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8 novembre 2010 1 08 /11 /novembre /2010 23:30

Bientôt la quille…

Sauf avarie de dernière minute, Franck Cammas, le skipper de Groupama 3, est sur le point d’emporter la Route du Rhum 2010, dans la catégorie « Ultime », les très grands multicoques. Selon le classement publié sur le site de la course le 9 novembre 2010 à 7h41, Franck Cammas n’est plus qu’à 78 milles de la ligne d’arrivée en Guadeloupe, devant Thomas Coville sur Sodebo, 187 milles derrière Cammas, et Francis Joyon sur Idec à 266 milles du leader. Lundi soir, la vitesse est d’environ 16 nœuds pour les nœuds premiers et 14 nœuds pour le troisième. Mardi matin, celle de Franck Cammas n'était plus que de 7 noeuds.

Parti le 31 octobre de Saint-Malo, Franck Cammas devrait arriver mardi après-midi (en heure de la métropole) : les vents à l'arrivée sont très faibles... 

Franck Cammas ne battra cependant pas le record établi par Lionel Lemonchois lors de la précédente édition de la Route du Rhum, en 2006 (7 jours 17 heures 19 minutes) : pour cela, il aurait du atteindre Pointe-à-Pitre lundi matin…

Dans la catégorie « Imoca » (bateaux monocoques de 60 soixante pieds, soit un peu plus de 18 mètres), c’est Roland Jourdain sur Veolia Environnement qui est en tête à 1025 milles de l’arrivée, devant Armel le Cléach.

 

final-route-du-rhum---MODIS---08-11-2010.jpgDernière "ligne droite" dans la route du rhum pour Franck Cammas : après avoir viré la bouée de
Basse-Terre et fait route au sud, vers les Saintes, Groupama 3 a viré de bord et mis le cap vers
Pointe-à-Pitre
. Sur Google Earth, superposition des dernières positions collectées par CLS sur
une image MODIS du satellite Terra acquise le 8 novembre 2010
(Crédit image :
NASA/GSFC, MODIS Rapid Response).

 

Le routage dans les grandes courses à la voile

Le routage est un procédé d’assistance des skippers : les routeurs essaient de trouver la route optimale pour un navire déterminé et pour un voyage déterminé en tenant compte des prévisions météorologiques, des courants et des conditions météorologiques spéciales.

Pour cela, le routeur s’appuie sur des outils informatiques lui permettant de récolter un maximum d’informations météorologiques. Il détermine ainsi plusieurs choix de trajectoires, transmis aux navigateurs. Pour la course du rhum 2010, les concurrents engagés en classe Imoca et en Class40 n’ont pas droit au routage.

Pour Sylvain Mondon, prévisionniste et routeur à Météo-France Sports, qui a assuré en 2006 le routage du skipper Lionel Lemonchois, « la route la plus rapide dépend à la fois des conditions météorologiques sur l'Atlantique Nord et des caractéristiques du bateau. Même si la configuration météo est identique pour chaque catégorie, les bateaux n'ont pas tout à fait les mêmes atouts… Un skipper peut naviguer haut en latitude dans la première partie du parcours. La distance à parcourir est courte, mais la route est risquée car les vents sont forts. Un autre skipper choisira une route plus sud dès le départ pour rechercher les vents proches de l'anticyclone des Açores. Cette route est moins exposée mais plus longue car les vents sont plus faibles. Pour la deuxième moitié de parcours (après l'archipel des Açores), le paramètre important de cette navigation tropicale est l'angle du vent, pouvant favoriser chacune des routes à tour de rôle en fonction des variations des Alizés. »

 

Courants-Mercator-et-positions-route-du-rhum---09-11-2010.jpgAvec Google Earth, superposition d'une prévision de courant établie par Mercator-Océan pour le
10 novembre 2010 avec les positions des différents concurrent. Certains d'entre eux sont encore loin
de la ligne d'arrivée ! Pour la route du rhum 2010, c'est la société CLS qui équipe les concurrents de
balises de localisation et de demande d'assistance. Superposition des données réalisée par
Planète Sciences Midi-Pyrénées.

En 2002, Mercator Océan avait élaboré une version inédite de ses bulletins pour le navigateur Joé Seeten, arrivé troisième des monocoques. Son routeur, Denis Theunynck avait utilisé les informations par Mercator Océan qui identifiaient des zones tourbillonnaires de directions parfois totalement opposées aux grands schémas océaniques traditionnels, au niveau du Cap Finisterre, des Açores et de l'entrée dans la mer des Antilles.

Les analyses fournies par Mercator furent particulièrement utiles dans la dernière partie de la course. En l'absence d'alizés du Sud Est, une trajectoire oscillante était nécessaire pour parcourir les 600 derniers milles. Le vent étant prévu particulièrement stable, une étude approfondie des informations fournies par Mercator permettait d'envisager un gain de route, lié aux courants, de 45 milles dans l'Ouest/Nord-Ouest pour les 48 dernières heures avant l'atterrissage sur Marie-Galante. L'ensemble de ces données permit de proposer à Joé Setten des options de route qui tenaient compte des vents, des courants que ses qualités de barreur et de régleur lui permirent d'exploiter pour atteindre la troisième place et s'y maintenir…

 

Atelier-Joe-Setten-2.jpg

Joe Setten raconte son expérience pendant la route du rhum au cours d'un atelier pédagogioque sur l'océanographie spatiale organisé par Planète Sciences Midi-Pyrénées. Crédit image : Gédéon

 

Un bon endroit pour voir les satellites en action : aller à la mer !

On mentionne parfois la similitude entre la situation de l’équipage d’un vaisseau spatial et celui de l’équipage d’un bateau ou d’un sous-marin, surtout dans le cas de missions de longue durée : isolement, absence de contact direct avec la terre, etc. En réalité, un rapide inventaire montre que la navigation en mer et la pêche sont certainement parmi les plus grands utilisateurs des applications spatiales.

Qu’il s’agisse d’un thonier industriel ou d’un trimaran de course, l’équipage, en mer, suit de près la météorologie, dont les prévisions s’appuient sur les satellites Météosat ou Metop. Il bénéficie du téléphone et télécommunications numériques offertes par Inmarsat. Le système GPS et bientôt Galileo l’aident à naviguer et à choisir la route la plus adaptée. En cas d’accident, l’équipage sait que sa balise Argos ou le système COSPAS-SARSAT veillent sur lui et, si nécessaire, transmettront sa position aux services de secours.

Pour optimiser leur route, certains utilisent même les prévisions de Mercator-Océan produits à partir des données d’altimétrie transmises par les satellites Jason. C’est vrai également pour les sous-marins qui utilisent des informations similaires pour connaître la position des tourbillons, des fronts thermiques et de la thermocline pour optimiser les performances de détection de leurs sonars ou, au contraire, faire preuve de discrétion et exploiter l’environnement marin pour se dissimuler.

Les pêcheurs exploitent cartes de courant, de température de surface de la mer (capteurs AVHRR des satellites NOAA ou AATSR sur Envisat) et de couleur de l’eau (capteur MERIS sur Envisat ou MODIS sur Terra et Aqua) pour localiser les fronts thermiques et les limites des zones riches en phytoplancton, afin de définir leur stratégie de pêche.

A terre, les systèmes de surveillance de navires vérifient, en collectant les données Argos ou GPS transmises en temps réel, que les flottes de pêche opèrent dans les zones et pendant les périodes autorisées. Dans certaines régions du monde, les satellites Spot, Envisat ou Terrasar-X détectent ceux qui trichent en mettant leur balise hors tension et ceux qui pratiquent des activités illégales.

 

Terrasar-X---Gibraltar---SE.jpg

Navires traversant le détroit de Gibraltar. Image acquise le 10 août 2007 par le satellite radar
TerraSAR-X. Crédit image : Infoterra.

 

Les satellites Radar apportent également une aide précieuse dans les mers froides pour détecter la présence de glaces dérivantes pouvant présenter un risque pour la navigation. Ailleurs leurs caractéristiques leur permettent de localiser les nappes d’hydrocarbures, qu’il s’agisse d’accidents ou d’opérations de dégazage.

Dans les ports, les satellites optiques ayant une grande capacité de revisite aident à contrôler l’activité et identifier d’éventuels trafics illégaux.

Au total, un navire de pêche moderne peut utiliser les services de plusieurs dizaines de satellites différents.

 

Besoin ou mission Techniques spatiales utilisées
Prévision météorologique Satellites géostationnaires (exemple : Météosat) ou à défilement (NOAA, Metop)
Téléphonie, transmission de données et Internet Satellites de télécommunication géostationnaires (exemple : Inmarsat) ou constellations (Iridium)
Navigation Balises ARGOS, Systèmes GPS, EGNOS et Galileo
Envoi d’alerte et signaux de détresse

Balises ARGOS
Système COSPAS-SARSAT

Prévision de l’état de la mer et des courants. Routage Altimétrie spatiale (Topex-Poséidon, Jason, Sentinel 3) et modélisation (exemple : Mercator-Océan)
Suivi d’animaux marins et de bouées dérivantes Balises ARGOS (CLS)
Aide à la pêche et gestion des ressources Satellites d’observation de la Terre : température de surface (NOAA - AVHRR, Envisat - AATSR), couleur de l’eau (Seawifs, Envisat - MERIS, Aqua - MODIS), altimétrie (Topex-Poséidon, Jason), etc.
Surveillance des zones de pêche Balises (exemple : ARGOS) et système VMS.
Collecte de données de capture Satellites de télécommunication géostationnaires (exemple : Inmarsat) ou constellations (Iridium), ARGOS
Surveillance des zones d’aquaculture Satellites d’observation de la Terre. Observation optique à haute résolution (Spot 5) ou mesure de la couleur de l’eau (Envisat - Meris, Aqua - MODIS, Sentinel 3) pour la détection des floraisons d’algues.
Détection et localisation de navires (pratiques illégales) Satellites d’observation de la Terre optique (Spot 5) ou Radar à ouverture synthétique (Envisat ASAR, Radarsat, Cosmo-Skymed, Terrasar-X). Utilisés avec un VMS, ces satellites permettent de détecter les navires non autorisés.
Détection des pollutions par hydrocarbures Satellites Radar à ouverture synthétique (SAR) : Envisat - ASAR, Radarsat, Cosmo-Skymed, Terrasar-X
Détection de glaces flottantes et d’icebergs Satellites Radar à ouverture synthétique (SAR) : Envisat - ASAR, Radarsat, Cosmo-Skymed, Terrasar-X
Acoustique sous-marine et lutte anti-sous marine Altimétrie spatiale et modélisation (SHOM)

   Les satellites et les applications spatiales en mer

 

Les bulletins de Mercator-Océan publiés pendant la route du rhum

Mercator Océan publie ses bulletins de prévision tous les mercredis. Chaque bulletin comporte une analyse de la situation courante et deux prévisions pour la semaine qui suit et la semaine suivante.

Pour la route du rhum 2010, ce sont les bulletins datés du 27 octobre et de 3 novembre qui sont les plus adaptés. Je publie ici les deux analyses datées du 27 octobre et du 3 novembre ainsi qu’une prévision établie le 3 novembre pour la date du 10 novembre. Il s’agit de cartes de vitesse de courant de surface

En modélisant l’océan en trois dimensions, Mercator-Océan produit des cartes de surface et de profondeur de plusieurs paramètres intéressant les marins et les scientifiques. (température, salinité, etc.) Les cartes, pour différentes régions, sont disponibles sur le site de Mercator-Océan.

 

Mercator---Europe-Africa--courant---analyse-27-10-2010.png Mercator---Europe-Africa--courant---analyse-3-11-2010.png Mercator---Europe-Africa--courant---prevision-3-11-2010-1S.png

Trois cartes de courant de surface produites par Mercator-Océan : analyse du 27/10/2010,
analyse du 3/11/2010, prévision pour le 10/11/2010 calculée le 3/11/2010.
Crédit image : Mercator-Océan

Mercator-Océan joue également un rôle important dans le programme européen GMES (Global Monitoring for Environement and Security) et son volet de surveillance et de modélisation de l'environnement marin. Basé à Toulouse, Mercator-Océan coordonne le projet MyOcean, qui préfigure le futur service opérationnel GMES appliqué aux océans et à l'environnement marin. L'image à droite montre un exemple de carte de température de surface produit par Myocean en septembre 2010 avec des motifs tourbillonnaires liés au transfert d'eau entre l'atlantique (plus froid) et la Méditerranée plus chaude (cliquer sur l'image pour des explications plus détaillées, en anglais, sur le site du projet Myocean).

201009_gibraltar.jpg

 

En savoir plus :

 

Suggestions d'utilisations pédagogiques en classe :

  • Comme d'habitude, d'abord s'intéresser aux unités de mesures : milles, noeuds, conversion en kilomètres et en kilomètres / heure. Origine et justification des unités utilisés par les marins.
  • Travail sur la circulation océanique.

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Publié par Gédéon - dans Océanographie
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commentaires

tiot 16/11/2010 23:19


salut
pas évident de conduire de tel navire tout seul
bonne soirée


Gédéon 09/11/2010 12:22


A 11h41, le classement officiel de la course pointe Franck Cammas à 50 milles de la ligne d'arrivée, suivi par Francis Joyon à 145 milles derrière Franck Cammas.


Présentation

  • : Un autre regard sur la Terre
  • Un autre regard sur la Terre
  • : Les satellites d'observation de la Terre au service de l'environnement : images et exemples dans les domaines de l'environnement, la gestion des risques, l'agriculture et la changement climatique. Et aussi, un peu d'espace et d'astronomie, chaque fois que cela suscite questions et curiosité...
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A Propos De L'auteur

  • Gédéon
  • Ingénieur dans le domaine de l'observation de la Terre.
Bénévole de l'association Planète Sciences Midi-Pyrénées
  • Ingénieur dans le domaine de l'observation de la Terre. Bénévole de l'association Planète Sciences Midi-Pyrénées

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