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23 avril 2016 6 23 /04 /avril /2016 08:24

 

Tchernobyl - Chernobyl - 30 ans - 26 avril 1986 - Catastrophe nucléaire - Explosion réacteur n°4 - Pléiades - Arche de confinement - Chantier - Ukraine

Accident de la centrale nucléaire de Tchernobyl : le chantier de l'arche de confinement du réacteur n°4
vu par le satellite Pléiades 1B. Extrait d’une image acquise le 27 mars 2016 à 9h26 UTC,
pivoté de 90° par rapport à l'orientation d'origine (direction nord à gauche de l'image).
Copyright CNES 2016 – Distribution Airbus DS

 

Tchernobyl : à ce jour, la pire catastophe du nucléaire civil

Une image très spectaculaire... Elle est extraite d'une image prise par le satellite Pléiades en mars 2016. Elle montre que cet accident est toujours d'actualité en 2016, 30 ans après l'évènement. Dans le nucléaire, la demi-vie, ça peut durer longtemps ...

26 avril 1986 (ou 25 avril en temps universel) : le réacteur n°4 de la centrale de Tchernobyl explose… La fusion du cœur déclenche une importante pollution radioactive de l’environnement.

La catastrophe touche l’ensemble du continent européen à des degrés divers. Avant l’accident de Fukushima en 2011, c’est le seul accident nucléaire classé au niveau 7 sur l’échelle de l’INES (échelle internationale des événements nucléaires).

En 1957, l’explosion à l’usine de retraitement de Kychtym en URSS correspondait au niveau 6 actuel. Le 28 mars 1979, La fusion partielle du cœur du réacteur no 2 (TMI-2) à Three Mile Island, en Pennsylvanie aux Etats-Unis relevait de la classe 5.  Destinée à l'information du public et des médias, l'échelle INES est plus un outil de communication qu'une véritable échelle de mesure scientifique.

Ironie de l'histoire, c'est un essai destiné à vérifier l'alimentation de secours du système de refroidissement du réacteur qui est à l'origine de plusieurs erreurs humaines ayant entraîné la catastrophe...

A 16 km de la frontière sud du Bélarus, à 670 km au sud-est de Moscou, quatre réacteurs de type RBMK-1000 étaient en service et deux autres étaient en construction.

 

Derrière le rideau de fer…

A 110 km au nord-ouest de Kiev, aujourd’hui en Ukraine, la centrale est à l’époque en URSS. Aucune information officielle n’est publiée immédiatement. Même Gorbatchev, à Moscou, semble ne pas avoir un vision complète de la situation.

Bon... Question frontières et rideau de fer, les plus âgés savent que l’information des populations a « connu des ratés » : en France, on se souvient de la controverse concernant le nuage radioactif qui serait resté à l'écart du territoire français et la validité des informations communiquées par le SCPRI (Service central de protection contre les rayonnements ionisants) et le professeur Pellerin.

C'est la Suède qui donne l’alerte le 28 avril au matin, après avoir détecté un niveau de radioactivité anormal sur son territoire.

Lancé 2 mois plus tôt, le 22 février 1986, SPOT 1, qui termine sa recette en vol, est programmé pour fournir en urgence des images de la centrale accidentée. La première image panchromatique est acquise le 1er mai, reçue et traitée à Kiruna en Suède.

 

« Quelque part au nord de l’Ukraine » : Vous n'avez rien de plus précis ?

Gérard Brachet, alors PDG de Spot Image, se souvient du moment où il est décidé de faire appel à SPOT 1 : « Au moment où l’alerte est donnée, j’étais en déplacement à Washington chez Spot Image Corporation. J’ai immédiatement appelé les bureaux de Toulouse pour demander une programmation prioritaire du satellite SPOT 1. Nous ne savions pas exactement où était la centrale. On ne parlait pas encore du village de Tchernobyl. Pour cette raison, il a été choisi de réaliser une acquisition double avec les deux instruments HRV pour couvrir une largeur de 117 km sur une longueur de 500 km au nord de Kiev ».

Apparemment, les grands esprits se rencontrent : Satimage, le partenaire suédois de Spot Image, demande également une programmation de SPOT pour en savoir plus sur l’origine de la pollution radioactive.

La première opportunité d’acquisition est le 1er mai 1986, deux jours plus tard. Il fait un temps magnifique au-dessus de l'Ukraine. Une image panchromatique sans nuages à 10 mètres de résolution est acquise à 9:07 UTC et reçue à Toulouse et à Kiruna le jour même.

 

Tchernobyl - Chernobyl - 30 ans - 26 avril 1986 - Catastrophe nucléaire - Explosion réacteur n°4 - Première image du satellite SPOT - 1er mai 1986 - Catalogue Geostore Tchernobyl - Chernobyl - 30 ans - 26 avril 1986 - Catastrophe nucléaire - Explosion réacteur n°4 - Première image du satellite SPOT - 1er mai 1986 - CatalogueGeostore - Métadonnées

La première image SPOT 1, acquise en mode panchromatique le 1er mai 1986 à 9h07 UTC.
La résolution est de 10 mètres. La visée est assez verticale: l'angle d'incidence est de -8,32°.
Le signe - indique que le satellite est alors à l'est du point visé.
Informations extraites du catalogue Geostore d’Airbus DS

 

Fête du travail : muguet et champignons...

1er mai ? A l’époque, les mécanismes d’astreinte mis en place aujourd’hui pour l’imagerie d’urgence n’existent pas encore. Les services satellitaires de support à la gestion de crise, comme la Charte internationale « Espace et catastrophes majeures » ou le service Copernicus de cartographie d’urgence (Emergency Mapping Service) ne verront le jour que près de quinze ans plus tard.

Rien de tel n’est prévu le 1er mai 1986. Gérard Brachet raconte : « Svante Astermo, le directeur général de Satimage, m’appelle chez  moi pour me dire que, même si c’est également férié en Suède, ils sont capables d‘effectuer le traitement avec les moyens de Kiruna. Il me demande l’autorisation de communiquer l’image à la presse. Je donne mon accord. J’aurais préféré que l’image soit produite à Toulouse mais ce n’était tout simplement pas possible… »

 

 

Tchernobyl - Chernobyl - 30 ans - 26 avril 1986 - Catastrophe nucléaire - Explosion réacteur n°4 - Première image du satellite SPOT - 29 avril 1986 - Demande programmation Suède - Satimage

La demande de programmation transmise le 29 avril 1986 par les responsables de Satimage en Suède.
Source : Johan Gärdebo (KTH Royal Institute of Technology)

 

Cet « exploit du 1er mai » a certainement contribué à construire la réputation et la notoriété du satellite SPOT : il y avait bien des images acquises par le satellite américain Landsat, mais d’une résolution très inférieure. Et, pour les satellites militaires, également américains, pas question d’une publication dans la presse. Ce jour-là, l’image panchromatique à 10 mètres de résolution de SPOT 1 a fait la différence.

 

Tchernobyl - Chernobyl - Premières images du satellite SPOT 1 - Visée oblique - multisectrale - Geostore - 07-05-1986

Les caractéristiques de l’image multi-spectrale acquise le 7 mai 1986 à 8h51 UTC.
Le contour noir matérialise l'emprise de la scène du 1er mai. La forme rectangulaire de l'image du 7 mai
montre que la visée est beaucoup plus oblique : l'angle d'incidence est ici de -26,85°
Copie d’écran d’une consultation du catalogue Geostore d’Airbus DS

 

Un satellite pour viser dans les coins

La possibilité de visée oblique, grâce au miroir orientable de l’instrument HRV (on ne parle pas encore d’agilité du satellite en 1986), a permis d’obtenir plusieurs autres images dans les jours suivants. Celle présentée ici a été acquise le 7 mai. C'est une des premières images multi-spectrales. L’illustration montrant son emprise, comparée à celle du premier montre que la visée a effectivement été beaucoup plus oblique. Cette fonctionnalité permet d'augmenter la revisite effective, avant que l'orbite du satellite ne l'éloigne trop de la zone d'intérêt. Sur les satellites Pléiades (ou SPOT 6 et SPOT 7), c'est l'agilité (le basculement de l'ensemble du satellite) qui joue le même rôle

 

Tchernobyl - Chernobyl - Premières images satellites - explosion centrale - 26 avril 1986 - 7 mai 1986 - SPOT 1 - CNES - Spot Image - Airbus DS Tchernobyl - Premières images satellites - explosion centrale - 26 avril 1986 - 7 mai 1986 - SPOT 1 - CNES - Spot Image - Airbus DS

La centrale nucléaire de Tchernobyl vue par le satellite SPOT 1.
Image multi-spectrale d’une résolution de 20 mètres acquise le 7 mai 1986 à 8h51 UTC.

En bas, extrait centrée sur la centrale et le réacteur n°4. En haut, vue générale.
La scène complète est "plus carrée". Copyright CNES 2016 – Distribution Airbus
DS

 

Le vrai début des opérations pour le satellite SPOT 1

Reprises par la presse et la télévision, les images de SPOT 1, premier satellite civil offrant une résolution de 10 mètres, ont un impact considérable.

Ces images sont considérées comme la première utilisation opérationnelle du satellite SPOT, montrant sa capacité de fournir des informations partout dans le monde, indépendamment des frontières ou des contraintes politiques, ou très rapidement après une catastrophe.

Il est probable que cet épisode ait facilité la décision de lancement effectif du programme de satellite de reconnaissance Hélios, prise par le gouvernement français en juin 1986, en pleine péridoe de cohabitation (François Mitterand Président, Jacques Chirac, Premier ministre).

 

Après l’imagerie d’urgence, le suivi dans la durée…

Depuis 1986, les satellites SPOT puis Pléiades ont régulièrement suivi l’évolution du site de la centrale.

En 2011, Airbus Defence and Space (anciennement Spot image) avait publié sur son site Internet un livret (flip-book) contenant des images et des textes retraçant comment les satellites d’observation de la Terre ont scruté l’évolution de la région de Tchernobyl depuis 25 ans.

Ce document, préparé par Pascal Michel, très intéressant, est toujours accessible en ligne ici. L’illustration suivante en montre quelques extraits. Les liens à la fin de cet article donnent accès à quelques images des satellites SPOT de la galerie d’images d’Airbus DS utilisées pour ce suivi.

 

Extraits d’images acquises par les satellites SPOT entre 1986 et 2006 et montrant les évolutions
majeures dans les environs de la centrale de Tchernobyl. Du haut vers le bas, disparition du parcellaire
agricole, limites e la zone de contamination et mise en place du chantier, création de nouveaux
ponts et routes, endiguement de la rivière Pripryat, sites de stockae des déchets.
Illustrations extraites du livret publié par Pascal Michel (Spot Image) en 2011.

 

30 ans à Tchernobyl, de SPOT à Pléiades : la situation en avril 2016

Depuis 2011, les satellites Pléiades ont pris le relais de SPOT. L'image acquise par Pléiades-1B le 27 mars 2016 montre l'évolution spectaculaire des performances des satellites d'observation. Je vous renvoies à d'autres articles...

 

Tchernobyl - Chernobyl - 30 ans - 26 avril 1986 - 26 avril 2016 - satellite Pleiades - Chantier de l'arche de confinement - sarcophage - 27-03-2016 - CNES - Airbus DS - Ukraine

Les environs de la centrale nucléaire de Tchernobyl vue par le satellite Pléiades 1B le 27 mars 2016
à 9h26 UTC. Vue générale en résolution réduite. Le nord est en haut de l'image.
L'angle d'incidence
est de 22,6°
.
Copyright CNES 2016 – Distribution Airbus DS.

 

Concernant Tchernobyl, je termine avec quelques observations qu’on peut faire sur cette image à très haute résolution sur deux sujets précis :

  • La ville de Pripryat.
  • Le chantier de l’arche de confinement de la centrale.

Vous avez certainement vu comme moi des reportages ou des photographies étonnantes ou émouvantes de la ville de Pripryat : juste à côté de la centrale, dans le périmètre de la zone contaminée, c’est une ville fantôme.

Si vous ne l’avez pas encore regardé, je vous conseille en particulier le film «  La Terre outragée » de Michale Boganim, avec Olga Kurylenko, Andrzj Chryra et Ilya Iosifov, sorti en 2011. Je crois qu'il existe en DVD.

Les illustrations suivantes, extraites de l’image Pléiades prise le 27 mars 2016, montrent par exemple le développement de la végétation dans la ville abandonnée.

 

Ne pas perdre le nord

Les ombres portées accentuent l’impression de relief. Notez que, sur ces extraits comme pour l’arche de confinement, le nord n’est pas en haut : l’image a été pivotée de 90° dans le sens inverse des aiguilles d’une montre (le nord à gauche de l’image) afin que le point de vue de l’observateur soir cohérent avec l’orientation du satellite Pléiades au moment de la prise de vue.

 

Tchernobyl - Chernobyl - 30 ans - 26 avril 1986 - 26 avril 2016 - satellite Pleiades - Prypriat - Ville fantôme - Manège enfants - Bâtiments abandonnées - Végétation - 27-03-2016 - CNES - Airbus DS - Ukraine Tchernobyl - Chernobyl - 30 ans - 26 avril 1986 - 26 avril 2016 - satellite Pleiades - Pripryat - Pripriat - Ville fantôme - eux d'enfants - 27-03-2016 - CNES - Airbus DS - Ukraine

Un autre extrait de l'image acquise par le satellite Pléiades-1B le 27 mars 2016,
centrée sur la ville de Pripryat, à proximité immédiate de la centrale de Tchernobyl.
En bas, un détail émouvant : le manège d'enfants vu sur des nombreuses photographies.
Note : j'ai appliqué un réglagle différent des couleurs et du contraste entre les deux images.

Copyright CNES 2016 – Distribution Airbus DS.

 

Manège pas enchanté

L’extrait où on peut voir le manège d’enfant m’a beaucoup ému. Installé juste avant la catastrophe, il n’a apparemment jamais servi… Le webmaster du site Regard sur le monde m'a gentiment permis de reprendre une photo du haut de ce manège. Elle est extraite d'une vidéo prise à partir d'un drone réalisée par Danny Cooke (à voir !) à l'occasion d'une reportage pour CBS en 2014.

A la hauteur de la nacelle supérieure, la caméra du drone nous montre la centrale et l'arche de confinement toutes proches. Au moment où il prend l'image qui illustre cet article, le satellite Pléiades est à près de 700 km au-dessus...

 

Tchernobyl - Pripyat - Manège - Arche de confinement - Drone - Danny Cooke - Regardsurlemonde

La centrale de Tchernobyl et l'arche de confinement en cours de construction
vus par un drone volant à la hauteur du sommet du manège de Pripyat.

Crédit image : Danny Cooke. Merci à Karl au blog Regardsurlemonde.fr

 

Le chantier géant de  l'arche de confinement de Tchernobyl

30 ans après, le chantier de décontamination et de protection du bâtiment du réacteur se poursuit. L’image acquise par le satellite Pléiades le 27 mars 2016 montre également l’impressionnante arche de confinement en cours d’assemblage à côté du réacteur 4.

 

Un projet ambitieux : enfermer sarco

Une fois mis en place, l'arche visible sur l'image Pléiades doit servir à confiner les matières radioactives, abriter le premier sarcophage partiellement dégradé (pluie et gel) et protéger les équipes participant aux travaux de décontamination et de démantèlement.

L’arche, réalisée en deux tronçons, a des dimensions impressionnantes : 108 mètres de hauteur, 162 mètres de largeur et près de 260 mètres de longueur. Assez grande pour contenir le stade de France et le Sacré Cœur (façon de parler pour un réacteur nucléaire…)  et un poids estimé à 32000 tonnes !

 

Alliance pour l'arche

Les travaux sont réalisés sous la responsabilité de Chernobyl Nuclear Power Plant (ChNPP), avec un consortium international auquel participent les entreprises françaises Vinci et Bouygues.

Après un appel d’offre lancé en 2004, le chantier démarre en 2009. Il est très en retard : il aurait dû être normalement achevé en 2012. Un premier report avait fixé la nouvelle échéance à 2015.

Un exemple d'alea ? sous le poids de la neige, l'effondrement d'un bâtiment d'appui de l'ancien sarcophage en février 2013 qui entraîne l'arrêt du chantier le temps de vérifer le niveau de radioactivité.

 

Centrale de Tchernobyl - Chernobyl - Arche de confinement - Juin 2013 - Chantier -  réacteur n°4 - Sarcophage - Ingmar Runge - Wikipedia Commons- Ukraine

Vue panoramique du chantier autour du réacteur n°4 de la centrale de Tchernobyl prise en juin 2013.
Crédit image : Ingmar Runge (travail personnel) [CC BY-SA 3.0], via Wikimedia Commons

 

Arche 2 nouée ?

Non assemblée à partir de deux tronçons boulonnés…

Avec le retard du chantier, la première opération de levage sur l'arche n’a eu lieu qu’en novembre 2012. Le raccordement des deux tronçons a été effectué en juillet 2015, avec le support de la société néerlandaise Mammoet, spécialisée dans la manutention lourde.

Bien qu'elle soit plus récente que l'opération de raccordement, l’image du satellite Pléiades donne une idée du gigantisme du chantier et des moyens de levage utilisés pour une opération de grande précision.

On parle désormais de 2017 pour la fin du chantier.

 

Centrale de Tchernobyl - Arche de confinement - Chantier -  réacteur n°4 - Solidarisation - Mammoet - Ukraine

Photographie de l’assemblage des deux parties de l’arche de confinement du réacteur 4 de la
centrale de Tchernobyl. Crédit image : Mammoet

 

Avenir radieux

J’ai écrit d’autres articles sur Tchernobyl et les satellites d’observation, déjà pour les 25 ans de SPOT, un anniversaire qui coïncidait presque à la date de la catastrophe de Fukushima, après le séisme et le tsunami du 11 mars, ou à l’occasion des incendies violents qui ont touché le sud-ouest de la Russie : on craignait alors que les fumées emportent des cendres provenant de la combustion des sols et de végétaux irradiés dans la région de Briansk et déclenchent une nouvelle pollution.

Avec un peu de recul, on se rend compte de l’impact à long terme des accidents nucléaires. Fin avril 1986, pour la télévision publique nippone NHK, il était quasi certain que Tchernobyl resterait "le plus grave accident nucléaire de l'histoire".  Le 12 avril 2011, l'agence japonaise de sûreté nucléaire a finalement classé au niveau 7, le niveau maximum, sur l'échelle internationale des événements nucléaires (INES) l'accident survenu à la centrale de Fukushima-Daiichi.

J'espère que cet article vous donnera envie de consulter davantage de littérature sur le sujet. Tchernobyl, le nucléaire et la question des choix stratégiques concernant les sources d'énergie restent un sujet majeur et complexe pour tout ceux qui s'intéressent à la culture scientifique, technique et industrielle (CSTI), particulièrement d'actualité en France, dont la production électricité est très majoritairement d'origine nucléaire, au moment où EDF rencontre des difficultés avec le développement des réacteurs EPR et où des décisions doivent être prise concernant l'avenir du parc de centrales et le traitement des déchets.

 

En savoir plus :

 

 

 

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22 avril 2016 5 22 /04 /avril /2016 15:06

Trois semaines après la journée de la mer, le 1er avril, le 22 avril est la journée de la Terre, consacrée en 2016 aux arbres.

Voici donc un nouveau quiz image spécial pour le jour de la Terre.

 

Jour de la Terre - Journée de la Terre - 22 avril 2016 - Arbre - Environnement - Quiz - image satellite - satellite d'observation - Sentinel - Copernicus - ESA

L’image mystère d’avril 2016 : un quiz spécial pour le jour de la Terre consacré aux arbres
 

Vous voyez une silhouette d’arbre ou de branche sur cette image satellite ?

Il n’y a pas encore de feuille mais c’est bien le printemps dans l’hémisphère nord, là où cette image satellite été prise.

Même si ça y ressemble, ce n’est pas un arbre…

Savez-vous identifier de quelle région du monde il s’agit ? Merci de donner votre réponse en ajoutant un commentaire à la fin de cet article ou en m’envoyant un petit message…

Ce quiz devrait vous normalement vous donner un peu de fil à retordre.

Voilà donc un premier indice pour vous aide : l’image vient du satellite européen Sentinel-2A qui l’a prise en avril 2016. Si vous suivez le calendrier spatial que je publie chaque mois, vous commencez à connaître les très belles images de ce satellite. Voici une autre version de la même image, une composition colorée

 

Jour de la Terre - Journée de la Terre - 22 avril 2016 - Arbre - Environnement - Quiz - image satellite - satellite d'observation - Sentinel - Copernicus - ESA

L’image mystère du mois d’avril : une composition colorée avec la bande proche infrarouge
(canaux 8, 4 et 3 respectivement représentés en rouge, vert et bleu)

 

Je vous donnerai dans les jours qui viennent d’autres indices en publiant d’autres extraits de la même image couvrant un champ de plus en plus large. Cela va devenir de plus en plus facile…

 

Un mouvement de masse pour la Terre (vous êtes au courant ?)

C’est également aux Etats-Unis qu’est née l’idée du jour de la Terre, proposée en 1970 par le Gaylord Nelson, afin de sensibiliser la population et le gouvernement fédéral aux questions environnementales. Cette initiative a entraîné en particulier la création de l'Agence de protection de l'environnement (EPA).

Pour tromper l’ennemi, il y a également une journée internationale de la Terre, le 20 ou le 21 mars au moment de l’équinoxe de printemps.

 

COP 21 : signature le 22…

Après la COP 21 en décembre 2015, le 22 mars 2016 est surtout la date choisie pour la signature de l'Accord de Paris sur les changements climatiques.

Cela se passe à New York, au siège de l’ONU. 22 ? Voilà les COPS. Il y aura donc aussi un certain nombre dans Manhattan pour assurer la sécurité des signataires.

 

Décembre 2015 : Fin de la 21ème conférence sur les Changements Climatiques 
et adoption de l'accord après de longues tractations. Yapuka...
Crédit image : UNFCCC (
United Nations Framework Convention on Climate Change)

 

Très exactement, ce rendez-vous du 22 avril correspond à l’ouverture à la signature de l'accord. Les pays auront ensuite un an pour signer l’accord. La plupart des pays ont besoin d’une autorisation parlementaire pour ratifier l’Accord de Paris.

 

Signer et ratifier : de l’intention à l’action, de la politique au juridique...

Si, comme moi, vous vous posez la question de la différence entre signature et ratification ou adhésion, voici quelques explications…

La signature d’un accord est une approbation préliminaire. Elle marque l’intention d’un État d’examiner le traité au niveau national et d’envisager de le ratifier.

La ratification ou l’adhésion signifient qu’un État accepte d’être juridiquement lié par les dispositions de l'accord. La ratification suit la signature. La procédure d’adhésion s’effectue en une seule fois.

Les procédures précises dépendent des règles de chaque état et des institutions compétentes (le Parlement, le Sénat, la Couronne, le chef d’État ou de gouvernement). L’objectif est de vérifier la compatibilité avec la législation nationale et d’identifier les mesures à prendre pour la mise en œuvre.

En France, le site diplomatie.gouv.fr précise : « Dans la pratique internationale, les termes accord, charte, convention, pacte, protocole et traité sont employés de façon indifférente. En droit international, "accord" s'entend de tout engagement international. Dans la pratique constitutionnelle française, il s'agit d'un engagement international soumis à l'approbation du gouvernement ».

Le site www.quelleestladifference.fr résume : « un pays qui signe un traité sans le ratifier a seulement une obligation morale de ne pas aller à l'encontre de celui-ci. La ratification est nécessaire pour que le traité devienne effectif sur le plan juridique ».

 

Usine à gaz pour une usine sans gaz

Les îles Fidji, Palau et Marshall ont déjà soumis leur instrument de ratification.

En France, le projet de loi de ratification est inscrit à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale le 17 mai prochain. L’objectif est de ratifier l’Accord de Paris d’ici l’été. 

L’Union européenne, qui est partie prenante, ne pourra ratifier l’accord que lorsque les 28 états-membres l’auront fait. Aux États-Unis, Barack Obama propose de recourir à un acte administratif sans soumettre le texte au Sénat.

L’Accord de Paris entrera en vigueur 30 jours après la ratification par au moins 55 pays représentant au total 55 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES ou GHG en anglais pour Green-House Gases).

 

Jour de la Terre : pas un bon jour pour quitter la Terre…

Autre évènement : c’était également le 22 avril que devrait être lancé depuis la Guyane le satellite Sentinel-1B, le petit cousin de Sentinel-2A au sein de la grande famille Copernicus. Lancée par les équipes du CNES et d’Arianespace, c'est une fusée Soyouz (mission VS 14) qui devait emporter Sentinel-1B et deux compagnons de voyage, le satellite Microscope et la mission Fly Your Satellite! (3 cubesats construits par des étudiants).

Les données fournies par Sentinel-1 serviront à des applications variées, d'abord pour les océans et les glaces, mais aussi en cas de catastrophe (par exemple pour les produits d'interferométrie après un tremblement de terre) et pour la cartographie des forêts, en particulier des forêts tropicales et équatoriales grâce à la capacité de son radar à percer la couverture nuageuse. Les forêts tropicales jouent un rôle essentiel dans la régulation du climat.

Fly Your Satellite! est un programme éducatif de l’Agence Spatiale Européenne (ESA) mené en collaboration avec des universités européennes.

La charge utile de Sentinel-1B, le jumeau de Sentinel-1A lancé il y a deux ans, le 3 avril 2014, est un instrument Radar en bande C.

Bref, comme disait ce cher Constantin Tsiolkovski : « La Terre est le berceau de l'humanité, mais on ne passe pas sa vie entière dans un berceau ».

 

Une coupe de champagne avec votre croissant ?

Le décollage était prévu à 18:02 en heure locale, soit 21:02 en temps universel ou 23:02 ou à Paris et Toulouse. Comme souvent avec Soyouz et son étage supérieur Frégat, c’est une mission longue : 4 heures jusqu’à la séparation des satellites, avec 4 phases balistiques et 5 allumage successifs du moteur de l’étage Fregat.

 

Profil de mission - Décollage - Soyouz  - VS 14 - Arianespace - Sentinel-1B - Microscope - Fly Your Satellite - ESA - CNES - Centre Spatial Guyanais Profil de mission - Première phase Fregat - Boost - Croisière - Soyouz  - VS 14 - Arianespace - Sentinel-1B - Microscope - Fly Your Satellite - ESA - CNES - Centre Spatial Guyanais Profil de mission - Deuxième phase Fregat - Boost - Croisière - Soyouz  - VS 14 - Arianespace - Sentinel-1B - Microscope - Fly Your Satellite - ESA - CNES - Centre Spatial Guyanais

Le profil de la mission Soyouz VS 14. Illustrations extraites du dossier de presse
publié par Arianespace

 

ASAP pas vraiment ASAP

Un satellite radar pour percer les nuages ? Pas assez... Ce sont les nuages et la situation météorologique défavorable en Guyane française qui ont entraîné deux reports de lancement, dans la soirée du vendredi 22 et du samedi 23.

Dimanche 24 au soir, alors que la météo s'était améliorée, c'est un "rouge" lanceur qui a causé un nouveau report de lancement. Dans son communiqué de presse,  Arianespace mentionne une panne de centrale intertielle : "les opérations de remplacement de la centrale inertielle du lanceur Soyouz VS 14 affectée par une panne sont en cours". Contrairement à Ariane 5, il n'y a pas de redondance de la centre inertielle sur la fusée Soyouz.

Une nouvelle tentative de lancement devrait avoir lieu lundi 25 avril à la même heure (23h02 heure de Paris). L'heure de lancement fixe est imposée par l'orbite visée, héliosynchrone. Une revue sera organisée à H0 - 5 heures pour faire le bilan et confirmer la suite des opérations. 

Sentinel-1 sera injecté en premier, 23 minutes et 35 secondes après le décollage, puis Fly Your Satellite! à H0 + 2h48 mais il faudra veiller tard pour savoir que le dernier satellite, Microscope, s’est bien séparé. 

La séparation de l’ASAP-S (Arianespace System for Auxiliary Payloads - Soyouz), l’adaptateur protégeant le satellite Microscope sera effectué juste après l’injection de Fly Your Satellite!

 

En savoir plus :

 

 

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17 avril 2016 7 17 /04 /avril /2016 13:43

 

SPOT 3 - Première image - Corse - Bonifacio - Satellite - îles Lavezzi - 27 septembre 1993 - CNES - Spot image - SpotMap

 

La première image du satellite SPOT 3 : Bonifacio, le sud de la Corse et les îles Lavezzi.
Image acquise le 27 septembre 1993. Copyright CNES – Distribution Airbus DS

 

SPOT ou encore ? STOP…

Je continue le cycle d’articles sur les accidents et les pannes dans l’espace. A l’occasion des 30 ans du lancement du premier satellite SPOT, j’ai choisi d’aborder la panne de SPOT 3. J’en profite aussi pour rattraper le retard sur le calendrier spatial. Après février, celui de mars arrive en avril… Mieux vaut tard que jamais…

Tous les satellites SPOT ont eu une durée de vie largement supérieure à la durée de vie nominale : 17 ans pour SPOT 1, 19 ans pour SPOT 2, 15 ans pour SPOT 4 et 13 ans pour SPOT 5...

Tous ? Sauf un : SPOT 3, prévu normalement pour fonctionner au moins trois aes, n’a fonctionné que trois ans et 2 mois… Le service minimum. Lancé le 26 septembre 1993 depuis le Centre Spatial Guyanais (mission Ariane), il a cessé de fonctionné le 14 novembre 1996.

SPOT 1, « l’ancêtre », dont on avait cessé l’exploitation en septembre 1990, a alors repris du service, pour fournir les images demandées par les clients de Spot Image (aujourd’hui Airbus Defence and Space).

 

La perte du satellite SPOT 3 : les symptômes…

Le dernier passage nominal de SPOT 3 au-dessus de la station de télémesure de Toulouse-Aussaguel date du 13 novembre 1996 à 22h31 UTC. Le dernier passage en exploitation, sur la station de réception directe de Taïwan, est daté du 14 novembre 1996 à 3h30 UTC. Le 14 novembre 1996, à 6h44 UTC, il est impossible d'acquérir la télémesure pendant un nouveau passage au-dessus de la station d'Aussaguel.

A 8h50 UTC, seules quelques secondes de télémesures peuvent être acquises sur la station de Hartebeshoek (en Afrique du Sud). A 10h06 UTC, la réception de la télémesure par la station de Kiruna (en Suède) met en évidence des perturbations caractéristiques d'une mise en autorotation du satellite. La vitesse de rotation élevée a été ensuite confirmée par l'analyse des signaux reçus par l'antenne de Kiruna lors du passage à 11h45 UTC.

A 13h30 UTC, toujours sur la station de Kiruna, les dernières lignes de télémesure disponibles ont été acquises. La perte de puissance à bord du satellite est survenue juste après, de manière définitive, à 13h31mn UTC.

 

SPOT 3 - Panne - Système de contrôle d'attitude - AOCS - SCAO - Dernières images - 14 novembre 1996 - Catalogue Geostore - Spot Image - CNES SPOT 3 - Panne - Système de contrôle d'attitude - AOCS - SCAO - Dernières images - 14 novembre 1996 - Catalogue Geostore - Spot Image - CNES

Les dernières images acquises le 14 novembre 1996 par SPOT 3 au-dessus de la Chine.
Copies d’écran d’une consultation du catalogue Geostore d’Airbus DS.

 

Plus de roue : un peu à plat…

C’est une avarie du système de contrôle d’attitude qui a empêché la poursuite de la mission opérationnelle de SPOT 3.

Dans son rapport publié en janvier 1997, la commission d’enquête sur la défaillance de SPOT 3 a conclu que la perte du système de contrôle d’attitude (AOCS ou SCAO pour Système de Contrôle d’Attitude et d’Orbite) avait été causée par les pannes successives de trois des six gyroscopes équipant le satellite. La mise en rotation rapide (jusqu’à 50° par seconde) n’ayant pas pu être stoppée suffisamment rapidement, le panneau solaire de SPOT 3 n’a plus fourni assez d’électricité pour recharger les batteries et le satellite a fini par perdre son alimentation électrique et la possibilité de communiquer avec le sol au bout de quelques heures.

Les calculs réalisés par le centre d'orbitographie opérationnel du CNES, à partir des données issues du réseau des stations de suivi du satellite Spot 3, ainsi que grâce aux informations fournies par le NORAD américain, et par les radars de trajectographie du bâtiment d'essais et de mesures de la DGA (le Monge), ont mis en évidence une perturbation de l'orbite du satellite (d'une dizaine de kilomètres sur le demi-grand axe).

Pour déterminer les causes de la panne, des essais ont également été réalisés sur deux bancs de simulation des satellites SPOT, installés au CNES et chez Matra Marconi Space (aujourd’hui Airbus Defence and Space), ainsi qu’un simulateur numérique utilisé pour le développement du contrôle d’attitude et d’orbite

 

Système de contrôle d'attitude et d'orbite - SCAO - Attitude and Orbit Control System - AOCS - Satellite - SPOT - Première génération - Gyroscopes - senseur soleil - senseur terre - Panne SPOT 3 - RCS - tuyères - propulsion

Architecture du contrôle d’attitude et d’orbite des satellites SPOT 1 à SPOT 3.
Figure adaptée d’un article paru dans « Automatic Control in Space 1982: Proceedings of the
Ninth IFAC/ESA Symposium ».
Attention : un petit chat s’est perdu dans le système de
contrôle d’attitude. Aidez-le à en sortir. Crédit : Gédéon

 

Lassé du lacet

Par souci de redondance, SPOT 3 était équipé de deux gyroscopes pour chacun des trois axes du contrôle d’attitude (roulis, tangage et lacet).

Deux des gyroscopes, le n°1 et le n°6 avaient déjà donné des signes de faiblesse. Le n°1 avait été mis hors service en février 1996 après 23000 heures de fonctionnement. Le n°6 est tombé en panne le 9 novembre 1996, après 30000 heures de fonctionnement. Depuis cette date, le pointage fin du satellite (MPF), le mode utilisé pour l’acquisition des images était assuré par les gyroscopes n°2, 3 et 4.

Tous les autres équipements du satellite, notamment les gyroscopes 3, 4 et 5, avaient un fonctionnement nominal.

Dans ce contexte, la cause primaire identifiée dans le rapport d’enquête est la défaillance du gyroscope n°2, celui qui mesure la vitesse angulaire autour de l’axe de lacet (axe Z), entraînant une saturation de la roue à réaction qui contrôle cet axe.

 

Lacet défait

Cette saturation, détectée par le logiciel de vol, a entraîné le passage du satellite en mode MAG (le Mode d'Acquisition Grossier) : c’est le mode de repli du satellite en cas d'anomalie du contrôle d'attitude : le pilotage s'effectue alors au moyen des tuyères de la propulsion et en utilisant toutes les mesures gyroscopiques disponibles.

 

Satellite - Orbite - Repère local - Roulis - Tangage - Lacet - Roll - Pitch - Yaw

Repère local et axes de roulis, tangage et lacet du satellite SPOT 3 sur son orbite.
Dessin de SPOT adapté du manuel de référence SPOT. Crédit image : Gédéon

 

Cercle vicieux

Au bout de trois minutes, le mode MAG et les capteurs dédiés ont a permis un pointage vers la terre et le passage en mode MAF 1 (le Mode d'Acquisition Fine). Le mode MAF 1 utilise les mêmes actuateurs et les mêmes senseurs que le mode MAG : il cherche à réorienter l'axe de tangage (axe X) du satellite par rotation autour de l'axe Z.

Malheureusement, à cause du mauvais fonctionnement du gyroscope n° 2, la rotation autour de l'axe Z a continué à vitesse incontrôlée, empêchant la convergence du mode MAF : avec des mesures gyroscopiques saturées, et un dépointage de l’axe Z, le logiciel de vol a déclenché le retour en mode MAG.

 

Calculateur débordé

Au retour dans le mode MAG, les valeurs de mesures gyroscopiques très élevées, incompatibles avec la plage de fonctionnement du logiciel de vol ont entraîné un débordement numérique (un peu comme #DIV/0! ou #N/A quand Excel voit rouge) et une inversion de signe des commandes calculées : cette commande a engendré une poussée des tuyères inverse à ce qu’il aurait fallu faire pour ralentir la rotation.

En fait, le logiciel de vol du satellite Spot 3 comprend un module de vérification de la cohérence des mesures provenant des gyroscopes. L'algorithme a été conçu pour identifier deux gyroscopes défaillants parmi les 6, ou un seul parmi cinq maintenus en service.

 

Trop d’inconnues, pas assez d’équations

Si un troisième gyroscope tombe en panne, l'algorithme détecte bien une incohérence des mesures mais n’est pas capable d'identifier le nouveau gyroscope défaillant. Faute de mieux, le logiciel de vol conserve le même triplet de gyroscopes utilisés pour le pilotage. En bref, le satellite Spot 3 a été conçu pour faire face à un maximum de deux pannes de voies gyroscopiques.

L’enquête a également établi que le gyroscope n°2 avait montré des signes de dégradations à partir de septembre 1996, mais suffisamment faibles pour ne pas permettre une détection en temps réel par les moyens au sol et donc une anticipation de la troisième panne d’un gyroscope.

 

Silence, on tourne…

L'autorotation du satellite s'est alors accélérée (jusqu'à 50°/s) et le mode MAG n'a pas convergé. Au bout du délai maximum fixé pour ce mode (2300 secondes en durée cumulée), le satellite est alors passé, « normalement », en mode survie.

Le mode de survie est le mode de repli ultime de sauvegarde du satellite : il consiste à pointer le satellite sur le soleil pour en garantir la puissance électrique à bord, et ainsi attendre et permettre une intervention du sol.

Mais la force centrifuge résultant de la mise en rotation de SPOT 3 avait déjà entraîné le blocage du moteur d'entraînement du générateur solaire, empêchant ainsi son orientation dans la bonne direction. Cette première condition du mode de survie n’étant pas remplie, le pilotage en survie n'a pas démarré.

La perte de contrôle de l'attitude était alors définitive, avec un générateur solaire mal éclairé par le soleil. La perte de puissance à bord était désormais irréversible et, cinq orbites après le passage en mode survie, le satellite SPOT 3 a été définitivement perdu.

 

Satellite - Acquisition des images - Pushbroom - Importance du contrôle d'attitude - panne SPOT 3 - SCAO - AOCS - manuel de référence SPOT

Importance de la qualité du contrôle d’attitude pour l’acquisition des images SPOT.
Les barrettes CCD de chaque instrument HRV acquièrent chaque pixel des colonnes de l’image.
C’est le défilement du satellite sur son orbite qui produit la deuxième dimension :
les lignes successives de l’image. Figure adaptée du Guide utilisateurs des données SPOT.
Le chat va vraiment se fourrer partout… Crédit image : Gédéon.

 

Retour d’expérience

Pour éviter qu’une telle panne ne se reproduise, la commission d’enquête a émis quinze recommandations portant sur les opérations et le suivi en orbite (par exemple faciliter la télécommande de certains organes critiques du satellite en mode de survie), sur la conception du système de contrôle d’attitude et sur les gyroscopes.

Le détail des recommandations n’a pas été rendu public.

Le satellite SPOT 4 a été lancé, de manière anticipée, le 23 mars 1998 par une fusée Ariane 40 (vol 107). D’une conception différente de SPOT 1 à 3, son système de contrôle d’attitude comprend 4 gyroscopes biaxes au lieu de six mono-axes.

SPOT 4 a été exploité opérationnellement jusqu’en janvier 2013. Il a ensuite été utilisé quelques mois pour l’expérience SPOT 4 Take 5, renouvelée avec SPOT 5 pour travailler sur le fonctionnement opérationnel du satellite Sentinel-2 de l'ESA, lancé le 23 juin 2015.

SPOT4 a été désorbité à partir du 29 juin 2013, SPOT 5 en fin d’année 2015.

Comme le satellite européen Envisat tombé, SPOT 3 n’a donc pas été désorbité. Ils font tous les deux partie des gros débris en orbite basse.

Pour information, voici les paramètres orbitaux au 20 mars 2016 des satellites de la famille SPOT. SPOT 1, SPOT 2, SPOT 4 et SPOT 5 ont été désorbités. SPOT 6 et SOPT 7 sont en opération sur une orbite plus basse, comme celle des satellites Pléiades.

 

Satellites SPOT - TLE - Paramètres orbitaux - Apogée - périgée - excentricité - panne SPOT 3 - orbit - orbite - désorbitation

Paramètres orbitaux (excentricité, apogée, périgée et période) des satellites de la famille.
Valeurs estimées à partir des éléments orbitaux disponibles sur le site Celestrak.com
à la date du 21 mars 2016. Crédit image : Gédéon

 

En savoir plus :

 

 

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24 février 2016 3 24 /02 /février /2016 16:58

 

30 ans de SPOT - Un Satellite Pour Occuper Toulouse - Pléiades - Ville rose - Capitale spatiale européenne - Très haute résolution - CNES - Airbus DS

Le coeur de la ville de Toulouse vu par le satellite Pléiades en 2014.
Copyright CNES 2014, distribution Airbus DS

 

SPOT : 4 lettres… Savez-vous ce qu’elles signifient ?

Le timide « Système Probatoire d’Observation de la Terre » a progressivement pris de l’assurance et est devenu « Satellite Pour l’Observation de la Terre ». Développé essentiellement dans la ville rose, SPOT s’est aussi transformé en boutade : un « Satellite Pour Occuper Toulouse ».

C’est ainsi que les mauvaises langues traduisaient le sigle SPOT. Il est vrai que le programme SPOT a été proposé en 1976, l’année de la grève au Centre Spatial Toulousain, à un moment où les salariés du CNES s’inquiétaient de l’avenir de « l’usine à satellites » : les budgets affectés au programme spatial français diminuaient au profit des engagements européens.

 

« Un Satellite pour Occuper Toulouse » : des boutades comme celles-ci, on en veut tous les jours !

En 2016, la boutade est devenue une très belle réussite économique : Le satellite SPOT 1 a fait des petits, avec une longue descendance. Les deux satellites Pléiades livrent des images à très haute résolution. SPOT 6 et SPOT 7 confirment que SPOT est une marque renommée. Toulouse, capitale européenne du spatial : en bonne partie grâce à SPOT.

Les retombées sont impressionnantes, avec une industrie spatiale, des sociétés de service en observation de la Terre et des équipes de recherche de classe mondiale. Elles créent des emplois avec de beaux succès sur le marché export dans un environnement très concurrentiel.

 

30 ans de SPOT - Industrie spatiale française - Compétitivité - Leader mondial de l'observation de la Terre - Export - Retombées économique

Les retombées de SPOT 1 avant la désorbitation : en 2016, la France et son industrie spatiale
leaders de l’observation de la Terre sur le marché mondial. Crédit image : Gédéon.

 

Le programme SPOT a ainsi largement contribué à faire de Toulouse la capitale européenne du spatial. Un impact économique difficile à voir directement sur l’image satellite de Toulouse prise par Pléiades, encore moins sur celle prise par le satellite SPOT 1 en mai 1986, quelques semaines après son lancement et les premières images acquises juste après la mise en orbite.

 

SPOT 1 - Toulouse - 1986 - 30 ans de SPOT - Ville rose - Un Satellite pour occuper Toulouse

La ville de Toulouse vue par le satellite SPOT 1 en mai 1986. Extrait d’une image multispectrale
à 20 mètres de résolution. Notez la représentation en couleurs naturelles, pas si évident
sans bande spectrale dans le bleu. Copyright CNES 1986, distribution Airbus DS

 

La ville évolue, les satellites aussi…

On note bien sûr l’évolution technologique entre SPOT 1 (l’image présentée ici a une résolution de 20 mètres) et Pléiades (les images sont échantillonnées à 50 cm). Cela ne facilite pas toujours la comparaison et on aimerait avoir des images prises en 1986 avec 50 cm de résolution.

Néanmoins, l’évolution de la ville rose est évidente : l’urbanisation est spectaculaire. Autour de la ville, les terres agricoles à proximité immédiate de la ville ont cédé la place à de nouvelles zones habitées. En 2011, à l’occasion des 25 ans de SPOT, j’avais déjà écrit sut le blog Un autre regard sur la Terre un article sur l’évolution de Toulouse. Je le remettrai bientôt à jour avec les dernières images : il y a eu quelques changements…

 

Mission accomplie !

SPOT, c’est maintenant un « Succès pour l’Observation de la Terre à Toulouse ». Bien sûr, la compétition mondiale rappelle chaque jour que Toulouse ne doit pas s’endormir sur ses lauriers… SPOT ou encore : préparer l’avenir… Rassurez-vous… Le CNES et les industriels préparent déjà la relève avec THR NG (Très Haute Résolution de Nouvelle Génération) pour les besoins institutionnels français et d’autres satellites d’observation pour les marchés commerciaux et l’export…

 

A Toulouse, la place du Capitole vue par le futur satellite THR NG. Simulation réalisée
à partir de photographies aériennes. Crédit image : CNES

 

Les métiers et les emplois du spatial à Toulouse et en région Midi-Pyrénées

Bien sûr, on pense d’abord au développement de la société Spot Image, désormais Airbus DS GEO. Plus largement, la filière d’observation de la Terre a permis la création de centaines d’emplois dans la distribution des images satellites et dans les services associés. Toulouse et la région Midi-Pyrénées sont devenus le centre d’excellence européen en observation de la Terre avec un tissu dense et dynamique de laboratoires de recherche et de sociétés de services spécialisées.

Dans le domaine des satellites, le programme SPOT a été une étape clé pour le développement des deux grandes sociétés Françaises, Airbus Defence and Space et Thalès Alenia Space et leur tissu de partenaires et sous-traitants : Envisat, Hélios, Pléiades, Metop et les satellites d’observation vendus à l’export. Il y a aussi le pôle de météorologie qui utilise abondamment les données spatiales pour ses prévisions et les études du climat.

Au total, selon des chiffres publiés par le GIFAS et Eurospace, le nombre d’emplois liés au spatial en région Midi-Pyrénées est estimé à 13000, environ la moitié des effectifs français et le quart du total européen.

 

Rue des cosmonautes : peu de cosmonautes, beaucoup de satellites…

Sur l’image suivante, acquise par le satellite Pléiades en 2012, j’ai indiqué l’implantation de quelques industriels, organismes de recherche, PME et sociétés de services. On ne se refait pas : j’ai mis aussi la Cité de l’espace et l’association Planète Sciences Midi-Pyrénées. Ils travaillent dans le domaine de la culture scientifique, technique et industrielle (CSTI) mais l’espace en fait partie. 

 

Travailler dans l’espace…

 

30 ans de SPOT - Un Satellite Pour Occuper Toulouse - Pléiades - Ville rose - Capitale spatiale européenne - Les métiers du spatial - Emploi spatial - sites industriels - Airbus Defence and Space - Thales Alenia Space - Parc technologique du canal - Spot Image - Terranis - CLS - Magellium

Un peu de géographie de l’espace à Toulouse. Infographie : Gédéon. Image de fond acquise
par le satellite Pléiades. Copyright CNES 2012 – Distribution Airbus DS

 

La liste est loin d’être exhaustive et ne mentionne pas les entreprises ou laboratoires à l’extérieur de Toulouse, comme M3Systems (à Lavernose-Lacasse) ou Mersen Boostec (à Bazet dans les Hautes-Pyrénées). Il y a des dizaines de PME spécialisées qui travaillent dans le spatial Toutes mes excuses à ceux que je n’ai pas pu mentionner sur cette carte. Envoyez-moi un petit message si vous voulez que j’ajoute quelque chose pour la prochaine mise à jour.

 

Des métiers à tisser…

Concernant les métiers du spatial, qui ont quelques caractéristiques originales, liées à la spécificité des satellites, je vous renvoie aux articles écrits sur le blog Un autre regard sur la Terre à l’occasion de la Novela et de « l’espace des métiers » organisé par Planète Sciences Midi-Pyrénées à la Cité de l’espace.

 

Eté 1976, une année de canicule qui jette un froid

Souvenirs, souvenirs… A cette époque, le CNES est installé depuis moins de dix ans à Toulouse. Les images de l’époque montrent que le site s’est considérablement développé mais, après Symphonie et le premier satellite Meteosat, la fin des années 70 est une période difficile.

 

 

Le site du CNES au début de l’aventure spatiale à Toulouse. Ce n’est pas une image SPOT
mais une photographie prise d’avion en 1965. Si, si, c’est bien là où est installé le CST en 2016.
Pas de sol martien mais la circulation est plus fluide…

 

Philippe Delclaux a bien connu la période du Satellite Pour Occuper Toulouse : « il y a un fond de vrai quand on se rapporte aux évènements de 1976 : le CNES traverse alors une grande crise budgétaire, la majorité de ses financements partant vers l'ESA pour alimenter le programme Ariane qui était dans sa phase la plus coûteuse. La direction du CNES décide alors une campagne de licenciements, en frappant tout azimut, au hasard : des directeurs, des chefs de département, des ingénieurs, etc.

Résultat (manifestement téléguidé) : une grève générale qui dura plus d'un mois, avec des manifestations spectaculaires comme le blocage du départ des avions à Blagnac (à l'époque, il était plus simple de pénétrer sur les pistes). Ce mois de grève aura donné naissance à une effervescence d'initiatives, avec un côté soixante-huitard (Lip n'était pas très loin), des membres de la hiérarchie organisant la réflexion pour proposer des solutions alternatives. Est-ce que SPOT est sorti de là ? Je ne saurais le dire avec certitude, mais il est certain que beaucoup de ceux qui ont organisé et participé à ces réflexions se sont retrouvés dans les équipes projet SPOT deux ans plus tard ».

Aline Chabreuil se rappelle aussi très bien de la grève au CNES, vue de Paris : « C’était un mouvement dur : pendant que nos collègues de Toulouse envahissaient les pistes de Blagnac, une équipe du siège du CNES, alors rue de l'université, est allée rencontrer les députés à l'assemblée nationale pour leur transmettre un document résumant les positions du personnel sur les projets parfaitement faisables ».

Résultats : le plan de licenciement est abandonné. Démission du Directeur Général (Michel Bignier), démission du Président (Maurice Lévy qui avait été en première ligne pour le plan de licenciement).

 

L'émergence d'un programme national d'Observation de la Terre

« Mission est donnée à Yves Sillard, le nouveau directeur, et à Hubert Curien, le nouveau président, de faire immédiatement un dossier de programmes ambitieux mais.... réalistes.  Celui de SPOT était « presque prêt ». Jugé trop cher, nous avons dû revoir notre copie et débarquer l’instrument MRVIR jugé trop compliqué. En échange, deux instruments HRV au lieu d'un... »

 

Jean-Claude Cazaux, qui a participé à l’aventure SPOT depuis le début se souvient : «  Chaude cette période… J’avais passé ma thèse à la fac en 1974. Pas de poste de prof à Toulouse. Pourquoi pas une année au CNES. Fin 1975, la fac me demande de revenir ou alors je perds mon parachute : je choisis de rester au CNES… Mauvais plan : 6 mois après, annonce d’un plan de licenciement ! Les derniers entrés, premiers sortis ? Il faisait chaud au propre comme au figuré ». Jean-Claude continue : « nous étions peu nombreux à travailler sur le dossier : Morel, Jean-Claude Husson, Michel Cazenave, Yves Trempat. Hiver 1978, il fait froid : tous les samedis matin, séance de remontage de bretelle dans le bureau d’Husson, sans chauffage ! Et la tournée de Michel Cazenave en Europe pour chercher des partenaires, l’ESA ne croyant pas beaucoup à notre projet. »

 

En savoir plus :

 

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22 février 2016 1 22 /02 /février /2016 10:53

 

30 ans de Spot - anniversaire SPOT 1 - Lancement - Ariane 1 - V16 - Kourou - CSG - Arianespace - 22 février 1986

Février 1986 : à Kourou, décollage de la fusée Ariane V16. A bord, SPOT 1 et Viking.
Au Centre Spatial Guyanais, il est 22h44. A Paris, Stockholm et Toulouse, c'est déjà le 22 février.
Crédit image : Arianespace 1986

 

Happy Birthday !

22 février 1986. Il faut veiller tard pour suivre le lancement : à 2h44 du matin (heure de Paris), la fusée Ariane V16 s’envole de Kourou.

Après l’échec du vol V15 en septembre 1985, tout le monde retient son souffle…

C’est le dernier vol de la fusée Ariane 1, la première mission vers une orbite polaire avec un passager de marque : sous la coiffe, SPOT 1, le premier satellite français d’observation de la Terre, réalisé en coopération avec la Belgique et la Suède.

SPOT 1 est accompagné du satellite suédois Viking.

A Toulouse, plus de mille personnes assistent à ce lancement. 14 minutes et 39 secondes plus tard, soulagement... C’est un succès : le satellite SPOT 1 se sépare du troisième étage de la fusée Ariane. Le système de contrôle d'attitude du satellite commence à le stabiliser et à l'orienter dans la bonne direction (instruments vers la Terre).

Il faut attendre encore 25 minutes pour le déploiement du panneau solaire, une opération délicate : il faut le sortir de sa boite... Là aussi, tout se passe bien. La charge utile est mise sous tension juste après. La station de contrôle de Katshura au Japon reçoit les signaux successifs confirmant les bonnes nouvelles. Champagne ! 

La France et ses partenaires rejoignent le club très fermé des nations disposant de leur propre capacité d’observation spatiale.

 

30 ans SPOT 1 - Anniversaire Toulouse - Retransmission lancement - Université Paul Sabatier - Succès - Pot - Cité de l'espace - CNES - Matra - Spot Image

SPOT 1, le premier satellite d'observation de la Terre construit par la France en partenariat avec
la Suède et la Belgique, est en orbite. Cela se fête. Ici, à l'Université Paul Sabatier, à Toulouse,
où de nombreux acteurs du projet étaient réunis pour suivre le lancement.
Où est Charlie ? Savez-vous les reconnaître ? Crédit image : CNES

 

Astérix chez les Vikings

En Suède aussi, le succès du lancement est fêté. Une double fête. La mise en orbite du satellite Spot mais aussi celle du satellite suédois Viking.

 

30 ans SPOT 1 - Satellit Bild - Lancement Spot - Viking - Premier satellite suédois - Ariane V16

Double fête chez Satellit Bild en Suède : le succès du lancement de Spot 1 et celui
du satellite Viking. Crédit image : Satellit Bild

 

Viking est le premier satellite artificiel suédois. Sa mission est scientifique : étudier les interactions entre le vent solaire et la magnétosphère terrestre. Pas très surprenant au pays des aurores boréales… Viking est placé sur une orbite très elliptique (814 km d’altitude au périgée, 13530 à l’apogée). Viking pèse 530 kg. Ses panneaux solaires délivrent une puissance de 85 W.

Le satellite SPOT 1 est plus gros que Viking. Sa masse au lancement est de 1830 kg. Son panneau solaire de près de 16 mètres d’envergure fournit une puissance maximale de 1300 W en début de vie. SPOT 1 est "très approximativement" un parallélépipède de 2 mètres x 2 mètres x 3,5 mètres.

 

SPOT 1 - 30 ans - anniversaire - 1986-2016 - 22 février - SPOT 1 en orbite - Vue d'artiste - CNES - Matra - Spot Image

Vue d'artiste du satellite SPOT 1 en obrite. Crédit image : CNES

 

La charge utile de SPOT 1 est constituée de deux instruments identiques HRV (Haute Résolution Visible) travaillant à la fois en mode panchromatique et en mode multispectral (vert, rouge et proche infra-rouge). Un miroir pivotant peut orienter la direction de visée de chaque instrument de ±27° par rapport au nadir (direction du centre de la Terre). Chaque instrument pèse 250 kg. Les images acquises peuvent être transmises en direct (2 x 25 Mbits/s) ou mises en mémoire sur un enregistreur à bande (22 minutes d'enregistrement dans chaque mode).

L’orbite de SPOT 1 est circulaire, héliosynchrone, à une altitude de 830 km à l’équateur, avec une inclinaison de 98,7°. SPOT 1 la parcourt en 101,4 minutes.

 

Premières orbites avant une vraie révolution

La réussite du lancement de SPOT 1 est le début d’une belle aventure et l’aboutissement d’un travail amorcé au début des années 70 : dès 1973, le CNES crée le GDTA, Groupement pour le Développement de la Télédétection Aérospatiale. Un avant-projet de satellite d’observation est étudié au Centre Spatial de Toulouse en 1974.

Proposé à l’Agence Spatiale Européenne, le projet n’est pas retenu. La Belgique et la Suède s’associent à la France.

L’engagement effectif du programme Spot est décidé en février 1978. Le 19 juillet 1982, la société Spot Image est créée pour commercialiser les images SPOT, suivie, six mois après, de sa filiale américaine. En septembre 1985 démarre l’installation du CRIS (Centre de Rectification des Images Spatiales), un maillon important du système SPOT. Tout est prêt pour recevoir et commercialiser les premières images.

 

Lancement du satellite SPOT 1 : revue de presse toulousaine

La presse a tout de suite compris l’importance de l’évènement, non seulement le retour en vol de la fusée Ariane mais surtout la mise en orbite du premier satellite d’observation de la Terre fabriqué en Europe.

L’annonce du lancement et celle de la mise en orbite réussie du satellite SPOT 1 occupent par exemple la une du journal La Dépêche du Midi avec, dans les jours qui suivent des pages entières consacrées à SPOT. Le journal toulousain consacre plusieurs articles au « Satellite Pour Occuper Toulouse ».

Il y a même des grands encarts publicitaires du CNES et de l’IGN. Dans les semaines suivantes, des articles et des photos seront publiés dans plusieurs magazines.

Voici une petite revue de presse des articles parus dans la Dépêche du Midi en février 1986. Si vous avez d’autres articles, n’hésitez pas à me contacter : je cherche à compléter ma collection.

 

spot satellite toulousain vainqueurs de Spot images à vendre Spot le triomphe Spot sur orbite Hip Hip Ariane Photographier la Terre Objectif Terre Magnifique Ariane Les réactions Hip Hip Ariane 2 Le CNES voit loin Pub IGN

La revue de presse du lancement du satellite SPOT 1. Série d’articles parus dans la Dépêche du Midi
en février 1986. Cliquer sur les articles pour les agrandir.

 

Une information à noter : les journalistes citent le bon état de santé du satellite SPOT 1 mais indiquent qu’on ne verra pas ses images avant plusieurs jours. Ils se trompent… Les premières images acquises par SPOT 1 seront publiées en un  temps record !

 

Anniversaire à la Cité de l'espace

Pour célébrer l'anniversaire d'un évènement qui a particulièrement marqué la communauté spatiale toulousaine, le CNES et ses partenaires industriels organisent à la Cité de l'espace une soirée spéciale avec une conférence "30 ans d'observation de la Terre par satellite" et une exposition de 30 images qui ont marqué l'histoire des satellites Spot.

 

En savoir plus :

 

 

La vidéo du lancement du satellite SPOT 1. Crédit images : CNES

 

 

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15 février 2016 1 15 /02 /février /2016 08:56

C’était le dernier lancement de l’année 2015. Le 28 décembre 2015, à 16:04 UTC, une fusée chinoise Chang Zheng 3B décollait de Xichang pour mettre en orbite le satellite Gaofen-4.

Un drôle de gros oiseau d'une masse de 4,6 tonnes : un satellite d’observation de la Terre sur une orbite géostationnaire, prévu pour une durée de vie de 8 ans.

 

Gaofen-4 - Everest - Observation de la Terre en orbite géostationnaire - satellite chinois - GEO

Une des premières images du satellite chinois Gaofen-4 : l'Everest vu depuis l'orbite géostationnaire.
Image acquise le 11 janvier 2016
. Crédit image : SASTIND

 

Il est haut le LEO ? Non, il est bas…

La plupart des satellites d’observation optiques sont mis sur des orbites basses, entre 600 et 900 km d’altitude, quasiment polaires et souvent héliosynchrones pour observer la Terre dans les mêmes conditions d’éclairement à chaque passage au-dessus d’une même région. Tous les satellites de la famille Spot, les deux satellites Pleiades, les missions Sentinel de Copernicus, Aqua et Terra, Landsat 8, les satellites Worldview sont sur des orbites LEO (pour Low Earth Orbit).

Ils « défilent » le long de leur orbite à une vitesse de l’ordre de 27000 km/h (7500 m/s) et, comme sur une photocopieuse, c’est le déplacement d’un capteur dans le sens de ce mouvement qui produit l’image.

Les meilleurs instruments des satellites civils, ceux à très haute résolution, produisent ainsi des images avec une résolution de quelques dizaines de centimètres sur un champ assez étroit (de quelques kilomètres à quelques dizaines de kilomètres). Pour d’autres instruments, on privilégie la revisite (la capacité de repasser rapidement au-dessus de la même région) avec un champ plus large et une résolution plus grossière : OLI sur Landsat 8 et MSI sur Sentinel-2 fournissent des images de plusieurs centaines de kilomètres de fauchée et une résolution de quelques dizaines de mètres (de 10 à 60 mètres selon les bandes spectrales).

 

Gaofen-4 - Pékin - Beijing - Smog- Observation de la Terre en orbite géostationnaire - satellite chinois - GEO - Janvier 2016

Deux images de la région de Pékin (Beijing) prise par le satellite Gaofen-4.
A gauche, une image prise le 21 janvier 2016, avec une épaisse couverture dans smog.
A droite, une image du 25 janvier, avec une atmosphère plus claire. Crédit image : SASTIND

 

GEO c’est cool aussi…

Il existe déjà des instruments d’observation embarqués sur des satellites géostationnaires, à une altitude d’environ 35800 km,  la verticale de l’équateur, la seule orbite qui donne une position apparemment fixe par rapport à la Terre. Ce sont surtout des instruments de météorologie comme ceux des satellites Meteosat d’Eumetsat ou des GOES américains.

Il y a aussi l’instrument GOCI à bord du satellite coréen COMS, un instrument de mesure de la couleur de l’eau (GOCI = Global Ocean Color Imager). Dans les deux cas, la résolution reste assez moyenne, entre 250 mètres et 1000 mètres.

A ma connaissance, Gaofen-4 est le premier satellite d’observation de la Terre depuis l’orbite géostationnaire (GEO) dont les images ont une résolution de l’ordre de 50 mètres.

 

Gaofen-4, l’observation permanente à 50 mètres de résolution

Cela peut paraître très modeste mais c’est une première : le grand avantage de l’orbite géostationnaire est l’observation permanente ou à une fréquence très élevée. Il est possible qu’il puisse faire des séquences vidéo ou des pseudo-vidéos, sans changement de point de vue (impossible avec un satellite sur une orbite à défilement). La Chine annonce pouvoir prendre des images toutes les minutes.

Evidemment, la résolution se dégrade quand on s’éloigne de l’équateur. Elle est inexploitable aux latitudes élevées. La résolution de dégrade également quand on dépointe l’axe de visée vers l’ouest ou vers l’est.

D’après ce que j’ai pu lire, Gaofen-4 serait positionné à la longitude 110°E, pratiquement à la verticale de singapour, permettant ainsi de couvrir toute la Chine (sauf la partie nord) et l’Asie du sud-est mais aussi l’Inde, l’Australie et une partie de l’Océan Indien et de l’Océan Pacifique.

Au cours de la journée, Gaofen-4 fournit des images en couleurs à 50 mètres de résolution. Il embarque aussi un instrument infrarouge thermique pour l’observation nocturne (par exemple pour le suivi des grands incendies). Dans ce cas, la résolution des images est de 400 mètres.

L’exemple suivant, même si la qualité de l’image publiée n’est pas très bonne, illustre à la fois la capacité d’observation nocturne et l’observation répétée à cadence élevée.

 

Gaofen-4 - Série temporelle - Revisite - Incendies en Australie - Observation de la Terre en orbite géostationnaire - satellite chinois - GEO - Janvier 2016

Les incendies en Australie au mois de janvier 2016 : séquence d’images au-dessus d’une même
zone prises dans l’infrarouge thermique par le satellite Gaofen-4. Les images sont acquises toutes
les 5 minutes. Crédit image : SASTIND

 

7000 km : c’est long à pied, surtout par la Chine…

Depuis son poste d’observation Gaofen-4 peut s’orienter et pointer son télescope pour couvrir une région d’environ 7000 km sur 7000 km. 49 millions de km2 en Asie, qu’il s’agisse de terres émergées ou d’océan.

Chacune des images couvre un champ de 400 km de côté (160000 km2). Elles seraient donc acquises par un détecteur ou plutôt un assemblage de détecteurs de 8000 par 8000 pixels, soit l’équivalent d’un très bel appareil photo de 64 mégapixels ? Plus probablement, les images sont elles-mêmes construites par mosaïquage de vignettes élémentaires de taille plus réduite (par exemple 1000 x 1000 ou 2000 x 2000 pixels).

Les images illustrant cet article ont été publiées début février par le SASTIND (State Administration of Science, Technology and Industry for National Defence).

Le satellite est développé par le consortium CASC (China Aerospace Science & Technology Corporation) et les moyens sols sont sous la responsabilité du CRESDA (Centre for Resources Satellite Data and Application).

Les applications annoncées concernent les affaires civiles, les forêts, les tremblements de Terre et la gestion des catastrophes naturelles, la prévision du temps.

Les lecteurs du blog Un autre regard sur la Terre savent bien que, dans le cas des catastrophes naturelles, une des contraintes d’utilisation des satellites en orbites basse est la difficulté à garantir l’acquisition d’images avec un délai très court. Les services opérationnels comme la Charte Internationale Espace et Catastrophe Majeures ou le Copernicus Emergency Mapping Service (EMS) contournent les lois de la mécanique spatiale en multipliant le nombre de satellites utilisés.

Même si la résolution de Gaofen-4 est insuffisante pour fournir des images utiles en zone urbaine (la résolution métrique ou submétrique est nécessaire), ce satellite d’observation depuis l’orbite géostationnaire est un premier élément de réponse à l’observation réactive. C’est aussi un excellent outil de surveillance et il ne fait aucun doute que, malgré la résolution encore modeste, Gaofen-4 sera utilisé pour des missions de surveillance voire de défense, par exemple pour observer les déplacements de gros navires ou le sillage de navires rapides, ou de détection de changement.

 

Gaofen-4 - Delta du fleuve jaune - Observation de la Terre en orbite géostationnaire - satellite chinois - GEO - Janvier 2016 Gaofen-4 - Zhu Jiang - Rivière des perles - Delta - Observation de la Terre en orbite géostationnaire - satellite chinois - GEO - Janvier 2016

Le delta du fleuve jaune et celui du Zhu Jiang (la rivière des perles) vus par le satellite
d’observation géostationnaire Gaofen-4. Crédit image : SASTIND

 

En famille

Gaofen-4 fait partie du programme CHEOS (China High-Resolution Earth Observation System), présenté par la Chine comme un programme dual, servant à la fois des utilisateurs civils et militaires.

Les satellites Gaofen-1, 2, 3 , 5 et 8 ont déjà été lancés et mis en orbite basse. Ils emportent différents instruments, optiques ou radar.

Ils sont complétés par la famille des satellites Jilin à plus haute résolution (80 cm pour Jilin-1 lancé en octobre 2015). La Chine a annoncé vouloir lancer 138 petits satellites  d’ici 2030, pouvant survoler chaque point de la Terre toutes les 10 minutes : mettre en place une constellation massive est la seconde possibilité d’augmenter la fréquence de passage au-dessus de n’importe quel point de la surface terrestre.

 

Gaofen-4 - Tibet - Namtso Lake - Observation de la Terre en orbite géostationnaire - satellite chinois - GEO

Au Tibet, le lac Nmatso vu depuis l'orbite géostationnaire par le satellite chinois Gaofen-4.
Image acquise le 11 janvier 2016

 

Et après…

Le critère de Rayleigh, présenté dans un article sur la résolution des satellites d’observation, décrit comment le phénomène de diffraction limite la performance d’un instrument d’observation. Cette formule simple indique que pour augmenter la résolution angulaire, il faut augmenter le diamètre de l’instrument. La finesse des détails visibles décroit aussi quand la longueur d’onde augmente, par exemple dans l’infrarouge thermique.

En appliquant la formule de Rayleigh, on peut estimer que, à  35800 km d’altitude, l’instrument de Gaofen-4 doit avoir un miroir de l’ordre de 100 à 110 cm de diamètre (pour fournir une résolution de 20 mètres à 0,5 µm de longueur d’onde).

C’est certainement une première étape avant de réaliser un miroir de plus grande taille. Dans certains papiers présentés par des chinois, on parle même d’un miroir de 20 mètres de diamètre. Beaucoup plus que Hubble (2,4 mètres) où même que le James Webb Space Telescope alias JWST (6,5 mètres environ de diamètres composé de dix-huit segment de 1,30 mètres) dont on vient d’assembler le dernier segment. Est-ce réaliste ?

En Europe Airbus Defence and Space, travaille sur GO3S, un concept de système d’observation en orbite géostationnaire utilisant un miroir d’environ 4 mètres de diamètre et permettant de produire des images avec 3 mètres de résolution au-dessus de l’équateur.

 

Gaofen-4 - Barrage de Xiaolangdi - reservoir - Observation de la Terre en orbite géostationnaire - satellite chinois - GEO - Janvier 2016 Gaofen-4 - Dunhuang - Province de Gansu - Observation de la Terre en orbite géostationnaire - satellite chinois - GEO - Janvier 2016

A gauche, le barrage de Xiaolangdi sur le fleuve Jaune vu depuis l'orbite géostationnaire par le satellite
chinois Gaofen-4. A droite, Dunhuang dans la province de Gansu,
sur la route de la soie, à l'est du désert du Taklamakan. image acquise le janvier 2016 
Crédit image: SASTIND

 

Le choix des premières images publiées, avec l'Australie, le Tibet et l'Everest, n'est certainement pas anodin.

 

En savoir plus :

 

 

 

 

 

 

 

 

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31 janvier 2016 7 31 /01 /janvier /2016 09:24

 

Calendrier spatial - 2016 - Sentinel-2 - ESA - Copernicus - Tour du monde - 12 étapes - 5000 orbites - Un autre regard sur la Terre - Gédéon

Le calendrier 2016 du blog Un autre regard sur la Terre : un tour du monde en douze étapes
avec des images du satellite Sentinel-2. Infographie Gédéon.
Crédit image : Copernicus / ESA / Commission Européenne

 

J’ai mis un peu de temps à trouver le fil conducteur pour le calendrier 2016 du blog Un autre regard sur la Terre. Il était de temps de décider : février arrive...

C’est fait : après les belles photographies prises par les astronautes de l’ISS en 2015, voici en 2016 les images du satellite Sentinel-2.

Je vous propose un tour du monde en 12 étapes (et plus de 5000 orbites autour de la Terre) pour découvrir ou redécouvrir des  lieux étonnants ou magnifiques.

Les premiers articles du blog Un autre regard sur la Terre étaient illustrés par des images de l’instrument MERIS du satellite Envisat. Il est tout naturel que Sentinel-2A, le tout nouveau satellite développé par l’Agence Spatiale Européenne (ESA) pour le programme européen Copernicus, soit mis à l’honneur en 2016. Lancé le 23 juin 2015, Sentinel-2A a fourni ses premières images quelques jours plus tard. La recette en vol est désormais achevée et les images acquises chaque jour sont disponibles sur le site Sentinel Data Hub de Copernicus. C’est là que j’irai chaque mois trouver une nouvelle illustration pour le calendrier mensuel.

J’espère que cette modeste contribution permettra de faire connaître les performances et les possibilités d’utilisation de ce satellite optique. J’espère aussi qu’il vous donnera envie d’utiliser ses images en classe comme outil pédagogique pour des activités ou des projets en support à l’enseignement des sciences.  Les images multispectrales à 10 et 20 mètres de résolution et à large fauchée sont accessibles librement et la revisite actuelle de 10 jours (qui passera à 5 jours lorsque Sentinel-2B rejoindra son aîné en orbite).

 

Lait UHT, beau UHD

Un détail : les images du calendrier seront publiées en format 1920 x 1080. C'est le format de la TVHD : n'hésitez pas à les regarder sur votre téléviseur grand format, l'effet est assez spectaculaire... Je mettrai parfois aussi une version UHD (format 4K) : c'est un format qui commence à se démocratiser et, en attendant la diffusion TV en 4K, admirer des photographies sur un tel écran est vraiment bluffant !

 

Désert Namib : pas très numide

L’image qui illustre la couverture du calendrier 2016 est toute fraîche. Elle a été prise par l’instrument MSI du satellite Sentinel-2A le 26 janvier 2016.

Nous sommes dans l’hémisphère sud, presque exactement au niveau du tropique du Capricorne, à 23,5° de latitude sud. L’image du satellite Sentinel-2 montre une partie du désert Namib, au sud-ouest de la Namibie.

Le désert occupe presque 81000 km2, sur 1500 km le long de la côte atlantique. Les rares cours d’eau sont souvent à sec. Les parties les plus arides ne reçoivent que 2 mm de précipitations par an. Les couleurs rouges de certains sols témoignent de la présence d’oxyde de fer.

Sur l’image choisie pour la couverture du calendrier 2016, la rivière Kuiseb, également intermittente malgré une longueur de plus de 500 km, matérialise une frontière très nette entre l’immense zone de dunes, au sud, et la zone rocheuse au nord.

 

Sentinel-2A - Namibie - satellite - désert - dunes - 26 janvier 2016 - ESA - Copernicus Sentinel-2A - Namibie - satellite - désert - dunes - 26 janvier 2016 - ESA - Copernicus

La Namibie vue depuis l’espace : deux extraits en pleine résolution de l’image Sentinel-2A prise
le 26 janvier 2016 à 8h52 UTC. Composition colorée en couleurs naturelles combinant les canaux 2, 3 et 4 ré-échantillonnés à 10 mètres. Crédit : ESA / Copernicus / Commission Européenne.
Traitement de rehaussement de contraste : Gédéon

 

Toujours pas une dune

Certaines des dunes sont parmi les plus hautes dunes du monde (après celles du désert Badain Jaran en Chine) : elles peuvent atteindre 300 mètres de hauteur. Un peu plus au sud, la région de Sossusvlei a déjà fait l’objet d’un quiz sur le blog Un autre regard sur la Terre. Il s’agissait alors d’une image prise par le satellite Landsat 8.

 

Chaud dedans

Fin janvier, au moment où sentinel-2A survole le désert de Namibie, c’est le cœur de l’été : la température diurne peut atteindre 45°C. Au niveau de la côte atlantique, le courant de Benguela avec ses eaux froides venant du sud de l’Afrique maintient un climat relativement frais toute l’année, avec des températures de 9°C à 20°C, et des conditions désertiques à l’intérieur du pays. Ce contraste entre le courant froid et l’air chaud des cellules de Hadley entraîne aussi des brouillards fréquents apportant un peu d’humidité sur la bordure côtière.

 

Sentinel-2 - Namibie - Désert - ESA - Copernicus

La Namibie vue depuis l’espace : une vue d’ensemble fortement sous-échantillonnée.
Composition colorée en couleurs naturelles combinant les canaux 2, 3 et 4 ré-échantillonnés à 10 mètres. Crédit : ESA / Copernicus / Commission Européenne.
Traitement de rehaussement de contraste : Gédéon.

 

Le coup de la panne

Calendrier spatial oblige, chaque mois, je ferai comme en 2015 un rapide bilan des lancements du mois précédent. Je ne reviendrai pas en 2016 sur les dates anniversaires de la conquête spatiale : je vous renvoie au calendrier 2015

Par contre, j’ai décidé de passer en revue en 2016 quelques incidents, pannes ou accidents qui ont jalonné l’histoire spatiale : accidents du Space Shuttle, panne d’un moteur d’apogée de satellite géostationnaire ou gel du système de propulsion d’une sonde d’exploration, etc.

 

L'espace, le grand défi...

Qu’ils aient une issue heureuse avec parfois une opération de sauvetage incroyable ou des conséquences dramatiques avec des pertes humaines, ces épisodes sont une occasion d’en savoir un peu plus sur le caractère très particulier du spatial et sur les métiers de ceux qui ont la chance de travailler sur des projets spatiaux.

J'espère que les articles à venir vous convaincront que revenir sur ces épisodes malheureux est une bonne idée...

 

En savoir plus :

 

 

 

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30 décembre 2015 3 30 /12 /décembre /2015 14:00

Calendrier spatial - Décembre - 2015 - bilan des lancements - Ariane - Apollo 8 - Pléiades - Patagonie - ISS

Le calendrier spatial et astronomique en décembre 2015. En arrière-plan, la Patagonie
photographiée depuis l’ISS en février 2014 (image ISS038-E-47324).
Infographie : Gédéon.  Crédit  image : NASA

 

Solstice d’hiver

Même si les températures anormalement douces du mois de décembre peuvent en faire douter, l’hiver est vraiment là…

L’Institut de Mécanique Céleste et de Calcul des éphémérides (IMCCE) nous indique que le solstice d’hiver 2015 s’est produit le 22 décembre à  4h47m57s UTC très exactement. Le lundi 22 décembre a été la journée la plus courte de l’année, avec seulement huit heures d’ensoleillement en moyenne en France.

Hiver dans l’hémisphère nord, avec un soleil dont la trajectoire passe au plus bas sous l’horizon : on parle de minimum de déclinaison, avec -23°26’ au moment du solstice.

Dans l’hémisphère sud, c’est le contraire : le 22 décembre est le jour le plus long.

J’ai donc choisi d’illustrer Le calendrier de décembre, avec une photographie de l’été en Patagonie : Elle a été prise le 13 février 2014 avec un Nikon D3S équipé d’un objectif de 65 mm de focale par un des membres de l’expédition 38 à bord de la Station Spatiale Internationale.

A l’arrière-plan, l’océan pacifique. Au centre de l’image, le champ de glace sud de Patagonie (Campo de Hielo Sur en espagnol), dans la cordillère des Andes à la frontière entre l’Argentine et le Chili. Avec près de 13000 km2, c’est la troisième calotte glaciaire du monde après l’Antarctique et le Groenland. La glace alimente des dizaines de glaciers : Upsala, Viedma, Perito Moreno, Pie XI, Bruggen… Les glaciers qui coulent vers l’est se déversent dans les lacs Argentino, Viedma et O’Higgins, les trois plus grands, de gauche à droite sur la photographie. Les symptômes du réchauffement climatique y sont particulièrement visibles, avec un recul marqué des glaciers et des inondations catastrophiques.

 

Pleine Lune le jour de Noël

Une curiosité à signaler en décembre : il y  a eu une pleine Lune le jour de noël ! Sans être exceptionnel, c’est assez rare : il n’y en a pas eu depuis 38 ans et il faudra attendre 2034 pour en voir une autre.

 

Pleine Lune - Noël - 25 décembre 2015 - Val d'Azun - Entre Aucun et Arrens-Marsous - Hautes-Pyrénées

La pleine Lune de Noël photographiée dans le val d’Azun près d’Arrens-Marsous (Hautes-Pyrénées).
Au premier plan, le Père Noël, peut-être lié à un effet secondaire de la consommation (modérée)
de Sauternes 1. Crédit image : Gédéon.

 

Le calendrier spatial du mois de décembre…

Les trois dates en décembre qui me semblent les plus marquantes pour la conquête spatiale sont :

  • 21 décembre 1968 : lancement de la mission Apollo 8 depuis le centre Spatial Kennedy. Les premiers hommes se mettent en orbite autour de la Lune le jour du réveillon de Noël.
  • 24 décembre 1979 : premier lancement d’Ariane à Kourou. C’est un succès et un beau cadeau de Noël pour l’Europe spatiale.
  • 17 décembre 2011 : lancement du satellite à très haute résolution Pleiades-1A.

 

A bord d’Apollo 8, Frank Borman, Jim Lovell et William Anders passent donc Noël en orbite autour de la Lune. Ce n’est pourtant que la seconde mission habitée du programme Apollo et le premier vol d’une fusée Saturn V. Même si c’était la première fois que des hommes voyaient directement la face cachée de la Lune, ce sont des photographies de la Terre qui ont marqué les mémoires.

En particulier, le célèbre « lever de Terre » (Earth Rise) immortalisé depuis l’orbite lunaire. Un autre article du blog Un autre regard sur la Terre y est intégralement consacré et vous donnera plus de détails sur la mission Apollo 8. L’équipage a amerri le 27 décembre 1968.

 

L’espion qui venait au chaud

L’autre noël aurait dû avoir lieu le 15 décembre 1979 à 14h30 UTC, soit 11h30 en heure locale : Le premier lancement d'une fusée Ariane... Tout semblait bien parti, avec tous les voyants au vert.

La première grosse difficulté est peu connue : « l’anecdote » est rapportée par Jean-Pierre Morin, chef adjoint de la division opération du Centre spatial guyanais dès 1973, puis chef de la division méthodes et développement, dans son livre-témoignage « La naissance d’Ariane ». A l’exception d’un billet de Laurent Lagneau sur le site « opex360.com zone militaire » (au sujet du roman « Opération Dédale » de Claude Thévenet), je n’ai pas trouvé d’autre source mentionnant cette histoire incroyable. La qualité de l’ensemble de l’ouvrage et les signatures en préface (André Lebeau et Yves Sillard) incitent à considérer ce témoignage des coulisses du lancement d’Ariane comme très crédible.     

 

Ariane : le fil pour sortir du dédale

Le problème intervient un peu plus de deux heures avant l’heure  H : ce n’est pas un rouge mais des rouges qui apparaissent… C’est Jean Gruau, inspecteur général du CNES, alias «Monsieur anti-sabotage » en Guyane, qui déclenche l’alerte en salle de crise. J’ai eu le plaisir de le rencontrer à la fin de mes études, à l’époque où, stagiaire de Marcel Lebaron, je m’occupais des campagnes de lancement de fusées expérimentales de l’ANSTJ.

Le matin du lancement, un Breguet Atlantic de la Marine nationale, en mission de reconnaissance de la zone que doit survoler la fusée Ariane, repère deux « chalutiers » bardés d’antennes et de paraboles. Le premier navire est exactement à l'aplomb de la séparation des premier et deuxième étages, le second, exactement à la verticale du point d'allumage théorique du troisième étage. A la jumelle, l’équipage du Bréguet peut lire les noms peints sur la coque : le Petrov et l’Ivanov !

Que font deux navires espions russes juste sous la trajectoire prévisionnelle d’Ariane ? Ils sont a priori satisfaits que l’Europe concurrence les américains en matière d’accès à l’espace. Ils ont même fourni le carburant UDMH qui était en « rupture de stock » aux Etats-Unis.

 

Des chalutiers russes avec la bannière étoilée

Des photographies prises par le Breguet Atlantic sont transmises par fax à l’état-major de la Marine, rue Royale à Paris. Surprise ! Les experts de la Marine sont formels : les deux chalutiers sont en fait des bâtiments de guerre électronique américains, l'USS San Diego et l'USS Fresno… Par curiosité, j'aimerais bien voir la photo d'un navire de guerre électronique transmis par fax dans un bar PMU de la place de la Concorde.

Toujours par l’intermédiaire du Breguet Atlantic, la menace d’un grave incident diplomatique avec les Etats-Unis de Jimmy Carter finit par convaincre les deux navires-espions de quitter la zone interdite.

 

IFF : Friend or foe. Amis ou ennemis…

Que venaient faire nos amis Américains au large de Kourou avec un faux nez soviétique ? Une simple mission de surveillance ? En bon responsable sécurité (il faut être un peu parano…), Jean Gruau imagine le pire cas, une possibilité de sabotage.

C’est la position du deuxième bateau, à la verticale de la séparation entre le deuxième et le troisième étage qui justifie cette hypothèse qu’il formule le 15 décembre 1979 : « Lors de l'allumage du troisième étage, il se produit, dans le vide qui règne à cette altitude, un éclatement du jet de gaz au sortir de la tuyère. Nos spécialistes en propagation radio ont calculé que, pendant ce phénomène, sur un laps de temps entre deux et trois secondes, nos émissions depuis le toit de Jupiter bloquant le récepteur de télécommande de destruction seraient inopérantes : le récepteur pourrait alors recevoir un ordre de destruction pirate en provenance d'une entité hostile. Ce bateau peut certainement émettre sur la fréquence de télé destruction, qui a pu être captée et analysée au cours de nos trop nombreux essais. Or, le bateau est, lui, idéalement placé, car étant par le travers de la trajectoire, il n'est pas masqué par l'éclatement du jet ! »

 

Compte-à-rebours ou palindrome ?

Le risque « américain » étant écarté, la chronologie de lancement reprend jusqu’à la fin de la séquence automatique…

C’est là que survient la deuxième difficulté, toujours rapportée de manière très détaillée par Jean-Pierre Morin :

 «  Attention pour le décompte final: dix, neuf, huit, sept... » Les bras cryotechniques se détachent…

 « Six, cinq, quatre, trois, deux, un, feu ! » Des flammes jaune orangé jaillissent des quatre moteurs Viking…

 « Un, deux, trois, quatre... » Il est normal qu’Ariane ne décolle pas immédiatement : des crochets la retiennent au sol, tant que la poussée des quatre moteurs est inférieure à son poids (plus de 200 tonnes).

 « Cinq, six, sept, huit... » Les flammes faiblissent et les quatre viking s’éteignent ! C'est moins normal...

 « Lancement avorté ! » Malgré l’absence presque totale d’incidents au cours des essais, un des moteurs Viking n’est pas suffisamment monté en pression. En réalité, une erreur de mesure de pression provenant de deux capteurs redondés mais endommagés au moment de la mise à feu.

Il faudra huit jours de travail pour vidanger totalement la fusée Ariane et préparer un nouveau lancement…

 

Quand le rouge se met au vert

La chronologie des opérations de lancement recommence en pleine nuit par les pleins des deux premiers étages puis du H8. Malgré quelques arrêts chronologie pour mettre un peu la pression,  la seconde tentative est la bonne :

 « Dix, neuf, huit, sept, largage des bras cryo, six, cinq, quatre, trois, deux, un, feu, un, deux, trois, quatre ... Décollage ! »

 

Ariane - Premier lancement - L01 - 24 décembre 1979 - Premières secondes de vol - Centre Spatial Guyanais - Kourou - CNES

Les premières secondes après le lancement d’Ariane L01, le 24 décembre 1979.
Crédit image : CNES

 

Il est 14h14 à Kourou, le 24 décembre 1979. Cette fois-ci, la première fusée Ariane n'est restée que trois secondes trente-six centièmes sur sa table, moteurs allumés, avant que les crochets ne la libèrent, indiquant que tout était nominal. Comme l’ensemble du vol…

Ariane rejoint comme prévu l’orbite de transfert géostationnaire. A H + 20 minutes 20 secondes, après l’extinction du troisième étage, la capsule technologique se sépare et peut désormais rejoindre seule son apogée, à près de 36000 km d’altitude. Comme pour le satellite Astérix, ce sont les américains et le réseau NORAD qui calculent les paramètres de l’orbite : ils sont remarquablement proches des valeurs visées. Ariane comme à bâtir sa légende avec un très beau succès !

 

Ariane - Premier Lancement - Hubert Curien - Neige en Guyane - Boules de neige - cryotechnique - décembre 1979 - CNES

Bataille de boule de neige au Centre Spatial Guyanais. Il est assez rare de voir un président du CNES
et un futur ministre de la Recherche (Hubert Curien) lancer des boules de neige. C’est encore plus
rare à Kourou où la température descend rarement en dessous de 15°C. Ce sont les ergols
cryotechniques d’Ariane qui ont condensé et gelé la vapeur d’eau de l’atmosphère humide.
Crédit image : CNES

 

Le dernier évènement marquant de décembre a également eu lieu en Guyane Française, au Centre Spatial Guyanais mais pas à Kourou : le maire de Sinnamary rappelle toujours que la zone de lancement Soyouz (ZLS) se situe sur le territoire de sa commune.

Le 17 décembre 2011, ce sont des vrais russes qui sont au cœur du CSG et ils sont les bienvenus pour assurer les opérations de lancement de Soyouz en Guyane.

Après le vol inaugural réussi qui emportait deux satellites de la constellation Galileo, la deuxième fusée Soyouz (VS 02) a mis sur orbite le satellite à très haute résolution Pleiades-1A. 12 ans après la mise en orbite du satellite américain Ikonos (en fait le deuxième Ikonos après l’échec du premier lancement en avril 1999), la France rejoignait ainsi le club très fermé des pays opérant un satellite commercial à résolution sub-métrique. Ce lancement a bien sûr fait l’objet d’un article ainsi que la publication des premières images.

Vous trouverez sur Le blog Un autre Regard sur la Terre de nombreux articles illustrés avec des images des satellites Pléiades. Il y a aussi quelques explications sur les premières opérations en orbite et sur le fonctionnement du système de contrôle d’attitude.

Le second satellite Pléiades a rejoint son jumeau en orbite un an plus tard et transmis ses premières images dans les jours qui ont suivi.

 

Les autres dates anniversaires de la conquête spatiale en décembre

Voici les autres dates anniversaires que j’ai retenues pour décembre :

  • 6 décembre 1957 : deux mois après le lancement de Spoutnik, le satellite américain Vanguard-1A est détruit à Cape Canaveral dans l'explosion de la fusée Vanguard TV-3.
  • 14 décembre 1962 : la sonde américaine Mariner-2 survole Vénus. C’est le premier survol d'une autre planète par un vaisseau spatial. Mariner-2 a été lancée le 27 août 1962 par une fusée Atlas-Agena B. Le lancement de Mariner-1, un mois plus tôt, avait échoué.
  • 15 décembre 1964 : l'Italie lance son premier satellite, San Marco 1, à l'aide d'un lanceur Scout américain depuis Wallops Island. L’Italie devient le premier pays d'Europe occidentale, à avoir mis sur orbite un satellite, mais pas par ses moyens propres. La France y parvient le 26 novembre 1965 avec Diamant-A et Astérix. L’orbite de San Marco 1 est elliptique avec un périgée très bas (198 x 946 km) : il brûle en rentrant dans l’atmosphère le 13 septembre 1965.
  • 6 décembre 1965 : une fusée américaine Scout lance le satellite français FR-1 depuis le centre de Vandenberg. 10 jours après le lancement d’Astérix, FR-1, développé conjointement par le CNES et le CNET, est le premier satellite scientifique français et le premier satellite développé par le CNES. Sa mission était l’étude de la propagation des ondes de très basse fréquence (TBF) dans l’ionosphère et la magnétosphère.
  • 18 décembre 1966 : à Hammaguir, succès du deuxième essai de la fusée Cora, développée dans le cadre du programme Europa de l’ELDO (European Launcher Development Organization). Le premier étage, Coralie, est développé par le LRBA et Nord Aviation.
  • 12 décembre 1970 : Lancement du satellite PEOLE par la première fusée Diamant B depuis Kourou en Guyane française. PEOLE est un satellite précurseur d’EOLE, le programme de collecte de données météorologiques relevées par des ballons-sondes dans la bande 400-466 MHz). Avec une masse de 58 kg, PEOLE embarque également une expérience de géodésie spatiale utilisant 44 réflecteurs laser. PEOLE est stabilisé par gradient de gravité grâce à un mât télescopique de 10 mètres.
  • 7 décembre 1972 : Lancement d’Apollo 17, dernière mission lunaire dans le cadre du programme Apollo. Le module lunaire alunit le 11 décembre et la capsule Apollo amerrit le 19 décembre 1972. L’équipage est constitué d’Eugène Cernan, Ronald Evans et Harrison Schmitt. Ce dernier, géologue, a paradoxalement bénéficié de l’annulation des missions postérieures à Apollo 17 : prévu initialement pour la mission Apollo 18, Harrison Schmitt est « le premier scientifique à poser le pas sur la Lune ». Au cours du voyage vers la Lune, à 45000 km de la Terre, environ 5 heures après le décollage, l’équipage prend une photo qui deviendra une des plus diffusées dans le monde : La bille bleue (The Blue Marble). Elle montre une terre complètement éclairée. Le terme « Blue Marble » désigne désormais des représentations similaires du globe terrestre, très souvent obtenue par mosaïque d’images prises par les satellites d’observation de la Terre.

 

Blue Marble - la bille bleue - Apollo 17 - NASA - Décembre 1972

« The Blue Marble » en version originale : la Terre photographiée par les astronautes d’Apollo 17
en route vers la Lune. La référence NASA est
AS17-148-22727. On voit toute l’Afrique,
Madagascar et une partie de l’Antarctique. Crédit image : NASA

 

  • 20 décembre 1972 : au cours de la 5ème conférence spatiale Européenne, les 12 ministres européens en charge de l’espace adoptent une résolution en 4 points : 1) création d'une agence spatiale Européenne avant le 1er janvier 1974 par fusion de l' ELDO et de l’ESRO (demande anglaise). 2) Intégration des programmes spatiaux européen, 3) accord de principe sur le module de sortie post-Apollo (demande allemande), 4) Proposition Française sur le lanceur L3S, la future Ariane. Le programme Europa 3B est abandonné.

 

«Es ist schwer» (c'est dur à avaler)

  • 19 décembre 1974 : lancement du satellite Symphonie-A par une fusée américaine Thor-Delta depuis le centre spatial Kennedy (KSC). Symphonie est le premier satellite européen de télécommunication, réalisé dans le cadre d’une coopération franco-allemande. Il utilise pour la première fois une plate-forme stabilisée trois-axes. Les efforts nécessaires à la mise au point de toutes les innovations technologiques seront structurantes pour l’industrie européenne. L’abandon du lanceur Europa en décembre 1972 compromet le programme. Les États-Unis acceptent de lancer les satellites Symphonie à condition les deux satellites ne sont pas exploités commercialement. Cette contrainte sera déterminante dans la décision des européens de lancer le programme Ariane en juillet 1973.
  • 8 décembre 1983 : Atterrissage de la mission STS-9 (ou STS-41A) de la navette Spatiale Columbia. C’était le premier vol du laboratoire européen Spacelab de l'ESA. La mission a duré dix jours. Parmi les membres de l’équipage, l’allemand Ulf Merbold. Le commandant de bord est John W Young qui effectue son sixième vol après Gemini 3, Gemini 10, Apollo 10, Apollo 16 et Columbia (STS-1). C’était la première fois qu’un vaisseau spatial emportait 6 personnes en orbite.
  • 2 décembre 1995 : Lancement de la sonde SoHO (Solar and Heliospheric Observatory ou Observatoire solaire et héliosphérique) depuis Cap Canaveral par une fusée Atlas 2. Mission de l’Agence Spatiale Européenne en coopération avec la NASA. La sonde est placée sur une orbite de halo autour du point de Lagrange L1. Elle a très largement dépassé sa durée de vie espérée (2 ans) : la mission a été prolongée à plusieurs reprises, compte tenu de l’état du satellite et de la qualité des résultats obtenus. La fin de la mission est prévue en décembre 2016. Ce n’était pas gagné d’avance : en juin 1998, le contact avec SoHO est perdu et l’orientation du satellite n’est plus assurée. Cette panne donne lieu à une incroyable tentative de sauvetage. Un mois après la panne, le 23 juillet, le radiotélescope d'Arecibo à Puerto Rico (James Bond connaît bien…) et une antenne de 70 mètres de diamètre du réseau Deep Space Network de la NASA utilises en radar bi-statique fournissent une première localisation de la sonde. Le contact est rétabli mais les premières télémesures transmises indiquent que l’hydrazine du système de propulsion est gelée. Les “équipes de sauvetage” parviennent un mois plus tard à stabiliser SoHO. Le 16 octobre 1998, la mission nominale reprend… Cet épisode a visiblement endurci le système : SOHO vient de fêter ses vingt ans dans l'espace.

 

SOHO - éruption solaire - Coronal Mass Ejection - CME - ESA - NASA - observatoire solaire - Winner of SOHO's Birthday Image Contest

Eruption solaire (Coronal Mass Ejection) vue par la sonde SOHO le 8 janvier 2002. Composition
de deux images : le fond est une image du coronographe de SOHO. Une image du soleil
provenant du télescope ultraviolet de SOHO, colorée en rouge, est superposée et montre le
disque solaire à une longueur d’onde de 0,304 µm.
Crédit image : ESA / NASA / SOHO

 

  • 21 décembre 1998 : Fin de la mission Aragatz à bord de la station Mir. Jean-Loup Chrétien rentre sur Terre à bord du vaisseau Soyouz TM-6 après son deuxième vol spatial. Il avait quitté la terre le 26 novembre précédent à bord du Soyouz TM-7 avec Sergueï Krikalev et Alexander Volkov. C’est à l’occasion de ce lancement qu’à eu lieu le seul vol d’un Concorde à destination de Baïkonour : à bord, le Président François Mitterrand qui venait assister au lancement.
  • 20 décembre 1999 : décollage de la mission STS-103 du space shuttle Discovery depuis le pas de tir 39B du Centre Spatial Kennedy. A bord, quatre américains, Curtis L. Brown Scott J. Kelly (le jumeau…), Steven L. Smith, C. Michael Foale, John M. Grunsfeld, et deux astronautes de l’ESA, le suisse Claude Nicollier et le français Jean-François Clervoy dont c’est le troisième vol. L'objectif principal de la mission était la maintenance du télescope spatial Hubble. La navette Discovery atterrira le 28 décembre 1999.
  • 27 décembre 2006 : lancement du télescope spatial CoRoT (Convection, Rotations et Transits planétaires). Sous la maîtrise d’œuvre du CNES et la responsabilité scientifique de l’Observatoire de Paris, la mission Corot a été décidée alors que les premières exo-planètes n’avaient pas encore été découvertes. Au cours de ses 7,5 années de mission, le télescope de 27 cm d’ouverture a observé des champs d’étoiles de la voie lactée sur de très longues durées (jusqu’à 6 mois) : cette méthode  a permis de détecter 34 planètes extrasolaires et d’étudier le fonctionnement de milliers d’étoiles. Placé initialement sur une orbite à environ 900 km d’altitude, Corot a été désorbité le 17 juin 2014.
  • 2 décembre 2012 : la quatrième fusée Soyouz lancée du Centre Spatial Guyanais (VS04)  met en orbite le satellite Pléiades 1B. Il rejoint son jumeau Pléiades-1A lancé un an plus tôt.
  • 21 décembre 2015 : après plusieurs tentatives infructueuses, le premier étage d’une fusée Falcon 9 a réussi à atterrir, à la verticale et en douceur. Les moteurs-fusées ont ralenti la descente, 11 minutes après le décollage et après avoir atteint une altitude de 200 km. L’objectif principal de la mission Orbcomm-2 a également été atteint : mettre en orbite 11 satellites pour la société Orbcomm.

 

Les lancements de novembre et décembre

Comme c’est le dernier mois de l’année, je fais la liste des lancements orbitaux pour novembre et décembre.

En novembre, il y a eu 8 lancements (dont 1 échec). La Chine a été le pays le plus actif avec la moitié des lancements. Europe, Russie, Etats-Unis et Japon ont effectué chacun un lancement :

  • 3 novembre 2015, 16:25 UTC, Xichang : une fusée Chang Zheng 3B met en orbite le satellite de télécommunication Zhongxing 2C sur une orbite de transfert géostationnaire.

 

Hiaka Falcon: pas toujours aussi simple…

  • 4 novembre 2015, 03:45 UTC, Kauai (Hawaï) : échec de la mission ORS-4 de l’US Air Force). La fusée SPARK (Super Strypi), construite par l’Université d’Hawaï, les laboratoires Sandia et Aerojet, a été détruite après une perte de contrôle de sa trajectoire. Le satellite d’observation Hiakasat (55 kg), le mal nommé, et 12 autres nano-satellites sont détruits.
  • 8 novembre 2015, 07:06 UTC, Taiyuan : une fusée Chang Zheng 4B met en orbite le satelliteYaogan 28 sur une orbite héliosynchrone. Altitude moyenne : 470. Inclinaison : 94,2°. Heure de passage au nœud descendant : 14:14.
  • 10 novembre 2015, 21:34 UTC, Kourou (ELA 3) : une fusée Ariane 5 ECA met en orbite de transfert géostationnaire  les satellites Badr 7 et GSAT-15.
  • 17 novembre 2015, 06:34 UTC, Plesetsk (LC43/4) : une fusée Soyouz 2-1B/Fregat met en orbite le satellite Kosmos-2510. Il s’agit d’une mission militaire d’alerte avancée (Early Warning). Orbite elliptique inclinée à 63,8° entre 1625 et 38551 km d’altitude.
  • 20 novembre 2015, 16:07 UTC, Xichang (LC2) : une fusée Chang Zheng 3B met en orbite le satellite de communication LaoSat 1 (Laos) sur une orbite de transfert géostationnaire.
  • 24 novembre 2015, 06:50 UTC, Tanegashima : une fusée H-IIA 204 met en orbite le satellite de communication Telstar 12V pour le compte de l’opérateur canadien Telesat. Le satellite fournira des services en bande Ku pour le continent américain.
  • 26 novembre 2015, 21:24 UTC, Taiyuan : une fusée Chang Zhen 4C met en orbite le satellite d’observation radar Yaogan 29 sur une orbite héliosynchrone. Altitude moyenne : 617 km. Inclinaison : 97,8°. Heure locale de passage au nœud descendant : 04:30.

 

En décembre, on monte beaucoup

En décembre, au moment où je publie cet article, il y a eu un nombre record de fusées lancées : quatorze lancements orbitaux, tous réussis, dont six en six jours et un atterrissage en douceur d'un premier étage. Les russes n’ont pas chômé : 6 lancements en Russie (dont 5 à Baikonour). Il y a eu également deux lancements en Guyane Française (dont un Soyouz russe), deux à Cap Canaveral aux Etats-Unis, deux en Chine et un lancement en Inde.

  • 3 décembre 2015, 04:04 UTC, Kourou (ZLV) : une fusée Vega (VV 06) met en orbite la mission scientifique LISA Pathfinder. L’orbite intermédiaire est très elliptique (748 / 124805 km). Las onde LISA Pathfinder doit rejoindre le point de Lagrange L1.
  • 5 décembre 2015, 14:09 UTC, Plesetsk (LC43/4) : une fusée Soyouz-2-1V met en orbite les satellites militaires Kosmos-2511 (Kanopus-ST) et Kosmos-2512 (KYuA-1) sur une orbite héliosynthrone. Altitude moyenne : 689 km. Inclinaison : 98,2°. Heure locale de passage au nœud descendant : 06 :00. Kosmos-2511 est un satellite militaire expérimental observant dans le visible, l’infrarouge et les micro-ondes pour détecter les sous-marins. KYuA-1 est une sphère de 16 kg destinée à calibrer des systèmes anti-missiles. Il semble que la charge utile principale, Kosmos-2511, ne se soit pas séparée correctement de l’étage supérieur. L’ensemble est rentré dans l’atmosphère après une manœuvre de désorbitation.
  • 6 décembre 2015, 21:44 UTC, Cap Canaveral (SLC41) : une fusée Atlas V 401 met en orbite le cargo Cygnus OA-4, baptisé « Deke Slayton II ». C’est la première mission d’une fusée Atlas à destination de l’ISS : après l’échec de la fusée Antarès en 2014, les véhicules Cygnus sont temporairement lancés sur Atlas. Ce cargo embarquait 18 petits satellites (dont 12 de la constellation Flock 2e de Planet Labs). Le cargo Cygnus testait aussi pour la première fois le module pressurisé EPCM et les panneaux solaires UltraFlex conçus pour le vaisseau Orion.
  • 9 décembre 2015, 16:46 UTC, Xichang : une fusée Chang Zheng 3B met en orbite le satellite de télécommunication Zhongxing 1C sur une orbite de transfert géostationnaire.
  • 11 décembre 2015, 13:45 UTC, Baikonour (LC45/1) : lancement du satellite météorologique Elektro-L n°2 par une fusée Zenit 3SLBF.
  • 13 décembre 2015, 00:19 UTC, Baikonour (LC81/24) : une fusée Proton-M / Briz-M met en orbite de transfert géostationnaire le satellite de télécommunication Kosmos-2513.
  • 15 décembre 2015, 11:03 UTC, Baikonour (LC1) : Un lanceur Soyouz-FG met en orbite le vaisseau Soyouz TMA-19M qui s’amarre un peu plus tard à l’ISS.
  • 16 décembre 2015, 12:30 UTC, Sriharikota (LP1) : une fusée indienne PSLV-CA met en orbite le satellite d’observation TelEOS-1 et le satellite météorologique VELOX-CA, ainsi que 4 satellites plus petits (Kent Ridge 1, VELOX-II, Galassia et Athenoxat-1.
  • 17 décembre 2015, 00:12 UTC, Jiuquan : une fusée Chang Zheng 2D met en orbite le sonde astronomique Wukong. 
  • 17 décembre 2015, 11:51 UTC, Centre Spatial Guyanais, Sinnamary : une fusée Vega (mission VV 06) met en orbite le 11ème et le 12ème satellite de la constellation Galileo sur une orbite MEO (altitude moyenne : 23584 km, inclinaison : 55°)
  • 21 décembre 2015, 08:44 UTC, Baikonour (LC31), une fusée Soyuz-2-1A met en orbite le cargo Progress MS-01 à destination de la Station Spatiale Internationale. Le Progress MS est une nouvelle version du vénérable véhicule Progress  mis en service en 1978 et qui a déjà  connu plusieurs évolutions. La nouvelle génération embarque une nouvelle avionique, une antenne de navigation fixe, une antenne de communication avec les satellites relais russes (système Luch) une protection contre les débris et un « dispenseur » de cubesats.

 

Ya ka Falcon : Elon Musk et Space X inventent la fusée boomerang

  • 22 décembre 2015, 01:29 UTC, Cap Canaveral (SLC40), une fusée Falcon 9 met en orbite 11 satellites de la constellation Orbcomm. Ces satellites fournissent un service de communication M2M (Machine-to-Machine). L’orbite est inclinée à 47°, avec une altitude comprise entre 613 et 658 km. C’est surtout la réussite de l’atterrissage autonome à la verticale et la récupération du premier étage de la fusée Falcon 9, une grande première, qui a marqué les esprits et fait le buzz juste avant noël.

 

SpaceX - Falcon 9 - Atterrissage réussi du premier étage - 22 décembre 2015 - Orbcomm-2

Retour à l'envoyeur : l'atterissage réussi du premier étage du lanceur Falcon 9 de Space X
le 22 décembre 2015. Une première ! Au même moment, l'étage supérieur du lanceur continue
la mission Orbcomm-2 (mise en orbite de 11 satellites). Crédit image : SpaceX

 

  • 24 décembre 2015, 21:31 UTC, Baikonour (LC200/39), une fusée Proton-M / Briz-M met en orbite de transfert géostationnaire le satellite de télécommunication Ekspress AMU-1. Construit par Airbus Defence and Space à Toulouse et opéré par RSCC (Russian Satellite Communications Co), Ekspress AMU-1 fournira différents service de télévision directe et de télécommunication au-dessus de la Russie et de l’Afrique subsaharienne. pour une durée de 15 ans. Il sera opéré par depuis son centre de contrôle de Moscou. Eutelsat loue des canaux pour la zone africaine sous le nom d’Eutelsat 36C.
  • 28 décembre 2015, 16:04 UTC, Xichang : une fusée Chang Zheng 3B met en orbite le satellite Gaofen 4 sur une orbite de transfert géostationnaire. Gaofen 4 est le premier satellite géostationnaire chinois dédié à l’observation de la Terre dans l’optique et l’infrarouge. Il aurait une résolution meilleure que 50 mètres. Il pesait 4,6 tonnes au décollage.

 

Un premier bilan de l’année 2015 : 84 lancements orbitaux réussis

Au total, j’ai recensé un total de 87 lancements orbitaux depuis le début de l’année 2015.

Je retiens uniquement les lancements à destination d’une orbite quelconque effectués depuis le sol. Si je compte bien, il y a eu également 8 « lâchers » de séries de petits satellites effectués depuis la Station Spatiale Internationale. Je ne les inclue pas dans le total : les satellites concernés étaient déjà en orbite, amenés à la station par un autre lanceur.

3 lancements ont échoué, deux américains et un russe : un Proton, un Falcon américain et un super-strypi. Je ne comptabilise que les échecs dus à la fusée : les russes ont eu aussi deux problèmes de mise en orbite après la séparation du lanceur.

Sur les 84 lancements réussis, 25 ont été effectués en Russie (14 Soyouz, 7 Proton, 2 Rokot, 1 Zenit et 1 Dnepr).

Sur le podium 2015, la Chine arrive en deuxième place avec 19 lancements réussis (16 Chang Zheng 2, 3 ou 4, 1 Chang Zheng 6 et un premier lancement de la nouvelle fusée Chang Zheng 11 en septembre), juste devant les Etats-Unis avec 18 lancements (9 Atlas 5, 6 Falcon 9, 2 Delta 4, 1 Delta 2).

L’année 2015 est aussi une année record pour le Centre Spatial Guyanais et Arianespace avec 12 lancements réussis (6 Ariane 5, 3 Vega et 3 Soyouz).

Si on comptabilise les types de fusées et non les pays de lancements, les 3 Soyouz guyanais augmentent encore l’avance des russes avec 28 lancements réussis en 2015.

Les indiens ont réussi 5 lancements orbitaux, les japonais en ont quatre à leur actif. L’Iran a également mis en orbite en 2015 son quatrième satellite.

Vous retrouverez l’historique des lancements 2015 dans les pages « calendrier spatial » du blog Un autre regard sur la Terre. Décembre a été le mois le plus actif avec 14 lancements, suivi de septembre (12 lancements réussis) et mars (11 lancements réussis).

Il n’y a eu que trois lancements, tous réussis, en janvier. En mai, trois lancements réussis et un échec. Presque la moitié dans lancements réussis (42) a été effectuée de septembre à décembre.

Je ferai prochainement un bilan plus détaillé des lancements de l’année 2015.

 

Watt, ça n’est pas coton !

Je termine la galerie de portraits de l’année 2015 avec un ingénieur : James Watt.

Il aurait été injuste de ne pas rendre hommage à celui qui a donné son nom en 1882 à l’unité de puissance du Système International.

Electricité, mécanique, propulsion, optique, thermique, rayonnement électromagnétique : il est difficile d’aborder un thème du spatial sans parler de puissance ou de flux énergétique.

Né en 1736 en Ecosse, James Watt, passionné de mécanique, est un des acteurs de la révolution industrielle avec ses travaux d’amélioration de la machine à vapeur. Il a aussi défini le cheval-vapeur pour comparer les puissances des machines à vapeur. Sa version : 550 livres-pied par seconde…

Vous préférez le watt ? Moi aussi ! Le horsepower britannique (hp) correspond à 746 W. Cela aurait été trop simple, pour une fois, d'avoir la même unité de chaque côté de la Manche : le cheval-vapeur français correspond à la puissance nécessaire pour soulever (verticalement) une masse de 75 kg sur une hauteur de 1 mètre en 1 seconde, soit 735,5 W.

 

Watt else?

Watt a également fait de la chimie, convaincu par exemple que l’eau est un composé et non un élément. Il a contribué à la commercialisation du procédé de blanchiment des textiles par le chlore découvert par Claude Berthollet.

James Watt est mort en août 1819.

 

Watt is it? l’unité fait la puissance…

Le watt (W) est l’unité de mesure de puissance ou de flux énergétique. Une puissance d’un watt correspond à un transfert d’énergie de 1 joule pendant un seconde.

Selon le domaine technique, une puissance d’un watt équivaut par exemple à :

  • En électricité : la puissance d’un système traversé par un courant de 1 ampère sous une tension de 1 volt.
  • En mécanique : la puissance développée par une force de 1 newton se déplaçant sur un mètre pendant une durée d’une seconde.

 

Watt : des ordres de grandeurs dans le spatial et ailleurs…

  • La puissance radio émise par un téléphone mobile GSM est de l’ordre de 1 à 2 W.
  • Les anciennes ampoules à incandescence avaient une puissance de l’ordre de 30 à 100 W. 5 fois moins pour une ampoule fluorescente basse consommation et encore 5 fois moins pour une ampoule à LED.
  • Un minisatellite de la famille myriade a une puissance d’environ 100 à 130 W.
  • La constante solaire exprime la quantité d’énergie solaire reçue par une surface de 1 m2 située à une distance de 1 ua (distance moyenne Terre-Soleil), en l'absence d’atmosphère. C'est donc la densité de flux énergétique au sommet de l'atmosphère. Elle s’exprime en watt par mètre carré (W/m²) et vaut environ 1361 W/m2. Ramenée en valeur moyenne sur l’ensemble de la surface terrestre (4 fois la surface du disque équatorial), le rayonnement solaire incident moyen est de 340 W/m2.
  • En plein effort, au cours d’une étape de montagne ou d’un contre-la-montre, un champion cycliste peut délivrer une puissance d’environ 400 à 450 W.
  • Un satellite d’observation du type Pleiades a une puissance totale de l’ordre de 1200 à 1400 W, à peu près l'équivalent d'un radiateur électrique dans un appartement.
  • La puissance d’un gros satellite géostationnaire de télécommunications atteint 15 à 25 kW.
  • Une voiture de 100 cv DIN délivre une puissance maximale de 73,6 KW. les chevaux-fiscaux (notés CV) n'ont rien à voir.
  • La turbopompe à hydrogène du moteur Vulcain de la fusée Ariane 5 tourne à 33000 tours par minutes et développant une puissance de 15 MW. La turbopompe à oxygène se contente de 3,7 MW.
  • Les 58 réacteurs nucléaires exploités en France ont une puissance comprise entre 900 et 1450 MW. Le réacteur nucléaire EPR en construction à Flamanville aura une puissance d’environ 1600 MW.

 

En savoir plus :

 

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15 décembre 2015 2 15 /12 /décembre /2015 22:39

 

Astérix - A1 - Diamant - Armées n°1 - Toulouse - 26 novembre - Anniversaire - 26-11-1965 - Hammaguir - SEREB - CNES - DMA - Planète Sciences Midi-Pyrénées - IPSA

Décollage d’une réplique à échelle réduite de la premère fusée Diamant, celle qui a mis en orbite
le premier satellite français, A1 alias Astérix, le 26 novembre 1965. Crédit image : Gédéon

 

26 novembre 2015, Toulouse, Cité de l’espace : au pied d’Ariane 5, la fusée Diamant décolle.  Atmosphère humide et sol détrempé : ce n’est pas exactement comme à Hammaguir 50 ans plus tôt.

Mais cela n’a pas découragé Planète Sciences Midi-Pyrénées et les étudiants de l’IPSA : à 15h47 précise, ils procèdent à la mise à feu d’une réplique de la fusée Diamant.

 

Le tour de la Terre d’Astérix

Un geste symbolique pour célébrer dignement le 50ème anniversaire du lancement du premier satellite français. Le 26 novembre 1965, la France est devenue la troisième puissance spatiale, derrière l’URSS et les Etats-Unis.

 

Retour vers le futur…

Pour marquer ce jalon important de l’histoire spatiale française, la Cité de l’espace organisait une journée d’animation : présentation d’une superbe maquette à l’échelle 1 du satellite Astérix, animations dans le hall de l’Astralia, table ronde sur l’accès à l’espace et construction de micro-fusées pour les jeunes visiteurs.

Une dizaine de jours plus tard, l’association des Amis de la Cité de l’espace remettait son grand prix à Pierre Quétard, le responsable des activités spatiales de Matra à l’époque du développement d’Astérix. Pierre Quétard a également été le président de l'ANSTJ, aujourd'hui Planète Sciences.

 

Prix des amis de la cité de l'espace - 2015 - Pierre quétard - Matra- ANSTJ - Planète Sciences - Astérix Prix des amis de la cité de l'espace - 2015 - Pierre quétard - Matra- ANSTJ - Planète Sciences - Astérix

A la Cité de l’espace, Michel Bouffard et George Estibal remettent à Pierre Quétard le grand prix des
Amis de la Cité de l’espace. A l'écran, un montage réalisé en 2005 pour les 40 ans d'Astérix cite quelques
noms de participants à l'aventure Astérix : Joseph Delaunay, Marcel Mas, Jean Dilly, Adrien Blasutta,
Bernard Guesquière, Robert Etienne, Robert Masson, Bernard Montevecchi, Armand Reissian,
Raymond Legrand, René Kats, Calude Chassery. Crédit image : Gédéon

 

Ces deux rendez-vous furent surtout l’occasion de rencontrer ceux qui ont été les acteurs de cet exploit : ils ont permis de construire l’Europe des lanceurs. Avec les déboires et l’abandon de la fusée Europa (10 lancements et 6 échecs), le succès de la fusée Ariane leur doit beaucoup. La photographie du décollage de la réplique de Diamant avec la fusée Ariane 5 en arrière-plan en est un beau symbole.

 

Astérix - Diamant - France - Troisième puissance spatiale - George Estibal - Matra - SEREB - Cité de l'espace - 26 novembre 2015 - 50 ans A1 Astérix - A1 - Diamant-A - Intégration - Anniversaire - George Estibal - Matra

Georges Estibal et d’autres anciens de l’aventure Diamant / Astérix découvrent la maquette présentée
à la Cité de l’espace. En bas, George Estibal et Astérix en 1965 et en 2015. Ils n’ont presque pas
changé : un peu moins de cheveux pour l’un, un peu moins d’antennes pour l’autre.
Crédit image : Gédéon

 

Noces d'or pour Diamant

A l’origine, le cinquantième anniversaire du premier satellite français  devait également être célébré au CNES Paris. L’opération parisienne a été annulée après les attentats du 13 novembre.

La belle aventure de Diamant et du satellite gaulois a effectivement démarré en région parisienne, à la SEREB à Courbevoie ou dans les locaux de la société Matra pour la mise au point d’Astérix, rue de l’université à Paris où s’est installé le tout jeune CNES ou au centre d’essais en vol de Brétigny pour le suivi du lancement. La préparation du satellite sur l’étage supérieur du lanceur avait eu lieu à Saint-Médard en Jalles près de Bordeaux. Le Centre d'essais d'engins spéciaux est créé le 24 avril 1947 à Colomb-Béchar en Algérie française.

 

Avant l’heure, ce n’est pas l’Eure

Le nom des fusées-sondes Véronique (VERNon électrONIQUE), à propergols liquides, rappelle également que c’est à Vernon, dans l’Eure, qu’avait été créé le LRBA à la fin de la seconde guerre mondiale. Développée à partir de 1948, la première Véronique N (pour « Normale ») est lancée en 1952 à Hammaguir.

 

De Brétigny à Toulouse, d’Hammaguir à Kourou et de A1 à OneWeb…

C’est pourtant Toulouse qui deviendra la capitale européenne du spatial et de la fabrication de satellites. Le succès d’Astérix en porte les germes : très rapidement après, la politique de décentralisation amène le CNES à rechercher une ville d’accueil pour son développement. Toulouse et Pierre Baudis semblent croire davantage à l’avenir du spatial français que Bordeaux et Chaban-Delmas : les premiers bâtiments du CST voient le jour en 1968. Matra suit juste après, d’abord en mars 1975 avec 34 personnes à la DIST (Département d’Intégration Spatiale Toulouse) au bord de la piste de Montaudran. Le site actuel du Palays ouvre ses portes en septembre 1980. L’installation sur un terrain de 21 ha alors que 2 ou 3 ha suffisaient largement à l’époque montrent que la future société Astrium devenue aujourd’hui Airbus Defence and Space avait des ambitions.

Même si, autre héritage de Diamant,  toutes les cases à équipement Ariane 1 à 4 ont été produites à Toulouse, c’est surtout dans la fabrication des satellites que la future capitale du spatial européen s’affirme. Dans tous les domaines : télécommunications, météorologie, observation de la Terre, science…

Le dernier exemple est la participation à la réalisation de la constellation de 640 satellites Oneweb. Les satellites sont conçus à Toulouse, avec un énorme défi de réduction massive des coûts unitaires.

Les succès actuels de l’industrie spatiale française et toulousaine, dans une compétition internationale féroce, doivent beaucoup à la vision stratégique, aux investissements consentis au début des années 60 et à la politique industrielle des premiers dirigeants du CNES.

A l’occasion de l’anniversaire, Il n’est pas inutile de replonger un peu dans le contexte de l’époque.

 

C’est Astérix et périls…

On ne peut pas parler de l’histoire du spatial français sans évoquer le lien étroit, au moins pour l’accès à l’espace, avec le développement de la bombe atomique française. Le Commissariat à l’Energie Atomique est créé en 1945.

En 1956, c’est la crise du canal de Suez. Malgré la défaite de l’Egypte, la France  et le Royaume Uni font marche arrière : en novembre, l’URSS menace d’utiliser l’arme nucléaire. Un peu plus de 10 ans après Hiroshima et Nagasaki, le rôle de la dissuasion nucléaire apparaît de manière évidente.

 

Programme spatial français et force de frappe nucléaire : deux histoires parallèles à 31° de latitude…

Arrivé au pouvoir en mai 1958, le président Charles de Gaulle est de plus en plus convaincu de l'importance stratégique de l'arme nucléaire : la France doit développer de manière autonome un missile balistique porteur de l'arme atomique.

En 1959, la SEREB (Société pour l'étude et la réalisation d'engins balistiques), société de droit privé, est créée : elle doit assurer la maîtrise d'œuvre et la réalisation de ce missile. Il y a beaucoup de synergies avec le lancement et la  mise en orbite de satellites, même si les missions civiles et militaires se distinguent par le choix des propergols (liquide ou solide) : un missile balistique doit pouvoir être mise en œuvre avec un préavis court.

 

Gerboise bleue : les champignons de Paris en Algérie

La première bombe atomique française explose le 13 février 1960, au sud de Reggane. C’est un essai atmosphérique. La France du général de Gaulle rejoint alors le club des puissances nucléaires militaires.

A la même époque, en pleine guerre froide, les américains et les russes se sont lancés dans la course à l’espace et à la Lune.

La France veut en être : le Comité de Recherche Spatiales (CRS) est créé en janvier 1959. Présidé par le physicien Pierre Auger (un bâtiment portant son nom vient d’être inauguré au CNES Toulouse), sa mission est d’étudier quel rôle la France pourrait jouer dans la conquête spatiale. Les premières expériences dans la haute atmosphère sur des fusées Véronique AGI (pour Année Géophysique Internationale) sont proposées en 1959. En 1961, les premiers essais en vol de la fusée Agate, première de la série des « Pierres Précieuses », sont effectués à Colomb-Béchar avec 8 tirs, tous réussis.

Du côté de la Défense, Pierre Messmer est chargé en 1961 de réorganiser complétement les armées : un décret du 5 avril 1961 crée la Délégation Ministérielle pour l’Armement qui assurera la tutelle de la SEREB.

En décembre 1961, la loi créant le Centre national d’études spatiales (CNES) est  votée. Les activités du CNES démarrent en mars 1962 sous la présidence de Pierre Auger. Le Général Aubinière en prend la direction et recrute sa première équipe : Jacques Blamont, Jean-Pierre Causse, Michel Bignier, Pierre Morel, Bernard Golonka, Pierre Chiquet, Louise Blosset, Michel-Yves Bernard, Michel Lefebvre, etc.

 

Une idée de cadeau avant noël : un diamant à faible coût

C’est dans ce contexte que la SEREB propose un avant-projet de lance-satellites à faible coût. Le feu vert est donné par le général de Gaulle le 2 août 1961 : le programme Diamant est décidé.

DMA ou CNES, Missile balistique ou lanceur de satellites. A un moment où le tout jeune CNES étend ses compétences sur l’ensemble des activités spatiales, le partage des responsabilités entre les militaires et les civils devient une question cruciale.

L’arbitrage politique se traduit par un protocole d’accord conclu le 9 mai 1962 entre la DMA et le CNES. Ce protocole confirme que les quatre premiers lancements de Diamant seront des lancements de qualification, destinés à mettre en orbite quatre satellites technologiques.

 

Astérix - A1 - Diamant - Réplique - Microfusée - Toulouse - 26 novembre 2015 - Anniversaire - 26-11-1965 - Hammaguir - SEREB - CNES - DMA - Dédicace Philippe Perrin et George Estibal - Planète Sciences Midi-Pyrénées - IPSA Rocket

Sortez vos drapeaux français… La cocarde rouge, peinte sur le lanceur Diamant, signale qu’il s’agit
d’un engin militaire. Ici la réplique dédicacée aux étudiants de l’IPSA par George Estibal
et Philippe Perrin. Si vous observez attentivement, vous verrez que la taille des ailerons a été
augmentée pour assurer une bonne stabilité de la microfusée. Crédit image : Gédéon

 

Des antennes qui décoiffent et vice-versa

La SEREB, sous la tutelle de la défense française (DMA ou Délégation Ministérielle pour l’Armement), obtient la responsabilité de la construction du lanceur et du premier satellite technologique, A1 pour Armée n°1.

Le CNES obtient une concession : en cas de réussite de deux vols de qualification, le CNES pourra utiliser les tirs restant pour ses propres satellites.

Au final, le CNES bénéficiera de trois vols Diamant-A à Hammaguir, après Astérix… On comprend mieux pourquoi Astérix a longtemps été présenté dans les ouvrages traitant de l’histoire du CNES comme une « simple capsule technologique ».

Le satellite, alimenté par des batteries, ne contient effectivement qu’un émetteur de télémesure et un répondeur radar. Mais, pour les ingénieurs de Matra, les parties les plus complexes et les plus nobles sont la case à équipement et le système de basculement (tuyères à gaz froid) destiné à donner une orientation très précise à l’étage supérieur, non piloté, avant sa mise à feu. La précision de cette orientation (0,2 degré) détermine les paramètres orbitaux. Cette première expérience spatiale a été fondatrice : guidage et contrôle d’attitude et d’orbite des satellites, cases à équipement des lanceurs, tenue aux contraintes d’environnement et respect de calendriers serrés…

 

Astérix - A1 - Diamant - Réplique - Maquette - Satellite - Cité de l'espace - Astralia - Toulouse - 26 novembre

La réplique d’A1 présentée à la Cité de l’espace le 26 novembre 2015 pour célébrer
le cinquantième anniversaire du lancement d’Astérix. Crédit image : Gédéon.

 

Ça ? Des Zener…

Le 26 novembre 1965, à 14h47m41s UTC, après quelques péripéties pendant les préparatifs de lancement, notamment sur des composants de protection des circuits électroniques, la fusée Diamant-A décolle donc d’Hammaguir.

Les antennes du satellite sont endommagées par une séparation incomplète de la coiffe et le bip-bip français n’est pas reçu au sol. Heureusement, les radars de suivi permettront de confirmer que la satellisation s'est bien effectuée.

 

Diamant et pierres précieuses : ténacité et sang-froid…

Cela n’a pas été un long fleuve tranquille !

Pour parvenir à ce succès, entre 1961 et 1965, plusieurs modèles de fusées sondes sont mis au point pour tester les étages de  Diamant. C’est la série des pierres précieuses :

  • Le premier étage de Diamant est testé avec les fusées Emeraude (VE 121). 5 lancements (dont 3 échecs, les 3 premiers) servent à vérifier les tuyères orientables et le système de guidage. La propulsion repose sur un moteur Vexin à ergols liquides (acide nitrique et essence de térébenthine) délivrant 28 tonnes de poussée développé par le LBRA.
  • Le second étage à propergol solides est dérivé de la fusée Topaze. Pour les militaires, Topaze sert aussi à valider le profil du corps de rentrée du missile. 14 tirs sont effectués et un seul échoue.
  • Le troisième étage, également à propergols solides, provient de la fusée Rubis, conçue pour expérimenter le largage de la coiffe, la séparation et la mise en rotation de l’étage. 2 des 6 tirs échouent.
  • La case équipement et la tête de mesure ont été validés avec la fusée Agate.

Au total, la fusée Diamant, premier lanceur spatial français, à une hauteur de 19 mètres pour une masse au décollage de 18,5 tonnes.

 

Fusées française - Série des pierres précieuses - Agate - émeraude - Rubis - Topaze - Diamant - DMA - SEREB - CNES Diamant - Astérix - 50 ans - Conférence Philippe Couillard - Jacques Villain - Cité de l'espace - Toulouse - 26 novembre 2015

La série des pierres précieuses. Un développement par étapes : Emeraude, Topaze, Rubis et
enfin Diamant.
Crédit image : CNES. En bas, présentation de la fusée Diamant par Philippe
Couillard à l’occasion du 50ème anniversaire d’Astérix. A droite, la lettre de la SEREB, datée du
18 mai 1960, et présentant un "avant-projet sommaire d'un engin porte-satellites".
Crédit image : Gédéon

 

Ré-élection : de brillantes urnes

Dernier élément de contexte : les élections présidentielles du 5 et du 19 décembre 1965. Les premières au suffrage universel direct. Charles de Gaulle, qui achève son premier mandat, est opposé à François Mitterrand, Jean Lecanuet et trois autres candidats. Le général de Gaulle pense que sa réélection sera facile, dès le premier tour : il ne déclare sa candidature que le 4 novembre. Viser la date du 26 novembre pour le lancement d’Astérix avait une dimension politique et électorale pour le Général de Gaulle. Cela n’a pas suffi pour assurer sa réélection au premier tour : finalement mis en ballottage, il l’emporte au second tour. La participation ferait beaucoup d’envieux en 2015 : plus de 84% des électeurs se sont rendus aux urnes.

 

Evian ou rhum

Moins de deux mois après A1, le 17 février 1966, une seconde fusée Diamant-A met en orbite avec succès D1-A (Diapason). Un an plus tard, les 8 et 15 février 1967, les satellites Diadème 1 et 2 (D-1 C et D-1D) sont mis en orbite par les deux dernières fusées Diamant-A lancées à partir d’Hammaguir. Conformément aux accords d’Evian, le centre de tir d’Hammaguir sera fermé le 1er juillet 1967. Les lancements suivants seront effectués en Guyane : c’est une fusée Véronique qui inaugure le centre spatial guyanais le 9 avril 1968.

 

Le film "Variations sur un diamant" (1973) : un mélanges d'images de décollages de Diamant à Kourou
et du site du CSG. Crédit images : CNES 

 

Indépendance, autonomie et coopération

C’est le 6 décembre 1965, le lendemain du premier tour de la présidentielle que le premier satellite scientifique français, FR-1, est lancé par une fusée américaine Scout depuis la base de Vandenberg en Californie. Destiné à l’étude de l’ionosphère et de la magnétosphère, FR-1 est construit avec du matériel américain par des ingénieurs français : la volonté d’autonomie et d’indépendance, en particulier pour l’accès à l’espace, n’exclut pas les coopérations bilatérales et internationale. Même si elle n’a jamais prétendu occuper une place analogue à celle des deux grands, la France a mis en œuvre une politique spatiale, favorisant l’excellence de ses industriels et de ses scientifiques et lui permettant de devenir un acteur plus que crédible et d’occuper la meilleure place possible dans les programmes de coopération.

 

Mars en Mars

A la Cité de l’espace, la conférence qui a suivi la remise des prix des Amis de la Cité de l’espace en était une belle illustration : Philippe Laudet, chef de projet SEIS au CNES, et Philippe Lognonné de l’Institut de Physique du Globe de Paris, ont fait une captivante présentation de la mission martiene Insight et de sa charge utile, le sismomètre SEIS (Seismic Experiment for Interior Structures).

Il est exceptionnel que la charge utile principale d’une mission de la NASA ne soit pas américaine. SEIS est un instrument européen, majoritairement français. On n’obtient pas ce résultat par hasard et cela mérite d’être souligné. La mission Insight devrait être lancée vers la planète rouge en Mars 2016.

 

Prix des Amis de la Cité de l'espace - Prix jeunes 2015 - -- Conférence1 S

Les lauréats du prix des jeunes des Amis de la Cité de l’espace et la conférence sur la mission
Insight et l’instrument SEIS. Crédit image : Gédéon

 

D’A1 à Astérix : un baptême de l’espace

Diamant ? Après la série des pierres précieuses, le nom indique peut-être qu’un certain nombre de personnes ne croyaient pas que l’objectif « faible coût » serait atteint.

 

« Nous pensons réaliser, pour la fin 1965 ou le début de 1966,
une fusée à trois étages capable de placer sur orbite
un satellite Diamant, ainsi appelé à cause de son prix ».

Pierre Messmer, au cours du premier conseil des ministres de l’année 1963.  

 

Avec le recul, on peut pourtant constater que la France est devenue la troisième puissance spatiale avec des budgets beaucoup plus faibles que ceux mobilisés par les deux grandes puissances.

Saviez-vous que le nom de baptême d’Astérix est lui-même toute une aventure…  Et saviez-vous que le premier satellite français a failli s’appeler Zébulon ?

Michel Taillade, un ancien du CNES qui a créé le site « Nos premières années dans l’espace » a eu la gentillesse de me donner quelques explications.

En réalité, le nom Zébulon a été évoqué pour les deux premiers lancements de Diamant-A. Le premier tir ayant été réalisé dans un cadre militaire avec le fameux « Confidentiel Défense », il y avait très peu de journalistes sur place à Hammaguir. Sauf contact personnel direct,  il est difficile de savoir exactement qui a dit quoi et qui a proposé les noms, en dehors des témoignages des participants directs, formalisés longtemps après avec parfois quelques souvenirs estompés.  

 

De A1 à Z : Zébulon a du ressort

Avant le 26 novembre 1965, le premier satellite s’appelait A1, pour Armées N°1. Sur le champ de tir, à la faveur des temps morts, des repas au mess de la Base Vie d’Hammaguir, des membres de l’équipe de tir qui travaillaient sur la fusée auraient proposé à leur hiérarchie (DMA et SEREB) le nom de Zébulon.

A1 n’a pas de ressort d’éjection. Ce n’est donc pas la similitude avec le ressort du personnage du manège enchanté qui a donné l’idée de Zébulon. Faut-il chercher une explication phonétique et une volonté du terrain de provoquer un peu la hiérarchie et les chefs parisiens ? Je vous laisse consulter le dictionnaire d’argot des zouaves...

Le nom Zébulon n’a évidemment pas été retenu et a été remplacé par Astérix, proposé par cette même équipe. A part les participants au lancement sur le champ de tir, aucun journaliste et donc probablement personne n’a été informé de ces détails. A1 n’a été publiquement connu que sous le nom d’Astérix.

 

Irréductible gaulois

Alors que le CNES vient de terminer les opérations de désorbitation de SPOT-5, Astérix, A-1 ou encore 1965-096A est toujours en orbite, pour un bon moment. Pendant la journée du 26 novembre, des étudiants de Supaéro (ISAE) montraient l’orbite actuelle du satellite Astérix : il fait le tour de la Terre en environ 107 minutes à une altitude comprise entre 530 et 1653 kilomètres. Le manège enchanté va continuer encore un petit moment...

 

Astérix - A1 - Diamant - Orbite - Apogée - Périgée - Période - TLE - Kerbal Space - ISAE - Supaéro Astérix - A1 - Diamant - Orbite - Apogée - Périgée - Période - TLE - ISAE - Supaéro

Le stand des étudiants de Supaéro (ISAE), l’orbite d’Astérix en 2015 et la simulation de
lancement de Diamant sur Kerbal Space Program. Crédit image : Gédéon

 

Système D1

Zébulon a tenté de s’imposer une seconde fois un an plus tard au moment du lancement de D1-A. A Hammaguir, les mêmes équipes de lancement étaient présentes et les mêmes plaisanteries ont circulé : le nom de Zébulon a été repris et proposé lors d’un repas au Mess par Marius Lefèvre qui était représentant du CNES au moment du lancement du satellite  A1 (voir le livre «L’espace du rêve à la réalité » p 99).

Comme il s’agissait désormais d’un satellite du CNES, de nombreuses personnes, dont des journalistes, étaient présentes sur le champ de tir : le nom Zébulon s’est vite propagé, par l’intermédiaire des médias, jusqu’en France et a été largement reproduit dans les journaux. Evidemment la direction du CNES a encore moins apprécié ce nom que la hiérarchie DMA-SEREB et l’a remplacé, mais un peu tard, par « Diapason ». 

 

D1-A - Diapason - Zébulon - Manège Enchanté - CNES - Hammaguir - Revue de presse

D1-A, Diapason ou Zébulon : un extrait de la revue de presse du lancement du 17 février 1966

 

En savoir plus :

 

Sources utilisées et suggestions de lecture :

  • « Les satellites : pour quoi faire, où en est la France ? ». Actualité Documents. Premier ministre.
  • « Les débuts de la recherche spatiale française. Au temps des fusées-sondes ». Institut Français d’Histoire de l’Espace (IFHE).
  • « Ariane, une épopée européenne », William Huon.
  • « Michel Lefebvre, marin de l’espace », Yves Garric. Editions Loubatières Sciences.
  • « Naissance de l’industrie spatiale française au début des années 60 », 2ème rencontre de l’IFHE sur l’essor des recherches spatiales en France, 23-24 octobre 2001.
  • « Matra, la volonté d’entreprendre. De Matra à EADS ». Editions du Chêne.
  • « Atlas de Géographie de l’espace », sous la direction de Fernand Verger.
  • « 1962-1972 : les dix ans du CNES ». La Recherche Spatiale. N°1, volume XI, janvier-février 1972. Editions Dunod.
  • « Le général Aubinière, propos d’un des pères de la conquête spatiale française », Robert Aubinière et André Lebeau, Collection Réflexions Stratégiques, Fondation pour la Recherche Stratégique, éditions L’Harmattan.
  • « Les trente premières années du CNES, l'agence française de l'espace, 1962-1992 », Claude Carlier et Marcel Gilli, La documentation Française.
  • « La France dans l'espace, 1959 - 1979, contribution à l'effort spatial européen », Hervé Moulin, Agence Spatiale Europénne, HSR-37, Juin 2006.
  • Nos premières années dans l’espace, site Internet créé par Michel Taillade.

 

Une courte vidéo du lancement de la réplique de la fusée Diamant à la Cité de l’espace
le 26 novembre 2015. Crédit image : Gédéon

 

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11 décembre 2015 5 11 /12 /décembre /2015 18:00

 

Spot 5 - Satellite - Désorbitation - Toulouse - CNES - Vue d'artiste - Fin de vie - Orbite

Vue d’artiste du satellite SPOT-5 en orbite.
Crédit image : CNES / D. Ducros

 

La contrepèterie du jour : Spot, Stop

TLE… Two-lines Elements ? Vous connaissez ? C’est le format des paramètres orbitaux des satellites publiés par le NORAD (North American Aerospace Defense Command) et sur les sites des logiciels d’orbitographie comme Celestrak. Ça tient dans un tweet...

Je suis sûr que, comme moi, chaque matin, voir s’il y a des changements dans les TLE est une de vos premières activités… Eh bien, depuis début décembre, il y a des « petits » changements concernant l’orbite du satellite SPOT 5.

L’illustration suivante montre trois jeux de paramètres orbitaux pour SPOT-5 :

 

Spot 5 - Satellite - Désorbitation - Décembre 2015 - TLE - Apogée - Périgée - Excentricité - CNES - éléments orbitaux

Les paramètres orbitaux du satellite SPOT-5 en mai 2002, avril 2015 et décembre 2015.
Source : NORAD / Celestrak. Illustration : Gédéon

 

Si vous regardez attentivement, vous voyez que l’excentricité augmente et que la période orbitale diminue. On lit aussi que le 10 décembre 2015, il avait effectué 70517 fois le tour de la Terre.

Cela ne vous parle pas beaucoup ? Voilà un petit tableau dans lequel j’ai traduit les paramètres orbitaux en altitude d’apogée et altitude de périgée. Cette dernière avait baissé d’environ 180 km au 10 décembre et 200 km au 14 décembre (selon les chiffres publiés par le NORAD). L'excentricité a fortement augmenté, d'un rapport de près de 200 par rapport à l'orbite nominale.

 

Spot 5 - Désorbitation - Desorbiting - Apogée - Périgée - CNES - Fin de vie - Décembre 2015

Evolution de l’altitude du périgée et de la période orbitale du satellite SPOT-5. Le 31 octobre 2002
correspond à la fin de la recette en vol (orbite nominale). Le 2 avril est le démarrage de la
phase Spot 5 Take 5. Le 10 et le 14 décembre sont deux étapes de la désorbitation.
Source des données : NORAD / Celestrak. Illustration : Gédéon

 

Vous avez deviné : on procède à la désorbitation de SPOT-5…

SPOT-5 a été lancé par une fusée Ariane 4 (version 42P) le 4 mai 2002 à 0h31 UTC. Après plus de 13 années d’exploitation en orbite, le satellite SPOT 5 vient en effet de finir par tirer sa révérence…

 

Petit bain, petit plongeon…

Le satellite SPOT-5 a terminé sa carrière opérationnelle le 31 mars 2015 avec la fourniture des dernières images commercialisées par Airbus Defence and Space. Les premières manœuvres de changement d’orbite au commencé au moment du lancement de l’opération Spot 5 Take 5 : une expérimentation de 6 mois  pour préparer l’exploitation simultanée des deux satellites Sentinel 2 du programme européen Copernicus (voir l’article sur l’expérience Spot 5 Take 5).

L’orbite de départ est l’orbite classique des satellites SPOT 1 à 5 (héliosynchrone et quasi-circulaire), à la dérive de l’heure locale près (l’inclinaison et l’heure locale ne sont plus contrôlées depuis 2008) :

  • Demi-grand axe moyen de l’orbite SPOT : 7200,547 km (la valeur actuelle est précisément de 7200,240 km). Cela correspond une altitude moyenne de 831,4 km.
  • Inclinaison moyenne de l’orbite SPOT : 98,72 °.
  • Répétition du cycle orbital : 369 orbites par cycle de 26 jours.

 

L’orbite visée pour l’expérience Take 5 était à environ 2.6 km sous l’orbite initiale de SPOT 5, avec un décalage en longitude de manière à avoir un angle de vue identique à celui du futur Sentinel-2.

Après les deux manœuvres de changement d’altitude, l’altitude moyenne passe à 828,8 km et le cycle orbital se repère alors tous les 5 jours (soit 71 orbites), exactement comme la paire de satellite Sentinel-2.

Dans le jargon de la mécanique spatiale, la manœuvre de changement d’orbite est appelée un transfert de Hohmann, avec deux poussées, afin d’obtenir une orbite finale quasi-circulaire.

 

Grand bain, grand plongeon…

L’expérience Spot 5 Take 5 est désormais terminée. Vous trouverez des explications et des exemples de résultats sur le site  et sur le blog du CESBIO.

Le satellite SPOT-5 a donc définitivement fini sa mission. Pour ne pas encombrer son orbite où il risquerait de percuter un autre engin, il va être renvoyé dans l'atmosphère terrestre… Pour y brûler.

Comment y parvient-on ? En réduisant l’altitude de l’orbite, afin que le frottement aérodynamique causé par l’atmosphère résiduelle freine progressivement le satellite et l’amène très progressivement à redescendre vers les couches les plus basses de l’atmosphère où il finira par se consumer totalement.

Très exactement, l’opération consiste à rendre l’orbite de plus en plus elliptique en abaissant l’altitude du périgée.  On parvient à ce résultat en effectuant un manœuvre de freinage à l’apogée. C’est à peu près l’inverse de ce qu’on fait quand on circularise l’orbite d’un satellite de télécommunication lancé par Ariane 5 sur une orbite de transfert géostationnaire. Les manœuvres d’apogée sont plus économiques en ergols (voir cet article sur l’équation de Tsiolkovski).

Ce n’est pas une descente rapide. Contrairement à l’ATV qui redescend en quelques heures et qui effectue une rentrée contrôlée afin que les débris éventuels tombent dans une zone « désertique » du Pacifique sud, SPOT-5 va rentrer très progressivement dans l’atmosphère.

La loi spatiale française et les règles de la communauté spatiale internationale demandent que les vaisseaux spatiaux en orbite basse (moins de 2000 km d‘altitude soient placés à la fin de leur mission sur des orbites très basses (de l’ordre de 500 km d’altitude), permettant un retour sur Terre en moins de 25 ans. Ils doivent également être « passivés » pour limiter les risques d'explosion qui créeraient de multiples débris.

 

RIP : le cimetière au premier étage

Pour les satellites géostationnaires, à près de 36000 km d’altitude, on procède différemment : ils sont déplacés sur une orbite plus haute, une orbite « cimetière » (graveyard) là où ils ne gêneront pas les satellites opérationnels. Evidemment, en  orbite  basse ou en orbite GEO, il y a une condition essentielle : les satellites doivent encore être en état de marche, en tout suffisamment pour effectuer correctement l’ultime manœuvre de changement d’orbite.

Les autres, ceux tombés en panne avant cette étape, restent longtemps en place et « polluent » leur ancienne orbite. Le dernier exemple en date est le satellite AMOS 5 de l’opérateur israëlien. Spacecom. Il a brutalement cessé de fonctionner le 21 novembre 2015, seulement 4 ans après son lancement alors qu’il était prévu pour 15 ans. C’est embêtant pour les services de communication qu’il fournissait à plusieurs pays africains. C’est surtout  gênant pour ses voisins de la position 17°E sur l’orbite géostationnaire… Son maintien précis à poste n’est plus assuré et les autres opérateurs devront probablement procéder à des manœuvres d’évitement.

Même s’il y a beaucoup d’espace dans l’espace, c’est un problème… Les orbites les plus utiles sont « encombrées » : la présence de gros débris  augmente les risques de collisions avec les satellites opérationnels et les débris existants. Et chaque collision engendre de nouveaux débris, qui peuvent provoquer à leur tour de nouvelles collisions : Dans le pire cas, une sorte de réaction en chaîne connue sous le nom de syndrome de Kessler.

 

Moteur ! On tourne. Un peu moins rond…

Les opérations de désorbitation de SPOT-5 ont commencé le 1er décembre et vont se conclure normalement le 11 décembre 2015, à l’heure où j’écris cet article.

La désorbitation consiste à consommer complètement les ergols encore disponibles à bord en allumant le système de propulsion.

Dans un premier temps, six manœuvres abaissant chacune le périgée de l’orbite du satellite d’une quinzaine de kilomètres. L’orbite devient progressivement plus elliptique.

Au cours d’une septième et dernière manœuvre, les équipes d’opération en orbite du CNES  ajusteront le niveau d’ergols restant. Ensuite, le satellite sera « passivé fluidiquement » : les vannes sont laissées définitivement ouvertes et les réservoirs se vident au cours d’une ultime poussée longue. Après ce dernier coup d’accélérateur (ou plutôt de frein), le satellite SPOT 5 sera automatiquement passivé électriquement : extinction des émetteurs, déconnexion des panneaux solaires,  déconnexion des batteries.

Le CNES n’a pas encore communiqué sur les détails des manœuvres effectuées. J’espère qu’ils le feront rapidement : ces chiffres pourraient servir aux enseignants à proposer quelques exercices amusants à leurs élèves pour mettre en pratique les lois de Kepler, l’équation de Tsiolkovski et d’autres notions de maths et physique…

 

 

Spot 5 - Satellite - Désorbitation - évolution orbite - apogée - périgée - excentricité - TLE

Evolution des caractéristiques de l'orbite de SPOT-5 pendant les opérations de désorbitation effectuées
par le CNES. Crédit image : Gédéon. Source des données : NORAD / Celestrak.

 

Pour obtenir les courbes présentées ici, je n'ai utilisé que les données TLE publiées par Celestrak pendant les opérations de désorbitation. En pratique, seulement deux paramètres sont nécessaires : l'excentricité de l'orbite et le nombre d'orbites parcourues chaque jour. A partir de la prériode orbitale, la troisième loi de Kepler, la loi des périodes, donne immédiatement la valeur du demi grand axe. L'excentricité permet alors de calculer simplement apogée et périgée. Pour en déduire l'atitude de l'apogée et du périgée, il suffit de soustraire le rayon de la Terre. J'ai pris ici la rayon à l'équateur (6378 km).

 

De l’ellipse à l’éclipse

L’orbite elliptique atteinte en fin d’opération présentera l’avantage de minimiser la durée de rentrée du satellite dans l’atmosphère.

La même procédure a été appliquée à tous les prédécesseurs de SPOT-5, la grande famille des satellites SPOT. Tous ? Sauf un… Comme Envisat en 2012, SPOT-3 a subi une panne totale (à la suite de défaillances successives de plusieurs de ses gyromètres, provoquant la perte de stabilité et du contrôle du satellite) en novembre 1996 qui a interrompu toute possibilité de communication entre le satellite et la Terre : il est désormais impossible de déclencher la procédure de désorbitation.

 

Spot -Spot-2 - Spot-5 - Opérations CNES - Désorbitation - CST - Toulouse - Juillet 2009

Les équipes opération du CNES pendant la désorbitation de SPOT-2 en juillet 2009.
Crédit image : CNES

 

Ce n’est qu’un au revoir…

La désorbitation de SPOT-5 est un évènement émouvant pour tous ceux qui ont participé à l’aventure de l’observation de la Terre en France en général et à Toulouse et en  région Midi-Pyrénées en particulier.

Un « Satellite Pour Occuper Toulouse » a tenu et dépassé les promesses. Le commentaire ironique est devenu un succès commercial, industriel et scientifique qui a largement contribué au développement de la filière spatiale en région Midi-Pyrénées et au-delà. Au moins deux voire trois générations d’ingénieurs et de techniciens ont usé leurs fonds de culottes sur la famille de satellites SPOT, Hélios et Pléiades, l’exploitation de leurs images et le développement des applications associées.

 

Spot - Satellite pour occuper Toulouse - Toulouse - Spot 5 - CNES - Matra - Airbus - Spot Image - CESBIO

La ville de Toulouse vue par le satellite SPOT-5.
Copyright CNES - Distribution Airbus Defence and Space

 

 

Images à l’œil : un nouveau point de vue

Aujourd’hui, la relève est assurée par les deux satellites Pléiades-1A et Pléiades-1B, pour la très haute résolution, lancés en 2011 et 2012, et par SPOT-6 et SPOT-7, avec une résolution améliorée mais avec une fauchée identique à celle de SPOT-5 et une grande agilité.

La vraie question est l’évolution du modèle de financement : jusqu’à SPOT-5 et Pléiades, le financement est majoritairement assuré par le gouvernement français.

Ce n’est plus le cas avec SPOT-6 et SPOT-7 qui sont le premier exemple de financement intégralement privé, même si SPOT-7 a été vendu à l’Azerbaïdjan en décembre 2014.

Cette évolution intervient dans le contexte assez nouveau avec au moins quatre grandes tendances :

  • Le soutien du département de la Défense américain à l’industrie américaine (Digital Globe) avec des contrats cadres d’achat d’images, facilitant les investissements.
  • Le développement du fameux New Space et  l’émergence d’acteurs privés dans l’esprit de la Silicon Valley : Space X ou Blue Origin pour les lanceurs et le tourisme spatial, Planet Labs ou SkyBox en observation de la Terre, etc.
  • La volonté de pays de plus en plus nombreux à disposer de leur propre capacité spatiale, en particulier dans le domaine de l’observation de la Terre : Chili, Pérou, Corée, etc.
  • La banalisation de l’accès à l’image, au moins pour les résolutions moyennes, avec par exemple le programme européen Copernicus et ses satellites Sentinel. Avec la politique « accès libre et gratuit ». Les modèles économiques, au-delà des missions de service public, doivent alors reposer sur l’utilisation et la valorisation des images.

L’impact de ces évolutions reste incertain : difficile de savoir par exemple sur l'observation de la Terre peut reposer sur un modèle strictement privé.

Ces évolutions diverses interviennet dans une compétition féroce au niveau international. Les succès récents de l’industrie française montrent que l’investissement dans cette filière a porté ses fruits. Mais la bagarre ne s'arrête pas. A suivre…

 

Spot 6 - Brésil - Mariana - Coulée de boue - rupture barrage - Novembre 2015 - Airbus Defence and Space

Une image récente acquise le 6 novembre 2015 par le satellite SPOT-6 : la coulée de boue au Brésil
après la rupture de deux barrages miniers près de la ville de Mariana.
Crédit image : Airbus Defence and Space

 

En savoir plus :

 

 

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  • Gédéon
  • Ingénieur dans le domaine de l'observation de la Terre.
Bénévole de l'association Planète Sciences Midi-Pyrénées
  • Ingénieur dans le domaine de l'observation de la Terre. Bénévole de l'association Planète Sciences Midi-Pyrénées

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