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22 février 2011 2 22 /02 /février /2011 02:12

spot.jpgVue d'artiste du satellite Spot 1 en orbite autour de la Terre.
Crédit image : Centre National d'Etudes Spatiales (CNES)

 

Spot, Un Satellite Pour Occuper Toulouse ?

C’est ainsi que les mauvaises langues traduisaient le sigle SPOT. J’ignore qui a le premier utilisé cette expression. Il est vrai que la décision de lancer le programme Spot a lieu en 1976, l’année de la grève au Centre Spatial Toulousain, où les agents du CNES s’inquiètent de l’avenir de « l’usine à satellites » au moment où les budgets affectés au programme spatial français diminuent au profit des engagements européens.

En 2011, « Un Satellite Pour Occuper Toulouse », c’est plutôt un compliment. Le satellite SPOT 1 a fait des petits, la société Spot Image, désormais filiale d’Astrium Services (aujourd'hui Airbus Defence and Space), a connu un développement important. La filière d’observation de la Terre a permis la création de centaines d’emplois dans la distribution des images satellites et dans les services associés. Toulouse et la région Midi-Pyrénées sont devenus le centre d’excellence européen en observation de la Terre avec un tissu dense et dynamique de laboratoires de recherche et de sociétés de services spécialisées.

Dans le domaine des satellites, le programme SPOT a été une étape clé pour le développement des deux grandes sociétés Françaises, Airbus Defence and Space (anciennement Matra Espace et Astrium Satellites) et Thalès Alenia Space et leur tissu de partenaires et sous-traitants : Envisat, Hélios, Pléiades et les satellites d’observation vendus à l’export. Ici aussi, des centaines voire des milliers d’emplois à la clé dans le domaine des satellites et des infrastructures spatiales…

Evidemment, à Toulouse, c’est d’abord le succès d’Airbus et le développement de l’aéronautique qui sont synonyme de création d’emplois. Mais si l’objectif était de créer une nouvelle filière pour « occuper Toulouse », c’est assez réussi !

Bref, après le prudent « Satellite Probatoire pour l’Observation de la Terre », en passant par « Satellite Pour l’Observation de la Terre, on devrait désormais plutôt parler de « Succès pour l’Observation de la Terre à Toulouse… On en redemande !

 

Retour en arrière sur 25 ans en orbite : l’aventure des satellites Spot

On célèbre également cette année les cinquante ans du CNES, créé le 19 décembre 1962. J’espère que cet anniversaire incitera ceux qui ont participé depuis le début au programme SPOT, que ce soit au CNES ou chez Matra, à nous raconter quelques anecdotes sur les coulisses de cette aventure. Si vous en faites partie, je publierai avec plaisir votre témoignage. Tous ceux avec qui j’ai pu en parler insistent sur le côté aventure humaine.

Il fallait tout inventer… Contrairement aux domaines des télécommunications et de la météorologie où il existait des organisations structurées pouvant devenir relativement facilement des utilisateurs du spatial, la télédétection n’en était qu’à ses balbutiements en France. Il fallait identifier les utilisateurs et les usages les plus prometteurs, démontrer ce que pouvait apporter le spatial et… imaginer toutes les solutions pour faire fonctionner un satellite héliosynchrone en orbite basse capable d’acquérir des images de meilleure qualité que celles de la référence américaine, le satellite Landsat. Les américains ne prenaient pas très au sérieux l'idée d'utiliser à bord d'un satellite des barrettes CCD de 1728 pixels équipant les photocopieurs.

Avec le recul, on est également frappé par la vision stratégique que pouvait avoir les promoteurs de la politique spatiale de l’époque…

Tout était nouveau : le logiciel embarqué, le fonctionnement autonome du satellite, le pointage de l’instrument, les instruments d’observation et les enregistreurs de bord, la tenue des composants aux rayonnements en orbite. Beaucoup de choix technologiques étaient des premières. Relever le défi et surmonter les difficultés n’a pas toujours été facile.

Les équipes, du côté du CNES maître d’ouvrage et maître d’œuvre du système, d’Astrium (à l’époque Matra Espace), maître d’œuvre de la plate-forme, des instruments et du logiciel de bord et de Thalès Alenia Space (à l’époque Alcatel Espace), maître d’œuvre de la télémesure image, gardent le souvenir d’un travail épuisant mais exaltant. Il y a eu un peu de retard : le lancement de SPOT était initialement prévu en 1984... L’échec du 15ème vol d’Ariane a donné un ultime délai de grâce.

P05123

Essais du satellite d'observation de la
Terre SPOT 1 en chambre anéchoïque,
au Centre Spatial de Toulouse.
Crédit image : CNES, 1986

 

Quelques repères chronologiques et une vision politique

Voici quelques dates symboliques servant de points de repère. L’histoire commence au début des années soixante-dix.

  • 1973 : le CNES crée sa première filiale, le GDTA (Groupe pour le Développement de la Télédétection Aérospatiale), avec quatre missions : la recherche concernant les moyens d’acquisition et de traitement des images, la diffusion des données Landsat, l’organisation et la commercialisation de campagnes de télédétection, la formation des futurs utilisateurs au niveau national et international.
  • 1974 : mission exploratoire du CNES aux Etats-Unis pour recenser ce qui se faisait en observation de la Terre.
  • 18 mai au 22 juin 1976 : grève au Centre Spatial de Toulouse liée à l’inquiétude sur l’évolution de la politique spatiale française. Ce premier conflit social au CNES a certainement eu une influence sur la décision de lancer le programme Spot.
  • 1976 : le dossier Spot est proposé à l’ESA mais ne reçoit pas un accueil favorable. Plusieurs pays ont des doutes sur l’intérêt d’une filière optique, dépendante de la couverture nuageuse, en particulier après la relative déception causée par les images Landsat en Europe du Nord. Les pays membres de l’ESA sont également financièrement très engagés avec les programmes Ariane, Spacelab et Marots. Au final, la Belgique et la Suède s’associent à la France. L’ESA lancera un peu plus tard le programme ERS, une filière d’observation radar…
  • 19 septembre 1977 : le Conseil Economique et Social propose l’engagement du programme Spot.
  • 9 février 1978 : le programme Spot est confirmé.
  • 1979 : le GATES, Groupe Aval de Travail pour l’Exploitation de Spot, étudie les solutions adaptées à la commercialisation des images et propose la création de la société Spot Image.
  • 1981 : création de la station d’exploitation et de contrôle des satellites d’Issus-Aussaguel.
  • 15 octobre 1981 : un conseil restreint de politique spatiale décide la construction de Spot 2 et la création de Spot Image. Avec cette décision, le gouvernement exprime sa volonté de valoriser commercialement les images spatiales, par opposition à une politique de distribution gratuite des données.
  • 19 juillet 1982 : création de la société Spot Image et, six mois après, de sa filiale américaine Spot Image Corporation. Gérard Brachet est nommé PDG.
  • Janvier 1983 : Spot image compte 12 salariés.
  • Septembre 1985 : démarrage de l’installation et des tests du CRIS (Centre de Rectification des Images Spatiales), un élément important du segment sol du système Spot.

P30220.jpg

La ville de Djebel Amour en Algérie vue par le satellite d'observation de la terre Spot 1 le 23 février
1986.
Une des premières images réalisées par le satellite Spot 1.
Copyright CNES/distribution Spot Image, 1986

 

  • 22 février 1986 à 1h44 UTC : lancement du satellite Spot 1 par une fusée Ariane 1 (Vol 16) puis mise à poste. La France rejoint le club très fermé des pays capable d’exploiter un système d’observation de la Terre. A Toulouse, plus de mille personnes assistent avec une grande émotion à cette mise en orbite. Dès le lendemain, la station de réception d’Issus-Aussaguel (près de Toulouse) reçoit les premières images de la région de Nice, de la plaine du Pô en Italie (en noir et blanc, détails de 10 m) et du Djebel Amour, dans le Sahara algérien (en couleur avec des détails visibles de 20 m).
  • 26 Avril 1986 : explosion du réacteur n°4 de la centrale de Tchernobyl. La publication dans la presse d’images acquises par Spot 1 dans les jours qui suivent la catastrophe a beaucoup d’impact.

P17941.JPG

P17947.JPG

Le 13 février 1987, un an après le lancement de Spot 1, Jacques Chirac, alors premier ministre,
visite le centre spatial de Toulouse. Sur la photo du haut, Gérard Brachet et Dominique Baudis.
Crédit image : CNES / Christian Bardon 1987.

 

  • Juiller 1989 : le gouvernement prend la décision de construire le satellite Spot 4. Spot 4 bénéficie d’une bande spectrale supplémentaire dans le moyen infrarouge et d’un instrument nouveau : Végétation. Ce dernier assure le suivi permanent, régional et mondial, de la végétation et des cultures.
  • 21 janvier 1990 à 1h35 UTC : le satellite Spot 2 est lancé par une fusée Ariane 44L (vol n°35) et prend le relais du premier satellite Spot. Le 23 janvier, il livre ses premières images de la région allant de Marseille à Toulon, et de la région du lac de Garde, en Italie.
  • 26 septembre 1993 : lancement et mise en orbite du satellite Spot 3.
  • 7 juillet 1995 : lancement du satellite militaire Helios 1A. Réalisé avec l’Italie et l’Espagne, le programme Hélios a été développé en parallèle avec Spot 4 pour bénéficier des synergies entre les deux programmes.
  • 25 septembre 1995 : inauguration du CESBIO, le Centre d’Etudes Spatiales de la BIOsphère.
  • 14 novembre 1996 : Spot 3 cesse de fonctionner après trois années de service à la suite d'une défaillance d’un élément de son système de stabilisation.
  • 24 mars 1998 : lancement de Spot 4 et premières images le 28 mars.
  • 3 mai 2002 : lancement de Spot 5, satellite de nouvelle génération, avec des instruments améliorant les performances de prises de vue. Avec 2,5 m de résolution, il offre un meilleur niveau de détail tout en conservant le même champ d’observation. L’instrument HRS (Haute résolution stéréoscopique) permet l’obtention en temps réel de couples stéréoscopiques, indispensables à la restitution du relief pour la réalisation de modèles numériques d’élévation (MNE).
  • Novembre 2003 : début des manoeuvres de désorbitation de Spot 1, après 18 années d'activité.
  • Juillet 2009 : début de la désorbitation de Spot 2, après 19 ans et demi de bons et loyaux services et un total de 6,5 millions d’images acquises.

 

SPOT ou encore ? 

L’aventure ne s’arrête pas là. Dans un prochain article, nous verrons comment les suites du programme Spot se préparent avec Pléaides et Spot 6 et 7.
Nous verrons également comment 25 années d’observation de la Terre avec Spot à Toulouse permettent de suivre l’évolution de la ville de Toulouse et de la région Midi-Pyrénées. Les deux illustrations suivantes, extraites d’un travail fait par Spot Image pour les vingt ans de Spot, donnent un exemple à Toulouse avec le développement urbain autour du lac et de la zone verte de la Ramée.

 

Spot-1---Extrait-Toulouse---La-Ramee---22-05-1986.jpg Spot 5 - Extrait Toulouse - La Ramee - 17-06-2002

Développement urbain autour de la zone verte de la Ramée à Toulouse. A gauche une image du
satellite Spot 1 acquise le 22 mai 1986. A droite, une image acquise par Spot 5 le 17 juin 2002.
Copyright CNES 1986 et 2002. Distribution Astrium Services.

 

On voit de manière spectaculaire le développement de la ville de Tournefeuille, la construction de la rocade Arc-en-Ciel, le développement de la zone de Basso-Cambo et des quartiers ouest de Toulouse ainsi que le golf de la Ramée.

Nous passerons également prochainement en revue les activités pédagogiques à l'école en télédétection, qui ont elles aussi démarré bien avant le lancement de Spot 1.

En octobre 2011, le vingt-cinquième anniversaire du lancement de Spot 1 sera également un temps fort de la nouvelle édition de la Novela à Toulouse. Nous reviendrons à plusieurs reprises dans les mois qui viennent sur les applications de la famille de satellites Spot.

 

Sources utilisées :

  • Plusieurs numéros de la revue « Espace Information » éditée il y a quelques années par le CNES.
  • BT Espace "Les images Spot", conçu par Jean-Pierre Penot (CNES). Editions PEMF.
  • Le livret de témoignages publié à l’occasion des 30 ans du Centre Spatial de Toulouse.
  • "Les trente premières années du CNES", de Claude Carlier et Marcel Gilli, éditions La documentation française.
  • Illustrations et images de la ville de Toulouse préparées par Spot image à l'occasion des ving ans de Spot 1.

 

En savoir plus :

 

 

 

 

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commentaires

Michel 22/02/2011 06:12


Salut Pour Offre Transhorizon...

et merci pour cette offre, Gédéon, qui crée par sa qualité une addiction...
Plaisir pour moi d'offrir chaque semaine, au moins, textes et images de ce blog aux très jeunes et anciens : extrêmes actuels 5 et 84 ans.
Bonne journée, Gédéon.


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  • : Un autre regard sur la Terre
  • Un autre regard sur la Terre
  • : Les satellites d'observation de la Terre au service de l'environnement : images et exemples dans les domaines de l'environnement, la gestion des risques, l'agriculture et la changement climatique. Et aussi, un peu d'espace et d'astronomie, chaque fois que cela suscite questions et curiosité...
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  • Ingénieur dans le domaine de l'observation de la Terre.
Bénévole de l'association Planète Sciences Midi-Pyrénées
  • Ingénieur dans le domaine de l'observation de la Terre. Bénévole de l'association Planète Sciences Midi-Pyrénées

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