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4 mai 2011 3 04 /05 /mai /2011 15:42

Le président Barack Obama a annoncé la nouvelle dans la soirée du 1er mai 2011 : Oussama Ben Laden a été tué au cours d’une attaque des forces spéciales américaines, à Abbottabad, une ville de 120000 habitants à environ 80 kilomètres au nord d’Islamabad, la capitale du Pakistan, à proximité de la frontière nord-est avec l’Afghanistan.

Depuis le début de la semaine, c’est l’évènement qui mobilise les médias dans le monde entier, avec chaque jour des nouvelles informations sur la préparation et le déroulement supposé de l’opération, des démentis et des analyses… Il faut certainement se donner un peu de temps pour voir apparaître une image plus nette de ce qui s’est passé.

Les américains renoncent à publier des photographies de la dépouille de Ben Laden. John Brennan, le responsable de la lutte anti-terrorisme, a également annoncé que l’opération aurait été suivie en direct par Obama et ses conseillers grâce à une caméra fixée sur le casque d’un membre du commando d’une quarantaine de Navy Seals qui ont localisé puis attaqué la résidence.

Les images reprises ici proviennent d’une autre caméra, celle d’un satellite d’observation de la Terre : la société Digital globe a publié aujourd’hui sur son site une série d’images satellites prise respectivement en juin 2005 et en janvier 2011 couvrant la ville d’Abbottabad et où on voit notamment le complexe où aurait résidé Oussama Ben Laden, ainsi que l’évolution des lieux.

 

Tourner l'apache : la fin de Geronimo et la chute d'un nouveau faucon noir

Il y a également une image acquise par le satellite GeoEye le 2 mai, le lendemain du raid. Je ne suis pas un spécialiste de photointerprétation et il est difficile de dire si on voit ou non des débris d'hélicoptère ou des traces de combustion. Il semble qu'un hélicoptère de type Black Hawk (ou plutôt une version modifiée, plus discrète ?) ait été perdu au cours de l'opération et la carcasse aurait été brûlée par sécurité par le commando américain. Nettoyage imparfait apparemment...

 

Cela commanche quand ?

Selon les informations communiquées par la gendarmerie, la résidence de Ben Laden au Pakistan a été identifiée en août 2010, il y a plus de 8 mois, en suivant un messager d'Oussama Ben Laden. Cela paraît long... mais les repérages, y compris avec des satellites, ont du être minitieux. On dit même qu'une réplique du bâtiment a été construite pour répéter l'opération... Est-ce que qu'on verra un jour cette réplique (construite sur le camp alpha de la base aérienne de Bagram en Afghanistan) sur une image satellite ? L'opération commando aurait été approuvée le 29 avril par Barack Obama. Une option de bombarder la résidence avait également été étudiée.

C'est vers 1 heure du matin (heure locale) que l'attaque a du commencer... Un blogueur paskistanais habitant à Abbottabad, Sohaib Athar, qui se présente sur Twitter sous le nom "reallyvirtual", a suivi l'opération sans se douter tout de suite de ce qui se passait. Il a été dérangé par le bruit des hélicoptères. Voici ses trois premiers tweets sur le sujet :

"Helicopter hovering above Abbottabad at 1AM (is a rare event)"

"Go away helicopter - before I take out my giant swatter :-/"

"A huge window shaking bang here in Abbottabad Cantt. I hope its not the start of something nasty :-S"

 Sohaib Athar avait visiblement une tapette à mouches (swatter) de course...

 

Les images d’Abbottabad du 15 janvier 2011 :

 

Digital Globe - Abbottabad - detaill - 15-01-2011Extrait d'une image acquise le 15 janvier 2011 par le satellite Worldview. Cliquer sur l'image pour
la voir en grande taille. Crédit image : Digital globe

 

Digital-Globe---Abbottabad---Extrait---15-01-2011.jpgL' image complète acquise le 15 janvier 2011 par le satellite Worldview . La résolution est réduite
par rapport à l'image d'origine. Cliquer sur l'image pour la voir en grande taille.
Crédit image : Digital globe

 

Les images d’Abbottabad du 15 juin 2005 :

 

Digital-Globe---Abbottabad---detail--15-06-2005.jpgExtrait d'une image acquise le 15 juin 2005 par le satellite américain Quickbird. Cliquer sur l'image
pour la voir en grande taille. Crédit image : Digital globe

 

Digital-Globe---Abbottabad---15-06-2005---RR.jpgL' image complète acquise le 15 juin 2005 par le satellite Quickbird. La résolution est réduite
par rapport à l'image d'origine. Cliquer sur l'image pour la voir en grande taille.
Crédit image : Digital globe

 

Les images du 2 mai 2011 :

 

GeoEye---Abbottabad---Extrait---02-05-2011.jpgExtrait d'une image acquise le 15 juin 2005 par le satellite américain GeoEye. Cliquer sur l'image
pour voir l'image complète. La résolution est réduite ici d'un rapport 2,5 environ par rapport à
l'image publiée par GeoEye. Crédit image : GeoEye

 


Quelques commentaires sur le rôle des satellites dans le domaine de la sécurité et du rensiegnement :

  • Tout d'abord, il a beaucoup d'idées fausses sur les caractéristiques et les performances des satellites d'observation. Hollywood et les fims d'action contribuent à les entretenir auprès du grand public et parfois des professionnels qui ne connaissent pas ces outils.
  • Un mythe très fréquent est la possibilité de filmer en continu un lieu ou un véhicule qui se déplace. En pratique, il est difficile de concilier très haute résolution et permanence de l'observation. Les satellites d'observation à haute résolution sont sur des orbites relativement basses (500 à 800 km d'altitude) et tournent en permanence autour de la Terre sur des orbites quasi-polaires. En faisant un tour complet en 100 minutes par exemple, un tel satellite, héliosynchrone, ne couvre un point précis du globle que pendant quelques secondes. Les satellites les plus récents, comme le satellite français Pléiades qui sera lancé prochainement, ont une qualité intéressante, l'agilité : ils orientent leur télescope de manière très dynamique, par exemple pour suivre un trait de côte ou couvrir en un passage une zone plus étendue que la fauchée d'une image.
  • Il y a des projets futurs de satellites géostationnaires à haute résolution, qui auraient donc l'avantage de l'observation depuis un point apparemment fixe. Actuellement les satellites météorologiques géostationnaires ont des résolution de l'ordre de 500 mètres à 1 kilomètre. Pour les systèmes futurs à plus haute résolution, on parle de résolution de 10 à 20 mètres depuis l'orbite géostationnaire, voire mieux, tout en sachant que la résolution se dégrade avec la latitude quand on s'éloigne de l'équateur (à cause de la rotondité de la Terre). Les questions de faisabilité concernent le diamètre du télescope (donc de la fusée qui l'emporte) et la stabilité de pointage de la plateforme.
  • En pratique, actuellement, le moyen d'augmenter le temps d'observation d'un site particulier consiste à multiplier les satellites et à faire ainsi appel à des constellations virtuelles. C'est cette méthode qui est retenue par exemple dans GMES pour le service de réponse aux situations d'urgence (voir sur ce blog les articles sur le service GMES SAFER). Dans un avenir proche, c'est l'orbite basse qui reste la meilleure option pour augmenter la résolution.
  • C'est également la raison pour laquelle les militaires qui possèdent leurs propres satellites d'observation (en Europe, Helios ou Sarlupe par exemple, aux Etats-Unis les satellites opérés par le National Reconnaissance Office, qui célèbre ses 50 ans et qui a encore lancé un nouveau satellite le 14 avril depuis la base de Vandenberg en Californie (fusée Atlas V) travaillent aussi beaucoup avec des fournisseurs d'images de satellites civils nationaux ou commerciaux.
  • Là encore, la doctrine américaine est assez impressionnante : leur agence spécialisée, la NGA (National Geospatial-Intelligence Agency) a signé mi-2010 deux gros contrats cadres aux sociétés Digital Globe et GeoEye. Plusieurs milliards d'Euros sur 10 ans : cela aide pour faire des prix compétitifs sur le marché international... Les fournisseurs d'images européens ne bénéficient pas du même avantage.
  • En complément des satellites, les drones, un fois un site d'intérêt identifié, sont une bonne solution pour une observation répétée.
  • Il faut également avoir en tête les "synergies" entre les domaines de la sécurité, de la gestion des crises, etc : il est possible par exemple qu'une partie des images d'archives publiées ici aient été acquises par exemple lorsque les satellites avaient été activés après le temblement de Terre au Pakistan en octobre 2005 (Cachemire). La ville d'Abbottabad avait été touchée.
  • Dernier point, un autre mythe est la lecture des plaques d'immatriculation des voitures... La résolution des satellites est insuffisante et, surtout, les satellites prennent des images dans une direction verticale ou assez verticale. tant que les plaques d'immatriculation ne seront pas sur le toit des voitures, les meilleurs satellites ne pourront pas traquer les chauffards. N'en profitez-pas pour adopter une conduite dangereuse : il y a toujours les radars au bord de la route...

 

En savoir plus :

 

 

 

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A Propos De L'auteur

  • Gédéon
  • Ingénieur dans le domaine de l'observation de la Terre.
Bénévole de l'association Planète Sciences Midi-Pyrénées
  • Ingénieur dans le domaine de l'observation de la Terre. Bénévole de l'association Planète Sciences Midi-Pyrénées

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