Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
2 septembre 2016 5 02 /09 /septembre /2016 00:34

 

Explosion - Falcon 9 - SpaceX - AMOS-6 - Accident - Cap Canaveral - septembre 2016 - static fire test - destruction lanceur -

Explosion de la fusée Falcon 9 et destruction du satellite AMOS-6 pendant un test statique précédent le lancement. Extraits d’une vidéo publiée sur Youtube. Crédit image : USLaunchReport.com. Montage : Gédéon

 

A Cape Canaveral, l’explosion d’une fusée Falcon 9 pendant un essai statique rappelle qu’une campagne de lancement n’est jamais une opération de routine.

Il y a quelques jours, après le nouveau succès d'Ariane 5, plusieurs curieux d'espace constataient avec regret que les lancements, "devenus sans suspense et routiniers", n'étaient pas très médiatisés. Cet accident confirme que les activités spatiales en général et l'accès à l'espace en particulier ne sont jamais une routine.

La société SpaceX, dirigée par Elon Musk, était en train de procéder à un test statique avant un lancement effectif programmée pour le samedi 3 septembre 2016. Cette procédure faire partie de la chronologie normale de préparation au lancement chez SpaceX.

L’explosion a eu lieu sur le Space Launch Complex 40 à 9:07 heures du matin en heure locale, soit 15:07 heures en France. Ce site de lancement de la Cape Canaveral Air Force Station est utilisé régulièrement par SpaceX. Personne n'a été blessé, le pas de tir étant évacué pendant ce test.

Les images permettent de voir que l'origine de l'accident est au niveau de l'étage supérieur du lanceur mais aucune information sur la "cause racine" n'a encore été communiquée par SpaceX. L'explosion s'est produite alors que les équipes de lancement procédaient au remplissage des ergols.

 

La vidéo montrant l’explosion de la fusée Falcon 9 de la société SpaceX le 1er septembre 2016.
Les premières flammes sont visible à partir du time code 1'10. La coiffe et la charge utile retombent
vers 1'20. Crédit image : USLaunchReport.com

 

La première déclaration officielle de SpaceX, publiée à 10:22 AM EDT et mise à jour à 1:28 PM EDT, est la suivante :

"SpaceX can confirm that in preparation for today’s static fire, there was an anomaly on the pad resulting in the loss of the vehicle and its payload. Per standard procedure, the pad was clear and there were no injuries.

Quelques heures après l’explosion, Elon Musk a twitté ce message laconique, mentionnant le voisinage du réservoir d'oxygène de l'étage supérieur :

 

Elon Musk - Tweet - Explosion Facon 9 - SpaceX - Cap Canaveral - Septembre 2016 - AMOS-6 - Assurance - static fire - @elonmusk

Copie d’écran du tweet posté par Elon Musk après la destruction de la
fusée Falcon 9 et du satellite AMOS-6

 

AMOS DOLOROSO : satellite perdu

La fusée Falcon 9 devait mettre en orbite le satellite de télécommunications AMOS-6, appartenant à de l'opérateur israélien Spacecom Ltd. AMOS-6, installé dans la coiffe du lanceur pour cet essai, a été complètement détruit. L’image de droite de la première illustration de ce texte montre la coiffe en flammes retomber au sol.

 

Les amis d’AMOS

Spacecom avait signé un contrat de fourniture de capacité pour de l’Internet à haut débit avec Facebook (dans le cadre du programme « Internet.org » lancé par Marc Zuckerberg) et avec Eutelsat.

La perte d'Amos-6 n'arrange pas les affaires de Spacecom : Amos-5 a été perdu en décembre 2015 (panne totale) et l'opérateur israélien devait être racheté pour 285 millions de dollars par la société chinoise Xinwei Technology Group. La vente était néanmoins conditionnée par le lancement réussi d'Amos-6.

C'est raté : Il n'y a pas eu de lancement mais AMOS-6 est détruit...

 

Manque d'assurance

Selon le journaliste Peter de Selding (Spacenews), la destruction du satellite AMOS-6 pourrait soulever un problème de prise en charge par l'assurance : la couverture "Launch + 1 year operation" est déclenchée par la mise à feu intentionnelle de la fusée. Ce n'était pas le cas pour cet essai statique. Pour les opérations avant le lancement, c'est une assurance "marine cargo" qui était souscrite pour AMOS-6. J'espère que le client était bien couvert.

 

Tweet - Peter de Selding - Spacenews - Falcon 9 - perte AMOS-6 - Spacecom - explosion - assurance - cargo

Série de messages twitter postés par Peter de Selding (Spacenews) au sujet du contrat d'assurance
du satellite AMOS-6 et des pertes pour Facebook et Eutelsat. 

 

Conséquences en série

Au delà de la destruction du satellite AMOS-6, une cascade de conséquences pourrait affecter d'autres opérateurs de satellites de communication qui avaient réservé des créneaux de lancements. Mais ce sont d'abord les opérations de SpaceX qui vont être affectées dans les semaines et les mois qui viennent.

L'enquête pour comprendre les causes de l'incident prendra du temps. Cela dépendra aussi des dégâts causés au pas de tir SLC 40. Les accidents au sol, impliquant le pas de tir, sont très rares.

SpaceX a normalement accès à deux autres pas de tir, le SLC 39 de Cape Canaveral (acheté par SpaceX en 2014) et la base Vandenberg en Californie. Cette dernière n'est pas adaptée aux lancements de satellites géostationnaires. Et le SLC39 ? Il est actuellement en travaux, justement pour accueillir les lanceurs Falcon 9 et Falcon 9 Heavy.

Le retour en vol dépendra aussi de l'origine de la cause racine de l'accident, au niveau du lanceur ou au niveau du pas de tir, et quelles modifications seront nécessaires.

Dans tous les cas, cela risque fort de mettre en cause la tenue du calendrier prévisonnel de lancement de SpaceX, calendrier déjà très tendu d'ici la fin de l'année : neuf lancements étaient programmés avant janvier 2017, dont six en Floride.

Les clients ne pourront même pas faire appel aux autres opérateurs de lancement : le manifeste d'Arianespace est également plein à craquer (pas de créneau avant 2018) et la fusée Proton a connu récemment des problèmes de performances qui retardent également son programme de lancements.

 

The Show Musk Go On

Le 28 juin 2015, au cours la mission CRS-7 destinée au ravitaillement de l’ISS, la destruction d’une autre fusée Falcon 9 (dans une précédente version) avait entraîné un arrêt des lancements pendant 6 mois et des modifications de design avaient été nécessaires.

Il va être intéressant de voir si la perte d’AMOS-6 entraîne aussi des modifications de la procédure de lancement et notamment de ce test statique avec le satellite installé en haut du lanceur.

 

Tesla, Paypal, SpaceX : l'entrepreneur qui va changer le monde

Si vous voulez en savoir plus sur la génèse de SpaceX, Tesla et Solarcity, je vous recommande vivement de lire la biographie d'Elon Musk écrite par le journaliste Ashlee Vance. Elle a été traduite en français.

C'est un gros pavé mais c'est passionnant : l'auteur brosse le portrait d'un entrepreneur qui veut changer le monde. Notamment, en réduisant la dépendance aux hydrocarbures. Ce n'est vraiment pas une hagiographie. La détermination et la ténacité, la vision à long terme du fondateur de SpaceX sont impressionnantes, tout comme sa capacité à s'entourer des meilleurs, même s'il s'en sépare parfois brutalement. Qui s'en étonnera ? Le personnage n'est pas toujours présenté comme très sympathique. On ne rêve pas forcément de travailler pour lui...

 

Premier étage de seconde main

Le livre a été écrit à une période où, malgré les aléas, tout ce qu'Elon Musk entreprend semble finir par réussir.

Malgré le confirmation de la décision de l'opérateur SES d'utiliser une fusée Falcon 9 équipée d'une première étage d'occasion (récupéré après un premier lancement), le printemps et l'été 2016 n'auront pas été très souriants à notre super-entrepreneur...

En dépit de la série de lancements réussis, avec la récupération en douceur du premier étage de la fusée (le dernier deux semaines avant l"accident du 1er septembre), la mort d'un conducteur de Tesla Model S mettant en cause la fonction Autopilot et l'incendie récent d'une autre Tesla Model S pendant un essai par un acheteur potentiel peuvent écorner l'image de Tesla.

C'est à relativiser quand on connaît les manipulations qu'on pu faire des constructeurs comme Volkswagen sans que leur image auprès des fidèles de la marque n'en souffre réellement.

 
Tesla unveils Model 3 - Elon Musk - Présentation Model 3 - Transition énergétique - Voiture électrique - Réchauffement climatique - Santé

"Tesla unveils Model 3" : avez-vous déjà vu un constructeur automobile présenter sa nouvelle voiture
de cette manière ? Greenwashing ou réelle vsion long terme ? Extrait de la vidéo de la
présentation du nouveau modèle de Tesla le 31 mars 2016. Crédit : Tesla

 

Cash test

Mais, en restant dans le domaine des fusées et de la combustion, c'est surtout la propension de Tesla et Solarcity à "brûler du cash" (3 milliards en deux ans) qui inquiètent les investisseurs et la bourse.

Avec les difficultés actuelles, le projet d'Elon Musk, aller sur Mars, va peut-être devoir attendre un peu... Par contre, on peut parier que sa détermination et sa capacité à rebondir restent intactes.

A suivre !

 

SpaceX - barge - Landing - First stage - Of course I still love you - Falcon 9 - Drone ship

"Of course I still love you". Are you sure? Crédit image : SpaceX
 

 

En savoir plus :

 

 
 

 

 
 

 

 
 

 

 

 

 

 

Repost 0
3 juin 2016 5 03 /06 /juin /2016 01:02

 

Paris - Crue - Inondations - Mai et juin 2016 - Sentinel-1A - Copernicus - ESA - satellite radar

La ville de Paris vue par le radar du satellite Sentinel-1A le 31 mai à 17h40 UTC. Crédit image : ESA / Copernicus / Commission européenne.

 

Des images en noir et blanc ? Déçu. Moi aussi, je préfère les belles images en couleurs sans nuages des satellites optiques. Mais c’est le problème quand il pleut plusieurs jours : la couverture nuageuse ne permet pas d’acquérir des images optiques.

 

MODIS pluie… Aqua ça sert ? ça a le MERIS d’exister

L’image suivante a été acquise le 1er juin 2016 par l’instrument MODIS du satellite Aqua (c’est vraiment son nom !). Le 31 mai, c’était pire… Aucune chance de produire une bonne image optique.

 

France - Pluies exceptionnelles - épisode pluvieux - Mai 2016 - satellite - Aqua - MODIS - Nuages

La France vue par l’instrument MODIS du satellite Aqua le 1er juin 2016.
Les nuages tirent la couverture. Crédit image : NASA / GSFC / MODIS Rapid Respons
e

 

C’est dans ces conditions que les satellites radar (SAR pour Synthetic Aperture Radar ou Radar à Synthèse d’Ouverture) montrent toutes leur utilité et, en particulier, leur capacité à percer les nuages.

Toutes les extraits d‘images radar illustrant cet article proviennent d’une image acquise le 31 mai 2016 à 17h40 UTC par le satellite européen Sentinel-1A. Avec son frère jumeau Sentinel-1B, il fait partie du programme européen Copernicus. Je n’ai pas souvent montré des images satellites radar. Cette situation d’inondations est une bonne occasion… L’image complète couvre une large zone.

 

France - Inondations - Crues - Juin 2016 - Satellite - Sentinel-1A - floods - Copernicus - ESA

L'image SAR acquise par le satellite Sentinel-1A le 31 mai 2016, presque complète
et très fortement sous-échantillonnée. Elle donne un idée de la zone géographique couverte
pr le satellite : Crédit image : ESA / Copernicus / Commission européenne

 

Des crues exceptionnelles

L’épisode pluvieux du début de semaine a causé des cumuls de précipitations très importants sur la partie nord du pays, sur des sols déjà très humides. Les cours d'eau du bassin parisien et de la région Centre sont en crue, avec une crue d'ampleur exceptionnelle sur le Loing et une crue importante est en cours sur la Seine moyenne et sur la Seine à Paris.

La Sauldre connaît également une crue exceptionnelle, d'ampleur supérieure à celle de mars 2001. Des crues importantes touchent le Cher, l’Indre et leurs affluents.

Même si le Loiret est repassé en alerte orange, les inondations qui touchent l’Ile de France et le Centre n’ont pas encore atteint leur pic. Jeudi, à 16 heures, le département de Seine-et-Marne était toujours en alerte rouge et douze autres départements en vigilance orange.

 

Carte de vigilance - Crues - Inondations - France - Juin 2016 - Météo France -Vigicrues

Carte de vigilance - Crues - Inondations - France - Juin 2016 - Météo France -Vigicrues

Carte de vigilance météorologique du jeudi 2 juin 2016 à 16h00. En bas, illustration extraite du bulletin national d’information Vigicrues. Source : Météo France – Vigicrues

 

Le prochain conseil des ministres devrait reconnaître l’état de catastrophe naturelles pour les communes les plus touchées. Les dégâts sont importants et des quartiers entiers, comme à Nemours, Montargis ou Viry-Châtillon, ont été évacués en urgence.

 

Nemours - Montargis - Inondations - Juin 2016 - Sentinel-1A - Satellite - ESA - Copernicus

Seine - Orly - Viry-Chatillon - Ris-Orangis - Grigny - Corbeil-Essonne - Inondations - Juin 2016 - Sentinel-1A - Satellite - ESA - Copernicus

Paris - Crues - Inondations - Seine - Berges - Zouave - Alma - Satellite - Sentinel-1A - SAR - Copernicus - ESA

Quelques extraits de l’image acquise par le satellite SAR Sentinel-1A le mardi 31 mai 2016.
Crédit image : ESA / Copernicus / Commission européenne.

 

A Paris, le niveau de la Seine est loin des 8,40 mètres atteints au moment de la crue catastrophique de 1910. Mais il a dépassé jeudi après-midi les 5 mètres et pourrait encore monter dans la journée du vendredi 3 juin. Les voies sur berge sont partiellement fermées, la circulation du RER C est interrompue et le musée du Louvre sera fermé pour mettre à l’abris les collections stockées en sous-sol.

 

Inondations - France - Juin 2016 - Paris - Seine - Zouave - Statue de la liberté - Crue - Palais de Tokyo - Pont de Bir Hakeim

La crue de la Seine à Paris : quelques images inhabituelles... Le zouave ne fait pas le mariole
Crédit photo : Catherine Le Cochennec

 

Copernicus ? Pour faire quoi ?

Comment sont utilisées les images satellites produites par le programme Copernicus ? Pour produire des informations concernant notre environnement et notre sécurité. En temps normal ou en situation de crise. Dans ce deuxième cas, il y a par exemple le service Copernicus de cartographie d’urgence (Emergency Mapping Service ou EMS dans le jargon Copernicus). En Europe, son rôle est d’aider les équipes de la protection civile (les « first responders ») dans le cadre des opérations de secours après un évènement grave ou une catastrophe naturelle, comme les inondations en cours

Le service Copernicus EMS a été activé par le gouvernement français.

Voici quelques exemples de cartes produites en urgence sur la zone de Montargis. Les images utilisées par cartographier rapidement les zones inondées et suivre l’évolution des crues proviennent de plusieurs satellites Radar. Sentinel-1A a été utilisé, comme d’autres satellites à plus haute résolution (Radarsat, Cosmo Skymed ou TerraSAR-X).

 

Copernicus - EMS - Emergency - EMSR165 - France - floods - Inondations - Juin 2016

Copernicus - EMS - Emergency - EMSR165 - France - floods - Inondations - Juin 2016

Exemples de produits de cartographie rapide réalisés par
le service « Emergency Mapping » de Copernicus après les crues en France
.

 

La France n’est pas le seul pays européen touché par des inondations causées par un épisode remarquable de pluies diluviennes : il y a au moins 9 morts et plusieurs personnes portées disparues en Allemagne. Le village de Simbach am Inn, proche de l’Autriche est le plus gravement atteint.

 

En savoir plus :

Repost 0
3 mai 2016 2 03 /05 /mai /2016 07:00

 

Sentinel-1B - First image - Première image - Radar - Svalbard - Norvège - Norway - ESA - Copernicus - Commission européenne

Sentinel-1B - First image - Première image - Glacier Ausfonna - Svalbard - Norvège - Norway - ESA - Copernicus

Deux extraits d’une des premières images acquises par le satellite Sentinel-1B :
en Norvège,dans l’archipel de Svalbard, l’île de Nordauslandet.
Crédit image : ESA / Commission européenne / Copernicus

 

Le satellite Sentinel-1B est en bonne santé ! Quelques après son lancement, l’Agence Spatiale Européenne vient de publier les premières images acquises par l’instrument SAR (pour Synthetic Aperture Radar ou Radar à Synthèse d’ouverture).

Après trois reports de lancement, à cause des conditions météorologiques en Guyane et d’une avarie de la centrale inertielle de la fusée Soyouz, Le satellite Sentinel-1B a été lancé le 25 avril 2016 par la mission Soyouz VS14. Passager principal de ce vol, il était accompagné dans son périple par le satellite Microscope du CNES et par trois cubesats réalisés par des étudiants dans le cadre du programme FlyYour Satellite de l’ESA.

 

Arianespace - décollage Soyouz - lancment VS14 - Sentinel-1B - Licroscope - FlyYourSatellite - CSG - Guyane - CNES - ESA

Au Centre Spatial Guyanais, décollage de la fusée Soyouz VS14 emportant
les satellites Sentinel-1B et microscope et les trois nano-satellites FlyMySatellite.
Crédit image : Arianespace / ESA / Centre Spatial Guyanais

 

Jumeaux en orbite : C ma bande

Sentinel-1B est le quatrième satellite du programme européen Copernicus mis en orbite, le troisième en moins d’un an après Sentinel-2A et Sentinel-3A. Sentinel-1A a été le premier satellite de la famille Copernicus à rejoindre l’orbite terrestre. Comme pour A1 alias Astérix, les gens du spatial manquent parfois d’imagination pour baptiser leurs satellites…

Après la recette de vol qui va durer quelques mois, ce sera aussi la première fois que deux exemplaires d’un même type de mission Sentinel seront en exploitation simultanément.

Comme pour Sentinel-2A, le satellite optique dont les images illustrent le calendrier 2016, ces opération en tandem permettent d’abord de réduire la période de revisite, le laps de temps entre deux survol d’une même région de la Terre.

Lorsque Sentinel-1B sera déclaré bon pour le service, il sera sur la même orbite que Sentinel-1A, décalé de 180°. Les deux jumeaux survoleront ainsi chaque région de la Terre tous les six jours.

Dans le cas d’un instrument radar comme celui des satellites Sentinel-1, cette configuration est également un moyen de réaliser des produits interférométriques permettant par exemple d’étudier les déplacements de la surface terrestre après un tremblement de Terre ou une éruption volcanique ou les effets de subsidence (dans le cas de grands chantiers de travaux publics : train, métro, etc.)

Il y a beaucoup d’autres utilisations des satellites radar : la cartographie des forêts, la détection des nappes d’hydrocarbure, la gestion de l’eau et de sols, l’agriculture…

 

Record de vitesse pour un radar

Le premier bilan de santé de Sentinel-1B est très satisfaisant : il a acquis ses premières images seulement deux heures après la mise sous tension de l’instrument SAR, deux jours après le lancement, le 28 avril 2016 à 5:37 UTC.

Entre l’injection en orbite et l’acquisition des premières images, une longue série de contrôle et d’opérations initiales en orbite (LEOP) a été effectuée au cours des premières orbites, supervisées et pilotées par les équipes de l’ESOC, le centre de contrôle de l’ESA à Darmstadt en Allemagne : alimentation électrique, contrôle thermique, système de contrôle d’attitude… Parmi le plus critiques, le déploiement des deux panneaux solaires de 10 mètres de longueur et l’ouverture de l’antenne SAR de 12 mètres.

 

Pole position et grand angle

24,30° : Une région tropicale ? Presque, sauf que c’est la longitude est. La latitude est 79,45°N, bien au-delà du cercle polaire…

L’ESA a choisi une première image d’une région proche du pôle nord : l’occasion de rappeler qu’une des applications principales des instruments radar embarqués à bord de satellite est de surveiller les glaces, aussi bien pour l’étude des conséquences du changement climatiques que pour la sécurité maritime et la surveillance des icebergs. 

Sur une largeur de 250 kilomètres, la première image montre l’archipel norvégien de Svalbard. Le glacier Astfonna et l’île Edgeøya (Edge Island) sont bien visibles.

 

Le glacier de l’est

L'Austfonna est une calotte glaciaire Nordaustlandet, une île norvégienne de l’archipel Svalbard. L'Austfonna est la plus grande calotte glaciaire d'Europe avant le Vatnajökull en Islande et la septième du monde. Les plus grands icebergs du Svalbard naissent ici.

 

Sentinel-1B - Première image - First image - Auslanded - Svalbard - ESA - Copernicus

Un autre extrait de l’image acquise par le satellite Sentinel-1B :
le glacier Ausfonna dans l’archipel de Svalbard
Crédit image : ESA / Commission européenne / Copernicus

 

Ours  et étoiles du berger

D’une surface de 5074 km2, L’île Edgeøya est située à l’est du Spitzberg et au sud de l’île de Barents. Elle est inhabitée, mais on y trouve des ours polaires et des rennes.

Cette image du Svalbard permet aussi de rappeler l’importance des zones polaires pour les systèmes d’observation de la Terre. C’est bien d’avoir un satellite, c’est encore mieux de bien exploiter les données qu’il transmet.

Les satellites d’observation occupent souvent des orbites polaires ou quasi-polaires. Ils survolent ainsi plusieurs fois par jour les deux régions polaires. Ces régions sont donc des endroits idéaux pour installer des stations de contrôle et de réception des satellites d’observation. Il y en a justement une à Svalbard, à Platåberget, près de Longyearbyen. Créée en 1997, elle est opérée par la société KSAT (Kongsberg Satellite Services). L’ESA, Eumetsat, la NASA ou la NOAA y ont également leurs propres installations.   

Si vous voulez être définitivement convaincu de l’intérêt des satellites radar, essayez de trouver une image optique sans nuage…

 

Sentinel-1B - Première image - First image - Edge island - Edgoya - ESA - Copernicus - SAR - Bande C

Un autre extrait de l’image acquise par le satellite Sentinel-1B :
l’île Edge Island ou
Edgeøya dans l’archipel de Svalbard
Crédit image : ESA / Commission européenne / Copernicus

 

En savoir plus :

Repost 0
23 avril 2016 6 23 /04 /avril /2016 08:24

 

Tchernobyl - Chernobyl - 30 ans - 26 avril 1986 - Catastrophe nucléaire - Explosion réacteur n°4 - Pléiades - Arche de confinement - Chantier - Ukraine

Accident de la centrale nucléaire de Tchernobyl : le chantier de l'arche de confinement du réacteur n°4
vu par le satellite Pléiades 1B. Extrait d’une image acquise le 27 mars 2016 à 9h26 UTC,
pivoté de 90° par rapport à l'orientation d'origine (direction nord à gauche de l'image).
Copyright CNES 2016 – Distribution Airbus DS

 

Tchernobyl : à ce jour, la pire catastophe du nucléaire civil

Une image très spectaculaire... Elle est extraite d'une image prise par le satellite Pléiades en mars 2016. Elle montre que cet accident est toujours d'actualité en 2016, 30 ans après l'évènement. Dans le nucléaire, la demi-vie, ça peut durer longtemps ...

26 avril 1986 (ou 25 avril en temps universel) : le réacteur n°4 de la centrale de Tchernobyl explose… La fusion du cœur déclenche une importante pollution radioactive de l’environnement.

La catastrophe touche l’ensemble du continent européen à des degrés divers. Avant l’accident de Fukushima en 2011, c’est le seul accident nucléaire classé au niveau 7 sur l’échelle de l’INES (échelle internationale des événements nucléaires).

En 1957, l’explosion à l’usine de retraitement de Kychtym en URSS correspondait au niveau 6 actuel. Le 28 mars 1979, La fusion partielle du cœur du réacteur no 2 (TMI-2) à Three Mile Island, en Pennsylvanie aux Etats-Unis relevait de la classe 5.  Destinée à l'information du public et des médias, l'échelle INES est plus un outil de communication qu'une véritable échelle de mesure scientifique.

Ironie de l'histoire, c'est un essai destiné à vérifier l'alimentation de secours du système de refroidissement du réacteur qui est à l'origine de plusieurs erreurs humaines ayant entraîné la catastrophe...

A 16 km de la frontière sud du Bélarus, à 670 km au sud-est de Moscou, quatre réacteurs de type RBMK-1000 étaient en service et deux autres étaient en construction.

 

Derrière le rideau de fer…

A 110 km au nord-ouest de Kiev, aujourd’hui en Ukraine, la centrale est à l’époque en URSS. Aucune information officielle n’est publiée immédiatement. Même Gorbatchev, à Moscou, semble ne pas avoir un vision complète de la situation.

Bon... Question frontières et rideau de fer, les plus âgés savent que l’information des populations a « connu des ratés » : en France, on se souvient de la controverse concernant le nuage radioactif qui serait resté à l'écart du territoire français et la validité des informations communiquées par le SCPRI (Service central de protection contre les rayonnements ionisants) et le professeur Pellerin.

C'est la Suède qui donne l’alerte le 28 avril au matin, après avoir détecté un niveau de radioactivité anormal sur son territoire.

Lancé 2 mois plus tôt, le 22 février 1986, SPOT 1, qui termine sa recette en vol, est programmé pour fournir en urgence des images de la centrale accidentée. La première image panchromatique est acquise le 1er mai, reçue et traitée à Kiruna en Suède.

 

« Quelque part au nord de l’Ukraine » : Vous n'avez rien de plus précis ?

Gérard Brachet, alors PDG de Spot Image, se souvient du moment où il est décidé de faire appel à SPOT 1 : « Au moment où l’alerte est donnée, j’étais en déplacement à Washington chez Spot Image Corporation. J’ai immédiatement appelé les bureaux de Toulouse pour demander une programmation prioritaire du satellite SPOT 1. Nous ne savions pas exactement où était la centrale. On ne parlait pas encore du village de Tchernobyl. Pour cette raison, il a été choisi de réaliser une acquisition double avec les deux instruments HRV pour couvrir une largeur de 117 km sur une longueur de 500 km au nord de Kiev ».

Apparemment, les grands esprits se rencontrent : Satimage, le partenaire suédois de Spot Image, demande également une programmation de SPOT pour en savoir plus sur l’origine de la pollution radioactive.

La première opportunité d’acquisition est le 1er mai 1986, deux jours plus tard. Il fait un temps magnifique au-dessus de l'Ukraine. Une image panchromatique sans nuages à 10 mètres de résolution est acquise à 9:07 UTC et reçue à Toulouse et à Kiruna le jour même.

 

Tchernobyl - Chernobyl - 30 ans - 26 avril 1986 - Catastrophe nucléaire - Explosion réacteur n°4 - Première image du satellite SPOT - 1er mai 1986 - Catalogue Geostore Tchernobyl - Chernobyl - 30 ans - 26 avril 1986 - Catastrophe nucléaire - Explosion réacteur n°4 - Première image du satellite SPOT - 1er mai 1986 - CatalogueGeostore - Métadonnées

La première image SPOT 1, acquise en mode panchromatique le 1er mai 1986 à 9h07 UTC.
La résolution est de 10 mètres. La visée est assez verticale: l'angle d'incidence est de -8,32°.
Le signe - indique que le satellite est alors à l'est du point visé.
Informations extraites du catalogue Geostore d’Airbus DS

 

Fête du travail : muguet et champignons...

1er mai ? A l’époque, les mécanismes d’astreinte mis en place aujourd’hui pour l’imagerie d’urgence n’existent pas encore. Les services satellitaires de support à la gestion de crise, comme la Charte internationale « Espace et catastrophes majeures » ou le service Copernicus de cartographie d’urgence (Emergency Mapping Service) ne verront le jour que près de quinze ans plus tard.

Rien de tel n’est prévu le 1er mai 1986. Gérard Brachet raconte : « Svante Astermo, le directeur général de Satimage, m’appelle chez  moi pour me dire que, même si c’est également férié en Suède, ils sont capables d‘effectuer le traitement avec les moyens de Kiruna. Il me demande l’autorisation de communiquer l’image à la presse. Je donne mon accord. J’aurais préféré que l’image soit produite à Toulouse mais ce n’était tout simplement pas possible… »

 

 

Tchernobyl - Chernobyl - 30 ans - 26 avril 1986 - Catastrophe nucléaire - Explosion réacteur n°4 - Première image du satellite SPOT - 29 avril 1986 - Demande programmation Suède - Satimage

La demande de programmation transmise le 29 avril 1986 par les responsables de Satimage en Suède.
Source : Johan Gärdebo (KTH Royal Institute of Technology)

 

Cet « exploit du 1er mai » a certainement contribué à construire la réputation et la notoriété du satellite SPOT : il y avait bien des images acquises par le satellite américain Landsat, mais d’une résolution très inférieure. Et, pour les satellites militaires, également américains, pas question d’une publication dans la presse. Ce jour-là, l’image panchromatique à 10 mètres de résolution de SPOT 1 a fait la différence.

 

Tchernobyl - Chernobyl - Premières images du satellite SPOT 1 - Visée oblique - multisectrale - Geostore - 07-05-1986

Les caractéristiques de l’image multi-spectrale acquise le 7 mai 1986 à 8h51 UTC.
Le contour noir matérialise l'emprise de la scène du 1er mai. La forme rectangulaire de l'image du 7 mai
montre que la visée est beaucoup plus oblique : l'angle d'incidence est ici de -26,85°
Copie d’écran d’une consultation du catalogue Geostore d’Airbus DS

 

Un satellite pour viser dans les coins

La possibilité de visée oblique, grâce au miroir orientable de l’instrument HRV (on ne parle pas encore d’agilité du satellite en 1986), a permis d’obtenir plusieurs autres images dans les jours suivants. Celle présentée ici a été acquise le 7 mai. C'est une des premières images multi-spectrales. L’illustration montrant son emprise, comparée à celle du premier montre que la visée a effectivement été beaucoup plus oblique. Cette fonctionnalité permet d'augmenter la revisite effective, avant que l'orbite du satellite ne l'éloigne trop de la zone d'intérêt. Sur les satellites Pléiades (ou SPOT 6 et SPOT 7), c'est l'agilité (le basculement de l'ensemble du satellite) qui joue le même rôle

 

Tchernobyl - Chernobyl - Premières images satellites - explosion centrale - 26 avril 1986 - 7 mai 1986 - SPOT 1 - CNES - Spot Image - Airbus DS Tchernobyl - Premières images satellites - explosion centrale - 26 avril 1986 - 7 mai 1986 - SPOT 1 - CNES - Spot Image - Airbus DS

La centrale nucléaire de Tchernobyl vue par le satellite SPOT 1.
Image multi-spectrale d’une résolution de 20 mètres acquise le 7 mai 1986 à 8h51 UTC.

En bas, extrait centrée sur la centrale et le réacteur n°4. En haut, vue générale.
La scène complète est "plus carrée". Copyright CNES 2016 – Distribution Airbus
DS

 

Le vrai début des opérations pour le satellite SPOT 1

Reprises par la presse et la télévision, les images de SPOT 1, premier satellite civil offrant une résolution de 10 mètres, ont un impact considérable.

Ces images sont considérées comme la première utilisation opérationnelle du satellite SPOT, montrant sa capacité de fournir des informations partout dans le monde, indépendamment des frontières ou des contraintes politiques, ou très rapidement après une catastrophe.

Il est probable que cet épisode ait facilité la décision de lancement effectif du programme de satellite de reconnaissance Hélios, prise par le gouvernement français en juin 1986, en pleine péridoe de cohabitation (François Mitterand Président, Jacques Chirac, Premier ministre).

 

Après l’imagerie d’urgence, le suivi dans la durée…

Depuis 1986, les satellites SPOT puis Pléiades ont régulièrement suivi l’évolution du site de la centrale.

En 2011, Airbus Defence and Space (anciennement Spot image) avait publié sur son site Internet un livret (flip-book) contenant des images et des textes retraçant comment les satellites d’observation de la Terre ont scruté l’évolution de la région de Tchernobyl depuis 25 ans.

Ce document, préparé par Pascal Michel, très intéressant, est toujours accessible en ligne ici. L’illustration suivante en montre quelques extraits. Les liens à la fin de cet article donnent accès à quelques images des satellites SPOT de la galerie d’images d’Airbus DS utilisées pour ce suivi.

 

Extraits d’images acquises par les satellites SPOT entre 1986 et 2006 et montrant les évolutions
majeures dans les environs de la centrale de Tchernobyl. Du haut vers le bas, disparition du parcellaire
agricole, limites e la zone de contamination et mise en place du chantier, création de nouveaux
ponts et routes, endiguement de la rivière Pripryat, sites de stockae des déchets.
Illustrations extraites du livret publié par Pascal Michel (Spot Image) en 2011.

 

30 ans à Tchernobyl, de SPOT à Pléiades : la situation en avril 2016

Depuis 2011, les satellites Pléiades ont pris le relais de SPOT. L'image acquise par Pléiades-1B le 27 mars 2016 montre l'évolution spectaculaire des performances des satellites d'observation. Je vous renvoies à d'autres articles...

 

Tchernobyl - Chernobyl - 30 ans - 26 avril 1986 - 26 avril 2016 - satellite Pleiades - Chantier de l'arche de confinement - sarcophage - 27-03-2016 - CNES - Airbus DS - Ukraine

Les environs de la centrale nucléaire de Tchernobyl vue par le satellite Pléiades 1B le 27 mars 2016
à 9h26 UTC. Vue générale en résolution réduite. Le nord est en haut de l'image.
L'angle d'incidence
est de 22,6°
.
Copyright CNES 2016 – Distribution Airbus DS.

 

Concernant Tchernobyl, je termine avec quelques observations qu’on peut faire sur cette image à très haute résolution sur deux sujets précis :

  • La ville de Pripryat.
  • Le chantier de l’arche de confinement de la centrale.

Vous avez certainement vu comme moi des reportages ou des photographies étonnantes ou émouvantes de la ville de Pripryat : juste à côté de la centrale, dans le périmètre de la zone contaminée, c’est une ville fantôme.

Si vous ne l’avez pas encore regardé, je vous conseille en particulier le film «  La Terre outragée » de Michale Boganim, avec Olga Kurylenko, Andrzj Chryra et Ilya Iosifov, sorti en 2011. Je crois qu'il existe en DVD.

Les illustrations suivantes, extraites de l’image Pléiades prise le 27 mars 2016, montrent par exemple le développement de la végétation dans la ville abandonnée.

 

Ne pas perdre le nord

Les ombres portées accentuent l’impression de relief. Notez que, sur ces extraits comme pour l’arche de confinement, le nord n’est pas en haut : l’image a été pivotée de 90° dans le sens inverse des aiguilles d’une montre (le nord à gauche de l’image) afin que le point de vue de l’observateur soir cohérent avec l’orientation du satellite Pléiades au moment de la prise de vue.

 

Tchernobyl - Chernobyl - 30 ans - 26 avril 1986 - 26 avril 2016 - satellite Pleiades - Prypriat - Ville fantôme - Manège enfants - Bâtiments abandonnées - Végétation - 27-03-2016 - CNES - Airbus DS - Ukraine Tchernobyl - Chernobyl - 30 ans - 26 avril 1986 - 26 avril 2016 - satellite Pleiades - Pripryat - Pripriat - Ville fantôme - eux d'enfants - 27-03-2016 - CNES - Airbus DS - Ukraine

Un autre extrait de l'image acquise par le satellite Pléiades-1B le 27 mars 2016,
centrée sur la ville de Pripryat, à proximité immédiate de la centrale de Tchernobyl.
En bas, un détail émouvant : le manège d'enfants vu sur des nombreuses photographies.
Note : j'ai appliqué un réglagle différent des couleurs et du contraste entre les deux images.

Copyright CNES 2016 – Distribution Airbus DS.

 

Manège pas enchanté

L’extrait où on peut voir le manège d’enfant m’a beaucoup ému. Installé juste avant la catastrophe, il n’a apparemment jamais servi… Le webmaster du site Regard sur le monde m'a gentiment permis de reprendre une photo du haut de ce manège. Elle est extraite d'une vidéo prise à partir d'un drone réalisée par Danny Cooke (à voir !) à l'occasion d'une reportage pour CBS en 2014.

A la hauteur de la nacelle supérieure, la caméra du drone nous montre la centrale et l'arche de confinement toutes proches. Au moment où il prend l'image qui illustre cet article, le satellite Pléiades est à près de 700 km au-dessus...

 

Tchernobyl - Pripyat - Manège - Arche de confinement - Drone - Danny Cooke - Regardsurlemonde

La centrale de Tchernobyl et l'arche de confinement en cours de construction
vus par un drone volant à la hauteur du sommet du manège de Pripyat.

Crédit image : Danny Cooke. Merci à Karl au blog Regardsurlemonde.fr

 

Le chantier géant de  l'arche de confinement de Tchernobyl

30 ans après, le chantier de décontamination et de protection du bâtiment du réacteur se poursuit. L’image acquise par le satellite Pléiades le 27 mars 2016 montre également l’impressionnante arche de confinement en cours d’assemblage à côté du réacteur 4.

 

Un projet ambitieux : enfermer sarco

Une fois mis en place, l'arche visible sur l'image Pléiades doit servir à confiner les matières radioactives, abriter le premier sarcophage partiellement dégradé (pluie et gel) et protéger les équipes participant aux travaux de décontamination et de démantèlement.

L’arche, réalisée en deux tronçons, a des dimensions impressionnantes : 108 mètres de hauteur, 162 mètres de largeur et près de 260 mètres de longueur. Assez grande pour contenir le stade de France et le Sacré Cœur (façon de parler pour un réacteur nucléaire…)  et un poids estimé à 32000 tonnes !

 

Alliance pour l'arche

Les travaux sont réalisés sous la responsabilité de Chernobyl Nuclear Power Plant (ChNPP), avec un consortium international auquel participent les entreprises françaises Vinci et Bouygues.

Après un appel d’offre lancé en 2004, le chantier démarre en 2009. Il est très en retard : il aurait dû être normalement achevé en 2012. Un premier report avait fixé la nouvelle échéance à 2015.

Un exemple d'alea ? sous le poids de la neige, l'effondrement d'un bâtiment d'appui de l'ancien sarcophage en février 2013 qui entraîne l'arrêt du chantier le temps de vérifer le niveau de radioactivité.

 

Centrale de Tchernobyl - Chernobyl - Arche de confinement - Juin 2013 - Chantier -  réacteur n°4 - Sarcophage - Ingmar Runge - Wikipedia Commons- Ukraine

Vue panoramique du chantier autour du réacteur n°4 de la centrale de Tchernobyl prise en juin 2013.
Crédit image : Ingmar Runge (travail personnel) [CC BY-SA 3.0], via Wikimedia Commons

 

Arche 2 nouée ?

Non assemblée à partir de deux tronçons boulonnés…

Avec le retard du chantier, la première opération de levage sur l'arche n’a eu lieu qu’en novembre 2012. Le raccordement des deux tronçons a été effectué en juillet 2015, avec le support de la société néerlandaise Mammoet, spécialisée dans la manutention lourde.

Bien qu'elle soit plus récente que l'opération de raccordement, l’image du satellite Pléiades donne une idée du gigantisme du chantier et des moyens de levage utilisés pour une opération de grande précision.

On parle désormais de 2017 pour la fin du chantier.

 

Centrale de Tchernobyl - Arche de confinement - Chantier -  réacteur n°4 - Solidarisation - Mammoet - Ukraine

Photographie de l’assemblage des deux parties de l’arche de confinement du réacteur 4 de la
centrale de Tchernobyl. Crédit image : Mammoet

 

Avenir radieux

J’ai écrit d’autres articles sur Tchernobyl et les satellites d’observation, déjà pour les 25 ans de SPOT, un anniversaire qui coïncidait presque à la date de la catastrophe de Fukushima, après le séisme et le tsunami du 11 mars, ou à l’occasion des incendies violents qui ont touché le sud-ouest de la Russie : on craignait alors que les fumées emportent des cendres provenant de la combustion des sols et de végétaux irradiés dans la région de Briansk et déclenchent une nouvelle pollution.

Avec un peu de recul, on se rend compte de l’impact à long terme des accidents nucléaires. Fin avril 1986, pour la télévision publique nippone NHK, il était quasi certain que Tchernobyl resterait "le plus grave accident nucléaire de l'histoire".  Le 12 avril 2011, l'agence japonaise de sûreté nucléaire a finalement classé au niveau 7, le niveau maximum, sur l'échelle internationale des événements nucléaires (INES) l'accident survenu à la centrale de Fukushima-Daiichi.

J'espère que cet article vous donnera envie de consulter davantage de littérature sur le sujet. Tchernobyl, le nucléaire et la question des choix stratégiques concernant les sources d'énergie restent un sujet majeur et complexe pour tout ceux qui s'intéressent à la culture scientifique, technique et industrielle (CSTI), particulièrement d'actualité en France, dont la production électricité est très majoritairement d'origine nucléaire, au moment où EDF rencontre des difficultés avec le développement des réacteurs EPR et où des décisions doivent être prise concernant l'avenir du parc de centrales et le traitement des déchets.

 

En savoir plus :

 

 

 

Repost 0
22 avril 2016 5 22 /04 /avril /2016 15:06

Trois semaines après la journée de la mer, le 1er avril, le 22 avril est la journée de la Terre, consacrée en 2016 aux arbres.

Voici donc un nouveau quiz image spécial pour le jour de la Terre.

 

Jour de la Terre - Journée de la Terre - 22 avril 2016 - Arbre - Environnement - Quiz - image satellite - satellite d'observation - Sentinel - Copernicus - ESA

L’image mystère d’avril 2016 : un quiz spécial pour le jour de la Terre consacré aux arbres
 

Vous voyez une silhouette d’arbre ou de branche sur cette image satellite ?

Il n’y a pas encore de feuille mais c’est bien le printemps dans l’hémisphère nord, là où cette image satellite été prise.

Même si ça y ressemble, ce n’est pas un arbre…

Savez-vous identifier de quelle région du monde il s’agit ? Merci de donner votre réponse en ajoutant un commentaire à la fin de cet article ou en m’envoyant un petit message…

Ce quiz devrait vous normalement vous donner un peu de fil à retordre.

Voilà donc un premier indice pour vous aide : l’image vient du satellite européen Sentinel-2A qui l’a prise en avril 2016. Si vous suivez le calendrier spatial que je publie chaque mois, vous commencez à connaître les très belles images de ce satellite. Voici une autre version de la même image, une composition colorée

 

Jour de la Terre - Journée de la Terre - 22 avril 2016 - Arbre - Environnement - Quiz - image satellite - satellite d'observation - Sentinel - Copernicus - ESA

L’image mystère du mois d’avril : une composition colorée avec la bande proche infrarouge
(canaux 8, 4 et 3 respectivement représentés en rouge, vert et bleu)

 

Je vous donnerai dans les jours qui viennent d’autres indices en publiant d’autres extraits de la même image couvrant un champ de plus en plus large. Cela va devenir de plus en plus facile…

 

Un mouvement de masse pour la Terre (vous êtes au courant ?)

C’est également aux Etats-Unis qu’est née l’idée du jour de la Terre, proposée en 1970 par le Gaylord Nelson, afin de sensibiliser la population et le gouvernement fédéral aux questions environnementales. Cette initiative a entraîné en particulier la création de l'Agence de protection de l'environnement (EPA).

Pour tromper l’ennemi, il y a également une journée internationale de la Terre, le 20 ou le 21 mars au moment de l’équinoxe de printemps.

 

COP 21 : signature le 22…

Après la COP 21 en décembre 2015, le 22 mars 2016 est surtout la date choisie pour la signature de l'Accord de Paris sur les changements climatiques.

Cela se passe à New York, au siège de l’ONU. 22 ? Voilà les COPS. Il y aura donc aussi un certain nombre dans Manhattan pour assurer la sécurité des signataires.

 

Décembre 2015 : Fin de la 21ème conférence sur les Changements Climatiques 
et adoption de l'accord après de longues tractations. Yapuka...
Crédit image : UNFCCC (
United Nations Framework Convention on Climate Change)

 

Très exactement, ce rendez-vous du 22 avril correspond à l’ouverture à la signature de l'accord. Les pays auront ensuite un an pour signer l’accord. La plupart des pays ont besoin d’une autorisation parlementaire pour ratifier l’Accord de Paris.

 

Signer et ratifier : de l’intention à l’action, de la politique au juridique...

Si, comme moi, vous vous posez la question de la différence entre signature et ratification ou adhésion, voici quelques explications…

La signature d’un accord est une approbation préliminaire. Elle marque l’intention d’un État d’examiner le traité au niveau national et d’envisager de le ratifier.

La ratification ou l’adhésion signifient qu’un État accepte d’être juridiquement lié par les dispositions de l'accord. La ratification suit la signature. La procédure d’adhésion s’effectue en une seule fois.

Les procédures précises dépendent des règles de chaque état et des institutions compétentes (le Parlement, le Sénat, la Couronne, le chef d’État ou de gouvernement). L’objectif est de vérifier la compatibilité avec la législation nationale et d’identifier les mesures à prendre pour la mise en œuvre.

En France, le site diplomatie.gouv.fr précise : « Dans la pratique internationale, les termes accord, charte, convention, pacte, protocole et traité sont employés de façon indifférente. En droit international, "accord" s'entend de tout engagement international. Dans la pratique constitutionnelle française, il s'agit d'un engagement international soumis à l'approbation du gouvernement ».

Le site www.quelleestladifference.fr résume : « un pays qui signe un traité sans le ratifier a seulement une obligation morale de ne pas aller à l'encontre de celui-ci. La ratification est nécessaire pour que le traité devienne effectif sur le plan juridique ».

 

Usine à gaz pour une usine sans gaz

Les îles Fidji, Palau et Marshall ont déjà soumis leur instrument de ratification.

En France, le projet de loi de ratification est inscrit à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale le 17 mai prochain. L’objectif est de ratifier l’Accord de Paris d’ici l’été. 

L’Union européenne, qui est partie prenante, ne pourra ratifier l’accord que lorsque les 28 états-membres l’auront fait. Aux États-Unis, Barack Obama propose de recourir à un acte administratif sans soumettre le texte au Sénat.

L’Accord de Paris entrera en vigueur 30 jours après la ratification par au moins 55 pays représentant au total 55 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES ou GHG en anglais pour Green-House Gases).

 

Jour de la Terre : pas un bon jour pour quitter la Terre…

Autre évènement : c’était également le 22 avril que devrait être lancé depuis la Guyane le satellite Sentinel-1B, le petit cousin de Sentinel-2A au sein de la grande famille Copernicus. Lancée par les équipes du CNES et d’Arianespace, c'est une fusée Soyouz (mission VS 14) qui devait emporter Sentinel-1B et deux compagnons de voyage, le satellite Microscope et la mission Fly Your Satellite! (3 cubesats construits par des étudiants).

Les données fournies par Sentinel-1 serviront à des applications variées, d'abord pour les océans et les glaces, mais aussi en cas de catastrophe (par exemple pour les produits d'interferométrie après un tremblement de terre) et pour la cartographie des forêts, en particulier des forêts tropicales et équatoriales grâce à la capacité de son radar à percer la couverture nuageuse. Les forêts tropicales jouent un rôle essentiel dans la régulation du climat.

Fly Your Satellite! est un programme éducatif de l’Agence Spatiale Européenne (ESA) mené en collaboration avec des universités européennes.

La charge utile de Sentinel-1B, le jumeau de Sentinel-1A lancé il y a deux ans, le 3 avril 2014, est un instrument Radar en bande C.

Bref, comme disait ce cher Constantin Tsiolkovski : « La Terre est le berceau de l'humanité, mais on ne passe pas sa vie entière dans un berceau ».

 

Une coupe de champagne avec votre croissant ?

Le décollage était prévu à 18:02 en heure locale, soit 21:02 en temps universel ou 23:02 ou à Paris et Toulouse. Comme souvent avec Soyouz et son étage supérieur Frégat, c’est une mission longue : 4 heures jusqu’à la séparation des satellites, avec 4 phases balistiques et 5 allumage successifs du moteur de l’étage Fregat.

 

Profil de mission - Décollage - Soyouz  - VS 14 - Arianespace - Sentinel-1B - Microscope - Fly Your Satellite - ESA - CNES - Centre Spatial Guyanais Profil de mission - Première phase Fregat - Boost - Croisière - Soyouz  - VS 14 - Arianespace - Sentinel-1B - Microscope - Fly Your Satellite - ESA - CNES - Centre Spatial Guyanais Profil de mission - Deuxième phase Fregat - Boost - Croisière - Soyouz  - VS 14 - Arianespace - Sentinel-1B - Microscope - Fly Your Satellite - ESA - CNES - Centre Spatial Guyanais

Le profil de la mission Soyouz VS 14. Illustrations extraites du dossier de presse
publié par Arianespace

 

ASAP pas vraiment ASAP

Un satellite radar pour percer les nuages ? Pas assez... Ce sont les nuages et la situation météorologique défavorable en Guyane française qui ont entraîné deux reports de lancement, dans la soirée du vendredi 22 et du samedi 23.

Dimanche 24 au soir, alors que la météo s'était améliorée, c'est un "rouge" lanceur qui a causé un nouveau report de lancement. Dans son communiqué de presse,  Arianespace mentionne une panne de centrale intertielle : "les opérations de remplacement de la centrale inertielle du lanceur Soyouz VS 14 affectée par une panne sont en cours". Contrairement à Ariane 5, il n'y a pas de redondance de la centre inertielle sur la fusée Soyouz.

Une nouvelle tentative de lancement devrait avoir lieu lundi 25 avril à la même heure (23h02 heure de Paris). L'heure de lancement fixe est imposée par l'orbite visée, héliosynchrone. Une revue sera organisée à H0 - 5 heures pour faire le bilan et confirmer la suite des opérations. 

Sentinel-1 sera injecté en premier, 23 minutes et 35 secondes après le décollage, puis Fly Your Satellite! à H0 + 2h48 mais il faudra veiller tard pour savoir que le dernier satellite, Microscope, s’est bien séparé. 

La séparation de l’ASAP-S (Arianespace System for Auxiliary Payloads - Soyouz), l’adaptateur protégeant le satellite Microscope sera effectué juste après l’injection de Fly Your Satellite!

 

En savoir plus :

 

 

Repost 0
17 avril 2016 7 17 /04 /avril /2016 13:43

 

SPOT 3 - Première image - Corse - Bonifacio - Satellite - îles Lavezzi - 27 septembre 1993 - CNES - Spot image - SpotMap

 

La première image du satellite SPOT 3 : Bonifacio, le sud de la Corse et les îles Lavezzi.
Image acquise le 27 septembre 1993. Copyright CNES – Distribution Airbus DS

 

SPOT ou encore ? STOP…

Je continue le cycle d’articles sur les accidents et les pannes dans l’espace. A l’occasion des 30 ans du lancement du premier satellite SPOT, j’ai choisi d’aborder la panne de SPOT 3. J’en profite aussi pour rattraper le retard sur le calendrier spatial. Après février, celui de mars arrive en avril… Mieux vaut tard que jamais…

Tous les satellites SPOT ont eu une durée de vie largement supérieure à la durée de vie nominale : 17 ans pour SPOT 1, 19 ans pour SPOT 2, 15 ans pour SPOT 4 et 13 ans pour SPOT 5...

Tous ? Sauf un : SPOT 3, prévu normalement pour fonctionner au moins trois aes, n’a fonctionné que trois ans et 2 mois… Le service minimum. Lancé le 26 septembre 1993 depuis le Centre Spatial Guyanais (mission Ariane), il a cessé de fonctionné le 14 novembre 1996.

SPOT 1, « l’ancêtre », dont on avait cessé l’exploitation en septembre 1990, a alors repris du service, pour fournir les images demandées par les clients de Spot Image (aujourd’hui Airbus Defence and Space).

 

La perte du satellite SPOT 3 : les symptômes…

Le dernier passage nominal de SPOT 3 au-dessus de la station de télémesure de Toulouse-Aussaguel date du 13 novembre 1996 à 22h31 UTC. Le dernier passage en exploitation, sur la station de réception directe de Taïwan, est daté du 14 novembre 1996 à 3h30 UTC. Le 14 novembre 1996, à 6h44 UTC, il est impossible d'acquérir la télémesure pendant un nouveau passage au-dessus de la station d'Aussaguel.

A 8h50 UTC, seules quelques secondes de télémesures peuvent être acquises sur la station de Hartebeshoek (en Afrique du Sud). A 10h06 UTC, la réception de la télémesure par la station de Kiruna (en Suède) met en évidence des perturbations caractéristiques d'une mise en autorotation du satellite. La vitesse de rotation élevée a été ensuite confirmée par l'analyse des signaux reçus par l'antenne de Kiruna lors du passage à 11h45 UTC.

A 13h30 UTC, toujours sur la station de Kiruna, les dernières lignes de télémesure disponibles ont été acquises. La perte de puissance à bord du satellite est survenue juste après, de manière définitive, à 13h31mn UTC.

 

SPOT 3 - Panne - Système de contrôle d'attitude - AOCS - SCAO - Dernières images - 14 novembre 1996 - Catalogue Geostore - Spot Image - CNES SPOT 3 - Panne - Système de contrôle d'attitude - AOCS - SCAO - Dernières images - 14 novembre 1996 - Catalogue Geostore - Spot Image - CNES

Les dernières images acquises le 14 novembre 1996 par SPOT 3 au-dessus de la Chine.
Copies d’écran d’une consultation du catalogue Geostore d’Airbus DS.

 

Plus de roue : un peu à plat…

C’est une avarie du système de contrôle d’attitude qui a empêché la poursuite de la mission opérationnelle de SPOT 3.

Dans son rapport publié en janvier 1997, la commission d’enquête sur la défaillance de SPOT 3 a conclu que la perte du système de contrôle d’attitude (AOCS ou SCAO pour Système de Contrôle d’Attitude et d’Orbite) avait été causée par les pannes successives de trois des six gyroscopes équipant le satellite. La mise en rotation rapide (jusqu’à 50° par seconde) n’ayant pas pu être stoppée suffisamment rapidement, le panneau solaire de SPOT 3 n’a plus fourni assez d’électricité pour recharger les batteries et le satellite a fini par perdre son alimentation électrique et la possibilité de communiquer avec le sol au bout de quelques heures.

Les calculs réalisés par le centre d'orbitographie opérationnel du CNES, à partir des données issues du réseau des stations de suivi du satellite Spot 3, ainsi que grâce aux informations fournies par le NORAD américain, et par les radars de trajectographie du bâtiment d'essais et de mesures de la DGA (le Monge), ont mis en évidence une perturbation de l'orbite du satellite (d'une dizaine de kilomètres sur le demi-grand axe).

Pour déterminer les causes de la panne, des essais ont également été réalisés sur deux bancs de simulation des satellites SPOT, installés au CNES et chez Matra Marconi Space (aujourd’hui Airbus Defence and Space), ainsi qu’un simulateur numérique utilisé pour le développement du contrôle d’attitude et d’orbite

 

Système de contrôle d'attitude et d'orbite - SCAO - Attitude and Orbit Control System - AOCS - Satellite - SPOT - Première génération - Gyroscopes - senseur soleil - senseur terre - Panne SPOT 3 - RCS - tuyères - propulsion

Architecture du contrôle d’attitude et d’orbite des satellites SPOT 1 à SPOT 3.
Figure adaptée d’un article paru dans « Automatic Control in Space 1982: Proceedings of the
Ninth IFAC/ESA Symposium ».
Attention : un petit chat s’est perdu dans le système de
contrôle d’attitude. Aidez-le à en sortir. Crédit : Gédéon

 

Lassé du lacet

Par souci de redondance, SPOT 3 était équipé de deux gyroscopes pour chacun des trois axes du contrôle d’attitude (roulis, tangage et lacet).

Deux des gyroscopes, le n°1 et le n°6 avaient déjà donné des signes de faiblesse. Le n°1 avait été mis hors service en février 1996 après 23000 heures de fonctionnement. Le n°6 est tombé en panne le 9 novembre 1996, après 30000 heures de fonctionnement. Depuis cette date, le pointage fin du satellite (MPF), le mode utilisé pour l’acquisition des images était assuré par les gyroscopes n°2, 3 et 4.

Tous les autres équipements du satellite, notamment les gyroscopes 3, 4 et 5, avaient un fonctionnement nominal.

Dans ce contexte, la cause primaire identifiée dans le rapport d’enquête est la défaillance du gyroscope n°2, celui qui mesure la vitesse angulaire autour de l’axe de lacet (axe Z), entraînant une saturation de la roue à réaction qui contrôle cet axe.

 

Lacet défait

Cette saturation, détectée par le logiciel de vol, a entraîné le passage du satellite en mode MAG (le Mode d'Acquisition Grossier) : c’est le mode de repli du satellite en cas d'anomalie du contrôle d'attitude : le pilotage s'effectue alors au moyen des tuyères de la propulsion et en utilisant toutes les mesures gyroscopiques disponibles.

 

Satellite - Orbite - Repère local - Roulis - Tangage - Lacet - Roll - Pitch - Yaw

Repère local et axes de roulis, tangage et lacet du satellite SPOT 3 sur son orbite.
Dessin de SPOT adapté du manuel de référence SPOT. Crédit image : Gédéon

 

Cercle vicieux

Au bout de trois minutes, le mode MAG et les capteurs dédiés ont a permis un pointage vers la terre et le passage en mode MAF 1 (le Mode d'Acquisition Fine). Le mode MAF 1 utilise les mêmes actuateurs et les mêmes senseurs que le mode MAG : il cherche à réorienter l'axe de tangage (axe X) du satellite par rotation autour de l'axe Z.

Malheureusement, à cause du mauvais fonctionnement du gyroscope n° 2, la rotation autour de l'axe Z a continué à vitesse incontrôlée, empêchant la convergence du mode MAF : avec des mesures gyroscopiques saturées, et un dépointage de l’axe Z, le logiciel de vol a déclenché le retour en mode MAG.

 

Calculateur débordé

Au retour dans le mode MAG, les valeurs de mesures gyroscopiques très élevées, incompatibles avec la plage de fonctionnement du logiciel de vol ont entraîné un débordement numérique (un peu comme #DIV/0! ou #N/A quand Excel voit rouge) et une inversion de signe des commandes calculées : cette commande a engendré une poussée des tuyères inverse à ce qu’il aurait fallu faire pour ralentir la rotation.

En fait, le logiciel de vol du satellite Spot 3 comprend un module de vérification de la cohérence des mesures provenant des gyroscopes. L'algorithme a été conçu pour identifier deux gyroscopes défaillants parmi les 6, ou un seul parmi cinq maintenus en service.

 

Trop d’inconnues, pas assez d’équations

Si un troisième gyroscope tombe en panne, l'algorithme détecte bien une incohérence des mesures mais n’est pas capable d'identifier le nouveau gyroscope défaillant. Faute de mieux, le logiciel de vol conserve le même triplet de gyroscopes utilisés pour le pilotage. En bref, le satellite Spot 3 a été conçu pour faire face à un maximum de deux pannes de voies gyroscopiques.

L’enquête a également établi que le gyroscope n°2 avait montré des signes de dégradations à partir de septembre 1996, mais suffisamment faibles pour ne pas permettre une détection en temps réel par les moyens au sol et donc une anticipation de la troisième panne d’un gyroscope.

 

Silence, on tourne…

L'autorotation du satellite s'est alors accélérée (jusqu'à 50°/s) et le mode MAG n'a pas convergé. Au bout du délai maximum fixé pour ce mode (2300 secondes en durée cumulée), le satellite est alors passé, « normalement », en mode survie.

Le mode de survie est le mode de repli ultime de sauvegarde du satellite : il consiste à pointer le satellite sur le soleil pour en garantir la puissance électrique à bord, et ainsi attendre et permettre une intervention du sol.

Mais la force centrifuge résultant de la mise en rotation de SPOT 3 avait déjà entraîné le blocage du moteur d'entraînement du générateur solaire, empêchant ainsi son orientation dans la bonne direction. Cette première condition du mode de survie n’étant pas remplie, le pilotage en survie n'a pas démarré.

La perte de contrôle de l'attitude était alors définitive, avec un générateur solaire mal éclairé par le soleil. La perte de puissance à bord était désormais irréversible et, cinq orbites après le passage en mode survie, le satellite SPOT 3 a été définitivement perdu.

 

Satellite - Acquisition des images - Pushbroom - Importance du contrôle d'attitude - panne SPOT 3 - SCAO - AOCS - manuel de référence SPOT

Importance de la qualité du contrôle d’attitude pour l’acquisition des images SPOT.
Les barrettes CCD de chaque instrument HRV acquièrent chaque pixel des colonnes de l’image.
C’est le défilement du satellite sur son orbite qui produit la deuxième dimension :
les lignes successives de l’image. Figure adaptée du Guide utilisateurs des données SPOT.
Le chat va vraiment se fourrer partout… Crédit image : Gédéon.

 

Retour d’expérience

Pour éviter qu’une telle panne ne se reproduise, la commission d’enquête a émis quinze recommandations portant sur les opérations et le suivi en orbite (par exemple faciliter la télécommande de certains organes critiques du satellite en mode de survie), sur la conception du système de contrôle d’attitude et sur les gyroscopes.

Le détail des recommandations n’a pas été rendu public.

Le satellite SPOT 4 a été lancé, de manière anticipée, le 23 mars 1998 par une fusée Ariane 40 (vol 107). D’une conception différente de SPOT 1 à 3, son système de contrôle d’attitude comprend 4 gyroscopes biaxes au lieu de six mono-axes.

SPOT 4 a été exploité opérationnellement jusqu’en janvier 2013. Il a ensuite été utilisé quelques mois pour l’expérience SPOT 4 Take 5, renouvelée avec SPOT 5 pour travailler sur le fonctionnement opérationnel du satellite Sentinel-2 de l'ESA, lancé le 23 juin 2015.

SPOT4 a été désorbité à partir du 29 juin 2013, SPOT 5 en fin d’année 2015.

Comme le satellite européen Envisat tombé, SPOT 3 n’a donc pas été désorbité. Ils font tous les deux partie des gros débris en orbite basse.

Pour information, voici les paramètres orbitaux au 20 mars 2016 des satellites de la famille SPOT. SPOT 1, SPOT 2, SPOT 4 et SPOT 5 ont été désorbités. SPOT 6 et SOPT 7 sont en opération sur une orbite plus basse, comme celle des satellites Pléiades.

 

Satellites SPOT - TLE - Paramètres orbitaux - Apogée - périgée - excentricité - panne SPOT 3 - orbit - orbite - désorbitation

Paramètres orbitaux (excentricité, apogée, périgée et période) des satellites de la famille.
Valeurs estimées à partir des éléments orbitaux disponibles sur le site Celestrak.com
à la date du 21 mars 2016. Crédit image : Gédéon

 

En savoir plus :

 

 

Repost 0
24 février 2016 3 24 /02 /février /2016 16:58

 

30 ans de SPOT - Un Satellite Pour Occuper Toulouse - Pléiades - Ville rose - Capitale spatiale européenne - Très haute résolution - CNES - Airbus DS

Le coeur de la ville de Toulouse vu par le satellite Pléiades en 2014.
Copyright CNES 2014, distribution Airbus DS

 

SPOT : 4 lettres… Savez-vous ce qu’elles signifient ?

Le timide « Système Probatoire d’Observation de la Terre » a progressivement pris de l’assurance et est devenu « Satellite Pour l’Observation de la Terre ». Développé essentiellement dans la ville rose, SPOT s’est aussi transformé en boutade : un « Satellite Pour Occuper Toulouse ».

C’est ainsi que les mauvaises langues traduisaient le sigle SPOT. Il est vrai que le programme SPOT a été proposé en 1976, l’année de la grève au Centre Spatial Toulousain, à un moment où les salariés du CNES s’inquiétaient de l’avenir de « l’usine à satellites » : les budgets affectés au programme spatial français diminuaient au profit des engagements européens.

 

« Un Satellite pour Occuper Toulouse » : des boutades comme celles-ci, on en veut tous les jours !

En 2016, la boutade est devenue une très belle réussite économique : Le satellite SPOT 1 a fait des petits, avec une longue descendance. Les deux satellites Pléiades livrent des images à très haute résolution. SPOT 6 et SPOT 7 confirment que SPOT est une marque renommée. Toulouse, capitale européenne du spatial : en bonne partie grâce à SPOT.

Les retombées sont impressionnantes, avec une industrie spatiale, des sociétés de service en observation de la Terre et des équipes de recherche de classe mondiale. Elles créent des emplois avec de beaux succès sur le marché export dans un environnement très concurrentiel.

 

30 ans de SPOT - Industrie spatiale française - Compétitivité - Leader mondial de l'observation de la Terre - Export - Retombées économique

Les retombées de SPOT 1 avant la désorbitation : en 2016, la France et son industrie spatiale
leaders de l’observation de la Terre sur le marché mondial. Crédit image : Gédéon.

 

Le programme SPOT a ainsi largement contribué à faire de Toulouse la capitale européenne du spatial. Un impact économique difficile à voir directement sur l’image satellite de Toulouse prise par Pléiades, encore moins sur celle prise par le satellite SPOT 1 en mai 1986, quelques semaines après son lancement et les premières images acquises juste après la mise en orbite.

 

SPOT 1 - Toulouse - 1986 - 30 ans de SPOT - Ville rose - Un Satellite pour occuper Toulouse

La ville de Toulouse vue par le satellite SPOT 1 en mai 1986. Extrait d’une image multispectrale
à 20 mètres de résolution. Notez la représentation en couleurs naturelles, pas si évident
sans bande spectrale dans le bleu. Copyright CNES 1986, distribution Airbus DS

 

La ville évolue, les satellites aussi…

On note bien sûr l’évolution technologique entre SPOT 1 (l’image présentée ici a une résolution de 20 mètres) et Pléiades (les images sont échantillonnées à 50 cm). Cela ne facilite pas toujours la comparaison et on aimerait avoir des images prises en 1986 avec 50 cm de résolution.

Néanmoins, l’évolution de la ville rose est évidente : l’urbanisation est spectaculaire. Autour de la ville, les terres agricoles à proximité immédiate de la ville ont cédé la place à de nouvelles zones habitées. En 2011, à l’occasion des 25 ans de SPOT, j’avais déjà écrit sut le blog Un autre regard sur la Terre un article sur l’évolution de Toulouse. Je le remettrai bientôt à jour avec les dernières images : il y a eu quelques changements…

 

Mission accomplie !

SPOT, c’est maintenant un « Succès pour l’Observation de la Terre à Toulouse ». Bien sûr, la compétition mondiale rappelle chaque jour que Toulouse ne doit pas s’endormir sur ses lauriers… SPOT ou encore : préparer l’avenir… Rassurez-vous… Le CNES et les industriels préparent déjà la relève avec THR NG (Très Haute Résolution de Nouvelle Génération) pour les besoins institutionnels français et d’autres satellites d’observation pour les marchés commerciaux et l’export…

 

A Toulouse, la place du Capitole vue par le futur satellite THR NG. Simulation réalisée
à partir de photographies aériennes. Crédit image : CNES

 

Les métiers et les emplois du spatial à Toulouse et en région Midi-Pyrénées

Bien sûr, on pense d’abord au développement de la société Spot Image, désormais Airbus DS GEO. Plus largement, la filière d’observation de la Terre a permis la création de centaines d’emplois dans la distribution des images satellites et dans les services associés. Toulouse et la région Midi-Pyrénées sont devenus le centre d’excellence européen en observation de la Terre avec un tissu dense et dynamique de laboratoires de recherche et de sociétés de services spécialisées.

Dans le domaine des satellites, le programme SPOT a été une étape clé pour le développement des deux grandes sociétés Françaises, Airbus Defence and Space et Thalès Alenia Space et leur tissu de partenaires et sous-traitants : Envisat, Hélios, Pléiades, Metop et les satellites d’observation vendus à l’export. Il y a aussi le pôle de météorologie qui utilise abondamment les données spatiales pour ses prévisions et les études du climat.

Au total, selon des chiffres publiés par le GIFAS et Eurospace, le nombre d’emplois liés au spatial en région Midi-Pyrénées est estimé à 13000, environ la moitié des effectifs français et le quart du total européen.

 

Rue des cosmonautes : peu de cosmonautes, beaucoup de satellites…

Sur l’image suivante, acquise par le satellite Pléiades en 2012, j’ai indiqué l’implantation de quelques industriels, organismes de recherche, PME et sociétés de services. On ne se refait pas : j’ai mis aussi la Cité de l’espace et l’association Planète Sciences Midi-Pyrénées. Ils travaillent dans le domaine de la culture scientifique, technique et industrielle (CSTI) mais l’espace en fait partie. 

 

Travailler dans l’espace…

 

30 ans de SPOT - Un Satellite Pour Occuper Toulouse - Pléiades - Ville rose - Capitale spatiale européenne - Les métiers du spatial - Emploi spatial - sites industriels - Airbus Defence and Space - Thales Alenia Space - Parc technologique du canal - Spot Image - Terranis - CLS - Magellium

Un peu de géographie de l’espace à Toulouse. Infographie : Gédéon. Image de fond acquise
par le satellite Pléiades. Copyright CNES 2012 – Distribution Airbus DS

 

La liste est loin d’être exhaustive et ne mentionne pas les entreprises ou laboratoires à l’extérieur de Toulouse, comme M3Systems (à Lavernose-Lacasse) ou Mersen Boostec (à Bazet dans les Hautes-Pyrénées). Il y a des dizaines de PME spécialisées qui travaillent dans le spatial Toutes mes excuses à ceux que je n’ai pas pu mentionner sur cette carte. Envoyez-moi un petit message si vous voulez que j’ajoute quelque chose pour la prochaine mise à jour.

 

Des métiers à tisser…

Concernant les métiers du spatial, qui ont quelques caractéristiques originales, liées à la spécificité des satellites, je vous renvoie aux articles écrits sur le blog Un autre regard sur la Terre à l’occasion de la Novela et de « l’espace des métiers » organisé par Planète Sciences Midi-Pyrénées à la Cité de l’espace.

 

Eté 1976, une année de canicule qui jette un froid

Souvenirs, souvenirs… A cette époque, le CNES est installé depuis moins de dix ans à Toulouse. Les images de l’époque montrent que le site s’est considérablement développé mais, après Symphonie et le premier satellite Meteosat, la fin des années 70 est une période difficile.

 

 

Le site du CNES au début de l’aventure spatiale à Toulouse. Ce n’est pas une image SPOT
mais une photographie prise d’avion en 1965. Si, si, c’est bien là où est installé le CST en 2016.
Pas de sol martien mais la circulation est plus fluide…

 

Philippe Delclaux a bien connu la période du Satellite Pour Occuper Toulouse : « il y a un fond de vrai quand on se rapporte aux évènements de 1976 : le CNES traverse alors une grande crise budgétaire, la majorité de ses financements partant vers l'ESA pour alimenter le programme Ariane qui était dans sa phase la plus coûteuse. La direction du CNES décide alors une campagne de licenciements, en frappant tout azimut, au hasard : des directeurs, des chefs de département, des ingénieurs, etc.

Résultat (manifestement téléguidé) : une grève générale qui dura plus d'un mois, avec des manifestations spectaculaires comme le blocage du départ des avions à Blagnac (à l'époque, il était plus simple de pénétrer sur les pistes). Ce mois de grève aura donné naissance à une effervescence d'initiatives, avec un côté soixante-huitard (Lip n'était pas très loin), des membres de la hiérarchie organisant la réflexion pour proposer des solutions alternatives. Est-ce que SPOT est sorti de là ? Je ne saurais le dire avec certitude, mais il est certain que beaucoup de ceux qui ont organisé et participé à ces réflexions se sont retrouvés dans les équipes projet SPOT deux ans plus tard ».

Aline Chabreuil se rappelle aussi très bien de la grève au CNES, vue de Paris : « C’était un mouvement dur : pendant que nos collègues de Toulouse envahissaient les pistes de Blagnac, une équipe du siège du CNES, alors rue de l'université, est allée rencontrer les députés à l'assemblée nationale pour leur transmettre un document résumant les positions du personnel sur les projets parfaitement faisables ».

Résultats : le plan de licenciement est abandonné. Démission du Directeur Général (Michel Bignier), démission du Président (Maurice Lévy qui avait été en première ligne pour le plan de licenciement).

 

L'émergence d'un programme national d'Observation de la Terre

« Mission est donnée à Yves Sillard, le nouveau directeur, et à Hubert Curien, le nouveau président, de faire immédiatement un dossier de programmes ambitieux mais.... réalistes.  Celui de SPOT était « presque prêt ». Jugé trop cher, nous avons dû revoir notre copie et débarquer l’instrument MRVIR jugé trop compliqué. En échange, deux instruments HRV au lieu d'un... »

 

Jean-Claude Cazaux, qui a participé à l’aventure SPOT depuis le début se souvient : «  Chaude cette période… J’avais passé ma thèse à la fac en 1974. Pas de poste de prof à Toulouse. Pourquoi pas une année au CNES. Fin 1975, la fac me demande de revenir ou alors je perds mon parachute : je choisis de rester au CNES… Mauvais plan : 6 mois après, annonce d’un plan de licenciement ! Les derniers entrés, premiers sortis ? Il faisait chaud au propre comme au figuré ». Jean-Claude continue : « nous étions peu nombreux à travailler sur le dossier : Morel, Jean-Claude Husson, Michel Cazenave, Yves Trempat. Hiver 1978, il fait froid : tous les samedis matin, séance de remontage de bretelle dans le bureau d’Husson, sans chauffage ! Et la tournée de Michel Cazenave en Europe pour chercher des partenaires, l’ESA ne croyant pas beaucoup à notre projet. »

 

En savoir plus :

 

Repost 0
22 février 2016 1 22 /02 /février /2016 10:53

 

30 ans de Spot - anniversaire SPOT 1 - Lancement - Ariane 1 - V16 - Kourou - CSG - Arianespace - 22 février 1986

Février 1986 : à Kourou, décollage de la fusée Ariane V16. A bord, SPOT 1 et Viking.
Au Centre Spatial Guyanais, il est 22h44. A Paris, Stockholm et Toulouse, c'est déjà le 22 février.
Crédit image : Arianespace 1986

 

Happy Birthday !

22 février 1986. Il faut veiller tard pour suivre le lancement : à 2h44 du matin (heure de Paris), la fusée Ariane V16 s’envole de Kourou.

Après l’échec du vol V15 en septembre 1985, tout le monde retient son souffle…

C’est le dernier vol de la fusée Ariane 1, la première mission vers une orbite polaire avec un passager de marque : sous la coiffe, SPOT 1, le premier satellite français d’observation de la Terre, réalisé en coopération avec la Belgique et la Suède.

SPOT 1 est accompagné du satellite suédois Viking.

A Toulouse, plus de mille personnes assistent à ce lancement. 14 minutes et 39 secondes plus tard, soulagement... C’est un succès : le satellite SPOT 1 se sépare du troisième étage de la fusée Ariane. Le système de contrôle d'attitude du satellite commence à le stabiliser et à l'orienter dans la bonne direction (instruments vers la Terre).

Il faut attendre encore 25 minutes pour le déploiement du panneau solaire, une opération délicate : il faut le sortir de sa boite... Là aussi, tout se passe bien. La charge utile est mise sous tension juste après. La station de contrôle de Katshura au Japon reçoit les signaux successifs confirmant les bonnes nouvelles. Champagne ! 

La France et ses partenaires rejoignent le club très fermé des nations disposant de leur propre capacité d’observation spatiale.

 

30 ans SPOT 1 - Anniversaire Toulouse - Retransmission lancement - Université Paul Sabatier - Succès - Pot - Cité de l'espace - CNES - Matra - Spot Image

SPOT 1, le premier satellite d'observation de la Terre construit par la France en partenariat avec
la Suède et la Belgique, est en orbite. Cela se fête. Ici, à l'Université Paul Sabatier, à Toulouse,
où de nombreux acteurs du projet étaient réunis pour suivre le lancement.
Où est Charlie ? Savez-vous les reconnaître ? Crédit image : CNES

 

Astérix chez les Vikings

En Suède aussi, le succès du lancement est fêté. Une double fête. La mise en orbite du satellite Spot mais aussi celle du satellite suédois Viking.

 

30 ans SPOT 1 - Satellit Bild - Lancement Spot - Viking - Premier satellite suédois - Ariane V16

Double fête chez Satellit Bild en Suède : le succès du lancement de Spot 1 et celui
du satellite Viking. Crédit image : Satellit Bild

 

Viking est le premier satellite artificiel suédois. Sa mission est scientifique : étudier les interactions entre le vent solaire et la magnétosphère terrestre. Pas très surprenant au pays des aurores boréales… Viking est placé sur une orbite très elliptique (814 km d’altitude au périgée, 13530 à l’apogée). Viking pèse 530 kg. Ses panneaux solaires délivrent une puissance de 85 W.

Le satellite SPOT 1 est plus gros que Viking. Sa masse au lancement est de 1830 kg. Son panneau solaire de près de 16 mètres d’envergure fournit une puissance maximale de 1300 W en début de vie. SPOT 1 est "très approximativement" un parallélépipède de 2 mètres x 2 mètres x 3,5 mètres.

 

SPOT 1 - 30 ans - anniversaire - 1986-2016 - 22 février - SPOT 1 en orbite - Vue d'artiste - CNES - Matra - Spot Image

Vue d'artiste du satellite SPOT 1 en obrite. Crédit image : CNES

 

La charge utile de SPOT 1 est constituée de deux instruments identiques HRV (Haute Résolution Visible) travaillant à la fois en mode panchromatique et en mode multispectral (vert, rouge et proche infra-rouge). Un miroir pivotant peut orienter la direction de visée de chaque instrument de ±27° par rapport au nadir (direction du centre de la Terre). Chaque instrument pèse 250 kg. Les images acquises peuvent être transmises en direct (2 x 25 Mbits/s) ou mises en mémoire sur un enregistreur à bande (22 minutes d'enregistrement dans chaque mode).

L’orbite de SPOT 1 est circulaire, héliosynchrone, à une altitude de 830 km à l’équateur, avec une inclinaison de 98,7°. SPOT 1 la parcourt en 101,4 minutes.

 

Premières orbites avant une vraie révolution

La réussite du lancement de SPOT 1 est le début d’une belle aventure et l’aboutissement d’un travail amorcé au début des années 70 : dès 1973, le CNES crée le GDTA, Groupement pour le Développement de la Télédétection Aérospatiale. Un avant-projet de satellite d’observation est étudié au Centre Spatial de Toulouse en 1974.

Proposé à l’Agence Spatiale Européenne, le projet n’est pas retenu. La Belgique et la Suède s’associent à la France.

L’engagement effectif du programme Spot est décidé en février 1978. Le 19 juillet 1982, la société Spot Image est créée pour commercialiser les images SPOT, suivie, six mois après, de sa filiale américaine. En septembre 1985 démarre l’installation du CRIS (Centre de Rectification des Images Spatiales), un maillon important du système SPOT. Tout est prêt pour recevoir et commercialiser les premières images.

 

Lancement du satellite SPOT 1 : revue de presse toulousaine

La presse a tout de suite compris l’importance de l’évènement, non seulement le retour en vol de la fusée Ariane mais surtout la mise en orbite du premier satellite d’observation de la Terre fabriqué en Europe.

L’annonce du lancement et celle de la mise en orbite réussie du satellite SPOT 1 occupent par exemple la une du journal La Dépêche du Midi avec, dans les jours qui suivent des pages entières consacrées à SPOT. Le journal toulousain consacre plusieurs articles au « Satellite Pour Occuper Toulouse ».

Il y a même des grands encarts publicitaires du CNES et de l’IGN. Dans les semaines suivantes, des articles et des photos seront publiés dans plusieurs magazines.

Voici une petite revue de presse des articles parus dans la Dépêche du Midi en février 1986. Si vous avez d’autres articles, n’hésitez pas à me contacter : je cherche à compléter ma collection.

 

spot satellite toulousain vainqueurs de Spot images à vendre Spot le triomphe Spot sur orbite Hip Hip Ariane Photographier la Terre Objectif Terre Magnifique Ariane Les réactions Hip Hip Ariane 2 Le CNES voit loin Pub IGN

La revue de presse du lancement du satellite SPOT 1. Série d’articles parus dans la Dépêche du Midi
en février 1986. Cliquer sur les articles pour les agrandir.

 

Une information à noter : les journalistes citent le bon état de santé du satellite SPOT 1 mais indiquent qu’on ne verra pas ses images avant plusieurs jours. Ils se trompent… Les premières images acquises par SPOT 1 seront publiées en un  temps record !

 

Anniversaire à la Cité de l'espace

Pour célébrer l'anniversaire d'un évènement qui a particulièrement marqué la communauté spatiale toulousaine, le CNES et ses partenaires industriels organisent à la Cité de l'espace une soirée spéciale avec une conférence "30 ans d'observation de la Terre par satellite" et une exposition de 30 images qui ont marqué l'histoire des satellites Spot.

 

En savoir plus :

 

 

La vidéo du lancement du satellite SPOT 1. Crédit images : CNES

 

 

Repost 0
15 février 2016 1 15 /02 /février /2016 08:56

C’était le dernier lancement de l’année 2015. Le 28 décembre 2015, à 16:04 UTC, une fusée chinoise Chang Zheng 3B décollait de Xichang pour mettre en orbite le satellite Gaofen-4.

Un drôle de gros oiseau d'une masse de 4,6 tonnes : un satellite d’observation de la Terre sur une orbite géostationnaire, prévu pour une durée de vie de 8 ans.

 

Gaofen-4 - Everest - Observation de la Terre en orbite géostationnaire - satellite chinois - GEO

Une des premières images du satellite chinois Gaofen-4 : l'Everest vu depuis l'orbite géostationnaire.
Image acquise le 11 janvier 2016
. Crédit image : SASTIND

 

Il est haut le LEO ? Non, il est bas…

La plupart des satellites d’observation optiques sont mis sur des orbites basses, entre 600 et 900 km d’altitude, quasiment polaires et souvent héliosynchrones pour observer la Terre dans les mêmes conditions d’éclairement à chaque passage au-dessus d’une même région. Tous les satellites de la famille Spot, les deux satellites Pleiades, les missions Sentinel de Copernicus, Aqua et Terra, Landsat 8, les satellites Worldview sont sur des orbites LEO (pour Low Earth Orbit).

Ils « défilent » le long de leur orbite à une vitesse de l’ordre de 27000 km/h (7500 m/s) et, comme sur une photocopieuse, c’est le déplacement d’un capteur dans le sens de ce mouvement qui produit l’image.

Les meilleurs instruments des satellites civils, ceux à très haute résolution, produisent ainsi des images avec une résolution de quelques dizaines de centimètres sur un champ assez étroit (de quelques kilomètres à quelques dizaines de kilomètres). Pour d’autres instruments, on privilégie la revisite (la capacité de repasser rapidement au-dessus de la même région) avec un champ plus large et une résolution plus grossière : OLI sur Landsat 8 et MSI sur Sentinel-2 fournissent des images de plusieurs centaines de kilomètres de fauchée et une résolution de quelques dizaines de mètres (de 10 à 60 mètres selon les bandes spectrales).

 

Gaofen-4 - Pékin - Beijing - Smog- Observation de la Terre en orbite géostationnaire - satellite chinois - GEO - Janvier 2016

Deux images de la région de Pékin (Beijing) prise par le satellite Gaofen-4.
A gauche, une image prise le 21 janvier 2016, avec une épaisse couverture dans smog.
A droite, une image du 25 janvier, avec une atmosphère plus claire. Crédit image : SASTIND

 

GEO c’est cool aussi…

Il existe déjà des instruments d’observation embarqués sur des satellites géostationnaires, à une altitude d’environ 35800 km,  la verticale de l’équateur, la seule orbite qui donne une position apparemment fixe par rapport à la Terre. Ce sont surtout des instruments de météorologie comme ceux des satellites Meteosat d’Eumetsat ou des GOES américains.

Il y a aussi l’instrument GOCI à bord du satellite coréen COMS, un instrument de mesure de la couleur de l’eau (GOCI = Global Ocean Color Imager). Dans les deux cas, la résolution reste assez moyenne, entre 250 mètres et 1000 mètres.

A ma connaissance, Gaofen-4 est le premier satellite d’observation de la Terre depuis l’orbite géostationnaire (GEO) dont les images ont une résolution de l’ordre de 50 mètres.

 

Gaofen-4, l’observation permanente à 50 mètres de résolution

Cela peut paraître très modeste mais c’est une première : le grand avantage de l’orbite géostationnaire est l’observation permanente ou à une fréquence très élevée. Il est possible qu’il puisse faire des séquences vidéo ou des pseudo-vidéos, sans changement de point de vue (impossible avec un satellite sur une orbite à défilement). La Chine annonce pouvoir prendre des images toutes les minutes.

Evidemment, la résolution se dégrade quand on s’éloigne de l’équateur. Elle est inexploitable aux latitudes élevées. La résolution de dégrade également quand on dépointe l’axe de visée vers l’ouest ou vers l’est.

D’après ce que j’ai pu lire, Gaofen-4 serait positionné à la longitude 110°E, pratiquement à la verticale de singapour, permettant ainsi de couvrir toute la Chine (sauf la partie nord) et l’Asie du sud-est mais aussi l’Inde, l’Australie et une partie de l’Océan Indien et de l’Océan Pacifique.

Au cours de la journée, Gaofen-4 fournit des images en couleurs à 50 mètres de résolution. Il embarque aussi un instrument infrarouge thermique pour l’observation nocturne (par exemple pour le suivi des grands incendies). Dans ce cas, la résolution des images est de 400 mètres.

L’exemple suivant, même si la qualité de l’image publiée n’est pas très bonne, illustre à la fois la capacité d’observation nocturne et l’observation répétée à cadence élevée.

 

Gaofen-4 - Série temporelle - Revisite - Incendies en Australie - Observation de la Terre en orbite géostationnaire - satellite chinois - GEO - Janvier 2016

Les incendies en Australie au mois de janvier 2016 : séquence d’images au-dessus d’une même
zone prises dans l’infrarouge thermique par le satellite Gaofen-4. Les images sont acquises toutes
les 5 minutes. Crédit image : SASTIND

 

7000 km : c’est long à pied, surtout par la Chine…

Depuis son poste d’observation Gaofen-4 peut s’orienter et pointer son télescope pour couvrir une région d’environ 7000 km sur 7000 km. 49 millions de km2 en Asie, qu’il s’agisse de terres émergées ou d’océan.

Chacune des images couvre un champ de 400 km de côté (160000 km2). Elles seraient donc acquises par un détecteur ou plutôt un assemblage de détecteurs de 8000 par 8000 pixels, soit l’équivalent d’un très bel appareil photo de 64 mégapixels ? Plus probablement, les images sont elles-mêmes construites par mosaïquage de vignettes élémentaires de taille plus réduite (par exemple 1000 x 1000 ou 2000 x 2000 pixels).

Les images illustrant cet article ont été publiées début février par le SASTIND (State Administration of Science, Technology and Industry for National Defence).

Le satellite est développé par le consortium CASC (China Aerospace Science & Technology Corporation) et les moyens sols sont sous la responsabilité du CRESDA (Centre for Resources Satellite Data and Application).

Les applications annoncées concernent les affaires civiles, les forêts, les tremblements de Terre et la gestion des catastrophes naturelles, la prévision du temps.

Les lecteurs du blog Un autre regard sur la Terre savent bien que, dans le cas des catastrophes naturelles, une des contraintes d’utilisation des satellites en orbites basse est la difficulté à garantir l’acquisition d’images avec un délai très court. Les services opérationnels comme la Charte Internationale Espace et Catastrophe Majeures ou le Copernicus Emergency Mapping Service (EMS) contournent les lois de la mécanique spatiale en multipliant le nombre de satellites utilisés.

Même si la résolution de Gaofen-4 est insuffisante pour fournir des images utiles en zone urbaine (la résolution métrique ou submétrique est nécessaire), ce satellite d’observation depuis l’orbite géostationnaire est un premier élément de réponse à l’observation réactive. C’est aussi un excellent outil de surveillance et il ne fait aucun doute que, malgré la résolution encore modeste, Gaofen-4 sera utilisé pour des missions de surveillance voire de défense, par exemple pour observer les déplacements de gros navires ou le sillage de navires rapides, ou de détection de changement.

 

Gaofen-4 - Delta du fleuve jaune - Observation de la Terre en orbite géostationnaire - satellite chinois - GEO - Janvier 2016 Gaofen-4 - Zhu Jiang - Rivière des perles - Delta - Observation de la Terre en orbite géostationnaire - satellite chinois - GEO - Janvier 2016

Le delta du fleuve jaune et celui du Zhu Jiang (la rivière des perles) vus par le satellite
d’observation géostationnaire Gaofen-4. Crédit image : SASTIND

 

En famille

Gaofen-4 fait partie du programme CHEOS (China High-Resolution Earth Observation System), présenté par la Chine comme un programme dual, servant à la fois des utilisateurs civils et militaires.

Les satellites Gaofen-1, 2, 3 , 5 et 8 ont déjà été lancés et mis en orbite basse. Ils emportent différents instruments, optiques ou radar.

Ils sont complétés par la famille des satellites Jilin à plus haute résolution (80 cm pour Jilin-1 lancé en octobre 2015). La Chine a annoncé vouloir lancer 138 petits satellites  d’ici 2030, pouvant survoler chaque point de la Terre toutes les 10 minutes : mettre en place une constellation massive est la seconde possibilité d’augmenter la fréquence de passage au-dessus de n’importe quel point de la surface terrestre.

 

Gaofen-4 - Tibet - Namtso Lake - Observation de la Terre en orbite géostationnaire - satellite chinois - GEO

Au Tibet, le lac Nmatso vu depuis l'orbite géostationnaire par le satellite chinois Gaofen-4.
Image acquise le 11 janvier 2016

 

Et après…

Le critère de Rayleigh, présenté dans un article sur la résolution des satellites d’observation, décrit comment le phénomène de diffraction limite la performance d’un instrument d’observation. Cette formule simple indique que pour augmenter la résolution angulaire, il faut augmenter le diamètre de l’instrument. La finesse des détails visibles décroit aussi quand la longueur d’onde augmente, par exemple dans l’infrarouge thermique.

En appliquant la formule de Rayleigh, on peut estimer que, à  35800 km d’altitude, l’instrument de Gaofen-4 doit avoir un miroir de l’ordre de 100 à 110 cm de diamètre (pour fournir une résolution de 20 mètres à 0,5 µm de longueur d’onde).

C’est certainement une première étape avant de réaliser un miroir de plus grande taille. Dans certains papiers présentés par des chinois, on parle même d’un miroir de 20 mètres de diamètre. Beaucoup plus que Hubble (2,4 mètres) où même que le James Webb Space Telescope alias JWST (6,5 mètres environ de diamètres composé de dix-huit segment de 1,30 mètres) dont on vient d’assembler le dernier segment. Est-ce réaliste ?

En Europe Airbus Defence and Space, travaille sur GO3S, un concept de système d’observation en orbite géostationnaire utilisant un miroir d’environ 4 mètres de diamètre et permettant de produire des images avec 3 mètres de résolution au-dessus de l’équateur.

 

Gaofen-4 - Barrage de Xiaolangdi - reservoir - Observation de la Terre en orbite géostationnaire - satellite chinois - GEO - Janvier 2016 Gaofen-4 - Dunhuang - Province de Gansu - Observation de la Terre en orbite géostationnaire - satellite chinois - GEO - Janvier 2016

A gauche, le barrage de Xiaolangdi sur le fleuve Jaune vu depuis l'orbite géostationnaire par le satellite
chinois Gaofen-4. A droite, Dunhuang dans la province de Gansu,
sur la route de la soie, à l'est du désert du Taklamakan. image acquise le janvier 2016 
Crédit image: SASTIND

 

Le choix des premières images publiées, avec l'Australie, le Tibet et l'Everest, n'est certainement pas anodin.

 

En savoir plus :

 

 

 

 

 

 

 

 

Repost 0
31 janvier 2016 7 31 /01 /janvier /2016 09:24

 

Calendrier spatial - 2016 - Sentinel-2 - ESA - Copernicus - Tour du monde - 12 étapes - 5000 orbites - Un autre regard sur la Terre - Gédéon

Le calendrier 2016 du blog Un autre regard sur la Terre : un tour du monde en douze étapes
avec des images du satellite Sentinel-2. Infographie Gédéon.
Crédit image : Copernicus / ESA / Commission Européenne

 

J’ai mis un peu de temps à trouver le fil conducteur pour le calendrier 2016 du blog Un autre regard sur la Terre. Il était de temps de décider : février arrive...

C’est fait : après les belles photographies prises par les astronautes de l’ISS en 2015, voici en 2016 les images du satellite Sentinel-2.

Je vous propose un tour du monde en 12 étapes (et plus de 5000 orbites autour de la Terre) pour découvrir ou redécouvrir des  lieux étonnants ou magnifiques.

Les premiers articles du blog Un autre regard sur la Terre étaient illustrés par des images de l’instrument MERIS du satellite Envisat. Il est tout naturel que Sentinel-2A, le tout nouveau satellite développé par l’Agence Spatiale Européenne (ESA) pour le programme européen Copernicus, soit mis à l’honneur en 2016. Lancé le 23 juin 2015, Sentinel-2A a fourni ses premières images quelques jours plus tard. La recette en vol est désormais achevée et les images acquises chaque jour sont disponibles sur le site Sentinel Data Hub de Copernicus. C’est là que j’irai chaque mois trouver une nouvelle illustration pour le calendrier mensuel.

J’espère que cette modeste contribution permettra de faire connaître les performances et les possibilités d’utilisation de ce satellite optique. J’espère aussi qu’il vous donnera envie d’utiliser ses images en classe comme outil pédagogique pour des activités ou des projets en support à l’enseignement des sciences.  Les images multispectrales à 10 et 20 mètres de résolution et à large fauchée sont accessibles librement et la revisite actuelle de 10 jours (qui passera à 5 jours lorsque Sentinel-2B rejoindra son aîné en orbite).

 

Lait UHT, beau UHD

Un détail : les images du calendrier seront publiées en format 1920 x 1080. C'est le format de la TVHD : n'hésitez pas à les regarder sur votre téléviseur grand format, l'effet est assez spectaculaire... Je mettrai parfois aussi une version UHD (format 4K) : c'est un format qui commence à se démocratiser et, en attendant la diffusion TV en 4K, admirer des photographies sur un tel écran est vraiment bluffant !

 

Désert Namib : pas très numide

L’image qui illustre la couverture du calendrier 2016 est toute fraîche. Elle a été prise par l’instrument MSI du satellite Sentinel-2A le 26 janvier 2016.

Nous sommes dans l’hémisphère sud, presque exactement au niveau du tropique du Capricorne, à 23,5° de latitude sud. L’image du satellite Sentinel-2 montre une partie du désert Namib, au sud-ouest de la Namibie.

Le désert occupe presque 81000 km2, sur 1500 km le long de la côte atlantique. Les rares cours d’eau sont souvent à sec. Les parties les plus arides ne reçoivent que 2 mm de précipitations par an. Les couleurs rouges de certains sols témoignent de la présence d’oxyde de fer.

Sur l’image choisie pour la couverture du calendrier 2016, la rivière Kuiseb, également intermittente malgré une longueur de plus de 500 km, matérialise une frontière très nette entre l’immense zone de dunes, au sud, et la zone rocheuse au nord.

 

Sentinel-2A - Namibie - satellite - désert - dunes - 26 janvier 2016 - ESA - Copernicus Sentinel-2A - Namibie - satellite - désert - dunes - 26 janvier 2016 - ESA - Copernicus

La Namibie vue depuis l’espace : deux extraits en pleine résolution de l’image Sentinel-2A prise
le 26 janvier 2016 à 8h52 UTC. Composition colorée en couleurs naturelles combinant les canaux 2, 3 et 4 ré-échantillonnés à 10 mètres. Crédit : ESA / Copernicus / Commission Européenne.
Traitement de rehaussement de contraste : Gédéon

 

Toujours pas une dune

Certaines des dunes sont parmi les plus hautes dunes du monde (après celles du désert Badain Jaran en Chine) : elles peuvent atteindre 300 mètres de hauteur. Un peu plus au sud, la région de Sossusvlei a déjà fait l’objet d’un quiz sur le blog Un autre regard sur la Terre. Il s’agissait alors d’une image prise par le satellite Landsat 8.

 

Chaud dedans

Fin janvier, au moment où sentinel-2A survole le désert de Namibie, c’est le cœur de l’été : la température diurne peut atteindre 45°C. Au niveau de la côte atlantique, le courant de Benguela avec ses eaux froides venant du sud de l’Afrique maintient un climat relativement frais toute l’année, avec des températures de 9°C à 20°C, et des conditions désertiques à l’intérieur du pays. Ce contraste entre le courant froid et l’air chaud des cellules de Hadley entraîne aussi des brouillards fréquents apportant un peu d’humidité sur la bordure côtière.

 

Sentinel-2 - Namibie - Désert - ESA - Copernicus

La Namibie vue depuis l’espace : une vue d’ensemble fortement sous-échantillonnée.
Composition colorée en couleurs naturelles combinant les canaux 2, 3 et 4 ré-échantillonnés à 10 mètres. Crédit : ESA / Copernicus / Commission Européenne.
Traitement de rehaussement de contraste : Gédéon.

 

Le coup de la panne

Calendrier spatial oblige, chaque mois, je ferai comme en 2015 un rapide bilan des lancements du mois précédent. Je ne reviendrai pas en 2016 sur les dates anniversaires de la conquête spatiale : je vous renvoie au calendrier 2015

Par contre, j’ai décidé de passer en revue en 2016 quelques incidents, pannes ou accidents qui ont jalonné l’histoire spatiale : accidents du Space Shuttle, panne d’un moteur d’apogée de satellite géostationnaire ou gel du système de propulsion d’une sonde d’exploration, etc.

 

L'espace, le grand défi...

Qu’ils aient une issue heureuse avec parfois une opération de sauvetage incroyable ou des conséquences dramatiques avec des pertes humaines, ces épisodes sont une occasion d’en savoir un peu plus sur le caractère très particulier du spatial et sur les métiers de ceux qui ont la chance de travailler sur des projets spatiaux.

J'espère que les articles à venir vous convaincront que revenir sur ces épisodes malheureux est une bonne idée...

 

En savoir plus :

 

 

 

Repost 0

Présentation

  • : Un autre regard sur la Terre
  • Un autre regard sur la Terre
  • : Les satellites d'observation de la Terre au service de l'environnement : images et exemples dans les domaines de l'environnement, la gestion des risques, l'agriculture et la changement climatique. Et aussi, un peu d'espace et d'astronomie, chaque fois que cela suscite questions et curiosité...
  • Contact

A Propos De L'auteur

  • Gédéon
  • Ingénieur dans le domaine de l'observation de la Terre.
Bénévole de l'association Planète Sciences Midi-Pyrénées
  • Ingénieur dans le domaine de l'observation de la Terre. Bénévole de l'association Planète Sciences Midi-Pyrénées

Rechercher

En Savoir Plus Sur Ce Blog...