosion d'un autre missile dans son silo tuait sept techniciens. Deux monuments, sous la forme d'obélisques, sur une avenue de Leninsk rappellent ces drames.

Coïncidence ou superstition ? le premier vol du space shuttle, la navette spatiale américaine Columbia, a eu lieu le 12 avril 1981, exactement 20 ans après la révolution de Gagarine.

 

Atterrir en parachute : un secret d’état…

Le Vostok avait un système d'atterrissage inhabituel. La cabine de retour pesait 2,25 tonnes et aurait demandé un parachute de grande taille. Pour éviter cela, un siège éjectable fut installé pour éjecter le cosmonaute à 7000 mètres d’altitude. Après avoir largué le siège éjectable à 4 km, le cosmonaute se poserait en douceur avec un parachute personnel. De son côté, le vaisseau Vostok fait un atterrissage à vide à une vitesse que n’aurait pas support un humain, même pilote de chasse.

La technique de récupération du Vostok est restée longtemps un secret officieux gardé par les autorités soviétiques : les règles internationales d’homologation d’un vol spatial exigeaient que le pilote décolle et atterrisse en restant dans l'engin. Si on avait officiellement su que Youri Gagarine avait atterri en dehors de sa capsule, les Soviétiques craignaient que le premier vol spatial habité ne soit contesté…

 

En avril 2011, un deuxième Gagarine s'envole pour l'espace

Dans la nuit du 4 au 5 avril 2011, trois astronautes ont décollé de Baïkonour vers la Station Spatiale Internationale pour compléter l’Expédition 27. Leur vaisseau Soyouz TMA-21 a été baptisé Gagarine en hommage au vol du premier homme dans l’espace.

 

Lancement-Gagarine---TMA-21---05-04-2011---Baikonour.jpg

Le 4 avril 2011 à 22h18 UTC, Baïkonour (Kazakhstan) : décollage du Soyouz TMA-21. L'équipage est
constitué des cosmonautes russes Alexander Samokutyaev et Andrey Borisenko et de l'astronaute
américain Ron Garan. Crédit image : NASA / Carla Cioffi.

 

Gagarine---TMA-27---ISS---Avril-2011.jpgExtrait d'une vidéo de l'arrimage du vaisseau Soyouz TMA-21 "Gagarine" à la station spatiale
internationale (ISS). 6 avril 2011 peu avant 23h09 UTC. Crédit image : NASA.

 

Et encore quelques citations des astronautes et cosmonautes qui ont suivi Gagarine…

Ils parlent tous du spectacle de la Terre et de sa fragilité. Ils espèrent aussi pouvoir apporter des solutions depuis l’espace. Quelques extraits...

 

« La terre paraissait petite, bleue, claire, si attendrissante, si esseulée. C’était notre demeure, et il fallait la défendre comme une sainte relique. Elle était absolument ronde. Je crois que je n’ai jamais su ce que le mot « rond » signifiait avant d’avoir vu la Terrez depuis l’espace. » (Alexei Leonov)

 

« La nuit, la Terre paraît encore plus magique que durant le jour. Il y a toujours une tempête quelque part. La lueur des éclairs couvre parfois le quart d’un continent. Cette perturbation naturelle, cette éruption d’éclaboussures de lumière est un spectacle majestueux. » (Vladimir Shatalov)

 

« Maintenant, je sais pourquoi je suis ici. Pas pour mieux voir la Lune, mais pour observer notre mère planète, la Terre. » (Alfred Worden)

 

« Il n’est pas important de savoir dans quel lac ou quelle mer on observe une trace de pollution, dans quelle forêt, dans quel pays un feu se déclare, sur quel continent s’élève un ouragan. Nous montons la garde pour toute la Terre. » (Youri Artyoukhine)

 

« Je voyais la Terre depuis l’espace, si belle depuis qu’avaient disparu les cicatrices des frontières nationales. » (Mohammed Ahmed Faris)

 

Le 8 avril 2011, l'Assemblée générale de l'Onu a proclamé le 12 avril Journée internationale du vol spatial habité, pour commémorer le premier vol de ce type effectué il y a 50 ans par Iouri Gagarine, et adopté une déclaration lors de sa 65ème session.

 

Gagarine---Cite-des-etoiles---Un-autre-regard-sur-la-Terr.jpgA la Cité des étoiles en Russie, une fillette dépose des fleurs devant la statue de Gagarine.
Assez émouvant quand on est dans l'ambiance sur place, au milieu des cosmonautes qui s'entraînent.
Crédit image : Gédéon

 

Commentaires sur les informations publiées et les sources utilisées : 

Pour écrire cet article, je me suis appuyé sur différentes sources, celles que j'ai jugées les plus sérieuses. J'ai essayé de recouper le plus possible les informations et de la vérifier auprès de passionnés de la conquête spatiale.

Au moins pour deux raisons, parce que Gagarine est devenu un héros soviétique et parce que les conditions de son vol historique (ainsi que le reste de sa vie) ont été longtemps tenues secrètes, il est parfois difficile de faire la part des choses entre le mythe et la réalité. Même les photographies et les séquences vidéo publiées doivent être analysées avec beaucoup de précaution. Elles ont pu être prises avant ou refaites a posteriori

Trois exemples :

  • Les images du vaisseau Vostok et de la fusée : il a fallu entendre plusieurs années et des expositions en Russie ou au salon du Bourget pour se faire une bonne idée
  • Les photos de Gagarine avec son casque. Certaines proviennent d'entraînement préalables au vol. Il n' a pas d'images en couleurs de Gagarine prises pendant le vol. Celles ou le sigle CCCP n'apparaît pas ont été prises à l'entraînement...
  • Les photos de l'atterrissage : la plupart sont certainement des reconstitutions. Compte tenu de la vitesse de chute du module de rentrée qui a rebondi plusieurs fois avant de s'arrêter, il serait normal de voir des traces assez marquées dans la Terre. La plupart des photos publiées n'en ont pas... Toujours cette histoire de saut en parachute.

Il y a même eu d'habiles retouches de photographies pour "gommer" ceux qui étaient tombés en disgrâce. L'exemple le plus connu est celui de Nelyobov, apparaissant à l'origine sur des photos en compagnie de Gagarine. "Forte tête", il fut expulsé du corps des cosmonautes, après une soirée beaucoup trop arrosée. Déporté en Sibérie, il se suicida en se jetant sous un train... Sur un blog consacré à l'image, il n'est pas inutile de rappeler qu'une image peut tromper... Gardez l'esprit critique ! Et si vous identifiez une erreur dans cet article, n'hésitez pas à poster un commentaire.

 

Gagarine---Entrainement---Vol.jpg

Deux photographies de Gagarine reprises sur de nombreux sites. A gauche, sans le sigle CCCP sur
le casque : c'est un entraînement. A droite, avec le sigle CCCP, c'est (peut-être) le jour du vol.

Vostok-1---apres-atterrissage---Regard-sur-la-Terre.jpgDeux photographies de Gagarine du Vostok-1 après l'atterrissage. A gauche, aucune trace d'impact :
il s'agit d'une reconstitution. A droite, avec un sillon spectaculaire dans le champ de blé...

Sochi---Korolev---Six-cosmonautes-avec-et-sans-Nelyubov.jpgLe jeu des erreurs : photo de famille à Sochi des six astronautes avec Korolev, Karpov (responsable de l'entraînement) et Nikitin (chef parachutiste). Mais où est passé Nelyobov sur la photo de droite ?

 

  En savoir plus : 

 

 

 

 

 

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  • Ingénieur dans le domaine de l'observation de la Terre.
Bénévole de l'association Planète Sciences Midi-Pyrénées
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