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13 juillet 2014 7 13 /07 /juillet /2014 11:03

    Brasil 2014 - FIFA World Cup - HBS -IBC - Master control roQu'est que c'est ? Un supermarché de téléviseurs ? Pas vraiment, nous sommes à Rio de Janeiro
dans la « master control room » de l'International Broadcast Centre d'HBS. C'est le centre
névralgique pour la diffusion des matchs du mondial 2014 : presque toutes les images de tous
les stades transitent par cet aiguillage géant et temporaire.
Crédit image : Jean-Baptiste Minesi

 

Allez les (petits hommes) verts !

Deux devinettes pour commencer : quelle différence entre le rover martien Curiosity et un stade du mondial au Brésil ? Réponse : 17. Curiosity est équipé de 17 caméras vidéo. Il y en a 34 installées autour des stades où se sont joués les matchs de la coupe du monde. 34, ce sont uniquement les caméras pour la production officielle, sans compter les caméras de reportage.

La seconde devinette : quel point commun entre le mondial 2014 et MSL Curiosity ? Réponse : la quantité d'informations à transmettre sur une très longue distance. Encore plus loin que la distance des buts allemands ou néerlandais qui paraissaient inaccessibles aux brésiliens pendant leurs deux derniers matchs.

 

Loin du but

J'ai déjà présenté comment les mesures effectuées par Curiosity étaient retransmises vers la Terre soit directement soit en passant par des satellites relais, comme MRO en orbite autour de Mars.

13 juillet : jour de la finale qui voit s'affronter l'Allemagne et l'Argentine au stade Maracanã de Rio de Janeiro, il est temps de s'intéresser à la production et à la diffusion des images que regardent des millions de téléspectateurs dans le monde.

Après la série sur les stades du mondial, vous n'allez pas voir d'images de satellites d'observation de la Terre... On va davantage parler de satellites de télécommunication et... de fibres optiques.

Avant la finale, j'ai eu la chance de pouvoir m'entretenir avec le responsable des moyens techniques mis en place par de TF1 au Brésil pendant la durée du mondial. Je remercie vivement Jean-Baptiste Minesi, ainsi qu'Yves Bouillon et toute l'équipe de TF1 au Brésil, pour leur gentillesse et la clarté de leurs explications. Ce sont eux qui m’ont autorisé à publier les photographies des moyens techniques au Brésil

 

Ballon rond : des images qui voyagent tout autour de la Terre

La diffusion des images d'un grand évènement sportif comme les JO ou une coupe du monde comporte en fait trois volets :

  • La production des images sur le site de l'évènement. C'est le travail du "Host Broadcaster", en l'occurrence pour le mondial 2014 la société HBS, choisie par la FIFA, l'organisateur de l'événement.
  • La transmission des images aux chaînes qui ont acquis les droits de diffusion (comme TF1 ou Bien Sports pour la France). C'est ici que se fait ce que j'appelle l'habillage des images, par exemple l'ajout des images des commentateurs de TF1 assistant au match sur place ou les interviews du sélectionneur ou des joueurs de l'équipe de France, ou d'Allemagne après sa victoire en finale, juste après le coup de sifflet final.
  • Enfin, la diffusion des images vers les téléspectateurs par la chaîne qui a acquis les droits de retransmission. Chaîne payante ou gratuite, pas de différence entre un match du mondial et n'importe quelle autre émission de TV. Les possibilités pour afficher les buts allemands sur votre écran plat(1) restent les mêmes : TNT, ADSL, câble ou fibre, satellite...

(1) Je suis passé très récemment à l’écran plat. Cela change la vie : le chat ne peut plus dormir dessus et, si vous êtes geek, impossible de réchauffer une pizza. En plus, de la publicité mensongère : sur le mien, il était indiqué 4K alors qu'il pesait au moins 13 kg. Et... que fait-on d'un lecteur de DVD plat mais horizontal avec un écran plat mais vertical ?

 

Brasil 2014 - Stade Maracana - PublicLes spectateurs dans le stade Maracanã à Rio Janeiro. Très nombreux pour encourager leurs
équipes mais pas aussi nombreux que les téléspectateurs qui suivent le match à la TV dans
tous les pays du monde. Crédit image : Yves Bouillon.

 

L’évènement le plus médiatisé de la planète…

La production et l'habillage des images des grandes manifestations sportives ont déjà été traités sur le blog Un autre regard sur la Terre à l'occasion de la Coupe du monde de Rugby en Nouvelle-Zélande en 2011.

Même si les grands principes sont les mêmes au Brésil, on passe dans une toute autre dimension avec le Mondial 2014 :

  • 32 équipes de 32 pays.
  • Le deuxième événement planétaire le plus télédiffusé, derrière les Jeux olympiques et devant le Tour de France.
  • 17,9 millions de téléspectateurs ont regardé sur TF1 le match de quart de finale France – Allemagne.
  • En 2010, une audience cumulée de près de 30 milliards de téléspectateurs, dont 700 millions pour la finale.
  • Et 34 caméras autour de chaque stad pour produire les images de chaque match du Mondial 2014 !

Caméras pas cachées : la réalisation des images des matchs

La réalisation des matchs a été confiée par la FIFA à la société HBS. C’est une très grosse organisation : 2000 personnes !

Il y a 34 caméras par match plus les caméras privatives demandées par chaque chaine, par exemple la caméra qui filme les commentateurs. Tout est tourné en format HD. HBS proposait trois Matchs en 4K au stade de Rio de Janeiro avec une dizaine de caméras. Le problème est le coût d’acheminement du signal, plus volumineux, vers les chaines. La chaîne japonaise NHK fait même une démonstration en… 8K : la NHK veut mettre ce standard en production pour les prochains Jeux Olympiques au Japon.

TF1 a également demandé à HBS deux caméras supplémentaires pour les matchs de l’équipe de France pour des directs assurés par les journalistes de TF1. Ces caméras peuvent être placées dans différents endroits du stade : plateforme, bord terrain, zone d’interview, etc.

 

FIFA - Brasil 2014 - Caméras stadeEn plus des caméras filmant le match pour la production officielle, il y a toutes celles des
reporters accrédités. Crédit image : Yves Bouillon

 

HBS assure la réalisation dans chaque stade et fournit simultanément plusieurs styles de réalisation par match (classique, tactical, Team A, émotion, etc.) ainsi que des images de caméras isolées (Beauty, aerial, etc.)

Il y a donc au moins 15 signaux différents par match avec lesquels le réalisateur de TF1 fournit le signal « habillé » pour la France, en ajoutant son propre signal audio et les signaux privatifs éventuels.

 

Des 12 stades brésiliens à l’International Broadcast Centre : le royaume de la fibre…

Tous les signaux sont rapatriés par fibre optique à l’International Broadcast Centre (IBC) à Rio de Janeiro et redistribués aux chaînes qui ont acheté les droits de diffusion, présentes sur place. Les chaînes renvoient ces signaux vers leur pays d’origine, en général par fibre optique.

 

Brasil 2014 - FIFA World Cup - HBS - International Broadcast CentreUne autre vue de la master control room » de l'International Broadcast Centre d'HBS à
Rio de Janeiro. Crédit image : Jean-Baptiste Minesi

 

L’International Broadcast Centre et les stades sont donc plutôt le royaume de la fibre optique, mais le satellite y a aussi sa place en liaison de secours pour les communications stades - IBC ainsi que pour certaines chaines qui préfèrent renvoyer les signaux chez elles par satellite.

 

Brasil 2014 - FIFA World Cup - HBS - IBC - TF1La salle de contrôle « Trafic TF1 » dans l’IBC à Rio de Janeiro et l’équipe technique au travail.
Crédit image : Yves Bouillon

 

Pourquoi la fibre est-elle privilégiée pour la production des images ?

C’est d’abord le débit d'images très élevé qui est le critère de choix : souvent plus de 30 signaux HD différents par match, qu’il faut remonter à l’IBC, et jusqu'à quatre matchs par jour pendant la première phase de qualification. La fibre est également considérée comme moins sensible aux conditions météorologiques difficile et offrant une latence plus réduite.

Pour des évènements de longue durée aussi importants qu’une coupe du monde ou des jeux olympiques, les organisateurs ont tout le temps d’installer une infrastructure terrestre. Le satellite devient plus intéressant pour les évènements de courte durée ou quand la mobilité des moyens vidéo est déterminante (Dakar, Tour de France, etc.)

TF1 utilise aussi un car SNG (Satellite News Gathering) pour la couverture du camp de base de l’équipe de France à Riberao Preto et louait un canal transatlantique sur le satellite IS 805 (Intelsat) pour une retransmission transmission direct jusqu’à Paris.

D’autre chaines, comme Bein Sport, qui ont également des cars SNG au Brésil, utilisent un satellite local puis font la transmission (downlink) vers l’IBC avant de transmettre le signal par fibre vers l’Europe. Le satellite est incontournable pour les petites productions ou celles demandant de la mobilité.

 

Word Cup - Brasil 2014 - SNG - stadeExemple de car SNG (Satellite News Gathering) utilisé pour assurer une liaison directe par satellite
entre un stade et le quartier général d’une chaîne de télévision. Si vous assistez à une étape du tour
de France, vous en verrez un certain nombre… Crédit image : Jean-Baptiste Minesi.

 

Un seul but : ne pas rater un but ! Tout est redondé : fibres, liaisons satellites…

La hantise des responsables de la vidéo : une coupure à l’écran au moment où un but est marqué. Même pour Allemagne- Brésil, il eut été dommage qu’une panne empêche de voir un des 8 buts marqués au cours du match. La fiabilité des moyens techniques est donc un critère de choix primordial.

Par exemple, il y a toujours deux « routes » différentes par fibre pour assurer la redondance. Entre les stades et l’IBC et entre l’IBC et les pays diffusant les matchs. Ainsi, TF1 a 11 liaisons par fibre (140MB/S par fibre) entre l’IBC et les locaux parisiens de TF1. Les 11 liaisons fibre passent par deux routes différentes, au nord et au sud, pour garantir une redondance totale. Le prestataire choisi par TF1 est Globecast et les signaux sont encodés en JPEG 2000 (très faible latence).

 

Brasil 2014 - IBC - HBS - Satellite FarmBrasil 2014 - IBC - HBS - Satellite Farm - 2Beaucoup de fibre optique mais également beaucoup de liaisons par satellite :

la ferme des satellites de l’International Broadcast Centre à Rio de Janeiro.
Et on prépare déjà le Mondial 2022 au Qatar... Crédit image : Jean-Baptiste Minesi.

 

Fil conducteur

Les communications par fibre sont complétées par des « backups » par satellite. Les liaisons satellites sont elles-mêmes redondées avec des canaux sur des satellites différents.

HBS, la société qui produit tous les matchs, fournit aussi un signal crypté sur trois satellites (un pour l’Europe, un pour l’Asie et un pour Amériques) : il sert de secours pour les chaines qui diffusent les matchs en direct. C’est l’UER qui est en charge de distribuer ce signal (EBIF). Pour l’Europe, c’est assuré par le satellite Eutelsat 7A.

 

TV World Cup 2014 - HBS - IBC - Fibres et cablesSoyez branchés : utilisez des liaisons sans fil… Dans l’IBC, il reste quelques câbles ! Bon courage
aux équipes qui vont démonter ce centre de télécommunication impressionnant mais temporaire.
Crédit image : Jean-Baptiste Minesi.

 

61, rue des archives : la fibre pour le direct…

Appartenant au groupe Orange, Globecast est un des principaux fournisseurs mondiaux de services de numérisation, d’agrégation, de transmission et de reformatage de contenus audiovisuels. Globecast opère 92000 km de réseaux de fibre optique (plus de deux fois le tour de la Terre) et 96 transpondeurs sur 27 satellites.

A Paris est situé un des nœuds de raccordement les plus importants pour la radio et la TV, dans le centre technique de Globecast de la rue des archives. Les plus anciens le connaissent encore certainement sous le nom de SERTE : Le Service d'Exploitation Radio Télévision Extérieur a été créé en 1947 sous le nom de Centre des Liaisons Radioélectriques (CLR). D’autres télévisions font également appel à des opérateurs concurrents comme BT Global Media Network (GMN).

 

Un détail pour les fans de technique : le format de compression des images TV

Pour la compression des images pendant la production et pour leur transfert vers les chaînes avant diffusion, c’est le format JPEG 2000, avec sa version Motion JPEG 2000, qui est à la mode chez les professionnels et remplace le format MPEG. L’absence d’estimation de mouvement entre les images facilite le montage des séquences vidéo.

Surtout, le format JPEG 2000 n’a pas besoin de plusieurs images consécutives pour fonctionner : il permet donc un traitement à très faible latence, sans retarder les images autant que le MPEG.

Seul défaut : le JPEG 2000 est relativement moins efficace que la MPEG en termes de facteur de compression…

 

Sport collectif et entraînement avant match

Au Brésil, l’équipe de TF1 compte plus de journalistes que de techniciens. Pendant l’installation de l’IBC et du SNG au camp de base, il y a eu une quinzaine de techniciens mobilisés. Toute la configuration avait été montée et testée au préalable à Paris. L’équipe de TF1 est arrivée au Brésil le 1er juin. Le 8 juin, tout était opérationnel.

A partir de là, TF1 n’avait plus que 5 personnes à l’IBC ainsi que deux chefs de production pour les matchs que diffuse TF1, avec un renfort d’un Ingénieur du son sur certain matchs, la logisticienne de TF1, Isabelle Labonde, et le directeur des opérations (Martin Tzara).

Pour les journalistes, il y a eu jusqu’à 7 équipes de 3 personnes se déplaçant entre les douze villes et les deux équipes commentateurs des matchs : impossible d’assurer tous les matchs sur des sites aussi distants avec une seule équipe.

Une fois les moyens techniques en place et testés, ce sont surtout des problèmes de logistique auxquels font face les équipes des chaînes : Isabelle Labonde travaille souvent très tard pour trouver des vols, des hôtels, des voitures pour les journalistes et commentateurs dans les différentes villes. L’expérience et les bonnes relations avec les autres chaînes comptent beaucoup pour cette fonction importante.

 

La diffusion des images aux téléspectateurs

La diffusion directe de la TV par satellite, même si les technologies ont beaucoup évolué, reste l’application la plus importante des satellites de télécommunication : depuis l'orbite géostationnaire, ils couvrent facilement une région ou un continent. Au sol, une petite parabole permet de recevoir les émissions de télévision, même dans les endroits où les liaisons hertziennes passent mal à cause du relief ou quand l’ADSL n'a pas un débit suffisant

Selon la société de conseil Euroconsult, il y a 37 opérateurs de services fixes par satellites (FSS). Les 3 premiers, l’américain Intelsat, le luxembourgeois SES et le français Eutelsat se partagent 60% du marché. Plus de 3 milliards de téléspectateurs…

Un rapport de l’IDATE paru en août 2013 précise que la télévision par satellite représente 78% des revenus totaux des services satellitaires. Par exemple, dans la plaquette « Faits et chiffres 2014 », l’opérateur Eutelsat indique que son activité au 30 juin 2013 se répartissait de la manière suivante :

  • 68,5% pour les applications vidéo (diffusion des chaînes de télévision, distribution des chaînes aux réseaux terrestres, liaisons de contribution). 5200 chaînes de télévision, dont 500 en HD, sont diffusées par la flotte de 37 satellites exploités par Eutelsat et répartis entre 116,8° Ouest et 172° Est sur l’orbite géostationnaire. Le nombre de chaînes diffusé a été multiplié par 10 en 10 ans.
  • 20% pour les services de données et à valeur ajoutée (par exemple connexion à la dorsale Internet pour les fournisseurs d’accès ou accès internet à haut débit par satellite). Avec le nouveau satellite multifaisceaux de grande capacité KA-SAT, un accès au haut débit comparable à celui de l’ADSL est disponible partout en Europe et sur de larges zones du Bassin méditerranéen.
  • 11,5% pour les applications multi usages (surtout pour les gouvernements et les institutions).

 

Eutelsat - Satellites de Télécommunication - Flotte de satellites - Satellites fleetSES - Satellites de Télécommunication - Flotte et couvertDeux illustrations montrant la flotte de satellites de télécommunications des opérateurs

européens Eutelsat et SES. Sur l’orbite géostationnaire, ils sont positions sur des « slots »
correspondant aux régions où les services sont commercialisés.

 

Deux constructeurs européens de satellites, Airbus Defence and Space et Thales Alenia Space, avec des sites importants installés à Toulouse, s’en tirent plutôt bien dans la concurrence féroce qui les oppose aux américains SS/Loral, Boeing, Orbital Sciences ou Lockheed Martin. Après un record de 30 satellites commandés en 2009, la tendance semble s’orienter vers un palier à 22 commandes par an. Il va être intéressant de voir comment Google et Facebook concrétisent les projets de réseau Internet dans l'espace qu'ils ont annoncés récemment et quelle sera la réponse des autres opérateurs. 

L’entretien de la flotte et le renouvellement régulier des satellites est le signe d’une activité opérationnelle et prospère : Eutelsat et SES viennent d’annoncer l’entrée en service commercial de deux nouveaux satellites.

Lancé le 25 mai 2014 par une fusée Zenit-3SL depuis la plateforme Sea Lauch, Eutelsat 3B est entré en service commercial le 6 juillet sur la position à 3° Est. Fabriqué par Airbus Defence and Space, Eutelsat 3B est le premier satellite commercial à réunir des charges utiles en bandes Ku, C et Ka sur la même plate-forme (51 répéteurs au total). Il prend le relais des satellites Eutelsat 3D, redéployé sur une autre position (7°E) et Eutelsat 3A qui prendra prochainement le chemin du « cimetière », la fameuse orbite « graveyard » à quelques centaines de kilomètres au-dessus de l’orbite géostationnaire.

C’est depuis la France, à partir du téléport de Rambouillet, que les équipes d’Eutelsat opèrent les satellites ou conduisent les manœuvres éventuelles en orbite (mise à poste, maintien à poste, déplacements).

De son côté, début juin, l’opérateur luxembourgeois SES a mis en service le satellite Astra 5B sur la position 31,5° Est pour renforcer ses capacité sur le centre et l’est de l’Europe, la Russie et la Communauté des Etats Indépendants. Astra 5B avait été lancé par une fusée Ariane 5 le 22 mars 2014 depuis la Guyane française.

 

SES - Astra 5B - Essais Vide thermique - Airbus Defence and Space - Astrium SatellitesLe satellite Astra 5B pendant les essais en vide thermique chez Intespace à Toulouse.

Crédit image : SES

 

Astra 5B a également été construit par Airbus Defence and Space et intégré dans les salles blanches à Toulouse. Il embarque 40 transpondeurs en bande Ku (36 MHz de bande passante) et 6 transpondeurs en bande Ka. Plus un passager auxiliaire pour le compte de la Commission Européenne… Rien à voir avec les télécommunications : il s’agit d’une charge utile EGNOS, destinée à améliorer la précision et la fiabilité des signaux de positionnement par satellite sur l’Europe.

Astra 5B va remplacer Astra 1G et augmenter la capacité sur cette position orbitale. Sur son site Internet, SES annonce qu’au total, 1536 transpondeurs sont exploitées sur ses 55 satellites en opération sur 37 positions orbitales.

 

FIFA Word Cup - Brasil 2014 - NASA - Curiosity - CamerasCuriosity ou la coupe du monde : la guerre des caméras… Dessin extrait d’une présentation
faite par Sylvestre Maurice, chercheur à l’IRAP, pour la conférence du 27 juin 2014 à la Cité
de l’espace à Toulouse à l’occasion du premier anniversaire martien de la mission MSL

 

Quelques sigles pour impressionner vos amis au moment du thé…

  • PoP : Point of Presence, point d’accès à Internet.
  • DTH : Direct To Home. Diffusion direct de la télévision à partir de satellites.
  • DBS : Direct Broadcast Satellite
  • FSS : Fixed Satellite Services

 

En savoir plus :

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16 mars 2014 7 16 /03 /mars /2014 14:03

Dimanche, on votait… Pas en France : pour les élections municipales, il faut attendre encore une semaine avant le premier tour du 23 mars 2014.

Dimanche 16 mars, c’était le référendum sur l’avenir de la Crimée qui a retenait l’attention de toute la communauté internationale : les occidentaux jugent ce scrutin illégal, après les tensions des dernières semaines en Ukraine. 

Les électeurs devaient prendre position sur deux questions: « Êtes-vous pour l'intégration de la République autonome de Crimée à la Fédération de Russie ? Êtes-vous pour le rétablissement de la Constitution de la Crimée de 1992 et le maintien de la Crimée comme partie intégrante de l'Ukraine ? »

Selon les premiers sondages réalisées à la sortie des bureaux de vote, les habitants de Crimée ont, sans surprise, très largement plébiscité le rattachement à la Russie.

 

Envisat - MERIS - Crimée - Mer d'Azov - 19-03-201-copie-1Entre la mer noire et la mer d’Azov, la péninsule de Crimée vue par le satellite Envisat. Image
prise le 19 mars 2012 à 8h13 UTC. Crédit image : Agence Spatiale Européenne (ESA)

 

C’est l’Printemps qui revient ! Lentement...

Après la répression violente de la révolution du Maïdan et le départ précipité du président Viktor Ianoukovitch début mars, les députés prorusses du Parlement de la Crimée ont voté le 11 mars la déclaration d'indépendance de la Crimée. C’est en fait le rattachement de la presqu'île à la Russie qui se joue : le jour du printemps, les députés russes de la Douma pourraient voter une loi qui autorisera la Russie à rattacher un territoire étranger en cas de « défaillance » de l'Etat dont il dépend.

La Crimée porte un nom prédestiné : en tatar de Crimée, il signifie « ma colline » mais, une racine grecque évoque le mot « frontière ». Du point en vue géographique ou historique, la question des frontières et du territoire d’appartenance de la Crimée est centrale et complexe…

 

La géographie de la Crimée avec les satellites d’observation de la Terre

On commence par la géographie, plus facile à illustrer avec des images satellites…

Il y a longtemps que je n’ai pas illustré d’article avec une image du satellite européen Envisat : il a cessé de fonctionner en avril 2012 mais l’ESA donne toujours accès à l’impressionnante archive d’images des instruments ASAR (le radar) et MERIS (instrument optique multispectral).

La première image de cet article a été prise par MERIS le 19 mars 2012. En voici un autre extrait plus large qui montre la position de la péninsule de Crimée.

 

Envisat---MERIS---Crimee---19-03-2012---08h13---FR.jpgLa péninsule de Crimée vue par le satellite Envisat. Un autre extrait d’une image prise le
19 mars 2012 à 8h13 UTC. Crédit image : Agence Spatiale Européenne (ESA)

 

Située au nord de la Mer noire, au sud de l’Ukraine et au sud-ouest de la Russie, la péninsule de Crimée a une superficie de d’environ 27000 km2. Elle est reliée à L’Ukraine au nord par l'isthme de Perekop. Un isthme, ce n'est guère épais, comme disait Tolstoï...

À l'est, le détroit de Kertch (13 kilomètres dans la partie la plus large), entre la péninsule de Kertch et la péninsule de Taman en territoire russe, relie la mer Noire à la mer d'Azov. Le mont Roman-Koch, le point culminant, atteint 1545 mètres d’altitude.

L’image d’Envisat date de 2012 mais la situation de mars 2014 est assez comparable, en particulier en ce qui concerne la partie ouest de la mer d’Azov avec sa surface encore partiellement gelée : une image du satellite Aqua le confirme…

 

Aqua - MODIS - Crimée - Azov - 13-03-2014Péninsule de Crimée et mer d’Azov. Extrait d’une image acquise par l’instrument MODIS du satellite
Aqua le 13 mars 2014. Crédit image : NASA / GSFC / MODIS Rapid Response

 

D’autres images prises par le satellite Envisat à d’autres périodes de l’année permettent de voir que la Crimée et l’Ukraine restent des régions agricoles, avec des vergers et des vignobles.

L’image suivante acquise en août 2011 montre également des zones d’agriculture irriguées, dont les parcelles apparaissent en vert clair.

 

Envisat - MERIS - Crimée - 27-08-2011  

La péninsule de Crimée vue par le satellite Envisat. Extrait d’une image prise le 27 août 2011
à 8h26 UTC. Crédit image : Agence Spatiale Européenne (ESA)

 

Si vous voulez voir l'agriculture d'un peu plus près, voici deux extraits d'une image prise par l'instrument OLI du satellite américain Landsat 8 le 17 août 2013. La résolution plus fine (30 mètres) permet de mieux repérer les parcelles agricoles et, en particulier, les cercles verts parfaits des systèmes d'irrigation à pivot. Notez également les couleurs étonnantes du Syvach, aliias la mer Putride, une zone de marais et de lagunes peu profondes près de l'isthme de à l'ouest et séparée de la mer d'Azov par le détroit de Henitchesk.

La profondeur maximale est de 3 mètres, avec une moyenne variant entre 50 centimètres et un mètre. Au mois d'août, au moment où cette image a été prise, la température de l'eau est élevée, avec développement d'algues et de microorganismes divers. Avec la salinité élevée, c'est ce qui explique les couleurs spectaculaires. Je ne vous parle pas de l'odeur...

 

Landsat 8 - Crimée - Agriculture irriguée - 17-08-2013 -Landsat 8 - Crimée - irrigation - 17-08-2013 - 08h34Deux extraits d'une image prise par le satellite Landsat 8 le 17 août 2013 à 8h35 UTC. Composition
colorée en couleurs naturelles des bandes spectrales 4, 3 et 2 mettant en évidence les surfaces
agricoles irriguées et la couleur de l'eau de la mer putride. En bas, la zone observée est
au nord de Simféropol. Crédit image : USGS

 

Les villes de Crimée

Simféropol est la plus grande ville et la capitale de la Crimée. Parmi les plus grandes villes, on peut également citer Krasnoperekopsk, Eupatoria, Feodossia, Djankoï ou Yalta, la station balnéaire du sud de la péninsule, où ont été signés en février 1945 les accords historiques entre Staline, Roosevelt et Churchill.

Ironie de l’histoire : les accords de Yalta prévoient, entre autres, des élections libres dans les États européens libérés, avec un engagement de l’URSS, des Etats-Unis et du Royaume-Uni à « constituer des autorités gouvernementales provisoires largement représentatives de tous les éléments démocratiques des populations et qui s'engageront à établir, dès que possible, par des élections libres, des gouvernements qui soient l'expression de la volonté des peuples »

 

Et Sébastopol ? une « ville-héros »

La ville la plus peuplée de Crimée (l’écart s’accroit avec Sinféropol) a été rattachée à l’Ukraine au moment de l’éclatement de l’Union Soviétique. Par contre, un accord conclu en 1994 et renouvelé en 2010, permet à la Russie de louer la base navale de Sébastopol jusqu’en 2042.

Fondée en 1783 par l’impératrice Catherine II, Sébastopol est une ville bâtie autour de la structure de la côte et de ses bases navales. Presque rayée de la carte en 1942, elle a été rebâtie selon le plan d’origine, contre la volonté d eStaline.

Les trois illustrations suivantes sont des extraits d’une image acquise par le satellite Pléiades le 3 mars 2014 alors qu’il survolait la ville de Sébastopol.

 

Pleiades - Crimée - Sébastopol - Vue d'ensemble - 03-03-2Pleiades - Crimée - Sébastopol - Extrait - 03-03-2014Pleiades - Crimée - Sébastopol - Marine russe - 03-03-201Trois extraits d’une image satellite de la ville Sébastopol en Crimée.
Image prise par le satellite Pléiades le 3 mars 2014. En haut, vue d’ensemble avec une résolution
réduite par rapport à l’image d’origine. En bas, zooms sur deux parties de la ville,
avec en particulier les terrainsmilitaires de la marine russe.
Copyright: CNES 2014 - Distribution Airbus Defence and Space / Spot Image.

 

En regardant de près les images en plazine résolution, les spécialistes en photointerprétation peuvent se faire une bonne idée des positions et des mouvement des forces en présence. Les images des satellites Pléiades sont régulièrement utilisées par les analystes d'IHS (Jane's Information Group) qui publie notamment le Jane's Fighting Ships.

 

Pleiades---Sevastopol---Ukrain-and-russian-war-ships---03-0.jpgExtrait de l'image Pleiades du 3 mars 2014. A gauche, certainement des navires ukrainiens
(frégate, remorqueur et bâtiment de commandement) bloqués à quai par des remorqueurs russes.
A droite, deux grands destroyers lanceurs de missiles russes, le Smetlivy (146 mètres de longueur)
de la classe Kashin et Le Kerch de la classe Kara (173 mètres de longueur)
.
Copyright: CNES 2014 - Distribution Airbus Defence and Space / Spot Image.

 

Le même jour, le satellite TerraSAR-X a également survolé la ville.

 

TerraSAR-X - Crimée - Sébastopol - 03-03-2014 - StripmapExtrait d’une image du port de Sébastopol prise par le satellite Radar TerrSAR-X le 3 mars 2014.
Copyright : 2014 DLR - Distribution Airbus DS / Infoterra GmbH

 

Avec un peu d’attention, les deux satellites Pléaides et TerraSAR-X permettent de repérer les navires militaires dans le port.

Le moins qu’on puisse dire, c’est que ce n’est quand même pas la grande Armada, celle de la grande époque soviétique, quand Sébastopol jouait le rôle d’arsenal et de rempart face à la Turquie et à l’Alliance atlantique.

Un analyse du cabinet Cassini et de Kevin Limonier publiée récemment sur le site Diploweb le confirme : en terme de nombre de navires, la Russie n’occupe plus que la cinquième place des forces navales présentes en mer noire, loin derrière l’OTAN, la Roumanie, la Turquie et l’Ukraine.

Alors que la ville de Sébastopol et l’accès de la flotte russe à la mer noire font les titres de l’actualité depuis quelques jours, on peut donc avoir des doutes sur les motivations réelles de la Russie et de Vladimir Poutine à intervenir en Crimée : la puissance de la flotte russe en mer noire n’est plus qu’un lointain souvenir.

Quelles sont donc les vraies raisons de l’importance attachée à la Crimée par les russes ? Les satellites, même avec leur radar qui pénètre les nuages, ne permettent pas de répondre à cette question.

 

Crimée châtiment ?

Il n’est pas facile de comprendre les tenants et les aboutissants de la situation en Ukraine et en Crimée ou les intentions réelles de la Russie. Ce n’est pas sur les chaînes d’information en continu qu’on peut trouver des analyses approfondies. Il faut passer un peu de temps à consulter des livres ou des sites spécialisés en géopolitique ou écouter les chercheurs et les experts invités à s’exprimer plus que quelques minutes sur des TV ou des radios comme ARTE et France Culture….

 

Une histoire complexe : mieux vaut tatar que jamais…

Sotchi n’est pas loin, seulement 500 kilomètres à vol d’oiseau, mais la cérémonie d’ouverture est bien oubliée… On parle aujourd’hui davantage du risque de partition de l’Ukraine.

 

Ambiance tauride

Les quelques dates qui suivent donnent quelques repères :

  • Antiquité : le blé ukrainien alimente déjà la Méditerranée. La Crimée est connue sous le nom de « Tauride ». Grecs, Goths, Huns, etc. s’y succèdent…

 

Le dessert des Tatars

  • 1441 : fondation du Khanat de Crimée par les Tatars, d’origine mongole mais sous influence ottomane. En 1475, il devient un protectorat ottoman.
  • 1571 : incendie de Moscou après un raid des Tatars en Russie.

 

Emprunt russe

  • 1783 : après la guerre russo-turque, la Crimée est annexée à l'empire russe. C’est le début du développement de Sébastopol et de la flotte de la mer Noire, que Léon Tolstoï relate dans ses « Récits de Sébastopol ».

 

Faire le zouave sur l’Alma

  • 1854 : la guerre de Crimée. L'Angleterre et la France s'allient en 1854 à l'Empire ottoman pour attaquer la Russie. Le siège de Sébastopol devient le symbole de la résistance russe. La guerre de Crimée s’achève avec la défaite russe et le traité de Paris en 1856. 750000 hommes ont perdu la vie pendant ce conflit. L’économie de la Crimée est en lambeaux.

Siege-de-Sebastopol---Gallica---BNF.jpgLe siège de Sébastopol en 1854. Gravure de l'imprimerie Pellerin.
Source : Gallica / Bibliothèque Nationale de France

 

La nouvelle tsar

  • 1917 : la révolution bolchévique. C’est par le sud du pays et la Crimée que les forces fidèles au tsar quittent la Russie. En 1918, a Russie devient la République socialiste fédérative soviétique de Russie (RSFSR) puis quatre ans plus tard, c’est la création de l'Union des républiques socialistes soviétiques (URSS).
  • 1921 : La Crimée, symbole de la victoire soviétique, devient République socialiste soviétique de Crimée.
  • 1942 : Siège de Sébastopol par l’armée allemande. La ville est rasée à 95%. C’est une des batailles les plus terribles de la Seconde Guerre mondiale.


Sébastopol - Photographie aérienne - 04-08-1943La ville de Sébastopol un an après le siège de l'été 1942. Photographie aérienne prise en août 1943.
Source : site WWII aerial photos and maps 

  • 1944 : accusés de collaboration avec les nazis, les Tatars de Crimée sont déportés par Staline en Sibérie ou en Ouzbékistan.
  • 1945 : accords de Yalta.
  • 1948 : Sébastopol est directement rattachée à l’URSS.

 

Cadeaux empoisonnés ?

  • 1954 : pour célébrer le 300ème anniversaire de la réunification de l'Ukraine et de l'empire russe, le 19 février, Khrouchtchev offre la Crimée à l’Ukraine, alors République socialiste soviétique d'Ukraine.
  • 1991 : les mouvements nationalistes entrâinent la dislocation de l'URSS. En décembre, création de la Communauté des États indépendants (C.E.I). Quelques jours plus tard, Mikhaïl Gorbatchev, à l’initiative des politiques de réfome Glasnost et Perestroïka qui ont précipité cet éclatement, démissionne. Boris Eltsine reconnaît l'indépendance de l’Ukraine, Crimée incluse.
  • 1992 : le 5 mai, la Crimée proclame sa première Constitution.
  • 1994 : Leonid Koutchma devient le 1er président d'Ukraine.
  • 1995 : nouveau bras de fer entre pro-russes et pro-ukrainiens. Le 17 mars 1995, le parlement ukrainien abolit la constitution de Crimée votée en 1992.
  • 1997 : le rattachement de la Crimée à l'Ukraine (comme République autonome) est officiellement reconnue par la Russie. La République autonome de Crimée a un statut spécifique avec son gouvernement, son parlement, son budget. Signature de l’accord de location des installations portuaires et militaires de Crimée à la Russie. En 2010, l'accord est renouvelé pour vingt-cinq ans.
  • 1999 : la seconde constitution de la Crimée entre en vigueur.

 

Les feux de la révolution passent à l’orange

  • 2004 : en novembre, élections présidentielles en Ukraine. Les fraudes massives, constatées par les observateurs indépendants, et les manifestations sur la place de l'Indépendance à Kiev amènent à refaire le second tour : « au troisième tour » Viktor Ianoukovitch perd devant Viktor Iouchtchenko, pro-occidental. La carte des résultats montre un net clivage entre le sud-est et le nord-ouest, qui correspond assez bien aux langues dominantes, le russe et l’ukrainien.
  • 2005 : Viktor Iouchtchenko nomme Ioulia Tymochenko premier ministre le 24 janvier. Limogée en septembre de la même année, elle est à nouveau Premier ministre en décembre 2007.
  • 2010 : Candidate à l'élection présidentielle, Ioulia Tymochenko perd devant Viktor Ianoukovytch. En 2011, Ioulia Tymochenko est condamnée à sept ans de prison pour abus de pouvoir dans le cadre de contrats gaziers signés entre l'Ukraine et la Russie en 2009.
  • 2013 : dans un contexte de crise budgétaire, discussions entre l'Union européenne et l’Ukraine pour un accord d'association. Le Parlement ukrainien, poussé par les russes, refuse l'accord. La population de Kiev réagit et, en novembre, c’est le début des manifestations de Maïdan, sur la place de l'Indépendance.
  • 2014 : répression policière violente et radicalisation du mouvement. Le 22 février 2014, c’est la prise du palais présidentiel et la destitution de Viktor Ianoukovytch. En Crimée, majoritairement russophones, les actions des mouvements séparatistes aboutissent au référendum contesté du 16 mars 2014.


Skybox---Kiev---Ukraine---Maidan---18-02-2014---11h10.jpgLe centre ville de Kiev en Ukraine pendant la répression des manifestations. Image prise par
le satellite Skysat-1 le 18 février 2014 à 11:10 UTC. Crédit image : Skybox Imaging

 

Ces quelques dates ne suffisent pas à comprendre la complexité de la situation en Ukraine et en Crimée. J’espère qu’elles vous donneront envie, comme à moi, d’approfondir le sujet par vous-même.

Plusieurs historiens ou spécialistes de la Russie insistent sur le fait que ce sont moins les intérêts stratégiques objectifs, comme par exemple l’importance réelle de la flotte de la mer noire, que la dimension symbolique de la Crimée qui explique la position russe et l’attitude de Vladimir Poutine. Sa popularité en Russie repose en partie par la nostalgie de la puissance de l’URSS ou de l’empire russe.

 

Tsar war: la guerre des étoiles

Dans l’espace, la Russie continue à être un acteur de tout premier plan : ce sont des vaisseaux russes qui assurent, depuis l’arrêt des vols du Space Shuttle, la desserte de la Station Spatiale Internationale pour les équipages. La flamme olympique y a même fait un cour séjour. Plus près de la surface terrestre, la Russie cherche à rejouer un rôle de premier plan. Les jeux olympiques de Sotchi font partie de cette stratégie.

Il serait naïf de penser que les Etats-Unis, au contraire, ne cherchent pas à cantonner la Russie à un rôle de puissance régionale. En Ukraine, l’erreur de l’Union Européenne a certainement été de penser pouvoir discuter un accord bilatéral, en sous-estimant le rôle incontournable de la Russie. Les enjeux économiques pèsent lourd, les symboles aussi.

 

En savoir plus :

 

 

 

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19 février 2014 3 19 /02 /février /2014 08:12

  Pleiades - JO Hiver - Sochi 2014 - Sites montagne - Rosa KhutorA côté de Krasnaya Polyana, les sites d’altitude des JO de sotchi vus par le satellite Pléiades :
le Russki Gorki Jumping Center, le Sliding Center Sanki, le complexe de Ski et de biathlon de Laura
et le site de Rosa Khutor. Image acquise le 5 décembre 2013. La résolution est réduite par rapport
à celle de l’image d’origine. Copyright CNES 2013 – Distribution Astrium Services / Spot image SA

 

Mass-start ou mass-stop: un départ groupé qui se fait attendre

La question de la quantité et de la qualité de la neige devait se poser tôt ou tard à Sotchi. Dix jours après la très belle cérémonie d’ouverture, la deuxième semaine des jeux olympiques a été perturbée par la météo. Brouillard, pluie, neige molle, collante ou détrempée à cause des températures élevées : plusieurs épreuves ont été retardées ou reportées.

C’est le cas du snowboard cross masculin et de l’épreuve de biathlon en départ groupé.

Programmée initialement dimanche 16, la mass-start (départ groupé) de biathlon (15 km) a été reportée une première fois le lendemain matin à cause du brouillard. Lundi matin, le brouillard et la qualité de la neige sur le site de Laura ont contraint les organisateurs à repousser le départ à 15h30 locales (12h30 à Paris) puis à mardi.

Pour les français, cela valait le coup d’attendre : après un lundi sans médaille et dans le brouillard, deux nouvelles médailles, en or et en argent, sont venues redonner un peu d’éclat au compteur de médailles françaises.

 

Médaille d’argent, c’est rageant…

En début d’après-midi, la victoire s’est vraiment joué au finish en biathlon : c'est finalement le Norvégien Emil Svendsen qui a gagné l’épreuve, suivi de très près par Martin Fourcade qui se « contente » de l’argent, après ses deux médailles d’or.

 

Fourcade Martin, pécheur de médailles

Martin Fourcade ne sera donc pas le quatrième français à gagner trois médailles d’or au cours des mêmes JO, après Jean-Claude Killy en 1968 (c’est lui qui a remis la médaille d’argent à Martin Fourcade), Paul Masson en 1896 (cyclisme) et Roger Ducret en 1924 (escrime).

 

Le nombre d'or = 4

Avec deux médailles d’or et une d’argent, il ne doit pas bouder son plaisir et peut être fier de sa contribution au bilan français. Plus tôt dans la matinée, Pierre Vaultier a décroché une belle médaille d’or en snowboard cross.

Au total, mardi 18 au soir, la France comptaient donc 9 médailles à son palmarès : trois médailles d’or, une d’argent et quatre de bronze.

Mercredi 19, deux français montaient sur le podium du slalom géant hommes : Steve Missilier et Alexis Pinturault apportaient enfin une médaille d'argent et une de bronze en ski de descente.

 

Triplé pour un podium tricolore : or, argent, bronze en bleu, blanc, rouge

Jeudi 20 février, Jean-Frédéric Chapuis (or), Arnaud Bovolenta (argent) et Jonathan Midol (bronze) ont accompli un exploit : un podium entièrement tricolore pour la finale du ski acrobatique ski cross homme.

Par contre pas de médaille pour Jason Lamy-Chappuis, le porte-drapeau de la délégation française, qui est resté au pied du podium en Combiné nordique Grand tremplin par équipe.

En fin de journée, Marie Martinod ramenait une nouvelle médaille d'argent avec une seconde place derrière l'américaine Maddie Bowman en Ski halfpipe femmes.

La France a donc battu son record du nombre de médailles aux JO d'hiver : 15 médailles au total, 4 en or, 4 en argent et 7 en bronze.

 

Ski de fond devant

Côté français, on peut également citer pour les médailles de bronze Chloé Trespeuch en snowboard cross féminin, Jean-Guillaume Béatrix en biathlon (poursuite), Jean-Marc Gaillard, Maurice Manificat, Robin Duvillard et Ivan Perrillat Boiteux en relais 4 x 10 km de ski de fond et Coline Mattel dans le premier concours de saut à skis féminin.

 

JO : le tas de ski

Au classement général du nombre des médailles, la Russie (33 médailles), les Etats-Unis (28 médailles) et la Norvège (26 médailles) arrivent en tête devant les Pays-Bas et le Canada (24 médailles).

Si on ne prend en compte que les médailles d’or, les premiers pays sont la Russie (13 médailles d'or), la Norvège (11 médailles), devant le Canada et les Etats-Unis (9 médailles d’or), les Pays-bas et l'Allemagne (8 médailles d'or). La France occupe la 9ème place avec 4 médailles d’or.

Question exploit, on peut rendre hommage au norvégien Ole Einar Bjoerndalen qui a gagné mercredi 19 sa 13ème médaille (dont 8 en or) aux Jeux Olympiques d'hiver en décrochant l'or dans l’épreuve du biathlon relais mixte. A quarante ans, il devient l’athlète le plus médaillé des jeux olympiques d’hiver.


Les sites d’altitude des jeux olympiques d’hiver vus par les satellites d’observation

La neige et le brouillard compliquent la tâche des organisateurs. Cela empêche aussi l’acquisition de bonnes images satellite des sites olympiques de Sotchi et de Rosa Khutor. On s’en rend très bien compte en regardant les couvertures nuageuses quotidiennes sur le site d’Eumetsat ou avec les images MODIS de satellites Aqua et Terre publiées chaque jour sur le site worldview de la NASA.

 Parmi les images récentes, j’ai trouvé une nouvelle image prise par le satellite Landsat 8 le 6 février 2014, la veille de la cérémonie d’ouverture, et publiée par l’USGS (US Geological Survey). En voici deux extraits, en mode multispectral et en mode panchromatique (en noir et blanc mais avec une résolution deux fois plus fine (15 mètres au lieu de 30 mètres).

On localise facilement le site olympique côtier d’Adler au sud de la ville de Sotchi, avec le parc olympique et les pistes de l’aéroport. Avec un peu d’attention (et surtout en s’aidant d’une carte), on peut également repérer les sites en altitude, un peu au nord du centre de l’image. J’ai l’impression que la couverture neigeuse est moins importante qu’en décembre et janvier mais ce n’est pas évident.

 

Landsat 8 - Sotchi 2014 - 06-02-2014 - 08h03 - MultispectraLandsat 8 - Sotchi 2014 - 06-02-2014 - 08h03 - panchroJO de Sotchi 2014 : trop de neige, pas assez de neige ? Deux extraits en résolution réduite d’une image acquise par l’instrument OLI (Operational Land Imager) du satellite Landsat 8 le 6 février 2014, la veille
de la cérémonie d’ouverture. En haut, composition colorée des canaux visibles.
En bas, image panchromatique. Crédit image : USGS.

 

Pistes noires au bord de la mer noire

Pour se faire une idée du relief et comprendre pourquoi il y a eu autant de chutes au cours des épreuves de ski de descente, vous pouvez revoir la séquence vidéo produite à partir d’images des satellites Spot 6 et Pléiades. La NASA a également publiée une vue 3D d’une image acquise par l’instrument ASTER (Advanced Spaceborne Thermal Emission and Reflection Radiometer) du satellite américain Terra. Le modèle numérique de terrain provient également de données ASTER. L’image présentée ici couvre une zone d’environ 18 kilomètres de large sur 32 kilomètres de profondeur. Cette composition colorée des canaux visibles et proche infrarouge, avec la végétation active en rouge et la neige en blanc, permet également de se faire une idée de la couverture neigeuse

 

Terra - ASTER - Sochi 2014 - 04-01-2014Vue perspective créée à partir d’une image de l’instrument ASTER du satellite Terra acquise
le 4 janvier 2014. Crédit image : NASA/GSFC/METI/ERSDAC/JAROS et U.S./Japan ASTER Science Team

 

Plus haut que le saut à ski : un tour des pistes à 694 kilomètres d’altitude

Pour voir davantage de détails, il faut consulter des images à très haute résolution. Je n’en ai pas vues acquises très récemment mais la division Géo-Information d’Airbus Defence and Space vient de publier une très belle image acquise par le satellite Pléiades en décembre 2013. C’est à ma connaissance une des images à très haute résolution les plus récentes (parmi celles rendues publiques).

La résolution des vignettes présentées ici est réduite par rapport à l’image originale mais cela suffit pour découvrir les sites en altitude utilisés pour les épreuves « en pente ». Les autres épreuves « à plat » (curling, patinage) se déroulent sur le site côtier d’Adler qui a accueilli la cérémonie d’ouverture.

 

Pleiades - JO Sotchi - Krasnaya Polyana - 05-12-2013Pleiades - JO Sotchi - Rosa Khutor Alpine Resort - ExtremePleiades - JO Sotchi - Rosa Khutor- Sanki - Laura BiathlonTrois extraits d’une image prise par le satellite Pléiades le 5 décembre 2013 : le Russki Gorki Jumping Center, le Sliding Center Sanki, le complexe de Ski et de biathlon de Laura et le site de Rosa Khutor.
Copyright CNES 2013 – Distribution Astrium Services / Spot image SA

 

Vodka : une bonne descente

Rosa Khutor, ce n’est pas une marque de vodka… Toutes les installations de montagne sont proches du village de village de Krasnaïa Poliana. Sur la crête Aibga surplombant la rivière Mzymta (43,65891°N et 40,32486°E), le centre alpin Rosa Khutor, entre 1170 et 2320 mètres d’altitude, accueille les compétitions de ski de descente : ski alpin, combiné nordique (descente et slalom), slalom géant et super-G. Il comprend au total 9 km de pistes de ski de descente.

 

Sans ski, faites de la luge !

A 1215 mètres d’altitude, dans la station d’alpika, Sanki (43,66769°N et 40,29106°E), comme son nom l’indique, san(s) (s)ki, est le site réservé aux sports de glisse : bobsleigh, luge et skeleton (ça, ce n’est pas pour moi !). Pendant les jeux, les tribunes peuvent accueillir 10000 spectateurs. Sanki est le mot russe qui signifie traineau.

Le Complexe de ski de fond et de biathlon Laura se situe sur la crête Psekhaho (43,69231°N et 40,32477°E). Il comporte deux stades séparés avec des zones de départ et d’arrivée, deux pistes de ski et deux parcours de biathlon, un stand de tir et une zone d’échauffement. Il tire son nom de la rivière Laura.

 

Montagnes russes : saut à ski à Sotchi

Le Complexe « Russki Gorki » est situé dans le village d’Esto-Sadok (43,67905°N et 40.24228°E). Normalement protégé des vents latéraux par le relief, c’est l’emplacement réservé aux épreuves de saut à ski et la résolution très fine du satellite Pléiades permet de bien identifier la forme caractéristique du grand tremplin. Notez également la restitution des détails de la cime des arbres et des troncs isolés, même si la résolution est moins bonne que celle de l’image originale. Vous pourrez découvrir plus de détails avec la pleine résolution en naviguant sur le site d’Astrium Geo-Information Services (désormais Airbus Defence and Space).

 

Pleiades - Sochi 2014 - Russki Gorki - Krasnaya Poliana- 05Extrait de l’image Pléiades centré sur le site de saut à ski de Russki Gorki.
Copyright CNES 2013 – Distribution Astrium Services / Spot image SA

 

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27 janvier 2014 1 27 /01 /janvier /2014 08:31

Les Alpes, Turin et la côté italienne vus depuis l’espace

Dix jours avec les jeux olympiques de Sotchi, le skieur Alexis Pinturault a l’air en pleine forme : après son succès au slalom de Wengen en Suisse, il a remporté dimanche 26 janvier 2014 sa deuxième victoire de la saison dans le super-combiné de Kitzbühel, sur la montagne Hahnenkamm, en Autriche.

Ironie du sort, après la crainte de manque de neige, les épreuves du super-G et du slalom du super-combiné sur la célèbre piste Streif ont été retardées à causes des chutes de neiges importantes en début de matinée. En fin de semaine dernière, la neige ne tombait pas par son propre poids : les organisateurs de la compétition avaient fait effectuer des dizaines de rotations d’hélicoptères pour amener des centaines de tonnes de neige sur le bas de la descente.

 

ISS - Cygnus - Alpes - Turin - Neige - 12-01-2014Image du nord de l’Italie et du Sud des Alpes prise le 12 janvier 2014 depuis la Station Spatiale
Internationale par les astronautes de l’expédition 38. Image référence ISS038-E-028044.
Crédit image : NASA

 

Au moment où l’image ci-dessus est prise, la station spatiale internationale est pratiquement à la verticale de Wengen en Suisse. Au premier plan le vaisseau Cygnus et le bras robotisé Canadarm2. Une partie d’un des panneaux solaires du Cygnus masquent la ville de Turin, où est installé le site de Thales Alenia Space qui fabrique le module cargo pressurisé (PCM pour pressurized Cargo Module), un des deux modules du Cygnus. En haut de l’image, le golfe de Gènes.

Mais on remarque d’abord le relief des alpes souligné par la couverture neigeuse. Alors que les astronautes surveillent attentivement l’arrivée du vaisseau Cygnus et commandent le bras qui doit le capturer, est-ce qu’une partie de l’équipage russe se demande comment il peut y avoir autant de neige dans les Alpes ?

 

Trop de neige, pas assez de neige...

Il est vrai qu’à dix jours de la cérémonie d’ouverture des jeux olympiques d’hiver 2014 à Sotchi, la question de la neige se pose comme à Kitzbühel.

Organiser les 22èmes jeux olympiques d’hiver dans une station balnéaire, sous un climat tempéré, avec des palmiers, il fallait y penser…

Les russes semblent aimer les défis : alors que le mot Russie est inévitablement associé au mot neige, ils ont choisi d’organiser les jeux olympiques d’hiver à proximité des doux rivages de la mer noire, à la même latitude que la côte d’Azur : au pied de la chaîne du Grand Caucase la latitude de la ville de Sotchi est de 43°36′N, plus au sud que Nice, à 1360 km au sud de Moscou.

 

 

Landsat 8- Sotchi - Jeux olympiques - JO - 20-12-13

Sur la côte est de la mer noire, la région de Sotchi vue par le satellite Landsat 8 le 20 décembre 2013
à 8h03 UTC. Composition colorée en couleurs naturelles.
Crédit image : US Geological Survey (USGS)

 

La page Wikipédia de Sotchi mentionne un climat subtropical humide : « les températures en hiver tombent rarement au-dessous de zéro… Les précipitations sont abondantes toute l'année.

Dans la classification des climats de Köppen, la région de Sotchi bénéficie d’un climat de type Cfa : C = Climat tempéré, f = climat humide avec des précipitations toute l’année, a = été chaud.

A condition de monter assez haut, les montagnes sont généralement bien enneigées, comme le confirme l’extrait de l’image prise par le satellite Landsat 8 en décembre dernier ou cette image plus récente prise par l’instrument MODIS du satellite Terra le 15 janvier.

 

Terra---MODIS---Sotchi---JO2014---Caucase---15-01-2013.jpg Terra - MODIS - Sotchi - JO2014 - Caucase - 367 - 15-01-201La région de Sotchi Image prise par l’instrument MODIS du satellite américain Terra le 15 janvier.
En haut, couleurs naturelles. En bas, composition colorée des canux 3,6 et 7.
Crédit image : NASA / GSFC / MODIS Rapid response

 

Cette image permet de localiser l’Elbrouz, le point culminant de la chaîne du Caucase, qui n’apparaît pas sur l’extrait d’image du satellite Landsat. Avec 5642 mètres d’altitude, c’est le plus haut sommet d’Europe. Si vous ne le trouvez pas, un coup d'oeil sur Google Earth devrait vous aider. En hiver, la température peut chuter en dessous de -50 °C au sommet. Subtropical peut-être mais surtout subzéro…

 

Des températures « guère froides »

A Sotchi, près de la côte, même si la température record la plus froide est -13,4 °C (janvier 1892), la température minimale en février est de 3,2°C : il peut neiger (13 jours par an en moyenne selon wikipedia) mais on pourra aussi voir des parapluies au bord des pistes (154 jours de pluie par an en moyenne.

Le 27 janvier, le journal Libération titrait « Ambiance glaciale entre Washington et Moscou avant les JO de Sotchi ». Pas sûr que les températures modérées du bord de la mer noire suffisent à réchauffer l’ambiance…

Malgré les décisions (libération des membres du groupe Pussy Riot) et déclarations récentes (« nous accueillerons tous les sportifs et tous les visiteurs aux jeux olympiques ») de Vladimir Poutine, le président américain, Barack Obama, mais également François Hollande et la chancelière allemande Angela Merkel ont annoncé qu'ils ne se rendraient pas à Sotchi.

 

JO 2014 : y aura-t-il de la neige à Sotchi pour les Jeux Olympiques d’hiver ?

Les russes ont pris leurs précautions pour éviter la mésaventure arrivée à Vancouver en 2010 : un hiver exceptionnellement doux avec peu de neige dans une région où l’hiver est doux…

A Sotchi, le complexe olympique est construit au bord de de la mer, très exactement à Adler, une station balnéaire à vingt kilomètres au sud de Sotchi, comme le montrent les images suivantes, deux extraits d’une scène prise par le satellite Pléiades le 19 décembre 2013, pratiquement le même jour que l’image de Landsat 8.

 

Pléiades - Sotchi - JO hiver 2014 - 19-12-2013 - RE4Pléiades - Sotchi - JO hiver 2014 - 19-12-2013 - RE2JO2024 - Sotchi : le parc olympique à Adler. Deux extraits d’une image prise par le satellite
Pleiades le 19 décembre 2013. La résolution est réduite par rapport à l'image d'origine.
Copyright CNES – Distribution Spot Image / Astrium Services.

 

Cela ne vous fait pas immédiatement penser aux sports d’hiver et à la neige ? Vous voyez plutôt une installation du style de ceux des JO à Londres en juillet 2012 ou à la coupe du monde de football en Afrique du Sud ? Moi aussi…

Les pistes ont été aménagées dans la station de ski de Krasnaïa Poliana, à 600 mètres d’altitude, avec un domaine skiable jusqu'à 2200 m.

Redoutant un scénario similaire à celui de Vancouver, les russes et le comité olympique de Sotchi ont sorti les grands moyens et fait venir à Sotchi des spécialistes de la neige, comme le Finlandais Mikko Martikainen, le fondateur de la société Snow Secure Ltd. En complément des solutions classiques de production de neige artificielle (y compris quelques canons à neige qui fonctionnent jusqu’à 15°C), une idée « toute simple » a été proposée : stocker la neige à l’abri de la chaleur d’une saison sur l’autre.

 

Quatorze gros bonhommes de neige avec un grand manteau

Depuis le printemps 2013, 700000 m³ de neige, naturelle et artificielle, ont ainsi été collectés par des dameuses et stockés en quatorze tas à plus de 1100 mètres d’altitude.

L’isolation thermique est réalisée soit par un tissu géotextile mouillé, qui se refroidit par évaporation, soit par des couvertures isolantes, ressemblant aux isolants minces constitués de plusieurs couches d’aluminium. Il suffisait aussi d’y penser…

 

Les travaux d’Hercule avancent

Le stockage de la neige est un chantier impressionnant mais l’aménagement du village olympique l’est encore plus, comme on peut le constater sur l’image du satellite Pléiades ou en naviguant dans le temps avec Google Earth : une séquence de 8 images prises entre 2005 et 2014 illustre l'ampleur des travaux accomplis pour préparer l'arrivée des Jeux. Difficile de croire que les champs visibles en 2005 correspondent à ce qu’on voit aujourd’hui sur l’image de Pléiades.

 

01 - Google Earth - JO 2014 - Sotchi - Adler - 12-04-2005Adler, le site du village olympique en avril 2005. Incroyable mais c'est bien le site du parc et du
village olympique. Copie d’écran obtenue avec Google Earth. La séquence complète est visible
dans l’album photo sur les JO de Sotchi.

 

Sur son site Internet, la division GEO-Information d’Airbus Defence & Space a réalisé une vidéo sous forme d’un survol en perspective des équipements touristiques et sportifs de Sotchi en Russie. Les données utilisées proviennent des satellites Spot 6 et Pléiades : l’ensemble du site est couvert par une image en champ large provenant de Spot 6. Les images Pléiades (dont celle présentée ici), à plus haute résolution couvrent les nouveaux équipements et les bâtiments du parc olympique. Le modèle 3D utilisé pour la représentation en perspective est lui-même construit à partir d’images satellites (couples stéréo).

 

La vidéo du survol de Sotchi produite par la division Geo-information d'Airbus Defence and Space

 

Glaçon, l’addition !

Au bord de la mer noire, comme l’eau, l’addition est salée : alors que le budget était initialement de 7 milliards d’euros, un rapport du Parlement russe estime que plus de 35 milliards d'euros ont été dépensés à Sotchi. D'autres sources mnetionnent des chiffres plus élevés. On n’est pas très loin des jeux les plus chers de l’histoire avec les 40 milliards dépensés à Pékin pour les JO d’été de 2008.

Et ce ne sont pas les chiffres définitifs... Vancouver fait figure de petit joueur avec 1,5 milliard d’Euros.

ARTE a diffusé mardi 28 janvier un reportage assez édifiant sur les travaux de préparation des Jeux Olympiques à Sotchi et à Krasnaya Polyana et leur financement. Il sera rediffusé le jeudi 6 février à 8h55. A voir en replay si vous l'avez manqué...

Quand on découvre que la Tchétchénie et Grozny sont à moins de 500 kilomètres de Sotchi vol d’oiseau, on prend également conscience de la dimension politique des jeux olympiques d’hiver.

 

Inondations dans le sud-est de la France : l’eau en fait voir de toutes les couleurs…

Départ de Sotchi et retour en France avec d'autres images d'actualité.

La première image de cet article, celle prise depuis l’ISS montrait un ciel dégagé et du beau temps sur les Alpes. C’était beaucoup moins vrai sur la côte d’Azur entre Menton, Nice et Toulon, où la couverture nuageuse est bien dense.

Une semaine après que cette photographie eut été prise, les départements du Var et des Bouches-du-Rhône étaient balayés par des trombes d'eau pendant tout le week-end du 18 et du 19 janvier. Les communes d’Hyères, La Londe-les-Maures et Le Lavandou ont été les plus touchés par les inondations.

Je n’ai pas encore vu d’images satellites à haute résolution des dégâts. La couverture nuageuse complique la prise de vue.

Par contre, l’image suivante à moyenne résolution, prise par l’instrument MODIS du satellite Terra le mardi 21 janvier 2014, montre indirectement qu’il s’est passé quelque chose d’anormal : la couleur de l’eau au niveau des embouchures de fleuves ou de rivière est fortement modifiée par l’apport massif de sédiments : les eaux boueuses créée par la pluie qui ont ruisselé à la surface des sols.

 

Terra - MODIS - Inondations sud-est - 21-01-2014Les effets indirects des inondations dans le sud-est en janvier 2014 : les modifications de la couleur
de l’eau vue par satellite. Extrait d’une image acquise par l’instrument MODIS du satellite Terra
le 21 janvier 2014. Crédit image : NASA / GSFC / MODIS Rapid Response

 

Neige et couleur de l'eau : ailleurs dans le monde  en janvier 2014

Vous vous demandez quel est le lien avec Cuba et le Canada ? A part le bras robot de l'ISS Canadarm2 visible dans la premère image de cet article, il n'y en a pas...

Mais pour finir sur une note positive, voici un petit florilège de quelques images prises récemment depuis l'espace. si vous aimez les eaux dont la couleur donne envie de se baigner ou les grandes étendues enneigées, elles devraient vous plaire...

 

Rue des nuages

L’image suivante provient de l’instrument GOCI (Global Ocean Color Imager) du satellite COMS. En dehors des imageurs pour la météorologie, c’est un des rares instruments d’observation à partir de l’orbite géostationnaire : il observe la couleur de l’eau dans 8 bandes spectrales avec une roue à filtres. Airbus Defence and Space (ex-Astrium) a signé en juillet 2013 un contrat pour la réalisation d’une nouvelle génération de cet instrument, GOCI-II qui offrira une résolution améliorée (250 mètres) et davantage de bandes spectrales (12).

 

COMS - GOCI - Corée - 09-01-2014 - 05h16Autour de la Corée et du site des JO d'hiver 2018 des alignements étonnants de nuages.
Image prise par l'instrument GOCI du satellite coréen COMS le 9 janvier 2014 à 5h16 UTC.
Crédit image : KARI / KORI

 

Cette image montre la couverture neigeuse au nord de la péninsule de Corée. Les jeux olympiques de Sotchi ne sont pas très loin : c’est la Corée du sud qui accueillera en 2018 à Pyeongchang les 23èmes Jeux Olympiques d’hiver, avec comme en Russie, un pôle côtier à Gangneung et un pôle alpin à Daegwallyeong-Myeon.

L’image permet également de voir au nord-est de belles « rues de nuages » (cloud streets en anglais), des formations nuageuses créés par des rouleaux alternant mouvements verticaux ascendants et descendants. Ces nuages se forment lorsque la couche basse de l'atmosphère est instable, surmontée par une inversion de température avec un vent soutenu en altitude.

 

Anneau olympique : le Québec à l'oeil

Situé dans la province du québec au Canada, le cratère de Manicouagan aurait été formé par le chute d’un astéroïde de 5 km de diamètre il y a environ 215 millions d’années. Photographié début janvier par l’équipage de la Station Spatiale Internationale, il a un diamètre apparent d’environ 100 kilomètres avec une île centrale, l'île René-Levasseur. Le lac annulaire (70 km de diamètre) a été formé par inondation au moment de la construction du barrage hydroélectrique Daniel Johnson. C’est l’un des plus gros réservoirs du monde.

 

ISS - iss038e025350 - réservoir Manicouagan - 02-01-2014

Au Canada, le cratère Manicouagan photographié le 2 janvier 2014 par les astronautes de
l'expédition 38 de l'ISS. Image référence : ISS038-E-025350.Crédit image : NASA

 

Si vous préférez la baignade dans les eaux turquoises des Caraïbes, voici une dernière image prise le 24 décembre 2013, toujours par les astronautes de l’ISS. C’est la partie ouest de Cuba, avec au sud l’île de la Jeunesse. Au nord, la ville de la Havane.

 

iss038e021397 - Cubal'île de Cuba photographiée par les astronautes de l'expédition 38 de l'ISS le 24 décembre 2013.
Image référence : ISS038-E-021397. Crédit image : NASA

 

Trois chaînes de montagnes traversent le pays : la Sierra de Guaniguanico, la La Sierra de los Organos et la La Sierra del Rosario. Le point culminant de Cuba est le Pico Turquino à 2.005 m d'altitude (situé au sud-ouest, il n'est pas visible sur l'image).

Avec des températures comprises entre 18 et 25°C en février, il y neige encore moins qu'à Sotchi...
Une idée de destination pour des jeux d'hiver futurs ? Cuba bénéficie également d'un climat subtropical.

 

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8 janvier 2014 3 08 /01 /janvier /2014 00:29

Vu de loin, on pourrait croire qu’il s’agit d’une nouvelle image satellite d’iceberg géant qui se détache de la banquise antarctique.

Pourtant, il n’est pas question de réchauffement climatique : nous sommes bien dans la région de Chicago au bord du lac Michigan. Après la neige à New York, cette image est une nouvelle illustration spectaculaire de la vague de froid qui sévit depuis le début de l’année 2014 aux Etats-Unis.

 

Le jour d’après

Vous avez peut-être vu les photographies surprenantes du Lac Michigan et des plages de North Avenue Beach publiées dans la presse ou sur les réseaux sociaux. Voici une image tout aussi spectaculaire prise par le satellite Landsat 8 le 3 janvier 2014 en fin de matinée (heure locale).

 

Landsat - Chicago - Lake Michigan - Snow and ice - 543La région de Chicago sous la neige et le lac Michigan gelé. Extrait d’une image prise par le satellite
Landsat 8 le 3/01/2014 à 19h33 UTC. Composition colorée des canaux 5, 4 et 3. Crédit image : USGS

 

Il s’agit d’une composition colorée des canaux 5 (proche infrarouge entre 0,85 et 0,88 µm), 4 (rouge entre 0,64 et 0,67 µm) et 3 (vert entre 0,53 et 0,59 µm) qui met en évidence l’eau, la neige et la glace. C’est une combinaison très classique des bandes des satellites Landsat mais si vous avez l’habitude de travailler avec des images Landsat 5 ou Landsat 7, sachez que les numéros des bandes spectrales sont décalés d’une unité (Landsat 8 possède une bande bleue supplémentaires) : cette combinaison 543 de Landsat 8 correspond à la combinaison 432 de Landsat 7.

 

Michigan et michimoufles : sortez couverts…

En général, l’eau a une réflectance élevée dans le spectre visible qui décroit quand la longueur d’onde de la lumière augmente. La réflectance augmente néanmoins quand l’eau est turbide. Dans le proche infra-rouge, affiché ici en couleur rouge, l’eau apparaît très sombre.

La neige et la glace, selon la taille des grains et la compacité, modifient les propriétés optiques. Cela explique les nuances de bleu et de cyan visibles ici. Plus il y a de glace, plus l’absorption du proche infra-rouge est importante.

La résolution au sol est d’environ 30 mètres.

 

Black and white ice

Pour les amateurs de détails, voici deux autres extraits de la même image avec uniquement la bande 8, dite panchromatique, entre 0,50 µm et 0,68 µm. L’image devient une image en noir et blanc mais la résolution passe à 15 mètres.

 

 

Landsat - Chicago - Glace et neige - 03-01-2014 - 1

Landsat - Chicago - Glace et neige - 03-01-2014 - 2

Chicago et le lac Michigan sous la neige et la glace. Deux extraits de l’image Landsat 8 acquise
le 3 janvier 2014 à 19h33 UTC. Ici seul le canal 8 est utilisé pour cette représentation panchromatique.
Crédit USGS

 

Le premier extrait est centré sur le cœur de la ville de Chicago et le port de Chicago, structuré par le réseau routier et la couleur sombre de la Chicago River. Les ombres des gratte-ciel ressortent très bien sur les sols enneigés.

 

Y a pas le feu au lac

Le second extrait couvre une zone un peu plus au sud au niveau de Lake Calumet et de Wolf Lake, avec les taches blanches bien repérables, des zones résidentielles et des installations industrielles, pétrolières et ferroviaires. Pas facile d’y accéder depuis le lac… On peut également identifier les pistes de l’aéroport Gary Chicago International Airport et les méandres bien sombres de la Grand Calumet River.

 

Ça vous laisse de glace ?

Le mois de janvier est le mois le plus froid de l’année à Chicago. Même si la température record de -32,7 °C du 20 janvier 1985 n’a pas encore été dépassée et si la glace sur le lac Michigan n'est pas une première (il y a eu des situations similaires dans le passé ou plus récemment en 2011), janvier 2014 restera certainement dans les mémoires.

Mardi 7 janvier, la température maximale était de -14°C à Chicago (soit une température ressentie de -28°C avec le vent). Selon les prévisions météo, les températures devraient commencer à remonter à partir du 8 janvier.

Le froid aurait causé la mort d’une quinzaine de personnes depuis le début de l’année, dont quatre par crise cardiaque à Chicago pendant qu’ils déneigeaient.

 

Lac Michigan banquise 10 photo froid glacial Etats-Unis 1

Attention à la marche... Photographies de Thomas Zakowski et Joshua Nowicki
publiées
sur le site Tuxboard

 

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7 janvier 2014 2 07 /01 /janvier /2014 00:46

Blanche Neige et la grosse pomme

Aux Etats-Unis, les chutes de neiges ne sont pas une surprise au début de l’hiver. En novembre 2012, j’ai déjà publié quelques images des premières neiges à New York après le passage de l’ouragan Sandy et la campagne présidentielle de 2012.

En 2014, ce qui est exceptionnel, c’est la vague de froid que connaissent le centre, le Nord et l’Est des Etats-Unis et le Canada depuis début janvier : les températures sont descendues à des niveaux historiquement bas depuis une vingtaine d’années.

Le satellite Landsat 8 a immortalisé le samedi 4 janvier la couverture neigeuse autour de New York en fournissant une image étonnante.

Pour le premier extrait, centré sur Manhattan, je n’ai utilisé que le canal panchromatique qui offre une résolution meilleure, 15 mètres au lieu de 30 mètres dans les autres bandes, pour le cœur de la ville. Le second extrait est bien une image multispectrale même si on a l’impression de voir une scène en noir et blanc. J'ai forcé un peu (trop ?) sur le niveau de bleu pour mettre de la couleur...

Je n’ai pas réussi à mettre la main sur une image à haute ou très haute résolution, acquise par exemple par Pleiades (Pleiades 1B et Pleiades 1A fêtent respectivement leur premier et deuxième anniversaire en orbite) ou Spot 6, lancé un peu avant Pleiades 1B. J’ai l’impression qu’après les premiers mois en orbite, les opérateurs des satellites d’observation à haute résolution européens ou américains consacrent moins d’énergie à communiquer sur les performances de leurs satellites à l’occasion d’évènements comme celui-ci. Il est vrai que leur priorité numéro 1 est de rentabiliser des investissements coûteux, sur un marché où la concurrence est rude.

Si vous voulez voir une image de ville sous la neige en très haute résolution, voici un autre article avec un bel exemple avec Toulouse vu par le satellite Pleiades 1A.

 

Landsat 8 - Manhattan - Neige - 04-01-2014

Landat 8 - New York - Vague de froid - 04-01-2014

Deux extraits d’une scène acquise par le satellite Landsat 8 le 4 janvier 2014 à 19h36 UTC. En haut,
les environs de Manhattan en mode panchromatique (canal 8). En bas, un extrait couvrant une
zone plus large en mode multispectral (combinaison des canaux 4, 3 et 2). Crédit image : USGS

 

Statue de la Liberté ou bonhomme de neige

Malgré la résolution « modérée » du satellite Landsat 8, la présence de la neige met bien en évidence les structures de la ville. Les amoureux de New York reconnaitront en particulier les aéroports, JFK Airport, le plus étendu, tout à fait à l’Est, La Guardia, près de l’East River au Nord-est à la limite entre Manhattan et Harlem, et Newark Airport au Sud-ouest. Dans Manhattan, les ombres des gratte-ciel assombrissent l’image en lui donnant du relief (si vous préférez le relief en couleurs, voyez ces images). On reconnaît immédiatement la forme rectangulaire de Central Park. Les plans d’eau ne semblent pas encore gelés, comme en témoigne la grande tâche noire du reservoir, le plus grand plan d’eau.

Par contre, il doit falloir de la motivation et de bons vêtements pour se lancer sur les terrains de base-ball ou les pistes de jogging. Dans la pointe de Manhattan, j’imagine que la neige doit rendre la visite du site du Memorial 9/11 particulièrement émouvante, là encore à condition d’être prêt à affronter le froid.

Une image couvrant un champ plus large, acquise par l’instrument MODIS du satellite Aqua, également le 4 janvier 2014, permet de se rendre compte de l’ampleur de l’épisode neigeux.

 

Aqua - MODIS - USA - vague de froid - 04-01-2014 Aqua - MODIS - USA - vague de froid - 04-01-2014 - 721

Extrait d’une image acquise par l’instrument MODIS du satellite Aqua le 4 janvier 2014. A gauche, représentation en couleurs naturelles. A droite, composition colorée des canaux 7, 2 et 1 permettant de distinguer plus facilement neige et nuages. Crédit image : NASA / GSFC / MODIS Rapid Response.

 

Les pixels de l’image MODIS telle qu’elle est présentée ici ont une taille de 750 mètres de côté environ. Si vous voulez tout savoir sur les compositions colorées, je vous renvoie à cet article du blog Un autre regard sur la Terre.

 

Records de froid en vue

Cette vague de froid polaire est bien exceptionnelle : il faut semble-t-il remonter à 20 ans, pour retrouver des températures aussi basses avec de la neige et des pluies verglaçantes. Le froid a causé la mort d’un moins une dizaine de morts depuis fin décembre. Les rafales de vent accentuent l’impression de froid, avec des températures ressenties incroyables : jusqu’à -53°C dans le Montana pour la journée de lundi.

Les autorités ont alerté la population sur les risques liés à un tel froid et invitent les gens à rester chez eux s’ils le peuvent. Des lits supplémentaires ont été installés dans les refuges pour les sans-abris. Dans les aéroports, ce week-end, des milliers vols ont été retardés ou purement et simplement annulés. Le Canada connaît une situation similaire avec des températures inférieures à -30°C dans l’Ontario ou le Manitoba.

 

Vortex polaire, mets ton Gore-tex et ta polaire (dicton esquimau)

La dernière image de cet article met en évidence le phénomène météorologique à l’origine de cette vague de froid. Elle provient du satellite GOES-East opéré par la NOAA et a été prise le 6 janvier 2014 à 16h01 UTC.

 

GOES-E---Vortex polaire---06-01-2014---14h31.jpgImage du nord-est des Etats-Unis satellite GOES-E acquise le 6 janvier 2014 à 16h01 UTC.
Crédit: NOAA / NASA GOES Project

 

Ouille, ça caille...

Elle montre un élément caractéristique en hiver dans les zones polaires d’une planète en rotation : un vortex polaire. Il s’agit d’un tourbillon permanent associé à une zone de basse pression de grande taille, située à proximité des pôles terrestres, entre le milieu et le haut de la troposphère, la couche le plus basse de l’atmosphère, et la stratosphère, au-dessus de 8 kilomètres d’altitude. Il circule dans le sens inverse des aiguilles d’une montre dans l’hémisphère nord.

L’image montre un front apportant des précipitations du nord au sud de la côte est des États-Unis. Derrière, à l’ouest, le ciel plus clair correspond à un air très froid poussé par le vortex polaire.

 

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28 octobre 2013 1 28 /10 /octobre /2013 01:15

En guise d’images de la semaine, voici quelques scènes impressionnantes acquises par les satellites d’observation de la Terre entre le 15 et le 30 octobre 2013 et illustrant la première tempête d’automne en Europe, un nouveau typhon au Japon, les incendies en Australie et une éruption du volcan Klioutchevskoï dans la péninsule du Kamtchatka.

 Meteosat 10 - Tempête Christian - 27-10-2013 - 15h00UKMO - Tempête Christian - Carte isobares dépression - 27En haut, image satellite prise par le satellite Meteosat 10 le 27 octobre 2013 à 15h00 UTC.
Crédit image Eumetsat. En bas, analyse de la situation météorologique par le UK Met Office le
27 octobre à 12h00 UTC. Crédit image : UK Met Office

 

Feuilles mortes en vue

Christian est la première tempête automnale de l’année 2013. Elle va frapper à partir de la nuit de dimanche jusqu’à lundi. Douze départements du nord-ouest de la France ont été placés en vigilance orange par Météo France : Finistère, Morbihan, Loire-Atlantique, Côtes d'Armor, Ille-et-Vilaine, Manche, Calvados, Eure, Seine-Maritime, Somme, Pas-de-Calais et Nord. Pour Météo France, le risque est lié à la végétation : le feuillage des arbres et encore dense et oppose plus de prise au vent. Attention...

 

Météo France - Carte Vigilance - Tempête Christian - 27-Carte de vigilance publiée par Météo France le 27 octobre 2013 à 16h00.
Crédit image : Météo France

 

La dépression qui s’est formée dans le sud-ouest de l'Irlande va circuler rapidement sur le sud de l'Angleterre puis se dirigera vers le Danemark. Des vents tempétueux sont prévus, d’abord en Bretagne puis sur la Normandie et la région Nord-Pas de calais. Les rafales sur les côtes pourront atteindre 120 à 140 km/h. De fortes vagues déferleront sur la côte Atlantique. En Grande-Bretagne, le UK Met Office, le service météoroologique britannique, craint « la pire tempête que le pays ait connu depuis plus de dix ans », avec des vents à plus de 130 km/h et de possibles inondations, chutes d'arbres, des dégâts sur les bâtiments, des coupures d'électricité et des perturbations dans les transports.

 

Wipha : un nouveau typhon au Japon

Rien à voir cependant avec les vents des typhons qui touchent l’Asie et la Japon ces dernières semaines : mi-octobre, Wipha a été particulièrement dévastateur. Wipha a tué au moins 29 personnes, notamment sur l’île d’Oshima la plus touchée. Tokyo Electric Power (Tepco) a également annoncé lundi 21 octobre que, dans la centrale nucléaire de Fukushima-Daiichi, de l'eau de pluie contaminée s'était écoulée dans l'océan, sans préciser le niveau de la contamination.

Les trois images suivantes proviennent de l’instrument GOCI du satellite coréen COMS, un satellite géostationnaire qui, à côté de deux charges utiles de météorologie et de télécommunication, embarque également un instrument d’observation de la Terre. Avec une résolution similaire à celle de MODIS sur Terre et Aqua, l’avantage est de permettre l’observation en continu. Les trois vignettes suivantes sont extraites d’images acquises le 15 octobre 2013 à 2h16, 3h16 et 4h 16 UTC.

 

COMS - GOCI - Typhon Wipha - 15-10-2013 - 02h16 COMS - GOCI - Typhon Wipha - 15-10-2013 - 03h16 COMS - GOCI - Typhon Wipha - 15-10-2013 - 04h16

Trois images prises par l’instrument GOCI du satellite COMS le 15 octobre 2013 à 2h16, 3h16 et 4h16 UTC. Crédit image : Korean Ocean Satellite Center.

 

Australie : incendies géants autour de Sydney

La baisse récente des températures a finalement aidé les pompiers à contenir les feux… Mais depuis mi-octobre, la situation était critique sur le front des feux de brousse dans le sud-est de l’Australie. Des milliers de pompiers ont fait face à de multiples d'incendies en Nouvelle-Galles du Sud, autour de Sydney. A ce jour, les feux ont brûlé plus de 124 000 hectares. Quelques foyers ont été allumés par des pyromanes et un autre feu, près de Lithgow dans les montagnes Bleues, a même été provoqué par un exercice de l’armée.

Les incendies de brousse sont fréquents en Australie pendant l'été austral, de décembre à février. En 2009, une série d'incendies dans l'Etat de Victoria avait tué 173 personnes et détruit des milliers d'habitations.

 

Aqua - MODIS - Incendies Sydney - Australie - 20-10-2013Incendies en Australie près de la ville de Sydney. Image prise par l’instrument MODIS du
satellite Aqua le 20 octobre 2013. Crédit image : NASA/GSFC, Rapid Response

 

Un volcan qui fait des cendres et des sous-marins qui remontent...

Dans la péninsule russe du Kamtchatka, le volcan Kliuchevskoi (baptisé également Klyuchevskaya) est l'un des plus actifs au monde : plus de 100 éruptions dans les 3000 dernières années. Douze éruptions confirmées ont eu lieu depuis 2000.

L’éruption dont les satellites sont témoins aujourd’hui a commencé le 15 Août 2013. Le niveau d’activité a augmenté en octobre, avec un panache de cendres s’élevant jusqu'à 10 kilomètres d’altitude.

L’instrument OLI du satellite Landsat 8 a pris l’image suivante le 20 octobre au moment où plusieurs coulées de lave se produisaient. Elle est présentée ici en couleurs naturelles et en fausse couleurs combinant deux canaux infra-rouge et le canal vert. Dans cette représentation, les nuages d'eau et de vapeur apparaissent en gris. La neige et la glace sont bleu-vert. Les roches nues et les dépôts volcaniques récents sont sombres ou presque noirs.

 

Landsat 8 - OLI - Volcan Kliuchevskoi - Kamtchatka-copie-1Landsat 8 - OLI - Volcan Kliuchevskoi - Kamtchatka - 20-10-Deux représentations d’une image de l’éruption du volcan Kliuchevskoi prise par le satellite
Landsat 8 le 20 octobre 2013. Crédit image : USGS

 

On termine cette série d’images avec une image étonnante prise par le satellite Pléiades. Elle n’a pas été prise en octobre mais en mai 2013. On reste néanmoins dans la péninsule du Kamtchatka avec un impressionnant alignement de sous-marins russes en surface et à quai dans la baie Tarinski au sud de Petropavlosk. Akula, Oscar II, Delta III, Kilo : Pléiades aime les ports et les sous-marins. Après Lorient pour sa première image, voici un petit échantillon de classes de sous-marins russes pour l’entraînement des photo-interprètes en herbe.

 

Pléiades - Sous-marins russes - Petropavlosk - 01-05-2013Plusieurs classes de sous-marins russes vus par le satellite Pléiades. Extrait d’une image acquise
le 1er mai 2013. Copyright CNES 2013 – Distribution Astrium Services / Spot Image.

 

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24 septembre 2013 2 24 /09 /septembre /2013 07:50

C’est l’automne !

Dimanche 22 septembre 2013, 20h44 UTC, le moment précis de l’équinoxe d’automne et un week-end avec une météo superbe pour se balader en montagne ou découvrir une ville. Peut-être certains d’entre vous avaient prévu un week-end en amoureux à Venise pour profiter de la fin de l’été ?

A priori, vous n’étiez pas les seuls : au moins une douzaine de paquebots de croisière faisaient visiter la ville aux 177 canaux et 455 ponts. Ils doivent emprunter le canal de la Giudecca et la Canal de Saint-Marc.

Le satellite Pléiades a été témoin de cette concentration de navires géants en prenant cette image le 21 septembre 2013 : neuf paquebots sont à quai dans le port de Venise.

 

Pleiades - Venise - Italie - Paquebots - 21-03-2013Pour l’automne, un défilé de paquebots géants à Venise. Extrait d’une image prise par le
satellite Pléiades le 21 septembre 2013 à 10h30.
Copyright CNES 2013 – Distribution Astrium Services / Spot Image

 

L’image est extraite d’une scène plus grande acquise à 10h29'36'' UTC, au moment où le satellite survole la ville du nord vers le sud à 28000 km/h et à 694 kilomètres d’altitude. Le point de vue est assez inhabituel avec la direction sud correspondant approximativement à la partie supérieure de l’image. Lorsqu’il prend cette image, l’instrument de Pléiades a une inclinaison d’environ 32° par rapport à la verticale.

 

Pleiades - Venise - Italie - Automne - 21-03-2013 - RR3La ville de Venise par le satellite Pléiades le 21 septembre 2013 à 10h30. La résolution est dégradée
par rapport à l’image d’origine. Copyright CNES 2013 – Distribution Astrium Services / Spot Image

 

Venise, vidi, vici

Les amoureux de Venise reconnaitront les principaux monuments de la ville, la place Saint-Marc, son Campanile et le Palais des Doges, le pont des Soupirs, le grand canal et ses ponts, en particulier le Rialto et le pont de l’Académie, la gare et le port où stationnent les paquebots.

Ce type d’image permet d’apprécier la finesse des détails visible sur les images prises par le satellite Pléiades. Même si la résolution est réduite sur cette version de l’image d’ensemble de Venise, on distingue par exemple les gondoles qui attendent au bord du Grand canal à proximité de la place Saint-Marc.

 

Pleiades - Venise - Italie - Place Saint-Marc - 21-03-2013Un autre extrait de l’image de Venise centré sur la place Saint-Marc. Image acquise le satellite Pléiades
le 21 septembre 2013 à 10h30. Copyright CNES 2013 – Distribution Astrium Services / Spot Image

 

No Grandi Navi : certains trouvent que les gros paquebots, ce n’est pas que beau…

Pour revenir à nos paquebots, selon un article paru dans le journal Le Monde, cela représente au total environ 800000 tonnes et 40000 passagers. Par exemple, le MSC Divina, construit par les Chantiers de l'Atlantique de Saint-Nazaire et lance en mai 2012, pèse 139400 tonnes et peut embarquer 3500 passagers.

Pour fixer les idées, la population totale du centre de Venise n’est que de 60000 habitants (271000 au total en incluant les îles et les quartiers situés sur le continent).

Chaque année, entre 1,6 million et 2 millions de passagers découvrent Venise sur ce type de navire. Au total, Venise accueille plus de 20 millions de touristes par an.

Quelques jours après le relèvement du Costa Concordia, après son naufrage en janvier 2012, des associations de riverains et des écologistes ont manifesté pour protester contre le passage de plus de 600 navires de croisière par an par le canal de Saint-Marc. Selon eux, ce trafic excessif met en péril la lagune, la ville et ses habitants : pollution atmosphérique, fragilisation des rives et des fondations des bâtiments le long des canaux, impacts sur l’écosystème de la lagune. Samedi 21, le jour où Pléiades a pris l'image présentée ici, une vingtaine de manifestants, membres du comité “No grandi Navi” se sont jetés à l’eau en signe de protestation.

Après l'accident du Costa Concordia, un décret de mars 2012, Le décret Clini-Passera, non appliqué, prévoyait pourtant l'interdiction de transit dans le canal de Saint-Marc et au canal de la Giudecca pour les navires de plus de 40 000 tonnes.

En 25 ans, le nombre de paquebots qui traversent Venise a plus que triplé (661 navires en 2012). Leurs passagers dépensent chaque année plusieurs centaines de millions d’euros. Les associations de protection de l’environnement estiment que cette somme est comparable au coût des dommages causés par le passage des navires.

Comme souvent, il semble bien difficile de concilier enjeux économiques et protection de l’environnement.

 

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17 septembre 2013 2 17 /09 /septembre /2013 22:30

Pleiades - Renflouage Costa Concordia - Giglio - 17-09-2013 Le redressement réussi du Costa Concordia vu par le satellite Pléiades dans la matinée du 17
septembre 2013. Copyright CNES 2013 – Distribution Astrium Services / Spot Image

 


A la verticale...

C’est une image paradoxalement étonnante : depuis le naufrage du Costa Concordia, échoué depuis janvier 2012 sur l’île de Giglio, près des côtes de Toscane, on avait pris l’habitude de voir le paquebot couché sur le flanc.

C’est le chef de la DPC, la protection civile italienne, le préfet Franco Gabrielli qui a confirmé le succès de l’opération « le bateau a atteint la verticale ». Et le satellite Pléiades passait à la verticale dans la matinée pour prendre cette image. Astrium GEO-Information Services vient de publier cette image ainsi qu'un autre prise en juillet 2013 dans sa galerie d'images du satellite Pléiades.

 

65° le matin

Mardi 16 septembre, à 4h11 du matin, plusieurs coups de sirènes ont salué la fin de la première étape, une des plus critiques, du gigantesque projet de renflouage du Costa Concordia. En janvier 2013, un article du blog Un autre regard sur la Terre présentait ce projet et montrait la situation sur la côte de l’île de Giglio avec une image (plus exactement un anaglyphe 3D) du satellite Pléiades : depuis plus d'un an, 500 personnes (ingénieurs, techniciens, ouvriers et plongeurs) préparaient sur l'île cette opération complexe.

L’objectif est de faire basculer l'épave du Costa Concordia sur une plate-forme, sans qu'elle ne se brise : depuis son naufrage, le paquebot est incliné de 65° sur son flanc et une partie de la coque est encastrée sur les rochers, ce qui rend l’opération particulièrement délicate.

La solution retenue : 56 câbles reliés à des tourelles pour exercer une traction sur la coque pour la faire pivoter. Des ballasts assureront ensuite la flottaison du Costa Concordia pendant son remorquage.

 

Moins de 24 heures chrono

Lundi en tout début de matinée, la plupart des radios commençaient leurs journaux avec l’annonce du début des opérations.

A 7h30, les nombreux journalistes présents sur place constatent que les conditions météos et les orages de la nuit ont retardé les préparatifs et le début des opérations.

C’est finalement un peu après 9h que Nick Sloane, après que le responsable de l’opération ait confirmé que les dernières vérifications avaient été concluantes, que le redressement du Costa Concordia a commencé.

 

Y a plus qu’à…

A 10 heures, pour éviter toute pollution, des barrages flottants sont mis en place.

En milieu de journée, le déroulement de la phase la plus critique, le détachement des rochers, semble en bonne voie, avec déjà quelques degrés d'inclinaison : c’est le contraste entre la peinture claire et la rouille de la partie émergée qui sert de repère visuel, montré sur des nombreuses vidéos transmises en direct.

A 16 heures, le redressement est d’environ 10 degrés mais les responsables confirment que l’opération prendra plus de temps que prévu.

24° à 24h00

C’est à minuit que l’inclinaison de 24 degrés a été atteinte. Cette étape marque le début de la phase finale : Les 36 câbles cessent leur traction. Ce sont désormais des ballasts fixes sur le côté bâbord du paquebot et progressivement remplis d’eau qui assurent la dernière partie de la rotation autour de l’axe du navire.

 

Quelques chiffres pour fixer les idées sur un chantier hors norme

  • Le Costa Concordia : 114000 tonnes (presque deux fois le Titanic), 290 mètres de longueur, 35 mètres de large, haut comme un immeuble de dix étages et couché sur des rochers).
  • Le coût de l'opération est estimé actuellement à 600 millions d'euros.
  • 18000 tonnes de ciment injectés dans 1200 sacs sous la coque pour l'empêcher de se briser pendant l'opération.
  • 30000 tonnes d'acier des grues et des caissons flottants fabriqués sur mesure.
  • 56 câbles de 26 tonnes reliés à des tourelles pour redresser le Costa Concordia
  • Une plateforme à 30 mètres sous la surface de l’eau plus grande qu’un terrain de football.
  • 120 plongeurs ont effectué plus de 15000 interventions sous l’eau.
  • 30 navires participant aux opérations de renflouage.
  • 30 morts et deux disparus pendant l’accident cause par l’imprudence du commandant.


Pleiades - Renflouage Costa Concordia - Giglio - 12-07-2013Les préparatifs du renflouage du Costa Concordia vus par Pléiades le 12 juillet 2013.
Copyright CNES 2013 – Distribution Astrium Services / Spot Image

 

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11 septembre 2013 3 11 /09 /septembre /2013 20:48

3 chiffres et près de 3000 noms gravés...

112 en Europe ou 911 aux Etats-Unis, le numéro d’appel d’urgence doit être facile à retenir. Par contre, il est assez rare qu’on retienne un évènement majeur sans citer l’année : débarquement de juin 44, évènements de mai 68, juillet 1789, etc…

C’est le cas pour les attentats du World Trade Center à New York. « Nine Eleven », 9/11 : c’est avec seulement deux nombres que ces évènements dramatiques restent gravés dans nos mémoires.

 

New York - 1 WTC - Freedom Tower - Mai 2013One World Trade Center, alias Freedom Tower, et le sud de Manhattan photographiés le 3 mai 2013
depuis l’Hudson River Park. Crédit image : Gédéon

 

Un jardin ?

12 ans après les attentats, le coeur de Manhattan reste un énorme chantier avec des forêts de grues gigantesques. Pourtant, un nouveau paysage prend forme autour des deux bassins et du jardin du 9/11 Memorial entre West Street et Church Street. Les deux bassins occupant les emplacements des deux tours jumelles détruites. Malgré les travaux aux alentours, j’ai trouvé le Memorial avec le bruit de l’écoulement d’eau dans les bassins particulièrement propices au recueillement. Les arbres plantés autour y contribuent beaucoup. 9 millions de personnes, en provenance de 50 états américains et 175 pays, l’ont déjà visité depuis son ouverture en septembre 2011, 10 ans après les attentats.

 

New York - Manhattan - Memorial 911 - 11 septembreLe mémorial du 11 septembre et la 1 WTC, la tour de la Liberté, photographiés en mai 2013.

Crédit image : Gédéon

 

Des divergences entre la fondation gérant le Mémorial et le Port Authority of New York and New Jersey ont retardé la construction du musée souterrain situé sur le même site. Il devrait ouvrir au printemps 2014. Je suppose que les difficultés de choix et les critiques du projet retenu pour le mémorial « reflecting absence » ont inspiré la journaliste Amy Waldman pour son étonnant roman « Un concours de circonstances » (« the submission » en version originale) dont je recommande la lecture.

 

1776 pieds : Ground Zero reprend de l’altitude

1776, c’est l’année de la déclaration d’indépendance des Etats-Unis, avec Independence day, la fête nationale célébrée le 4 juillet. 1776 pieds, soit 541 mètres, c’est aussi la hauteur du sommet de l’antenne du One World Trade Center, qui est désormais la plus haute tour des Etats-Unis et une des plus hautes tours du monde. Avec 108 étages, c’est l’élément le plus visible de l’extérieur du mémorial : 1 WTC, One World Trade Center, est également connu sur le nom de « Freedom Tower » (Tour de la liberté). Sa construction est pratiquement terminée : 6 ans après le début des travaux en novembre 2006, la flèche supérieure a été mise en place entre le 2 et le 10 mai 2013.

New York - 1 WTC - Freedom Tower - Flêche - Mai 2013
Travaux en haut du 1 WTC en mai 2013.
Crédit image Gédéon

 

911 : le rôle des « first responders »

A propos du numéro d’appel d’urgence, le sort des « first responders », les premiers intervenants des équipes de secours, est particulièrement émouvant. A l’occasion d’un premier voyage à New York ou dans une autre grande ville des Etats-Unis, le visiteur est toujours surpris par la présence très visible de la police ou des pompiers. A moins d’être sourd, impossible d’échapper en particulier aux sirènes des énormes camions de pompiers du FDNY. Malgré la foule et les travaux, à proximité du mémorial du 11 septembre, c’est pourtant une impression de silence qui domine.

 

New York - Pompiers - NYFD - Squad 18 - Mai 2013A Manhattan, après une intervention, une équipe de pompiers du Squad 18 du FDNY. La brigade 18
fait partie du Special Operations Command (SOC). 7 de ses membres ont perdu la vie dans la tour
nord pendant les attentats du 11 septembre. Crédit image : Gédéon.

 

Parmi les 2983 noms de victimes gravés sur les parapets de bronze des deux bassins du mémorial des attaques du 11 septembre 2001 et du 26 février 1993 figurent ceux des 343 pompiers du FDNY ((New York City Fire Department), de 60 policiers du NYPD (on dit FDNY et NYPD ?) et du Port Authority of New York qui ont perdu la vie en intervenant après l’attentat du WTC.

 

New York - 11 septembre - 1 WTC - Fresque PompiersNew York - Memorial 911 - 1 WTC - Fresque PompiersSur le mur d’un immeuble de Greenwich Street, la fresque en bronze dédiée à la mémoire des 343
pompiers morts pendant les attentats du World Trade Center. Crédit image : Gédéon

 

J’avais déjà lu ces chiffres dans la presse mais voir sur place la liste interminable des noms gravés à côté de ceux des autres victimes, en sachant que des familles des victimes visitent probablement le mémorial au même moment, donne vraiment une autre perception de la tragédie. Un sentiment très différent de ce qu’on ressent en voyant les vidéos des attentats qui repassent régulièrement à la télévision ou les images des satellites : avec la distance , elles masquent parfois la dimension humaine.

 

En première ligne

Même sur un blog dédié aux images satellites, alors que plus de 2700 personnes luttent encore contre l’incendie géant du parc de Yosemite en Californie, il n’est pas inutile de saluer ceux qui sont sur le terrain après une catastrophe naturelle, industrielle ou un attentat.

 

World Trade Center - firefighters - FDNY - 17-09-2001Un véhicule d'intervention des pompiers du FDNY après les attentats du
11 septembre. Crédit image :
 

 

Des images des satellites d’observation ?

Après les images publiées en 2010 et 2011, en voici deux assez récentes. Elles ont été prises par le satellite Pléiades et par le satellite Spot 6. Celle de Spot 6 date du 4 novembre 2012, quelques semaines après son lancement, juste après le passage de la tempête tropicale Sandy. L'image complète couvre l'ensemble de la ville de New York. L’image du satellite Pléiades a été prise plus récemment, en juin 2013, juste après la pose de la flêche au sommet de la Freedom Tower.

 

Spot 6 - New York - Manhanttan - Sandy - 1 WTC - Liberty Tower - 04-11-2012La pointe sud de Manhattan vue par le satellite Spot 6. Extrait d'une image prise le 4 novembre
2012 après le passage de la tempête Sandy. Crédit image : Astrium Services

 

Pleiades - New York - Manhattan - Memorial 911 - 25-06-2013Le site du Memorial 9/11 vu par le satellite Pléiades. Image prise le 25 juin 2013.
Crédit image : CNES – distribution Astrium services / Spot image

 

New York - 11 septembre - Manhattan - Brooklyn - Mai 2013La pointe sud de Manhattan et le 1 WTC vus depuis la rive de l’East River à Brooklyn en mai 2013.
Crédit image : Gédéon

 

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  • : Les satellites d'observation de la Terre au service de l'environnement : images et exemples dans les domaines de l'environnement, la gestion des risques, l'agriculture et la changement climatique. Et aussi, un peu d'espace et d'astronomie, chaque fois que cela suscite questions et curiosité...
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  • Ingénieur dans le domaine de l'observation de la Terre.
Bénévole de l'association Planète Sciences Midi-Pyrénées
  • Ingénieur dans le domaine de l'observation de la Terre. Bénévole de l'association Planète Sciences Midi-Pyrénées

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