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15 décembre 2015 2 15 /12 /décembre /2015 22:39

 

Astérix - A1 - Diamant - Armées n°1 - Toulouse - 26 novembre - Anniversaire - 26-11-1965 - Hammaguir - SEREB - CNES - DMA - Planète Sciences Midi-Pyrénées - IPSA

Décollage d’une réplique à échelle réduite de la premère fusée Diamant, celle qui a mis en orbite
le premier satellite français, A1 alias Astérix, le 26 novembre 1965. Crédit image : Gédéon

 

26 novembre 2015, Toulouse, Cité de l’espace : au pied d’Ariane 5, la fusée Diamant décolle.  Atmosphère humide et sol détrempé : ce n’est pas exactement comme à Hammaguir 50 ans plus tôt.

Mais cela n’a pas découragé Planète Sciences Midi-Pyrénées et les étudiants de l’IPSA : à 15h47 précise, ils procèdent à la mise à feu d’une réplique de la fusée Diamant.

 

Le tour de la Terre d’Astérix

Un geste symbolique pour célébrer dignement le 50ème anniversaire du lancement du premier satellite français. Le 26 novembre 1965, la France est devenue la troisième puissance spatiale, derrière l’URSS et les Etats-Unis.

 

Retour vers le futur…

Pour marquer ce jalon important de l’histoire spatiale française, la Cité de l’espace organisait une journée d’animation : présentation d’une superbe maquette à l’échelle 1 du satellite Astérix, animations dans le hall de l’Astralia, table ronde sur l’accès à l’espace et construction de micro-fusées pour les jeunes visiteurs.

Une dizaine de jours plus tard, l’association des Amis de la Cité de l’espace remettait son grand prix à Pierre Quétard, le responsable des activités spatiales de Matra à l’époque du développement d’Astérix. Pierre Quétard a également été le président de l'ANSTJ, aujourd'hui Planète Sciences.

 

Prix des amis de la cité de l'espace - 2015 - Pierre quétard - Matra- ANSTJ - Planète Sciences - Astérix Prix des amis de la cité de l'espace - 2015 - Pierre quétard - Matra- ANSTJ - Planète Sciences - Astérix

A la Cité de l’espace, Michel Bouffard et George Estibal remettent à Pierre Quétard le grand prix des
Amis de la Cité de l’espace. A l'écran, un montage réalisé en 2005 pour les 40 ans d'Astérix cite quelques
noms de participants à l'aventure Astérix : Joseph Delaunay, Marcel Mas, Jean Dilly, Adrien Blasutta,
Bernard Guesquière, Robert Etienne, Robert Masson, Bernard Montevecchi, Armand Reissian,
Raymond Legrand, René Kats, Calude Chassery. Crédit image : Gédéon

 

Ces deux rendez-vous furent surtout l’occasion de rencontrer ceux qui ont été les acteurs de cet exploit : ils ont permis de construire l’Europe des lanceurs. Avec les déboires et l’abandon de la fusée Europa (10 lancements et 6 échecs), le succès de la fusée Ariane leur doit beaucoup. La photographie du décollage de la réplique de Diamant avec la fusée Ariane 5 en arrière-plan en est un beau symbole.

 

Astérix - Diamant - France - Troisième puissance spatiale - George Estibal - Matra - SEREB - Cité de l'espace - 26 novembre 2015 - 50 ans A1 Astérix - A1 - Diamant-A - Intégration - Anniversaire - George Estibal - Matra

Georges Estibal et d’autres anciens de l’aventure Diamant / Astérix découvrent la maquette présentée
à la Cité de l’espace. En bas, George Estibal et Astérix en 1965 et en 2015. Ils n’ont presque pas
changé : un peu moins de cheveux pour l’un, un peu moins d’antennes pour l’autre.
Crédit image : Gédéon

 

Noces d'or pour Diamant

A l’origine, le cinquantième anniversaire du premier satellite français  devait également être célébré au CNES Paris. L’opération parisienne a été annulée après les attentats du 13 novembre.

La belle aventure de Diamant et du satellite gaulois a effectivement démarré en région parisienne, à la SEREB à Courbevoie ou dans les locaux de la société Matra pour la mise au point d’Astérix, rue de l’université à Paris où s’est installé le tout jeune CNES ou au centre d’essais en vol de Brétigny pour le suivi du lancement. La préparation du satellite sur l’étage supérieur du lanceur avait eu lieu à Saint-Médard en Jalles près de Bordeaux. Le Centre d'essais d'engins spéciaux est créé le 24 avril 1947 à Colomb-Béchar en Algérie française.

 

Avant l’heure, ce n’est pas l’Eure

Le nom des fusées-sondes Véronique (VERNon électrONIQUE), à propergols liquides, rappelle également que c’est à Vernon, dans l’Eure, qu’avait été créé le LRBA à la fin de la seconde guerre mondiale. Développée à partir de 1948, la première Véronique N (pour « Normale ») est lancée en 1952 à Hammaguir.

 

De Brétigny à Toulouse, d’Hammaguir à Kourou et de A1 à OneWeb…

C’est pourtant Toulouse qui deviendra la capitale européenne du spatial et de la fabrication de satellites. Le succès d’Astérix en porte les germes : très rapidement après, la politique de décentralisation amène le CNES à rechercher une ville d’accueil pour son développement. Toulouse et Pierre Baudis semblent croire davantage à l’avenir du spatial français que Bordeaux et Chaban-Delmas : les premiers bâtiments du CST voient le jour en 1968. Matra suit juste après, d’abord en mars 1975 avec 34 personnes à la DIST (Département d’Intégration Spatiale Toulouse) au bord de la piste de Montaudran. Le site actuel du Palays ouvre ses portes en septembre 1980. L’installation sur un terrain de 21 ha alors que 2 ou 3 ha suffisaient largement à l’époque montrent que la future société Astrium devenue aujourd’hui Airbus Defence and Space avait des ambitions.

Même si, autre héritage de Diamant,  toutes les cases à équipement Ariane 1 à 4 ont été produites à Toulouse, c’est surtout dans la fabrication des satellites que la future capitale du spatial européen s’affirme. Dans tous les domaines : télécommunications, météorologie, observation de la Terre, science…

Le dernier exemple est la participation à la réalisation de la constellation de 640 satellites Oneweb. Les satellites sont conçus à Toulouse, avec un énorme défi de réduction massive des coûts unitaires.

Les succès actuels de l’industrie spatiale française et toulousaine, dans une compétition internationale féroce, doivent beaucoup à la vision stratégique, aux investissements consentis au début des années 60 et à la politique industrielle des premiers dirigeants du CNES.

A l’occasion de l’anniversaire, Il n’est pas inutile de replonger un peu dans le contexte de l’époque.

 

C’est Astérix et périls…

On ne peut pas parler de l’histoire du spatial français sans évoquer le lien étroit, au moins pour l’accès à l’espace, avec le développement de la bombe atomique française. Le Commissariat à l’Energie Atomique est créé en 1945.

En 1956, c’est la crise du canal de Suez. Malgré la défaite de l’Egypte, la France  et le Royaume Uni font marche arrière : en novembre, l’URSS menace d’utiliser l’arme nucléaire. Un peu plus de 10 ans après Hiroshima et Nagasaki, le rôle de la dissuasion nucléaire apparaît de manière évidente.

 

Programme spatial français et force de frappe nucléaire : deux histoires parallèles à 31° de latitude…

Arrivé au pouvoir en mai 1958, le président Charles de Gaulle est de plus en plus convaincu de l'importance stratégique de l'arme nucléaire : la France doit développer de manière autonome un missile balistique porteur de l'arme atomique.

En 1959, la SEREB (Société pour l'étude et la réalisation d'engins balistiques), société de droit privé, est créée : elle doit assurer la maîtrise d'œuvre et la réalisation de ce missile. Il y a beaucoup de synergies avec le lancement et la  mise en orbite de satellites, même si les missions civiles et militaires se distinguent par le choix des propergols (liquide ou solide) : un missile balistique doit pouvoir être mise en œuvre avec un préavis court.

 

Gerboise bleue : les champignons de Paris en Algérie

La première bombe atomique française explose le 13 février 1960, au sud de Reggane. C’est un essai atmosphérique. La France du général de Gaulle rejoint alors le club des puissances nucléaires militaires.

A la même époque, en pleine guerre froide, les américains et les russes se sont lancés dans la course à l’espace et à la Lune.

La France veut en être : le Comité de Recherche Spatiales (CRS) est créé en janvier 1959. Présidé par le physicien Pierre Auger (un bâtiment portant son nom vient d’être inauguré au CNES Toulouse), sa mission est d’étudier quel rôle la France pourrait jouer dans la conquête spatiale. Les premières expériences dans la haute atmosphère sur des fusées Véronique AGI (pour Année Géophysique Internationale) sont proposées en 1959. En 1961, les premiers essais en vol de la fusée Agate, première de la série des « Pierres Précieuses », sont effectués à Colomb-Béchar avec 8 tirs, tous réussis.

Du côté de la Défense, Pierre Messmer est chargé en 1961 de réorganiser complétement les armées : un décret du 5 avril 1961 crée la Délégation Ministérielle pour l’Armement qui assurera la tutelle de la SEREB.

En décembre 1961, la loi créant le Centre national d’études spatiales (CNES) est  votée. Les activités du CNES démarrent en mars 1962 sous la présidence de Pierre Auger. Le Général Aubinière en prend la direction et recrute sa première équipe : Jacques Blamont, Jean-Pierre Causse, Michel Bignier, Pierre Morel, Bernard Golonka, Pierre Chiquet, Louise Blosset, Michel-Yves Bernard, Michel Lefebvre, etc.

 

Une idée de cadeau avant noël : un diamant à faible coût

C’est dans ce contexte que la SEREB propose un avant-projet de lance-satellites à faible coût. Le feu vert est donné par le général de Gaulle le 2 août 1961 : le programme Diamant est décidé.

DMA ou CNES, Missile balistique ou lanceur de satellites. A un moment où le tout jeune CNES étend ses compétences sur l’ensemble des activités spatiales, le partage des responsabilités entre les militaires et les civils devient une question cruciale.

L’arbitrage politique se traduit par un protocole d’accord conclu le 9 mai 1962 entre la DMA et le CNES. Ce protocole confirme que les quatre premiers lancements de Diamant seront des lancements de qualification, destinés à mettre en orbite quatre satellites technologiques.

 

Astérix - A1 - Diamant - Réplique - Microfusée - Toulouse - 26 novembre 2015 - Anniversaire - 26-11-1965 - Hammaguir - SEREB - CNES - DMA - Dédicace Philippe Perrin et George Estibal - Planète Sciences Midi-Pyrénées - IPSA Rocket

Sortez vos drapeaux français… La cocarde rouge, peinte sur le lanceur Diamant, signale qu’il s’agit
d’un engin militaire. Ici la réplique dédicacée aux étudiants de l’IPSA par George Estibal
et Philippe Perrin. Si vous observez attentivement, vous verrez que la taille des ailerons a été
augmentée pour assurer une bonne stabilité de la microfusée. Crédit image : Gédéon

 

Des antennes qui décoiffent et vice-versa

La SEREB, sous la tutelle de la défense française (DMA ou Délégation Ministérielle pour l’Armement), obtient la responsabilité de la construction du lanceur et du premier satellite technologique, A1 pour Armée n°1.

Le CNES obtient une concession : en cas de réussite de deux vols de qualification, le CNES pourra utiliser les tirs restant pour ses propres satellites.

Au final, le CNES bénéficiera de trois vols Diamant-A à Hammaguir, après Astérix… On comprend mieux pourquoi Astérix a longtemps été présenté dans les ouvrages traitant de l’histoire du CNES comme une « simple capsule technologique ».

Le satellite, alimenté par des batteries, ne contient effectivement qu’un émetteur de télémesure et un répondeur radar. Mais, pour les ingénieurs de Matra, les parties les plus complexes et les plus nobles sont la case à équipement et le système de basculement (tuyères à gaz froid) destiné à donner une orientation très précise à l’étage supérieur, non piloté, avant sa mise à feu. La précision de cette orientation (0,2 degré) détermine les paramètres orbitaux. Cette première expérience spatiale a été fondatrice : guidage et contrôle d’attitude et d’orbite des satellites, cases à équipement des lanceurs, tenue aux contraintes d’environnement et respect de calendriers serrés…

 

Astérix - A1 - Diamant - Réplique - Maquette - Satellite - Cité de l'espace - Astralia - Toulouse - 26 novembre

La réplique d’A1 présentée à la Cité de l’espace le 26 novembre 2015 pour célébrer
le cinquantième anniversaire du lancement d’Astérix. Crédit image : Gédéon.

 

Ça ? Des Zener…

Le 26 novembre 1965, à 14h47m41s UTC, après quelques péripéties pendant les préparatifs de lancement, notamment sur des composants de protection des circuits électroniques, la fusée Diamant-A décolle donc d’Hammaguir.

Les antennes du satellite sont endommagées par une séparation incomplète de la coiffe et le bip-bip français n’est pas reçu au sol. Heureusement, les radars de suivi permettront de confirmer que la satellisation s'est bien effectuée.

 

Diamant et pierres précieuses : ténacité et sang-froid…

Cela n’a pas été un long fleuve tranquille !

Pour parvenir à ce succès, entre 1961 et 1965, plusieurs modèles de fusées sondes sont mis au point pour tester les étages de  Diamant. C’est la série des pierres précieuses :

  • Le premier étage de Diamant est testé avec les fusées Emeraude (VE 121). 5 lancements (dont 3 échecs, les 3 premiers) servent à vérifier les tuyères orientables et le système de guidage. La propulsion repose sur un moteur Vexin à ergols liquides (acide nitrique et essence de térébenthine) délivrant 28 tonnes de poussée développé par le LBRA.
  • Le second étage à propergol solides est dérivé de la fusée Topaze. Pour les militaires, Topaze sert aussi à valider le profil du corps de rentrée du missile. 14 tirs sont effectués et un seul échoue.
  • Le troisième étage, également à propergols solides, provient de la fusée Rubis, conçue pour expérimenter le largage de la coiffe, la séparation et la mise en rotation de l’étage. 2 des 6 tirs échouent.
  • La case équipement et la tête de mesure ont été validés avec la fusée Agate.

Au total, la fusée Diamant, premier lanceur spatial français, à une hauteur de 19 mètres pour une masse au décollage de 18,5 tonnes.

 

Fusées française - Série des pierres précieuses - Agate - émeraude - Rubis - Topaze - Diamant - DMA - SEREB - CNES Diamant - Astérix - 50 ans - Conférence Philippe Couillard - Jacques Villain - Cité de l'espace - Toulouse - 26 novembre 2015

La série des pierres précieuses. Un développement par étapes : Emeraude, Topaze, Rubis et
enfin Diamant.
Crédit image : CNES. En bas, présentation de la fusée Diamant par Philippe
Couillard à l’occasion du 50ème anniversaire d’Astérix. A droite, la lettre de la SEREB, datée du
18 mai 1960, et présentant un "avant-projet sommaire d'un engin porte-satellites".
Crédit image : Gédéon

 

Ré-élection : de brillantes urnes

Dernier élément de contexte : les élections présidentielles du 5 et du 19 décembre 1965. Les premières au suffrage universel direct. Charles de Gaulle, qui achève son premier mandat, est opposé à François Mitterrand, Jean Lecanuet et trois autres candidats. Le général de Gaulle pense que sa réélection sera facile, dès le premier tour : il ne déclare sa candidature que le 4 novembre. Viser la date du 26 novembre pour le lancement d’Astérix avait une dimension politique et électorale pour le Général de Gaulle. Cela n’a pas suffi pour assurer sa réélection au premier tour : finalement mis en ballottage, il l’emporte au second tour. La participation ferait beaucoup d’envieux en 2015 : plus de 84% des électeurs se sont rendus aux urnes.

 

Evian ou rhum

Moins de deux mois après A1, le 17 février 1966, une seconde fusée Diamant-A met en orbite avec succès D1-A (Diapason). Un an plus tard, les 8 et 15 février 1967, les satellites Diadème 1 et 2 (D-1 C et D-1D) sont mis en orbite par les deux dernières fusées Diamant-A lancées à partir d’Hammaguir. Conformément aux accords d’Evian, le centre de tir d’Hammaguir sera fermé le 1er juillet 1967. Les lancements suivants seront effectués en Guyane : c’est une fusée Véronique qui inaugure le centre spatial guyanais le 9 avril 1968.

 

Le film "Variations sur un diamant" (1973) : un mélanges d'images de décollages de Diamant à Kourou
et du site du CSG. Crédit images : CNES 

 

Indépendance, autonomie et coopération

C’est le 6 décembre 1965, le lendemain du premier tour de la présidentielle que le premier satellite scientifique français, FR-1, est lancé par une fusée américaine Scout depuis la base de Vandenberg en Californie. Destiné à l’étude de l’ionosphère et de la magnétosphère, FR-1 est construit avec du matériel américain par des ingénieurs français : la volonté d’autonomie et d’indépendance, en particulier pour l’accès à l’espace, n’exclut pas les coopérations bilatérales et internationale. Même si elle n’a jamais prétendu occuper une place analogue à celle des deux grands, la France a mis en œuvre une politique spatiale, favorisant l’excellence de ses industriels et de ses scientifiques et lui permettant de devenir un acteur plus que crédible et d’occuper la meilleure place possible dans les programmes de coopération.

 

Mars en Mars

A la Cité de l’espace, la conférence qui a suivi la remise des prix des Amis de la Cité de l’espace en était une belle illustration : Philippe Laudet, chef de projet SEIS au CNES, et Philippe Lognonné de l’Institut de Physique du Globe de Paris, ont fait une captivante présentation de la mission martiene Insight et de sa charge utile, le sismomètre SEIS (Seismic Experiment for Interior Structures).

Il est exceptionnel que la charge utile principale d’une mission de la NASA ne soit pas américaine. SEIS est un instrument européen, majoritairement français. On n’obtient pas ce résultat par hasard et cela mérite d’être souligné. La mission Insight devrait être lancée vers la planète rouge en Mars 2016.

 

Prix des Amis de la Cité de l'espace - Prix jeunes 2015 - -- Conférence1 S

Les lauréats du prix des jeunes des Amis de la Cité de l’espace et la conférence sur la mission
Insight et l’instrument SEIS. Crédit image : Gédéon

 

D’A1 à Astérix : un baptême de l’espace

Diamant ? Après la série des pierres précieuses, le nom indique peut-être qu’un certain nombre de personnes ne croyaient pas que l’objectif « faible coût » serait atteint.

 

« Nous pensons réaliser, pour la fin 1965 ou le début de 1966,
une fusée à trois étages capable de placer sur orbite
un satellite Diamant, ainsi appelé à cause de son prix ».

Pierre Messmer, au cours du premier conseil des ministres de l’année 1963.  

 

Avec le recul, on peut pourtant constater que la France est devenue la troisième puissance spatiale avec des budgets beaucoup plus faibles que ceux mobilisés par les deux grandes puissances.

Saviez-vous que le nom de baptême d’Astérix est lui-même toute une aventure…  Et saviez-vous que le premier satellite français a failli s’appeler Zébulon ?

Michel Taillade, un ancien du CNES qui a créé le site « Nos premières années dans l’espace » a eu la gentillesse de me donner quelques explications.

En réalité, le nom Zébulon a été évoqué pour les deux premiers lancements de Diamant-A. Le premier tir ayant été réalisé dans un cadre militaire avec le fameux « Confidentiel Défense », il y avait très peu de journalistes sur place à Hammaguir. Sauf contact personnel direct,  il est difficile de savoir exactement qui a dit quoi et qui a proposé les noms, en dehors des témoignages des participants directs, formalisés longtemps après avec parfois quelques souvenirs estompés.  

 

De A1 à Z : Zébulon a du ressort

Avant le 26 novembre 1965, le premier satellite s’appelait A1, pour Armées N°1. Sur le champ de tir, à la faveur des temps morts, des repas au mess de la Base Vie d’Hammaguir, des membres de l’équipe de tir qui travaillaient sur la fusée auraient proposé à leur hiérarchie (DMA et SEREB) le nom de Zébulon.

A1 n’a pas de ressort d’éjection. Ce n’est donc pas la similitude avec le ressort du personnage du manège enchanté qui a donné l’idée de Zébulon. Faut-il chercher une explication phonétique et une volonté du terrain de provoquer un peu la hiérarchie et les chefs parisiens ? Je vous laisse consulter le dictionnaire d’argot des zouaves...

Le nom Zébulon n’a évidemment pas été retenu et a été remplacé par Astérix, proposé par cette même équipe. A part les participants au lancement sur le champ de tir, aucun journaliste et donc probablement personne n’a été informé de ces détails. A1 n’a été publiquement connu que sous le nom d’Astérix.

 

Irréductible gaulois

Alors que le CNES vient de terminer les opérations de désorbitation de SPOT-5, Astérix, A-1 ou encore 1965-096A est toujours en orbite, pour un bon moment. Pendant la journée du 26 novembre, des étudiants de Supaéro (ISAE) montraient l’orbite actuelle du satellite Astérix : il fait le tour de la Terre en environ 107 minutes à une altitude comprise entre 530 et 1653 kilomètres. Le manège enchanté va continuer encore un petit moment...

 

Astérix - A1 - Diamant - Orbite - Apogée - Périgée - Période - TLE - Kerbal Space - ISAE - Supaéro Astérix - A1 - Diamant - Orbite - Apogée - Périgée - Période - TLE - ISAE - Supaéro

Le stand des étudiants de Supaéro (ISAE), l’orbite d’Astérix en 2015 et la simulation de
lancement de Diamant sur Kerbal Space Program. Crédit image : Gédéon

 

Système D1

Zébulon a tenté de s’imposer une seconde fois un an plus tard au moment du lancement de D1-A. A Hammaguir, les mêmes équipes de lancement étaient présentes et les mêmes plaisanteries ont circulé : le nom de Zébulon a été repris et proposé lors d’un repas au Mess par Marius Lefèvre qui était représentant du CNES au moment du lancement du satellite  A1 (voir le livre «L’espace du rêve à la réalité » p 99).

Comme il s’agissait désormais d’un satellite du CNES, de nombreuses personnes, dont des journalistes, étaient présentes sur le champ de tir : le nom Zébulon s’est vite propagé, par l’intermédiaire des médias, jusqu’en France et a été largement reproduit dans les journaux. Evidemment la direction du CNES a encore moins apprécié ce nom que la hiérarchie DMA-SEREB et l’a remplacé, mais un peu tard, par « Diapason ». 

 

D1-A - Diapason - Zébulon - Manège Enchanté - CNES - Hammaguir - Revue de presse

D1-A, Diapason ou Zébulon : un extrait de la revue de presse du lancement du 17 février 1966

 

En savoir plus :

 

Sources utilisées et suggestions de lecture :

  • « Les satellites : pour quoi faire, où en est la France ? ». Actualité Documents. Premier ministre.
  • « Les débuts de la recherche spatiale française. Au temps des fusées-sondes ». Institut Français d’Histoire de l’Espace (IFHE).
  • « Ariane, une épopée européenne », William Huon.
  • « Michel Lefebvre, marin de l’espace », Yves Garric. Editions Loubatières Sciences.
  • « Naissance de l’industrie spatiale française au début des années 60 », 2ème rencontre de l’IFHE sur l’essor des recherches spatiales en France, 23-24 octobre 2001.
  • « Matra, la volonté d’entreprendre. De Matra à EADS ». Editions du Chêne.
  • « Atlas de Géographie de l’espace », sous la direction de Fernand Verger.
  • « 1962-1972 : les dix ans du CNES ». La Recherche Spatiale. N°1, volume XI, janvier-février 1972. Editions Dunod.
  • « Le général Aubinière, propos d’un des pères de la conquête spatiale française », Robert Aubinière et André Lebeau, Collection Réflexions Stratégiques, Fondation pour la Recherche Stratégique, éditions L’Harmattan.
  • « Les trente premières années du CNES, l'agence française de l'espace, 1962-1992 », Claude Carlier et Marcel Gilli, La documentation Française.
  • « La France dans l'espace, 1959 - 1979, contribution à l'effort spatial européen », Hervé Moulin, Agence Spatiale Europénne, HSR-37, Juin 2006.
  • Nos premières années dans l’espace, site Internet créé par Michel Taillade.

 

Une courte vidéo du lancement de la réplique de la fusée Diamant à la Cité de l’espace
le 26 novembre 2015. Crédit image : Gédéon

 

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  • Ingénieur dans le domaine de l'observation de la Terre.
Bénévole de l'association Planète Sciences Midi-Pyrénées
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