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15 novembre 2013 5 15 /11 /novembre /2013 19:48

Pleiades - Typhon Haiyan - Tacloban - Philippines - DégatsLes dégâts du typhon Haiyan vus par le satellite Pléiades.
A gauche, image d’une partie de la région de Tacloban prise le 7 avril 2013 à 2h10 UTC.
A droite, image acquise après le passage du typhon le 13 novembre 2013 à 2h17 UTC.
Crédit image 2013 CNES – Distribution Astrium Services / Spot image.
 
Apocalypse
Le typhon Haiyan, alias Yolanda ou 31W, avec ses rafales à plus de 315 km/h, va rester longtemps dans les mémoires : équivalent à un ouragan de catégorie 5 sur l’échelle de Saffir-Simpson, c’est une des plus violents typhons enregistrés.
C’est la ville de Tacloban qui semble la plus touchée.
Une semaine après la catastrophe, les chiffres et les bilans fluctuent beaucoup selon les estimations. Après avoir évoqué le nombre de 10000 morts pour la seule ville de Tacloban, le gouvernement philippin a publié vendredi 15 un nouveau bilan provisoire faisant état de 3621 victimes. Pour sa part, l’ONU, par l’intermédiaire de son bureau de coordination des affaires humanitaires (OCHA), évoque un chiffre d’au moins 4 460 morts. Pour le gouvernement, 1 140 personnes sont officiellement portées disparues. De son côté, la Croix-Rouge estime le nombre des disparus à 22 000. La géographie du pays avec des nombreuses îles et les difficultés d’accès à de nombreuses zones reculées expliquent au moins en partie la difficulté à établir un bilan.
Quel que soit le chiffre définitif, le typhon a durement touché la population : selon l’ONU, il y a plus de 540000 sinistrés. Près de 12 % de la population des Philippines est directement affectée par la catastrophe. La porte-parole de l'UNICEF s'est déclarée « très inquiète par le sort de millions d'enfants ».
 
Les dégâts vus par les satellites
Juste après les images impressionnantes de satellites météorologiques, les premières images des satellites d’observation à haute résolution sont tombées et confirment l’importance des dégâts et des conséquences pour la population.
Les reportages sur place nous ont montré des images des destructions faisant davantage penser à un tsunami, un tremblement de terre ou une tornade. Ces images satellites le confirment en donnant un point de vue différent et une vision plus globale.
Les images présentées ici proviennent du satellite Pléiades. D’autres satellites, américains ou européens, ont également été immédiatement programmées pour acquérir des images des zones touchées par le typhon. Reprises par les médias, elles permettent au grand public de prendre de l’ampleur de la catastrophe.
 
Satellites à la rescousse : Copernicus et la charte Internationale « Espace et catastrophes majeures »
Néanmoins, leur fonction principale est beaucoup plus opérationnelle : il s’agit de fournir la matière première aux équipes spécialisées en cartographie rapide. Celles-ci produisent en urgence des cartes d’estimation des dégâts transmises aux équipes d’intervention afin de les aider à organiser les opérations de secours. C’est très important pour utiliser au mieux l’aide internationale qui s’organise, même si celle-ci arrive toujours trop lentement pour les populations concernées.
Plusieurs articles du blog Un autre regard sur la Terre ont déjà abordé cette contribution des satellites d’observation, que ce soit du point de vue technique ou des organisations mises en place en Europe ou à l’échelle internationale.
Au moins deux dispositifs ont été activés après le passage du typhon Haiyan.
  • Le service européen de cartographie d’urgence (« Emergency Mapping Service ») mise en place dans le cadre du programme Copernicus (anciennement GMES). J’ai évoqué à plusieurs reprises le programme SAFER qui a servi à préfigurer l’organisation opérationnelle de ce service.
  • La Charte internationale « Espace et Catastrophes Majeures » qui fournit gratuitement des images satellites aux pays victimes de catastrophes naturelles. Créée en 2000 par le CNES et l’ESA (Agence Spatiale Européenne), elle regroupe aujourd’hui 15 agences spatiales signataires.
Dans les deux cas, l’enjeu est de mettre en place une coordination d’un vaste réseau de satellites d’observation permettant d’obtenir le plus vite possible des images des région sinistrées. C’est le nombre de satellites disponibles en orbite basse qui permet de s’affranchir des contraintes des lois de Kepler : un satellite unique peut être loin de la zone d’intérêt. En les multipliant, on augmente la probabilité d’une acquisition rapide et on réduit le délai d’attente.
 
24h/24, 365 jours par an : les équipes de cartographie rapide
Une fois les images acquises commence le travail de cartographie rapide. Pour le mener à bien, il est souhaitable d’avoir une image de référence acquise avant la catastrophe pour faciliter le travail des photo-interprètes. Plusieurs équipes européennes, comme par exemple celles du SERTIT (Université de Strasbourg) ou du DLR ZKI (Centre de gestion de crise de l’agence spatiale allemande), sont spécialisées dans ce type de cartographie très particulière
Les trois illustrations suivantes sont des exemples de cartes produites dans le cadre de la Charte Internationale « Espace et catastrophes majeures » du service Copernicus « Emergency Mapping » après la passage du typhon Haiyan. D’autres cartes (en particulier des versions en plus grand format) sont consultables sur les sites listés à la fin de cet article. Si vous êtes enseignant, je vous recommande de travailler avec vos élèves sur les légendes et les commentaires des cartes.
 
Typhon Haiyan - Philippines - SERTIT - Charte internationalTyphon Haiyan - Philippines - Carte des dégats - DLR-ZKI-DTyphon Haiyan - Philippines - Copernicus - Emergency mappinTrois exemples de cartes produites dans le cadre de l’activation de la charte internationale et
du service européen Copernicus après le passage du typhon Haiyan. En haut, carte produite,
par le SERTIT (Université de Strasbourg). Au milieu, carte produite par le DLR-ZKI. En bas,
couple de cartes (carte de référence, carte des dégâts) produit par le
service Copernicus Emergency Mapping.
 
Pourquoi activer deux dispositifs d’urgence ?
Comme pour d’autres catastrophes de grande ampleur, les superficies touchées par Haiyan sont très vastes. Les cartographier de manière détaillée demande un nombre élevé d’images à haute résolution : alors que le typhon a balayé une zone de 400 kilomètres de largeur, une seule image satellite à très haute résolution ne couvre qu’un petit carré de 10 à 20 kilomètres de côté. La couverture nuageuse complique aussi le travail d’acquisition d’images optiques exploitables.
Je ne sais pas s’il existe un mécanisme de répartition des tâches entre les deux dispositifs (charte internationale, Copernicus).
 
Pleiades - Haiyan - Tacloban - Philippines - 07-04-2013 Pleiades - Haiyan - Tacloban - Philippines - 13-11-2013 
Deux extraits des images du satellite Pléiades acquises le 7 avril 2013 à 2h10 UTC et le 13 novembre
2013 à 2h17 UTC, avant et juste après le passage du typhon Haiyan.
Copyright CNES – Distribution Astrium Services / Spot Image.
 
Les images des satellites Pléiades ont été acquises dans le cadre de l’activation de la charte Internationale. Le système Pléiades est composé de deux satellites optiques à très haute résolution identiques : Pléiades-1A lancé le 17 décembre 2011 et Pléiades-1B lancé le 1er décembre 2012. Ce système a été développé sous la responsabilité du CNES. Il a été construit par Astrium Satellites et est opéré par Astrium GEO-Information Services.
Ce sont des images d’origine américaine fournies par la société Digital Globe qui ont été principalement utilisées par le service européen Copernicus.
 
Digital Globe - Worldview - Typhon Haiyan - Novembre 2013Deux extraits d’images du satellite Worldview acquises avant et après le passage du
typhon Haiyan. Crédit image : Digital Globe.
 
Un catalogue de ce qu'on redoute
Si vous voulez mieux comprendre comment les différents satellites d'observation sont programmés en cas de crise, il est très instructif d'aller jeter un coup d'oeil sur les catalogues en ligne des différents fournisseurs d'images satellite. Les deux illustrations qui suivent sont extraites du catalogue Geostore d'Astrium GEO-Information Services, l'outil par l'intermédiaire duquel les clients peuvent connaître la disponibilité d'une image d'archive.
Dans les jours qui suivent une catastrophe, le catalogue reflète assez bien le niveau d'activité d'un satellite mobilisé pour apporter des informations aux équipes d'intervention, à savoir des images acquises le plus rapidement possible après l'évènement. C'est ce que montre l'image du haut.
Pour faciliter le travail de cartographie rapide, il faut également disposer d'une image d'archive de bonne qualité (sans nuages) qui sert de référence. La seconde illustration montre comment les "quicklooks", les petites vignettes image associés au cataloque, permettent d'évaluer rapidement la qualité d'une image d'archive, en l'occurrence dans le cas d'Haiyan, une image acquise par un des deux satellites Pléiades le 7 avril 2013.
 
 
Haiyan - Philippines - Catalogue Astrium Services
Haiyan - Philippines - Catalogue Astrium Services - Référ
Deux copies d'écran illustrant l'utilisation du catalogue Geostore d'Astrium GEO-Information
Services. En haut, l'emprise des images acquisies en urgence juste après le passage du typhon Haiyan.
En bas, contrôle de la qualité d'une image d'archive servant de référence pour la cartographie rapide,
ici une image acquise par le satellite Pléiades le 7 avril 2013 à 2h10 UTC.
 
En savoir plus :  
 
 

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  • Ingénieur dans le domaine de l'observation de la Terre.
Bénévole de l'association Planète Sciences Midi-Pyrénées
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