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19 février 2017 7 19 /02 /février /2017 22:32

 

Oroville Lake - Dam - Barrage d'Oroville - Californie - SPOT 7 - 14 février 2017 - Déversoir - Inondation - Satellite - Airbus DSBarrage d'Oroville - Lac Oroville - évacuation - déversoirs endommagés - niveau du lac - urgence - satellite - SPOT 7 - 14 février 2017

En Californie : le lac et le barrage d’Oroville vus par le satellite SPOT 7.
Deux extraits d’une image acquise le 14 février 2017. Crédit image : Airbus DS

 

Trop de sécheresse puis trop de pluie

Les équipes de la branche géo-intelligence d’Airbus Defence and Space ont publié vendredi 17 février 2017 deux images de la région du lac d’Oroville, là où une évacuation massive de la population avait eu lieu plus tôt dans la semaine, à cause du risque d'inondations catastrophiques.

La première image, acquise le 14 février par le satellite SPOT 7, permet de se rendre compte du niveau exceptionnel de l’eau du réservoir après les pluies diluviennes et les tempêtes qui ont touché la Californie en février.

Pour fixer les idées, chaque pixel de l’image représente un carré de 1,5 mètre de côté.

 

Voir les berges…

Par comparaison, une image prise environ 8 mois plus tôt, le 27 juin 2016, par le satellite SPOT 6, montre un niveau d’eau beaucoup plus bas. La différence de couleur au niveau des berges est nettement visible.

 

Oroville lake - Dam - vu par le satellite SPOT 6 - Juin 2016 - Airbus DS - Earth observation - Barrage - Berges - Niveau de l'eau

le lac et le barrage d’Oroville vus 8 mois plus tôt par le satellite SPOT 6.
Extrait d'une image acquise le 27 juin 2016. Crédit image : Airbus DS

 

Le lac Oroville est un lac de barrage de Californie, dans le comté de Butte situé à environ 110 km de Sacramento. Le barrage, mis en service en 1968, est à 5 km au nord-ouest de la petite ville d’Oroville, sur le cours de la Feather river. C’est le deuxième plus grand réservoir de Californie : la longueur des berges atteint 269 km et la superficie dépasse 10 km2. C’est le plus haut barrage des Etats-Unis.

 

De la fuite dans les idées
Après des années de sécheresse, le barrage d’Oroville a presque atteint sa pleine capacité à la suite d'une succession de tempêtes cet hiver.

En moyenne, 3 millions de litres d’eau (3000 mètres cube) par seconde ont été relâchés au cours des derniers jours. C’est six fois plus quand la capacité maximale des turbines génératrices d’électricité.

 

Les dégâts causés par la tempête

Le barrage lui-même n’a pas subi de dégâts même si La presse locale évoquait un scénario catastrophe : l'érosion du déversoir d'urgence entraînerait des glissements de terrain qui pourraient déstabiliser la paroi du barrage.

C’est surtout le trou apparu à mi-hauteur dans le revêtement du déversoir principal et compromettant les lâchers d’eau régulant le niveau maximum du lac qui inquiétait les autorités.

L’eau pouvait alors s’échapper sous les déversoirs et affaiblir la structure soutenant le barrage. L’élargissement de la brèche du déversoir principal a conduit les autorités à réduire le débit (1600 m3/s) et remettre en service le déversoir secondaire d’urgence, pour la première fois en cinquante ans. Mais son revêtement en béton a commencé également à s’éroder, plus vite que les prévisions.

Les réparations sont rendues difficiles par le terrain détrempé : des hélicoptères ont déposé d'énormes sacs de pierres pour créer une digue d'urgence et boucher les trous.
 

Evacuation de la population

Dimanche 12 février, les autorités californiennes avaient pris la décision d’évacuer en urgence la population vivant en aval du barrage d'Oroville Lake, à cause du risque d’inondations massives. 188000 personnes avaient ainsi quitté leur domicile.

Les habitants ont reçu l'autorisation de rentrer chez eux mardi 14. La police, craignant que les conditions puissent se dégrader, leur a demandé de se tenir prêts à fuir de nouveau.

A l'heure où j'écris ce texte, le lac dispose à nouveau d’une marge de 15 mètres avant d’atteindre son niveau maximal.

 

SPOT 7 - Oroville lake - Oroville Dam - Satellite - Sea level - Emergency - Airbus DS - February 2017Oroville lake - June 2016 - Satellite SPOT 6 - Dam - Water level - Airbus DS - Floods

Vue d’ensemble de la région d’Oroville Lake. En haut, image acquise par SPOT 7 le 14 février 2017.
En bas, image acquise par SPOT 6 le 27 juin 2016. Crédit image : Airbus DS

 

En savoir plus :

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15 mars 2012 4 15 /03 /mars /2012 10:24

Alors que le sud de l'Europe et le sud de l'Angleterre connaissent une sécheresse exceptionnelle en fin d'hiver et à une semaine de la journée mondiale de l'eau, le 6ème Forum mondial de l'eau a lieu cette semaine à Marseille : 20000 participants de 140 pays cherchent à trouver des solutions pour donner accès à l'eau potable à l’ensemble de la population mondiale alors que les ressources diminuent et sont menacées par le changement climatique et les pollutions.

En juin 2012, à Rio de Janeiro, l’Assemblée générale des Nations Unies convoquera une Conférence pour donner un nouveau souffle au développement durable. Les résultats de ces grandes conférences sont parfois décevants, comme dans le cas de la lutte contre le réchauffement climatique à Durban, Cancun ou Amsterdam. Elles ont au moins le mérite d’aider à la prise de conscience par les citoyens et, on peut l’espérer, chez les politiques. Même si c’est long et laborieux, des plans d’action ambitieux, possible uniquement dans le cadre d’accords internationaux, finissent par se mettre en place…

 

Prendre de la hauteur avec les satellites d'observation...

A Rio, l’eau sera au cœur des débats avec les relations délicates entre les défis sociaux, économiques et environnementaux, comme l’illustre l’image suivante, acquise par le satellite Pléiades : elle montre les environs d’Olton une région d’agriculture irriguée dans la moitié ouest des Etats-Unis, au nord du Texas, à mi-chemin entre Dallas et Albuquerque.

 

Pleiades - Olton - Texas 28-01-2012 - RR2 L’agriculture irriguée dans la région d’Olton au Texas. Image acquise le 27 janvier 2012 par le
satellite Pléiades. Copyright CNES 2012.

 

L’irrigation par pivot central : des ronds dans l’eau, de l’eau dans des ronds ou des ronds autour de la Terre...

Les motifs géométriques sont étonnants : la route principale qui marque la diagonale de l’image, les routes à angle droit qui délimitent des carrés et, surtout, les cercles parfaits avec des sillons qui font penser à des disques vinyles : ce sont de grandes parcelles agricoles irriguées.

Il s’agit ici d’irrigation par pivot, des grands arroseurs qui pivotent sur un axe central, comme on peut également en vor en France dans les régions de culture du maïs.

L’agriculture irriguée est l’activité principale de la région, avec du blé, du maïs, du sorgho et du coton. Du nord au sud, la partie centrale des Etats-Unis est le cœur agricole du pays.

Dans les années 50, les premiers systèmes d’irrigation pivot étaient actionnés par de l’eau sous pression. Aujourd’hui, ce sont souvent des moteurs électriques ou hydrauliques.

Aux États-Unis, l’irrigation constitue le socle du développement agricole de l’Ouest depuis le 19ème siècle. Le Texas est un des principaux états consommateurs d’eau aux Etats-Unis. Près des deux tiers de l’eau est utilisée par l’agriculture.

Dans le monde, selon la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’agriculture et l’alimentation), 70% en moyenne des prélèvements d’eau sont utilisés pour l’irrigation et les besoins sont en augmentation. L’optimisation des quantités d’eau utilisée en agriculture est donc de plus en plus nécessaire, en recherchant des systèmes d’irrigation plus efficaces.

 

Mer d’Aral : Le cœur n’y était pas…

La mer d’Aral, qui a déjà fait l’objet d’un article complet sur le blog Un autre regard sur la Terre et d’un coup de cœur pour la Saint-Valentin, reste un exemple très symbolique des difficultés à mettre en place des pratiques pérennes.

 

Envisat - MERIS - Mer d'aral - 24-06-2010 - 06h25 - RR2

La mer d’Aral vue par Envisat. Extrait d’une image acquise par le capteur MERIS
le 24 juin 2010 à 6h29 UTC.  Crédit image : Agence Spatiale Européenne (ESA)

 

L'article montrant l’évolution de la mer d’Aral depuis 50 ans permet de constaterque le cœur visible en 2010 n’a pas toujours existé. Un autre article récent présente le contexte de l'agriculture irriguée au Soudan.

 

Un défi global pour l’humanité : qualité et quantité

Au-delà de l’agriculture, le défi à relever est effectivement global et quelques chiffres permettent de prendre conscience des enjeux : quatre-vingt pays souffrent de manque d’eau chronique. Les eaux insalubres restent la première cause de mortalité dans le monde, avec 3,6 millions de victimes par an.

En 2010, selon les rapports publiés à la veille de l’ouverture du forum de Marseille par l'OMS, l'Unicef et l'ONU, près de 800 millions de personnes étaient sans accès à l'eau potable dans le monde et 2,5 milliards sans installations sanitaires de base.

Quelques signaux semblent encourageants : l'objectif du millénaire de réduire de moitié d'ici 2015 le nombre d'habitants sans eau potable, par rapport à 1990. Fin 2010, 89% des humains (6,1 milliards de personnes) auraient ainsi "accès à des sources améliorées d'eau potable", alors que l'objectif pour 2015 était de 88%. Néanmoins les indicateurs utilisés pour apprécier la qualité de l’eau restent imprécis.

Dans une déclaration à l’AFP, Gérard Payen, président de l'Aquafed, une association d'acteurs privés de la gestion de l'eau (en France Veolia, la SAUR, la Lyonnaise des Eaux en sont membres) et l'un des conseillers sur l'eau du secrétaire général de l'ONU décrit une situation plus alarmante : "Entre 3 et 4 milliards de personnes n'ont pas accès de façon pérenne à l'eau et elles utilisent tous les jours une eau de qualité douteuse, c'est plus de la moitié de la population mondiale", affirme à l'AFP. Ces déclarations illustrent aussi le débat public-privé dans le domaine de la gestion de l'eau (pour en savoir plus, lisez un bon article sur le blog du Monde diplomatique et les pages du site de la fondation France-Libertés).

Les disparités géographiques restent très fortes : en Afrique subsaharienne, la région la plus défavorisé, plus de 40% des personnes n’ont pas accès à l'eau potable. Dans les pays les plus pauvres, les régions rurales vivent des situations beaucoup plus difficiles que les grandes villes.

 

Spot 5 - Lybie - Koufra - Oasis - 05-12-2002 - RR15Spot 5 - Iran - Ahvaz - 20-08-2004 - RR15

En haut, Koufra en Lybie. Une image en couleurs naturelles prise par le satellite Spot 5 le 5
décembre 2002. En bas, Ahvaz en Iran, également vu par Spot 5 le 20 août 2004.
Copyright: CNES 2002 - Distribution Astrium Services / Spot Image

 

Concernant l’assainissement, les statistiques sont inquiétantes : 2,5 milliards de personnes ne disposaient toujours pas fin 2010 d'installations sanitaires : l'objectif du millénaire d'équiper d'ici 2015 les trois-quarts de l'humanité de services d'assainissement corrects ne sera pas atteint.

Le rapport de l’ONU indique que "jusqu'à 90% des eaux usées des pays en développement s'écoulent, sans avoir été traitées, dans les rivières, les lacs et les zones côtières, menaçant la santé et la sécurité alimentaire, l'accès à l'eau potable et à l'eau de lavage".

 

Pour en revenir à l'agriculture, vous pouvez également lire cet article sur le rôle des satellites d'observation en agriculture et un autre sur Farmstar, un service destiné à aider la conduite des  pratiques agricoles (par exemple pour réduite la pollution diffuse des eaux en optimisant les apports d'engrais).

 

En savoir plus :  

 

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28 avril 2011 4 28 /04 /avril /2011 14:19

A Pâques, bienvenu chez les ch’tis : le sud dans les nuages

Le long week-end de Pâques aurait pu inaugurer la saison estivale… Cet extrait d’une image Envisat, acquise le 23 avril 2011 confirme que ceux qui sont restés au nord de la Loire ont fait un bon choix. C’était le moment d’aller en Bretagne : 6,2 mm de pluie à Lorient depuis le début du mois d’avril alors que la normale mensuelle est de 63 mm.

Quasiment pas de pluie depuis le début du mois à Evreux ou Rouen… Pour les agriculteurs, l’inquiétude grandit : les cumuls de pluie en France au mois d’Avril restent très faibles sur une grande partie du pays. Les orages de la fin du week-end étaient très insuffisants sur les régions de l'ouest et du nord pour rectifier le tir.

 

France - Envisat -23-04-2011 - 10h25

Extrait d’une image acquise par le satellite Envisat le 23 avril à 10h25 UTC. La couverture nuageuse
n’est pas celle qu’attendaient les vacanciers partis vers le sud. La résolution est réduite
d’un rapport 3 environ par rapport à l’image d’origine du capteur MERIS.
Crédit image : Agence Spatiale Européenne (ESA).

 

Etonnant : un incendie important en Belgique en avril

Plus surprenant encore, en Belgique, un incendie s'est déclenché lundi 25 avril 2011 et a déjà ravagé un quart de la réserve naturelle domaniale des Hauts Fagnes. Après deux jours et deux nuits, le feu est désormais maîtrisé mais le secteur où il y a de nombreuses tourbières reste sous vigilance. La tourbière haute de la Fagne Wallonne, où nichent les coqs de Tétras-Lyre, a été épargnée. Le service européen GMES SAFER (réponse aux situations d’urgence) a été activé par les services de sécurité civile belges (service public fédéral intérieur). Les images satellites fournies par SAFER devraient permettre de quantifier exactement les surfaces brûlées et la nature des dégâts. Les équipes de SAFER, coordonnées par Astrium Services, avec un point focal en astreinte 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Après réception des images satellites dont les acquisitions sont programmées en mode « rush », la cartographie et les produits spécialisés sont réalisés par un réseau d'experts européens (cartographie rapide, cartes de référence, produits thématiques). SAFER est un des services du programme européen GMES (Global Monitoring for Environment and Security).

 

EFFIS---risque-feu---03-05-2011.jpgLa carte de risque incendie publié sur le site EFFIS de la commission européenne pour début
mai 2011. A l’image de la situation météo, cette carte de risque surprend : on s’attend plutôt
à voir un niveau de risque élevé dans les régions méditerranéennes.
Crédit image : Centre Commun de Recherche (Joint Research Center)

 

Une tâche sur la nappe :

Dans un bulletin publié le 11 avril, le BRGM (Bureau des Recherches Géologiques et Minières) indique : « Environ 58% des réservoirs affichent un niveau inférieur à la normale. C’est le cas sur la plus grande partie du Bassin parisien et dans le Sud-Ouest pour plusieurs grands aquifères. On peut citer les nappes de Beauce, du Lutétien et du Champigny en Ile-de-France ou encore les nappes du bassin de la Garonne en Midi-Pyrénées. Cette situation est le résultat de plusieurs années de déficit pluviométrique. »

La ministre de l’Écologie Nathalie Kosciusko-Morizet doit convoquer un comité sécheresse spécial à la mi-mai pour faire le point sur la situation en France. Mi-mai, c’est inhabituel pour parler de sécheresse…

 

Extrait-bulletin-BRGM---Nappes-phreatiques---Avril-2011.jpgExtrait du bulletin « situation du niveau des nappes le 1er avril 2011 » publié par le BRGM.
Crédit image : BRGM.


A titre d’exemple, voici quelques cumuls de pluies relevés pour le mois d'avril 2011 sur le site de Météo France (valeurs publiées au 27 avril) :

  • Bordeaux : 8,4 mm (normale mensuelle en avril : 80,0 mm)
  • Bourges : 9,4 mm (normale mensuelle en avril : 58,3 mm)
  • Dijon : 6,2 mm (normale mensuelle en avril 51,9 mm)
  • Evreux : 0,4 mm (normale mensuelle en avril :45,6 mm)
  • Lille : 4,0 mm (normale mensuelle en avril : 50,4 mm)
  • Lorient : 6,2 mm (normale mensuelle en avril : 63,0 mm)
  • Nantes : 3,2 mm (normale 58,0 mm)
  • Perpignan : 67,3 mm (normale mensuelle en avril : 48,8 mm)
  • Rouen : 0,8 mm (normale mensuelle en avril : 55,6 mm)
  • Strasbourg : 6,8 mm (normale mensuelle en avril : 42,5 mm)
  • Toulouse : 36,5 mm (normale 66,8 mm).

Le Roussillon est ainsi l'une des seules régions de France à avoir eu des pluies excédentaires. A Evreux et Rouen, les niveaux de précipitations sont exceptionnellement bas.

 

Pour terminer cet article, un autre extrait de l'image ENVISAT acquise le 23 avril, centré sur le sud de la Nrovège. C'est hors sujet mais c'est l'occasion de montrer une image sans nuage de cette région et de sa côte magnifique découpée par les fjords...

 

Norvege---Envisat--23-04-2011---10h25.jpgSecond extrait de l'image acquise par le satellite Envisat le 23 avril à 10h25 UTC. La côte sud de
la Norvège presque sans nuages. La résolution est réduite d’un rapport 2 environ par rapport
à l’image d’origine du capteur MERIS. Crédit image : Agence Spatiale Européenne (ESA).

 

En savoir plus :

 

Suggestions d’utilisations pédagogiques en classe :

 

 

 


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7 octobre 2010 4 07 /10 /octobre /2010 16:34

Une catastrophe industrielle avec un lourd bilan humain et des conséquences sur l'environnement

Lundi 4 octobre, la rupture d'un gigantesque réservoir retenant les rejets de l’usine d'aluminium MAL (Magyar Alumínium, Ajkai Timfoldgyar Zrt refinery) installée à 165 kilomètres à l’ouest de Budapest, entraînait un accident industriel et une catastrophe écologique majeure : En quelques heures, plus d’un million de mètres cubes de boues  alcalines se sont répandues dans sept villages des environs de l’usine. L'accident a déjà fait quatre morts et plus de 150 blessés selon un nouveau bilan officiel. Trois personnes sont toujours portées disparues.

C’est l’impact environnemental qui reste le plus inquiétant et le plus difficile à évaluer. Des responsables du WWF espéraient que le débit de la rivière Raab diluerait la pollution. Aujourd’hui, les craintes initiales se confirment : la pollution vient d’atteindre un affluent direct du Danube, le plus grand fleuve d’Europe (après le Volga qui prend cependant sa source en Russie), et la crise devient une préoccupation de l’Union Européenne et de plusieurs états européens traversés par le Danube. Celui-ci fait l’objet d’une convention internationale de protection de l’environnement. Le Danube mesure près de 3.000 km de long. Il prend sa source en Allemagne et se jete dans mer Noire par le delta du Danube situé en Roumanie et en Ukraine.

Selon des mesures effectuées par les Services des eaux, le taux alcalin (je comprends qu'il s'agit en fait d'une mesure de pH) au confluent de la rivière Raab avec le Danube, à proximité de la ville de Györ, avait augmenté vers 10h00 GMT, à 9,4 contre environ 9 plus tôt dans la matinée. Le taux dit normal est habituellement entre 6 et 8. Des acides et des tonnes de plâtre sont déversés dans les cours d’eau pour tenter de limiter la pollution.
Près du lieu de la catastrophe, entre les villes d’Ajka, Devecser et Kolontar, c’est trop tard : Le flot de boue s’est répandu par le lit de la rivière Torna et a anéanti l’écosystème de la rivière Marcal.

L'accent a été mis sur le pH de la boue répandue mais des analyses du WWF mettraient en évidence des taux élevés de mercure et d'arsenic. Même si la pollution se dilue dans les cours d'eaux, connaître la composition exacte des boues rouges va devenir la question principale des jours à venir.


Vue-Google-Earth-2.jpgLa zone de l'accident visualisée sous google Earth, avant l'accident.
Le réservoir de boues est nettement visible. Crédit image : Google Earth

 

Les satellites d’observation de la Terre et le service GMES SAFER mobilisés :

new logo gmes Mis en place par l’Union Européenne, le service GMES SAFER de réponse aux situations d’urgence a été activé mardi 5 octobre 2010 par la direction générale hongroise de gestion des catastrophes (National Directorate General for Disaster Management).

C’est la soixantième activation du service GMES SAFER qui a été lancé en janvier 2009 pour fournir, en cas de crise, aux unités de protection civile, des cartes et des informations extraites de données acquises par les satellites d’observation de la Terre. Les dernières activations ont surtout porté sur des cas d'inondations (la catastrophe au Pakistan pendant l'été et plus récemment en Bulgarie, au Burkina Faso et au Sénégal).

C’est la société Spot Image, filiale d’Astrium installée à Toulouse, qui assure la coordination opérationnelle. Ses équipes, qui assurent une veille 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24, travaillent avec un ensemble de sociétés de services et d’organismes scientifiques spécialisés pour fournir les informations adéquates. Parmi les acteurs impliqués, on peut citer Infoterra en Allemagne et en Grande-Bretagne, le SERTIT (Université de Strasbourg), le CNES, le DLR-ZKI en Allemagne, Keyobs en Belgique, e-Geos en Italie, etc. Les différents intervenants sont mobilisés selon le type de catastrophe, les utilisateurs des produits ou les compétences spécifiques demandés.

L’Agence Spatiale Européenne (ESA) est responsable de la coordination des acquisitions des images provenant d’une flotte de satellites d’observation.

Cette organisation très réactive permet de fournir les différents types de produits : cartes de référence décrivant la situation avant la catastrophe, cartographie rapide décrivant l’étendue de l’alea juste après la crise, bilans détaillés ou thématiques dans les jours qui suivent.

produits-SAFER.pngLes quatre types d'information produits par le service GMES SAFER
(Crédit image : Spot Image / Infoterra)

 

Le Danube vu par les satellites d'observation :

Appelé Donau en allemand, Dunaj en Solvaque, Duna en hongrois, Dunav en croate, serbe et bulgare et Dunarea en roumain, le Danube est long de 2875 km (plus de 3000 km si on prend en compte les deux cours d’eau allemands qui lui donnent naissance). S’écoulant d’ouest en est (c’est une exception pour les grands fleuves européenns, il longe ou traverse dix pays : l’Allemagne, l’Autriche, la Slovaquie, la Hongrie, la Croatie, la Serbie, la Bulgarie, la Roumanie, la Moldavie et l’Ukraine. Neuf autres pays font partie de son bassin versant. Son delta, en Roumanie et en Ukraine, sur la rive ouest de la mer noire, fait partie liste du patrimoine mondial de l’UNESCO.

Bassin-du-DanubeCarte du bassin du Danube
Crédit : Wikipédia - Licence Creative Commons - Réalisation Pline

En attendant que les produits SAFER soient rendus publics, voici quelques images satellites montrant le Danube à différents endroits de son parcours. Elles illustrent la dimension européenne du fleuve et les risques de pollution.

 

s4sexi.jpg Une des premières images acquise par le satellite Spot 4 le 27 mars 1998 à 9 h 38.
Le Danube en Hongrie au sud de Budapest, à proximité de la ville de Baja. Cliquer ici pour voir la scène complète. Copyright CNES – Distribution Spot Image.

L'image ci-dessus couvre une zone de 23 kilomètres de côté.  Elle est extraite d’une scène de 60 km de côté centrée sur les coordonnées géographiques 46°04’50’’N et 18°40’00’’E (ville de Baja). Cette image, appelée M+XI, est obtenue par la combinaison de la bande spectrale rouge d'une résolution de 10 m (Bande B2/M) avec les bandes spectrales verte (Bande B1/XS1), proche infrarouge (Bande B3/XS3) et moyen infrarouge (Bande B4/MIR) qui ont une résolution de 20 m.
La représentation à l’écran de ce produit dépend de l’affectation des couleurs fondamentales (rouge, vert, bleu) aux bandes spectrales de l’image numérique. La version affichée correspond à l’affectation suivante :

  • La bande M (rouge) est représentée pour la couleur bleue sur l’écran.
  • La bande MIR (moyen infrarouge) est représentée pour la couleur verte sur l’écran.
  • La bande XS3 (proche infra-rouge) est représentée pour la couleur rouge sur l’écran.

Une autre représentation, plus classique pour les images Spot, est obtenue en appliquant la correspondance suivante :

  • La bande XS1 (vert) est représentée pour la couleur bleue sur l’écran.
  • La bande M (rouge) est représentée pour la couleur verte sur l’écran.
  • La bande XS3 (proche infra-rouge) est représentée pour la couleur rouge sur l’écran.

Cliquer ici pour voir l’image et la scène complète dans cette seconde représentation.

 

 

 

r416_bulgarie_irrigation_1280.jpg

  Extrait d’une image multispectrale acquise en janvier 2005 par le satellite Formosat-2.
La résolution au sol est de 8 mètres. L’image couvre la région de Kozloduy en Bulgarie. Le Danube
marque la frontière avec la Roumanie. Un petit cours d’eau a été canalisé pour l’irrigation des
champs de riz. Copyright NSPO - Distribution Spot Image.

 

4206560280_e83a38b813_z.jpg

Le delta du Danube au niveau de la mer Noire entre la Roumanie et l'Ukraine.
Image Spot 5 en couleurs naturelles.
Copyright CNES - Distribution Spot Image

 

Sources utilisées :

  • Dépêches d’agence de presse.
  • Encyclopédie Wikipedia.
  • Site internet du CNES (Centre National d'Etudes Spatiales)
  • Site internet de Spot image.

 

En savoir plus :

 

Suggestions d'utilisations pédagogiques en classe :

  • Exépriences en classe sur la notion de pH et la mesure de pH, neutralisation de solutions acides et alcalines, en utilisant par exemple des produits alimentaires (Jus de citron, vinaigre, café ou thé pour les acides, savon pour les bases).
  • Un projet à l'année sur la mesure de la qualité de l'eau d'une rivière ou d'un fleuve à proximité. Voir en particulier l'opération "Le sang bleu de la Terre" proposée aux établissements scolaires par Planète Sciences Midi-Pyrénées. Voir également la liste des ressources pédagogiques sur le site de l'Académie de Toulouse. Voir également les outils proposés par l'association Reflets à Toulouse.
  • Voir les suggestions sur les autres articles sur la gestion des crises sur le blog "Un autre regard sur la Terre".
  • Avec Google earth, rechercher des sites industriels similaires dans le monde et comprendre le choix des zones géographiques et les risques associés. Voir par exemple le "Red Mud Dam" en Australie près de Gladstone (coordonnées :  23°55'54"S et 151°18'46E). La barrière de corail n'est pas très loin... En France, la seule usine est celle de l'entreprise Rio Tinto Alcan à Gardanne dans les Bouches-du-Rhône (coordonnées : 43°27'55.34"N et 5°26'9.19"E). Une partie de ses boues, après traitement, sont rejetées en mer, par une conduite de 47km, dans le canyon sous-marin de la Cassidaigne qui s'enfonce à 2400 m de profondeur (la présence de boues rouges est parfois détectée au large de Cassis).
  • Travail bibliographique sur les médias et la communication des organismes officiels après les catastrophes industrielles.
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Présentation

  • : Un autre regard sur la Terre
  • Un autre regard sur la Terre
  • : Les satellites d'observation de la Terre au service de l'environnement : images et exemples dans les domaines de l'environnement, la gestion des risques, l'agriculture et la changement climatique. Et aussi, un peu d'espace et d'astronomie, chaque fois que cela suscite questions et curiosité...
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A Propos De L'auteur

  • Gédéon
  • Ingénieur dans le domaine de l'observation de la Terre.
Bénévole de l'association Planète Sciences Midi-Pyrénées
  • Ingénieur dans le domaine de l'observation de la Terre. Bénévole de l'association Planète Sciences Midi-Pyrénées

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