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8 novembre 2016 2 08 /11 /novembre /2016 08:18

 

US elections - 2016 - Nouveau président - Résultats des villes - Résultats des champs - Hillary Clinton - Donald Trump - Population - Grands électeurs - satellite - vu la nuit depuis l'espace - Suomi NPP

Les Etats-Unis vus depuis l’espace la nuit. Image composite obtenue à partir de données de l’instrument VIIRS du satellite Suomi NPP. Crédit image : NASA Earth Observatory/NOAA NGDC

 

J’aime bien les images de la Terre vue de nuit depuis l’espace : on y voit paradoxalement beaucoup de choses... J’en utilise une comme fond d’écran sur mon PC. L’extrait publié ici provient de données acquises par le satellite Suomi NPP, depuis son orbite à 824 kilomètres d’altitude, en avril et octobre 2012. Les points lumineux correspondent évidemment aux zones urbaines où la population se concentre.

Comme en 2012, c’est l’occasion de s’intéresser à nouveau à la géographie des résultats, absolument inattendus, de l’élection du nouveau président américain.

 

Dernière ligne droite et fin des coups tordus… Avant le scoop de la nuit !

Mardi soir, en France, la plupart des observateurs sur les réseaux sociaux et les chaînes d'information anticipaient une victoire d'Hillary Clinton. Peu de suspense en perspective…

Mercredi matin : douche froide et gueule de bois. Après un moment de flottement, Hillary Clinton reconnaît sa défaite : le 45ème président américain s'appellera bien Donald Trump. Les termes utilisés par les commentateurs confirment la surprise générale : réveil douloureux, stupéfaction, séisme, impensable, nouvelle donne, le monde sous le choc...

Il semblerait que le phénomène de foire ait masqué le fait de société.

 

élections américaines - Trump élu - Trump président - Défaite Hillary Clinton - Résultats par état - Partiel - Politico - US elections - Tout le monde s'est trumpé

Même partiels, les résultats du vote confirment une large victoire de Donald Trump.
Carte des résultats du scrutin pour l'élection du president américain.

Version publiée le 9 novembre 2011 sur le site Politico.

 

Donald Pictou

Les résultats détaillés, dans chaque état et dans chaque comté, sont publiés, par exemple, sur le site Politico. Ils sont encore partiels dans quelques états mais il n'y a plus de doute sur le nom du nouveau Président.

Journalistes, instituts de sondage : les premiers commentaires effarés confirment que tout le monde s'est "trumpé"...

 

Swing states : ça a swingué beaucoup plus que d"habitude

Tous les médias vont maintenant publier de savantes analyses pour expliquer ce scoop avec des cartes détaillées montrant la répartition des votes démocrates et républicains en fonction des états.

La comparaison avec les cartes déjà publiées pendant les primaires et la campagne présidentielle va être intéressante. Surtout pour les swing states, ceux où le vote était indécis et pouvait changer de camp, d'un scrutin à l'autre, voire effectivement faire basculer le résultat du vote final.

En 2016, il y avait apparemment plus de swing states que dans le passé, au moins entre dix et quinze : la Floride (un des plus importants, qui avait voté deux fois pour Obama et qui vient de choisir Trump), l'Ohio, le New Hampshire, la Caroline du Nord, la Pennsylvanie, le Nevada, l'Arizona, le Wisconsin, la Virginie, le Colorado, l'Iowa, le Michigan, le Nevada.

Le vote latino n'a pas suffit... S'il n'a pas fait le grand chelem, Donald Trump a raflé une bonne partie des swing states.

 

Hillary beaucoup : Trump fête sa victoire

Comme moi, vous aviez certainement vu des cartes des derniers sondages où les états sont colorés en bleus pour les démocrates, en rouge pour les républicains, avec des nuances selon que le résultat est « très probable », « probable » ou une couleur violette dans le cas des états qui peuvent basculer.

Les dernières cartes publiées avant le mardi des élections montrent que les dernières prévisions étaient éloignées de la réalité. 218-276 au lieu de 275-215 : le score réel est pratiquement l'inverse des projections.

 

US elections - Prédident américain - Hillary Clinton - Donald Trump - Derniers sondages avant les résultats - Swing states - Grands électeurs - Washington Post

Une carte publiée le 7 novembre 2016 par le Washington Post et montrant les prévisions de vote
et, donc, l'ampleur de l'erreur concernant les résultats respectifs de Donald Trump et d'Hillary Clinton.
Sur le site du Washington Post, la carte cliquable donne des détails dans chaque état.
Source : Washington Post / AP

 

Le dessous des cartes et le fonctionnement de l’élection américaine

En réalité, ces cartes colorées par état donnent une idée fausse de la réalité du vote final. Pour s’en rendre compte, il faut avoir en tête le principe de l’élection américaine…

Nous sommes habitués en France à l’élection du président au suffrage universel. Aux Etats-Unis, le scrutin est indirect : le mardi qui suit le premier lundi de novembre, les votants élisent des grands électeurs qui choisissent ensuite le président américain et le vice-président.

Chacun des cinquante États élit un nombre de « grands électeurs » égal au nombre de ses représentants et sénateurs. Il y a au total 538 grands électeurs (100 pour le Sénat, 435 pour la Chambre des représentants et… 3 pour le District fédéral de Columbia).

Le nombre de grands électeurs dépend de la population de chaque état. Par exemple, il y en a 55 en Californie, l’état le plus peuplé, et seulement 3 pour les 8 états avec la population la plus faible. Cette formule introduit un biais délibéré pour augmenter un peu le poids des états les moins peuplés.

Les votes des électeurs sont ainsi exprimés pour un grand électeur soutenant tel ou tel candidat ou plus simplement en mentionnent le nom des candidats.

 

Winner takes all, presque partout...

Selon le principe du vote, dans presque tous les états (sauf le Maine et le Nebraska), toutes les voix des grands électeurs de l’État vont au candidat arrivé le premier, accentuant l'écart entre le vainqueur et le perdant. On comprend aussi pourquoi les autres "petits" candidats n'existent pas vraiment.

Le comptage des grands électeurs se fait au mois de janvier qui suit le scrutin. C'est à ce moment que le président élu devient effectivement president des Etats-Unis.

D'autres pays, comme la France avec les règles de son scrutin majoritaire, ont mis en place des dispositifs destinés à permettre au vainqueur d'avoir réellement le pouvoir de gouverner.  

 

Carte d’électeurs : ne vous trumpez pas...

Revenons à notre image satellite nocturne illustrant les différences de densité de population selon les régions : elle aide à comprendre le dessous des cartes…

Manhattan compte plus d’un million et demi d’habitants mais ne représente qu’un tout petit point sur la carte. A l’opposé, il y a moins d’un million de personnes vivant dans le Montana, un des états dont la superficie est la plus importante au nord des Etats-Unis.

Mark Newman, un physicien anglais travaillant sur les systèmes complexes à l’Université du Michigan, a développé un logiciel qui « déforme » les cartes pour tenir compte de différents paramètres.

 

Warping

Il m’a autorisé à publier ici quelques exemples de « cartes tordues », dans lesquelles la surface des états ou des comtés est modifiée pour tenir compte de la population et non de la superficie. Ces cartes ont été réalisées à l’occasion des élections 2012, opposant Barack Obama à Mick Romney, et de celles de 2016.

C’est assez instructif, qu'il s'aggise des cartes pondérées par la population ou de la comparaison entre les elections 2012 et 2016.

J’espère que cela plaira aux amateurs de géographie.

 

Résultats élections américaines - états - population - grands électeurs - dessous des cartes - cartogramme - Mark Newman - 2012

élection présidentielle - US - états-Unis - résultats 2016 par état - carte - pondération grands électeurs et population - Trump - Clinton

Une carte et deux cartogrammes proposant des représentations différentes des résultats
de l’élection présidentielle américaine en 2012 et en 2016. Crédit image : Mark Newman

 

Cette première série de cartes, colorées en rouge (pour le vote républicain) et en bleu (pour le vote démocrate) compare :

  • Une carte des résultats dans chaque état, à gauche de la figure.
  • Une deuxième carte, en haut à droite, tenant compte de la population de chaque état. Par exemple, l’état de Rhodes Island, le plus petit des USA (avec seulement 4000 km2 dont un tiers d'eau), 60 fois plus petit que le Wyoming (près de 254000 km2) mais deux fois plus peuplé (2,2 habitants au km2), apparaît deux fois plus gros que le Wyoming. 
  • Une troisième carte, en bas à droite, où le nombre de grands électeurs est également pris en compte. Au premier coup d’œil, elle peut vous paraître identique à la seconde carte. Ce n’est pas le cas : le Wyoming, par exemple, a doublé de taille, illustrant le biais volontaire lié au nombre de grands électeurs qui n’est pas exactement proportionnel à la population. C'est à confirmer mais ce biais en faveur des zones rurales a probablement profité à Donald Trump pour le scrutin 2016.

 

Démocrates de villes et républicains des champs…

La première carte, avec beaucoup de bleu, donne l’impression visuelle que les républicains ont remporté l’élection en 2012. L’apparence trompeuse vient du fait que les états à dominante républicaine sont moins peuplés que les états votant majoritairement démocrate.

Même si la forme des Etats-Unis en prend un sacré coup, les deux autres cartes ou cartogrammes corrigent cette impression, avec désormais une dominante bleue assez marquée en 2012. C'est l'inverse en 2016.

 

Comptez les voix, comptez les comtés…

Toujours à partir des résultats des elections 2012 et 2016, Mark Newman a construit d’autres cartes à l’échelle de chaque comté où la différence entre la carte « standard » et le carte « modifiée » est encore plus frappante.

 

élections du président américain - répartition des votes à l'échelle des comtés - population - grand électeurs - swing states - Résultats - 2012 - Mark Newman

élection président américain - Trump - Clinton - Résultats par comté - Démocrates- Républicain - Pondération population

La répartition réelle des résultats du vote à l’échelle des comtés en 2012 et en 2016.
A gauche, la carte des comtés. A droite un cartogramme tenant compte de la population.

Crédit image : Mark Newman

 

Des trous dans le comté : on ne va pas en faire tout un fromage…

Bon, il faut reconnaître que colorer chaque comté intégralement en bleu ou en rouge, comme si tous les électeurs, en chœur, avaient voté démocrate ou républicain, fausse quand même un peu la représentation des résultats.

 

Les goûts et les couleurs : Deep Purple, entre Blue Oyster Cult et les Red Hot Chili Peppers  

Une solution pour représenter le score relatif de chacun des deux candidats est d’utiliser des nuances de bleu et de rouge, tenant compte des votes.

 

élections du président des états-unis - US elections - répartition des votes républicains et démocrates dans chaque comté - résultats - 2012 - Mark Newman

Election président américain - Trump - Clinton - Vote populaire par comté - Démocrates - Républicains - Pondération population

Une carte des résultats (votes reels) à l’échelle des comtés et un cartogramme tenant compte
de la population de chaque comté. Deux représentations différentes des résultats des élections
du président américain en 2012 et en 2016. Crédit image : Mark Newman

 

Dans cette dernière série de cartes, les nuances de couleurs (à défaut de cinquante nuances de Grey) mettent en évidence les résultats de manière plus subtile : il y a des comtés franchement démocrates et d’autres franchement républicains mais on constate également qu’il y a beaucoup de comtés où le score est plus indécis.

Le pourpre profond, c'est là où ça swingue le plus...

 

Purple rain : quand le pourpre redevient rouge...

Cela montre aussi l'effet de bras de levier, déjà mentionné, que joue la règle du "winner takes all" : je n'aimerais pas être à la place d'un grand électeur, avec des convictions democrates, dont le bulletin va finalement être comptabilisé en faveur de Donald Trump parce qu'une majorité, parfois réduite, de grands électeurs a voté républicain.

 

Trump - Clinton - Swing states - The winners takes all - When purple becomes red hot

"The winner takes all" : l'impact du mode de scrutin dans les swing states pour le scrutin 2016.
Pas de nuances : malgré des scores serrés, la couleur pourpre devient rouge vif...

Source des résultats : Politico

 

Un petit dessin vaut mieux qu'un long discours ?

Les apparences sont parfois trompeuses... Des explications détaillées aident à aller au delà des apparences. Evidemment, cela signifie lire, un peu plus que 140 caractères, et de se faire sa propre opinion. 

J’espère que ce petit voyage avec des cartes déformées vous incitera à garder un regard critique sur les images et les graphiques qu’on vous présente. Jetez un œil sur les légendes, les échelles et les axes. C’est toujours utile…

Si vous enseignez la géographie, j'espère aussi que cela vous inspirera pour quelques activités inhabituelles avec vos élèves.

D’autres cartographes ont également proposé des représentations tridimensionnelles des résultats de l’élection présidentielle. En voici un exemple...

 

Clinton - Trump - Géographie de l'électorat américain - Démocrates - Républicains - Carte 3D - Villes et campagnes - Résultats 2012

Exemple de carte 3D tentant de représenter la géographie du vote à la présidentielle américaine.
Crédit image: Robert J. Vanderbei
/ université de Princeton

 

Une petite dernière pour la route, proposée par Ken Field de la société ESRI : il représente chaque groupe de 1000 votants par un point lumineux.

Je trouve que la correlation avec l'image satellite illustrant le début de cet article est assez étonnante... D'un autre côté, cela veut juste dire que la majorité des électeurs habite en ville. Ce n'est pas un gros scoop ! Pour ceux qui aiment les défis, il y aurait peut-être un travail amusant pour voir si on peut extraire des informations sur le taux d'abstention en comparant les deux images. cela tombe bien : elles datent toutes les deux de 2012...

 

En 2016, la campagne gagne la champagne...

Dernière question à 1 dollar : est-ce que les citadins sont plutôt des democrates ? Et quelles sont les grandes villes républicaines ? 

Les cartes définitives des résultats 2016 détaillés à l'échelle des comtés pourraient montrer que les électeurs des régions plutôt rurales ont joué un rôle clé dans l'élection d'un candidat populiste.

Elire un candidat populiste ? Bien sûr, il est certain qu'un tel scénario ne pourrait pas se réaliser en France... Certain ? 

 

US elections - correlation - votes - city lights at night - democrats vs republicans - POTUS - ESRI

Carte des résultats de l'élection du président des Etats-Unis en 2012.
Crédit image : Ken Field (ESRI)

 

En savoir plus :

 

 

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6 novembre 2016 7 06 /11 /novembre /2016 01:18

 

Vendée Globe - Départ - Sables d'Olonne - Pas une journée sans satellites - solitaire - liaison - rôle du spatial - satellites

Combien de satellites au service de Tanguy de Lamotte sur Initiatives Coeur et des autres
skippers du Vendée Globe 2016 ? Infographie Gédéon

 

Toutes les agences spatiales ont communiqué sur le thème « Une journée sans satellites » pour montrer que l’homme pouvait difficilement s'en passer au quotidien.

C’est vrai sur la terre ferme ou dans les airs. C’est encore plus vrai en mer, en particulier pour le Vendée Globe, la seule grande course en solitaire, sans escale et sans assistance.

Pour l’occasion, le blog Un autre regard sur la Terre devient Un autre regard sur la mer…

 

Jour J, Heure H… Bientôt la quille ?

Pas vraiment… Encore plus de 24000 milles nautiques à parcourir !

La huitième édition du Vendée Globe vient seulement de commencer. 29 skippers ont franchi la ligne départ dimanche 6 novembre 2016 à 13h02 aux Sables d’Olonne, après le défilé dans le chenal devant des dizaines de milliers de spectateurs.

 

Vendée Globe - Sables d'Olonne - Public - Village - Avant le départ - Skippers - Bateaux

Aux Sables d’Olonne, beaucoup de monde sur les quais pour voir les bateaux du Vendée Globe avant le départ pour la grande boucle. Crédit image : Olivier Blanchet / DPPI / Vendée Globe

 

Records en vue

Tous des hommes : comme dans le spatial, il y a une marge de progression côté parité… Il faut reconnaître que c’est la première fois en 20 ans qu’aucune femme ne prend le départ du Vendée Globe. Au total, elles ne sont pas très nombreuses mais sept femmes ont déjà participé à la course en solitaire. Six ont réussi à terminer leur tour du monde. Anna Corbella souhaitait participer à l’édition 2016 mais a fini par renoncer par manque de soutiens financiers.

Par contre, côté expérience, c’est à peu près 50-50 : si j’ai bien compté, il y a 14 bizuths.

En face, 5 skippers (Bertrand de Broc sur MACSF, Jean-Pierre Dick sur StMichel- Virbac, Jean Le Cam sur Finistère Mer Vent, Alex Thomson sur Hugo Boss et Vincent Riou sur PRB) vont entamer leur quatrième Vendée Globe. Ils rejoignent cette année Marc Thiercelin, Mike Golding et Dominique Wavre dans cercle très fermé de ceux qui auront participé à quatre reprises à l’Everest des mers. Six marins, dont Armel Le Cléac’h sur Banque Populaire VIII et Kito de Pavant sur Bastide Otio, entameront leur troisième Vendée Globe, tandis que quatre autres s’élanceront des Sables d’Olonne pour la deuxième fois.

Vincent Riou, vainqueur de l'édition 2004-2005 en 87 jours et 10 heures et qui avait abandonné en 2012-2013 après une collision avec une bouée à la dérive, retente sa chance.

L’édition 2016-2017 voit aussi concourir le plus jeune concurrent de l’histoire du Vendée Globe (Alan Roura, 23 ans) et le plus âgé (Rich Wilson, 66 ans).

 

Vendée Globe - 29 skippers - Portraits - Vétérans - Bizuths - pas de femmes - départ - Sables d'Olonne

Les 29 skippers de l’édition 2016 du Vendée Globe. La parité n’est pas exactement au rendez-vous…
Crédit image : Vendée Globe

 

Autre record : dix nationalités représentées, dont quatre pour la première fois, la Nouvelle-Zélande (Conrad Colman sur Olman Foresigh Natural Energy), les Pays-Bas (Pieter Heerema sur No Way Back), l’Irlande (Enda O’Coineen sur Kilcullen Voyager – Team Ireland) et le Japon (Kojiro Shiraishi sur Spirit of Yukoh).

Un vent du nord de 15 à 20 nœuds devrait assurer un début de course rapide : les premiers pourraient  passer au large des côtes espagnoles dès lundi matin avant de commencer la descente vers le tropique du Cancer…

Avec un anticyclone des Açores installé de l’Islande aux Açores et se déplaçant lentement vers le Sud sous la pression d’une ancienne dépression tropicale, les conditions météorologiques sont exceptionnelles : l’équateur devrait être atteint en moins de dix jours, battant le record de Jean Le Cam en 2004 (10 jours 11 heures 28 minutes).

 

Le nœud du problème, je vous le donne en mille : oublier le système métrique et avoir le pied marin

Les amoureux des unités du système métrique vont être déçus : dans les semaines qui viennent, les journalistes qui suivent le Vendée Globe vont plutôt parler de milles et de nœuds. Un voilier de la classe IMOCA a une longueur de 60 pieds. Un mille marin ou mille nautique correspond à 1852 mètres, l’équivalent d’une minute d’arc le long d’un méridien terrestre.

Même pour Jean-Pierre Dick, le nœud (abréviation kt pour knot en anglais) est une unité de vitesse qui correspond à un mille marin par heure soit 1,852 km/h.

 

L’Everest des mers

40 075 kilomètres soit 21 638 milles, c’est la circonférence de la Terre. Un parcours  effectué en 78 jours et deux heures par François Gabart lors de la dernière édition du Vendée Globe.

Dans la réalité, au cours des sept précédentes éditions du Vendée Globe, la plupart des concurrents ont parcouru parfois plus de 28 000 milles, soit presque 52 000 kilomètres !

La mer n’est pas une autoroute : les skippers doivent jongler avec les vents, les courants et les vagues, la houle, les glaces : ils multiplient les zigzags, les détours et de changements de caps et suivent au final une trajectoire faire d’une succession de lignes brisées, qui leur permet enfin de rejoindre la bouée Nouch Sud qui marque la ligne d’arrivée du Vendée Globe. Retour à la case départ, après 70 à 80 jours passés en mer.

 

Vendée Globe - Sable d'Olonnes - Parcours - Course - Positions - Départ - Leader - Cap Horn - Bonne espérance - Alizés - Pot au noir

Le parcours du Vendée Globe 2016. Crédit image : Vendée Globe

 

Le meilleur endroit pour voir les satellites en action ? La mer !

Revenons sur le rôle de satellites dans les grandes courses comme le Vendée Globe, la Route du rhum ou, plus connue des anglo-saxons, la Volvo Global Race.

Comment les positions sont-elles connues ? Comment sont-elles communiquées au PC Course ? Comment les vidéos filmées à bord sont–elles mises en ligne pendant la course ? Quels moyens sont mis en œuvre pour les vacations radio, etc. Comment signaler un accident ou une situation de détresse. Et très au sud, pendant l’été austral, il y a aussi les icebergs et les glaces dérivants…

Une seule réponse : les satellites. En mer, il n’y a pas d’autre solution… Loin des côtes, la radio VHF ne fonctionne plus, sauf pour communiquer entre deux navires proches  

 

Moins seuls dans une course en solitaire : le rôle des satellites

Dans un article consacré à l’édition 2012 de la Novela sur le thème « espace et océans », j’avais déjà abordé cette curiosité : « Un bon moyen de voir les satellites en action : aller à la mer ». Avec une illustration montrant un thonier industriel dans l’océan indien, j’expliquais que l’équipage de ce navire de pêche, à l’image du M. Jourdain de Molière qui disait de la prose sans le savoir, utilisait quotidiennement plusieurs dizaines de satellites pour mener à bien sa campagne de pêche : météorologie et prévision de l’état de la mer, localisation, balises de détresse, télécommunications (voix et données) et même observation de la Terre pour certains services très spécialisés.

Comme la prose du bourgeois gentilhomme, une caractéristique des satellites, c’est qu’on les utilise quotidiennement parfois sans le savoir, au point d’oublier leur existence et parfois le besoin de les renouveler.

 

Les moyens satellites utilisés par les skippers du Vendée Globe

Un rapide inventaire ? Commençons par les télécommunications entre la Terre et les skippers : elles sont assurées par les satellites d’Inmarsat et d’Iridium. Pour tous les types d’échanges : vacations en phonie, internet et email, transfert de vidéos et de photos ou pour recevoir les fichiers météo envoyés par l’organisation de course (l’assistance météorologique personnalisée et le routage ne sont pas autorisés). Le téléphone satellite pour la voix est complété par un équipement de communication iridium doublé par une liaison Fleet d’inmarsat pour les échanges de données.

 

Inmarsat - Couverte - Satellites - Vendée Globe - Télécommunications - communications avec le PC course et les familles

Couverture des satellites de communication Inmarsat-4 et d’Alphasat. Crédit image : Inmarsat

 

Ensuite la localisation de navires. Le premier besoin, c’est pour établir le classement et vérifier le respect du règlement avec le contrôle des points de passages obligatoires (les « portes »). Des récepteurs GPS assurent cette fonction. La société CLS fourni deux types de balises avec des récepteurs GPS ((le Global Positioning System Américain). 

Un second type de localisation est utilisé moins fréquemment, heureusement : il s’agit des balises de détresse du système Cospas-Sarsat. Chaque voilier en embarque deux fonctionnant en 406/121,5 MHz.

La météorologie est également importante pour la sécurité des skippers et la stratégie de course (avec la connaissance des vents). Les satellites jouent un rôle de plus en plus incontournable dans les modèles de prévision. La veille météorologique mondiale est assurée avec deux types de satellites :

  • Les satellites géostationnaires comme Meteosat, GOES ou MTSAT répartis à environ 36000 kilomètres autour de l’équateur.
  • Les satellites en orbite polaire, sur une orbite plus basse, à environ 800 kilomètres d’altitude. Dans cette catégorie, il y a les satellites de la famille NOAA ou les deux satellites Metop-A et Metop-B opérés par l’organisation européenne Eumetsat.

 

Vendée Globe - départ - Situation météo - Meteosat - 5/11/2016 - Eumetsat

Vendée Globe - Départ - Sables d'Olonne - situation météo - Meteosat - Eumetsat - Vent - Conditions idéales

Vendée Globe 2016 : la situation météo 24 heures avant le départ. Image du satellite Meteosat
acquise le 5 novembre 2016 à 12h00 UTC. En haut, zoom sur l'Europe de l'ouest.
Crédit image : Eumetsat

 

Il faut également citer une information moins connue : la prévision des courants de surface établie à partir de mesures d’altimétrie spatiale fournies par exemple par les satellites Jason. Chaque semaine, les équipes de Mercator-Océan produisent une série de bulletin donnant, par zone géographique et de manière globale, différents paramètres de l’état de la mer (courants, température, salinité) en surface et en profondeur. Chaque bulletin donne la situation analysée (les observations) et des prévisions (modélisation) à deux échéances (une semaine et deux semaines).

Toujours moins connu, l’utilisation d’images de satellite Radar pur détecter les icebergs les plus massifs : EN analysant des images radar à haute résolution, les experts en océanographie spatiale de la société CLS aident la direction de course du Vendée-Globe à définir le parcours et le placement des « portes » autour de l’Antarctique..

 

Alors, combien de satellites au total ?

Pour la constellation GPS, l’US Air Force assure une disponibilité d’au moins 24 satellites 95% du temps. En pratique, depuis juin 2011, l’USAF a mis en place une configuration dite « expandable 24 » avec 27 positions orbitales à 20350 kilomètres d’altitude (6 plans orbitaux). Selon le site gps.gov, il y avait 31 satellites GPS opérationnels au 5 novembre 2016.

La constellation européenne Galileo n’est pas encore complètement opérationnelle mais son déploiement avance bien : depuis le premier lancement de deux satellites en octobre 2011, 14 satellites ont été mis en orbite. La fusée Ariane 5 doit en lancer 4 nouveaux (ils sont baptisés Antonianna, Lisa, Kimberley et Tijmen) le 17 novembre 2016. A terme, la constellation Galileo devrait compter 30 satellites (dont 6 en réserve).

Pour les télécommunications, Iridium est également une constellation, en orbite plus basse, à environ 780 kilomètres, sur 6 plans orbitaux de 11 satellites. Les 66 satellites opérationnels, plus un certain nombre de « spares » prêts à prendre le relais en cas de panne, communiquent entre eux et forme ainsi le premier standard téléphonique spatial.

Du côté de l’orbite géostationnaire, pour le Vendée Globe c’est la flotte d’Inmarsat avec un total de 11 satellites actuellement en opération. Les satellites Inmarsat-4 et Alphasat, spécialisés en télécommunications avec les mobiles. Avec son réflecteur géant de 9 mètres de diamètre et son réseau de 120 antennes spirales, chaque satellite fournit 19 faisceaux larges et 228 faisceaux étroits. Il permet des liaisons jusqu’à 432 kbits/s avec le service Fleet Broadband (BGAN).

Pour la météorologie, plusieurs satellites géostationnaires couvrent l’ensemble du globe depuis une orbite à la verticale de l’équateur :

  • Les 4 satellites Meteosat d’Eumetsat. Meteosat 7 dit « IODC » est positionné au-dessus de l’océan indien, presque à la verticale des Seychelles.
  • Les deux satellites de la NOAA (GOES East and GOES West alias GOES-13 et GOES-15) ainsi que les satellites Terra, Aqua et Sumi NPP. 
  • Les deux satellites russes Elektro-L 1 et Elektro-L 2 de RosHydroMet.
  • Les satellites indiens INSAT-3A et Kalpana-I.
  • Les trois satellites chinois FY-2D, FY-2E  et FY-2F.
  • Le satellite coréen COMS-1.
  • Le satellite japonais Himawari-8.

Côté orbite basse, il y a les trois satellites opérationnels de la constellation POES de la NOAA (NOAA-15, NOAA-18 et NOAA-19), NPP SUOMI et les deux MetOp (Metop-A et Metop-B) en Service, sans parler de la constellation de satellites militaires DMSP.

Au total, cela fait au moins 21 satellites pour la météo. Ajoutons les satellites Jason-2 et Jason-3 pour l’altimétrie spatiale le satellite Radarsat-2 pour la détection des icebergs.

Pour le sauvetage en mer, les 12 satellites embarquant les charges utiles du système Cospas-Sarsat sont déjà comptabilisés avec les satellites météo. Idem pour les charges utiles du système de collecte de données Argos.

Au total, si je n’ai rien oublié, cela nous donne donc au moins 143 satellites qui jouent d’une manière ou d’une autre et à un moment donné le rôle d’anges gardiens des skippers du Vendée Globe. Pas si solitaires…

 

Vendée Globe - Rôle des satellites - IMOCA - communication - localisation - détresse - météorologie - IMOCA

Dans la cabine d'un voilier de la classe IMOCA, les équipements pour la navigation.
Loin des côtes, un seul moyen pour assurer la liaison avec le PC course et la famille : les satellites.
Crédit image : Olivier Blanchet / DPPI / Vendée Globe

 

Toulouse sur mer

Un dernier point remarquable, le rôle central joué par des équipes basées à Toulouse, avec par exemple :

  • Cospar-Sarsat pour le sauvetage en mer au Centre Spatial Toulousain du CNES.
  • La société CLS pour la collecte des positions des balises Argos et la détection des icebergs à partir d’images satellite radar.
  • Mercator-Océan pour les bulletins de prévision des courants et de l’état de la mer.
  • Marlink (avec un de ses teleports à Aussaguel) pour la fourniture des services de télécommunication par les satellites d’Inmarsat et d’Iridium.

 

Vendée Globe : un grand tour autour du Globe. Voyons si t’es caps…

L’objectif de la course est simple : réaliser le tour du monde à la voile, d’Ouest en Est, par les trois grands caps de Bonne Espérance, Leeuwin et Horn.

A partir des Sables d’Olonne en Vendée, les skippers effectuent successivement une longue descente de l’océan Atlantique, la traversée périlleuse des mers du sud avec d’abord l’Océan Indien puis l’océan Pacifique, le plus grand océan du monde. Enfin la remontée de l’Atlantique et le retour vers le point de départ.

Tous les ingrédients sont réunis pour soumettre les skippers et leurs navires à rude épreuve : tempêtes du Cap Finisterre, approche des alizés, traversée du Pot au Noir (avec ses vents erratiques, ses orages violents, des pluies parfois diluviennes), le contournement de l’anticyclone de Sainte-Hélène, les vents violents et l’atmosphère humide des mers très au sud, presqu’à la limite des glaces avec le risque de croiser un iceberg ou, pire parce que plus difficile à détecter, des growlers, ces petits blocs de glace à la dérive.  

Suit alors le début de la remontée dans l’atlantique sud puis le retour vers l’hémisphère nord et le froid. Jusqu’au bout, malgré la fatigue accumulée, la vigilance reste de mise pour éviter toute collision.

 

Vidéo montrant le parcours du Vendée Globe 2016. Crédit image : Vendée Globe

 

Des cartables et des bouées : Argonautica et le Vendée Globe

Océan, climat, environnement et satellites : Argonautica est une opération éducative du CNES proposant aux établissements scolaires des projets  utilisant des données spatiales de localisation (Argos) et océanographiques (mesures Jason).

Argonautica est réalisée en partenariat avec des scientifiques et des professionnels de la mer.

Convaincu par l’intérêt des actions de culture scientifique et technique, cinq  skippers du Vendée Globe 2016 (Kito de Pavant, Arnaud Boissières, Conrad Colman, Didac Costa et Alan Roura) ont accepté d’embarquer des balises Argonautica. Elles seront larguées dans les grands courants (courant sud équatorial, courant circumpolaire) au cours du tour du monde.

 

Balèzes, les balises !

Les 5 skippers emporteront tous une balise MAR YI  « classique » (également dénommée balise jaune) ainsi que pour deux d’entre eux, Conrad et Didac, une balise de nouvelle generation ECHO, à tester.

Ces balises ECHO fonctionnent avec de nouvelles sources d’énergie comme l’énergie solaire et la récupération de l’énergie des vagues (projet réalisé par des lycéens).

Le meilleur moment pour le largage des balises sera choisi avec les skippers, en fonction des conditions météo et océaniques et de la situation à bord.

350 classes sont inscrites sur Argonautica pour suivre le Vendée Globe.

 

Argonautica - Balise MAR YI - CNES - CLS - Argos - Vendée Globe - 2016 - CSTI - sciences à l'école - éducation

Exemple de balise CLS MAR YI utilisée pour l'opération Argonautica pendant le
Vendée Globe 2016. Crédit image : CNES

 

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28 octobre 2016 5 28 /10 /octobre /2016 00:42

 

J’en avais parlé dans l’article précédent sur l’arrivée « mouvementée » Schiaparelli à la surface de Mars, le 19 octobre 2016 : après les images de la caméra CTX, la sonde MRO devait repasser au-dessus du site du crash pour permettre à la caméra HiRISE de prendre des images à plus haute résolution.

C’est fait ! La NASA vient de les publier. Elles ont été reprises sur le site de l’Agence Spatiale Européenne.

 

Schiaparelli - Mars - MRO - HiRISE - Impact - Cratère - Parachute - Bouclier - NASA - ESA

Le site du crash de l’EDM Schiaparelli. Image acquise par la caméra HiRISE
de la sonde MRO (Mars Reconnaissance Orbiter) le 25 octobre 2016.
Crédit: NASA/JPL - Caltech/Univ. of Arizona

 

Un nouveau cratère

En pratique, trois impacts sont visibles, espacés d’environ 1,5 km. La zone sombre, d’environ 2,5 mètres de diamètre, correspond au cratère d’impact de l’atterrisseur. Sa masse était de 300 kg. On distingue les projections de matière. Les spécialistes estiment que la profondeur du cratère est d’environ 50 cm.

A l’est, l’objet avec des points clairs entourés d’une zone sombre est certainement le bouclier thermique. Les points lumineux doivent correspondent à des réflexions de la lumière solaire. Au sud, il s’agit vraisemblablement du parachute et du bouclier arrière (2,4 mètres de diamètres).

Pour être précis, la luminosité et le contraste ont été ajustés séparément pour chacune des trois vignettes de l’image, pour faciliter son interprétation visuelle. La luminosité du parachute est bien plus élevée que le reste de l’environnement martien et les pixels paraissent saturés.

 

MRO - Schiaparelli - HiRISE - Crash - Cratère - Parachute - EDM - bouclier - ESA - NASA - JPL

Zoom sur les trois vignettes du site du crash de l’EDM Schiaparelli. Extraits de l’image acquise
par la caméra HiRISE de la sonde MRO (Mars Reconnaissance Orbiter) le 25 octobre 2016.
Crédit: NASA/JPL - Caltech/Univ. of Arizona

 

Quelque chose qui ne tourne pas rond

Après le freinage atmosphérique, la descente devait être pratiquement à la verticale, d’où un impact de forme symétrique. La forme asymétrique de l’impact ainsi que la longue trace arrondie sombre, qui n’existait pas avant l’impact, n’est pas encore expliquée. Une hypothèse : il pourrait s’agir de l’explosion dans une direction privilégiée du réservoir d’hydrazine, projetant des débris dans cette direction. Cela reste à confirmer

L’image présentée ici est panchromatique. De nouvelles observations avec les canaux multispectraux de la camera HiRISE sont prévues pour fournir une information en couleur. Il est également prévu de procéder à des prises de vue stéréo pour évaluer le relief de la zone et la profondeur du cratère.

 

MRO - Caméra CTX - Schiaparelli - Landing site - Crash - NASA - JPL - ESA - Mars - EDM

Photomontage des images acquises par la caméra CTX de la sonde MRO.
Crédit: NASA/JPL

 

Verre à moitié vide ou verre à moitié plein

Echec, succès partiel, succès presque total… Vous trouverez beaucoup de points de vue différents exprimés sur Internet.

Selon l’analyse des télémesures reçues avant l’impact, on peut affirmer que la manœuvre de séparation et la rentrée atmosphérique se sont déroulées nominalement et ont permis d’acquérir des mesures importantes pour la suite du programme ExoMars.

C’est au cours des dernières minutes que les anomalies sont apparues, 4 minutes et 41 secondes après le début de la descente dans l'atmosphère, qui a duré presque 6 minutes.

Selon un article de la revue Nature, Andrea Accomazzo, directeur de la division des missions solaires et planétaires de l’ESA, évoque la possibilité, à confirmer, d’un dysfonctionnement logiciel (un bug) ou d’un problème de combinaison de mesures qui aurait abouti à une mauvaise estimation de l’altitude : le calculateur de Schiaparelli aurait estimé que l’engin était plus proche du sol qu’il ne l’était en réalité. Une « intuition » qui demandera à être confirmée par des analyses plus poussées de la séquence d’atterrissage.

Les rétrofusées de Schiaparelli n'ont ainsi fonctionné que 3 secondes. Les instruments de mesure ont même été activés (comme cela était prévu après l’atterrissage), alors que Schiaparelli était encore loin du sol

Un rapport détaillé de la commission d’enquête, attendu mi-novembre, devrait confirmer ces hypothèses et fournir des explications plus complètes

 

Go pour TGO : feu vert autour de la planète rouge

De son côté, l’orbiter TGO (Trace Gas Orbiter), en orbite autour de Mars, fonctionne nominalement et les scientifiques se préparent à effectuer les premières mesures de calibration à partir du 20 novembre.

Après l’échec partiel de Schiaparelli, les commentaires se veulent rassurants sur les suites à donner au programme de coopération Europe – Russie Exomars et au rover  2020. On a saura certainement bientôt davantage dans le cadre des discussions préparatoires à la conférence ministérielle de l’ESA qui aura lieu les 1er et 2 décembre 2016 en Suisse (à Lucerne).

 

EXoMars 2016 - TGO - Trace Gas Orbiter - Vue d'artiste - Mars - Orbite - Atmosphère - ESA

Vue d’artiste de la sonde TGO (Trace Gas Orbiter) autour de Mars.
Crédit: ESA

 

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21 octobre 2016 5 21 /10 /octobre /2016 22:39

 

Schiaparelli - ESA - EDM - Cratère d'impact et parachute - MRO - Camera CTS - NASA - ESA - 20 octobre 2016

 

Le point d’impact de la sonde Schiaparelli et son parachute vus par la caméra
CTX de MRO. Image acquise le 20 octobre 2016. Crédit image : NASA/JPL-Caltech/MSSS

 

Octobre rouge

L’image provient de la sonde américaine MRO (Mars Reconnaissance Orbiter). Elle a été prise par la caméra CTX (Context Camera) le 20 octobre 2016. La comparaison avec une image acquise fin mai confirme que le point sombre et le point blanc sont apparus récemment à la surface de Mars. Il s’agit très vraisemblablement du cratère d’impact de la sonde européenne et de son parachute (12 mètres de diamètre).

 

Schiaparelli - EDM - Vu par la sonde MRO - Avant - après - Crash - NASA - ESA

Animation GIF combinant deux images prises par la sonde MRO. La première image date du
29 mai 2016. La seconde a été acquise le 20 octobre 2016, le lendemain de la tentative d’atterrissage
de la sonde Schiaparelli à la surface de Mars. Crédit image : NASA/JPL-Caltech/MSSS

 

Pas de rebonds cette fois...

L’image de référence acquise le 29 mai 2016 peut être consultée ici.

L’image principale couvre une zone d’environ 4 km de côté, située approximativement à 2° de latitude sud et 6° de longitude ouest, dans la région nommée Meridiani Planum. La zone entourée d’un rectangle noir est agrandie dans la partie droite de l’image. Pour fixer les idées, la zone d’impact a une forme elliptique (15 mètres sur 40 environ). Sa taille permet d’exclure que ce soit l’impact du bouclier thermique de Schiaparelli

Construite par la société Malin Space Science Systems, CTX (Context Camera) est un instrument à champ relativement large (30 km de fauchée) et à résolution moyenne (6 mètres) qui est embarquée sur la sonde MRO. Sa focale est de 350 mm et son champ de vue de 6°. Elle travaille en mode panchromatique uniquement (entre 0,5 µm et 0,8 µm).

CTX fait des prises de vue stéréoscopiques mais sert surtout à identifier des zones d’intérêt pour des prises de vue à plus haute résolution.

 

Les bonnes résolutions pour la rentrée (atmosphérique)

C’est le rôle de la caméra HiRISE (High Resolution Imaging Science Experiment). Elle produit des images à 30 cm de résolution au sol dans trois bandes spectrales à partir de l’orbite de MRO à 300 km d’altitude. Le champ de vue est évidemment beaucoup plus étroit (1.14° x 0.18°) soit 1,2 km de fauchée.

La NASA et le JPL (Jet Propulsion Laboratory) vont très certainement utiliser la confirmation de la zone du crash de Schiaparelli pour programmer la caméra HiRISE de MRO et obtenir des images beaucoup plus détaillées (20 fois plus résolues) du cratère d’impact de Schiaparelli. Cela permettra peut-être de mieux comprendre ce qui s’est passé pendant la descente de la sonde européenne.

 

Mars en mars

Lancée le 12 août 2005, la sonde MRO est en orbite autour de Mars depuis le 10 mars 2006.

Les lecteurs fidèles du blog Un autre regard sur la Terre se souviennent peut-être que MRO avait fourni des images pendant l’atterrissage sur Mars de la mission MSL Curiosity en août 2012.

MRO avait également permis de retrouver la trace de la sonde anglaise Beagle 2, perdue également pendant sa descente vers la surface de Mars.

 

Mars - Beagle 2 vu par la sonde MRO - NASA - Décembre 2014

 

 

 

 

L'atterrisseur anglais Beagle 2 retrouvé par la caméra HiRISE de la sonde MRO
en décembre 2014. Beagle avait tenté d'atterrir le 25 décembre 2003. 
Crédit image : NASA/JPL-Caltech/Univ. of Arizona/University of Leicester

 

Il commence à y avoir un paquet de trucs abandonnés à la surface de Mars… Une première version du Terraforming envisagé par Elon Musk ?

 

Plus dure sera la chute...

Schiaparelli est rentré dans l’atmosphère de Mars le 19 octobre à 14:42. Le début de la descente (6 minutes environ au total) s’est bien passé mais le contact radio a été perdu un peu avant le moment prévu pour l’atterrissage. Les experts de l’ESA analysent les télémesures enregistrées par TGO (Trace Gas Orbiter) qui a fait le voyage depuis la Terre avec Schiaparelli avant de le larguer.

Après un premier freinage par le bouclier thermique, le parachute s’est ouvert après séparation du bouclier arrière. La dernière partie de la descente devait être freinée par neuf moteurs à réaction servant de rétrofusées jusqu’à l’atterrissage.

C’est à confirmer par les expertises mais il semblerait, d'après un communiqué de l'ESA, que l'ouverture du parachute ait eu lieu trop tôt (à haute vitesse) et que les moteurs aient été éteints prématurément, à une altitude de 2 à 4 kilomètres, entraînant une accélération de la vitesse (supérieure à 300 km/h au moment de l’impact).

 

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17 octobre 2016 1 17 /10 /octobre /2016 08:16

 

Haïti- Matthew - Emergency response - First responders - NGA - National Geospatial Intelligence Agency - Satellite - Digital Globe - rush mode

 

Les acquisitions d'images satellite à Haïti effectuées par la NGA après
le passage de l'ouragan Matthew. Crédit image : NGA

Connaissez-vous la NGA ?

La National Geospatial-Intelligence Agency est  une agence américaine dont la  mission de collecter, analyser et diffuser le renseignement géospatial en utilisant l'imagerie satellite. Le terme anglo-saxon consacré est « GEOINT », à savoir l’analyse et l’exploitation d’images et d’informations géographiques qui permettent de décrire et d’évaluer des activités dans une zone géographique donnée.

On connaît surtout le rôle de la NGA dans le renseignement militaire : en 2011, la NGA a fourni des informations essentielles obtenues à partir d’images satellites qui ont permis de localiser la résidence d'Oussama ben Laden à Abbottabad au Pakistan. Sur la base de ces renseignements, les forces spéciales américaines ont mené en mai 2011 l’opération Neptune Spear au cours de laquelle le chef d’Al Qaïda a été tué.

Mais la mission de la NGA inclut également le support aux opérations de sécurité de grands évènements comme les jeux olympiques et l’assistance aux équipes de secours (first responders) après une catastrophe naturelle ou une crise humanitaire.

Par exemple, la NGA avait déjà participé à la planification des secours après le passage de l’ouragan Katrina en 2005.

L'agence ne communique évidemment pas sur ses missions de renseignement militaire. Ses interventions après une catastrophe naturelle ou une crise humanitaire sont les seules occasions de faire connaître ses activité et de communiquer sur son savoir-faire.

 

Le travail de la NGA après le passage de l’ouragan Matthew

Les équipes de la NGA sont à nouveau intervenues après le passage de l’ouragan Matthew à Haïti et le long de la côte est des Etats-Unis.

Des pages spéciales ont été mises en ligne pour diffuser les cartes et les informations produites à cette occasion.

 

Ouragan Matthew - Haiti - NGA - Damage assessment

 

Les dégâts causés par l'ouragan Matthew à Haiti.
Estimation réalisée par le National Geo-Intelligence Agency

 

Ces informations, non classifiées, sont très intéressantes car elles permettent de se rendre compte de la nature du travail des photo-interprètes en préparation d’une intervention de grande ampleur après une catastrophe naturelle.

Les exemples suivants illustrent la variété des informations nécessaires pour planifier une telle opération et préparer le déploiement des secours sur le terrain.

 

Comment la Géo-intelligence aide les services de secours après une catastrophe naturelle

On retrouve les ingrédients habituels de la gestion de crises : il y a bien sûr les « cartes de crises » qui donnent une évaluation des dégâts et des zones les plus touchées, les « cartes de référence », avec les plans des villes les plus récents.

Il y a aussi des informations essentielles sur l’état des ponts et du réseau routier, des ports et des aéroports (pour permettre l’acheminement des moyens de secours et d’aide humanitaires) ainsi que des informations sur la population et son état de santé.

On commence avec les cartes de référence... Voici deux exemples avec Jérémie et Les Cayes, qui font partie des localités les plus touchées par l'ouragan.

 

Haïti - Ouragan Matthew - Jérémie - Carte de référence - carte topographique - topo map - NGA - National Geospatial Intelligence AgencyOuragan Matthew - Carte de référence - reference map - Les Cayes - Haiti - NGA

Deux exemples de cartes topographiques (Jérémie et Les Cayes) publiées par la NGA
sur ses pages consacrées à l'ouragan Matthew

 

 

Ces cartes permettent aux secours de se déplacer et de se render aux différents endroits où ils doivent intervener. Avec ces cartes, il est impossible de connaître les dégâts aux routes, aux ponts  voire aux ports et aux aéroports qui ne sont pas répertoriés.

Pour cette raison, les équipes de cartographie rapide, à partir d'images satellites ou d'autres sources de données, passent en revue les infrastructures de transports pour évaluer leur état reel et savoir si elles sont praticables.

Voici quelques exemples d'analyses réalisées après le passage de l'ouragan Matthew.

 

Ouragan Matthew - Haiti - Jacmel Highway - Gosseline river - Damaged bridge - NGAMatthew - Haiti - NGA - Rouge 208 - Jacmet - Bainet - Assessment - Road constraints - First respondersHaiti - Matthew - HLZ - Helicopter Landing Zone - Tiburon - National Geospatial intelligence Agency - NGA

Exemple de travail de photointerpretation d'images satellites destine à preparer l'intervention
des secours. En haut, pont routier rendu impracticable après le passage de l'ouragan Matthew.
Au centre, analyse de l'état d'une route. En bas, localisation d'une zone jugée adaptée à l'atterrrissage
d'un hélicoptère (HLZ). Crédit image : NGA

 

Même les images à très haute resolution ne permettent pas toujours de caractériser exactement l'état des infrastructures. La NGA s'appuie donc sur d'autres sources de données : par exemple, l'utilisation des informations remontant par l'intermédiaire des réseau sociaux (social media reporting) qui prend de l'importance. Ce travail complexe permet de fournir des bulletins de synthèse transmis aux équipes intervenant sur place.

 

Matthew - Haiti - Road access constraints - état du réseau routier - first responders - protection civile - NGA - GEOINTHaiti - Matthew - Damage assessment - social media reporting - Réseaux sociaux - Twitter - Facebook - Snapchat - NGA - Octobre 2016

Document de synthèse résumant l'état des infrastructures routières à Haïti après le passage
de l'ouragan Matthew. En bas, carte illustrant le travail de "social media reporting".
Crédit image : NGA

 

Le volet santé, qu'il s'agisse de la situation de la population ou de l'état des infrastructures est évidemment très important. La NGA a également passé en revue les différents hôpitaux et centres de soins pour vérifier s'ils étaient utilisables. Dans le cas spécifique d'Haïti, le risque lié à l'épidémie de Choléra est également pris en compte.

 

Haïti - Ouragan Matthew - Dame Marie - état des hôpitaux - NGA - GEOINT - geointelligenceHaiti - Matthew - Choléra - Carte de mortalité - Cholera Fatality rateHaïti - Matthew - inventaire et état des hôpitaux et centres de soins - NGA - GEOINT - Octobre 2016

Passage en revue de l'état des hôpitaux et carte indiquant les statistiques de mortalité
liées à l'épidémie de cholera.

 

Les cartes de densité de la population et l'inventaire des zones les plus touchées font également partie de la panoplie des informations utiles aux secours.

 

Haiti - Matthew - Damage assessment - Jeremie - Digital Globe - satellite - NGA Haiti - Matthew - Dégâts - Roche a bateau - Digital Globe - NGA - Population touchée

Evaluation de l'importance des dégâts après le passage de l'ouragan Matthew.
Ici, les images utilisées proviennent des satellites de la société Digital Globe.
Crédit image : NGA

 

La NGA en bref…

La NGA, anciennement National Imagery and Mapping Agency (NIMA), fait partie du département de la Défense des États-Unis. Placée sous l’autorité du directeur du renseignement national (DNI), c’est une des seize agences de la Communauté du renseignement des États-Unis. Au total, selon les informations publiées sur le site du Directeur du Renseignement national (DNI), le budget du renseignement américain est de l'ordre de 70 milliards de dollars.

Le siège de la NGA est installé sur la base militaire de Fort Belvoir à Springfield en Virginie. La NGA a deux autres implantations importantes à St Louis et à Arnold (Missouri) ainsi que des centaines d’employés dans le monde.

La NGA emploie approximativement 14500 personnes (civils ou militaires). Son budget est une information confidentielle mais on estime qu’il est d'environ 5 milliards de dollars, selon un document transmis au Washington Post par Edward Snowden (FY 2013 Congressional Budget Justification). Ce budget a plus que doublé depuis 2004.

Jusqu’en 2003, la NGA s’appelait National Imagery and Mapping Agency (NIMA), créée en octobre 1996 dans le but de centraliser le renseignement d’origine image. La NIMA combinait ainsi les ressources de la DMA (Defence Mapping Agency), du Central Imagery Office (CIO), du Defense Dissemination Program Office (DDPO) et du NPIC (National Photographic Interpretation Center). Le changement d’appellation est destiné à mieux refléter la mission principale (GEOINT).

Le directeur actuel de la NGA est Robert Cardillo.

 

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29 septembre 2016 4 29 /09 /septembre /2016 15:09

 

This is the end, beautiful friend
This is the end, my only friend, the end Of our elaborate plans,
the end Of everything that stands, the end No safety or surprise,
the end I'll never look into your eyes, again

The Doors

 

 

Rosetta - Fin de mission - site atterrissage - Landing site - Grand final - Baiser - Adieux de Rosetta - ESA - Philae

La dernière image de la comète Churyumov-Gerasimenko transmise par Rosetta ?
Si tout se passe bien, ce devrait être une photographie très détaillée du petit lobe,
là où la sonde doit terminer sa mission. Crédit : ESA

 

Plongeon au ralenti

Toutes les bonnes choses ont une fin : pour Rosetta, ce sera vendredi 30 septembre. Après plus de deux ans en orbite autour de la comète Churyumov-Gerasimenko. Grand plongeon, « Grand finale » ou un nouveau type de rendez-vous à 3, pour rejoindre Philae en se posant sur le noyau de la comète. Il s’agit d’une descente contrôlée. L’impact est prévu à 13:20 en heure française à plus ou moins 20 minutes près.

 

La fin d’une mission exceptionnelle

Depuis le 12 novembre de la même année, ce sont d’abord les aventures de Philae et ses multiples rebondissements qui ont retenu l’attention des medias et du public.

De son côté, la sonde Rosetta a réussi une extraordinaire moisson scientifique depuis son arrivée au voisinage de CG/67P en août 2014. La fin du mois de septembre va être l’occasion de braquer les projecteurs sur la partie principale de la mission et de lui rendre hommage.

La collecte de mesures va se poursuivre jusqu’au bout : les scientifiques ont choisi comme site d’atterrissage un endroit baptisé Ma’at à la surface du petit lobe de la comète Churyumov-Gerasimenko (la tête). La raison ? Continuer la science : à cet endroit se trouvent de nombreux trous actifs, avec des jets de poussières. Certains des puits atteignent 100 mètres de diamètre et 50 à 60 mètres de profondeur. Des contraintes opérationnelles ont également guidé ce choix.

Les scientifiques pensent que la structure grumeleuse des parois de ces puits pourrait être la signature des premiers “cometesimals” qui se sont assemblés pour créer le noyau de la comète au moment de la formation du système solaire.

Le site d’atterrissage visé, à l’intérieur d’une ellipse d’incertitude de 700 x 500 m, est à proximité d’un grand trou de 130 mètres de diamètre que les membres de la mission ont baptisé Deir el-Medina, du nom de l’ancienne ville égyptienne. Quand on travaille sur Rosetta, on ne se refait pas ! L’Egypte, l’archéologie, la pierre de Rosette restent les marqueurs de la mission européenne.

 

Rosetta - OSIRIS - CG67P - Landing site - plongeon final - Adieux de rosetta - fin de mission - ESA - succes europeen - The end

Image du petit lobe de la comete acquise par la camera OSIRIS. Credit : ESA

 

Depuis le 9 août, la trajectoire de Rosetta a été modifiée pour abaisser progressivement son altitude, permettant à la caméra OSIRIS de réaliser les prises de vue les plus détaillées à ce jour. Juste avant les dernières manœuvres précédent l’impact, Rosetta « volera » tres pres de la surface.

 

Rosetta - Dernieres manoeuvres - Collision manoeuvre - Transfer manoeuvre - Impact on comet - Post flyover - 24 September - 30 september - ESA

Les dernieres manoeuvres avant le rendez-vous avec la comete et Philae. Credit image : ESA

 

Chute (presque) libre, en douceur…

La dernière phase d’approche n’est pas une partie de plaisir. Même si les équipes opérations de l’ESA manoeuvrent Rosetta depuis deux ans autour de la comète, les calculs et prévision de trajectoire au voisinage de la comète, qui n’est pas vraiment une sphère parfaite, sont un vrai défi pour les spécialistes de « flight dynamics » (mécanique spatiale).

 

Drôle de mécanique spatiale

La distance de la Terre, avec un délai important pour l’envoi des commandes et la réception des mesures, ne simplifie rien.

Le champ de gravité est complexe et demande une modélisation de plus en plus fine. Par prudence, de petites manœuvres sont effectuées suivies de vérifications et, si nécessaire, de corrections. 

Au total, 15 survols à basse altitude ont été réalisés. Le 5 septembre, la sonde était à 3,9 km du centre de masse soit environ 1,9 km de la surface. Les équipes espéraient pouvoir descendre à 1 km.

 

Rosetta - Calcul orbite - Trajectoire - Flight dynamics - Modele gravite - harmoniques - incertitude - ESA - ESOC

A Darmstadt en Allemagne, les equipes de l'ESOC en charge du calcul de la trajectoire. Credit image : ESA

 

Mais le contrôle de la navigation de Rosetta si près de la comète devient très complexe, avec beaucoup de difficultés pour modéliser la trajectoire. Jusqu’à 7 km, un modèle simple (la comète est considérée comme sphérique) fonctionne bien, Plus bas, les irrégularités du champ de gravitation liées à la forme et au relief du noyau compliquent beaucoup les calculs. Comme la sonde n’a jamais volé aussi bas, le champ de gravité précis est mal connu. Si on ajoute les jets de gaz et de poussière, il y a donc une incertitude plus forte sur les impulsions à donner à Rosetta pour contrôler sa trajectoire.

Début septembre, les équipes Flight Dynamics de l’ESA indiquait que l’erreur de pointage de Rosetta atteignait 8°. L’image sur laquelle Philae a été retrouvé est un bon exemple : la prise de vue était programmée pour que le petit atterrisseur soit au centre de l’image. Il apparaît finalement en haut à droite.

 

Final countdown

Le dernier survol a eu lieu le 24 septembre. Rosetta réalise actuelement un série de manœuvres destinées à ajuster la trajectoire de Rosetta dans la direction du site d’impact choisi. La manœuvre de collision vient d’avoir lieu, dans la soirée du 29 Septembre, déclenchant le grand plongeon depuis une altitude de 20 km.

Il s’agit d’une chute libre ou presque libre (l’ESA utilise une expression étonnante : « chute libre contrôlée), en douceur, pour permettre de collecter un maximum de données scientifiques avant l’impact : images, mesures des gaz, des poussières et du plasma à proximité du noyau.

L’heure exacte de l’impact peut encore varier selon la trajectoire effective de Rosetta. Une mise à jour est prévue vendredi matin.

 

Rosetta - Grand final - Fin de mission - Impact comete - The end

Pas de temoin du rendez-vous tant attendu : aucune autre sonde n'est la pour immortaliser
l'evenement et Rosetta n'a pas de canne a selfie. C'est une vue d'artiste. Credit : ESA

 

Le dernier qui part éteint la lumière

Tous les instruments ne seront pas utilisés. Ceux qui ont terminé leurs observations viennent d’être mis définitivement hors tension.

Lorsque les dernières mesures auront été transmises, l’ESA va "éteindre" completement Rosetta, un peu avant l’impact si j’ai bien compris la procedure, pour être sûr de « passiver » la sonde tant qu’elle est encore en été de recevoir des commandes. L’ESA veut éviter tout risque de pollution électromagnétique si des équipements restaient « on » après l’impact.

En tenant compte du temps de propagation des signaux (40 minutes environ), la confirmation devrait être reçue par l’ESOC à Darmstadt en Allemagne à 13:20 CEST.

A la fin, on aura en fait une situation inverse de la sortie d’hibernation en janvier 2014 : tout le monde attendait avec impatience l’apparition d’une raie d’émission sur un analyseur de spectre. Malgré un suspense un peu trop long qui avait inquiété les responsables de la mission Rosetta, le signal tant attendu était apparu sur l’écran. Un trait vert au milieu du bruit, signe d’une émission sur la bonne fréquence porteuse : ce n’est pas très spectaculaire mais le ouf de soulagement était à la hauteur de l’évènement.

 

Rosetta rend l antenne - Porteurse - Carrier - spectre - End of ;ission - Adieu - Dernier tweet - The end - ESA

Une raie et deux lobes secondaires : ce qu'on voit sur un analyseur de spectre quand
Rosetta emet. Vendredi 30, il ne restera que le bruit. Credit image : ESA

 

Farewell Rosetta : du bruit qui fait du bruit...

Vendredi, la raie d’émission va définitivement disparaître.

"This is the end, beautiful friend..."

Le souvenir de Rosetta et Philae va certainement rester gravé dans les mémoires comme un succès extraordinaire de l’Europe spatiale. Succès technique, scientifique mais aussi médiatique avec un impact considérable auprès du grand public, qui semblait jusqu’à présent réservé aux vols habités exceptionnels. L’idée de « personnaliser » Rosetta et Philae sur les réseaux sociaux était assez géniale. Souhaitons que les nouvelles missions scientifiques de l’ESA aient le même impact.

 

Bouquet final

Il faudra encore beaucoup de temps pour exploiter tous les resultats de la mission Rosetta. J'y reviendrai...

En attendant, voici deux illustrations publiees par l'ESA:  la premiere donne quelques chiffres-cles. La seconde montre quelques images de jets de gaz et de poussiere obtenues par la camerq OSIRIS.

 

Rosetta - Bilan - Facts and figures - Faits et chiffres - In a nutshell - Donnees transmises - ESA - Instruments

La mission Rosetta en quelques chiffres. Credit : Agence Spatiale Europeenne

 

Rosetta - Comete - jets de gaz - jets de poussiere - OSIRIS - ESA

Quelques imqges de l'activite de la comete CG/67P vue par la camera OSIRIS de Rosetta.
Credit : Agence Spatiale Europeenne

 

Pour suivra l’évènement...

  • A Guadalajara, à l’occasion de l’IAC 2016, il faudra se lever tôt… Les adieux de Rosetta seront retransmis à partir de 5:30 au matin. Mexican Early birds on twitter…
  • A Paris, un évènement est organisé à la  Cité des sciences et de l’industrie.
  • A Toulouse, la Cité de l’espace organise une manifestation exceptionnelle.
  • L’opération sera également retransmise sur le web.

 

En savoir plus :

 

 

 

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2 septembre 2016 5 02 /09 /septembre /2016 00:34

 

Explosion - Falcon 9 - SpaceX - AMOS-6 - Accident - Cap Canaveral - septembre 2016 - static fire test - destruction lanceur -

Explosion de la fusée Falcon 9 et destruction du satellite AMOS-6 pendant un test statique précédent le lancement. Extraits d’une vidéo publiée sur Youtube. Crédit image : USLaunchReport.com. Montage : Gédéon

 

A Cape Canaveral, l’explosion d’une fusée Falcon 9 pendant un essai statique rappelle qu’une campagne de lancement n’est jamais une opération de routine.

Il y a quelques jours, après le nouveau succès d'Ariane 5, plusieurs curieux d'espace constataient avec regret que les lancements, "devenus sans suspense et routiniers", n'étaient pas très médiatisés. Cet accident confirme que les activités spatiales en général et l'accès à l'espace en particulier ne sont jamais une routine.

La société SpaceX, dirigée par Elon Musk, était en train de procéder à un test statique avant un lancement effectif programmée pour le samedi 3 septembre 2016. Cette procédure faire partie de la chronologie normale de préparation au lancement chez SpaceX.

L’explosion a eu lieu sur le Space Launch Complex 40 à 9:07 heures du matin en heure locale, soit 15:07 heures en France. Ce site de lancement de la Cape Canaveral Air Force Station est utilisé régulièrement par SpaceX. Personne n'a été blessé, le pas de tir étant évacué pendant ce test.

Les images permettent de voir que l'origine de l'accident est au niveau de l'étage supérieur du lanceur mais aucune information sur la "cause racine" n'a encore été communiquée par SpaceX. L'explosion s'est produite alors que les équipes de lancement procédaient au remplissage des ergols.

 

La vidéo montrant l’explosion de la fusée Falcon 9 de la société SpaceX le 1er septembre 2016.
Les premières flammes sont visible à partir du time code 1'10. La coiffe et la charge utile retombent
vers 1'20. Crédit image : USLaunchReport.com

 

La première déclaration officielle de SpaceX, publiée à 10:22 AM EDT et mise à jour à 1:28 PM EDT, est la suivante :

"SpaceX can confirm that in preparation for today’s static fire, there was an anomaly on the pad resulting in the loss of the vehicle and its payload. Per standard procedure, the pad was clear and there were no injuries.

Quelques heures après l’explosion, Elon Musk a twitté ce message laconique, mentionnant le voisinage du réservoir d'oxygène de l'étage supérieur :

 

Elon Musk - Tweet - Explosion Facon 9 - SpaceX - Cap Canaveral - Septembre 2016 - AMOS-6 - Assurance - static fire - @elonmusk

Copie d’écran du tweet posté par Elon Musk après la destruction de la
fusée Falcon 9 et du satellite AMOS-6

 

AMOS DOLOROSO : satellite perdu

La fusée Falcon 9 devait mettre en orbite le satellite de télécommunications AMOS-6, appartenant à de l'opérateur israélien Spacecom Ltd. AMOS-6, installé dans la coiffe du lanceur pour cet essai, a été complètement détruit. L’image de droite de la première illustration de ce texte montre la coiffe en flammes retomber au sol.

 

Les amis d’AMOS

Spacecom avait signé un contrat de fourniture de capacité pour de l’Internet à haut débit avec Facebook (dans le cadre du programme « Internet.org » lancé par Marc Zuckerberg) et avec Eutelsat.

La perte d'Amos-6 n'arrange pas les affaires de Spacecom : Amos-5 a été perdu en décembre 2015 (panne totale) et l'opérateur israélien devait être racheté pour 285 millions de dollars par la société chinoise Xinwei Technology Group. La vente était néanmoins conditionnée par le lancement réussi d'Amos-6.

C'est raté : Il n'y a pas eu de lancement mais AMOS-6 est détruit...

 

Manque d'assurance

Selon le journaliste Peter de Selding (Spacenews), la destruction du satellite AMOS-6 pourrait soulever un problème de prise en charge par l'assurance : la couverture "Launch + 1 year operation" est déclenchée par la mise à feu intentionnelle de la fusée. Ce n'était pas le cas pour cet essai statique. Pour les opérations avant le lancement, c'est une assurance "marine cargo" qui était souscrite pour AMOS-6. J'espère que le client était bien couvert.

 

Tweet - Peter de Selding - Spacenews - Falcon 9 - perte AMOS-6 - Spacecom - explosion - assurance - cargo

Série de messages twitter postés par Peter de Selding (Spacenews) au sujet du contrat d'assurance
du satellite AMOS-6 et des pertes pour Facebook et Eutelsat. 

 

Conséquences en série

Au delà de la destruction du satellite AMOS-6, une cascade de conséquences pourrait affecter d'autres opérateurs de satellites de communication qui avaient réservé des créneaux de lancements. Mais ce sont d'abord les opérations de SpaceX qui vont être affectées dans les semaines et les mois qui viennent.

L'enquête pour comprendre les causes de l'incident prendra du temps. Cela dépendra aussi des dégâts causés au pas de tir SLC 40. Les accidents au sol, impliquant le pas de tir, sont très rares.

SpaceX a normalement accès à deux autres pas de tir, le SLC 39 de Cape Canaveral (acheté par SpaceX en 2014) et la base Vandenberg en Californie. Cette dernière n'est pas adaptée aux lancements de satellites géostationnaires. Et le SLC39 ? Il est actuellement en travaux, justement pour accueillir les lanceurs Falcon 9 et Falcon 9 Heavy.

Le retour en vol dépendra aussi de l'origine de la cause racine de l'accident, au niveau du lanceur ou au niveau du pas de tir, et quelles modifications seront nécessaires.

Dans tous les cas, cela risque fort de mettre en cause la tenue du calendrier prévisonnel de lancement de SpaceX, calendrier déjà très tendu d'ici la fin de l'année : neuf lancements étaient programmés avant janvier 2017, dont six en Floride.

Les clients ne pourront même pas faire appel aux autres opérateurs de lancement : le manifeste d'Arianespace est également plein à craquer (pas de créneau avant 2018) et la fusée Proton a connu récemment des problèmes de performances qui retardent également son programme de lancements.

 

The Show Musk Go On

Le 28 juin 2015, au cours la mission CRS-7 destinée au ravitaillement de l’ISS, la destruction d’une autre fusée Falcon 9 (dans une précédente version) avait entraîné un arrêt des lancements pendant 6 mois et des modifications de design avaient été nécessaires.

Il va être intéressant de voir si la perte d’AMOS-6 entraîne aussi des modifications de la procédure de lancement et notamment de ce test statique avec le satellite installé en haut du lanceur.

 

Tesla, Paypal, SpaceX : l'entrepreneur qui va changer le monde

Si vous voulez en savoir plus sur la génèse de SpaceX, Tesla et Solarcity, je vous recommande vivement de lire la biographie d'Elon Musk écrite par le journaliste Ashlee Vance. Elle a été traduite en français.

C'est un gros pavé mais c'est passionnant : l'auteur brosse le portrait d'un entrepreneur qui veut changer le monde. Notamment, en réduisant la dépendance aux hydrocarbures. Ce n'est vraiment pas une hagiographie. La détermination et la ténacité, la vision à long terme du fondateur de SpaceX sont impressionnantes, tout comme sa capacité à s'entourer des meilleurs, même s'il s'en sépare parfois brutalement. Qui s'en étonnera ? Le personnage n'est pas toujours présenté comme très sympathique. On ne rêve pas forcément de travailler pour lui...

 

Premier étage de seconde main

Le livre a été écrit à une période où, malgré les aléas, tout ce qu'Elon Musk entreprend semble finir par réussir.

Malgré le confirmation de la décision de l'opérateur SES d'utiliser une fusée Falcon 9 équipée d'une première étage d'occasion (récupéré après un premier lancement), le printemps et l'été 2016 n'auront pas été très souriants à notre super-entrepreneur...

En dépit de la série de lancements réussis, avec la récupération en douceur du premier étage de la fusée (le dernier deux semaines avant l"accident du 1er septembre), la mort d'un conducteur de Tesla Model S mettant en cause la fonction Autopilot et l'incendie récent d'une autre Tesla Model S pendant un essai par un acheteur potentiel peuvent écorner l'image de Tesla.

C'est à relativiser quand on connaît les manipulations qu'on pu faire des constructeurs comme Volkswagen sans que leur image auprès des fidèles de la marque n'en souffre réellement.

 
Tesla unveils Model 3 - Elon Musk - Présentation Model 3 - Transition énergétique - Voiture électrique - Réchauffement climatique - Santé

"Tesla unveils Model 3" : avez-vous déjà vu un constructeur automobile présenter sa nouvelle voiture
de cette manière ? Greenwashing ou réelle vsion long terme ? Extrait de la vidéo de la
présentation du nouveau modèle de Tesla le 31 mars 2016. Crédit : Tesla

 

Cash test

Mais, en restant dans le domaine des fusées et de la combustion, c'est surtout la propension de Tesla et Solarcity à "brûler du cash" (3 milliards en deux ans) qui inquiètent les investisseurs et la bourse.

Avec les difficultés actuelles, le projet d'Elon Musk, aller sur Mars, va peut-être devoir attendre un peu... Par contre, on peut parier que sa détermination et sa capacité à rebondir restent intactes.

A suivre !

 

SpaceX - barge - Landing - First stage - Of course I still love you - Falcon 9 - Drone ship

"Of course I still love you". Are you sure? Crédit image : SpaceX
 

 

En savoir plus :

 

 
 

 

 
 

 

 
 

 

 

 

 

 

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30 août 2016 2 30 /08 /août /2016 00:37

 

Italie - Tremblement de Terre - 24 août 2016 - Interférométrie - Sentinel-1 - Copernicus - ESA - IREA - Fault - plates - tectonique - Terromoto

En Italie, déformation de la surface terrestre causée par le tremblement de Terre du 24 août. Interférogramme construit à partir de données des satellites Sentinel-1A et Sentinel-1B. Programme Copernicus. Crédit image : ESA / CNR-IREA

 

Le dernier article du blog Un autre regard sur la Terre montrait comment les satellites à très haute résolution permettaient de faire l’inventaire des dégâts après un tremblement de Terre.

L’Agence Spatiale Européenne (ESA) a publié le 29 août des cartes montrant l’apport des satellites radar. Les données utilisées proviennent des deux satellite jumeaux Sentinel-1A et Sentinel-1B, développés dans le cadre du programme européen Copernicus, financé par l’Union européenne.

 

Interférométrie et analyse des mouvement du sol autour de l’épicentre

Alors que les images optiques des satellites Pléiades sont utilisées pour établir une cartographie des dégâts en urgence, les données transmises par les satellites radar permettent aux scientifiques d’analyser les mouvements de la croûte terrestre causés par le tremblement de Terre et d emieux comprendre ce qui s'est passé.

Il s’agit ici d’une technique appelée interférométrie. Les astronomes la connaissent bien, lorsqu’il s’agit de réseaux d’instruments remplaçant un grand télescope trop complexe à fabriquer. C'est le cas par exemple du grand réseau d'Antennes millimétriques de l'Atacama (ALMA). NDLR : cela faisait longtemps que je voulais faire un pont avec l'ALMA.

La technique de l’interférométrie en télédétection est un peu différente : elle consiste à combiner deux ou plusieurs images acquises successivement par un radar aéroporté ou embarqué à bord d’un satellite (SAR pour Synthetic Aperture Radar ou Radar à Synthèse d’ouverture). L’analyse des différences de « phase » entre des signaux dont les caractéristiques sont parfaitement connues (sources cohérentes) permet de déterminer finement les déplacements ou les changements.

Cette technique a de nombreuses applications : cartographie de la végétation, analyse des déformations de terrain (subsidence) au cours de grands chantiers (métro, voies ferrées, barrages, etc.), suivi de l’activité des volcans ou, dans le cas qui nous intéresse ici, analyse des déformations de terrain de part et d’autre d’une ligne de fracture après un tremblement de Terre.

 

Pourquoi si souvent en Italie et si rarement en France ?

La situation de l’Italie, à la frontière entre les plaques tectoniques africaines et eurasiennes, en fait une zone à fort risque sismique. Plus précisément, c’est entre la plaque tyrrhénienne et la plaque adriatique que s’est produit le dernier séisme. Cette faille passe entre la chaîne des Apennins et la mer adriatique. Après le tremblement de Terre de l’Aquila en 2009, le drame du mois d’août 2016 vient le rappeler douloureusement.

Selon un article récent du Journal du CNRS, « Il s’agit d’un tremblement de terre en "faille normale", des failles qui sont générées par un écartement, contrairement aux failles dites "inverses", qui elles sont crées par une collision entre deux plaques. Sur toute la chaine des Apennins où le séisme a eu lieu, nous avons énormément de failles normales qui produisent des tremblements de terre depuis des années. Le séisme de L’Aquila en 2009 et celui d’Assise en 1997 étaient sur des failles normales alors que celui de Ferrara en 2012 était plutôt lié à une faille inverse. Cette partie de la chaine des Apennins est en train de s’écarteler entre la plaque tyrrhénienne et la plaque adriatique. »

 

Italie - Tremblement de Terre - 24 août 2016 - Interférométrie - Sentinel-1 - Copernicus - ESA - IREA - Fault - plates - Terromoto - Subsidence - déplacement - faille - réplique - épicentre

Italie centrale : mouvements du sol causés par le séisme du 24 août 2016. A gauche, déplacement vertical. Rouge : valeurs negatives. Bleu : valeur positives. Carte établie à partir de données des satellites radar Setinel-1 acquises le 15, le 21 et le 27 août 2016. Crédit image: ESA / CNR-IREA

 

Héritage d'ERS et Envisat

En coordination avec la direction de la protection civile italienne (DPC), deux équipes de scientifiques, celles de l’INGV (Istituto Nazionale di Geofisica e Vulcanologia ou Institut National de Géophysique et de Vulcanologie) et de l’IREA (Istituto per il Rilevamento Elettromagnetico dell'Ambiente ou institut pour la mesure électromagnétique de l’environnement) ont analysé une série de données provenant des satellites Sentinel-1A et Sentinel-1B pour cartographier les déformations de la surface.

En comparant finement des images radar acquises avant (données Sentinel-1B du 15 et du 21 août) et après le séisme (données Sentinel-1B du 26 août et du 27 août), les scientifiques ont pu mesurer :

  • Une subsidence (déplacement vertical) atteignant environ 20 cm dans la zone d’Accumoli.
  • Des déplacements latéraux (horizontaux) de 16 cm d’est en ouest.

Des données provenant d’autres satellites radar, comme les satellites italiens Cosmo-SkyMed, ont également été utilisées.

Des analyses similaires avaient été réalisées au moment du tremblement de Terre de l'Aquila. A l'époque, les satellites Sentinel-1 n'étaient pas encore lancés mais Envisat était toujours opérationnel.

L'interférométrie radar est un domaine d'excellence européen, qui s'est construit sur l'expérience des satellites européens ERS-1, ERS-2 et ENVISAT lancés par l'ESA et plus récemment Cosmo-Skymed et TerraSAR-X. A côté des équipes scientifiques, plusieurs sociétés, comme Altamira, filiale de CLS, proposent leurs services dans ce domaine.

 

C ma bande, avec les franges

Au début de ce texte, l’image avec les motifs et les couleurs psychédéliques montre les franges d’interférence. On peut compter par endroit sept franges correspond à une déformation de la surface de 20 cm dans la direction de visée du satellite.

Chaque frange (cycle de couleur) correspond à un déplacement de 2,8 cm, soit une demi-longueur d'onde du signal radar émis par l’antenne de 12 mètres de Sentinel-1. La fréquence centrale correspondante est de 5,405 GHz. Comme pour les satellites ERS et Envisat, il s’agit d’une fréquence correspondant à la bande C.

 

Italie - Tremblement de Terre - 24 août 2016 - Interférométrie - Sentinel-1 - Accumoli - Copernicus - ESA - INGV - DPC - Norcia - Amatrice - Fault - plates - Terromoto - Subsidence - déplacement - faille - réplique - épicentre

Glissements du terrain le long de la ligne de fracture mesuré par les scientifiques de l’INGV à partir de données des satellite Sentinel-1 du programme Copernicus. Les répliques (points noirs) se produisent au voisinage de deux zones bleues. L’étoile rouge matérialise la position de la secousse principale. Les étoiles vertes correspondent aux répliques les plus fortes (magnitude supérieure à 4,3). Crédit image : ESA / INGV

 

Les jumeaux montent la garde

Sentinel-1A a été lancé en 2014 et fourni ses premières images quelques jours plus tard. Son frère jumeau, Sentinel-1B, l’a rejoint en orbite le 25 avril 2016. Le satellite termine actuellement sa recette en vol et devrait être rapidement déclaré bon pour le service. Les deux satellites identiques fournissent des données radar couvrant une large zone : leur fauchée (champ balayé à chaque orbite) est de 250 km.

Malgré cette fauchée, il a fallu deux passages (26 et 27 août) du satellite Sentinel-1B pour couvrir toute la zone touchée par le séisme du 24 août.

Copernicus a aussi une composante d'observation optique, avec les satellites Sentinel-2, bien connus des lecteurs du blog Un autre regard sur la Terre, et Sentinel-3. D'autres satellites sont dédiés à l'étude et au suivi de l'atmosphère.

 

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26 août 2016 5 26 /08 /août /2016 13:18

 

Italie - Animatrice - dégâts - tremblement de Terre - Earthquake - satellite Pleiades - 25 août 2016 - Airbus Defence and Space - CNES - Airbus DS - Emergency response - terremoto

En Italie, à Amatrice, les dégâts du tremblement de Terre vus par satellite. Image acquise par
le satellite Pléiades le 25 août 2016. Copyright CNES 2016 - Distribution Airbus DS

 

En Italie, deux jours après le puissant séisme, les secouristes continuent à rechercher des survivants dans les ruines des habitations détruites. Leur tâche difficile est encore compliquée par les nombreuses répliques.

 

Course contre la mort

C’est une course contre la montre mais l’espoir de sauver des vies anime toujours les sauveteurs, même s’il s’amenuise avec le temps qui passe.

Le dernier bilan provisoire, publié vendredi 26 au matin est terrible : 267 morts et près de 400 blessés. La fréquentation touristique en été rend difficile l’estimation du nombre de disparus. L’état d’urgence a été déclenché.

Les habitants qui ont perdu leur logement sont hébergés sous les tentes installées en urgence par la protection civile espagnole ou dans des gymnases des villages de la région.

La branche géo-intelligence de la société Airbus Defence and Space a publié le 25 août une image à très haute résolution du satellite acquise le jour même par le satellite à très haute résolution Pléiades.

L'image Pléiades couvre l'ensemble de la région touchée et permet de voir les différents villages touchés par le séisme, Les dégâts sont visibles. Les campements mis en place par la DPC (Dipartimento della protezione civile, la protection civile italienne) avec les tentes de couleur bleue se repèrent très facilement.

 

Italie - Animatrice - dégâts - tremblement de Terre - Earthquake - satellite WorldView-2 - 25 août 2016 - Pléiades - Emergency response - First responders - secouristes - tentes - relogement - DPC - victimes - terremoto

En Italie, vue d'ensemble de la région touchée par le tremblement de Terre du 24 août 2016.
Image acquise par le satellite Pléiades le 25 août 2016. L'image publiée par Airbus DS est orientée
nord-sud. Ici, il s'agit d'une version en définition très réduite que j'ai pivotée pour faciliter
l'affichage sur écran. Amatrice est à doite (au sud en réalité). Pescara del Tronto à gauche.
Copyright CNES - Distribution Airbus DS

 

Les images de la télévision ont déjà permis de percevoir les dégâts importants mais, comme souvent, les images spatiales ou aériennes donnent une vision plus globale de l’ampleur de la catastrophe.

C’est particulièrement impressionnant à Pescara del Tronto : le village semble preque totalement détruit, alors que les routes et le pont routier paraissent intacts.

 

Italie - Pescara del Tronto - dégâts - tremblement de Terre - Earthquake - satellite Pleiades - 25 août 2016 - Digital Globe - Emergency response - Damage assessment - Impact - Maisons détruites - terremoto

En Italie, Pescara Del Tronto, un autre village détruit par le tremblement de Terre du 24 août 2016. 
Les dégâts vus par le satellite Pleiades le 25 août 2016. Copyright CNES - Distribution Airbus DS.

 
Trois villages ont ainsi été partiellement détruits : Accumoli, Amatrice et Pescara del Tronto. Malgré les normes antisismiques, des bâtiments récents comme l’école d’Amatrice, par exemple. Des nombreux monuments historiques plus anciens ont été endommagés.
Certains évoquent déjà des malversations. Une enquête a été ouverte et le gouvernement italien évoque un plan ambition de prévention des risques géophysiques.
 
Mobilisation des moyens spatiaux
La société Digital Globe a également rendu publiques une image à très haute résolution acquises par le satellite WorldView-2. Vous pouvez en consulter quelques extraits ici.
Le service de cartographie d'urgence du programme européen Copernicus a été activé par la protection civile italienne pour assister les sauveteurs sur le terrain. Il s'agit de sa 177ème activation depuis la mise en place opérationnelle du service en 2012, qui suivait le programme pré-opérationnel SAFER. A l'heure où j'écris ces lignes, les cartes sont en production. J'ajouterai une illustration à ces article prochainement.
 
 
Répliques
Selon l’USGS (US Geological Survey) et le CSEM, la secousse la plus forte a eu lieu dans la nuit du 24 au 25 août 2016 vers 3h30. Le séisme a atteint une magnitude de 6.2, avec un épicentre proche de la surface, et à moins de 100 kilomètres de distance de celui du tremblement de Terre de l’Aquila. En avril 2009, ce séisme avait atteint une magnitude de 6,3 et causé la mort de plus de 300 personnes.
 
 
Préparation, prévention ou prévision ?
A la suite de ce séisme meurtrier, en 2012, plusieurs scientifiques italiens avaient été condamnés en première instance (six ans de prison pour "homicide par imprudence") par la justice italienne pour avoir sous-estimé les risques avant le tremblement de Terre.
L'enjeu de ce procès était déterminer la responsabilité de scientifiques dans la prévision d'une catastrophe naturelle. A l'époque, cette mise en cause de scientifiques devant la justice avait déclenché un vaste débat. Dans une lettre ouverte, la communauté scientifique avait apporté son soutien aux spécialistes italients en écrivant qu'il était impossible de prévoir un tremblement de Terre. Les scientifiques avaient finalement été acquittés ou dispensés de peine en appel.
Parmi eux, Bernardo de Bernardinis, qui avait joué un rôle important dans la conception et l'organisation du service européen de cartographie d'urgence (appelé à l'époque Emergency Response Core Service), notamment pour définir des mécanismes d'activation et de fonctionnement opérationnel qui conviennent à toutes les protections civiles des états membres.
En 2016, la polémique porte plutôt sur le non-respect des normes antisismiques, en particulier pour les édifices récents accueillant du public. Au delà de la culture de la prévention, il est très probable qu'on parle à nouveau de la question de la prévision.
 
 
En savoir plus :
 

 

 

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23 août 2016 2 23 /08 /août /2016 07:56

 

Syrie - Alep - Aleppo - Siège Bombardements - Raid aérien - rebelle - Omran - Sentinel-2 - ESA - 14 août 2016 - satellite - Copernicus - Union européenne

Fumée noire dans le ciel d’Alep. Extrait d’une image acquise par le satellite européen
Sentinel-2 le 14 août 2016.
Crédit image : ESA / Union Européenne / Copernicus

 

Fin août, on s’attend plutôt à voir des enfants souriants au retour des vacances. Avec parfois un peu d’appréhension pour les plus petits à la veille de la rentrée scolaire, même s’ils sont fiers d’arborer un cartable tout neuf.

Ce n’est pas l’appréhension de la rentrée qui marquait le visage du petit Omran Daqneesh à Alep en Syrie. Reprises par les médias du monde entier, la vidéo et la photo publiées ont fait le tout du monde, suscitant indignation et émotion : le contraste est saisissant entre l’enfant de cinq ans, hébété, couvert de poussière, au visage ensanglanté et la propreté de l’ambulance dans laquelle il vient d’être mis à l’abri par un secouriste syrien.

 

Le vrai visage de la guerre

L’immeuble où il habitait avec sa famille a été détruit par une frappe aérienne. Selon l'Observatoire Syrien des Droits de l'Homme, le bombardement du quartier d'Al-Qaterji, un des fiefs des rebelles syriens, a été mené par des avions du régime de Bachar al-Assad ou de l'armée russe.

 

Cinq printemps et pas de printemps...

Omran a cinq ans, l’âge de la guerre en Syrie : à l’âge de jouer dans la cour de l’école maternelle, il n’a jamais connu autre chose que la guerre. C’est l’un des survivants du raid aérien du 16 août. Son frère aîné, Ali, a eu moins de chance : il a succombé à ses blessures.

Depuis mars 2011 et le début de la guerre en Syrie, au moins 14000 enfants ont été tués. Au total, le conflit a fait près de 300 000 morts. Environ la moitié des habitants d’Alep, ceux qui n’ont pas pris le chemin de l’exil, vivrait encore sur place.

Alep est la deuxième plus grande ville de Syrie, avec près de 1,7 million d’habitants avant la guerre. Située à un emplacement stratégique entre entre la mer Méditerranée et la Mésopotamie, elle est habitée depuis l’antiquité et a été classée au patrimoine mondial de l'humanité par l'Unesco en 1986.

 

L’enfer vu du ciel

Après réflexion, j’ai choisi de ne pas publier sur ce blog la photographie d’Omran. J’illustre cet article avec des images de la ville d’Alep prises entre le 14 et 19 août 2016 par des satellites d'observation de la Terre. Elles n’ont évidemment pas la même charge émotionnelle mais elles témoignent aussi à leur manière du drame vécu par la population.

 

Syrie - Alep - Aleppo - Siège Bombardements - Raid aérien - rebelle - Omran - MODIS - Terra - NASA - 14 août 2016 - satellite - Worldview - EOSDIS

Image de la ville d’Alep prise par l’instrument MODIS du satellite américain Terra le 19 août 2016.
Crédit image : NASA / Lance / MODIS Rapid Response

 

Le 19 août, j’ai d’abord trouvé par hasard le panache de fumée noire sur en faisant ma revue régulière des images MODIS sur le site EOSDIS Worldview de la NASA. La résolution n’est pas très élevée : les pixels de l’image sont échantillonnés ici à 250 mètres mais le panache de fumée noire, au sud d’Alep saute aux yeux.

Google maps ou Google Earth peuvent vous aider à vous repérer avec la géographie de la Syrie. Un des quiz récents du blog Un autre regard sur la Terre vous y aidera aussi. En contrôlant les images acquises avant et après, j’ai noté rapidement que le panache de fumée était visible entre le 15 et le 19 août. En réalité, je crois que le panache est visible dès le 13 et jusqu’au 20 ou 21 août.

 

Syrie - Alep - Aleppo - Siège Bombardements - Raid aérien - rebelle - Omran - MODIS - Terra - NASA - 14 août 2016 - satellite - Worldview - EOSDIS

Série d’images de la ville d’Alep prises par l’instrument MODIS du satellite américain Terra
entre le 15 et le 19 août 2016. Crédit image : NASA / Lance / MODIS Rapid Response

 

Avec ce niveau de détail, il n’est pas évident de relever une position géographie précise du foyer de l’incendie. Sur Worldview, à la data du 19 août, j’estime que la latitude est 36,1502°N et la longitude 37,1430°E.

J’ai ensuite tenté de trouver une image à plus haute résolution. Je n’ai pas trouvé d’images publiées par Airbus Defence and Space ou Digital Globe. Leurs satellites à très haute résolution peuvent voir n'importe quel point du globe pratiquement chaque jour mais doivent être programmés pour s'orienter vers la région visée et acquérir une image.

Rien pour la période recherchée sur le site Earth Explorer de l’USGS. Par contre, le site Copernicus Data Hub de l’ESA m’a permis de charger une image prise le 14 août par le satellite européen Sentinel-2A. J’ai d’abord cru que l’incendie démarrait le 15 et n’était visible sur l’image. En fin de compte le panache de fumée est bien là.

Les satellites comme Landsat 8 ou Sentinel-2A ne sont pas programmés comme Pléiades ou Spot 6 et 7 : ils prennent "tout ce qu'ils voient". Par contre, ils ne survolent pas chaque point de la Terre chaque jour : on parle de la période de revisite, soit 16 jours pour Landsat-8 et 10 jours pour Sentinel-2A. Ce délai entre deux images d'une même région tombera à cinq jours quand Sentinel-2B sera mis en orbite. Bref, c'est un peu un "coup de chance" d'avoir une image du panache de fumée le 14 août 2016.

« Drôle de loisir ! » dites-vous ? Personnellement, je trouve cela plus captivant que Pokemon Go…

L’image qui illustre le début de cet article est un extrait à haute résolution de cette image du satellite Sentinel-2. Voici une version plus large montrant l’ensemble de la ville en résolution réduite. Même si la résolution est beaucoup plus limitée que celle des satellites SPOT ou Pléiades, je crois qu’un photo-interprète entraîné pourrait confirmer à partir de cette image que la ville d’Alep a subi des destructions majeures.

 

Syrie - Alep - Aleppo - Siège Bombardements - Raid aérien - rebelle - Omran - Sentinel-2 - ESA - 14 août 2016 - satellite - Copernicus - Union européenne 

En Syrie, la ville d’Alep vue par le satellite Sentinel-2A. Image acquise le 14 août 2016 à 8h20 UTC.
Crédit image : ESA / Copernicus / Union Européenne

 

La fumée noire, visible plusieurs jours, semble donc provenir de l’incendie d’un ou de deux gros réservoirs d’hydrocarbures au sud d’Alep, le long de la route Ashek Saeed.

Il faut savoir que les habitants d’Alep tentent également de contrer les bombardements en brûlant parfois des piles de pneus qui dégagent une épaisse fumée noire et compliquent la tâche des pilotes de bombardiers. Je ne crois pas que ce soit le cas ici : le panache de fumée aurait été de plus courte durée.

 

Information et désinformation : guerre des mots, guerre des photos

La guerre de l’information continue…

Quelques médias, dont la télévision d’état chinoise, mettent en doute l’authenticité de l’image et soupçonnent une manipulation : Mahmoud Rslan, l’auteur de la photographie, serait proche des rebelles.

L'Agence France Presse (AFP), AP et Reuters ont expliqué comment ils avaient contrôlé l’authenticité de la photo et les informations communiquées par l'Aleppo Media Center.

Le site Arretssurimage.net détaille également les vérifications effectuées par l’AFP à Alep et indique que la vidéo a été tournée par un autre journaliste d’Alep, Mustafa Al-Sarout.

 

Derrière les pixels…

La publication de la photographie du jeune Omran pose une nouvelle fois la question de la fiabilité des informations et du contrôle des sources, en particulier lorsqu’elles sont peu nombreuses, dans une société qui fonctionne de plus en plus en temps réel, avec l’énorme caisse de résonnance des réseaux sociaux.

Comme pour les images satellites, il est toujours bon de s’interroger sur ce que nous montre une image ou ce qu’elle ne nous montre pas.

J’espère que les articles du blog Un autre regard sur la Terre continueront à vous inciter à exercer un œil critique.

 

Quand la photo devient une icône…

Se pose aussi la question de la finalité ou de l'impact de ces images : en 2015, la photo du petit Aylan, mort sur une plage de Bodrum en Turquie, avait certainement changé la vision du grand public à l’égard des réfugiés syriens.

Je vous laisse libre de juger s’il faut ou non publier la photographie d’un jeune enfant, blessé ou ensanglanté. Dans quel cas est-ce légitime ? Quand cela devient-il indécent ? Où est la frontière avec le voyeurisme ? La réponse n'est pas triviale mais le droit à l'image ne pèse pas toujours très lourd dans notre société de l'information en continu...

Si ces questions vous intéressent, vous connaissez certainement la manifestation « Visa pour l’image », consacrée au photojournalisme. Elle a lieu chaque année à Perpignan à la fin de l’été. Si vous n’avez jamais eu l’occasion d’y aller, je vous encourage à le faire.

L’édition 2016 démarre le 27 août 2016 et se termine le 11 septembre. Un congrès pour les professionnels se tient la première semaine. Les expositions sont en accès libre. Pas toujours drôle… mais un bon moyen de porter un autre regard sur le monde avec des thèmes très variés.

L’Irak, la Syrie et les migrants figuraient déjà dans les sujets des éditions précédentes. Nul doute qu’on verra de nouvelles photos du conflit syrien en 2016.

 

Visa pour l'image - Perpignan - Photojournalisme - Fleuve congo

A Perpignan, pendant l’édition 2015 de visa pour l’image, « Fleuve Congo, reportage au cœur d’une légende » de Pascal Maître (Cosmos / National Geographic Magazine). Crédit image : Gédéon

 

En savoir plus :

 
 

 

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  • Ingénieur dans le domaine de l'observation de la Terre.
Bénévole de l'association Planète Sciences Midi-Pyrénées
  • Ingénieur dans le domaine de l'observation de la Terre. Bénévole de l'association Planète Sciences Midi-Pyrénées

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