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12 octobre 2010 2 12 /10 /octobre /2010 11:23

Le 19 décembre 1961, le général de Gaulle signe la loi créant le CNES (Centre National d’Etudes Spatiales). Le décret d’application, rédigé par Michel Bignier, est daté du 10 février 1962. Nommé à partir du 1er mars, le général Robert Aubinière devient le premier directeur général du CNES. Il le restera dix ans. Jacques Blamont prend la direction scientifique et technique et Michel Bignier celle des affaires internationales. La même année, c'est également la création de l’ANCS (Association Nationale des Clubs Scientifiques) qui deviendra plus tard l’ANSTJ (Association Nationale Sciences Techniques Jeunesse) puis, en 2002, Planète Sciences.

 

« Dès sa fondation, le CNES s’est efforcé d’amener progressivement l’industrie nationale à accroître sa compétence… Le CNES devait éviter de concurrencer le secteur privé en construisant lui-même les matériels qui lui étaient nécessaires »  

(Robert Aubinière)

 

Le siège est à Paris, rue de l’université puis rue La Pérouse. A partir d’octobre 1962, la direction scientifique et technique s’installe à Brétigny.

 

Le manège enchanté d’Astérix sur son orbite

Le 26 novembre 1965, c’est le lancement du premier satellite français A1 par une fusée Diamant-A à partir de la base d’Hammaguir (Algérie). « A1 » (A pour Armées), un nom très original choisi par les responsables du projet. A cause d’un ressort d’éjection présenté en conférence de presse, les médias le baptisent Zébulon. Le nom déplaît aux autorités qui trouvent d’urgence un nom de substitution : « Astérix ». L’honneur gaulois est sauf…

lancement-A1---Astrium.jpg

26 novembre 1965 : lancement de la fusée Diamant-A qui emporte le satellite A1 "Astérix".
Copyright ECPA / EADS Launch Vehicles / DS03899 (11/65)

 

 La confirmation de la mise en orbite a été l'occasion d'une course entre les français et les américains. 16 minutes après le lancement, à partir des données (azimut, site, distance) du radar Aquitaine de Colomb Bechar, l'équipe du centre de calcul de Brétigny confirme que l'orbite est proche de l'orbite nominale. Seules les données radar ont été utilisées : la mesure du saut doppler n'est pas utilisable en rasion d'une défaillance de l'émetteur. De leur côté, les Américains détectent deux objets en orbite, l'un à la suite de l'autre. Explication : le second objet satellisé est une clé de 8, oubliée par un technicien à l'intérieur de la coiffe lors de l'intégration au lanceur... Cela ne s’invente pas !

Pour mémoire, en janvier 1965, Goscinny et Uderzo publient le 5ème album des aventures d'Astérix : "Le tour de Gaule d'Astérix". En novembre, Astérix faisait le tour de la Terre...

 

Le choix du premier satellite semble avoir été difficile, avec une rivalité entre le ministère des armées (favorable au lancement de A1 construit par la société Matra) et le CNES (qui souhaitait lancer le satellite D1). Aujourd’hui, les traces de ce débat restent bien présentes : Sur la plupart des documents du CNES, le satellite A1 est décrit par les équipes qui ont participé au projets D1 comme une simple capsule technologique.

 

La décision de créer un centre spatial à Toulouse

Les premières décisions à l’origine de la création du Centre Spatial de Toulouse datent en fait de 1955 avec un décret favorisant la décentralisation en provinces des organismes scientifiques et techniques. En avril 1960, le conseil des ministres fait de Toulouse un pôle aéronautique, avec le transfert de l’Ecole Nationale Supérieure Aéronautique et de l’Ecole Nationale de l’Aviation Civile. C’est en juillet 1963 qu’un comité interministériel d’aménagement du territoire décide que les extensions du CNES se feront à Toulouse. La décision est loin de faire l’unanimité et est jugée prématurée. Le CNES, créé moins de deux années plus tôt, compte à peine une centaine d’agents. Aucun contrat de travail ne fait mention d’une possible mutation à Toulouse. Il y avait d'autres candidats...

« Bordeaux avait la SEP, Bordeaux avait les avions Dassault, donc la vocation de Bordeaux était aussi aéronautique et spatiale. Il se trouve que le maire de Toulouse, qui était Pierre Baudis à cette époque-là, s'est beaucoup plus intéressé aux projets que Jacques Chaban-Delmas qui avait alors d'autres affaires en tête. Il visait à être premier ministre et il s'occupait de sa ville de moins près que Pierre Baudis. Pierre Baudis a fait des conditions très avantageuses pour l'achat du terrain, pour l'aide de la ville, pour la participation aux écoles, pour la participation pour tout, pour l'installation des gens. Pour le général Aubinière et moi, le choix de Toulouse s'imposait »

( Michel Bignier)

 

A l’époque, aller à Toulouse, c’était pratiquement l’exil, loin du tissu industriel de Brétigny. « Y a-t-il un lycée à Toulouse ? » fut une des premières questions posées par un agent du CNES à Pierre Chiquet, premier directeur du CST, à l’occasion d’une réunion présentant les avantages d’un déménagement à Toulouse.

 

La construction de CST et le démarrage des activités spatiales à Toulouse

Le centre de Toulouse est officiellement créé le 1er mars 1968. « Pour occuper le terrain et faire patienter le gouvernement et les autorités régionales », la division Ballons (dont le centre de lâchers était déjà à Aire-sur-l’Adour), avec 35 personnes, fut la première à être transférée en septembre 1968. La division des fusées-sondes la rejoint à l’automne 1969, suivie de la division satellites à l’été 1971. Le déménagement du centre d’essais de la Sopeméa de Bretigny à Toulouse prendra deux ans. Les effectifs passent de 230 au 1er juillet 1970 à 700 au 1er juillet 1972.

« De l’espace pour la Terre » : c’est le slogan actuel du CNES. A l’époque, on aurait pu dire « De la terre pour l’espace », si on se réfère à la photographie du terrain dont prend possession Michel Deschamps (un nom prédestiné ?), premier décentralisé, en 1966 :

« Lorsque nous sommes arrivées sur le futur site du CST, ce n’étaient que des terres agricoles avec de grandes fermes. Nous vivions dans une « villa » construite par l’un des fermiers…
Il n’existait qu’un seul accès, le chemin de Payssac qui nous reliait à Montaudran.
»

(Mme Deschamps)

 

P12585.jpg

Photo du futur emplacement du CST en 1965. On voit le canal bordé par les arbres et les pistes de Montaudran. Le reste a un peu changé… En haut à droite, Il reste des terrains pour le futur site de
Matra Espace. Copyright CNES, 1965

 

P12578.jpgInauguration du CST le 29 octobre 1973 par Jean Charbonnel, ministre du développement industriel et scientifique. Copyright CNES, 1973

 

P14455.jpgVue aérienne du Centre spatial de Toulouse en juin 1975. Copyright CNES, 1975

 

La dernière photo a été prise en 2004. Elle montre le CST pratiquement dans sa configuration actuelle. On voit très bien le sol martien du SEROM au premier plan. Difficile de retrouver la première photo de cet article…

 

P30513

Le site du CST photographié en 2004. Copyright CNES/ Eric et Marjorie SOULE DE LAFONT, 2004

 

En 1998, Planète Sciences Midi-Pyrénées, à la demande d’Yves Trempat, participe à l’anniversaire des 30 ans du CST en organisant un grand village d’animation pour les enfants du personnel. L’expérience, est un succès et sera renouvelée en décembre 2008, sous la direction de Marc Pircher.

PSMP---30-ans-CST---CNES.jpgLe village d’animation organisé par Planète Sciences Midi-Pyrénées en octobre 1998 au moment
où le CST fête ses trente ans. Crédit photo : Gédéon / Planète Sciences Midi-Pyrénées.

 

Un des prochains articles retracera la petite histoire du CNES à Toulouse, illustrée par des photographies et des témoignages des principaux acteurs. Les dates retenues sont des événements liés à l’observation de la Terre et aux applications de l’espace. Cet article fait partie d’une série préparée pour la Novela 2010 sur le thème "mémoire, mémoires" et « souvenirs du temps jadis » image gallery

 

Sources utilisées :

Les textes en italique et en couleur bleue sont des citations extraites des documents de référence suivants :

  • "Les trente premières années du CNES", de Claude Carlier et Marcel Gilli, éditions La documentation française.
  • "1968 – 1998, le Centre Spatial de Toulouse a 30 ans : témoignages", édité par le CNES en 1998.
  • L'actualité du CNES dans les anciens numéros de la revue Espace Information.
  • Le site Internet "Nos premières années dans l'espace", animé par Michel Taillade.
  • Une histoire orale de l’Europe spatiale, sur le site Internet de l’Agence Spatiale Européenne (ESA).

 

En savoir plus :

 

Suggestions d'utilisations pédagogiques en classe :

  • Les activités espace de l'association Planète Sciences.
  • Les ressources pédagogiques pour les enseignants sur le site du CNES.
  • En classe, travaux pratiques et expériences sur l'effet doppler (avec des fréquences audio) pour la mesure de vitesse et de position (un principe également utilisé sur les balises Argos) et sur l'orbitographie.

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GG 13/10/2010 17:22


La clé de 8 en orbite, c'est vrai ?


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  • : Un autre regard sur la Terre
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  • : Les satellites d'observation de la Terre au service de l'environnement : images et exemples dans les domaines de l'environnement, la gestion des risques, l'agriculture et la changement climatique. Et aussi, un peu d'espace et d'astronomie, chaque fois que cela suscite questions et curiosité...
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A Propos De L'auteur

  • Gédéon
  • Ingénieur dans le domaine de l'observation de la Terre.
Bénévole de l'association Planète Sciences Midi-Pyrénées
  • Ingénieur dans le domaine de l'observation de la Terre. Bénévole de l'association Planète Sciences Midi-Pyrénées

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