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12 juillet 2010 1 12 /07 /juillet /2010 23:30

Le 20 avril dernier, l’explosion de la plateforme pétrolière Deepwater Horizon causait la mort de 11 personnes et était à l’origine de la plus importante catastrophe pétrolière ayant touché les Etats-Unis, mettant en péril les écosystèmes (faune, flore) et l’activité économique de la région, en particulier la pêche et le tourisme. Les médias en parlaient moins ces dernières semaines mais la fuite de pétrole continue et la marée noire est loin d’être contenue.


« Top hat 10 » : un nouveau dispositif pour pomper la totalité de la fuite

Près de 3 mois après le début de la marée noire dans le Golfe du Mexique à proximité des côtes de Louisiane, la compagnie britannique BP a retiré le dôme placé le 4 juin dernier et installé lundi 12 juillet un nouvel entonnoir censé absorber la totalité du pétrole provenant de la fuite. Selon les autorités américaines, le débit de la fuite est compris entre 6 à 10 millions de litres de pétrole par jour.

Les essais d’étanchéité vont maintenant démarrer mais il faudra plusieurs jours pour vérifier l’efficacité du dispositif. Ce nouveau système doit évacuer la totalité du brut vers les navires de dépollution opérant en surface. Même si les conditions météo sont actuellement favorables, l’échec des tentatives précédentes incite à la prudence.

 

Une armada d’écumoires…

Si tout se passe bien, un nouveau navire arrivé sur la zone, le "Helix Producer", devrait commencer le pompage lundi. Sa pleine capacité de pompage (environ 3,8 millions de litres par jour) sera disponible après quelques jours. L’image ci-dessous acquise le 15 juin par le satellite américain WorldView-2 de la société Digital Globe montre les barrages flottants et la flotte de navires nettoyeurs, les skimmers (littéralement, les « écrémeurs »).

DG 15-06-2010

Image acquise le 15 juin 2010 par le satellite WorldView-2 (Crédit image : Digital Globe)

Près de soixante-dix navires, dont 46 skimmers, sont sur place autour du puits : c’est la plus forte concentration jamais vue sur une même zone. Les systèmes d’identification automatique (AIS) permettent de les localiser, comme le montre la copie d’écran ci-dessous provenant du système d’information géographique sur Internet mis en place par le gouvernement américain. Plusieurs opérations de "combustion contrôlée" sont également menées simultanément et expliquent les panaches de fumée visibles sur les images. Selon le CEDRE, à la date du 30 juin, 275 opérations de brûlage avaient été réalisées, dispersant dans l'atmosphère environ 38 000 m3 d'hydrocarbures. Cette solution présente l’inconvénient majeur de générer d’épaisses fumées très polluantes et de laisser des résidus flottants.

 

ERMA - 13-07-2010 - 1

ERMA---13-07-2010---2.jpgDeux copies d'écran du système d'information géographique ERMA centralisant l'ensemble des
informations sur les opérations de lutte contre la marée noire dans le golfe du Mexqiue.
En haut, zoom sur la zone du puits avec les positions AIS des navires et la prévision de trajectoire
de la nappe. En bas, identification des zones critiques du point de vue environnemental sur un fond image MODIS. Cliquer sur les images pour les agrandir (crédit image :
www.geoplatform.gov/gulfresponse )


La marée noire toujours visible par les satellites d’observation :

Comme l’illustre cette image acquise le 11 juillet par le capteur MODIS du satellite de la NASA AQUA, la nappe de pétrole reste visible depuis l’espace : une tâche brillante est située au sud-est du delta du Mississippi, à côté de la source de la fuite d’hydrocarbure. Ces sont les reflets du soleil et la réflexion spéculaire, un peu comme celle d’un miroir, Le pétrole huileux rende la surface de l’eau plus lisse, modifiant la manière dont la lumière est absorbée ou réfléchie et rendant la surface apparemment plus claire. Néanmoins, cet effet dépend beaucoup de l’angle solaire et de l’angle d’observation du satellite et n’est pas, à ce stade, un moyen fiable de cartographier l’étendue de la pollution. Selon les jours, il est plus ou moins visible.

extrait-MODIS---AQUA---500m---12-07-2010.jpgExtrait d'une image MODIS acquise par le satellite AQUA de la NASA. La résolution au sol est
de 500 mètres. On voit les reflets correspondant à la nappe de pétrole autour du puits et la large
zone très brillante en bas de l'image correspondant à l'effet de miroir sur la surface de l'eau ("Sun glint")
lié à l'angle solaire et à l'angle d'observation. (Crédit image : NASA/GSFC, MODIS Rapid Response)


D’autres sources d’informations et moyens d’observation sont indispensables. En particulier, la connaissance de l'état de la mer en surface et en profondeur et la prévision de l'évolution de cet état sont des informations précieuses pour la conduite des opérations. L'illustration ci-dessous, produite par Mercator-Océan le mercredi 7 juillet, montre la prévision de courant de surface, obtenue par modélisation, pour le 13 juillet (la résolution de la carte est de 1/12 de degré). Cette carte met en évidence dans le golfe du Mexique le "loop current" qui se prolonge par le Gulf Stream.

 

Mercator---Prevision-courant---13-07-2010-copie-1.pngCarte de prévision de courant de surface pour la journée du 13 juilet 2010 produite le 13 juillet par Mercator-Océan (Crédit image : Mercator-Océan)

 

Querelles de gros sous entre pollueurs et la question de la valeur de l’environnement

Selon une annonce de BP rapportée lundi par l’agence de presse AP, la lutte contre la marée noire dans le golfe du Mexique a déjà coûté 2,7 milliards d'euros. BP aurait reçu à ce jour 105.000 demandes d’indemnisation.

BP cherche à faire prendre en charge une partie des coûts de la catastrophe par ses partenaires : la compagnie Anadarko Petroleum, qui possède 25% du puits, est en conflit ouvert avec BP et a refusé tout versement. Selon Anadarko, « this tragedy was preventable and the direct result of BP's reckless decisions and actions… BP operated unsafely and failed to monitor and react to several critical warning signs during the drilling of the Macondo well. BP's behavior and actions likely represent gross negligence or willful misconduct… » BP réclame également 112 millions de dollars à la société Mitsui Oil Exploration Co qui possède également 10% du puits. Bref des procès en vue...

Entre le 20 avril et le 25 juin, l’action BP a perdu plus de la moitié de sa valeur en passant de 655 à 304 pence. Le 12 juillet, l’action cotait à Londres 399 pence. Est-ce que les enseignements tirés de cette catastrophe suffiront à faire évoluer la manière dont les acteurs économiques et politiques prennent en compte le coût de l’environnement dans le ? Espérer un progrès dans ce domaine est peut-être naïf mais serait un beau résultat de l’année internationale de la diversité biologique...

 

Sources utilisées :

 

En savoir plus :

 

Suggestions d’utilisation pédagogiques en classe :

  • Travail sur l’optique, les miroirs, les angles de réflexion et les propriétés optiques des différents matériaux. Expériences en classe.
  • Travail sur un SIG sur Internet en utilisant la plateforme ERMA.
  • Etude bibliographique sur les systèmes de surveillance maritime, de contrôle des pêches et de location de navires (AIS, LRIT, radars côtiers).
  • Des liens et des ressources pédagogiques sur la marée noire sur le site Eductice de l'INRP.
  • Voir également les autres articles publiés sur le même sujet sur le blog « Un autre Regard sur la Terre ».

 

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commentaires

Ludovic SIOU 15/07/2010 00:27


Cette photo est intéressante, mais ne connaissant par coeur ;) la zone concernée, j'ai du mal à la situer sur un planisphère et donc évaluer approximativement, la couverture huileuse qui tâche le
golfe du Mexique. Ne serait-il pas possible d'avoir une vue moins agrandie pour que l'on se fasse une idée ? (même sans la tâche de pétrole).


Ludovic SIOU 15/07/2010 00:25


Bonjour,

Je pense qu'il pourrait être intéressant de rappeler, dans le cadre de cette catastrophe, à quel équivalent "Amoco Cadiz" par exemple, ces rejets correspondent, ou simplement combien de
super-pétroliers auraient pu être remplis par tout ce qui a déjà été déversé dans l'océan.
Les chiffres que l'on annonce (800 000 l/jour, voire 2 millions) n'expriment pas grand chose pour le profane que je suis.

Cordialement,

Ludovic Siou


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  • Ingénieur dans le domaine de l'observation de la Terre.
Bénévole de l'association Planète Sciences Midi-Pyrénées
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