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28 février 2014 5 28 /02 /février /2014 00:37

"Water, water, every where,
Nor any drop to drink.
"

The Rime of the Ancient Mariner, 1798,
Samuel Taylor Coleridge (or Chris Harris for the metal retelling)

 

Terra - MODIS - UK storm - floods - 12-02-2014Un hiver bien arrosé en Grande-Bretagne. Image en couleurs naturelles prise par l'instrument MODIS
du satellite Terra le 12 février 2014. En cherchant bien, vous arriverez à localiser le trait de côte
de la Grande-Bretagne. La Bretagne a également été bien servie !
Crédit image : NASA / GSFC / MODIS Rapid Response

 

Sinking in the Rain : des parapluies au nord de Cherbourg

C’est l’idéal pour se perfectionner en anglais mais est-ce que le Royaume-Uni est la destination idéale pour découvrir les bons vins et profiter du soleil au bord de la mer ? C’est pourtant le choix qu’a fait une de mes filles en s’installant en octobre 2013 à côté de Southampton, au cœur de la New Forest, pour travailler au Terravina, un restaurant ouvert par Gérard Basset, élu meilleur sommelier du monde en 2010. Si vous passez dans les environs, je recommande vivement d’y faire une halte pour découvrir une cuisine inventive et des vins en provenance du monde entier. Une cave impressionnante ! Pas de doute : c’est le bon endroit pour le vin.

 

Terravina ou Terra Aqua ?

Par contre, ma fille a choisi de s’installer en Angleterre juste avant l’hiver le plus humide jamais enregistré depuis 1766 et, pour l’instant, elle a vu plus d’eau que de vin… Et ses nouvelles copines anglaises s’appellent Emily, Petra, Qumeira et Ulla, quelques-unes des tempêtes hivernales qui ont balayé l’Angleterre depuis quelques mois.

J’ai commencé à suivre à distance ces épisodes météo depuis le 27 octobre, avec la tempête Christian, baptisée St Jude par les médias anglais. Très joli, la New forest à l’automne, sauf quand les arbres tombent sur les voitures…

 

Smog on the water

Le 5 décembre, c’était la tempête Xaver qui balayait le Royaume-Uni (100000 foyers privés d’électricité en Ecosse) avant de s’attaquer au nord de l’Europe. Ensuite, pratiquement à noël, la tempête Emily rappelait en France et en Grande-Bretagne les très mauvais souvenirs de Klaus (2009) et Martin (1999). Dans la nuit du 4 au 5 février, Petra semait la panique avec des pluies intenses, des vents violents et des milliers de foyers privés d’électricité. Des vitesses de vent de 148 km/h ont été enregistrées sur les îles Scilly, à l’ouest de la péninsule de Cornouailles. Juste après, le 7 février, arrivait la tempête Qumeira, avec une vigilance rouge pour des crues également dans le Finistère et le Morbihan.

 

Quatre glaçons dans le vent

Mi-février, une nouvelle tempête, dénommée Ulla, traversait la Bretagne et le sud du Royaume Uni. Les précipitations permanentes, avec très peu de jours sans pluie depuis le 12 décembre, et la saturation des sols ont accentué l’impact des inondations. Celles-ci se sont généralisées à partir de la fin de la première semaine de janvier.

Dimanche 23 février, un ami anglais me disait « Sunday was a pretty sunny day». Comme son nom l’indique ? Mais ça n’a pas souvent été le cas depuis le début de l’année 2014…

 

A l’eau! Non mais à l’eau, quoi !

Les météorologues du service météo britannique, le Met Office, ont déjà classé l’hiver 2013-2014 comme le plus arrosé jamais enregistré (depuis 1766) en Angleterre et au Pays de Galle. Pour l’ensemble du Royaume-Uni, les mesures remontent à 1910 : Du 1er décembre 2013 au 25 février 2014, il est tombé une hauteur de 517,6 mm d’eau. Le précédent record, en 1995, était de 485,1 mm.

 

UKMO - Winter Rain Anomaly - 01-12-2013 - 25-02-2014Comparaison des quantités de précipitation du 1er décembre 2013 jusqu’au 25 février 2014
par rapport à la moyenne sur le période 1981-2010. Carte produite par le Met Office (UKMO)

 

Il y a bien un petit coin au nord, la région d'Edinburgh, où il y a un déficit de pluie (on ne parle pas de sécheresse...) mais ce n'est pas le cas de Southampton et de la New Forest, en couleur bleu bien foncée : plus de 225% au-dessus de la moyenne de référence !

 

L’eau vue d’en haut

La première image de cet article montre une situation typique du mois de février : elle a été acquise le 12 février par l’instrument MODIS du satellite américain Terra, le frère jumeau d’Aqua, le bien-nommé…

Elle montre un cyclone extratropical, ou cyclone des latitudes moyennes, au-dessus du Royaume-Uni. Le nom cyclone peut inquiéter mais ces dépressions, fréquentes, sont liées à la circulation de l'atmosphère aux latitudes moyennes. Elles produisent nuages, pluie, vents et orage. Les nuages peuvent prendre la forme de virgule géante comme sur cette image satellite.

 

Le satellite Spot 6, témoin des inondations au Royaume-Uni

Les vents violents, les fortes pluies en continu et les surcotes sur le littoral ont provoqué des inondations dramatiques à travers le Royaume-Uni. Plusieurs fleuves ou rivières sont largement sortis de leur lit. Des régions du sud de l'Angleterre, comme dans le Somerset (avec les villages de Moorland ou Muchelney), ont subi ces inondations depuis plus de cinq semaines. Les dommages causés à la côte sont très importants.

Un mois plus tôt, un trou dans la couverture nuageuse avait permis à plusieurs satellites d’acquérir des images du sud-ouest de l’Angleterre, une des régions les plus touchées par les inondations causées par les tempêtes Qumeira et Emily.

Les illustrations suivantes proviennent de deux images prises par le satellite Spot 6 le 11 janvier 2014 et le 8 juin 2013. Elles montrent la situation avant et pendant les inondations dans la région de Brigwater, dans le Somerset, au sud-ouest de Bristol. Le fleuve qui traverse la ville est la Parrett river. On imagine bien l’importance des dommages causés à l’agriculture. Les deux images ont une résolution réduite par rapport à l’image d’origine.

 

Spot 6 - UK - Bridgwater - Floods - Inondations - 08-06-2014 Spot 6 - UK - Bridgwater - Floods - Inondations - 11-01-201

Les environs de Bridgwater au Royaume-Uni. Deux images prises par le satellite Spot 6 avant et
pendant les inondations. A gauche, image du 8 juin 2013. A droite, image du 11 janvier 2014
Crédit image : Airbus Defence and Space / Spot Image

 

Ces acquisitions d’images ont été demandées par l’autorité en charge de la gestion des inondations, à savoir l’Agence de l’environnement, pour le Royaume-Uni qui n’a pas de service de sécurité civile au sens où nous l’entendons en France, en Allemagne ou en Italie.

L’image suivante est un extrait de l’image du 11 janvier. La résolution est toujours réduite par rapport à l’image en pleine résolution mais le niveau de détail est très suffisant pour cartographier finement les limites des zones inondées.


Spot 6 - UK - Bridgwater - Floods - Extrait - 11-01-2014Les environs de Bridgwater au Royaume-Uni. Extrait d'une image prise par le satellite Spot 6
le 11 janvier 2014. Crédit image : Airbus Defence and Space / Spot Image


Trop d'eau ? Minet râle...

Pour ceux qui s’intéressent aux applications spatiales et à la gestion de crise, un élément inhabituel illustre le caractère exceptionnel de la situation de cet hiver : alors que le Royaume-Uni n’utilise habituellement pas beaucoup cet outil, la charte internationale espace et catastrophes majeures a été activée par l’Agence de l'environnement de l'Angleterre et du Pays de Galles trois fois en l’espace de deux mois (4 décembre 2013, 6 janvier et 6 février 2014) soit autant que le total des activations de 2008 à 2013. Le service Copernicus de cartographie d’urgence (Emergency mapping Service) a également été activé par le UK Cabinet Office le 10 février 2014 pour les régions du Somerset et du Berkshire dans le sud de l’Angleterre.

Vous pouvez consulter des exemples de cartes de l’étendue des inondations réalisées à cette occasion par les services de cartographie rapide (voir les liens à la fin de cet article)

 

DLR - Terrasar-X - Flash outline map - 08-02-2914DLR - Terrasar-X - Flash outline map - 22-02-2914

Estimation des surfaces inondées dans la région de Bridgwater. Exemple de cartes produites par
l'Environment Agency et Geomatics le 8 février 2014 et le 22 février 2014 à partir d’images
acquises par le satellite Radar TerraSAR-X. Crédit image satellite : German Aerospace Center (DLR)
et Astrium Services – Infoterra GmbH.

 

De Brigwater à Davos en passant par Munich : deux rapports d’actualité sur les risques et les catastrophes naturelles

Il est possible, comme l’affirment les climatosceptiques, que ces inondations ne sont qu’une manifestation de « variabilité naturelle du climat » : il est impossible d’affirmer qu’un événement isolé est dû au changement climatique. Néanmoins, depuis 2000, le record historique de pluie, depuis les premiers enregistrements en 1766, a été dépassé à trois reprises, la dernière date correspondant à l’hiver 2014. Les spécialistes du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), qui ont quelques souvenirs de thermodynamique et de la loi de Clausius-Clapeyron, évoquent bien dans leur dernier rapport sur le changement climatique un accroissement des précipitations moyennes sur les régions déjà bien arrosées, lié à l’augmentation de la température moyenne.

Deux rapports récemment publiés remettent en perspective ces inondations.

 

Assurancetourix : ça va barder

Le premier rapport est le bilan annuel des catastrophes naturelles publié en début d’année par le réassureur allemand Munich Re. La dernière édition date du 7 janvier 2014. Swiss Re a publié un bilan similaire provisoire fin 2013.

Selon ces estimations, le coût total des catastrophes naturelles dans le monde s'est élevé à 92 milliards d'euros (125 milliards de dollars) en 2013. La moyenne des dix dernières années est de 184 milliards de dollars. Les dommages assurés sont estimés à 31 milliards de dollars pour 2013, contre une moyenne sur 10 ans de 56 milliards de dollars.

Pour la première fois en vingt ans, les coûts liés aux catastrophes naturelles de 2013 sont plus élevés en Europe qu'aux Etats-Unis (avec une saison cyclonique moins intense).

En Europe, les inondations du mois de juin, en Allemagne et dans les pays voisins, constituent la catastrophe naturelle la plus chère de l'année en termes de pertes économiques, à hauteur de 15,2 milliards de dollars (11,7 milliards d'euros), avec des pertes assurées estimées à 2,3 milliards d'euros.

Les 880 catastrophes naturelles recensées ont provoqué la mort de plus de 20.000 personnes. La catastrophe qui a causé le plus de victimes est le typhon Haiyan qui a a frappé les Philippines en novembre 2013. Des images satellites à haute résolution avaient également été acquises à cette occasion de cette catastrophe majeure : plus de 6.000 personnes ont été tuées dans la tempête Haiyan qui, avec des millions de sans-abri, et des récoltes détruites.  Selon les chiffres publiés par Munich Re, la perte globale s'élève à 10 milliards de dollars, soit environ 5 % de la production économique annuelle des Philippines, indique Munich Re.

 

Munich Re - Natural Catastrophe Year in Review - 2013Les principales catastrophes naturelles en 2013. Carte extraite du rapport
« 2013 Natural Catastrophe Year in Review » publié par Munich Re.

 

Global risks 2014 : les risques systémiques

L’autre document d’actualité date de la toute fin d’année 2013 : il a été publié le 30 décembre. C’est le rapport « Global risks 2014 » du Forum économique mondial. Dans le premier paragraphe de la préface de cette neuvième édition, Klaus Schwab , fondateur et président du World Economic Forum, écrit :

« Our lives are changing at an unprecedented pace. Transformational shifts in our economic, environmental, geopolitical, societal and technological systems offer unparalleled opportunities, but the interconnections among them also imply enhanced systemic risks. Stakeholders from across business, government and civil society face an evolving imperative in understanding and managing emerging global risks which, by definition, respect no national boundaries. »

Il s’agit d’une sorte de "sondage" (la méthodologie est décrite en annexe du rapport), une analyse basée sur l’avis d’environ 700 décideurs, beaucoup d’habitués de Davos. Même si une telle enquête est fortement influencée par l’actualité des crises et le profil de la population interrogée, les résultats obtenus sont très intéressants et montrent la « perception de l’importance des risques ». Je vous recommande de lire au moins le premier chapitre (Understanding Systemic Risks in a Changing Global Environment). Le chapitre 2 développe le caractère systémique des risques globaux avec des exemples dans plusieurs domaines (comme la « generation lost » ou la « digital desintegration » et les cyber-menaces).

 

World Economic Forum - Global risks landscape 2014Le classement probabilité – impact des risques globaux en 2014 tels qu’ils sont perçus par les
membres du forum économique mondial. Crédit : WEF / Global Risks 2014

 

Parmi les dix risques jugés les plus préoccupants, quatre ont une dimension environnementale : difficultés d’accès à l’eau, crise alimentaire, échec des politiques de lutte contre le changement climatique, impact plus élevé des phénomènes météorologiques extrêmes. Dans les autres risques liés à notre environnement qui sont identifiés, on peut citer la perte de biodiversité et la destruction des écosystèmes, les accidents industriels (le drame de Fukushima est resté en mémoire).

 

WEF - Evolution de la perception des risques globaux - 2007-2014Evolution de la perception des risques globaux entre 2007 et 2014.
Extrait du rapport « Global Risks 2014 ». Source : World Economic Forum

 

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  • Gédéon
  • Ingénieur dans le domaine de l'observation de la Terre.
Bénévole de l'association Planète Sciences Midi-Pyrénées
  • Ingénieur dans le domaine de l'observation de la Terre. Bénévole de l'association Planète Sciences Midi-Pyrénées

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