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11 novembre 2011 5 11 /11 /novembre /2011 21:44

Dans un rapport publié mardi 8 novembre 2011, l'AIEA (Agence Internationale de l’Energie Atomique, International Atomic Energy Agency) indique à son conseil des gouverneurs sur le programme nucléaire iranien que des informations "crédibles" montraient que l'Iran s'était engagé dans des projets et des essais visant la mise au point d'armes nucléaires. Les 35 membres du conseil se réuniront à Vienne à partir du 17 novembre.

Le rapport décrit des activités « spécifiquement liées à la mise au point d’une arme nucléaire » : travail sur des composants en uranium métal, les explosifs, les expériences hydrodynamiques, les codes de calcul, l’initiation neutronique, les préparatifs d’essai nucléaire, l’intégration dans un missile.

Téhéran reproche au directeur de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) de se faire le porte-parole des Etats-Unis et assure poursuivre des objectifs strictement civils. L’Iran fait déjà l’objet de sanctions internationales plusieurs fois renforcées.

 

AIEA : voyelle, voyelle, voyelle, voyelle… le mot le plus court et un petit score au scrabble !

Le rapport s’appuie sur des informations fournies par dix Etats membres et sur les informations collectées directement par l’AIEA, en particulier des images satellite. Il est question notamment de la base militaire de Parchin, à proximité de de Téhéran.

Dans une annexe du rapport justifiant la « crédibilité de l'information », L’AIEA décrit les précautions prises pour étayer ses conclusions. L’agence des Nations Unies explique avoir fait son propre travail d'enquête à partir de données accessibles à tous, grâce à des images satellites, mais aussi grâce à de nombreuses sources indépendantes (correspondances, rapports de visites, photos, vidéos, etc.) consolidées et recoupées.

 

Astrium-Services-Go-Monitoring---Formosat-2---Bushehr---21-.jpgAnalyse d’une image satellite de la centrale nucléaire de Bushehr acquise par le satellite Formosat-2
le 21 août 2010. Résultats fournis par le service « Go Monitoring » d’Astrium GEO-Information Services.
Crédit image : Astrium Services


Le rôle des satellites d’observation dans le contrôle de la non-prolifération nucléaire

Dans le domaine de la sécurité en général et de la non-prolifération nucléaire en particulier, les satellites d’observation présentent les avantages suivants :

Les satellites peuvent observer n’importe quelle région du monde, en s’affranchissant des frontières ou des interdictions de survol. En 2008, l’exemple du cyclone Nargis en Birmanie reste une des meilleures illustrations de cette capacité : malgré l’isolement du pays, les images fournies par les satellites avaient joué un rôle déterminant pour mobiliser la communauté internationale.

Les satellites repassent régulièrement au-dessus d’une zone d’intérêt et permettent de détecter les changements : avancement de la construction d’une centrale nucléaire, mise en service d’une installation, présence de véhicule à proximité d’un site… Le satellite Formosat-2, qui a fourni la première image illustrant cet article, a une orbite très particulière qui permet une revisite quotidienne. Pour la surveillance de sites d’intérêt ou dans le cas de catastrophes naturelles, il y a également la possibilité de coordonner l’utilisation de plusieurs satellites optiques ou radar pour augmenter la fréquence des prises de vue. La seule restriction concerne les heures de passages : les satellites optiques héliosynchrones passent tous à peu près à la même heure locale au-dessus d’un lieu donné (par exemple, 10h30 UTC au-dessus de l’équateur pour Spot). Il n’est pas possible par exemple avec les satellites optiques existants d’avoir une image à 18h30.

Les satellites radar permettent d’acquérir des images même si les sites d’intérêt sont masqués par les nuages. L’interprétation des images radar, très différentes de ce que l’œil humain a l’habitude de voir, est plus complexe mais, pour certaines régions du monde, cette possibilité de voir à travers les nuages est déterminantes.

Il ne faut pourtant pas penser que les satellites font tout… Par exemple, ils ne voient pas à l'intérieur des bâtiments et ne permettent pas, même avec la meilleure résolution disponible, de décrire précisément les objets les plus petits. Ils constituent une source d’information parmi d’autres, parfois essentielle ou unique. C’est souvent le recoupement ou l’association de ces sources d’information qui permet de se faire une bonne idée de ce qui se passe sur le terrain ou de prendre une décision en connaissance de cause.

Dans le cas du dernier rapport de l’AIEA, la presse mentionne dix éléments principaux accréditant l’existence d’un programme nucléaire militaire :

1) Le plan AMAD dirgié par Mohsen Fakhrizadeh et le bureau Orchidée, 2) des plans d’armes atomiques transmis par le scientifique pakistanais A. Khan, 3) les travaux sur les détonateurs EBW (Exploding Bridgewire), 4) des essais de charges explosives hémisphériques, 5) une formation aux techniques de déclenchement de charges fortement explosives, 6) la réalisation de tests hydrodynamiques dans une grande enceinte de confinement pour explosifs, 7) la modélisation de la réaction d’un engin nucléaire à une forte compression, 8) la réalisation d’expériences sur la génération de neutrons, 9) le « projet 111 » de réalisation de tête de missile et 10) des travaux préparatifs à un essai nucléaire.

En première analyse, on peut imaginer que les points 6) et 10) peuvent être directement le résultat d’observations provenant de satellites civils ou militaires. Les autres indices sont plutôt obtenus par d’autres formes de renseignement.

 

La surveillance des sites nucléaires iraniens par les satellites d’observation civils

Les illustrations ci-dessous présentent des exemples d’images fournies par les satellites d’observations commerciaux européens ou américains. Elles sont accessibles directement et publiquement sur les sites internet des opérateurs des différents satellites. Vous imaginez certainement que les satellites militaires européens (Hélios 2 ou Sar Lupe) ont également été mis à contribution.

Sur le plan pédagogique, l’intérêt est de montrer la manière dont ces satellites commerciaux, vraisemblablement en complément des satellites militaires, ont été utilisés par les experts de l’AIEA et d’autres organismes spécialisés pour diversifier les sources d’informations et croiser les renseignements.

Un autre aspect intéressant est le travail en classe sur la crédibilité et la vérification d’une information. L’exemple des armes de destruction massive en Irak doit inciter à beaucoup de prudence dans les conclusions qu’on peut tirer d’un document ou d’une image. Le recoupement des informations, l’exploitation de plusieurs sources indépendantes sont des précautions essentielles à prendre avant de tirer les conclusions…

La carte que j’ai produite avec Google Earth permet de situer les principaux sites nucléaires iraniens.

 

Arak : usine de production d'eau lourde

 

GeoEye---Iran---Arak---17-02-2005.jpgImage du site d'Arak acquise par le satellite GeoEye le 17 février 2005.
Crédit image : GeoEye.

 

Bushehr : centrale nucléaire


Astrium-Services-Go-Monitoring---Formosat-2---Bushehr---21-.jpgAnalyse d’une image satellite de la centrale nucléaire de Bushehr acquise par le satellite Formosat-2
le 21 août 2010. Résultats fournis par le service « Go Monitoring » d’Astrium GEO-Information Services.
Crédit image : Astrium Services

 

Ispahan (Esfahan) : usine de conversion d'uranium


Spot-Image---Formosat-2---Esfahan---14-aout-2005.jpgImage du site d'Ispahan acquise le 14 août 2005 par le satellite Formosat-2. La résolution est de
deux mètres.
Copyright : NSPO - Distribution Astrium Services / Spot Image

 

Natanz : usine d'enrichissement d'uranium


natanzfigure2.jpg natanzfigure3.jpg natanzfigure4.jpg

Le site de Natanz en Iran. Série de 3 images acquises en février 2003 par Digital Globe et annotées par les experts d'ISIS. Crédit image : ISIS / Digital Globe.

 

Qom : usine d'enrichissement d'uranium

 

Digital Globe - Qom - Janvier 2009 - Extrait Digital-Globe---Qom---27-09-2009---Extrait.jpg

Deux images du site de Qom acquises par Digital Globe en janvier et septembre 2009.
L'évolution des travaux est nettement visible. Crédit image : Digital Globe

 

En savoir plus :

 


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  • Ingénieur dans le domaine de l'observation de la Terre.
Bénévole de l'association Planète Sciences Midi-Pyrénées
  • Ingénieur dans le domaine de l'observation de la Terre. Bénévole de l'association Planète Sciences Midi-Pyrénées

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