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7 octobre 2015 3 07 /10 /octobre /2015 07:10

 

Chasseurs russes - Syrie - Sukhoi SU-30SM - SU-25SM - Frappes aériennes - Image satellite - Pléiades - Pleiades - Poutine -Turquie - Aviation russe - Obama - Hollande

Les chasseurs russes sur la piste de l’aéroport de Lattaquié en Syrie. Extrait d’une image prise par le
satellite Pléiades le 20 septembre 2015. Copyright CNES – Distribution Airbus Defence and Space.

 

Impressionnant alignement d’avions de combat !

Nous sommes en Syrie, à 230 kilomètre au nord de Damas, sur la côte méditerranéenne, dans les montagnes du nord-ouest du pays, à la même latitude que la pointe orientale de Chypre.

Lattaquié, la grande ville de la région est un fief de Bachar al-Assad. La population a quadruplé depuis quatre ans avec l'arrivée de milliers de réfugiés

A 20 km au sud-ouest de la ville, c’est l’aéroport international de Lattaquié. International ? Plutôt russe depuis quelques semaines : tous ces avions stationnés au nord de l’aéroport à l’extrémité de la piste 17 sont des chasseurs russes.

 

L’attaque à partir de Lattaquié

La présence militaire russe s’est renforcée depuis juin 2015 à Lattaquié et sur la base navale  russe de Tartous, unique port de la marine russe en Méditerranée.

Depuis septembre, des mouvements de navires russes ont été signalés en Méditerranée.

Mi-septembre, sans parler des satellites-espions, les images des satellites commerciaux à très haute résolution comme Pléiades ont confirmé l’intensification du déploiement de l’aviation russe. De nouvelles images prise par le satellite Pléiades montrent une partie de l’impressionnant dispositif aérien déployé en Syrie par l’armée russe : plus de 50 appareils, avions et hélicoptères participent aux frappes sur la Syrie qui ont commencé il y a une semaine. Des troupes d’infanterie de marine, des parachutistes et des unités de forces spéciales complètent le dispositif militaire russe en Syrie.

 

Syrie - Lattaquié - Avions et hélicoptère russes - Aéroport - Pléiades - Pleiades - Satellite - frappes aériennes- Bachar al-Assad

Les moyens aériens russes sur l’aéroport de Lattaquié. Un extrait plus large de l’image Pleiades
du 20 septembre 2015. Copyright CNES – Distribution Airbus Defence and Space.

 

L’image Pléiades montre en particulier quatre Sukhoi Su-30SM, un des avions de chasse les plus moderne de l’aviation russe, qui avaient été identifiés à tort dans un premier temps comme des SU-27 « Flanker ». Le SU-30 est une variante moderne multi-rôles,  reconnaissable à ses empennages canard à l’avant du fuselage.

Si vous aviez l’attention de vous initier à la photo-interprétation et de découvrir les avions russes, voici une bonne occasion : en passant en revue les différentes images satellites qui ont été rendues publiques, vous pourrez voir également :

  • Douze bi-réacteurs Su-25SM « Frogfoot ».
  • Douze Su-24 « Fencer ».
  • Des hélicoptères d’attaque Mi-24 “Hind”.
  • Des hélicoptères de transport Mi-17 « Hip ».
  • Des hélicoptèreS Mi-8.
  • Des hélicoptères Kamov Ka-27/28 « Helix ».
  • Des avions de transport (Il-76, Il-78 et An-124).
  • Et aussi des chars T-90 et des véhicules de transport de troupes BTR-80...

D’autres images publiées par Digital Globe ou confirment ce déploiement et les travaux d’aménagement et d’agrandissement autour de l’aéroport, en particulier l’extension de zones bitumées pour le stationnement d’avions et d’hélicoptères. L’évolution des travaux est bien visible en comparant les différentes images publiées dans les médias ou visibles sur Google Earth.

 

Syrie - Lattaquié - aéroport avant arrivée avions russes - avant travaux - Google EarthSyrie - Aéroport Lattaquié - Aménagements et travaux avant arrivée des avions russes - Pléiades - Pleiades - satellites

D'autres images de l'aéroport de Lattaquié en Syrie : en haut, ce qu'ont peut voir début octobre sur
Google Earth. En bas, une autre image du satellite Pléiades prise plus tôt en septembre.
Copyright CNES - Distribution Airbus Defence and Space.

 

Octobre rouge : dès le 30 septembre

Les frappes russes en Syrie ont commencé le 30 septembre 2015.

Moscou affirme ne viser que des cibles de l’Etat islamique mais les occidentaux pensent que les cibles sont choisies dans le camp de l’opposition au régime syrien. Pour  eux, l'objectif principal des russes serait d’installer à Lattaquié un bastion fidèle à Assad, au cas où Damas vienne à tomber : les forces gouvernementales syriennes ont subi ces derniers mois des échecs répétés face aux rebelles, dont ceux de l'Etat islamique (EI).

De fait, un article du journal Le Monde qui analyse la cartographie des raids aériens russes permet de comprendre les objectifs réels de Vladimir Poutine :

  • Soutenir l’armée Syrienne dans les zones où elle perd du terrain.
  • Affaiblir l’opposition armée.

L’Etat islamique n’est pas la première cible visée : par exemple des avions russes et syriens ont mené plusieurs raids contre des positions terroristes à Hama et à Homs, dans le nord-ouest du pays, des régions tenues par le Front Al-Nosra, la branche syrienne d’Al-Qaida, par le groupe islamiste Ahrar Al-Sham et par d’autres rebelles, dont certains sont financés par les Etats-Unis, qui ne sont pas affiliés à l’Etat Islamique.

L'armée russe a elle-même indiqué lundi soir, au 6ème jour de son intervention militaire en Syrie, avoir effectué 15 nouveaux raids aériens et bombardé durant la journée dix cibles de l'État islamique, notamment dans la province de Damas, à Rastane et Talbissé dans la province de Homs, à Beit Mneineh et Jabal al-Qobbé dans la province de Lattaquié et à Jisr al-Choughour dans la province d'Idleb au nord-ouest du pays, une ville clé sur la route menant à Lattaquié. Jisr al-Choughour est actuellement sous le contrôle de « l'Armée de la conquête », qui regroupe le Front Al-Nosra et des groupes islamistes opposés à Bachar El Assad et à l'EI.

L’Observatoire Syrien des Droits de l’Homme a annoncé la mort de plusieurs dizaines de civils dont plusieurs enfants.

Du côté de la guerre des communiqués, l'EI a riposté en s’attaquant à nouveau au site de Palmyre et en détruisant l'Arc de triomphe de l'empereur Septime Sévère. Après  les temples de Baal et Baalshamin, c’est le troisième monument emblématique détruit sur le site de la cité historique de Palmyre, classée au patrimoine mondial de l’Unesco.

 

Un chasseur chassant chassé…

Samedi 3 octobre, des F-16 turcs ont intercepté un chasseur russe Su-30 et l’ont forcé à faire demi-tour. Dimanche, un nouvel incident avait lieu avec un Mig-29.

Selon le porte-parole du ministère russe de la Défense Igor Konachenkov, ce sont les mauvaises conditions météo dans la région qui sont à l’origine de cette erreur. Une image satellite du satellite Terra montre que la météo n’était pourtant pas mauvaise.

L'Otan a jugé « extrêmement dangereuses » les incursions de l'aviation russe en Turquie. L’OTAN dénonce également les frappes aériennes de la Russie en Syrie, à Hama, Homs et Idlib, « qui ont fait des victimes civiles et ne visaient pas Daech.

 

MODIS - Terra - Syrie - Frappes russes - Survol Turquie - Couverture nuageuse - F16 - Mig

Beau temps sur la Syrie : extrait du image acquise par l’instrument MODIS du satellite Terra
le 3/10/2015. Crédit image : NASA / GSFC / Modis Rapid Response

 

Un tweet géant pour Obama

L’activité sur les réseaux sociaux confirme le niveau de tension entre Les russes et les américains.

Un extrait de l’image Pléiades présentée ici a même été retouché : l’inscription russe « ОБАМА чмо », c’est-à-dire « Obama crétin », a été ajoutée à l’extrémité de la piste d’atterrissage n°17, là où stationnent les Su-30. La photo a été postée fin septembre  n’sur les comptes Facebook et VK (le principal réseau social russe) d’Igor Korotchenko, rédacteur en chef de la revue La Défense de la Nation, ancien militaire, connu pour ses positions favorables à Vladimir Poutine.

 

Lattaquié - Avions russes - Image satellite - Pleiades - Pléiades - Trucage - Image retouchée - Igor Korotchenko - VK

L'image des avions russes sur la piste de l'aéroport de Lattaquié,
avec et sans l'inscription ajoutée à l'image

 

Il n’y a pas que les russes qui se paient la tête du président Obama, dont la stratégie en Syrie est violemment critiquée au congrès et dans les médias : tous les efforts déployés depuis quatre ans pour endiguer la progression de Daech ont échoué.

Washington, Paris et Londres sont opposés à une collaboration avec le régime du président syrien, Bachar Al-Assad.

 

Ruse russe ?

Le moins qu’on puisse dire, c’est que les russes ne cherchaient pas absolument à passer inaperçus en Syrie avant le début des frappes aériennes : les avions et les hélicoptères stationnaient, à l’air libre, sur la piste 17L ou sur des zones de parking au nord de l’aéroport international al-Assad. Sans hangars de protection, avec au plus un filet de camouflage que qu’on peut discerner sur certaines images : est-ce que Vladimir Poutine voulait envoyer un message aux pays occidentaux, en rendant ses moyens aériens en Syrie visibles par tous les satellites-espions ou les satellites commerciaux à très haute résolution ?

On dirait presque un exercice NIIRS pour photo-interprète en formation…

 

Détecter, identifier, reconnaître ou décrire : l’échelle NIIRS

NIIRS signifie National Imagery Interpretability Rating Scale. Il s’agit d’une échelle subjective destinée à noter la « qualité perçue » d’une image. Définie à l’origine  pour les photo-interprètes militaires et la communauté du renseignement pendant la guerre froide, l’échelle NIIRS a été étendue aux usages civils de la photographie aérienne et de l’imagerie satellitaire.

L’échelle NIIRS comporte 10 niveaux de 0 à 9, correspondant à des tâches d’analyse d’image de complexité croissante et caractérisant ainsi le niveau d’interprétabilité d’une image et donc d’un capteur d’image donnés. Elle permet également de noter les effets des traitements appliqués à une image.

La figure suivante montre que les différents niveaux d’analyse d’image sont caractérisés avec des exemples de tâches de photo-interprétation à effectuer, avec des verbes comme « détecter » (detect), « identifier » (identify), « décrire » ou « reconnaître » (determine), «  distinguer » (distinguish or differentiate).

 

NIIRS - National Imagery Interpretability Rating scale - NIIRS 1 - NIIRS 2 - NIIRS 3 - NIIRS 4 - NIIRS 5 - NIIIRS 6 - NIIRS 7 - NIIRS 8 - NIIRS 9 - IMINT - satellites espions - photo-interpètes- photographie aérienne - NGA - NRO

Grille NIIRS pour les images optiques visibles. Extrait de "National Imagery Interpretability
Rating Scales (NIIRS): Overview and Methodology" (John M. Irvine, ERIM International)

 

Par exemple, dans le cas d’une image NIIRS 2, un analyste doit être capable de détecter des bâtiments de grandes dimensions, alors que sur une image NIIRS 6, il pourra identifier des véhicules et reconnaître leur type.

Dans le cas d’images numériques, il y a un lien assez direct avec la résolution ou plutôt le pas d’échantillonnage au sol (GDS pour Ground Sampling Distance) mais d’autres paramètres interviennent pour caractériser l’interprétabilité d’une image : contraste et fonction de transfert de modulation ou FTM (les anglo-saxons parlent aussi de RER (Relative Edge Response), présence ou non de l’information de couleur, rapport signal sur bruit, etc. Globalement, on parle de GIQE (General Image Quality Equation).

La très haute résolution des meilleurs satellites commerciaux modernes correspond globalement à un NIIRS de 5 à 6.

Néanmoins, dans le tableau suivant, j’ai tenté de résumer ce qu’on peut faire et ce qu’on ne peut pas faire selon la résolution d’une l’image optique.

 

Avec une résolution de…

On peut

On ne peut pas

10 mètres

détecter les grands bâtiments

détecter des véhicules

5 mètres

reconnaître les bâtiments

identifier les bâtiments ou détecter les véhicules

2,5 mètres

identifier en partie les bâtiments

détecter des véhicules

identifier les véhicules

1 mètre

identifier les bâtiments, reconnaître les véhicules

identifier les véhicules

50 centimètres

identifier en partie les véhicules

décrire les véhicules

25 centimètres

identifier les véhicules

décrire les véhicules

10 centimètres

décrire les véhicules

 

Quelques exemples de tâches de photo-interprétation possible sur des images satellite
selon leur résolution.

 

Pour illustrer cela plus concrètement, j’ai représenté sur l’image suivante la manière dont un avion Sukhoi Su-25 apparaîtrait sur des images satellite de différentes résolutions (de 15 cm à 1,5 m). C'est un petit bricolage réalisé rapidement avec un logiciel de retouche photo mais cela donne une bonne idée. Bien sûr, vous ne verrez pas le quadrillage noir sur une véritable image satellite...

Je suis partie d'une photographie d'un avion en vol mais sa silhouette correspond à celle d'un avion au sol. Notez l'effet de condensation à partir du bord d'attaque (un bel exemple de singularité de Prandtl-Glauert à vitesse subsonique : la baisse de pression entrâine une détente et un refroidissement brutal).

Au centre, la très belle photographie d’origine prise par Francois Moriau (AP) pendant une démonstration en vol au salon du Bourget en juin 2013. Lorsqu'on assiste à ce spectacle impressionnant, il est bon de garder à l'esprit les missions que remplissement ces avions sur le terrain.

 

Avions russes vus par satellite - Sukhoi - Su-35 - résolution - 25 cm - 50 cm - NIIRS - IMINT - satellites espions - Pairs Air Show - Bourget - frappes russes en Syrie

Impact de la résolution des satellites sur l’interprétabilité des images. Exemple avec un chasseur
Sukhoi Su-35 (22 mètres de longueur, 15 mètres d’envergure). Représentation à 25 cm, 50 cm,
1 m et 1,5 m de résolution. L'image d'origine a été prise en 2013 pendant une démonstration
en vol au salon du bourget. Photographie d'origine : François Mori / AP Photo. Infographie : Gédéon.

 

En savoir plus :

 

 

 

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commentaires

Stan 21/06/2016 01:05

Vive la Putin.

bah moustapha 03/01/2016 02:30

La russie est de retour avec poutine mon grand.Bravo

RexDep 17/10/2015 19:52

Super boulot ! Un grand bravo !

cazaux 07/10/2015 12:25

Impressionant. Bravo

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  • Gédéon
  • Ingénieur dans le domaine de l'observation de la Terre.
Bénévole de l'association Planète Sciences Midi-Pyrénées
  • Ingénieur dans le domaine de l'observation de la Terre. Bénévole de l'association Planète Sciences Midi-Pyrénées

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