Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
19 janvier 2012 4 19 /01 /janvier /2012 17:42

Cette image est incroyable ! Au premier coup d’œil, on pense d'abord qu’il s’agit d’un montage photo assez grossier : le paquebot semble disproportionné et "déplacé", si près de la côte... Il s’agit pourtant d’une scène bien réelle montrant le paquebot Costa Concordia échoué à proximité de l’île de Giglio sur les côtes italiennes de la Toscane.
L'image a été acquise le 17 janvier 2012 par le satellite WordView-2 de la société américaine Digital Globe qui l’a publiée dans sa galerie d’images. La première image de cet article est un extrait en pleine résolution. La seconde image est la scène complète, dont la résolution est ici réduite d’un rapport 2,5 environ. WorldView-2 a été lancé en octobre 2009.

Digital Globe - Costa Concordia - 17-01-2012 - Extrait

Digital Globe - Costa Concordia - 17-01-2012 - RR25

Image du paquebot Costa Concordia échoué près de l’île de Giglio en Italie. Image acquise le
17 janvier 2012 par le satellite WordView-2. En haut, extrait en pleine résolution.
En bas, image complète en résolution réduite d’un rapport 2,5 environ. Crédit image : Digital Globe


L’image permet de prendre conscience de la taille du paquebot et de la proximité de la côté. Le Costa Concordia, affrété par la société italienne Costa Croisières mesure 290 mètres de longueur avec 8,20 mètres de tirant d’eau. Il possède 1500 cabines et peut embarquer plus de 3700 passagers avec un équipage de  1100 personnes.

On comprend également mieux  la difficulté et le danger du travail des sauveteurs qui doivent explorer des couleurs et des pièces immergées ou partiellement remplies d’eau. On distingue également le barrage flottant mis en place pour limiter les risques de pollution : les cuves du navire contiennent 2300 tonnes de carburant. La société néerlandaise Royal Boskalis estime qu’il faudra au moins trois semaines pour le pompage du carburant.

 

Pourquoi une image en noir en blanc ?

En observation de la terre, on parle de "mode panchromatique" (ou PAN). C'est en général dans ce mode que les satellites fournissent les images de plus haute résolution. Lorsque l'information de couleurs (mode mulstispectral) est disponible, on crée habituellement des produits fusionnés appelés "pan-sharpened" (en anglais, "sharpen" signifie affiner ou aiguiser...), combinant la finesse des images panchromatiques avec l'information de couleur amenée par les images multispectrales. Ce n'est pas le cas ici.

C'est par contre le cas avec une partie des premières images acquises par le satellite Pléiades pendant la phase de recette en vol : contrairement au capteur d'un appareil photo-numérique classique, pour un satellite, les capteurs et les chemins parcourus par les faisceaux de lumière dans les bandes panchromatique et multispectrales ne sont pas les mêmes. De ce point de vue, l'oeil du satellite ressemble davantage à une caméra vidéo professionnelle dite "tri-CCD" où les composantes rouge, verte et bleue de la lumière sont séparés par des prismes ou des filtres particuliers (dichroïques) avant de parvenir à 3 matrices photo-sensibles différentes. Sur un satellite, pour parvenir à obtenir des images "pan-sharpened" parfaites, il faut que les deux types d'images soient parfaitement superposables. Dans le cadre d'une recette en vol, c'est un des objectifs des équipes "qualité image" de vérifier que la qualité de cet alignement ("registration" en anglais) est conforme à la performance attendue.
 

Pour revenir au naufrage du Costa Concordia, d’autres photographies saisissantes prises sur place par des photographes professionnels ont également été publiées sur l’excellent site « Big Picture » du journal Boston Globe.

Le radar SAR du satellite italien Cosmo-Skymed a également acquis des images du site du naufrage. Une image, publiée par l'Agence Spatiale Italienne (ASI, Agenzia Spatiale Italiana), a été acquise dès le 14 janvier 2012 à 6h30 UTC du matin, juste avant le lever du soleil en Toscane.  L'image permet de voir l'île de Giglio dans son ensemble et les navires de secours autour de l'épave. A ma connaissance, c'est la première image satellite acquise après l'accident du Costa Concordia. 

 

Cosmo-Skymed---SAR---Costa-Concordia---Giglio---14-01-2012-.jpg

Cosmo-Skymed---SAR---Costa-Concordia---Giglio---14-copie-1.jpg

Image de l'île de Giglio vu par le satellite italien Cosmo Skymed prise le samedi 14 janvier à 6h30
UTC. En haut, image complète en résolution réduite d'un rapport 4. En bas extrait en pleine
résolution centré sur l'épave du Costa Concordia. Crédit image : ASI (
Agenzia Spatiale Italiana)

 

La dernière image provient du radar ASAR du satellite européen Envisat. Elle a été acquise le 19 janvier à 21h13 UTC. Comme TerraSAR-X ou TanDEM-X, le radar de Cosmo-Skymed travaille en bande-X (fréquence de 9,6 GHz) fournit des images à très haute résolution (environ 1 mètre). Celui du satellite Envisat en bande L (fréquence de 5,3 GHz) fournit des images d'environ 30 mètres de résolution sur un champ plus large. La résolution des images Radar s'améliore quand la fréquence utilisée augmente. Cet article du blog Un autre regard sur la Terre vous en dira un peu plus sur les bandes de fréquences utilisées en imagerie radar.

 

ENVISAT - ASAR - IMP - Costa Concordia - Giglio - 19-01-201

Image de l'île de Giglio vue par le radar ASAR du satellite européen ENVISAT prise le jeudi 19
janvier 2012 à 21h13 UTC.
Image en mode IMP (Mode Precision Image).
Crédit image : ESA (Agence Spatiale Européenne)

  

NB : Pour faciliter la lecture et renforcer l'impression de perspective, j'ai pivoté les trois images radar de 90° : le haut de l'image correspond à la direction ouest. Le paquebot Costa Concordia s'est échoué sur la côte est de l'île de Giglio.

 

Pas que beau…
Selon un bilan toujours provisoire, le naufrage dans la nuit du vendredi 13 au samedi 14 janvier (vers 21 heures) a fait au moins onze morts. 26 personnes sont encore portées disparues. De nombreux témoignages mettent en cause l’imprudence et l’attitude du commandant du navire, Francesco Schettino, assigné à résidence et accusé d'homicides multiples par imprudence, naufrage et abandon de navire.

La dégradation de la météo (vent et hauteur des vagues) et des mouvements de l'épave ont contraint les équipes de secours à suspendre temporairement leurs recherches à bord du navire.

 

En savoir plus :

 

 



 

Repost 0
7 novembre 2011 1 07 /11 /novembre /2011 22:17

Voici une nouvelle catégorie d'articles du blog Un autre regard sur la Terre : les "images satellite de la semaine".

Une sélection d'images satellites de la semaine écoulée qui m'ont paru intéressantes mais pour lesquelles je n'ai pas eu le temps d'écrire un article complet.

Cette sélection est très subjective : acquises par différents satellites d'observation de la Terre, elles sont spectaculaires, correspondent à un évènement d'actualité ou présentent un intérêt pédagogique particulier.

Une légende, quelques lignes d'explications et des liens recommandés (externes ou vers d'autres articles du blog Un autre regard sur la Terre). C'est tout... A vous de voir comment vous pouvez les exploiter avec vos élèves..

 

6 novembre : les eaux limpides du lac Baïkal entouré par la neige

 

ENVISAT---MERIS---Lac-Baikal---06-11-2011---03h24---RR2.jpg La lac Baïkal vue par le capteur MERIS du satellite européen Envisat le 6 novembre 2011 à 3h24 UTC.
La résolution est réduite d'un rapport 2 par rapport à celle de l'image initiale (300 mètres).
Crédit image : ESA (Agence Spatiale Européenne)

 

En Russie, dans le sud de la sibérie (53°10"25"N, 107°39"45"E), à proximité d’Irkoutsk, le lac Baïkal est la plus grande réserve d'eau douce liquide de surface au monde. D’origine tectonique, c’est également  le lac le plus profond du monde (environ 1700 mètres). Grâce à son âge (environ 25 millions d’années), à la transparence de son eau et à son isolement, il abrite une des faunes d'eau douce les plus riches et originales de la planète, et porte pour cette raison le surnom de « Galapagos de la Russie ». L’UNESCO l’a inscrit en 1996 au patrimoine mondial de l’humanité.

 

6 novembre : mer jaune et fleuve bleu... Flottilles de pêche : des points blancs sur fond noir avec le radar du satellite Envisat

Au large de Shanghai et de Ningbo, entre la mer de chine orientale et la mer jaune, les points lumineux clairs sur fond noir sont des flottes de navires de pêche. La mer jaune, peu profonde, est très poissonneuse. Chine et Corée pratiquent une pêche très intensive. Toutes les espèces sont sur-pêchées.

 

ENVISAT---ASAR---WSM---Mer-jaune---06-11-2011---01h52.jpgNavires de pêche en mer jaune. Une image acquise le 6 novembre 2011 à 1h52 UTC par le radar
ASAR du satellite européen Envisat (wide swath mode).
Crédit image : ESA (Agence Spatiale Européenne)

 

2 novembre : l'éruption du volcan sous-marin El Hierro dans les îles Canaries

Dans l’océan atlantique, El Hierro fait partie des îles Canaries. C’est la partie émergée d’un volcan. Celui-ci est entré en éruption le 10 octobre 2011 avec une coulée de lave sous-marine au sud-ouest de l’île. Cette éruption se poursuit. Le phénomène entraîne une coloration de l’eau très visible par les satellites d’observation. Le service GMES SAFER de réponse aux situations d’urgence a été activé. C’est à cette occasion que des images, comme celle publiée à droite, ont été acquises à la demande des équipes SAFER par les satellites Rapid Eye.

AQUA---Modis---Iles-Canaries---500m---02-11-2011.jpg Rapid-Eye---El-Hierro---13-10-2011.jpg

L'éruption du volcan sous-marin El Hierro. A gauche, une image acquise le 2 novembre 2011 par
le capteur MODIS du satellite américain Aqua (crédit image : NASA/GSFC, Rapid Response). A droite,
image acquise le 13 octobre 2011 par le satellite allemand Rapid Eye (crédit image : Rapid Eye)

 

1er novembre : en Thaïlande, les inondations de Bangkok

En été et en automne, c’est la mousson qui influence le climat en Thaïlande avec les précipitations les plus fortes en septembre (21 jours de pluie en moyenne). Lorsque c’est pluies sont particulièrement intenses, les fleuves débordent et inondent les plaines centrales.

Cette année, la Thaïlande connaît des cumuls de pluies atteignant par endroits deux fois les quantités normales : le régime des vents (alizés du golfe de Thaïlande, mousson indienne orientée au Sud-ouest) a créé des dépressions accentuant le régime pluvieux. Ceux-ci ont été accentués par la tempête tropicale « Haitang » et la fin de parcours du typhon « Nesat » au mois de septembre. La Niña est de retour : la température élevée à la surface de l’océan dans le Sud-est asiatique et dans l’océan indien a favorisé une forte évaporation.

A Bangkok, un tiers de la superficie de ma mégalopole est sous plusieurs dizaines de centimètres d’eau et 3.000.000 de personnes sont affectées. Plus de 500 personnes ont péri.

Dans un rapport publié en 2007, l'OCDE a classé Bangkok comme l'une des dix villes au monde où le risque d'inondations menace le plus grand nombre de personnes et de biens d'ici 2070 : la ville construite sur une zone marécageuse s’enfonce alors que le niveau des océans monte sous l’effet des changements climatiques. 

Envisat - ASAR - WSM - Bangkok - Inondations - 01-11-2011 - Digital-Globe---Bangkok---Floods---24-10-2011---RR2.jpg

La ville de Bangkok partiellement inondée. A gauche, une image acquise le 1er novembre 2011 à 3h18
UTC par le radar ASAR du satellite européen Envisat (wide swath mode). Crédit image : ESA
(Agence Spatiale Européenne). A droite, extrait d'une image acquise le 24 octobre 2011 par le satellite optique à haute résolution Worldview :
Bang Khu Wat dans la province Pathum Thani au nord de Bangkok. Crédit image : DigitalGlobe

Les images ci-dessus sont une combinaison de canaux visibles et proches infrarouges permettant de bien différencier l’eau (en nuances de bleues plus ou moins foncées) et la végétation (en vert vif). Les zones urbaines et les sols nus apparaissent en brun.

Terra---MODIS---Bangkok---01-11-2011.jpg
Terra---MODIS---Bangkok---12-11-2008.jpg

En Thaïlande, les environs de Bangkok en novembre 2008 et en novembre 2011. A gauche,
extrait d'une image acquise le 1er novembre 2011 par le capteur MODIS du satellite américain Terra.
A droite, la même zone vue le 12 novembre 2008. Crédit image :
NASA/GSFC, Rapid Response

  

En savoir plus :

 

 


 



 

 


Repost 0

Présentation

  • : Un autre regard sur la Terre
  • Un autre regard sur la Terre
  • : Les satellites d'observation de la Terre au service de l'environnement : images et exemples dans les domaines de l'environnement, la gestion des risques, l'agriculture et la changement climatique. Et aussi, un peu d'espace et d'astronomie, chaque fois que cela suscite questions et curiosité...
  • Contact

A Propos De L'auteur

  • Gédéon
  • Ingénieur dans le domaine de l'observation de la Terre.
Bénévole de l'association Planète Sciences Midi-Pyrénées
  • Ingénieur dans le domaine de l'observation de la Terre. Bénévole de l'association Planète Sciences Midi-Pyrénées

Rechercher

En Savoir Plus Sur Ce Blog...