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17 mai 2012 4 17 /05 /mai /2012 15:36

Comme à la parade…

Dans la nuit du 15 au 16 mai 2012, à exactement 22h13 UTC soit 00h13 à Paris et 19h13 à Kourou, une nouvelle fusée Ariane, le vol VA206, a été lancée depuis le Centre Spatial Guyanais à Kourou, au début du créneau de tir. Après un vol parfaitement nominal, elle a mis en orbite de transfert géostationnaire deux satellites de télécommunication, JCSAT-13 et VINASAT-2.

Les deux satellites ont été construits par la société américaine Lockheed Martin. La décision de choisir le lanceur Ariane 5 pour un lancement simultané de deux satellites montre la confiance qu’inspirent la fusée européenne construite par EADS Astrium et le savoir-faire des équipes d’Arianespace et du CNES.

Pour ce lancement, le CNES inaugurait une retransmission en ligne sur son site Internet.

 

Ariane 5 - Kourou Décollage VA206 - Caméra Toucan Lancement de la fusée Ariane 5 VA-206 vue depuis le site Toucan.
Crédit image : ESA – CNES – Arianespace / Optique Vidéo du CSG – S. Martin

 

La réussite à en quelques chiffres

Quelques chiffres permettent de se faire une idée de la fiabilité et de la performance de la fusée européenne Ariane 5 :

  • 48 lancements consécutifs réussis, un record mondial de fiabilité pour un lanceur commercial.
  • Le 206ème vol d’une fusée Ariane (la première a été lancée le 24 décembre 1979) emportait une charge totale d’environ 8300 kg, avec 7500 kg pour les deux satellites (4528 kg pour JCSAT-13, 2969 kg pour VINASAT-2) et 800 kg pour le système de lancement double SYLDA.
  • Pour Arianespace, cela correspond à 300 satellites principaux lancés, nombre auquel il faut ajouter 50 charges utiles auxiliaires ou de plus petite taille.
  • Ariane 5 emportant les 100ème et 101ème satellites géostationnaires commerciaux fabriqués par Loockhed Martin, les 42ème et 43ème lancés par Arianespace.
  • JCSAT-13 est le 27ème satellite confié par un opérateur japonais à Arianespace. Ce lancement marque 23 ans de relation entre l’opérateur SKY Perfect JSAT Corporation et Arianespace : JCSAT-1 a été lancé en 1989 par une fusée Ariane 4. VINASAT-1 avait été lancé par Ariane 5 en avril 2008.

 

Ariane 5 - VA206

Décollage du vol Ariane 5 VA-206 depuis le CSG en Guyane Française.
Crédit image : Arianespace.

 

Un fil d’Ariane dans le chas d’une aiguille à près de 36000 kilomètres d’altitude

Les derniers chiffres portent sur la précision opérationnelle : la trajectoire de la fusée Ariane 5 lancée le 16 mai 2012 a permis d’obtenir la précision suivante :

  • Périgée : 250,2 km (objectif : 250,0 km, soit un écart de 200 mètres)
  • Apogée : 35 927 km (objectif : 35 909 km, soit un écart de 18 km)
  • Inclinaison : 1,97° (objectif : 2,00°)

Les chiffres indiqués correspondent aux paramètres orbitaux au moment de l’injection en orbite de l’étage supérieur de la fusée Ariane.

 

Une belle performance du spatial européen : ni hasard, ni lauriers définitifs

Dans le domaine du spatial, on ne parvient pas à niveau de fiabilité par hasard. S’arracher à la terre, quitter l’atmosphère et mettre en orbite un satellite sur la bonne orbite reste une mission extrêmement complexe.

C’est l’engagement sur la qualité totale et le zéro défaut de l’ensemble des acteurs européens impliqués dans le programme Ariane qui permettent d’atteindre les chiffres record cités plus haut : Astrium, CNES, Agence Spatiale Européenne, Arianespace, etc. Le savoir faire et l’expérience des équipes depuis la conception jusqu’aux opérations en Guyane y contribuent largement. Pour François Auque, PDG d’Astrium, « cette démonstration de réussite et de fiabilité renforce la validité du modèle industriel européen de conception et de production d’Ariane 5 ».

Impossible de se reposer sur ces lauriers, même s’ils sont mérités : la compétition internationale dans le domaine des lanceurs commerciaux s’intensifie. Le marché et la taille des satellites évoluent également. Comme pour toutes les activités commerciales, il est important de lancer des nouveaux produits pour rester dans la course. C’est le cas par exemple du projet Ariane 5 ME, ME pour Mid-life Evolution. Pour la première fois, c’est l’industrie – Astrium – qui est en charge de la maîtrise d’œuvre de développement. Il faut également préparer les lanceurs du futur…

 

Deux satellites géostationnaires de télécommunication

JCSAT-13 a été construit par Lockheed Martin Commercial Space Systems pour l’opérateur japonais SKY Perfect JSAT Corporation. Une fois sur son orbite définitive, il sera positionné à 124 degrés Est de longitude. Sa durée de vie nominale est de plus de 15 ans. JCSAT-13 assure les liaisons de télévision directe depuis l’orbite géostationnaire sur l’ensemble de l’archipel japonais, en remplacement du satellite JCSAT-4A, et des services satellitaires sur l’Asie du Sud-est. JCSAT-13 est équipée de 44 transponders en bande Ku.

VINASAT-2, second passager du vol VA206, a également été construit par le groupe américain Lockheed Martin Commercial Space Systems pour l’opérateur vietnamien, Vietnam Posts and Telecommunications Group (VNPT). Il sera positionné à 131,8 degrés Est. Il est conçu pour assurer une mission opérationnelle pendant plus de 15 ans. VINASAT-2 fournira des liaisons de radio, de télévision et de téléphonie pour tout le Vietnam : il est équipé de 24 transpondeurs en bande Ku.

 

Le rythme continue...

A Kourou, pour Arianespace, c’était le second lancement Ariane 5 de l’année 2012, après le lancement de l’ATV 3, une charge utile record de 20000 kg, et le vol inaugural réussi de la fusée Vega en mars.

Le prochain vol devrait avoir lieu le 19 juin 2012, avec la mise orbite de nouveaux satellites : EchoStar 17, construit par Space Systems Loral pour l’opérateur Hughes Network System, et le troisième exemplaire de Meteosat Second Generation (MSG-3) construit par un consortium piloté par Thales Alenia Space pour l’organisation européenne de météorologie Eumetsat.

  ISS - Lancement Ariane - ATV-3 - pose longue

     Une photo prise depuis la station spatiale internationale au moment du premier lancement Ariane
5 en 2012,  celui qui emmenait l’ATV-3. En cherchant bien, on peut voir la fusée Ariane. Les traits
lumineux sont les étoiles vues en poste longue : l'ISS évolue à 28000 km/h. Crédit image : NASA.

 

Le choix du nom ? De fil en aiguille…

L’histoire d’un nom ? Il est toujours compliqué de savoir 40 ans après quelle a vraiment été l’origine du nom Ariane.

Le texte ci-dessous est écrit à partir de trois témoignages d’acteurs de l’époque : une communication d’André Lebeau, Président du CNES entre 1995 et 1996, à l’occasion d’un colloque de l’IFHE (Institut Français d’Histoire de l’Espace), une citation de Peter Creola, à l’époque délégué de la Suisse au conseil de l’ESA, extraite d’une fasciule historique de l’ESA (Agence Spatiale Européenne) et des propos William Huon dans son livre « Ariane, une épopée européenne ».

Après l’échec de la fusée Europa, le nouveau projet de lanceur européen était désigné par le sigle LIIIS, pour « lanceur trois étages de substitution ». Un projet n’existe vraiment qu’à partir du moment où il porte un « vrai » nom. Il fallait en trouver un…  Un brain-storming fut proposé par André Lebeau, qui accompagnait le ministre Jean Charbonnel à une réunion de l’ESA à Bruxelles. Il fit circuler un feuille blanche où il avait écrit : « un nom pour L3S ? »

La réunion se prolongeait dans la nuit du 31 août au 1er septembre 1973, date de la fête nationale suisse. Dans la liste des propositions, on vit donc apparaître « Edelweiss » ou « Guillaume Tell » et d’autres suggestions vibrantes comme « Prométhée » ou pleine de sous-entendus comme « Patience ».

Couverture CNES LIIIS Couverture du dossier de
synthèse du lanceur L3S

Sauf erreur, le nom Ariane n’était pas dans la liste…

Un seul nom recueillit trois voix : « Vega », une étoile de la constellation de la Lyre. Mais lorsqu’au mois de septembre il fallut compléter les blancs laissés dans le texte de l’accord relatif au développement du lanceur européen, la délégation française exprima une objection de dernière minute : le Ministre Jean Charbonnel ne voulait pas de « Vega » car une bière portait ce nom.

Pour la France, principal partenaire du programme, trois noms seulement pouvaient être envisagés : « Phénix, Pénélope ou Ariane ». Pour le délégué allemand, Phénix était exclu : les cendres de l’ELDO étant encore brûlantes. Le nom de Pénélope fut rejeté car l’on envisageait premier vol au bout de six ans et non pas après vingt ans d’attente.

Restait Ariane : Le fil d’Ariane avait permis à Thésée de trouver la sortie du labyrinthe.

Pour les suisses, Ariane fait trop penser à Marianne. Pour les allemands, Ariane faisait penser aux quartiers chauds de Hambourg. Finalement, malgré les objections, les sceptiques des deux sexes, qui estimaient que ce prénom féminin ne convenait pas à la forme phallique du lanceur européen, s’inclinèrent finalement et, très vite, le nom d’Ariane se popularisa.

Si tout cela est vrai, c’est donc peut-être à la passion de Jean Charbonnel pour la Grèce antique qu’Ariane doit son nom.

Malgré la bière, Vega a quand même fini par ressortir…

Pour la petite histoire, pendant des années, « Les filles d’Ariane » fut le nom du bulletin de liaison des clubs de mini-fusées de Planète Sciences.

 

En savoir plus :

 

 

 

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